***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Infidel

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Histoire complète en 154 pages, écrite par Pornsak Pichetshote et dessinée par Aaron Campbell. Parution en France chez Urban Comics le 08/10/2021 dans la collection Indies.

Le bombe samaritain

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La seule chose de radicale chez Aisha, c’est le changement de vie qu’elle a opéré il y a peu. Quittant le domicile d’une mère intransigeante, elle a laissé le New Jersey pour s’installer avec son compagnon Tom à News York. Tom vit avec sa mère, Leslie, ainsi qu’avec sa fille Kris, qui a retrouvé en Aisha la figure maternelle qu’elle a perdue plus jeune.

La cohabitation n’a pas été aisée entre Aisha et Leslie, mais il semblerait que les deux femmes soient parvenues à se parler, ce qui a permis à la belle-mère de ne pas camper sur ses aprioris culturels et ses biais racistes. Cependant, tout n’est pas rose pour Aisha, qui est hantée par des cauchemars oppressants, sans savoir à qui en parler. Craignant de passer pour une folle aux yeux de la femme qu’elle s’évertue à convaincre, le jeune musulmane garde pour elle son malaise, tandis que les visions et apparitions se font de plus en plus proches, de plus en plus tangibles, de plus en plus poisseuses.

Il faut dire aussi que le passé récent de l’immeuble donne du grain à moudre à tous ceux qui voient les hijabs et les tapis de prières comme d’inquiétants signes d’altérité invasive. En effet, il y a quelques mois seulement, une bombe y a explosé, concoctée par un homme musulman qui s’était radicalisé de manière isolée.

Sept morts représentent bien évidemment autant de raisons d’haïr l’auteur du crime, seulement, voilà, la haine a pour elle une certaine voracité, et ne s’arrête jamais à sa première victime. Les habitants de l’immeuble, chacun retranché chez lui, scrutent Aisha et tous les autres habitants non-blancs avec un mélange de crainte et de mépris, alors que la jeune femme sent l’influence morbide prendre son assise. Jusqu’au drame inévitable.

Les hijabs de la nuit

Récits de genre et critique sociale ne sont pas nécessairement antinomique, loin de là. Et pourtant, aux yeux du grand public, il aura fallu un certain temps pour associer les deux, et admettre qu’une histoire peut incorporer des éléments de genre, en l’occurrence l’horreur, tout en explorant des facettes de notre société qui donnent à réfléchir.

Il y a quelques années de ça, le film Get Out, de Jordan Peele, faisait sensation par son traitement d’un symptôme américain, le racisme, par le prisme de l’horreur. Comble du comble, l’auteur mettait en lumière un héros afro-américain, pris au piège d’une méchante famille WASP qui en avait après ce qu’il était, ce qui le définissait aux yeux de cette société biaisée par des considérations génétiques. Le ton était résolument satirique, la mise en scène choc, pour un résultat subversif qui en a fait un classique instantané. Cette production avait aussi pour intérêt non négligeable, outre sa critique d’une société américaine marquée par le racisme, de mettre au ban les poncifs de l’horreur, voulant que le personnage noir dans un groupe donné (ou par extension, tout autre communauté non blanche) soit souvent le premier à mourir.

Gageons que Jordan Peele aura fait des émules, puisque Infidel puise directement dans cette même veine, afin de renverser les poncifs, dans le but de traiter de la problématique du racisme en Amérique. Fait significatif, les deutéragonistes, Aisha et Médina, sont musulmanes, ce qui est assez rare pour être souligné (le seule autre occurrence qui me vient à l’esprit est Khamala Khan, alias Miss Marvel). Confrontées au jugement, à la bigoterie et à la xénophobie de leurs concitoyens, elles ont du chacune forger leur caractère, pour pouvoir y faire face, de la manière qui leur est propre. L’auteur profite donc de la situation pour glisser, de façon parfois assez évidente, il faut l’avouer, des réflexions pertinentes sur le racisme, et la façon dont il peut s’insinuer dans les valeurs, les discours, et les actes de tout un chacun.

Car ces biais racistes peuvent aller jusqu’à être inconscients, ce qui les rend d’autant plus difficiles à combattre et à éradiquer. Dans Infidel, le racisme devient une allégorie, manifestée sous la forme de spectres vengeurs et monstrueux, prêts à mutiler tous ceux qui se mettent en travers de leur route. Le fond de l’intrigue, m’a rappelé le dogme gnostique comme on pouvait le voir traité dans Wounds , évitant, de peu, les poncifs sataniques du genre.

Malgré les écueils potentiels, la caractérisation fonctionne, de même que les dialogues, fluides et naturels. En cherchant bien, cependant, on peut reprocher le petit déséquilibre qui existe au niveau du focus, accordé initialement à Aisha, mais recentré au forceps sur Médina, raison pour laquelle j’évoquais plus haut des deutéragonistes, et non une seule protagoniste.

Côté graphique, les superbes et dérangeants dessins d’Aaron Campbell rendent parfaitement l’ambiance glauque et poisseuse qui sied à ce type de récit. On regrette cependant un découpage assez peu engageant, et une mise en scène plutôt figée.

Infidel reste malgré tout un récit d’horreur efficace, traitant habilement du racisme sans compromettre l’une ni l’autre.

**·Manga·Rapidos

Ashidaka – the iron hero #1

Manga de Ryo Sumiyoshi
Glénat (2020 ), 194p., 2 volumes parus (3 vol. au Japon).

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Dans un monde d’aspect post-apocalyptique, les humains sont dotés de bras mécaniques dans le dos (des « arms »), qui font partie intégrante de leur corps. Depuis le combat mythique d’un Dieu contre un démon qui a abouti à cet état de fait, une xénophobie généralisée est installée contre les détenteurs de plusieurs paires d' »arms ». Ashidaka est un orphelin, abandonné en raison de ses quatre arms, qui parcourt les décharges en compagnie de son compagnon Geji. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent face à un gigantesque ver de métal…

Grace à une mise en lumière sur Iznéo j’ai découvert récemment la très talentueuse mangaka Ryo Sumiyoshi, autrice de la quadrilogie Centaure. Son trait particulier, utilisant un style calligraphique et son univers surprenant, très cru, installant un biais fantastique dans un monde réaliste historique m’avaient conquis , et adorant le steampunk j’étais très enthousiaste à l’idée de découvrir sa nouvelle série, que Glénat sort très rapidement puisque la série est parue au japon cette année et prépubliée en épisodes numériques par l’éditeur grenoblois.ASHIDAKA -The Iron Hero- No.1 - Comics de comiXology: Web

Ma lecture a été assez déçue sur ce premier tome puisque outre une couverture assez terne et bien moins graphique que ce à quoi l’autrice nous a habitué, on constate très rapidement la légèreté du trait et le minimalisme des détails des planches intérieures. Les splendides paysages forestiers de Centaures laissent place à un blanc immaculé parcouru de quelques traits représentant des structures métalliques ou des enchevêtrements peu précis dans les décors de décharges. La technique de Sumiyoshi n’est pas en cause puisque comme je l’ai dit, dès son premier manga elle démontre une magnifique maîtrise graphique très variée. Simplement nous assistons avec Ashidaka à un véritable changement d’environnement pour cette autrice habituée jusqu’ici aux démons et créatures de formes organiques au trait élancé. La rigidité des designs (plutôt réussis) semble lui poser problème et le choix de privilégier l’action continue renforce un aspect compliqué des pages, parfois difficiles à « lire ».

Ashidaka – the iron hero #1 | 9782344043103 :: BdStock.frLe contexte est mis en place dès les premières pages qui nous expliquent en mode express le combat divin originel et la persécution dont sont victimes les multi-bras. S’ensuivent une multitude de combats contre des insectes métalliques sans grande tension et je dois dire un cheminement assez ennuyeux sur trois des quatre chapitres du volume faute de prendre le temps de poser les personnages et les enjeux. Puis survient ce dernier chapitre où le rythme change justement pour laisser place à des discussions avec un clan de multibras qui permet d’introduire (enfin) une galerie de personnages intéressants. Surtout les premiers mystères surviennent en même temps qu’un dessin plus précis, en plus gros plans… Tout ceci donne le sentiment que Ryo Sumiyoshi ne savait pas bien comment introduire son histoire (je me souviens que l’exposition de Centaures était assez rapide et brutale) et nous imposait un brouillon de cent-cinquante pages avant de démarrer son histoire. Dans un concept proche de par l’interface corps-mécanique et les défauts cités j’avais trouvé que Samurai 8 nous en donnait plus. La chute titille la curiosité par bien des points et donne envie de laisser sa chance à cette série iconoclaste ne serait-ce que par ce concept improbable de personnages organiques pour lesquels l’explication des bras métalliques laisse dubitatif, ouvrant bien des portes pour la suite…

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Orbital, cycle 2 (intégrale)

A l’occasion de la sortie de la seconde intégrale de la série, je re-publie ma critique récente de ces quatre volumes…


BD de Sylvain Runberg et Serge Pellé
Dupuis (1999-2005), série en cours, 8 volumes parus. 46 p./album

Couverture de Orbital -INT02- Deuxième époque

J’avais découvert le premier « cycle » de cette série réputée, à moitié convaincu mais intrigué par le phénoménal design installé par Pellé et par la richesse d’un univers qui ne demande qu’à être exploré. Je confirme mon impression des quatre premiers albums concernant la structure de la série: il n’y a absolument ni cycles ni missions, mais bien une continuité de l’intrigue du premier au huitième tome. Très étrange que cette présentation en diptyques qui ne correspond pas au récit…

Caleb est aux portes de la mort après l’attaque du Varosash et laisse Mézoké seule face à une tentative de déstabilisation de la Confédération toute entière. Alors que les factions opposées cherchent à utiliser la situation de crise  et que le pouvoir saute de camp en camp à chaque incident, les deux agents diplomatiques vont se retrouver en fuite pour sauvegarder l’ordre établi… pour peu qu’il doive être sauvé…

L’intrigue évolue assez vite dans cet arc, avec l’arrivée de la plutôt réussie sœur de Caleb dont nous n’avions plus entendu parler depuis le premier tome. Sa personnalité explosive et son opposition de mentalité avec son frère sont intelligemment amenés et participent au développement de la relation avec Mézoké en faisant réaliser aux deux agents diplomatiques qu’ils ont finalement beaucoup en commun. A noter que ce sont résolument les femmes qui mènent la danse et tissent notre intérêt dans cette série, en laissant les mâles dans des rôles assez ingrats! De nouveaux personnages majeurs arrivent également et nous permettent de mieux comprendre le rôle d’Angus le Nevronome que l’on voit beaucoup depuis le début sans savoir comment ni pourquoi. Comme pressenti, cette série monte en puissance lentement mais surement, chaque tome gagnant en intérêt, en qualité, en complexité. C’est vraiment étrange et je ne crois pas avoir déjà ressenti cela sur une autre série. Passer ainsi de l’assez banal à l’une des meilleures séries SF en quelques tomes n’est pas commun.

Clipboard02.jpgCela est d’abord dû à la noirceur assumée d’une série dont les dessins des personnages tranchent avec l’intrigue politique complexe (Runberg nous y a habitués). L’aspect politique très poussé est l’autre atout avec une galaxie tombant dans la guerre civile dans une progression particulièrement réaliste pour une série SF et qui pourrait sans soucis ranger Orbital dans la catégorie Thrillers politiques. On décortique de multiples facteurs, de l’attentat ayant coûté la vie aux parents de Caleb et sa sœur aux tensions sécessionnistes, xénophobes, aux débats de conception politique au sein d’Orbital entre différents courants qui veulent mettre leur chef sur le siège de dirigeant… Tout cela est mené très finement, sans manichéisme (ou presque), les méchants ayant tous des motivations crédibles avec pour point de convergence la peur. Car mine de rien cette série aborde des problèmes actuels et universels qui mènent aux conflits, qu’ils soient locaux ou galactiques avec le plus souvent comme moteur la peur de l’autre, de l’étranger, de la perte, de l’inconnu. Ainsi le rôle des Nevronomes (dont l’action est centrale sur ces quatre tomes) est très intéressant de par la gestion du mystère laissé par Runberg. On ne sait à peu près rien de ces vaisseaux pensants qui Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"semblent terrifier la confédération et dont on peine à comprendre la nature et les motivations. Cela nous titille dans l’envie d’en savoir plus et les auteurs vont distiller de tout petits cailloux jusqu’à la conclusion marquante du tome huit qui ouvre de nouvelles portes et monte d’un cran dans l’ambition de la série. Même chose, plus subtilement, avec les Sandjar, la race que représente Mézoké et qui est physiquement androgyne, perturbant les humains qui ne savent pas s’ils ont affaire à un mâle ou une femelle… ce qui permet de pointer sans en avoir l’air la question du déterminisme sexuel et du schéma hétérosexuel de nos sociétés (Florent Maudoux avait abordé cette question dans son étonnant et superbe Vestigiales)

Même si Pellé est toujours aussi imaginatif dans sa description des aliens et des lieux (la superbe cité du crime!) et tend à faire évoluer ses personnages humains vers des traits légèrement plus réalistes, ces derniers restent le point noir de la série. C’est vraiment dommage car cela empêche le lien d’empathie avec le lecteur (en contre-exemple du superbe travail d’expression de Corentin Rouge sur Rio et de Paul Gastine sur Jusqu’au dernier). Les personnages humains sont finalement peu nombreux mais demeure le putatif héros, Caleb, qui malgré ses pouvoirs temporaires ne parvient pas à endosser le statut de personnage central.Clipboard01.jpg

Orbital est ne singulière série que je ne classerais pas dans les blockbusters mais qui par ses défauts et son évolution que l’on ressent instinctive attire une grande sympathie par la générosité de ses auteurs qui semblent passionnés par leur univers sans être certain qu’un plan d’ensemble existe. Une BD qui semble progresser volume par volume avec talent et qui gomme progressivement ses quelques problèmes en nous emmenant sur des concepts SF très intéressants, vers l’infini, et au-delà…

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Sushi & Baggles #25

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  • Ex-Arm #3 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2016

couv_293965badge numeriqueL’équipe anti ex-arm enquête sur des assassinats en maison close particulièrement sanglants: l’assassin semble utiliser un laser de découpe qui rappelle des pratiques utilisées il y a quelques années dans une dictature d’Asie…

Pour ce début de seconde mission, les auteurs confirment la référence majeure Appleseed/Ghost in the Shell et corrigent un peu les quelques problèmes scénaristiques liés à des coupures temporelles trop brutales qui complexifiaient pour rien l’histoire. On se recentre se quelques protagonistes dont un méchant très charismatique et des technologies visuellement très réussies. Autres confirmations, Ex-arm est l’un des plus beaux mangas de ces dernières années et cet arc accentue (ponctuellement je pense) le côté Ecchi avec une première partie en total fan-service où Akira prends le contrôle de l’androïde Alma pour entrer sous couverture dans la maison close où les emmène leur enquête. S’ensuivent des scènes très explicites où le jeune homme découvre le plaisir féminin. C’est visuellement très beau, sans trop d’insistance et on repasse rapidement à l’action. Le lecteur sait dans quel manga il se trouve et personnellement j’ai trouvé que si ces quelques séquences ne servent en rien l’intrigue elles sont toujours moins aberrantes que dans un autre Ecchi, Sun-ken rock. Manga sans prétention, Ex-arm continue de remplir son cahier des charges avec brio avec une histoire plutôt supérieure à la première. J’espère que la suite développera les intrigues sur plus de volumes afin de laisser le temps à une narration de s’installer entre les séquences de combat super classes…

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  • Ex-Arm #4 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2017

couv_297350badge numeriqueExcellente nouvelle, ce quatrième volume montre que la série, après un démarrage gentil, monte en puissance et choisir de complexifier les intrigues dans la thématique cyberpunk (l’humain, la machine, le corps). Ces thématiques sont passionnantes et si pour l’heure cette seconde moitié d’enquête qui clôt (toujours un peu brutalement) l’affaire des têtes disparues reste principalement orientée action, la fin nous lance sur une piste qui peut s’avérer géniale pour la suite. Dans ce tome qui enchaîne directement l’action du précédent on voit Akira « occuper » un prototype d’androïde militaire pour combattre son puissant adversaire, alors que l’armée américaine s’apprête à envoyer une bombe « thermobarique » (oui, Ex-Arm joue aussi le côté technique avec des notes sur les organisations et équipements militaires utilisés) qui détruira toute la zone où se trouvent les héros… Le personnage d’Akira prends clairement le dessus sur les autres protagonistes de l’équipe anti ex-arm avec de superbes séquences de baston et un scénario qui propose de belles énigmes. Si la suite reste à ce niveau, Ex-arm pourrait bien entrer dans le petit cercle de mes manga préférés!

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  • Dragon ball Super #9 (Toyotaro/Toriyama/Glénat) – 2019

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Comme le titre ce volume, le combat des univers s’achève de façon tout à fait inattendue en nous réveillant un peu après des multiples combats. On se retrouve donc en conclusion totale en milieu de tome, avec un intermède nous expliquant (comme quelques épisodes avant) les suites qui ont lieu dans les films et animé, notamment l’histoire de Broly. Cela nous rappelle le caractère hybride de ce manga qui n’est ni une transposition des dessins-animés ni tout à fait original mais très lié à eux comme une sorte de hors-champ. Personnellement cela ne me dérange pas car Toriyama continue à œuvrer de façon très pro avec son apprenti. J’avoue que je suis content de voir débuter un nouvel arc avec le retour de la Patrouille galactique qui va enrôler Goku et Vegeta (désormais inséparables) dans de nouvelles aventures, sur le ton d’humour décalé que l’on aime tant. DB parvient donc toujours à allier ses deux axes, l’aventure parodique et le combat titanesque. Comme le second atteint ses limites on apprécie les délires galactiques à l’humour si particulier. Un bon tome de transition.

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  • L’enfant et le maudit #1 (Nagabe/Komiku) – 2017, série en cours, 6 vol. parus.

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mediathequeÉtonnante fable découverte en médiathèque, cet Enfant et le maudit nous présente dans ce premier tome une petite fille dont s’occupe un monstre, dans une masure isolée en forêt. Assez contemplatif et très réussi visuellement avec un dessin tout en délicatesse malgré le travail de contraste entre les ombres et les lumières, ce volume d’entrée en matière se lit agréablement, sans se presser, avec l’introduction progressive de la thématique de l’exclusion et de la xénophobie, celle des soldats de l’Intérieur partis en chasse de tout ce qui est suspecté d’être de l’Extérieur et donc Maudit. Car quiconque est touché par un maudit le devient à son tour… L’on apprend donc très peu de choses, mais l’essentiel, à savoir l’atmosphère teintée d’enfance et de mystère vaguement inquiétant, celui du noir dans la chambre. C’est la vision de l’enfant à qui on cache la réalité du monde pour la protéger qui est présentée, en naïveté et en beauté de celle qui ne sachant pas encore la différence, trouve tout naturel de côtoyer ce monstre à l’apparence bestiale. Alliant une poésie raffinée et des thématiques très actuelles et hautement politiques, ce surprenant manga donne très envie de connaître la suite. Pas encore manga fleuve mais avec déjà six volumes parus, j’espère simplement que l’auteur saura donner la brièveté nécessaire à cette histoire simple très bien réalisée.

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Orbital, cycle 2

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Sylvain Runberg et Serge Pellé
Dupuis (1999-2005), série en cours, 8 volumes parus. 46 p./album

J’avais découvert le premier « cycle » de cette série réputée, à moitié convaincu mais intrigué par le phénoménal design installé par Pellé et par la richesse d’un univers qui ne demande qu’à être exploré. Je confirme mon impression des quatre premiers albums concernant la structure de la série: il n’y a absolument ni cycles ni missions, mais bien une continuité de l’intrigue du premier au huitième tome. Très étrange que cette présentation en diptyques qui ne correspond pas au récit…

Caleb est aux portes de la mort après l’attaque du Varosash et laisse Mézoké seule face à une tentative de déstabilisation de la Confédération toute entière. Alors que les factions opposées cherchent à utiliser la situation de crise  et que le pouvoir saute de camp en camp à chaque incident, les deux agents diplomatiques vont se retrouver en fuite pour sauvegarder l’ordre établi… pour peu qu’il doive être sauvé…

Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"L’intrigue évolue assez vite dans cet arc, avec l’arrivée de la plutôt réussie sœur de Caleb dont nous n’avions plus entendu parler depuis le premier tome. Sa personnalité explosive et son opposition de mentalité avec son frère sont intelligemment amenés et participent au développement de la relation avec Mézoké en faisant réaliser aux deux agents diplomatiques qu’ils ont finalement beaucoup en commun. A noter que ce sont résolument les femmes qui mènent la danse et tissent notre intérêt dans cette série, en laissant les mâles dans des rôles assez ingrats! De nouveaux personnages majeurs arrivent également et nous permettent de mieux comprendre le rôle d’Angus le Nevronome que l’on voit beaucoup depuis le début sans savoir comment ni pourquoi. Comme pressenti, cette série monte en puissance lentement mais surement, chaque tome gagnant en intérêt, en qualité, en complexité. C’est vraiment étrange et je ne crois pas avoir déjà ressenti cela sur une autre série. Passer ainsi de l’assez banal à l’une des meilleures séries SF en quelques tomes n’est pas commun.

Clipboard02.jpgCela est d’abord dû à la noirceur assumée d’une série dont les dessins des personnages tranchent avec l’intrigue politique complexe (Runberg nous y a habitués). L’aspect politique très poussé est l’autre atout avec une galaxie tombant dans la guerre civile dans une progression particulièrement réaliste pour une série SF et qui pourrait sans soucis ranger Orbital dans la catégorie Thrillers politiques. On décortique de multiples facteurs, de l’attentat ayant coûté la vie aux parents de Caleb et sa sœur aux tensions sécessionnistes, xénophobes, aux débats de conception politique au sein d’Orbital entre différents courants qui veulent mettre leur chef sur le siège de dirigeant… Tout cela est mené très finement, sans manichéisme (ou presque), les méchants ayant tous des motivations crédibles avec pour point de convergence la peur. Car mine de rien cette série aborde des problèmes actuels et universels qui mènent aux conflits, qu’ils soient locaux ou galactiques avec le plus souvent comme moteur la peur de l’autre, de l’étranger, de la perte, de l’inconnu. Ainsi le rôle des Nevronomes (dont l’action est centrale sur ces quatre tomes) est très intéressant de par la gestion du mystère laissé par Runberg. On ne sait à peu près rien de ces vaisseaux pensants qui Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"semblent terrifier la confédération et dont on peine à comprendre la nature et les motivations. Cela nous titille dans l’envie d’en savoir plus et les auteurs vont distiller de tout petits cailloux jusqu’à la conclusion marquante du tome huit qui ouvre de nouvelles portes et monte d’un cran dans l’ambition de la série. Même chose, plus subtilement, avec les Sandjar, la race que représente Mézoké et qui est physiquement androgyne, perturbant les humains qui ne savent pas s’ils ont affaire à un mâle ou une femelle… ce qui permet de pointer sans en avoir l’air la question du déterminisme sexuel et du schéma hétérosexuel de nos sociétés (Florent Maudoux avait abordé cette question dans son étonnant et superbe Vestigiales)

Même si Pellé est toujours aussi imaginatif dans sa description des aliens et des lieux (la superbe cité du crime!) et tend à faire évoluer ses personnages humains vers des traits légèrement plus réalistes, ces derniers restent le point noir de la série. C’est vraiment dommage car cela empêche le lien d’empathie avec le lecteur (en contre-exemple du superbe travail d’expression de Corentin Rouge sur Rio et de Paul Gastine sur Jusqu’au dernier). Les personnages humains sont finalement peu nombreux mais demeure le putatif héros, Caleb, qui malgré ses pouvoirs temporaires ne parvient pas à endosser le statut de personnage central.Clipboard01.jpg

Orbital est ne singulière série que je ne classerais pas dans les blockbusters mais qui par ses défauts et son évolution que l’on ressent instinctive attire une grande sympathie par la générosité de ses auteurs qui semblent passionnés par leur univers sans être certain qu’un plan d’ensemble existe. Une BD qui semble progresser volume par volume avec talent et qui gomme progressivement ses quelques problèmes en nous emmenant sur des concepts SF très intéressants, vers l’infini, et au-delà…

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Orbital, intégrale cycle 1

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Sylvain Runberg et Serge Pellé
Dupuis (1999-2005), série en cours, 8 volumes parus. 46 p./album

couv_375172La série de Runberg et Pellé propose des enquêtes « diplomatiques » sous un format de doubles albums, avec une continuité générale qui nous fait découvrir l’histoire des personnages au fil des intrigues. L’intérieur de couverture est illustré et le design de titre particulièrement réussi. Les couvertures sont assez classiques de la BD d’action SF et pas particulièrement inspirées au regard du style du dessinateur (j’y reviens plus bas).

Orbital est une station spatiale gigantesque située dans un autre espace-temps. Caleb l’humain et Mézoké la Sandjarr forment un duo d’agents diplomatiques, envoyés en mission sur des planètes pour éviter ou résoudre des conflits pacifiquement au sein de la Confédération rassemblant une myriade de peuplades. Leur duo marque symboliquement un espoir pour la confédération qui a été parquée il y a des années par une terrible guerre entre leurs deux peuples. Pourtant chacun a un passé pas toujours conforme à l’idéal qu’ils représentent…

Résultat de recherche d'images pour "orbital pellé"A la lecture de ce résumé j’imagine que vous vous faites la même remarque que moi à la découverte de cette série: … mais c’est Valérian! En effet il y a beaucoup de la mythique série de Christin et Mezière dans Orbital, tellement que l’on ne peut s’empêcher de voir le seul design de leurs combinaisons comme un hommage au valeureux agent spatio-temporel. Les extra-terrestres très exotiques, les conflits diplomatiques, le centre galactique et l’organisation de gestion des conflits… tous est là. Il est très étonnant que Dargaud ait autorisé cette série et que les auteurs n’aient pas plutôt proposé une série parallèle comme les épisodes de Lauffray/Lupano et Larcenet. Ceci étant dit, Orbital a ses qualités propre, à commencer par le design terriblement original et efficace de Serge Pellé. Venu de la pub et du design, le dessinateur parvient sur chacun des décors, véhicules, alien, à produire quelque-chose de particulièrement esthétique, dans un genre (la SF) très balisé. C’est clairement une des réussites de la série.

Résultat de recherche d'images pour "orbital pellé"Le premier cycle regroupe donc les deux premières missions des agents Swany et Mézoké (en deux volumes chaque fois) et à ce stade on ne peux que constater le déséquilibre entre les deux personnages. Si l’on sent que l’idée était d’avoir une Sandjarr posée, mystérieuse (on nous dit dès le début que ce peuple est hermaphrodite et que toute relation amoureuse avec un humain risque de s’avérer très compliquée…) et un Caleb plus instinctif, voir agressif, après quatre albums ce dernier reste étonnamment insipide! Il faut dire que la principale faiblesse du dessinateur reste les visages humains, ce qui ne facilite ni l’expressivité ni l’attrait de ce héros qui ne brille ni par ses idées, ni par ses actes de bravoure. Les autres personnages sont eux plutôt intéressants, avec donc Mézoké et la pilote du vaisseau conscient dont on attend beaucoup. Mais ce sont surtout les personnages secondaires, chefs extra-terrestres ou de peuples humains qui attirent l’attention du lecteur.

Résultat de recherche d'images pour "orbital pellé"Si la première mission est un peu poussive avec un retournement assez prévisible et un aspect assez manichéen dans les conspirations politiques, la seconde monte d’un cran avec une intrigue diffuse, complexe, impliquant de nombreux protagonistes et des ramifications qui ne seront que partiellement révélées. Surtout ce diptyque montre déjà la propension de Sylvain Runberg à maltraiter ses personnages et son univers. C’est toujours rare et particulièrement remarquable pour faire monter la tension et l’imprévu et personnellement j’adore… On retrouvera cela dans sa superbe série Warship Jolly Rogers comme sur Reconquêtes. Sur le plan scénaristique on a donc deux missions inégales mais l’on sent une montée en puissance et surtout en maîtrise de cet univers et de sa structure de narration. Autre constante chez Runberg: l’approche éminemment politique et subtile. Beaucoup de volontés antagonistes qui font références à notre monde et ses frictions entre une communauté diplomatique mondiale un peu hors sol et des impératifs locaux qui poussent au sécessionnisme, souvent violent. C’est donc bien le reflet contemporain qui surprend le plus dans cette saga galactique et son univers particulièrement travaillé et cohérent.

Résultat de recherche d'images pour "orbital pellé ravages"Il en est de même sur le graphisme de Pellé dont la texture donnée par une technique inhabituelle donne un vrai plus à des planches souvent très belles et inspirées. L’inspiration est à trouver dans Bilal (le plus évident), Cromwell et par moment Loisel dans certains visages. Pour une première série on sent un besoin d’affirmer un style et je gage que si le design est déjà fort les personnages devraient gagner en maturation dans les autres albums.

Orbital est donc sur ce premier « cycle  » (… qui me semble un peu artificiel puisque hormis la structure en doubles albums rien n’est fermé dans le quatrième volume) une série en consolidation, dotée d’une idée de départ très risquée mais qui commence progressivement à trouver ses marqueurs du fait de deux auteurs de qualité. J’attendais un plus gros choc du fait de la notoriété de la série. Beaucoup de BD sont découvertes après quelques albums. Si les deux premiers m’ont un peu refroidis j’ai désormais envie de voir ce que va devenir cette série malgré cela, avec le potentiel de devenir soit très bon soit très moyen selon les risques que prendront les créateurs.

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