***·Comics

Heroes in crisis

esat-west

Récit de 224 pages, réunissant les 9 numéros de la série DC Comics Heroes in Crisis, écrite par Tom King et dessinée par Travis Moore, Clay Mann, Lee Weeks, Mitch Gerads et Jorge Fornés. Parution chez Urban Comics le 15/11/2019.

Thérapie de groupe

Dans l’univers DC Comics, les héros costumés font office de parangon de vertu, remparts inébranlables contre l’adversité, défendant le commun des mortels face à un monde dangereux. Mais comment réagiraient les honnêtes gens en découvrant que leurs héros, leurs protecteurs, ploient parfois sous le poids des épreuves et des sacrifices ? Auraient-ils toujours confiance en leurs héros ?

C’est sur ces interrogations que Tom King a construit sa série limitée Heroes in Crisis. Dès le premier numéro, on apprend que les super-héros, à l’initiative de Superman, Batman et Wonder Woman, bénéficient du Sanctuaire, un endroit secret et anonyme où ils peuvent récupérer des blessures physiques et psychologiques subies pendant leurs missions.

Un jour cependant, les choses tournent mal et un massacre est perpétré. De nombreux héros trouvent la mort, alors que deux suspects improbables se dégagent: Booster Gold, héros vantard et inconséquent venu du futur, et Harley Quinn, partenaire pas-si-psychotique du Joker.

L’inconvénient ici, c’est que chacun d’entre eux est persuadé que c’est l’autre le coupable. Mieux encore, ils ont chacun été témoin du massacre commis par le second. Qui a raison: le second couteau dont les trafics temporels ont déjà failli découdre le tissu du réel, ou bien la tendre moitié du pire criminel ayant jamais existé ?

Heroes Dead And Gone

Difficile d’être crédible si l’on qualifie Tom King de manchot. Le monsieur a tout de même dans sa bibliographie des œuvres récompensées telles que la série Miracle Man, The Vision, et a également laissé sa patte sur le Chevalier Noir en personne, après le relaunch de Rebirth.

Heroes in Crisis (2018-2019) No.4 - Comics de comiXology: WebL’auteur semble trouver le sel de son travail dans des ambiances intimistes, laissant la part belle à la psyché parfois torturée des personnages. King semble avoir un don pour se glisser dans la peau de héros même secondaires, afin de faire ressortir leurs fragilités, leurs doutes, leurs peurs.

La série est en effet émaillée de courtes scènes représentant les séances de thérapie de ces héros hésitants, blessés et insécures, loin de l’image imperturbable qu’ils donnent à voir au grand public. Le reste de l’intrigue se consacre à la course contre la montre afin de déterminer le coupable, dans la tradition assez classique du whodunit. Le traitement non-linéaire peut donner un aspect décousu à l’ensemble, surtout si l’on prend en compte les différents shenanigans qui nous expliquent le fin mot de l’histoire, et qui, disons-le, n’ont pas fait grand sens à mes yeux en première lecture.

Hormis cette résolution d’intrigue alambiquée (à cause d’un élément qui relève nécessairement du spoiler), Tom King nous offre une plongée dans l’esprit torturé des héros, une façon élégante de remettre en cause à son tour la figure super-héroïque.

***·Comics·Nouveau !·Rapidos

Wonder Woman: année un

esat-west

Comic de Greg Rucka, Nicola Scott, Bilquis Evely, Mirka Andolfo et Romulo Fajardo jr. (coul.).
Urban (2020), collection « le meilleur du comic à 4.90€ »

wonder-woman-annee-un

Sur l’île de Themyscira vivent depuis la nuit des temps des Amazones, protégées du monde par un voile invisible. Jusqu’à ce qu’un avion s’écrase sur ses rivages, signe que quelque chose a changé dans l’équilibre entre les Dieux de l’Olympe. La fille de la reine, Diana, décide d’accompagner le survivant, Steve Trevor, et de révéler au monde l’existence des dieux et des Amazones…

Enchanté par les sublimes couvertures de la série lors de sa sortie et ravi par ma lecture du Black Magik des mêmes auteurs, j’ai profité de l’opération estivale Urban pour tenter ce Wonder Woman Rebirth. Pas franchement passionné par ce personnage, j’avais trouvé le récent film gentillounet et l’aventure celtique en compagnie de Batman m’avait donné l’impression d’un personnage assez secondaire…

Wonder Woman Rebirth Annual 2 - Comic Book RevolutionSur ce volume trois dessins alternent. La première séquence, très linéaire, reprend grosso modo l’intrigue du film avec un Steve Trevor venant apporter l’amour et la nécessité d’assumer son rôle à une Wonder Woman invincible et naïve. Les planches de Nicola Scott sont superbes et donnent une atmosphère un peu « Riverdale » à ce monde très manichéen. C’est finalement l’intrigue dessinée (plutôt bien) par la brésilienne Bilquis Evely qui intéresse le plus, avec ce personnage d’archéologue boiteuse et de dieux manipulant des humains pour capturer Diana. Comme souvent dans les comics on sent quelques séquences manquantes par moment mais le tout se laisse lire plutôt agréablement, avec quelques séquences à la violence surprenante. La dernière section est totalement hors sol, plaçant Diana à Gotham, assez mal dessinée et sans aucun lien avec le reste, j’ai personnellement fait l’impasse.

Il ressort de cette lecture l’impression d’une lecture estivale, légère, qui ne révolutionne rien et peut franchement s’arrêter là (pour ma part en tout cas). Ce personnage presque aussi puissant que le problématique Superman jouit d’un autre handicap, celui d’introduire des dieux dans un monde DC plutôt SF. Je trouve que le concept n’accroche pas. Surfant sur la vague du film (sorti à la même date), DC utilise WW comme un argument pseudo féministe… en introduisant des protagonistes essentiellement féminins comme ce fameux syndrome des super-héros où les filles se battent uniquement entre elles. Un peu léger comme féminisme. Avec un Greg Rucka plutôt efficace pour bousculer ses personnages, il faudrait attendre une vraie prise de risque sur ce personnage avec une proposition adulte réaliste et sombre. A réserver aux fans de Nicola Scott ou de Wonder Woman.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·Comics·Nouveau !

Justice League: la promesse

esat-west

Édition française de la mini-série DC Comics écrite et dessinée par Jim Krueger et Alex Ross. 350 pages, parution le 24/06/2020 chez Urban Comics en édition brochée parue pour la collection été à prix spécial.

Un monde meilleur

Depuis sa fondation, la Ligue de Justice a bâti son intervention sur la promesse d’un monde meilleur, à l’abri des machinations de ses plus féroces opposants. Au fil des décennies, ses membres les plus prestigieux ont contré les sombres desseins des tyrans cosmiques désirant asservir la Terre, et se sont montrés à la hauteur de toutes les menaces qui se sont succédées, sans jamais faillir.

Et si, un jour prochain, les justiciers n’étaient pas à la hauteur du défi qui se présente à eux ? Et si en perdant le combat, ils perdaient tout ? Que se passerait-il alors, qui prendrait le relai ?

Dans cette série parue en 2006, Krueger et Ross imaginent que les vilains, les criminels, tiennent la dragée haute aux héros défaillants et unissent leurs forces pour créer un monde meilleur, en débarrassant l’Humanité des maux qui la meurtrissent. Alors que le monde s’interroge sur ce revirement de Lex Luthor et consorts, les membres de la Ligue, non contents d’être discrédités aux yeux du public, sont méthodiquement attaqués et neutralisés en coulisse. Une fois de plus, Superman, Batman, Wonder Woman et tous les autres vont devoir se réinventer afin de contrer cette nouvelle menace.

 

Idéal corrompu

Justice League of America, Issue 10, pl 22 par Alex Ross - Planche ...Les héros étant ce qu’ils sont, ils vont survivre à ces attaques et se regrouper afin d’en déterminer l’origine, et percer à jour les mesquineries de leurs ennemis. Ce sera l’occasion de retrouver des seconds couteaux et des héros de second plan, montrant ainsi que l’union fait la force, même lorsque l’équipe compte Superman dans ses rangs.

Les auteurs de Earth X et de Paradise X nous donnent encore une fois l’occasion de nous interroger sur le statut de héros. Dans un univers empli de surhommes tout-puissants, comment justifier la faim dans le monde, les guerres, les injustices et les maladies ? C’est un angle très intéressant qui a depuis été abordé dans d’autres œuvres, mais qui bénéficie ici de l’excellente écriture de Jim Krueger.

Les dessins d’Alex Ross (et de Doug Braithwaite) sont bien évidemment magnifiques, et donnent à l’ensemble des douze chapitres un aspect grave et grandiloquent, avec des pauses statuesques qui ont fait la réputation du dessinateur.

La réédition de Justice League : la promesse était donc une excellente idée d’Urban Comics, surtout à un prix aussi attractif. Cependant, une telle aubaine précède forcément des inconvénients, aussi je vous conseille de bien inspecter l’exemplaire que vous achèterez, la reliure des pages est assez catastrophique ! Dommage qu’une facture aussi médiocre accompagne un aussi bel ouvrage.

****·East & West·Manga·Nouveau !·Numérique·Rapidos

Sushi & Baggles #33

esat-west

Excellente fournée Manga et Comics qui montre qu’il ne faut jamais désespérer de séries parfois mal embarquées et que les projets les plus improbables mènent parfois à de grandes choses…


  • Ex-Arm #11 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2020 série achevée en 14 volumes (Japon)

couv_386199

badge numeriqueOn approche de la fin avec ce onzième tome où continue une action effrénée et un enchaînement de révélations. Je le répète, si cette série excellemment dessinée depuis le premier volume a un gros retard à l’allumage, dès le commencement de l’intrigue principale au tome 6 on se rapproche très fort du statut de digne successeur de Ghost in the ShellLa bataille finale a déjà commencé avec la disparition de la plupart des familles engagées dans le combat pour la possession de la dernière ex-arm. Confrontée à Alma, Minami se voit dans l’obligation d’assumer son rôle de flic, même si cela doit passer par l’élimination de son amie… Alors que l’arrivée de l’Ogre, ce cyborg à la puissance phénoménale est annoncée, la récupération d’Alma devient impérative pour éviter la destruction de tout le site. Seul Akira et sa puissance de Hacking peut pirater ce monstre via l’IA d’Alma. Alors que les Octopod déversent un déluge de feu qui menace de faire s’effondrer le stade, le propre frère de Minami s’apprête à révéler sa véritable puissance…

Quel plaisir de retrouver ce manga aux scènes d’action parfaites, d’une lisibilité, d’une élégance parfaites et aux thématiques enfin au niveau! Plus que trois tomes avant la conclusion… qui sera prolongée par une suite annoncée et un anime prévu pour cette année. Avec une durée très raisonnable il est vraiment temps de découvrir cette excellente série trop méconnue.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres


  • Centaures #4 (Sumiyoshi/Glénat) – 2019, série finie en 4 volumes.

couv_376767badge numerique

Ce quatrième volume achève (déjà!!) une série qui se classe nettement dans le très haut panier des mangas publiés depuis pas mal d’années. Pour une première publication, ce double diptyque s’avère d’une maturité impressionnante tant par des dessins qui visent à rappeler l’estampe que par l’ambition du découpage et des thématiques utilisées. Pour rappel les deux premiers volumes narrent la résistance du colosse Matsukaze dans un monde qui persécute et mets en esclavage les centaures. L’auteur avait prévu d’achever son récit sur une note sombre au bout de deux volumes mais devant la qualité du récit un second cycle a été lancé qui s’achève avec cet opus. Après avoir découvert que la guerre était finie et qu’humains et centaures apprenaient désormais à vivre ensemble, le fils de Matsukaze dont le père a fait promettre de se battre jusqu’à la fin des persécutions, se retrouve démuni face à ce nouveau monde et la nécessité du pardon. Le dernier tome nous montre Gonta employé pour transporter des bois sur un chantier commun aux deux Centaures tome 4 - BDfugue.comespèces. Là il trouve un amour qu’il ne sait assumer… Elevé en guerrier, aux habitudes très éloignées de la civilisation humaine, de très nombreux questionnements se bousculent dans sa tête, l’empêchant d’envisager une vie paisible et amoureuse qui lui tend pourtant les bras. Le pardon pour les souffrances infligées par les humains, le renoncement au mode de vie ancien (faut-il porter le kimono, présenté comme civilisé par la nouvelle société ou continuer à se promener la croupe à l’air comme toujours?), l’oubli du père en abandonnant son combat, la liberté individuelle de Tanikaze contre la prédestination, sont autant de thématiques très riches abordées dans ce seul et dernier tome d’une série construite comme deux faces, un premier cycle très dur posant la résistance contre une espèce humaine impitoyable et un second beaucoup plus posé, renvoyant les personnages au passé. Imprévue et subtile, cette construction prends tout son sens dans une conclusion potentiellement ouverte et aussi réussie que l’ensemble de la série. Une série majeure assurément!

Et Glénat annonce déjà la parution du dernier manga (Ashidaka) de cet autrice très talentueuse!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres


  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 1, 2° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015

badge numeriquecouv_236040Je m’étais pris une grosse claque inattendue en janvier avec ma lecture de la première partie de l’année 1 de cette série. Fort heureusement à partir de l’année 2 de vraies couvertures de comics avec des dessinateurs plus classiques apparaissent et c’est tant mieux… Doté de dessins un peu moins réussis que précédemment, le scénario monte encore d’un cran dans cette fuite annoncée vers le totalitarisme d’un Superman qui a brisé ses chaînes morales. Si la première partie se structurait autour de la constitution de deux camps, la rupture est désormais rompue avec l’équipe du Chevalier noir quand l’Homme d’Acier commet son premier meurtre sur un super-héro… et pas le dernier! Tom Taylor réalise ici ce que personnellement je n’ai vu que dans Watchmen, une déconstruction totale des personnages iconiques, en supprimant tout le vernis éditorial d’autocensure posé jusqu’ici par la horde d’auteurs qui se sont succédé sans jamais oser passer à l’acte. Dans Red Son Superman abordait le rôle de méchant mais avec le soutien de son gouvernement, la dystopie créant une simple bascule d’Ouest en Est. Beaucoup plus ambitieuse la série dirigée par Taylor dit toutes les facettes psychanalytiques sombres des héros, Superman comme Batman, Wonder Woman comme Green Arrow. Tout cet habillage bien pensant auquel on n’a jamais cru, ces bourres-pifs menant les méchants en prison, bref, toute la règle posée par le Comic Code Authority et jamais vraiment démentie jusqu’ici est mise par terre pour nous proposer l’un des premiers récits adultes de super-héros chez DC.

Les seuls bémols que je mettrais sont l’irruption totalement WTF (et franchement mauvais goût) de Lobo, quelques dessins assez médiocres et quelques passages qui semblent rattachés à d’autres volumes et qui paraissent ici un peu perdus dans la trame scénaristique. Pour le reste Injustice est au bout de cette première « année » la meilleure chose que j’ai lu chez le Big Two depuis bien longtemps!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Wonder Woman: La chute de Tir na Nog

esat-west

Comic de Liam Sharp et ROmulo Fajardo (coul.)
Urban (2019), 132p., série en cours.

couv_376310L’album peut être lu comme un one-shot (l’histoire a une conclusion) mais va se prolonger avec une fin ouverte. Une introduction explique le projet graphique d’hommage à l’illustrateur Jim Fitzpatrick, connu pour avoir conçu la célébrissime image du Che, bichromie de la photo de Korda, mais également pour ses graphismes semi art déco inspirés de l’imagerie celte. L’ouvrage s’ouvre donc sur une préface de Fitzpatrick expliquant les inspirations de Sharp et le rôle de transmission de chaque auteur, produisant la matière aux futures générations de dessinateurs. Vient ensuite un court lexique des personnages du mythe apparaissant dans l’album et le volume se termine après six chapitres par deux simples planches de couvertures encrées. On a vu plus fourni chez Urban. La couverture est néanmoins absolument superbe et donne à elle seule envie d’ouvrir l’ouvrage…

Alors qu’elle jouit d’un repos mérité Diana de Thémyscira (Wonder Woman) est approchée par une créature mythique, le dieu Cernunnos Cernach, gardien de l’équilibre de Tir Na Nog, le royaume caché où vivent les clans du Petit Peuple depuis des siècles. Pourtant le conflit gronde sur place et lorsque Wonder Woman arrive sur place c’est pour constater que le pire a commencé: le roi des Fomoires a été tué, provoquant un vent de guerre inéluctable. L’amazone fait alors appel au plus grand détective de la Terre…

https://cdn-s-www.bienpublic.com/images/3BC89548-7AB7-407D-AE8E-A492EEEE9F72/NW_raw/urban-comics-2019-(-dc-comics-2018)-1571845556.jpgConcentrant mes lectures DC presque exclusivement sur les aventures du Chevalier noir, ce (presque) one-shot m’a vivement fait de l’œil avec son graphisme très particulier et cette enquête au pays des dieux celtes. Car ne soyez pas trompé par le rangement de l’ouvrage dans la collection Wonder Woman: il s’agit bien d’une enquête de Batman dans laquelle est conviée l’Amazone, personnage important mais clairement secondaire ici. Le seul fait que l’univers abordé soit féerique justifie ce rangement.

Ouvrage du seul Liam Sharp (plus proche des Frazetta, Bisley et des personnages de Vampirella et Judge Dredd que des super-héros en collant du Big Two), La chute de Tir Na Nog est une vraie bonne nouvelle dans le monde du comic mainstream. Organisé comme une enquête des plus classique, la narration se trouve complexifiée à la fois par le graphisme de Sharp jouant sur les cases et leur habillage de fioritures celtique qui font bien plus que décorer l’album et sur une navigation entre les deux mondes. Le cœur de l’intrigue étant de plonger le cartésianisme absolu de Batman dans un univers fait de magie, le dessin se devait de nous immerger dans cet impossible. Car pour une fois ce n’est pas la seule irruption de monstres dentus qui fait le fantastique mais bien Batman qui est une anomalie. Avançant tel Sherlock Holmes en dénichant indice après indice Preview of The Brave and the Bold: Batman and Wonder Woman #4jusqu’à révéler une impensable machination, Batman doit faire le lien avec des évènements inexpliqués survenus dans le quartier irlandais de Gotham… Pour une fois aucune implication du bestiaire du Batverse (eh oui, il est chez Wonder woman en guest star!) ne viens troubler son enquête.

Le propos de Sharp est bien de nous entraîner en visite touristique dans cet univers mythologique si particulier et complexe dont on nous relatera en détail les batailles épiques passées. Parfois complexe à prendre en main du fait des nombreux termes, noms et généalogies, cet album reste assez fascinant par l’immersion exotique qu’il procure. Deux lectures ne seront pas de trop au profane pour digérer cette richesse habillée par des superbes planches d’une grande homogénéité et bien peu de déchets. La Chute de Tir Na Nog est une bien belle balade en compagnie de l’élégante amazone et de la Chauve-souris. Accessible, une fois n’est pas coutume, aux nouveaux venus dans l’univers des héros DC et totalement détaché de toute autre arc de cet univers, je conseille cette découverte culturelle qui vous ravira par la chatoyance végétale de ses pages fort inspirées.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·Comics·East & West·Nouveau !

Batman Metal #2: les chevaliers noirs

esat-westComic collectif,
Urban (2018) – DC (2017), 248 p., Batman Metal #2/3

batman-metal-tome-2

Suite du volume 1 publié par Urban, ce volume comprend le troisième épisode de la série Batman: Métal (dessinée par Greg Capullo) enchâssé dans les épisodes one-shot relatant l’apparition de chacun des Batmen du multivers noir fusionnés avec l’un des héros de la Justice League. Le gros volume comporte comme le précédent, en prologue un résumé éditorial de contexte, une court synthèse des personnages DC impliqués dans ce volume, en en fin de tome un plan du multivers et une très courte galerie. L’illustration de couverture est particulièrement trash (avec un gros rappel du Deuil de la famille du duo Snyder/Capullo, et franchement magnifique! Pour la composition du volume jetez un oeil à la fiche BDgest.

Dans différentes Terres du multivers, Batman se retrouve confronté à ses terreurs et à ses échecs. Sacrifiant ses amis de la Ligue de Justice, Bruce Wayne, dans ses différentes représentations, capitule et ouvre son cœur à la noirceur de Barbatos, devenant l’un des chevaliers noirs du Multivers noir. Ce sont les récits de ces versions de Batman qui nous sont proposés ici…

Qui sont les 7 Chevaliers Noirs dans Batman Metal ? [la critique du tome 2]Après la lecture de ce second volume du run Metal, deux conclusions: premièrement nous avons là sans doute l’un des arcs les plus ambitieux produits par DC, à la fois graphiquement de très haut niveau et aux incidences thématiques et dramatiques très profondes. Deuxièmement, si vous démarrez du DC là-dessus accrochez vous, la narration est compliquée à souhait entre les trames temporelles, les différentes itérations de Batman et l’art de la complication scénaristique qu’ont les auteurs de comics…

L’album est plus riche que le précédent car plus cohérent. Hormis le troisième épisode de Batman: Metal, sur lequel je n’ai pas compris grand chose (tellement de liens avec l’histoire éditoriale de Batman et de DC est étroit), on découvre au travers des histoires des différents chevaliers noirs suivant le Batman qui rit et apparus à l’ouverture du Multivers noir, ce qui a provoqué cette catastrophe. Chacun des scénaristes derrière ces one-shot parvient à créer à la fois une variation super intéressante fusionnant Batman et un des membres de la JL et faire avancer la compréhension de l’intrigue principale.

Là où le volume précédent était un peu rempli par des épisodes anecdotiques, ici tout se tient et c’est finalement plus le retour de Snyder et Capullo qui nous perd avec cette difficulté à n’avoir jamais de continuité directe d’un épisode à l’autre (à chaque fois on se demande: on est quand? on est où?) et avec des idées WTF qui ressortent de façon étonnante pour un duo créatif qui a produit de si bonnes choses par le passé. Image associéeLes stand-alone parviennent à atteindre une profondeur dramatique vraiment inspirée, notamment sur le dernier épisode « Lost » qui voit Batman perdu dans son esprit et dans le Multivers noir, revivant ses précédentes aventures. L’on se demande alors s’il est vraiment possible que DC ait construit depuis si longtemps des pistes réfléchies menant à Metal… J’en doute mais l’artifice marche superbement! On passe donc tout un album à lire des histoires de Batman sans Batman, des histoires au fonds identiques, sans que l’on ne s’ennuie le moins du monde.

Résultat de recherche d'images pour "batman metal dawnbreaker"La noirceur générale du volume est réellement désespérante et si certains trouveront ça un peu too-much, je trouve que l’objectif est totalement réussi de désespérer le lecteur qui finit l’ouvrage sans aucun espoir de victoire finale et en se demandant si Metal n’aboutira pas simplement à des intrigues situées dans le multivers noir… Je suis le premier à crier aux interminables reboot-relaunch-apocalyptiques des Big-two mais ici je dois reconnaître qu’on est accroché (notamment grâce à l’exigence graphique que personnellement je n’ai jamais vu si haute sur une équipe artistique d’une telle taille). J’ai tellement pris l’habitude d’être déçu à lire des comics de super-héros que je dois reconnaître une assez grosse attente à connaître la chute de ce run! Pour peu que l’on accepte de faire l’impasse sur toute la ribambelle d’artefacts, personnages et concepts issus de 50 ans de publications DC, Les chevaliers noirs apporte une vraie fraîcheur qui peut même donner envie d’aller lire d’autres arcs …

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1