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Sweet Home #1

Webtoon de Kim Carny et Hwang Youngchang
Ki-oon (2022), webtoon (2020), série en cours, 1/12 volumes parus.

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bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur fidélité.

Adolescent renfermé sur ses jeux vidéo, Hyeon-Su se retrouve soudain seul au monde lorsque sa famille disparaît dans un accident de voiture. Propulsé dans une gestion d’adulte il emménage dans une résidence qui doit lui permettre de subvenir à ses besoins. Lorsqu’une catastrophe inexplicable survient à l’extérieur il se retrouve confronté aux voisins et à une menace invisible et terrifiante…

Sweet Home (Kim) -1- Tome 1Les toujours excellentes éditions Ki-oon poursuivent dans dynamique des webtoon puisque après le best-viewer Bâtard ils nous proposent la nouvelle série du dessinateur Hwang Youngchang. De quoi continuer la semaine dans le numérique puisque dimanche Dahaka vous parlait d’une adaptation américaine cette fois d’un webcomic.

Ce qui surprend au premier abord c’est très logiquement la mise en page et le découpage puisqu’il sont pensés pour un défilement sur écran et non sur un enchaînement de pages. Cela a certainement une incidence sur le rythme de lecture mais cela ne se ressent pas négativement. Avec un dessin assez simple et une colorisation minimaliste, c’est donc bien le scénario qui importe dans cette entame qui flatte les maîtres du suspens à commencer par Hitchcock ou Carpenter. En effet, la tension est maintenue très longtemps puisque après une mise en place de contexte qui aide à entrer tranquillement dans le bain, on se retrouve dans un huis-clos glacial à la première personne où les interactions étranges avec les voisins feront avancer le récit, dans une montée de la tension sur une menace impalpable. Le cadre est connu: un immeuble très impersonnel en forme de labyrinthe de béton , une poignée de survivants enfermés en lutte pour leur survie, une menace terrifiante et indicible, tout est bon pour une tension sur les onze prochaine tomes de la série.Sweet Home (Webtoon de Youngchan HWANG, CARNBY Kim) - Sanctuary

Si l’aspect graphique n’est pas à proprement parler joli, il fait le job en permettant de se concentrer sur l’enchaînement des séquences, jouant sur les silences et la confrontation des tempéraments des survivants. Et sur le plan de l’intrigue les auteurs connaissent leurs gammes puisqu’on est happé de la première à la dernière page avec juste ce qu’il faut d’informations pour ne pas s’ennuyer au long de cette avancée lente vers l’horreur. n’en gardant pas trop sous le coude, on achève donc cette entame bien accroché, avec le déclencheur horrifique qui ne se sera pas trop fait attendre, des personnages installés et une chasse qui peut commencer. Y’a plus qu’à enchaîner pour cette très bonne surprise qui confirme que les jeunes auteurs ont souvent la fraicheur qui manque aux grosses cylindrées!

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Lore Olympus

Premier tome de 378 pages de la série écrite et dessinée par Rachel Smythe. Parution initiale sur la plateforme Webtoon, publication en format papier chez Hugo BD le 06/01/22.

Meilleur webcomic 2022 aux Eisner awards

Cinquante nuances de mythes

Les mythes grecs, sur l’Étagère, ça nous connaît. Alors autant vous dire que lorsque le phénomène de la plateforme Webtoon, Lore Olympus (les Traditions d’Olympus en VF) est paru en version papier (oui, on est vieux jeu sur l’Étagère), difficile de passer à coté.

Pour ceux qui n’y sont pas familiers, Webtoon est une plateforme de lecture de BD, dont la particularité est de proposer une lecture défilante, de haut en bas (on appelle ça du scrolling, d’après mes sources bien renseignées). La transposition en format classique n’a donc pas du être aisée, ne serait-ce que vis à vis du découpage, puisque en Webtoon, point de pages.

Lore Olympus, de quoi ça parle ? Tout simplement du mythe de Perséphone, la déesse du Printemps qui a été initialement enlevée par le roi des enfers Hadès, et qui l’a épousé sans qu’on lui demande trop son avis. Après un accord passé avec Hadès, Perséphone a gagné le droit de retourner à la surface la moitié de l’année pour y retrouver sa mère Déméter, ce qui explique selon les grecs anciens le cycle des saisons, puisque l’Hiver s’installe dès que la déesse du Printemps retourne en enfer.

Ici, le contexte crée par Rachel Smythe est résolument modernisé, puisque ses olympiens vivent dans un monde moderne, luxueux et glamour. La jeune Perséphone, préservée par sa mère jusqu’à l’étouffement, vit quelque peu éloignée de ses cousins divins. Mais un soir, alors que Déméter a consenti à lui lâcher la bride, elle se rend à une soirée olympienne et fait la rencontre d’un dieu ténébreux, le sulfureux Hadès.

Victime des malversations d’Aphrodite, qui ne supporte pas d’être éclipsée, même aux yeux d’Hadès que tout le monde déteste, Perséphone se retrouve droguée, puis cachée dans la voiture du roi des enfers, et se réveille hagarde dans son domaine, à la grande surprise des deux. Bien heureusement, Hadès se révèle être une personne décente et traite son hôte involontaire avec tous les égards, mais cela n’empêche pas ce quiproquo de créer une étincelle entre eux.

Bien évidemment, les choses ne seront pas aussi simples, puisqu’entre les malentendus, les appréhensions de chacun et le monde des olympiens fait de paraître et de faix semblants, les deux amoureux vont devoir surmonter bien des obstacles.

Love story infernale

A première vue, il semble aisé d’identifier les clefs du succès monumental (dans les 75 millions de vue sur WT) de Lore Olympus. En premier lieu, sa protagoniste, Perséphone, mue en une jeune fille naïve muselée par l’Institution, matérialisée par sa mère, mais également par les autres dieux. De lourdes attentes pèsent sur elles, alors qu’elle ne souhaite que vivre sa vie, comme elle l’entend. Pleine de doute et peu assurée, c’est une base solide à laquelle une grande partie du lectorat peut s’identifier ou en tous cas s’attacher.

En second lieu, la romance en elle-même, qui inclue tous les éléments-clefs de l’histoire d’amour telle qu’elle est fantasmée depuis la nuit des temps: une jeune femme innocente (Belle, Anastasia Steele, Bella Swan, Esmeralda les exemples sont nombreux) fait la rencontre d’un Monstre (La Bête, Christian Grey, Edward Cullen, Quasimodo) qu’elle parvient à dompter, et, élément ô combien important, qui change pour elle.

Immanquablement, l’élément masculin, le Monstre, présente une déviance, voire une difformité: il représente les aspects quintessentiels du mâle, il est souvent violent, agressif, dominant, et, dans la plupart des cas, possède également un statut social élevé et/ou une opulence matérielle: La Bête est un prince maudit pour son arrogance, qui vit dans un château, et en tant que Bête, il est la transcription littérale du monstre et de l’agressivité, que la Belle devra littéralement dompter; Christian Grey est un milliardaire séduisant, mais qui est adepte du sado-masochisme, et y renoncera par amour pour Anastasia; Edward Cullen fait également partie d’une riche famille de médecins, est très populaire (bien qu’introverti) au lycée, et cache une soif de sang (sans doute une métaphore du désir sexuel) qu’il maîtrise pour Bella.

La même recette semble s’appliquer à Lore Olympus: Perséphone rencontre Hadès, roi des Enfers (statut social élevé), qui souffre d’une mauvaise réputation et semble encore marqué par une relation toxique (déviances). Si ces archétypes ont la vie dure, c’est sans doute parce qu’ils matérialisent des atavismes, ancrés depuis les origines de l’Humanité: dans les temps anciens, il était certainement préférable pour une femme de trouver un partenaire puissant physiquement (agressivité, signe d’une place élevée dans l’échelle de domination), capable d’assurer une sécurité physique (opulence matérielle). Mais, paradoxalement, des caractéristiques de puissance et d’agressivité, si elles garantissaient survie, sécurité et descendance optimale, étaient aussi potentiellement insécurisante, puisqu’un mâle puissant avait tout intérêt à ne pas rester fidèle et à disséminer ses gènes à qui mieux-mieux.

D’où ce fantasme de transformation, cette idée récurrente dans la psyché féminine que changer le Monstre, le « réparer » pour en faire un partenaire souhaitable, est possible. A l’inverse, ces archétypes ont certainement engendré, au niveau évolutif, une forte pression sur les mâles, une compétition permanente, qui est à même de créer des insécurités pour ceux qui ne parviennent pas à s’élever sur l’échelle de domination sociale. D’où l’envie récurrente, chez le public masculin, de puissance, de protection (la figure du super-héros), et sans doute également le désir d’être accepté tel que l’on est (ce qui est en lien direct avec l’archétype de la Manic Pixie Dream Girl).

Mais revenons à nos moutons grecs. Là où Rachel Smythe fait mouche, c’est notamment dans la modernisation du mythe. En plaçant un contexte contemporain, l’auteure gagne en légitimité pour aborder des thématiques d’actualité, telles que le harcèlement sexuel, l’émancipation féminine, et la toxicité de certaines relations. Le langage moderne et les codes narratifs adoptés par la jeune génération (Y ? Z? j’ai perdu le fil) permettent une bonne appropriation de ces thèmes.

Graphiquement, la patte numérique est omniprésente, et permet de donner un aspect très cartoon à l’ensemble, surtout si l’on y ajoute les couleurs dynamiques et chatoyantes, qui ressortent plutôt bien sur papier.

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***·BD·Numérique

Illyne, récit des terres d’Eslan

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Salut les lecteurs! J’inaugure une rubrique dont j’avais envie depuis longtemps mais qu’il m’a fallu un moment à définir. On parle de BD numérique depuis longtemps mais ce terme peut revêtir plein de formes. Beaucoup d’auteurs tiennent des blogs BD où ils publient. Parfois cela donne des projets très professionnels, soutenus techniquement par de grosses structures. Il y a aussi le développement de plateformes de lecture de BD classiques au format numérique comme mon partenaire Iznéo

Ce qui m’intéresse ce sont les auteurs et leurs projets. Entre le financement participatif qui se multiplie et les formats spécifiques sur les réseaux sociaux (Twitter ou Instagram par exemple) d’auteurs majeurs, il y a beaucoup de choses à découvrir et de la matière à une rubrique régulière qui m’incitera à parler de ces projets à la fois novateurs et anti-commerciaux.

Et je vais commencer la rubrique par une découverte récente trouvée via Twitter:

EL504o9X0AAwT8l (1).jpg

badge numeriqueIllyne est un Webtoon, nouvelle forme de publication de BD venue de Corée et dont la spécificité est d’adopter le format smartphone (donc allongé) en natif. C’est mine de rien une sacrée révolution narrative puisque outre la périodicité courte qui le rapproche des comics (des formules d’abonnement permettent d’accéder en premium aux nouveaux Clipboard01.jpgépisodes, les plus anciens sont généralement gratuits), le mode de défilement bouleverse l’agencement des cases et le récit lui-même. Contrairement à un Pepper & Carott par exemple (dont je parlerais ici prochainement) et dont le format est plutot à l’italienne mais reprend un découpage classique de BD franco-belge, Illyne se structure totalement en verticale.

L’histoire raconte les aventures d’Illyne, membre d’un ordre de gardiens des pierres magiques héritées d’Eslan, fondateur prométhéen du territoire qui aurait volé aux anciens dieux leurs pouvoirs qu’il aurait enfermé dans des cristaux qui, répartis sur le territoire, accordent leurs bienfaits aux hommes. Las, au cours d’un voyage de routine l’héroïne découvre que les cristaux commencent à se dévitaliser…

Clipboard03.jpgLa série est publiée sur la plateforme Webtoonfactory par Johann Blais (alias Papayou), concept artist dans le jeu vidéo. Trois épisodes sont parus en mode gratuit, un quatrième est réservé aux abonnés du site et un cinquième est en préparation. Du fait du format il est impossible de parler de pagination mais les épisodes sont relativement courts, ce qui laisse penser à une série assez longue, pour peu que sa publication soit viable économiquement pour l’auteur.

Graphiquement l’auteur sait tenir sa palette graphique et comme tout dessin numérique les couleurs et lumières claquent immédiatement. Le gros point fort de la série repose sur les visages et personnages en gros plan… l’auteur délaissant malheureusement ses arrières-plans qui sont parfois à Clipboard02.jpgpeine croqués. C’est dommage tant l’univers fantasy demande un imaginaire visuel des décors du monde en général. Ce que j’en ai vu est donc assez inégal mais semble en évolution, l’auteur étant très demandeur de commentaires. Chaque épisode propose en outre, comme une forme de générique, la même introduction rappelant l’origine du monde et des cristaux. A ce stade l’histoire est juste commencée et l’on imagine l’héroïne partir pour un long voyage semé de combats, avec dès le troisième épisode l’évocation d’une guerre des Marches. Les personnages sont assez intéressants et donnent envie de poursuivre la découverte en espérant que le dessin évolue vers plus de précision. A la lecture on a le sentiment que Papayou évolue en faisant, comme sur la gestion du défilement qui est par moment très intelligemment utilisé avec des fondus très intéressants dans la gestion du temps, alors qu’à d’autres moments on a des ruptures de case brutale et très classique que l’auteur biseaute sans doute pour éviter cette coupure. Je suis convaincu que des choses très novatrices peuvent être faites en matière de découpage, exigeant sans doute une grosse réflexion et de sortir de ses acquis de lecteur BD.

Au final j’avoue que la grosse com’ réalisées par l’auteur sur de très belles images risque de décevoir un peu, comme ces très nombreux comics aux couvertures mortelles qui  laissent place à des dessins plus industriels ensuite. Il n’en demeure pas moins que le projet est intéressant, la démarche absolument louable et que la maîtrise technique est évidente. Il reste à trouver un processus de réalisation qui joigne la qualité avec le format et la viabilité.

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