****·BD·Jeunesse·Nouveau !

Perdus dans le futur #1: La Tempête

Premier tome d’une série en 4 parties, écrit par Damian et dessiné par Alex Fuentes. Parution le 04/06/2021 aux éditions Dupuis.

Le Breakfast Club voyage dans le temps

Pour Sara, Mei, Driss et Arnold, ce qui devait être une sortie de classe tranquille se transforme bien vite en aventure cauchemardesque, à cause de l’intervention de Piero, la terreur de la classe dont le passe-temps principal consiste à rendre la vie impossible à nos quatre amis.

Il faut bien l’avouer, ces pas-si-joyeux drilles ont tout de cibles faciles si l’on se fie aux critères du Harcèlement scolaire pour les nuls: Sara est victime d’un handicap qui l’oblige à se déplacer en béquilles, Arnold est en surpoids, Mei est une HPI affublée de doubles-foyers et Driss, un peu trop basané au goût de certains. Ils sont donc malheureusement des cibles toutes indiquées pour l’aimable Piero.

En voulant leur faire peur une nouvelle fois, la brute provoque une chute qui les entraine tous les cinq au fonds d’un puits, qui se remplit dangereusement durant la tempête qui frappe les ruines du château que la classe visite. En ressortant, les miraculés s’aperçoivent à leur grand désarroi qu’ils ne sont plus chez eux. Toujours sur Terre, semble-t-il, mais dans un futur hostile où rôdent de dangereuses bêtes ! Nos quatre victimes et leur bourreau sauront-ils mettre leurs différends de côté pour sortir de ce mauvais pas ?

Péril jeune face à vieux templiers

En explorant plus avant ce nouveau territoire, nos naufragés du temps vont s’apercevoir que des humains parviennent contre toute attente à subsister dans cet environnement hostile. En effet, le château était autrefois le dernier bastion des Templiers, qui, traqués et persécutés, ont choisi d’utiliser leurs savoirs pour ouvrir un tunnel temporel qui les emmènerait loin de leurs bourreaux. Le problème, c’est que le tunnel est une voie à sens unique, et que les habitants du village de Templiers ne voient pas leur arrivée d’un très bon œil.

En effet, les conditions de vie difficiles ont contraint les templiers à adopter une philosophie malthusienne, voulant que chaque arrivée dans la communauté soit synonyme d’un départ.

Ce premier tome de Perdus dans le Futur nous plonge prestement dans l’action sans ménagement, pour nous faire ensuite découvrir son groupe de personnages attachants. Bien évidemment, les aventures temporelles rocambolesques ne sont finalement que l’écrin dans lequel ces protagonistes vont pouvoir se développer et renforcer leur liens, et l’on assiste au fil de l’album à la rédemption d’une brute antipathique, laissant entrevoir de belles évolutions sur le reste de la série. On apprécie également les thématiques écologiques en sous-texte, bienvenues dans le cadre d’un récit jeunesse.

Le graphisme est lui aussi résolument orienté jeunesse, et fait des étincelles, notamment grâce aux couleurs. En bref, ce premier tome a pour lui une narration fluide et des graphismes agréables, sous tendues par un réseau de personnages attachants et dotés d’une certaine profondeur. A lire !

**·BD

Oliver Page & les Tueurs de Temps

Série en deux tomes de 54 planches, écrite par Stephen Desberg et dessinée par Griffo. Parution le 02/01/20 et le 05/02/20 aux éditions Glénat.

Time will tell

Oliver Page est un jeune londonien, aventurier auto-proclamé, qui coordonne, avec l’élue de son cœur Beatriz, des fouilles archéologique en plein désert, au XIXe siècle. La fouille ne donne pas les fruits espérés, mais Oliver et Beatriz découvrent une momie non identifiée, un trône de pierre assez peu conventionnel, quelques bas-reliefs aux allures d’avertissements, et trois étranges anneaux.

Dans un futur lointain, Wynn, soldat aguerrie, perd son compagnon d’arme alors qu’elle traque une créature malfaisante capable de prendre le contrôle de toute créature vivante qu’elle parvient à investir. A son époque, Oliver découvre avec stupéfaction que le trône de pierre est en réalité une machine à voyager dans le Temps, et que le sarcophage dans lequel il l’a trouvé n’aurait jamais du être ouvert.

Va s’en suivre un chassé-croisé dans les méandres conjugués du passé et du futur, entre Oliver, Wynn et le parasite, avec rien de moins en jeu que le sort du monde.

Course contre le Temps

Ce diptyque aux aspects prometteurs est intriguant par bien des aspects, mais assez décevant au final. Friand d’histoires de voyages temporels, j’ai abordé Oliver Page avec empressement, curieux de connaître les différents rebondissements que connaitrait inévitablement le protagoniste au cours de son aventure.

Effectivement, on retrouve bien les éléments clefs du genre (certains parleront de poncifs), comme le décalage socio-culturel du au voyage temporel, les tentations diverses et variées de changer le cours du temps (Effet Papillon, Retour vers le Futur) et de faire fortune (Retour vers le Futur 2, Timelapse), la confrontation avec ses doubles temporels (Timecrimes)…

Il n’en demeure pas moins que le tout manque de liant, peut-être à cause d’une narration externe qui n’est pas toujours utilisée à-propos ou de façon optimale. Certains fils conducteurs restent sans réponse, ce qui est assez malvenu pour un diptyque duquel le lecteur en exigera forcément. En revanche, le protagoniste reste sympathique et attachant, ce qui est un réel plus pour continuer la lecture.

Le côté SF reste relativement bien géré, avec cette évocation d’un futur hostile et d’une Terre ravagée. L’antagoniste parasite m’a rappelé le film Hidden, et on doit avouer qu’il est bien utilisé, même s’il manque, par nature, de profondeur.

S’agissant du graphisme, la série semble payer assez cher ses délais contraints (deux albums parus à deux mois d’écart). On se doute que la majorité des planches a du être bouclée en amont de la parution du premier tome, force est de constater qu’il se dégage de l’ensemble un sentiment de rush (je n’ose pas dire bâclé) à certains endroits. Les plans rapprochés de Griffo sont souvent justes, mais les plans larges quant à eux, souffrent par leurs décors et les proportions de certains personnages.

Oliver Page & les Tueurs de Temps partait d’une idée ingénieuse et promettait une série d’aventure et de SF rafraichissante, toutefois, son exécution reste en deçà des attentes.

***·Cinéma

Visionnage: Batman ninja

Film d’animation de DC comics (Warner), sorti en 2018, 85 minutes. Le film est réalisé par une équipe japonaise avec notamment le character designer du réputé Afro Samuraï.

Résultat de recherche d'images pour "batman ninja"

J’ai profité de l’arrivée de ce film d’animation (qui a déjà deux ans) sur Netflix pour tester ce projet assez WTF… ou pas, vues les excentricités de l’univers DC. Pour être direct, si vous ne l’avez pas deviné, ce film (et le manga qui en est issu en 2019) est un énorme prétexte pour placer Batman dans le Japon médiéval, mais pas que. C’est en fait tout un pan de la culture entertainment nippone qui est adapté dans le batverse. J’ai oui dire depuis quelques années que DC produit de bien meilleurs films d’animation que de films en prise de vue réelle et je veux bien le croire pour cette première incursion. Attention, je ne parle pas d’histoire qui est ici, encore une fois totalement expédiée sans même prendre la peine de faire semblant: le film s’ouvre en plein milieu d’un combat entre Batman et Gorilla Grodd à Arkham où ce dernier a déclenché une machine temporelle… qui propulse tout le petit monde du Batverse directement au japon des Shogun. En moins de cinq minutes on nous explique que la quasi totalité des méchants canoniques de Batman étaient présents ainsi que Catwoman, Alfred, la Batfamille… et la Batmobile. Rien que ça. Pas de justification c’est comme ça. J’imaginais une uchronie démarrant au japon mais non, on déplace juste tout Gotham (sauf Gordon et Batgirl, tiens, ils ne doivent pas aimer les sushi…) au Japon pour pouvoir se foutre sur la gueule avec le Joker et ses potes.

Résultat de recherche d'images pour "batman ninja"Dit comme ça cela ne doit pas vous engager beaucoup. Je ne vais pas faire le service après vente, je l’ai déjà dit et taggé, ce film est pas mal WTF et l’assume. Dernière pique dans le « scénario », le titre même est trompeur puisque l’on n’a affaire ici qu’à des samouraï et aucunement à des ninja. Ce n’est pas histoire de chipoter, je ne suis pas spécialiste mais visuellement tout est repris des codes des amures des guerriers japonais. Enfin, je remarque (le film est concomitant de l’Event Metal) que le clan des guerriers de la chauve-souris fait furieusement penser au clan du Hibou qui apparaît dans le DCverse depuis la Cour des hiboux je crois.

Résultat de recherche d'images pour "batman ninja"Non, la première qualité de ce film est clairement graphique, avec d’une part un design très élégant des costumes et personnages (notamment un Joker sous amphet’ particulièrement bien transposé en Shogun dément), des équipements mécaniques de Batman et des méchants et de la technique utilisée, en cell-shading. Comme souvent cette technique est idéale pour permettre de véritables effets BD avec un aspect crayonné (et quelques séquences de variation graphique expérimentale plutôt chouettes) sur une animation que seule la 3D peut rendre si fluide. Du coup l’expérience visuelle, très colorée, est vraiment plaisante. Comme le film est essentiellement une grosse baston sur terre, sur mer et dans les airs, on peut profiter des belles images en débranchant son cerveau et en sirotant une bière (ou un saké). Je parlais d’éléments mécaniques, car on est ici dans une réalité uchronique créée par l’arrivée du Joker où la technologie a évolué (sacrément!) jusqu’à permettre la création de Mechas géants en forme de châteaux médiévaux… Je vous avais prévenu, les créateurs se sont fait plaisir jusqu’à un combat final qui fleure bon le Bioman.

Résultat de recherche d'images pour "batman ninja"Etant donnée la durée assez courte et le plaisir visuel mais surtout un second degré totalement assumé, ce Batman Ninja se laisse absolument regarder. Sans ambition aucune, il ne dispense pas de revoir la magistrale oeuvre avortée de Zack Snyder mais donne envie d’aller jeter un œil vers les autres films d’animation DC.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !

Univers ! #1

Univers ! tome 1, 178 pages, paru le 06/09/2019 aux éditions Dargaud dans la collection Visions du Futur. Scénario, dessin et couleur d’Albert Monteys

La Quatrième Dimension

Les récits de genre sont notoirement, et étonnamment, compatibles avec le format anthologique. C’est ce que nous démontre l’auteur espagnol Albert Monteys grâce à son album Univers !

S’appropriant le fertile terreau de la Science-Fiction, Albert Monteys nous offre ici une série d’histoires courtes, et connectées de façon surprenante. L’auteur ne se refuse rien en terme de thématiques, baignant ses récits dans les incontournables voyages temporels, explorations spatiales, conflits et réflexions quant à la nature de l’intelligence artificielle, sans oublier le transhumanisme.

C’est ce qui donne à Univers ! un parfum de Black Mirror, d’une part, grâce au format, d’autre part grâce à la critique acerbe que l’auteur porte sur nos sociétés en devenir, dans lesquelles la vie humaine ne sera plus qu’une variable d’ajustement sacrifiée trop aisément sur l’autel de l’Hubris.

Car c’est bien là tout le brio de cet album, qui utilise des récits inventifs et futuristes pour jeter un regard mordant sur notre monde actuel et les travers qu’il dessine pour l’avenir.

L’altérité, la conquête spatiale et le transhumanisme ne sont cependant pas les seules thématiques clefs développées par Albert Monteys: il y a aussi l’amour, la mort, le bonheur… bref, de quoi remplir bien plus que 175 planches !

Sur le plan technique, le format de l’album, à l’italienne, laisse place à première vue à une narration décompressée, donnant la part belle aux décors grandioses chers à la SF. Cependant, en suivant le fil des pages, on s’aperçoit que les partis pris narratifs rendent le récit très dense par moments (je pense aux cases comprenant des plans larges, très détaillées et où l’on peut suivre le mouvement du personnage).

En conclusion, nous dirons qu’Albert Monteys nous donne l’image d’un auteur mature et impliqué, en pleine maîtrise des codes de la SF. Son album vous fera voyager, rire et grincer des dents !

note-calvin11note-calvin11note-calvin11

****·Comics·East & West·Rétro

All-New X-men #1-3

esat-west

Comic de Brian Bendis et Stuart Immonen, David Marquez et David Lafuente
Panini (2014-2015)/ Marvel (2013), Série de 8 volumes, terminée.

Couverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -1- X-Men d'hierCouverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -2- Choisis ton campCouverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -3- X-Men vs X-Men

Cet article porte sur les trois premiers tomes de All-New X-men, le « relaunch » de sa série par Marvel en 2013, qui s’est accordé pour l’occasion une énorme brochette de talents: Stuart Immonen puis Mahmud Asrar, Frank Cho, Esad Ribic, Sara Pichelli,… excusez du peu! Accompagnés par des encreurs monstrueux, cette série me fait découvrir Stuart Immonen dont je n’avais rien lu et qui devient instantanément mon nouveau chouchou comics depuis Esad Ribic.

Résultat de recherche d'images pour "all new x men immonen"Le monde des mutants a changé. Rendu fou par la Force Phénix , Cyclope a tué le professeur Xavier et entamé une nouvelle carrière de « méchant » en s’alliant avec Magnéto afin de rendre leur dignité aux mutants. Terrassé par ce nouveau contexte, Hank MacCoy, « la bête » retourne dans le passé pour demander de l’aide aux jeunes X-men. Le fait d’accepter sa proposition va envoyer Cyclope, Jean Grey et leurs amis dans un maelstrom de questionnements identitaires sur leurs pouvoirs, le bien, le mal et comment choisir ce qui est le mieux pour tous…

Avant de commencer, très distant des chronologies Marvel et DC, je n’ai absolument aucune idée du lien temporel entre cette série sortie en 2013 et celle dessinée par Humberto Ramos (et chroniquée ici) et dont certains personnages qui semblaient nouveaux apparaissent bien chez Stuart Immonen et Brian Bendis… Ceci étant dit, je suis tombé fou dingue du trait du canadien Stuart Immonen dont le style m’indique ce que produirait Olivier Vatine s’il exerçait dans une industrie aussi exigeante que les comics. Il y a une réelle proximité entre les deux dessinateurs dont les encrages et la gestion des ombres sont à tomber. C’est bien simple, sur les trois volumes parcourus c’est un sans faute et chaque case inspire une telle maîtrise et expression que l’on en oublierait presque de se concentrer sur les dialogues et le scénario… très verbeux!

Résultat de recherche d'images pour "all new x men immonen"Il va sans dire que dans un scénario de BD de super-héros (qui plus est dans un relaunch, impliquant une dimension créative assez limitée) le dessin facilite grandement la perméabilité du lecteur aux thèmes du scénariste. Brian Bendis en scénariste chevronné maîtrise son sujet en alternant le récit autour de trois groupes: les X-men adultes, les jeunes X-men en tenue originale jaune et une bande de renégats autour de Mystic. La série porte sur les effets psychologiques (et dans le contrôle de leurs pouvoirs) sur les jeunes X-Men confrontés à la perte du Père, le professeur Xavier. Le plus intéressant est le traitement donné à Cyclope qui n’est pas présenté comme un méchant mais plutôt comme un héros mature et dérangé par son acte  mais qui semble souhaiter réellement le bien de tous. Au passage la réinvention graphique de Cyclope est absolument magique, les deux auteurs se faisant plaisir en lui procurant des costumes tous plus inventifs les uns que les autres.Résultat de recherche d'images pour "all new xmen immonen tome 2"

Ce run a le gros avantage de ne pas trop perdre le lecteur « débutant » en se concentrant sur les premiers X-men… que l’on trouve également dans les films (première série et deuxième série) ce qui permet de toucher un relativement grand public. Bien sur les références aux différents événements passés (la mort de Xavier, la Force Phénix, le génocide mutant) complexifient un peu la trame mais c’est présenté de manière didactique comme un simple « hors champ » qui densifie l’univers sans donner l’impression d’avoir raté un épisode. L’irruption des Uncanny Avengers donne très envie de voir ce crossover des deux franchises au cinéma et la qualité du dessin permet de profiter pleinement de la BD sans en faire un simple argument commercial pour donner des billets au Marvel Studio.

Ce run sublimement dessiné (je vais de suite me lire le reste de la biblio de Stuart Immonen!) profite d’une mise en scène (découpage, utilisation des voix entendues par Jean Grey) et de dialogues drôles autour d’une trame simple qui permet de se focaliser sur ce qui fait la force des séries X-men: les relations entre personnages. Assez peu d’action finalement et plus de réflexions intimistes sur l’identité de mutant et les incidences du voyage temporel sur la suite des événements. Comme sur la version d’Humberto Ramos, les perso et leurs pouvoirs tiennent le tout, et franchement ca donne envie de continuer la série…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

 

 

***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #18

La trouvaille+joaquim
BD de Stan et Vince
Delcourt (1993-2003), 9 volumes de 46 p. Série finie. Disponible en trois intégrales.

Série lue pour partie en format papier, pour partie en numérique.

couv_199557Vortex vous emmène dans un retour vers le futur, celui d’une époque où Delcourt et Soleil étaient encore deux éditeurs jeunes et dynamiques qui dénichaient de jeunes auteurs qui allaient former l’armature de ce que la BD franco-belge produira de meilleur dans le genre fantastique (Soleil était alors axé principalement sur la Fantasy et Delcourt sur la SF). L’époque des débuts de Lanfeust, de la première série de Mathieu Lauffray, d’Aquablue (Vatine) et où chez d’autres éditeurs Thorgal commençait juste le cycle de Shaïgan, Largo Winch et Aldebaran naissaient et Bourgeon entamait son cycle de SF…

1937: une expérience militaire s’apprête à bouleverser l’Histoire! Le premier voyage temporel va être lancé… Las, pendant l’opération deux énigmatiques terroristes interviennent et dérobent les plans de la machine avant de s’enfuir à une époque éloignée. L’agent spécial Campbell et la belle Tess Wood vont se jeter à leur poursuite et découvrir le sombre destin de l’humanité à différentes époques…

Vortex fut une série à succès qui lança la carrière du duo Stan et Vince (récemment vu avec Zep sur la BD érotique Esmera). Depuis les deux zozo sont allé faire des albums trash avec Benoit Delepine chez l’Echo des savanes. Leur première série est un peu plus sage mais y pointe déjà (bien qu’il s’agisse d’une série grand public) leur goût pour l’extrême, entre les formes très plantureuses de l’héroïne et de la méchante Ziprinn, les déformations corporelles ou les explosions de cervelles. Si les caractéristiques visuelles des auteurs la démarque du lot, Vortex n’en reste pas moins une BD de SF pulp assez classique dans son scénario et son traitement. A noter que Stan et Vince travaillent réellement à quatre mains, sur l’histoire et les dessins, leur style étant pratiquement interchangeable (ils se partagent d’ailleurs le dessin sur les premiers albums avant de travailler réellement en doublon sur la suite).

Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"Le premier intérêt de cette série est son concept de départ: les quatre premiers albums forment une même histoire croisée vue du point de vue de Tess Wood ou de Campbell. Cela permet des contorsions cérébrales pour le lecteur afin de suivre la ligne temporelle de l’intrigue avec des séquences identiques vues d’autres plans… en outre les modifications du continuum espace-temps arrivent bien entendu très vite, provoquant des paradoxes tels que l’apparition de deux Campbell! Je ne vais pas spoiler plus loin mais perso j’adore ces histoires de voyage dans le temps et toutes les hypothèses qui en découlent. Comme on est dans une série 100% pulp, les incohérences ne posent pas de problème. Je remarque que la série devait vraisemblablement se clôturer à la seconde saison et a été prolongée sur une troisième époque dans le Londres victorien steampunk qui a sa propre unité et pourra se lire séparément, même si l’on n’a pas lu le début de la série.

Les héros sont donc des super-clichés: Campbell est l’archétype du super agent-secret blond, musclé, increvable et vaguement macho. Tess est une femme des années 40 à la fois bombe sexuelle ne se laissant pas faire et faible créature soumise aux aléas des intrigues. Le méchant veut évidemment dominer le monde et tuer à peu près toute la population au passage, les créatures mécaniques sont souvent des arachnoïdes tout droit sorties de la SF des années 50 (genre « guerre des mondes ») et le futur voit une société orwellienne où une élite riche écrase une plèbe œuvrant dans des mines pour le bien de leurs maîtres. Le dessin de Stan et Vince est parfois brouillon dans les plans larges mais les visages sont très réussis et le tout porte globalement la marque des séries de BD d’aventure classiques entre Jacques Martin, Jacobs et les pulp américains. On a par contre une évolution graphique à la troisième époque, dû notamment il me semble à de la colorisation numérique qui adoucit les traits assez hargneux des auteurs. Un saut qualitatif également puisque le dessin, correcte sur l’ensemble et très bon par moment, devient beaucoup plus régulier et de qualité sur le dernier cycle. Encore une fois c’est cliché, daté, rétro, mais terriblement sympathique! En outre, les couvertures sont vraiment superbes et plongent totalement dans cet univers avant d’avoir ouvert les albums.

L’intrigue est un peu tordue et se résume essentiellement à une course poursuite pour sauver Tess puis pour attraper le méchant. Si la première époque se déroule dans une unité de lieu (le futur), la suite promène les héros sur plusieurs époques pour revenir à l’origine du problème et permettant de voir dinosaures, Adolf Hitler ou les Egyptiens… En passant, les auteurs abordent de nombreux thèmes autour du démiurge prométhéen (les religions, la création de l’homme, l’influence de l’Histoire) ce qui, sans être d’une originalité folle, enrichit ce récit d’action et d’aventures. Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"L’on sent à mesure de l’avancée de la lecture que le scénario initial a probablement été modifié en fonction du succès de la série puisque d’une histoire de conspiration politique assez poussée dans les premiers tomes, l’on dévie ensuite vers un apocalypse scientifique beaucoup plus global et du pure cyberpunk victorien sur la troisième époque. Vortex respire la vitesse, que ce soit dans la dynamique du dessin ou dans l’enchevêtrement des intrigues. On aurait sans doute apprécié que les auteurs s’engouffrent encore plus dans les problématiques de paradoxe temporel et prolongent le concept des aventures croisées des deux héros (qui est exploité en début de série et en fin). Mais la série reste un excellent moment d’aventure rétro, honnête dans son ambition et toujours percutante dans ses visuels même s’ils n’ont rien de révolutionnaire. Je gage que cette lecture, si vous vous laissez tenter vous donnera envie de (re)découvrir la bonne SF Delcourt des années 90’s et d’observer les débuts d’auteurs aujourd’hui confirmés. Vortex démontre que lorsque les auteurs français se lancent dans du pulp les comics n’ont plus grand chose à nous apporter…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

**·Comics·East & West·Rapidos·Service Presse

L’armure de Shanhara

esat-westComic de Robert Venditti et Cary Nord
Bliss comics (2017), Ed. US Valiant 2012) 118p. Série X-O Manowar #1/5
Lu en version numérique grâce à Iznéo.

x-o-manowar-tome-1-couverture-bliss-comics-600x923Comme décrit dans mes précédentes chroniques de comics Valiant, l’édition française est remarquable, en proposant systématiquement une cartographie iconographique très originale et qui aide bien à s’y retrouver dans le contexte soit historique comme ici, soit dans l’univers Valiant afin de raccrocher les wagons entre les différentes séries et personnages.

Aric le Wisigoth part dans une guerre perdue d’avance face à la puissance de l’envahisseur romain lorsqu’il est enlevé par une race d’extraterrestres qui vouent un culte à la légendaire armure de Shanhara. Contre toute attente c’est lui, un étranger, qui sera « choisi » comme hôte par l’armure, le dotant de pouvoirs surpuissants. De retour sur Terre plusieurs siècles plus tard, Aric va se retrouver confronté à une conspiration impliquant ce fameux peuple extra-terrestre…

Ce premier épisode de la seconde série X-O Manowar  (la première date des années 90 et la troisième vient de faire l’objet d’une édition intégrale chez le même éditeur Bliss avec des dessins modernisés) introduit l’histoire entre trois univers: l’antiquité tardive pour le début de l’histoire, le vaisseau des Vignes sur une période de plusieurs années d’esclavage et l’époque actuelle à laquelle réapparaît le héros. Tout va très vite et la cohabitation entre ces trois univers graphiques et thématiques intrigue. Les grandes lignes de l’histoire se devinent néanmoins dans les dernières pages avec la découverte de cette armure (qui fait un peu penser à Iron Man) et d’une conspiration initiée en début d’album et qui permettra de se raccrocher sans doute avec les autres arcs et héros de l’univers Valiant, à commencer par Ninjak, dès le second épisode. A noter les très belles couvertures des épisodes et notamment celle du premier, réalisée par l’excellent Esad Ribic.

Cette introduction est assez bateau dans sa trame et l’on a du mal à s’intéresser au personnage principal. Les dernières planches éveillent notre intérêt et j’espère que les choses sérieuses commencent rapidement dans le second volume. L’intérêt de l’univers Valiant est son interconnexion avec certains personnages vraiment attrayants (Ninjak rencontré dans The Valiant, Toyo Harada ou les organisations non gouvernementales). Surtout, les dessins sont assez faibles en regard des autres productions Valiant. Le reboot de la série qui vient de sortir semble dotée de graphismes beaucoup plus forts et personnellement je continuerais sur la nouvelle version.

note-calvin1note-calvin1

 

BD

Shangri-la

Bd de Mathieu Bablet
Ankama (2016), 220 p.

couv_284743

Premier constat: Ankama fait partie de ces éditeurs qui mettent les moyens pour offrir des formats spécifiques voir d’exception à ses auteurs. Comme Akileos sur des bouquins comme le Roy des Ribauds ou Brane zéro, ici Bablet semble avoir eu « open-bar » niveau format et pagination. On a donc un énorme one-shot doté d’une très belle couverture qui fait son effet ainsi qu’une tranche toilée. Très propre.

Shangri-là est une dystopie. Dans le futur l’humanité s’est réfugiée sur une station orbitale où toute la vie est uniformisée et régentée par une multinationale furieusement inspirée d’une célèbre marque à la pomme et l’impératif de posséder le dernier modèle de terminal. Jamais la critique de l’Iphone n’a été aussi féroce… Pendant que le personnage principal enquête sur les agissements de scientifiques, une révolte gronde dans cet univers aseptisé, trop parfait.

babletshangrila-7

Soyons clair, ce qui marque à la (longue) lecture de cet album c’est la radicalité du propos, résolument politique. On est ici en plein dans l’héritage de la SF de contestation qui a fleuri aux USA dans les années 60. Les habitués des lectures SF pourront sentir le classicisme mais les fondamentaux sont là et surtout, c’est honnête, impliqué, un véritable projet porté par l’auteur qui a effectué un très gros boulot pour structurer son univers. La construction du scénario est ainsi ambitieuse avec des aller-retours temporels qui brouillent la linéarité mais se retrouvent justifiés par la chute. Attention, comme souvent en dystopie, c’est sombre, froid, nihiliste. Même Bajram dont l’Universal War est l’icône d’une SF pessimiste passerait presque pour un béat… On sent le coup de gueule et même lorsque l’on a du recule par rapport à la société de consommation, la lecture de la BD est une épreuve. Mais le propos le nécessite et je dirais que Shangri-la rejoint sur ce plan les quelques œuvres (tout média confondu) qui parviennent à allier l’artistique/ludique et l’ambition intellectuelle.

1987292434Sur le plan graphique, Bablet a de la place et l’utilise. Le format de l’album (outre la pagination) est très grand et permet de magnifiques tableaux industriels aux perspectives démentielles (et minutieuses), des plans spatiaux très larges qui font ressentir le silence et l’hostilité ou encore des scènes contemplatives sur des planètes sauvages. Le trait de Mathieu Bablet n’est vraiment pas le style que je préfère en BD mais forceshangri-la_bablet_02.jpg est de reconnaître que sa technique et sa précision sont de qualité. Visiblement les visages de cet album ont dérangé un certain nombre de chroniqueurs, dont moi. Ce serait l’élément négatif de l’album (à relativiser puisque nous touchons ici au style de l’auteur, dont un ressenti forcément subjectif du lecteur) au sein d’une multitude de qualités. Shangri-la est une aventure qui se mérite, une sorte de fresque cinématographique de 4h au bout de laquelle l’on sort épuisé mais heureux. Seule la bonne SF permet cela et Shangri-la peut s’enorgueillir d’être de l’excellente SF à ranger dans vos étagères aux côtés de UW1 ou de la Guerre Eternelle… avant de vous reprendre un petit Valérian pour souffler un coup !

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

Fiche BDphile

Les avis de Noukette, Moka, Bricabook, Sin city, Comics inside,…

BD

Brane Zéro

Mathieu Thonon
Akileos (2014-2015), 2 volumes (série finie).

67262

Présenté en deux volumes de 78 et 114 pages  (soit une histoire de 200 pages pour un premier album, excusez du peu!), Brane Zéro illustre la politique du jeune éditeur Akileos de donner leur chance à de jeunes auteurs pour partie autodidactes, dans des formats adaptés à leurs désirs créatifs (comme le format comics des ouvrages de Ronan Toulhoat). La maquette est remarquablement efficace avec l’utilisation du logo (essentiel dans l’histoire) qui nous fait immanquablement penser à la référence majeure de Thonon : Akira. Une couverture tout a fait réussie, élégante et une continuité graphique entre les deux volumes (si l’on excepte un léger décalage de taille de caractère du texte de la quatrième entre les deux tomes… mais l’on est là dans le chipotage).

Brane zéro est un récit de SF « quantique », c’est à dire assez pointu en ce qu’il traite à la fois du voyage dans le temps et du principe du Multivers. Pour résumer sans déflorer une intrigue très bien ficelée malgré sa complexité, deux espaces-temps rentrent en résonance, mettant en danger notre réalité. Des personnages vont être envoyés dans l’autre dimension afin de trouver la source du problème, dimension où d’étranges créatures, les Langoliers, absorbent la couleur…

86126Il est peu de dire que le premier tour de force de l’auteur (aux dessins et au scénario!) est d’avoir construit une histoire s’inscrivant dans les concepts de la théorie des cordes, sans perdre le lecteur et en parvenant à retomber sur ses pieds. Très clairement, si Denis Bajram fait figure depuis des années et la sortie de la première Universal War de père de la BD SF, l’ouvrage de Mathieu Thonon peut aisément être comparé à son aîné dans sa construction et son originalité. Il est d’ailleurs dommage qu’il ne bénéficie pas du même succès que Block 109 (même éditeur), qui revêtait à sa sortie les mêmes qualités et les mêmes attentes: un scénario presque parfait sur des dessins très prometteurs mais en devenir. Je dirais à titre personnel que la technique de Thonon surpasse même celle de Toulhoat lorsqu’il commençait. Les pages de ville en ruine et certains plans fulgurants sont véritablement saisissants. A la première lecture la comparaison avec l’œuvre majeure de Katsuhiro Otomo (Akira) fait ressortir les défauts (ou la progression) des dessins. Mais il est injuste de comparer le premier ouvrage d’un auteur autodidacte et un monument de la BD mondiale… Cela illustre seulement le fait que Mathieu Thonon devra à l’avenir s’émanciper de son illustre modèle pour faire fleurir son talent comme il le mérite. Au final l’on a un quasi sans faute et l’une des meilleures (et intelligente) BD SF de ces dernières années. Avec quelques années de maturité (et d’ambition) graphique de plus Brane Zéro serait entré dans le cercle des BD de référence. Rencontré à Angoulême, Thonon dit travailler sur un nouveau projet SF. Excellente nouvelle!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

 

 

 

 

 

Fiche BDphile