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Shi #4: Victoria

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2020), 56 p., premier cycle de 4 volumes fini.

couv_383083Simple remarque en préambule: la fameuse citation affichée en page de garde de tous les albums de la série trouve ici son explication…

Alors que les crocs du redoutable limier de l’impératrice se referment sur Jay et Kita, l’heure de gloire des Glorieux Eriés semble venue quand Victoria adoube leur projet de flotte ultra-moderne de reconquête des colonies d’Amérique. C’est sans compter sur les sans-grade, ces enfants des rues invisibles à l’Empire mais qui ont bien décidé de prendre leur destin en main, sans crainte d’affronter la force des adultes…

Ça y est, le premier cycle de cette magnifique série victorienne un peu dérangeante se termine, dans les temps et en maintenant une qualité moyenne assez élevée. Ça semble enfoncer des portes ouvertes mais tenir à la fois une ligne graphique homogène (les dessinateurs évoluent souvent entre les albums) et un scénario équilibré entre les tomes est très loin d’être évident, même pour les grosses séries grand-public d’auteurs chevronnés. Il est donc l’heure de faire un premier bilan.

Shi - Victoria, BD et tomes sur ZOOComme d’habitude je vais commencer par les deux seuls points qui peuvent faire discussion, à savoir l’aspect fantastique et le croisement entre les mésaventures de Jay et Kita et l’époque contemporaine. Ce n’est pas un détail car ces deux aspects sont selon moi deux des trois éléments scénaristiques qui rendent cette série si intéressante. L’aspect fantastique donc est a mon avis le plus discutable en ce que pour l’heure il n’apporte à peu près rien et fait porter le risque d’atténuer la touche « dikensienne » de la série. Ce qui m’a marqué sur ces quatre albums c’est cette vision ultra-réaliste, très britannique, d’une société victorienne déconstruite par Zidrou en montrant la réalité la plus sordide de cette domination du mâle blanc de la haute société, si droits, si dignes dans leurs costumes et si pitoyables une fois en robe de chambre dans le cocon opaque du foyer. Une coloration assez proche de ce que faisait Loisel il y a vingt ans, mais finalement moins sordide. Histoire de sensibilité et de graphisme sans doute. Sur cet album plus encore que sur les deux précédents le scénariste abuse de ces démons issus des tatouages sur le dos des filles et du vieux mentor en en faisant l’outil majeur de la vengeance contre le projet des glorieux Eriés. En cela il permet à Homs de nous faire plaisir avec de vastes pages très graphiques mais cela atténue la tension avec ce Deus Ex Machina pour lequel on ne nous a toujours rien dit et qui semble une grosse facilité scénaristique. C’est d’autant plus dommage que la montée en puissance des enfants des rue, comme une foule de rats inarrêtables, ainsi que le couple vengeur formé par les deux femmes suffisait à passionner avec cette idée de faibles victimes renversant l’empire britannique… Gageons que les auteurs savent où ils vont et le pourquoi de cette régulière mais brève irruption fantastique dans la série.

Sans titreÉtrangement après deux albums construits en croisement temporel avec une enquête de nos jours les deux suivants se déroulent intégralement au XIX° siècle. C’est étonnant et l’on se demande si Zidrou ne s’est pas aperçu en cours de route de la difficulté à maintenir ce croisement entre plusieurs cycles et l’attente instillée chez le lecteur. Une inversion temporelle est à prévoir pour le prochain cycle étant donnée la conclusion de ce Victoria qui sonne comme une vraie conclusion permettant une prolongation généalogique. On imagine donc un second cycle au XXI° siècle avec quelques insertions des descendants des héroïnes. Les quelques narration épistolaires vues dans les quatre albums deviennent plus systématiques à mesure qu’on approche du dénouement et structurent ce volume. C’est esthétique et intéressant même si la chute m’a parue assez brutale. Globalement, si l’intrigue de vengeance est aboutie, beaucoup de pistes lancées (comme ces scènes familiales et intimes de l’impératrice…) n’ont guère progressé, ce qui peut produire une certaine frustration… de celles qui naissent de BD talentueuses.

Sans titreGraphiquement Josep Homs continue de nous ravir, malgré des pages bien plus sombres que d’habitude mais qui lui permettent de montrer son travail de textures et de hachures. L’espagnol n’est pas seulement un très grand coloriste, ses dessins se suffisent à eux-même. Les personnages qu’il crée sont terriblement marquants et justes, entre la caricature et le réalisme. Le dessinateur est à l’aise dans tout ce qu’il dessine, de près, de loin, architecture comme corps, tissus comme nature… la véritable révélation de Shi c’est lui et sur le plan graphique c’est un sans faute total!

Le dernier tome de ce premier cycle est à la fois efficace comme conclusion d’un arc cohérent et marqué par les quelques hésitations scénaristiques d’un auteur qui semble avoir parfois du mal à ne pas mettre tout ce qu’il voudrait dans ses histoires. Je me garderais bien de critiquer, tant la richesse de ses intrigues, des personnages, du découpage ou surtout de la peinture sociale sont les marques d’un grand scénariste. Shi apparaît ainsi comme la version BD de ces grands films hollywoodiens qui parviennent à propose des histoires visuellement impressionnantes et grand-public tout en assumant une radicalité sociale et historique qui dépassent très largement le seul entertainment. Une série majeure assurément.

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The Spider King

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One-shot de 192 pages, écrites par Josh Vann et dessinées par Simone D’Armini. Parution le 12/02/2020 aux éditions Glénat, collection Grindhouse (publication USA IDW publishing 2018)

 

Vikings et Envahisseurs

Alors que les guerres de clans font rage au sein de la Scandinavie moyenâgeuse, une pluie de débris cosmiques s’abat sur ses contrées glacées, au grand étonnement des vikings qui y guerroient.

Depuis qu’il a hérité, à son corps défendant, le trône du clan des Laxdale, Hrolf mène une guerre sans merci, mais perdue d’avance, contre son oncle l’impitoyable Aarek, suite à la trahison de ce dernier envers le clan. Alors qu’un affrontement décisif commence à faire couler le sang, le champs de bataille est ravagé par des objets tombés du ciel, des objets qu’aucun humain n’avait pu contempler jusqu’ici, venus de mondes lointains.

Des débris encore fumants, vont s’extirper des créatures hostiles munies d’une technologie supérieure, parmi lesquelles un seigneur de guerre malfaisant, qui, à défaut de la galaxie, se contentera bien de régner sur la Terre. C’est ainsi que ce seigneur de guerre naufragé va s’emparer du corps d’Aarek pour débuter sa campagne de conquête et de pillage, donnant à Hrold une double raison de terminer ce qu’il avait (difficilement) commencé.

Blood, Guts & Clarke’s Third Law

Déjà en difficulté face à son oncle, Hrold aura fort à faire contre l’union de ce dernier avec le conquérant intergalactique. Heureusement pour lui, il pourra compter sur sa nouvelle épée « magique » ainsi que sur ce qu’il lui reste de compagnons d’armes pour affronter ce danger mortel.

Bien évidemment, ce qui fait l’attrait de The Spider King est son pitch audacieux, qui mélange les genres tout en promettant de belles batailles, à défaut d’une intrigue profonde. Ce que l’on souhaite voir en effet en ouvrant l’album, c’est l’inévitable clash entre extra-terrestres belliqueux et vikings berserks, ainsi que le décalage des guerriers vikings percevant ces visiteurs aliens par le prisme de leurs croyances.

Le Roi Araignée remplit bien toutes ces promesses, et offre des planches parfois trash, souvent dynamiques, au service d’une intrigue divertissante. Le style de Simone D’Armini, issu du design vidéoludique, se prête bien au ton décalé de l’histoire, et oscille entre un Duncan Fegredo et un Michael Avon Oeming.

Résultat de recherche d'images pour "spider king d'armini"L’histoire, fortement rythmée au fil des chapitres de la mini-série, fonctionne bien en one-shot mais tend cependant à s’affaiblir sur le dernier chapitre, qui fait finalement office d’épilogue à la saga nordico-spatiale. On reste néanmoins emporté par cette aventure sans concession qui embarque son fruste protagoniste dans une guerre qu’il n’était pas prêt à mener.

En guise de bonus, l’album présente un court one-shot, qui était en fait le pilote de la série, ainsi que des couvertures alternatives pas piquées des hannetons.

The Spider King est une lecture prenante qui vient diversifier la collection Grindhouse de Glénat, et c’est heureux !

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Streamliner

BD du mercredi
Bd de ‘Fane (+ Isabelle Rabator à la couleur)
Rue de sèvres-comix buro (2020)- intégrale couleur, 291 p. +XXI p. de dossier graphique final. Album broché couverture à rabat.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

streamliner_integraleCette intégrale reprend en un très gros pavé format comics les deux volumes parus en 2017 en grand format cartonné. Si la maquette et design général sont superbes (suivi par Vatine et le Comix Buro oblige), j’avais trouvé les couvertures des éditions originales comme de cette intégrale vraiment mal mises en valeur, avec par exemple ce titre qui pourrait sortir des années 60… Sans doute une envie de rétro de l’auteur mais commercialement je suis surpris que l’éditeur n’ait pas insisté sur quelque chose de plus accrocheur. Pour dix euros de moins que les deux albums on perd en taille et en qualité de reliure même si on gagne un (faux) cahier documentaire et graphique. J’imagine que la très grosse pagination a obligé Rue de sèvres à maintenir un prix de vente raisonnable mais étant donnée la qualité de cette œuvre il est vraiment dommage d’avoir une édition aussi réduite. Pour le reste cette intégrale est juste un énorme ride plein de bruit et de fureur, de testostérone, d’odeur d’essence et de graisses, des moteurs surchauffés et de pépées enragées…

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Désert continental, 1963. La paisible station service Lisa Dora située sur la route 666 est soudain envahie par une horde de pilotes et de bikers attirés par ce qui s’annonce comme la course sauvage du siècle. Cristal O’Neil, fille du légendaire pilote Evel O’Neil se retrouve au cœur d’un maelstrom qui bouleverse son quotidien: entre G-men, criminels en fuite, journalistes voraces et gangsters prêts à tout pur remporter la mythique winchester de chef des Red Noses elle devra sortir de son rôle de gentille hôtesse s’engager dans la rage de la course et de l’esprit Sex-drugs & Rock’n’roll pour préserver sa station…

‘Fane a roulé sa bosse dix ans sur la reprise de Joe Bar Team et partage un héritage graphique entre le cartoon et l’Ecole Vatine. Tout au long de ce monumental album on sent cette influence tiraillée entre des habitudes esthétiques et un besoin d’aller vers plus de réalisme (sa dernière création, Hope One confirme cette évolution). Si ce tiraillement contre nature peut faire réagir sur les premières planches, on se retrouve bien vite emporté par l’envie communicative et le talent brut du récit de ce long métrage sur papier, envie de cinéma que les bonus nous expliquent en fin d’ouvrage.

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Comme le carton de Petrimaux, Streamliner a comme projet principal de faire revivre une nostalgie de USA des années 60, celles de la route 66, des voitures tunées, des gangs de bikers et de pilotes autant hors-la loi que libres penseurs. L’Amérique des expérimentations mécaniques, des barbouzeries du FBI et des chevauchées sanglantes de tueurs motorisés… Cette Amérique est ici fictive, en une sorte de réalité alternative qui perturbe un peu lors du récit sur Evel O’Neill où l’on suit le B52 de retour d’une mission à la Guerre et qui atterrit directement dans le grand désert, semblant compresser les distances! Je vous préviens donc, Streamliner ne se passe pas en Amérique pas plus que dans les années soixante. Il se passe dans un univers fantasmé, reconstruit, permettant d’aligner les archétypes, clichés et images d’Épinal.

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Dès les premières pages au cadrage absolument cinématographique, on est happé par une ahurissante galerie de personnages, par un agencement d’intrigue qui se superposent pour nous diriger vers un unique but: la course! A force de nous dire qu’elle sera sauvage l’attente monte et je dois dire qu’on n’est pas déçus! Disposant d’une luxueuse pagination, ‘Fane prends le temps de poser les séquences dont il a envie et prends l’espace d’imager ce ride motorisé en grand format. Le nuage de poussière du départ nous rappelle ainsi le Fury road de Miller, dans une envie graphique absolue. La légère approximation du trait de l’auteur est bien vite oublié dans l’envie de BD qu’il nous propose. Étonnamment les couleurs d’Isabelle Rabarot sont très estompées, un peu lavées, parfois proches du sépia. Là encore on imagine le souhait de vintage mais quand on sait ce que la dame a produit par le passé, le vif de ses rouges, on se dit qu’un peu plus d’éclatant n’aurait pas fait de mal…

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Streamliner est un magnifique album qui donne autant de plaisir qu’un Ramirez ou un Indes fourbes et qui loupe de très peu les cinq Calvin en raison d’une édition qu’on aurait aimé plus classieuse. Des BD comme ça font aimer la BD et rendent beaucoup plus difficile la lecture du tout venant. Un grand merci à l’auteur pour ce Rock!

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Les Artilleuses #1: le vol de la sigillaire.

La BD!
BD de Pierre Pevel, Etienne Willem et Tanja Wenisch
Drakoo (2020), 46 p.  volume 1/3.
Disponible en édition classique et collector.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

couv_386154La série s’insère dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, publié chez la maison mère de Drakoo, Braguelonne. La maquette de couverture est très élégante en jouant a fond le style art-déco avec ces arabesques en vernis sélectif qui présentent les trois personnages et l’ambiance g »générale. Couverture très efficace avec un design de titre portant la mention du Paris des Merveilles lui aussi rehaussé d’un vernis, comme sur la tranche et la quatrième. L’éditeur indique dès la couverture la tomaison de la série, ce que j’apprécie toujours. Enfin, pour cette édition l’intérieur de couverture (identiques) propose une carte postale de Paris. Une édition augmentée est sortie en même temps (là aussi j’aime quand le lecteur a le choix entre les différentes éditions au moment de la sortie sans l’impression d’être touché dans son impatience avec des sorties d’éditions étalées et poussant à tout acheter. Du tout bon pour l’édition et sans doute que la version collector (qui comporte un dos toilé, un ex-libris et un cahier graphique de huit pages pour quatre euros de plus) aurait obtenu un Calvin pour l’édition.

Les Artilleuses, de retour d’une escapade au Nouveau Monde, entrent en action par un retentissant braquage à la Banque de Paris et de Broceliande. Depuis que l’Outremonde a été découvert, les humains côtoient fées, ogres et dragons dans le Paris de la Belle époque… mais si la magie nappe ce nouveau contexte, les grosses pétoires et explosifs tout ce qu’il y a de plus classiques restent ce qu’on a trouvé de mieux pour faire sauter un coffre. Et n’en déplaise aux Brigades du Tigre, les Artilleuses sont très douées pour cela!

Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"Mon entrée dans les créations du nouvel éditeur Drakoo porté par le célèbre Arleston (le scénariste de Lanfeust de Troy) avait mal commencé avec un premier tome de Danthrakon que j’avais trouvé particulièrement faible… Fort heureusement cette nouvelle série relève très bien le niveau en proposant une nouvelle série (courte, probablement prévue en cycles si le succès suit) qui comporte tout ce que j’aime dans les mondes imaginaires: de l’historique teinté d’uchronie et de steampunk.

Très clairement la grande force de cet album est la richesse de son background qui se ressent dès la première page. Ce n’était pas gagné tant le travail de romancier et de scénariste BD n’est pas le même et la tentation de vouloir mettre tout son monde dans quelques planches pouvait mener Pierre Pevel à la surcharge. Ce n’est pas le cas et le scénariste sait n’utiliser que le nécessaire en laissant dans le hors-champ et les allusions tout ce qui n’a pas lieu d’être représenté. Il en ressort une grande consistance et cohérence de ce monde dont on ne saura sans doute encore pas grand chose au terme des trois albums prévus mais dont les personnages, la chronologie et le Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"design général sont particulièrement alléchants. Comme souvent dans les albums réussis, l’autre point fort porte sur les personnages, ces artilleuses très sympathiques, notamment la fée au style gavroche empruntant vaguement à Loisel dans ses formes et son style parigot. Leur interaction fonctionne à merveille même si l’action tonitruante nous permet peu de les connaître.

L’intrigue suit un simple braquage réalisé pour un commanditaire puissant et visant un artefact encore mystérieux. Comme pour les personnages secondaires, on est dans le très classique, connu mais très efficace. L’insertion de la fantasy dans le Paris Années folles permet de décaler les archétypes en calquant le même modèle que le font les séries Résultat de recherche d'images pour "les artilleuses willem"anthropomorphiques: donner un aspect physique aux caractères des personnages. Etienne Willem a d’ailleurs réalisé précédemment beaucoup de séries de ce type (notamment le réputé Epée ardenoise) et son passage au semi-réaliste se fait très bien grâce à ces créatures fantastiques. Très porté sur l’action, ce volume introduit un soupçon de steampunk et de connaissances historiques comme la référence aux Brigades du tigre. Le tout est rehaussé de couleurs fort agréables sous les pinceaux de Tanja Wenish.

Ce premier tome des Artilleuses est une vraie bonne surprise dans un registre jeunesse qu’il faudrait tempérer tant les dialogues parfois coquins et certaines séquences assez violentes le destine plutôt à un public pré-ado. Assumant un côté bourrin (bad-ass diraient certains) et porté par un univers que l’on a envie de découvrir plus avant (et qui donne envie de lire les romans), le vol de la sigillaire est une vraie réussite qui confirme totalement l’intuition d’Arleston de confier à des romanciers les scénarios de ses albums. Une série que l’on a envie de suivre avec grand plaisir.

A partir de 12 ans.

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*****·Comics·East & West·Numérique·Rétro

Joker

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Comic de Brian Azzarello, Lee Bremejo et Patricia Mulvihill
Urban (2009), 122 p. one-shot.

badge numeriquecouv_375433Album hautement réputé qui développe le mythe moderne du Joker en prolongeant Killing Joke par un one-shot uniquement dédié à la Némésis de Batman, Joker est un monument! Étonnamment, très peu d’éditions de cet ouvrage sont sorties avec seulement une réédition en 2013 agrémentée d’un cahier graphique et une ressortie sous les couleurs du Black Label plus récemment. Cet album de dix ans déjà n’a absolument pas pris une ride et semble avoir fortement inspiré le Dark Knight de Christopher Nolan bien que les deux créations aient été réalisées en même temps. Le film Suicide Squad reprend le personnage du narrateur de l’album. Enfin, évidemment, le très récent succès du film Joker emprunte certains éléments psychologiques et le grand réalisme du projet.

Asile d’Arkham, Gotham city. Le portail s’ouvre. Une ombre apparaît. Le Joker vient d’être relâché. Le prince a perdu son royaume et compte bien le reconquérir. Pour cela il doit rendre visite aux plus grande criminels de Gotham, sa façon: barbare et démente. Lorsque le Chevalier noir est absent le crime se répand. Joker est le prince du crime et voici ce qu’il se passe lorsqu’il n’affronte par son alter-ego…

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"La couverture de cet album, hautement provocatrice est inscrite dans la veine trash des Arkham Asylum et Killing Joke en donnant naissance quelques années plus tard au Deuil de la famille de Snyder et Capullo. Cette seule image, ultra-réaliste tout en gardant l’esthétique d’un dessin BD est un chef d’œuvre qui dit le projet dans sa totalité. L’album doit évidemment beaucoup à Lee Bremejo, passé par Wildstorm avant de lancer 100 bullets avec son comparse Azzarello où il se situe dans la lignée directe de Frank Miller. Son dessin évolue ensuite vers une ligne plus réaliste, naviguant entre du Eduardo Risso et tirant vers Alex Ross. Le risque de ce style graphique est l’aspect figé du photoréalisme… défaut que n’a jamais Bermejo, qui parvient dans Joker à associer un vrai talent de mise en scène en mode polar noir, esthétique BD dans les encrages très dentelés et le mouvement. La colorisation de Patricia Mulvihill est absolument parfaite avant que Bermejo passe en couleurs directes sur le dernier Batman: Damned.

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"J’avais déjà apprécié l’art de la mise en scène d’Azzarello sur d’autres albums. Dès les premières pages on comprend que la focale ne lâchera pas ce Joker d’exception, qui n’aura jamais été aussi réaliste, aussi réussi. Totalement fou, il profite de la quasi totale absence de Batman pour attirer toute l’attention. L’idée était risquée tant la rareté fait souvent la qualité et tant ce méchant iconique brille souvent par ses apparitions aussi improbables qu’inexplicables. Et c’est pourtant cette absence du héros qui permet à l’ouvrage de donner toute son ampleur barbare, comme une illustration que le clown ne souffre d’aucune concurrence sur la scène du théâtre pour donner toute sa démesure. Beaucoup d’albums laissent penser qu’ils ont été réalisés pour leur future adaptation ciné. Et si ce Joker pourrait donner un superbe film (mais en a donc inspiré plus d’un…), la BD garde sa propre spécificité qui nous faire dire qu’animée cette histoire ne serait pas pareil. Du fait du pouvoir du crayon de Bermejo sans doute.

Résultat de recherche d'images pour "bermejo joker"Construit comme une longue chasse du Joker contre ses adversaires du crime, l’ouvrage est narré par un personnage pas si anodin qu’il n’y paraît. Sorte de Robin du Joker, il le craint comme il l’admire lors de ce ballet sanglant. Tirant le texte à lui Jonny rééquilibre une histoire qui aurait pu sombrer à n’être qu’une illustration du Joker. Et il permet d’utiliser tous les codes classiques du polar qui donnent une saveur noire et glacée aux nuits de Gotham. Le réalisme de l’approche parvient en outre à réinventer les personnages classiques de Batman avec une imagination et une pertinence indéniable.

Album hors norme (déjà passé à la postérité et ayant influencé tous ceux qui viennent après) que vous soyez féru de la mythologie Batman ou non, Joker est pour moi je plus grand album autour de Batman que j’ai lu avec le White Knight (qui utilise également cette inversion d’attention entre le Joker et le Batman). Une lecture indispensable, un régal de BD qui vous fera peut-être découvrir, cerise sur le gâteau, un des dessinateurs majeurs du comic US.

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***·****·BD·Edition·Nouveau !·Rapidos

Festival des gazettes#2: Le Château des étoiles/La Gazette du Château

La BD!

Je suis un grand fan des éditions au format Gazette (vous pouvez retrouver sur le blog la quasi intégralité des épisodes du Château des étoiles, du Château des animaux et du Sang des Cerises de Bourgeon). Cette année marque un changement important pour deux d’entre elles. La périodicité, pour la série star de Delep et Dorison (qui a raflé plusieurs prix cette fin/début d’année), avec un retour à la normale après une parution chaotique des épisodes du premier volume. Et l’arrivée d’une série parallèle pour le Château des étoiles, scénarisée par un Alain Ayroles qu’on a adoré sur le scénario des Indes Fourbes. Si vous ne connaissiez pas ces éditions il est toujours temps d’embarquer sur ces très grands formats agrémentés de rédactionnels immersifs très réussis

  • Le château des étoiles #13: Terres interdites, suivi de Les chimères de vénus 1/5. Parution mensuelle.

Edition « interplanétaire » regroupant Le château des étoiles et Les chimères de vénus.

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Je ne tarie pas d’éloges sur les éditions Rue de sèvres qui font un formidable boulot depuis quelques années. Une fois n’est pas coutume l’augmentation ni vu ni connu des gazettes de cinquante centimes ne fait pas plaisir. On me dira que la pagination augmente avec l’arrivée de deux histoires dans chaque fournée mais bon…

La guerre contre les martiaux bat désormais son plein avec un corps expéditionnaire prussien qui fait des ravages sur une population dotée de pouvoirs psychiques mais pacifiste. Les propriétés physiques de la planète et de l’Ether contrecarrent cependant les plans des allemands dont certains commencent à douter de l’honnêteté des objectifs du régime. La migration vers le pôle continue et l’on nous reparle du Château des étoiles du roi… Pendant ce temps sur Terre les capitalistes français préparent la colonisation de Vénus, où la Nature reste relativement indomptable… Si la BD d’Alice continue son bonhomme de chemin, la nouvelle venue change assez franchement et le ton et le graphisme pour se tourner vers un style très proche du design des films d’animation Disney. Pas forcément ce que je préfère mais ça reste agréable à lire et très bien écrit en permettant une respiration par le changement de camp (partie de France, la série est depuis restée très centrée sur le monde germanique) et de thématiques. Plutot un bon point pour cette série dérivée et le format gazette permet de limiter e risque d’une série parallèle, toujours dangereuse à lancer.

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  • La gazette du château #4 (3° année, janvier 2020) – Parution trimestrielle:

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A l’inverse du précédent, celui des animaux baisse de cinquante centimes avec une baisse de pagination… Les voies de l’édition sont décidément impénétrables. Le seuil de 3€ pour 1/3 d’album non relié me semble un ratio à ne pas dépasser. Cette nouvelle année Casterman ne s’engage pas sur une périodicité de sa gazette, échaudé par un très gros retard sur les précédentes. Vu le rendu final de Delep on serait malhonnêtes de râler et je pense que cette solution est plus sage et plus rassurante pour tout le monde. Le prochain épisode est néanmoins annoncé pour mai.

On retrouve donc Misse B et ses amis lapin et rat à la tête d’une révolte qui a bien ébranlé l’assurance du pouvoir dictatorial du président Silvio. L’hiver arrive et passé l’effet de surprise, il devient nécessaire de convaincre les animaux du pouvoir de la non-violence et d’actions des plus intelligentes…. Si les rédactionnels de la première saison étaient très agréables à lire, je trouve que l’esprit « propagande années trente » perd l’effet nouveauté et tourne un peu en rond avec une simple reprise textuelle de ce qui se passe dans l’album. IL serait bien que les auteurs développent le background, le hors-champ afin que cette édition enrichisse vraiment la série. En attendant c’est toujours aussi (plus?) magnifique, notamment dans la gestion des couleurs et textures. Delep est un véritable virtuose, les textes de Dorison font mouche et on est toujours happés par cette série qui se révèle ici une suite quasi officielle de la Ferme des animaux. On se demandait, c’est confirmé!

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Les Dominants #1: la grande souche

La Grande Souche, premier tome de 54 planches d’une série écrite par Sylvain Runberg, dessinée par Marcial Toledano, paru le 08/01/2020 aux éditions Glénat.

 

Merci aux éditions Glénat pour cette découverte.

 

L’ouvrage est très classieux, avec une belle maquette, un design de titre travaillé, un pitch de quatrième de couverture efficace et une couverture très attirante (et pas trompeuse!). L’album comprend huit pages de bonus, recherches de personnages, storyboard et texte journalistique agrémenté de descriptions des Dominants. On n’apprend rien de plus que dans l’album (dommage) mais ça reste toujours très agréable. Le travail éditorial des auteurs et de l’éditeur sont de ceux qui mettent dans d’excellentes conditions et atténuent l’impression de classicisme qui ressort de ce premier volume.

The end is here

Il y aura toujours différentes façons d’envisager la fin de notre monde. Les récits eschatologiques divers nous renseignent tous sur la façon dont notre réalité tirera sa révérence, à grands renforts de cataclysmes cosmiques et de tables rases divines, sur fonds de Jugement Dernier purificateurs.

Et si la fin n’était pas aussi tonitruante que ce que l’on s’imagine ? Et si notre civilisation, note engeance humaine, s’éteignait sans bruit, dans le mutisme plat d’un univers indifférent ? Que se passerait-il si cette hécatombe silencieuse était scrutée par des êtres Résultat de recherche d'images pour "toledano dominants"inconcevables arpentant la Terre pour témoigner de notre chute ?

C’est l’intrigante prémisse choisie par Sylvain Runberg et Marcial Toledano pour l’entrée en matière de leur nouvelle série, Les Dominants.

Ce que beaucoup craignaient est arrivé: un mal d’origine inconnue, nommé « la Grande Souche« , a fait son apparition en 2020. En l’absence de remède efficace, l’épidémie s’est répandue au-delà de toutes les prévisions, pour finir en une pandémie qui a ravagé les populations de par le monde.

Les conséquences furent sévères: des milliards de morts, ce qui a précipité la chute du monde tel que nous le connaissions. Parmi les ruines, errent les survivants, qui ont du de surcroît faire face un nouveau problème: des organismes extra-terrestres, débarqués en masse après la pandémie, évoluent sur Terre, toisant de façon insondable une Humanité déclinante qui, face à ces bouleversements, se divisent en trois grandes catégories. Les Résistants sont ceux qui ont choisi de se battre contre ces envahisseurs muets, certains de leurs intentions néfastes, et déterminés à reprendre le contrôle de leur planète. Les Croyants sont quant à eux mus par une ferveur religieuse à l’endroit de ces créatures, considérés comme de nouvelles divinités à qui il faut vouer un culte. Résultat de recherche d'images pour "les dominants toledano"Enfin, on trouve les Survivants, pour qui seule compte la perspective d’un jour de plus passé en vie.

Au sein de ce monde à la fois nouveau et au bord de l’agonie, Andrew Kennedy fait ce qu’il peut pour tirer son épingle du jeu. Écumant les musées à la recherche d’œuvres d’art lui rappelant sa famille perdue, il vit au jour le jour en aidant une communauté de survivants, sorte de famille de fortune réunie autour de quelques terres cultivables. Cependant, s’il est possible de composer avec les mystérieux envahisseurs, certains groupes d’humains optent pour une approche plus radicale de la survie…

 

La Gigantomachie n’aura pas lieu

 

Les Dominants est une énième entrée dans le genre désormais pléthorique du Post-Apocalyptique. Seulement, cette série, en jouant sur ses codes, parvient à créer l’intérêt dès les premières pages en cultivant le mystère, notamment autour du bestiaire original crée par le scénariste.

En effet, les fameux Dominants, que ce soit par leur stature, leurs formes relevant parfois de l’étrange, voire de l’indicible, ou leurs indéchiffrables motivations, captent immédiatement l’intérêt du lecteur: d’où viennent-ils ? pourquoi la Terre ? quel lien avec l’épidémie ? Autant de questions qui vont certainement nous tenir en haleine tout au long de la série. L’insertion en début et fin d’album des chroniques d’une journaliste avant et après la pandémie permet de perturber notre chronologie des évènements. C’est bien vu même si cela rend du coup certaines explications des personnages redondantes. On se demande si ce texte n’est pas le projet envoyé à l’éditeur et il aurait peut-être été préférable de l’insérer en bonus final.

Certaines créatures m’ont rappelé les fameux Ogdru Hem de l’univers Hellboy et du B.P.R.D., notamment de par leur design empruntant à la fois à l’insectoïde et au crustacéen.

Là où Les Dominants reste classique en revanche, c’est dans les luttes claniques qui agitent les survivants. En effet, comparés à certains individus violents et/ou fanatiques, les aliens s’apparentent davantage à une nuisance, ou à des forces semi-naturelles avec lesquelles il faut composer. Car c’est bien connu, et suffisamment ressassé dans les œuvres de fiction, lorsque tombent les carcans légaux et les structures étatiques, l’Homme laisse libre cours à ses pulsions basiques quitte à se retourner contre les siens (Hobbes avait raison, vive le Léviathan !), tout en cherchant à instaurer un semblant d’ordre par la force.

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Sylvain Runberg, à l’instar d’un Kirkman au travers du personnage de Negan, illustre ce propos grâce à la caste des Résistants, qui tyrannisent tout le monde au nom d’un intérêt commun qu’ils sont les seuls à concevoir. On retrouve également la thématique de la très bonne série du duo Toulhoat/Brugeas Chaos Team où l’irruption extra-terrestre est surtout là pour rebattre les cartes de l’équilibre socio-politique mondial.

Le rythme du récit est très justement dosé (bien que d’un didactisme un peu appuyé), l’exposition que représente ce premier album distillant adéquatement les informations essentielles tout en cheminant progressivement vers un cliffhanger très bien amené, et dont la teneur m’a immédiatement rappelé Y, Le Dernier Homme.

Sylvain Runberg et Marcial Toledano nous offrent le début d’une série très prometteuse, au pitch inventif et à l’exécution accrocheuse, dont on attend la suite !

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin