***·BD·Mercredi BD·Rapidos·Service Presse

Jamais #2: le jour J

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BD de Duhamel
Grand Angle (2022), 54 p. one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

En 2019 on découvrait Madeleine, sorte de grande sœur des vieux fourneaux qui se retranchait dans sa maison au bord du précipice tels les gaulois d’Asterix. Après quelques albums revoilà la mamie que l’auteur Bruno Duhamel avait promis de venir retrouver. Alors comment relancer la machine maintenant que le point de fixation (la maison) était libéré et sans redondance? C’est bien là la question et la limite de cet album qui comme toute suite de ce qui n’était à l’origine pas prévu en série, trouve le risque de refaire le précédent mais sans la découverte.

Jamais (tome 2) - (Bruno Duhamel) - Comédie [CANAL-BD]Car pour la mécanique tout baigne: les dialogues sont toujours aussi mordants, les personnages juste ce qu’il faut de caricatural sans oublier le petit vernis d’actualité politique via cet opposant au maire tout droit issu du Rassemblement National. En perdant une part de l’absurde et de la mise en place, Duhamel compense par une dose d’aventure lorsque le maire, personnage central de l’intrigue, se retrouve à explorer des galeries dans la falaise en mode Club des 5 après un sauvetage branquignole d’une gamine forte tête. Le jour J du titre fait bien entendu référence au Débarquement et permet une liaison avec le mari décédé de Madeleine, avec une part d’histoire locale qu’a tout blède de France et, malin, de faire la liaison avec l’affreux facho de l’album, son crane chauve et son œil déviant. Graphiquement la colo est toujours aussi élégante et le trait semi-réaliste efficace même si le thème ne permet guère de « belles » planches comme ce fut le cas sur d’autres albums.

Chez Bruno Duhamel tout le monde en prend pour son grade, des babos aux jeunes technophiles (on l’avait compris dans #Nouveau contact_) et les maisons connectées. Le monde est peuplé de crétins et hormis les chats personne ne mérite beaucoup de compassion. C’est le point de vue de Madeleine et de son auteur. C’est souvent juste et très rigolo. On sent que l’auteur s’est fait plaisir, alors pourquoi bouder le notre?

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Toutes les morts de Laila Starr

Histoire complète en 128 pages, écrite par Ram V et dessinée par Filipe Andrade. Parution aux US chez Boom! Studios, publication en France chez Urban Comics le 06/05/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance

Death and taxes

« Dans ce monde, rien n’est certain, excepté la mort et les impôts« . Et bien, figurez vous que ce ne sera bientôt plus tout à fait vrai, et ce grâce à la naissance imminente de Darius Shah. Affublé d’une destinée peu commune, il est attendu de Darius, à un point indéterminé de son existence, qu’il permette à l’Humanité d’accéder à l‘immortalité. Bonne nouvelle pour la plupart d’entre nous, n’est-ce pas ? Peut-être pas pour la Mort, qui se voit convoquée dans les hautes sphères célestes pour se voir remerciée par les pouvoirs en place.

Son obsolescence prochaine ne faisant plus aucun doute, la Mort est donc limogée, mais peut bénéficier d’une faveur accordée aux divinités sortantes: être réincarnée en mortelle, afin de pouvoir goûter aux joies d’une vie simple, déchargée de ses responsabilités, et qui sait, peut-être même d’une vie éternelle grâce à Darius.

Après ces millénaires de bons et loyaux service, j’aime autant vous dire que la pilule est dure à avaler pour Mort. Désespérée et prête à tout pour retrouver son poste, elle s’arrange pour être réincarnée non loin du fameux Darius, qui vient tout juste de naître à Bombay, et elle se retrouve donc dans la peau de Laila Starr, une jeune indienne blasée qui a, peut-être, ou peut-être pas, mis fin à ses jours au moment ou Darius pointait le bout de son nez.

On ne change pas vraiment ce que l’on est, il n’est donc pas étonnant qu’aussitôt arrivée sur Terre, Mort/Laila cherche à se débarrasser pronto du petit Darius. Après tout, que pèse une seule vie dans la balance cosmique de la vie et de la mort ? Pas grand chose a priori, mais se salir ainsi les mains n’est pas aussi aisé que Laila voudrait bien le croire.

Une série d’événements fait que Darius réchappe de justesse à cette rencontre prématurée avec la Faucheuse réincarnée, qui meurt écrasée par un camion. L’histoire pourrait s’arrêter là, néanmoins il se trouve qu’être une déesse emporte son lot de privilèges, si bien que Laïla renaît, aidée par le dieu de la Vie en personne. Toujours motivée, elle se remet à la recherche de Darius, qui est désormais un petit garçon de huit ans…

Le reste de l’intrigue sera rythmé par les morts successives de Laila Starr, suivies de ses réincarnations, alors que le temps continue de passer pour Darius. Immanquablement attirée sur les pas du jeune homme, Laila va renoncer à le tuer, et le rencontrer à différentes étapes de sa vie. Elle le verra évoluer, et découvrir les affres de la vie mortelle à travers ses yeux: le deuil, les peines, les échecs et les succès, autant d’événements qui le mèneront à sa fameuse destinée de conquérant de la Mort.

The fault in our Starr

De façon assez surprenante, le thème de « la Mort prend congé » est assez répandu en fiction. L’exemple le plus littéral est le long métrage La Mort prend des vacances, tourné en 1934, qui a inspiré plus tard Rencontre avec Joe Black. Dans ces deux versions, la Mort décide de venir sur Terre pour faire l’expérience de la vie humaine, et ainsi mieux comprendre pourquoi les mortels la craignent tant. Et bien sûr, dans ces deux films, la Mort choisit un cadre sophistiqué et privilégié pour vivre cette expérience (sinon, à quoi bon ?), avant de succomber à des sentiments tout à fait humains comme l’amour et le désir.

Ram V choisit donc cette prémisse pour écrire son ode à la vie, mais renverse les genres en mettant de côté Brad Pitt pour se focaliser sur une femme, dont il explore les tourments et les conflits internes avec habileté. Le procédé qui consiste à terminer chaque chapitre par une nouvelle mort suivie d’une résurrection, permet de rythmer le récit et amène adroitement les différentes ellipses de la vie de Darius. L’auteur construit ainsi brillamment la relation entre Laila et Darius grâce à ces différentes ellipses, chacun des deutéragonistes évoluant à sa manière mais de façon interdépendante. De son côté, Laila va faire l’apprentissage de valeurs qui lui étaient jusqu’ici étrangères, ce qui va radicalement la transformer et modifier sa perception de l’existence. Darius, quant à lui, va mener sa vie en traversant peu ou prou les mêmes épreuves, ce qui va forger sa destinée et le faire réfléchir sur cette mort qui lui échappe par nature mais qui se présente tout de même à lui à échéances régulières dans sa vie.

Il est d’ailleurs ironique de constater que, comme de nombreux personnages avant elle, c’est en souhaitant éviter son obsolescence que la Mort finit par la rendre possible.

Le scénariste remplit ses pages de poésie douce-amère, sans misérabilisme mais avec tact, nous rappelant que la vie n’a vraiment de valeur que parce qu’elle est rare et fugace. Ses textes sont subtils (et donc subtilement traduits), contemplatifs mais jamais ennuyeux ni pompeux, à la façon d’un Neil Gaiman, qui contait lui aussi les pérégrinations terrestres d’une entité magique avec lyrisme et poésie. En dépit d’un pitch qui a déjà été exploité, Ram V parvient à rester original, et puise dans son background culturel pour traiter la question métaphysique de la Mort. On aimera également le traitement bureaucratique qu’il calque sur les sphères célestes (on peut trouver ces exemples de bureaucratie céleste dans des œuvres telles que Beetlejuice (1988), Une Question de vie ou de mort (1946) , L’Agence (2011), , ou encore Coco, Hercules, ou plus récemment Soul), ce qui ajoute un touche de légèreté bienvenue.

Le graphisme de Filipe Andrade frise l’excellence sur chaque page, tant sur le trait qu’au regard des couleurs, le grand format choisi par l’éditeur n’étant qu’un plus supplémentaire qui permet d’apprécier encore davantage la qualité des planches. Au fil des pages, on se rend compte que l’on est presque devant un cas de synesthésie, car les mots du scénariste semblent intrinsèquement liées aux couleurs et aux formes posées par le dessinateur. Un cas rare de symbiose auteur/dessinateur.

Toutes les morts de Laila Starr est sans aucun doute une immense réussite graphique et narrative, une odyssée philosophique empreinte d’une cruelle beauté et d’une amère poésie, à l’image de sa protagoniste.

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***·Comics·East & West

Furtif

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Histoire complète en six chapitres, écrite par Mike Costa et dessinée par Nate Bellegarde. Parution initiale chez Skybound, publication en France par Delcourt depuis le 02/06/2021.

La Gloire de mon père

Autrefois au cœur de l’industrie automobile américaine, la ville de Détroit n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. Délabrée, laissée à l’abandon par une municipalité dépassée, elle s’est mue en un cloaque déprimant qui broie chaque jour davantage les rêves et les aspirations de ses habitants.

Crime et pauvreté sont toujours étroitement liés, il n’est donc pas étonnant que Détroit soit devenue au fil des ans, le repère de nombreux gangs qui rendent plus difficile encore la vie dans les quartiers. Mais tout le monde n’a pas abandonné Détroit. Depuis plusieurs décennies, un homme se dresse, seul, face au crime et à la corruption. Vêtu d’une armure high tech, Furtif patrouille les rues et mène une guerre sans merci contre tous les gangs. Malgré sa détermination, toutefois, le poids des années commence à se faire sentir, si bien que Furtif ne semble plus en pleine possession de ses moyens. Ces doutes sont dissipés lorsque le héros blindé s’en prend à des policiers, qu’il a confondus avec des gangsters.

Tony Barber est un jeune journaliste amer, frustré par la déchéance de sa ville natale. Vivant seul avec son père Daniel, il lutte contre l’apathie de sa rédactrice en chef qui préfère mettre les problèmes sous le tapis pour ne parler que de sujets superficiels, comme si penser à autre chose qu’aux crimes et à la violence qui gangrène la ville allaient suffire à la sauver.

Un soir, alors qu’il rentre chez lui, Tony fait une terrifiante découverte: celui que tout le monde nomme Furtif, ce héros discret et altruiste, n’est autre que son père, Daniel. Souffrant d’une dégénérescence d’ordre neurologique, ce dernier perd peu à peu ses souvenirs et ses capacités, ce qui, en plus d’être tragique, le rend tout à fait dangereux.

Sans doute pas l’homme le plus dangereux de la ville, puisque ce titre revient sans doute à Dead Hand, un gangster albanais doté d’un terrifiant pouvoir résidant dans sa main droite. Ce dernier, ennemi de longue date de Furtif, comprend que le justicier n’est plus au top et prévoit ainsi d’accélérer sa chute.

Tony, lui, digère mal la nouvelle puisqu’il en fait immédiatement les frais, passé à tabac par son père, qui perd la tête. Bien décidé à investiguer pour trouver des réponses sur l’armure de son père, Tony espère trouver un moyen de le sauver, avant que l’irréparable ne soit commis.

La Chute du Faucon Noir

N’ayant plus grand chose à prouver depuis le succès de The Walking Dead et Invincible, Robert Kirkman navigue désormais dans des eaux plus ambitieuses, puisqu’il dirige désormais son propre label, Skybound, ce qui lui donne une plus grand liberté créative et ouvre ses horizons vers d’autres médias.

A la manière d’un Mark Millar, Kirkman lance donc des projets promis dès leur génèse à une adaptation ciné ou télé. C’est le cas avec Furtif (Stealth en VO), dont la vectorisation sur grand écran a déjà été annoncée. Tout comme Invincible explorait la relation père-fils dans un univers violent et déjanté, Furtif vient mettre en lumière les dynamiques filiales et paternelles dans un monde de gangsters et d’armures cybernétiques.

Ce thème est même ici plus central que dans les autres œuvres de Kirkman, qui a cette fois délégué l’écriture à Mike Costa. L’auteur livre une partition classique dans sa construction, avec son lot de rebondissements et de scènes intimistes entre le père et le fils, alternant avec des séquences d’action explosives (assez facilement transposable sur écran). Seul le final pêche et fait office de fausse note, son côté quelque peu absurde-ou du moins incohérent-faisant sortir l’intrigue des rails.

Le scénariste tente également, avec un certain succès, d’évoquer des problématiques sociales-paupérisation, violence et criminalité, gestion des crises sociales et économiques-mais y apporte sur le dernier chapitre (le fameux final) une touche d’optimisme un peu gauche sortant de nulle part.

Au milieu de tout ça, on trouve quand même la thématique du vieillissement, de la sénescence, traitée sous un angle tragique et émouvant. Daniel lutte en effet pour poursuivre sa croisade contre le crime, mais possède tout de même suffisamment de moments de lucidité pour se voir sombrer, ce qui en ajoute encore à la tragédie. Si on doit parler de l’antagoniste, ce sera pour dire qu’il effleure constamment la limite menant à la caricature, sans pour autant la franchir.

Cynique, parfois lâche, il ajoute une petite touche acide à l’ensemble, malgré un aspect légèrement pompé sur Harvey Dent, alias Double-Face. Justement, tant qu’on évoque les inspirations, le design de Furtif nous fait immédiatement penser à un savant mélange de Falcon, Darkhawk, chez Marvel, avec un soupçon de Guyver. Graphiquement, Nate Bellegarde fait un très bon travail, élevé encore d’un cran par la mise en couleur signée Tamra Bonvillain.

Furtif ne révolutionne donc pas le genre mais offre une vision intéressante et peu usitée du héros et de la relation père-fils. La fin pose clairement question mais ne gâche pas la lecture pour autant.

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Monsieur Vadim #2: Supplément frites et sulfateuse

La BD!

Second tome du diptyque écrit par Gihef et dessinée par Morgann Tanco. Parution le 18/08/21 chez Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

La vieillesse, ce naufrage

Vadim en a vu de dures pendant toutes ses années de services au sein de la Légion étrangère. Pourtant, ce n’est que récemment que ses conditions de vie se sont dégradées. Le militaire retraité a perdu sa fille, victime de l’emprise d’un proxénète, et son ex-gendre douteux l’empêche de voir son petit-fils Sasha.

Pire encore, son curateur l’a spolié de toutes ses ressources, ce qui a obligé la papi légionnaire à quitter sa maison de retraite de façon impromptue. Soutenu par une jeune assistante sociale naïve et entraveé par les lourdeurs du système administratif, Vadim tente de retomber sur ses pattes, mais finit par attirer l’attention du Belge, un voyou dont l’appétit n’a d’égal que l’ambition, et qui espère détrôner la Trinité, l’organisation criminelle qui a la mainmise sur la Côte d’Azur.

Voici notre vieux briscard qui reprend du service, se réinventant en tueur à gages pour reprendre sa vie en main. Mais tout ne se passe pas comme prévu, d’abord parce que Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et ensuite car un concours de circonstances fait que Sasha est présent sur les lieux du contrat, ce qui fait perdre ses moyens à l’ancien tireur d’élite.

Papy flingueur

Vu que le premier tome prenait fin sur un cliffhanger à l’issue duquel Vadim se retrouvait suspendu à un arbre, il était logique que ce second tome s’ouvre sur une scène tendue nous faisant craindre pour l’avenir de notre octogénaire protagoniste. Vadim s’en sort assez facilement, même si c’est de peu. Le reste de l’album est un polar assez typique qui nous donne à voir corruption suivie de rédemption, vengeance sur fond de justice poétique, sans oublier une petite dose d’humour impertinent.

On pourrait toutefois reprocher à l’album de ne pas aller au bout de sa prémisse. En effet, placer un vieil homme qui a passé son apogée de loin, dans une situation à la fois injuste et dangereuse, aux prises avec des gangsters, promet des scènes d’actions décalées et traitant avec malice du naufrage de la vieillesse.

Mais l’accent n’est pas assez mis sur cet aspect, l’arthrose et la vieillesse ne constituant pas un élément déterminant durant les scènes d’action. L’ambiance générale, avec son casting de gangsters reste toutefois agréable à suivre, ce qui est du aussi en grande partie au capital sympathie de Monsieur Vadim.

Cette satire sociale déguisée en polar décalé s’avère donc une bonne lecture, pour peu que l’on ne soit pas allergique au plombs ni aux crevettes.

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Monsieur Vadim #1: Arthrose, crime & crustacés

Premier album de 56 pages d’un diptyque écrit par Gihef et dessiné par Morgann Tanco. Parution le 03/02/2021 aux éditions Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux  éditions Grand Angle pour leur confiance.

Ô vieillesse ennemie

Au sein de sa maison de retraite de la Côte d’Azur, Vadim est de ces pensionnaires taciturnes mais attachant que le personnel prend en charge avec une distance respectueuse mais empreinte d’affection. Le vieil homme coule donc des jours tranquilles jusqu’à ce qu’on se rende compte que son curateur, un homme peu scrupuleux , l’a spolié de ses maigres ressources.

A la rue du jour au lendemain, Vadim se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment, lorsque l’établissement dans lequel il espérait se restaurer est braqué. Bien malgré lui, ses vieux réflexes de combattant lui reviennent, et le vieil homme neutralise à lui tout seul trois malfrats, ce qui ne manque pas d’attirer l’attention de la police et de la pègre locale.

La proposition du « Belge« , le propriétaire du restaurant susmentionné, ne se fait pas attendre. Le bandit wallon aimerait louer les services de Vadim, pour se débarrasser d’une concurrence plutôt tenace. Qu’à cela ne tienne, Vadim a pris sa retraite il y a un moment. Mais le besoin d’argent est là, surtout que le vieux légionnaire polonais aimerait pouvoir continuer à assurer l’avenir de Sacha, son petit-fils.

Seulement, même pour un ancien légionnaire, il y a vouloir, et il y a pouvoir. Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et son arthrose risque bien de lui causer quelques soucis lorsqu’il faudra appuyer sur la gâchette…

La retraite vous va si bien

Voilà de retour le prolifique Gihef au commande d’une série qui détone avec sa série actuelle. Ici, le pitch est simple mais accrocheur, puisqu’il a déjà fait ses preuves ailleurs: un ancien soldat doit reprendre du service pour une raison personnelle. Toutefois, le scénariste prend la chose sous un angle différent, et pour ainsi dire plus terre à terre. Que ferait un badass à la retraite s’il devait remettre le couvert ? Son corps usé le lui permettrait-il ?

Ce postulat permet des situations cocasses et/ou dramatiques, en ce sens que Vadim pourrait ne pas être à la hauteur de la tâche, tant par ses limites que par la férocité de ses adversaires. L’album se termine par un cliffhanger habilement pensé qui nous fait attendre la suite impatiemment !

Monsieur Vadim oscille entre un Bryan Mills et un Léon pantouflard pour le plus grand plaisir du lecteur. Un diptyque de qualité !

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Monsieur Jules

BD d’Aurélien Ducoudray et Arno Monin
Grand Angle (2019), 88 p. couleur, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour cette découverte.

couv_374177L’illustration de couverture de cet album est intrigante mais à mon sens peu parlante. Personnellement j’ai cru un moment qu’avec sa grande barbe ce Monsieur Jules était l’histoire intime de Jules Verne… en tout état de cause, si après la lecture l’image devient parlante, je ne suis pas certain que cela percute le lecteur BD farfouillant en librairie en quête de son prochain coup de cœur…

Monsieur Jules est souteneur. Mais à l’ancienne. Il habite avec deux vieilles prostituées qui aiment leur métier. L’une est aigrie et nostalgique de sa beauté fanée, l’autre est ronde et troque ses services contre des paniers de légumes. Tous les trois conçoivent l’activité comme un artisanat. Mais l’ancien monde se meurt et la violence des réseaux va bientôt frapper à leur porte…

Je ne suis pas familier de ce type d’histoires que l’on trouve de façon typique dans le cinéma français ou belge et me suis laissé tenter par le mystère de cette barbe et par l’audience de la précédente BD d’Arno Monin, L’adoption (que je n’ai pas lue). Je reconnais le trait agréable, traditionnel avec une colorisation pastelle élégante. Le dessin a été plus précis sur d’autres albums mais le dessinateur garde une sacrée maîtrise du découpage et dans le rendu du temps. Cette BD est faite de visages et de décors. Beaucoup de séquences muettes, contemplatives et réflexives, à l’image de ce bonhomme dont la mine sombre cache une fêlure profonde. Le colosse est loin de la jeunesse mais sa détermination se ressent dans son pas ferme et allongé. Car il est là pour prendre soin de ses filles, tels un vieux couple à trois dont on ne sais pas bien les détails de l’arrangement. La vision de la prostitution est ici celle de l’ancien monde, du XX° siècle un peu romantique où à « Paname » les filles moches ou jolies pouvaient décider de louer leurs charmes en tout bien tout honneur. les putes nous parlent des clients violents bien sur, mais la petite vie du trio semble convenir à tout le monde, entre engueulades, repas rapides dans la cuisine vaguement déprimante et prélassement dans le jardin. On est loin de l’image d’Épinal bien sur et l’on ressent la relative pauvreté, la misère affective et surtout le poids de la disparition pour monsieur Jules. Mais c’est un monde où ces blessés prennent soin l’un de l’autre, où l’on parle finalement bien peu de sexe et où tout semble réglé. Jusqu’à l’arrivée de l’engrenage: cette jeune africaine qu’un réseau de prostitution a tenté d’éliminer. Des emmerdes à prévoir. Faut-il s’en débarrasser? Faut-il lui appliquer la même bienveillance  qu’aux deux autres?

C’est une BD humaine que nous proposent les deux auteurs. Une histoire de petites vies pas glorieuses de personnes qui ont trouvé un juste milieu entre bonheur et survie dans un monde qui ne fait pas de cadeaux mais qui comporte plein de petits brins de soleil, pour peu qu’on ait envie de les trouver. Une jolie histoire joliment dessinée où sous le béton gris de la ville poussent de toutes petites fleurs qui se contentent de cet interstice.

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****·BD·Mercredi BD

Jamais

BD du mercredi
BD Duhamel
Grand Angle (2018), 54 p. one shot.

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Cet album fait partie de la sélection du prix des médiathèques de l’Ouest lyonnais.

Ouvrage grand format qui donne de l’espace à un découpage aéré. L’album se termine par quelques pages de repérages photos mis en regard des illustrations qu’ils ont inspirés. Album de facture classique, sans commentaire particulier.

Sur la côté normande les falaises s’effondrent. Madeleine, nonagénaire et aveugle ne veut pas quitter sa maison dont la disparition est inéluctable, plongeant le maire dans une solution inextricable. Mais le ce dernier est un crétin et Madeleine n’a besoin de personne…

J’ai découvert Dhuamel avec ma lecture surprise du Retour (… là aussi conseillé via le prix des lycéens, comme quoi les sélections locales ça donne de bonnes découvertes!) qui traitait déjà peu ou prou des mêmes thématiques: l’identité territoriale, le temps qui passe, la contestation radicale, l’humour… Si je devais résumer Jamais, nouvelle grande réussite de cet auteur donc, je dirais qu’on est au croisement exacte entre Le retour et Résultat de recherche d'images pour "jamais duhamel"les Vieux fourneaux, comme si Madeleine était le quatrième larron des affreux de Cauuet et Lupano qui se serait perdu sur la côte normande. Et ce sera le seul bémol éventuel que l’on peut trouver à cette BD qui est très proche de ce que Duhamel a pu faire. Mais quand c’est bien pourquoi se priver?

Car l’auteur a un vrai talent de dialoguiste à coup de punchlines percutantes issues de la culture Audiard. Madeleine est une très forte tête, qui n’est pas là pour faire chier le monde comme une Carmen Cru mais est fondamentalement solitaire dans son monde de silence, accompagnée par son chat obèse et le fantôme de son mari. Elle ne demande rien à personne et seule la confrontation de deux mondes, celui du maire, moderne et réglementé, qui ne conçoit pas que les précautions de sécurité ne soient pas respectées (un vieux c’est dans une maison de retraite et les zones dangereuses on les évacue manu militari!) et celui de la mamie va créer le conflit.

Image associéeGraphiquement on est dans l’école Pilote avec des orientations semi-réalistes par moment, notamment au niveau du découpage et des effets graphiques inspirés (notamment ces pages de souvenir ou de visualisation de l’effet « Daredevil »…) qui peuvent rappeler Janry dans ses années Spirou. Ça n’a rien de révolutionnaire mais c’est très solide dans le style humour, accompagnant ce pour quoi on lit l’album, les dialogues.

Dès la première page Duhamel nous place dans le contexte d’Astérix, avec une tordante variation des engueulades entre le forgeron et le poissonnier gaulois. L’esprit est posé et l’humour avec. On se poile tout le long, tant par les situations que par les tronches que tirent les personnages. Beaucoup moins mélancolique que son précédent album, Jamais est un cri d’amour à la liberté et l’on aimerait qu’il prolonge les aventures de Madeleine, un vrai bon personnage, attachant et fort.

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