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Absolute Carnage

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Recueil des 5 chapitres de la mini-série Marvel Absolute Carnage, précédés du Free Comic Book Day 2019: Spider-Man/Venom. Donny Cates au scénario, Ryan Stegman au dessin. Parution chez Panini Comics le 25/08/2021.

Symbiote un jour, symbiote toujours

De tous les porteurs de symbiotes, Cletus Kasady est sans aucun doute le pire. Après avoir rencontré Eddie Brock, alias Venom, durant son incarcération, ce psychopathe, condamné à mort pour de nombreux meurtres, est passé au stade supérieur de la folie en fusionnant avec le rejeton symbiotique de Venom. Cette union catastrophique a engendré Carnage, l’un des ennemis les plus dangereux de Spider-Man.

Pour le vaincre, Spider-Man a été contraint de s’allier avec Venom, les deux hommes n’ayant alors pas d’autre choix que de mettre leurs différends de côté pour mettre cet inopposable fléau hors d’état de nuire. Au cours des années, Carnage a régulièrement fait parler de lui, laissant dans son sillage d’innombrables victimes. Dans Maximum Carnage (mon tout premier comics ! Ça ne nous rajeunit pas…), Cletus s’échappait de l’asile et, flanqué d’une bande de monstres aussi frappés que lui, semait la terreur à New York avant d’être neutralisé in extremis par notre héros arachnéen.

Plus tard, dans New Avengers, il était apparemment tué par Sentry et laissé pour mort dans la stratosphère terrestre. Mais dans Carnage USA, le tueur revenait en force (mais sans ses jambes) et reprenait son œuvre meurtrière en jetant son dévolu sur une petite ville américaine. Stoppé une nouvelle fois, Carnage s’échappe de nouveau et se met en tête de provoquer l’apocalypse en invoquant le dieu lovecraftien Chton (une version Marvel de Cthullu).

Cette fois, Kasady, revenu d’entre les morts, a découvert les origines secrètes des Klyntars (le vrai nom des symbiotes) et de leur dieu Knull, si malfaisant que les symbiotes eux-mêmes se sont sacrifiés en masse pour le maintenir enfermé dans une prison cosmique. Là encore, Cletus montre qu’il est le roi des bonnes décisions et entreprend de le réveiller. Pour ce faire, il doit collecter toutes les parcelles du Codex.

Le Codex, c’est la parcelle de lui-même que laisse un symbiote dans son hôte, et qui fait partie intégrante de leur esprit de ruche. Si Carnage parvient à retrouver tous les anciens porteurs de symbiotes, il sera en mesure d’exécuter son plan. Eddie Brock, privé depuis un certain temps de son partenaire Venom, qui lui a fait une infidélité de quelques années avec Flash Thompson, n’a pas d’autre choix que de se lancer à la poursuite de son vieil ennemi. Une fois de plus, il lui faudra chercher de l’aide auprès de Spidey. Cependant, Carnage n’est-il pas déjà trop puissant pour être vaincu ?

Fleuve noir et rivières de sang

Alors que le personnage est adapté au cinéma actuellement, pour un résultat plus que mitigé, Marvel poursuit la croisade sanglante de son psychopathe symbiotique. Malgré un aspect unidimensionnel et on-ne-peut-plus manichéen, Cletus Kasady a favorablement traversé les décennies, pour gagner ses galons de méchant de premier ordre dans la spider-galaxie. On ne peut s’empêcher de déceler chez lui un petit goût de Joker (pas le jus de fruit), à savoir une force chaotique que rien n’arrête, sorte de pêché originel du héros (Batman se sent impliqué dans la création du Joker, tandis que Spider-Man se sent coupable d’avoir ramené sur Terre Venom, qui a ensuite engendré Carnage), qui profite d’une immunité découlant du code moral du dit héros, qui se refuse à le supprimer définitivement lorsqu’il en a l’occasion.

Avec Absolute Carnage, le tueur revient sur le devant de la scène avec cette fois en toile de fond la mythologie propre aux symbiotes, dont les ramifications s’étendent à d’autres séries, comme Thor, par exemple. Donny Cates parachève donc son travail sur les symbiotes en mêlant adroitement action et horreur.

En effet, Cates a rebondi sur le run du Massacreur de Dieux écrit par Jason Aaron sur la série Thor: God of Thunder, dans lequel l’adversaire éponyme arborait une arme spéciale, la (All-Black the Necrosword en VO), qui sous la plume de Cates s’est avérée être le tout-premier symbiote, crée par Knull. C’est dans l’arc Venom Rex que Brock apprend l’existence du dieu maléfique des symbiotes, dans un récit court mais intense durant lequel il affronte le symbiote Grendel (celui du mythe de Beowulf, oui oui) et fait équipe avec Miles Morales.

Le duo Spidey/Venom fonctionne très bien sous la plume de l’auteur, qui parvient à retranscrire les années de passif entre les deux personnages, et la relation complexe qui en a découlé. Autrefois anti-héros plutôt caricatural, Eddie Brock a donc mué en une entité plus convaincante et mieux caractérisée, en tous cas au-delà de la simple rancune envers l’Araignée.

Sur la forme, Cates reproduit la formule assez classique du combat désespéré contre Carnage, en utilisant des décors (l’asile par exemple) tout à fait appropriés mais offre un final brutal, convaincant et satisfaisant pour notre protagoniste. On regrette tout de même qu’Absolute Carnage ne soit finalement, une fois la dernière page tournée, qu’un prélude à King in Black, le crossover qui relate l’arrivée tant redoutée de Knull sur Terre.

La prédominance du rouge et du noir, les décors claustrophobes et l’ambiance oppressante sont magnifiés par les dessins de Stegman, qui rappellent un Mike Deodato Jr de la grande époque des ’90. Expressions, postures, découpage, l’artiste rend tout à fait justice au scénario mi-super mi-horrifique de Cates.

L’apparition de certains personnages reste à la fois attendue et anecdotiques, mais il faut bien ça pour mériter l’étiquette d’event ou de crossover. Le tout se lit avec facilité, à lire si vous êtes intéressé par la mythologie symbiotique.

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Venom vs Toxine: la nuit des tueurs de symbiotes

Recueil de 112 pages de la série Venom, écrite pour Marvel Comics par Cullen Bunn et dessinée par Declan Shalvey. Contient les épisodes 31 à 35 de la série, parution en France chez Panini Comics le 02-01-2019 dans sa collection Marvel Dark

Jamais sans mon hôte

Les fans du spider-verse le savent bien, l’histoire de Venom est pleine de circonvolutions et de coups de théâtres en tous genres, mais elle finit toujours par revenir à ses fondamentaux: la relation particulière qui unit l’entité extra-terrestre à son hôte le plus fameux, Eddie Brock

Ramené sur Terre par Peter Parker à l’issue des premières guerres secrètes, l’être symbiotique Venom, rejeté par son hôte arachnéen, a fini par se lier à Eddie Brock, ancien reporter amer et revanchard ayant une dent contre le Tisseur. De cette terrible union est née l’un des adversaires les plus coriaces de Spider-Man, qui n’aura de cesse de le pourchasser tout en clamant être lui-même le « protecteur létal » des rues new-yorkaises. Doté d’un sens de l’honneur qui lui est propre, le duo infernal a traversé bien des épreuves, jusqu’à ce que le symbiote décide de quitter son hôte malade pour se trouver une nouvelle marionnette humaine. 

Laissant Brock lutter seul contre son cancer, Venom a choisi de se lier à Mc Gargan, autre adversaire du Tisseur précédemment connu comme étant le Scorpion. Enrôlé parmi les Sinistres Douze puis les Thunderbolts, le duo Gargan/Venom durera quelques années, jusqu’à une nouvelles séparation. Sous contrôle gouvernemental, le symbiote sera confié à nul autre que Eugene Flash Thompson, ancien camarade de classe de Peter Parker et vétéran de guerre… 

Entre temps, Brock, lui aura touché le fond avant de remonter la pente. Devenu l’Anti-Venom (je vous passe les détails de cette transformation), puis le nouveau Toxin, Brock s’est lancé dans une croisade visant à débarrasser le monde des parasites extra-terrestres, ce qui inclue son ancien partenaire Venom. Qui que soit le nouvel hôte, aussi bon soit-il, Brock l’a décidé: Venom doit mourir ! 

Bienvenue à Philadelphie

Flash, après quelques aventures mouvementées qui lui ont montré les limites du contrôle qu’il pensait exercer sur le symbiote, décide de prendre un nouveau départ en s’installant à Philadelphie, ville apparemment sans super-héros. Alors qu’il peine à s’acclimater à sa nouvelle vie, Flash/Venom va devoir faire face à la fois à une nouvelle créature hostile, et à un ennemi déjà connu, Brock. Comment notre héros va-t-il s’en sortir face à ces menaces conjuguées ?

Débutée en 2011, la série Venom a été étonnamment bien menée. Centrée sur un duo improbable (qui aurait imaginé Flash Thompson, le bully qui martyrisait Peter Parker, en super-héros ?), elle a su mettre en lumière ces seconds couteaux en exploitant de façon opportune le lore finalement assez méconnu des symbiotes.

La rédemption de Flash est donc plutôt crédible, de brute à soldat pour finir en vétéran mutilé. Un héros sympathique, des pouvoirs difficiles à contrôler, il n’en faut pas beaucoup plus pour provoquer l’adhésion du lecteur. L’idée de l’opposer à Brock/Toxin est plutôt inspirée, Brock étant l’illustre partenaire du symbiote, et Toxin, sa progéniture. L’effet miroir fonctionne donc ici à plein, notamment grâce aux interactions entre les deux hôtes.

Les scènes d’action sont un réel plaisir, même si l’antagoniste extra-terrestre reste assez anecdotique. Les amateurs du personnage apprécieront ce numéro, qui pave la route au grand retour des symbiotes dans Venomverse et Absolute Carnage.