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Robilar, ou le maistre chat #1: Maou!!

La BD!
BD de David Chauvel, Sylvain Guinebaud et Lou (coul.)
Delcourt  (2020), 64p.., série en cours 1 volume paru.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

La couverture jouit d’un luxueux logo-titre doré, ouvragé et gaufré (traitement identique pour la tranche). La série annonce un second tome pour le début 2021 alors que celui-ci est bien un one-shot conclu par une FIN.

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L’histoyre du chat botté vous la connoissiez! Mais l’histoyre de Robilar, le gros minou devenu Machiavel qui se vengea des malheurs qu’on lui fit subir, vous alloi la découvrir ceans…

Très alléché par une fort jolie couverture et de forts bons échos je me suis plongé dans cette variation sur le Chat botté assez enthousiaste. Avant toute chose je tiens à préciser qu’il s’agit d’un album 100% Delcourt qui s’inscrit dans une ligne fort bien connue avec des auteurs qui ont fait toute leur carrière dans ces collections aux jolies couleurs et aux dessins « BD ». Je suis Sylvain Guinebaud sur les réseaux sociaux et apprécie beaucoup ses dessins animaliers humoristiques. Si ses planches sur Robilar sont agréables avec un trait à la fois rapide et détaillé je relève un encrage qui passe moyennement à l’impression avec un résultat parfois imprécis, estompé. Très attaché aux encrages j’ai trouvé que cela affaiblissait la technique costaude du dessinateur. Il reste que son rôle n’est pas des moindre dans cette équipée à trois puisque dans cette farce qui tient plus de Rabelais que de Perrault son art de la grimace est tout à fait efficace.

Sur l’histoire je passerais rapidement puisque hormis une introduction assez étrange nous narrant les origines « nobles » du chat avant de tomber chez le « Marquis » sans que l’on comprenne bien son utilité, on suit l’intrigue connue de tous… jusqu’à une fin ouverte qui permettra sans doute dès le tome deux de s’extraire du carcan littéraire. La principale qualité de ce Robilar est ainsi dans son texte. David Chauvel est connu, outre son rôle de directeur de collection, pour Wollodrin, variante de Fantasy s’inscrivant dans l’univers des méchants orcs. On va retrouver ici cette envie de dépasser le conte en mode farce mais surtout en jouant sur le langage des gueux et des seigneurs, passages les plus truculents de l’album. Allant à la rencontre de différents groupes de personnages (des chats de gouttière complètement stones aux paysans au langage de cul-terreux), le chat va donc fomenter son plan de gloire d’abord, de vengeance ensuite comme on l’imagine sur la suite.

L’effet découverte est donc amoindri sur ce premier tome peut-être un peu trop sage et respectueux du matériau en ne pouvant jouer que sur la mise en scène et quelques facéties pour nous surprendre. La lecture en est agréable (et pourra convenir aux jeunes lecteurs qui laisserons leurs parents glousser aux allusions grivoises dissimulées) mais ne se démarque pas de la qualité moyenne Delcourt. On attend avec impatience la suite avec l’espoir d’un grand délire pas trop sage…

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****·BD·Jeunesse·Nouveau !

La bête

Jeunesse

BD de Zidrou et Frank Pé
Dupuis (2020), 150p., série en cours.

Format très original et spacieux que cet album presque carré. Le logo-titre comporte un discret vernis et gaufrage et indique un tome 1 on ne peu plus invisible (dans le A, si-si, regardez!)… qui se confirme avec le « a suivre » de dernière page. Les auteurs indiquent en page de garde pou qui ne l’aurait pas reconnu que la trombine de Franquin a été empruntée pour l’instituteur. Une édition spéciale commandée par la librairie belge  Slumberland BDWorld comportant des pages de bonus est tirée à 1200 exemplaires.

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Dans la Belgique d’après-guerre il fait gris et froid et les rancœurs de l’occupation infusent jusque dans la cour d’école où François est victimes de brimades. Il se réfugie alors dans sa passion pour les animaux blessés qu’il ramène à la maison, véritable arche de Noé. Surgit alors un étrange singe jaune échappé d’une terrible traversée sur un cargo sud-américain…

Le « spirouverse » commence à être aussi complexe que le multivers Marvel ou DC! Alors que les auteurs passés sur la série initiée par le père Franquin ont alterné depuis pas mal de décennies maintenant et que le premier spin-off lancé par Tom et Janry (mes auteurs préférés sur la franchise!) a déjà dix-huit tomes, les séries alternatives ont explosé ces dernières années, avec une série Zorglub, une série Champignac, Supergroom, et la série Spirou vu par… dans laquelle on pourrait ranger la plupart. Difficile à ce stade de comprendre la logique éditoriale qui gère l’univers Spirou une fois que l’on a compris cette volonté certaine d’ouvrir ce domaine patrimonial bien au-delà du canon de la série mère. C’est là qu’arrive cette Bête, déjà annoncée comme une série (que l’on espère courte) alors que le concept est suffisamment spécifique pour justifier un hors-série.https://static.lavenir.net/Assets/Images_Upload/Actu24/2020/08/20/a7a162c4-e310-11ea-808f-30efce92e08d_web__scale_0.6364617_0.6364617.jpg?maxheight=513&maxwidth=767&scale=both

Avant toute chose il faut préciser que malgré une couverture inquiétante et des dessins assez sombres, cet album s’adresse bien à un public jeunesse et c’est sa première réussite! Bien entendu calibré par des auteurs ayant découvert la BD sur les premiers Spirou avec une visée nostalgique pour des vieux lecteurs du même âge, le ton et l’approche restent « jeunesse » et aborder des sujets aussi difficiles que le harcèlement scolaire et la différence de l’étranger pour les jeunes lecteurs n’est jamais évident.

Le marsupilami de Frank Pé et Zidrou - La bête de Pé, Zidrou - BDfugue.comOn démarre ainsi avec une séquence fort réussie et tout à fait gothique de l’apparition du « monstre » comme dans un bon thriller vaguement horreur. Puis l’on se retrouve dans la maison du petit François, Franz de son vrai nom, dont la mère survit comme poissonnière en subissant les piques des habitants pour son passé avec un soldat allemand… le père du petit. On comprend tout de suite que le ton sera gris, sombre, comme les planches de Frank Pé, magnifiques de textures dans ces cases gigantesques sur un découpage minimaliste. La trame est assez simple, avec ces instituteur au visage de Franquin, un peu benêt et amoureux de la belle maman qui se contient pour ne pas déverser les tensions de sa dure vue sur son fils. Le ton est drôle pourtant, autour de la ménagerie de l’enfant aux habitudes et noms tous plus délirants les uns que les autres, entre ce cheval alcoolique échappé d’un abattoir, le couple de castor à la libido surdéveloppée ou tripode le chien cul-de-jatte… Zidrou sait poser ses scènes et alléger l’atmosphère par des blagues, ce qui crée une ambiance très particulière, une ambiance de film belge tragicomique.

L’autre point fort de cet album est bien entendu ses dessins très aérés aux magnifiques tons de gris réhaussés de couleurs vives par moment. Les décors d’une Belgique des années cinquante, pluvieuse, parsemée de terrains vagues et de bâtiments immenses crée une ambiance de film noir peu propice à la rigolade mais nous immerge dans cet environnement qui nous parle. Puis survient le héros, le marsu, cette bête formidablement designée et présentée comme un singe mystérieux aux comportements (pour l’instant) d’animal apeuré. On est loin du marsupilami jovial des aventures de Spirou. Le projet visait à présenter une variante réaliste de l’animal et sur ce plan c’est absolument magnifique. Le travail d’observation de reconstitution de pelage ou de mains empruntées au règne simiesque nous place très loin de la volonté de bizarrerie de Franquin à la création du personnage. On est clairement plus proche d’une réinvention réaliste pour le cinéma que d’un album de BD. La passivité du bestiau nous surprend, conditionnés que nous sommes à l’invisibilité de la bestiole à la queue géante et l’effet de voir ce bel animal si maltraité, affaibli, affamé, abimé fonctionne tout à fait.BD La bête de Frank Pé et Zidrou - Tours et culture

Au sortir de ce premier tome on est un peu frustrés d’une histoire juste mise en place, un univers résolument solide qui ne nous dit pas , sur le fil, si nous allons basculer vers une proximité avec le matériau d’origine avec force citations ou s’en éloigner définitivement. Et la hâte de voir poindre la suite de ces aventures est grande… comme la queue du marsupilami!

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Sushi & Baggles #24

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Lectures inhabituelles découvertes grâce au jury BDGEST et les blogueurs qui les citent souvent dans les meilleurs mangas de l’année.

  • NeuN #1 (Tsutomu/Pika) – 2019, 5 vol parus (2 vol en France)

couv_374557badge numeriqueDécouverte au détour de mes échanges avec le jury BDGEST’arts et des blogueurs spécialisés dans le manga comme une des sorties de l’année, j’ai pris plaisir à lire l’introduction (très rapide) de cette uchronie dans l’univers toujours fascinant du Reich nazi (… qui intéresse depuis longtemps les mangaka, comme en écho admissible avec leur passé étouffé…). Treize enfants issus du sang d’Hitler ont été inséminés et répartis aux quatre coins de l’Allemagne. Lorsque le régime décide de les éliminer, Neun, le neuvième, est extrait à ses bourreaux par son Wand, son garde du corps, bien décidé à assumer sa mission de protection jusqu’au bout, même s’il faut pour cela affronter toute l’armée allemande…

En nous rappelant par certains côtés le sombre Block 109 de Brugeas et Toulhoat, NeuN profite de son pitch attirant pour nous plonger dans ce premier tome en pleine action, la purge commençant sans mise en place et entraînant une course-poursuite sur tout le volume sans que l’auteur ne prenne bien le temps de détailler son background. Ça se laisse lire et on imagine que les explications viendront après. Le dessin est dynamique, les trames ne permettant pas de donner toute l’ampleur des lavis du mangaka, avec des faux airs de Samura (l’Habitant de l’infini) ou de Kakizaki (Green blood), notamment dans l’utilisation de rayures pour salir l’image. Au final pour ce premier tome on a un manga sympathique, qui n’explose ni la rétine ni l’intellect mais a du potentiel que je suivrais volontiers.

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  • Mirages d’Emanon (Tsuruta/Ki-oon) – 2019

couv_361444mediathequeAutre manga cité sur de nombreux blogs, je découvre en cours de route le personnage d’Emanon qui se promène sur plusieurs albums one-shot (que je n’ai pas lu). Cet album très contemplatif est un très beau moment avec peu de textes, qui nous montre cette jeune fille amnésique recueillie par un jeune scénariste qui ne lui demande rien. Ces deux êtres humains vont se côtoyer dans une pudeur toute japonaise, lui se nourrissant de la belle âme de cette fille qui déambule dans la petite ville et sa campagne. Les dessins sont élégants, simples, parsemés de visions oniriques liées à des flash d’Emanon. Album très zen qui peut se lire seul, comme je l’ai fait, avec cette part de mystère que peut-être les autres volumes effaceront… Un beau manga simple sur l’amitié, l’amour simple, le temps qui passe et la simplicité, comme seuls les japonais savent nous en parler…

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  • Unholy grail (Bunn, Colak/Snorgleux) – 2018

couv_343737badge numeriqueTrès intéressant one-shot assez inhabituel en comics et qui se rapproche pas mal des codes de la BD franco-belge. L’intérêt est le pitch de départ qui postule que Merlin a été remplacé par un démon qui oriente l’ensemble de la geste arthurienne dans une optique de chaos et de guerres. Idée très intéressante relevée par les dessins vraiment bons de Mirko Colak, cette variation de la légende d’Arthur se lit très agréablement, avec quelques moments bien sanglants et un soupçon de sexe (la version originale est publiée chez Aftershock, spécialisé dans la BD d’horreur et notamment le réputé Animosity, également publié chez Snorgleux). La limite de l’exercice est le format one-shot d’à peine cent pages qui contraint les auteurs à une simple exposition des grands moments de la légende (présentés comme autant de parties avec des sauts temporels brutaux entre elles) sous le prisme de cette « uchronie » si l’on peut dire. Tout cela reste intéressant mais postule la bonne connaissance de chaque épisode par le lecteur, ce qui n’est pas idéal pour découvrir une histoire originale. Disons qu’Unholy grail plaira à aux fans de fantasy et bons connaisseurs des différents mythes et légendes qui apprécieront l’exercice de style. Il n’y a ni source ni réelle chute à cette histoire qui manque un peu d’ambition et peine à dépasser son postulat. Dommage, mais l’album reste une lecture sympathique et une édition assez courageuse du petit éditeur-libraire.

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