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La Mort Vivante

BD du mercrediBD d’Olivier Vatine et Alberto Varanda
Comix Buro/Glénat (2018), 72 p., one shot.

couv_340011Deux éditions de l’album sont sorties en simultané, l’édition normale colorisée (très légèrement) par Vatine avec l’assistance de la grande Isabelle Rabarot et une édition grand format n&b avec un cahier graphique de 16 p. Après lecture je ne saurais dire si le n&b est à préférer, je n’en suis pas certain tant la colorisation écrase sans doute un peu les encrages mais reste très légère et rehausse en revanche certaines cases peu dessinées. Le principal argument de l’édition spéciale restera sans doute le cahier graphique et le grand format (mais n’ayant eu sous la main que la première je ne saurais confirmer). L’album a un vernis sélectif sur le titre et des sections de la quatrième de couverture.

La Terre après une contamination ayant poussé l’humanité à fuir vers Mars et les astéroïdes du système solaire. Tout ce qui a trait à l’ancienne Terre est prohibé, laissant la place à un juteux marché d’antiquités, au premier chef desquels les livres. Martha voit sa fille mourir accidentellement lors d’une fouille et fait appel à un grand scientifique pour l’aider dans un projet très personnel et terrifiant…

Si un album a été attendu c’est bien celui ci! Cinq ans après le troisième tome d’Elixirs, la série fantasy qu’il dessine dans le monde d’Arleston, le virtuose Alberto Varanda dont on a pris l’habitude à imaginer le nombre d’heures passées devant chaque case d’une minutie délirante revient avec une nouvelle adaptation d’un roman de Stefan Wul, le dada d’Olivier Vatine depuis quelques années et son assez réussi triptyque Niourk. Pour le coup l’éditeur Comix Buro (en co-édition avec Glénat) a abandonné la ligne graphique de la collection pour offrir un ouvrage qui se veut une pièce de choix dans votre bibliothèque. L’évènement éditorial est donc reconnu (seule chose étonnante, la date de sortie…) et pour cause, les 68 planches sont, sans aucune exception, à tomber. C’est donc la première réussite de l’album, qui n’était pourtant pas évidente du fait de la nouvelle technique utilisée par l’auteur pour cet album. Varanda expérimente beaucoup depuis de nombreuses années, la sculpture, la peinture, et ici une simili gravure qui vise à rappeler Gustave Doré ou à Gary Gianni par moments. Son trait hachuré pourra vous sembler forcé, inadapté. Résultat de recherche d'images pour "mort vivante varanda"Pourtant c’est bien le regard global de la case et de la planche qu’il faut privilégier. L’œil incrédule découvre alors des textures, des atmosphères uniques qui ne s’expliquent pas. Pourtant Varanda est un maître des contrastes et personnellement je craignais de perdre ces encrages très forts qui font la qualité de ses dessins. Alors oui, le style connu depuis Bloodlines ou Paradis Perdu a changé, plus doux, plus fort aussi. L’ambiance gothique de château isolé dans la montagne enneigée est absolument magnifique. L’ouvrage est tout simplement une œuvre d’art.

Vient alors le scénario, élément qui n’est pas forcément le point fort de la biblio d’Alberto Varanda. Vatine avait montré sur Niourk sa qualité de narration (personnellement j’ai été assez réservé sur son Angela). Il propose ici une histoire de docteur Frankenstein, teintée d’une mélancolie qui colle bien à cette ambiance. On apprécie autant l’effort important de contextualisation  de cet univers SF qu’on regrettera d’en savoir finalement si peu. Cette histoire aurait en effet pu se dérouler sur au moins deux tomes… en se heurtant à une impossibilité: il aurait fallu attendre cinq ans de plus pour que le maître réalise un autre album et il aurait été totalement invendable de refiler un autre volume à un illustrateur différent. Bref, il est vrai que la chute de l’histoire peut sembler brutale, trop rapide. Pourtant avec une telle pagination, on ne peut attendre à la fois des planches contemplatives, un rythme captivant et une histoire qui s’étire. J’ai trouvé la conclusion, si ce n’est extrêmement originale, très convaincante et cohérente. En outre, je ne connais pas l’ouvrage de Wul et ne sait dans quelle mesure les auteurs s’en sont éloigné. Le problème des adaptations…

Je finirais cette chronique en disant que pour moi l’attente a été totalement récompensée, associée à une réelle surprise, aussi grande qu’une inquiétude réelle d’être déçu. Courez dévorer ces dessins sublimes, plongez dans cette ambiance sombre et mélodieuse et surtout, si vous ne connaissiez par Albeto Varanda, dépêchez-vous de rattraper votre retard!

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BD·Graphismes·La trouvaille du vendredi

La Trouvaille du vendredi #10

 

La trouvaille+joaquim

Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"Aujourd’hui je vais vous parler d’un auteur (génie?) dont on ne parle pas assez je trouve, et pour cause, son rythme de publication (du fait de sa technique et de son exigence) est très lent: Alberto Varanda.

Étonnamment c’est un des auteurs que je connais depuis le plus longtemps puisqu’il avait illustré des jeux de rôle à l’époque où j’en faisais, notamment Bloodlust (écrit par le duo de scénaristes BD Ange) , fortement inspiré des romans de Robert E. Howard et de l’univers graphique de Frank Frazetta. Je ne connais pas sa première BD (remontant à 1994 quand même!) mais immédiatement on est frappé par sa maîtrise des contrastes, parfois proches du travail d’un Frank Miller (Sin City sort en 1994). Après une expérimentation en couleurs directes (technique qui Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"ne lui correspond pas a mon avis…), paraît le méconnu Bloodlines (scénarisé par Ange, comme tous ses albums BD jusqu’à Elixirs), excellente BD au croisement entre X-files (le FBI et la conspiration) et Akira (les pouvoirs des enfants) fixe son style de personnages, proches de l’école Vatine, ses encrages puissants et son gout pour l’architecture. A cette époque il publie assez régulièrement, mais la minutie de son style, très chronophage, va ensuite l’orienter vers l’illustration et la BD jeunesse. Ayant étudié l’architecture il livre des planches totalement ahurissantes, surtout à une époque où le numérique n’existe pas et ne permet pas de zoomer les dessins.

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Le dessin de Varanda s’apprécie encré et sans couleurs, mais aussi par ses crayonnés où l’on peut voir les lignes de fuite et la technique de ses panoramas architecturaux où il cherche la difficulté, la précision, la minutie. De l’art gothique flamboyant en BD! Malheureusement il s’arrête le plus souvent sur le premier album des séries qu’il commence (Paradis perdu, Chronique des chevaliers dragons), dont les éditeurs ont le nez de publier chaque fois une version grand format NB.Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda" La série Elixirs le ramène à de la BD plus classique (de l’héroïque-fantasy à la sauce Arleston) mais les trois albums parus s’étalent sur rien de moins que 8 ans, de quoi élimer la patience des lecteurs. La série reste pourtant très correcte et certaines planches, malgré la mise en couleur, nous laissent la mâchoire par terre.  Finalement Varanda doit être pris plus comme illustrateur que comme auteur de BD, ses albums étant un luxe permettant de s’immerger dans des dizaines de planches à la fois et qu’il vaut mieux prendre comme des one-shot. Travaillant depuis plusieurs années sur un mystérieux album, « la mort vivante » scénarisé par Olivier Vatine et dont les premières illustrations (qui peuvent rappeler les illustrateurs américains comme Gary Gianni) ont été publiées très récemment (pour une sortie en aout), cet artiste complet a expérimenté différentes techniques liées de près ou de loin à son album, comme la sculpture ou la peinture à l’huile. Pour moi Varanda est un artiste de la trempe d’un Travis Charest, générant énormément de frustration mais doué d’un gigantesque talent qui rendent leurs rares productions très précieuses.

 

Le site de l’artiste pour pleurer toutes les larmes de son corps…

Et quelques illustrations…
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