BD·Service Presse·Nouveau !·Rapidos·**

Lord Gravestone #2/3: Le Dernier Loup d’Alba

La BD!
BD de Jérôme Le Gris et Nicolas Siner
Glénat (2022), 55p., 2/3 tomes parus.

Attention spoilers!

couv_453125

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Zut, mille fois zut! J’ai une vraie tendresse pour Nicolas Siner, aussi talentueux qu’adorable et modeste et étais ravi de voir enfin arriver une nouvelle série aussi assumée dans le registre gothique. Malheureusement, si le premier tome réussissait parfaitement son entrée en matière entre fan-service vampirique et background travaillé, cet album charnière tome assez à plat en ne parvenant pas à relier l’introduction au combat final contre l’empereur du Mal. L’action tonitruante précédente laisse ici la place à une fort longue convalescence du héros Hauts-Loups d'Alba (Les) (par Jérôme Le Gris et Nicolas Siner) Tome 2 de lamordu une fois par Camilla la vampire qui cherche à se venger de sa lignée mais qui va commencer à douter de la malfaisance de ce chasseur de dentus. Outre un rythme qui oublie d’alterner révélations historiques, action et scène intimistes pour laisser dérouler une assez interminable romance dans un château en ruine, l’intrigue tombe dans pas mal d’incohérences logiques: des loups-garou du titre on n’en entendra finalement guère parler, de la redoutable vampire transformée en douce servante on a du mal à imaginer le cœur guimauve qui la fait désobéir à la loi de la Nuit,… Alors soyons juste, de belles idées surgissent comme cet état d’Incube en sursis entre l’état d’homme et celui de vampire et les dessins magistraux de Nicolas Siner qui nous plongent dans une Ecosse où le jour ne semble jamais se lever. C’est d’autant plus dommage que l’on voit bien où voulait en venir Jérôme le Gris dans un format ternaire en faisant de cet héritier lisse un héros tragique en rupture avec son héritage, en liant le bon et le mal. Mais il semble se prendre les pieds dans son déroulé, gardant sans doute trop pour le final ce qui aurait dû alléger la linéarité sur ce second tome. Rien n’est perdu puisqu’avec un joli matériau graphique comme thématique la pente peut être remontée sur le final. Surtout avec une conclusion qui replace un état dramatique nécessaire en rendant le héros soudain plus intéressant. Le rythme est décidément un bien dur exercice en matière de scénario…

note-calvin1note-calvin1

***·Manga·Rapidos

Manga en vrac #29: FMA 10 – Shagahime 2&3 – Appare Ranman 2

  • Fullmetal Alchemist (Perfect edition) #10 (Arakawa/Kurokawa) – 2022, 248 p./volume. 10/17 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

fullmetal_alchemist_10_perfect_edition_kurokawa

Étonnante et perturbante entrée en matière pour ce dixième tome (on se rapproche de la fin!) puisqu’on se trouve dans un flashback lors de la « rencontre » entre Lin et Greed qui ont fusionné à la fin du précédent volume. Après un intermède assez creux qui retombe dans les quelques séquences longuettes du début on part pour la guerre d’Ishval où on se rappelle que tant sur les thèmes abordés que sur le traitement assez cru des évènements FMA n’est pas vraiment un Shonen… Cette seconde moitié est donc passionnante avec beaucoup de commentaires sur la guerre et la communication nationaliste. L’intrigue elle-même progresse également puisque nous allons brutalement découvrir l’origine des liens entre le colonel Mustang, Maes Hughes et Hawkeye mais également l’Alchimie très particulière des orientaux de Xing. Petit coup de mou qui manque un peu d’action donc mais qui rebondit pourtant bien vite et maintient la tension très haut sans jamais savoir où tout cela va nous mener.

  • Shigahime #2 et 3 (Hirohisa/Mangetsu) – 2022, 208p./volume, 3/5 volumes parus (série achevée en 5 volumes).

bsic journalismMerci aux éditions Mangetsu pour leur confiance.

shigahime_3_mangetsuAprès une amorce redoutable de violence et de crudité, on continue avec deux nouveaux tomes de cette courte série vampirique centrée sur les familiers des immortels. Atmosphère toujours aussi vénéneuse qui suit donc ce « héros » incapable d’utiliser ses nouveaux pouvoirs de chasseur et se refusant à perdre totalement son humanité pour servir sa patronne, une « originelle ». Les liens entre cette Miwako (plus sage que dans le premier volume) et son protégé sont très ambigus, abordent les thèmes classiques de la sexualité des jeunes dans les manga avec cette femme présentée comme une prédatrice sexuelle corrompant la pureté juvénile de deux lycéens. Si les thématiques sociales sont importantes dans Shigahime, on regrettera un peu des combats assez mineurs par rapport à ce qui nous était promis. La tension dramatique n’en est pas moins très bonne et l’univers graphique et thématique de ces créatures de la nuit suffisamment original pour nous maintenir en éveil pour la suite.

  • Appare Ranman #2/3 (Ahndongshik-Apperacing/Doki-Doki) – (2020) 2022, 208p., série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

appare_ranman_2_dokiLe premier tome de cette courte série m’avait bien séduit et après une rapide introduction des personnages et la préparation de la course nous voilà parti sur les chapeaux de roue pour cette transaméricaine sauvage. Avec des dessins toujours aussi réussis dans un esprit Lupin III, ce qui surprend dans ce second opus c’est la part relativement réduite des séquences automobiles! Avec une importante galerie de personnages les auteurs préfèrent en effet se concentrer sur les interactions et manigances pour modifier l’ordre de la course. C’est un peu dommage même si l’optimisation de l’étonnant véhicule à vapeur d’Appare reste un fil rouge et que les séquences secondaires enchaînent très vite. Bref, on ne s’ennuie pas une seconde dans cette adaptation d’un anime de 2020 qui malgré une ambition modeste (seulement trois tomes) profite de sa brièveté pour ne pas perdre de temps en intermèdes et nous propose tout ce qui est attendu: des trognes bigger than life, des gunfight, des rebondissements en veux tu en voilà,… La conclusion arrive très vite chez nous puisqu’on connaîtra le dénouement début juillet chez Doki-Doki.

****·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Shigahime #1

esat-west

Manga de Sato Hirohisa
Mangetsu (2022) – Tokuma Shoten (2016), 208 p., série en cours, 1/5 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Mangetsu pour leur confiance.

shigahime_1_mangetsu

Lorsqu’un jeune lycéen suit un camarade de classe à la sortie des cours sa vie bascule: il devient le familier d’une vampire aussi envoûtante que redoutable. Transformé en créature de la nuit, il devra faire le deuil de son amour naissant pour une camarade…

shiga hime - photo #12652604 - MangagoMangetsu est le nouveau label manga des éditions Bragelonne, grosse maison littéraire spécialisée en fantasy dont l’incursion dans le comics nous a proposé depuis quelques années de sacrées pépites indé comme le primé Bitter Root (dont le dernier tome est chroniqué demain), le vampirique indien These savage shores, le féministe Coyotes et bien sur la très populaire série au long court des Tortues ninja. Derrière cette belle sélection c’est l’éditeur Sullivan Rouaud, dont j’étais bien intrigué de voir ce qu’il allait pouvoir dénicher dans un secteur déjà saturé.

Sur une série courte en cinq volumes, Hirohisa Sato ne perd pas de temps puisqu’il justifie l’avertissement « public averti » du manga dès les toutes premières pages où l’arrivée de la vampire, érotique à souhait va donner le LA du manga: radical, trash, gorissime et sans chichi côté sexe (en évitant néanmoins les plans fanservice à la Boichi). Vous êtes prévenu, ce n’est pas pour les fillettes! Pourtant comme toute bonne histoire d’horreur, l’aspect cru et parfois cliché ne cache pas une sincérité dans l’histoire d’un pauvre type tombé dans un enfer dont on ne peut qu’espérer qu’il tire une solution pour rejoindre sa belle. Malgré une très rapide ouverture où la brutalité des évènements nous laisse coi, on prend fait et cause pour ce jeune garçon qui ne mérite pas ce qui lui arrive. La toute puissance de la méchante vampire, l’inéluctabilité de sa condition nous placent ainsi à la fin du premier volume dans une sidération tout à fait efficace: que peut-il lui arriver de pire et comment poursuivre cette histoire si mal embarquée? C’est toute la réussite de ce manga que de se dispenser tout à la fois de temporisation et de vernis, tout en se permettant une parabole sur la sexualité des jeunes gens au Japon.

All photos about Shiga Hime page 5 - MangagoSi vous suivez le blog vous savez que j’apprécie les propositions radicales, que ce soit dans le propos ou dans le graphisme. Ici les dessins classiques mais plutôt réalistes sont remarquables de technique (vues les déformations faciales et anatomiques il vaut mieux). Avec un découpage haché très efficace et 100% manga on a une mécanique graphique qui s’équilibre entre les moments de paix normale, le sexe cru de la vampire et l’explosion sanglante des corps qui lorgne parfois vers une fascination cronenbergienne. Une alchimie qui fonctionne parfaitement en nous hérissant, en nous attirant et en nous faisant souhaiter le bien pour le héros et son amoureuse innocente.

Alors que l’on pénètre à peine cet univers de la Nuit où l’on devine un Grand Jeu caché entre puissances démoniaques, on n’a qu’une envie, prolonger rapidement l’aventure pour découvrir comment Hirota va pouvoir utiliser ses nouveaux talents pour se défaire de la mainmise maléfique de sa maîtresse et recouvrer son identité humaine. Et ça tombe bien puisque l’éditeur prévoit une parution tous les deux mois, et donc une série complète dans l’année. Un excellent démarrage en tout cas pour cette série et pour Mangetsu.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Lord Gravestone #1/3: le baiser rouge

La BD!
BD de Jérôme Le Gris et Nicolas Siner
Glénat (2022), 55p., 1/3 tomes parus.

couv_443293

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Le monde est fait de ténèbres et de lumière. Dans l’ombre sont tapies des créatures que seuls des hommes de foi initiés aux arts mystiques savent chasser. La famille Gravestone est de ceux-là, pourchassant inlassablement de père en fils les vampires, êtres surpuissants vivant d’amour et de sang. John Gravestone est le dernier de la lignée. Tiraillé entre son amour pour une fille et son désir de poursuivre la mission il devra bientôt faire un choix… sanglant.

Lord Gravestone Le baiser rouge Tome 1 - Dernier livre de Jérôme Le Gris -  Précommande & date de sortie | fnacLe rôle de « cover-artist » est un grand classique outre-atlantique, d’immenses peintres et dessinateurs ayant pour tache de faire baver le lecteur sur des BD pas toujours follement dessinées. Les Frank Cho, Adam Hughes, Lee Bermejo ou Alex Ross sont de ceux-là. Leur particularité: une technique monstrueuse et pour corollaire une production de planches intérieures faméliques. Piochant le marketing là où il marche, les éditeurs français ont commencé depuis quelques années à appliquer ce système que personnellement je trouve assez malhonnête, en proposant parfois le jour et la nuit entre la couverture et l’intérieur des albums. Les artistes n’y sont pour rien, le temps passé sur une couverture et sur un album n’ayant rien à voir et certains n’étant tout simplement pas destinés à basculer inside…

Après une première très étonnante série il y a maintenant dix ans, les deux auteurs de Lord Gravestone reviennent pour une nouvelle trilogie, moins originale que la Renaissance uchronique d’Horacio d’Alba puisqu’on nous propose une pure et simple aventure de chasse au vampire dans l’Angleterre gothiquissime du XIX° siècle. Ce qui marque immédiatement ce sont les planches d’une noirceur profonde et qui restent très lisibles malgré la quantité de noir qui occupe le champ. Durant ces années à produire de superbes couvertures peintes Nicolas Siner a probablement rongé son frein de ne pouvoir lâcher ses encrages, toujours aussi proches de Dimitri Armand et en sacré progrès depuis sa première série. Les quelques défauts techniques aperçus jadis n’ont plus lieu et on bascule dans le grand spectacle luxueux pour qui aime les arbres noueux, les chandeliers baveux et le souffle glacial des manoirs en ruine.

Baiser rouge (Le) (par Jérôme Le Gris et Nicolas Siner) Tome 1 de la sérieSi l’intrigue vampirique vue mille fois inquiète légèrement sur les premières pages, on constate rapidement que Jérôme Le Gris sait construire sa narration et apporter une touche qui donne envie de continuer. Si le passé dramatique de ce jeune héritier d’une lignée d’inquisiteurs fait cliché, si son caractère en fait plus une victime qu’un héros lors de ce premier volume, l’histoire qui nous est contée, cette romance dramatique entre un vampire et une belle bourgeoise, nous prend pourtant dans ses filets sans difficultés. Avec ses personnages archétypaux le scénariste développe son univers par un background évoqué suffisamment pour titiller notre curiosité et aller au-delà de la seule action et des poses graphiques des vampires et chevaliers.

Dans un très grand classicisme (et malgré une couverture étrange de banalité pour un artiste d’un tel talent), ce premier tome de la trilogie Lord Gravestone montre comme tout bon album de série B que ce n’est pas toujours le fond qui détermine la qualité mais parfois l’habillage, la mécanique. Les deux auteurs dotés d’une très solides maîtrise proposent donc un fort agréable album dont la suite mériterait un peu de prise de risque pour se hisser au niveau des touts meilleures BD.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

**·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Seraph of the end

esat-west

Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits).

Attention, avec l’annonce du déconfinement plusieurs éditeurs ont stoppé leur opération lecture gratuite. D’autres continuent au moins jusque fin mai. Si vous avez déjà ouvert un des albums proposés il se peut que la lecture soit toujours possible dans votre navigateur.


couv_243228

Manga de Takaya Kagami et Yamato Yamamoto
Kana (2015-), série en cours,18/20 vol. parus en France.

badge numeriqueJ’aime beaucoup les histoires de conflit mythologique et l’esthétique des anges guerriers. Cette série me tentait bien avec ses belles couvertures et cette promesse de combat de fin du monde… et j’ai été très déçu par cette introduction franchement banale dont la principale qualité est de ne pas trainouiller dans la mise en place. En un seul volume on nous présente le contexte de la Chute, le personnage principal mis dans un contexte de bétail à vampire (séquence qui rappelle beaucoup The Promised neverland), sa fuite et ses errements rebelles dans un lycée situé dans la dernière zone de l’humanité, l’existence de démons et d’une brigade spéciale chargée de les combattre… Ca va donc très vite, peut-être trop pour nous permettre de vraiment nous attacher aux personnages. Surtout, les histoires d’ado rebelles dans un lycée ont tendance à m’agacer et j’attendais quelque chose de plus sombre, plus sérieux. Pas franchement un mauvais tome, mais avec des dessins qui ne dépassent pas le canon moyen et assez peu de tension dramatique, cette longue série pas encore terminée au Japon ne me donne pas forcément envie de prolonger l’expérience. je vais me renseigner sur des avis pour la suite et poursuivrais peut-être encore une poignée de volumes au cas où mais Seraph of the end ne fera clairement pas partie de mes priorités de lectures manga des mois qui viennent.

note-calvin1note-calvin1

*****·BD·Nouveau !·Service Presse

Dracula

BD du mercredi
BD de George Bess
Glénat (2019), 200 p., One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_375261Très monumental album de deux-cent pages illustrées en noir et blanc sur papier glacé, le tout découpé en seize chapitres avec pages de titres illustrées (superbes de finesse!) et quelques illustrations d’ambiance à la fin. C’est ce qu’on appelle un album très généreux où l’auteur semble avoir épuisé jusqu’au dernier centimètre de papier pour y dessiner son univers gothique. Le format est néanmoins assez compact, proche d’un comic… justifiant la sortie d’une édition grand format pour quatorze euros de plus. Ce n’est pas choquant au regard des pratiques des éditeurs mais le format original suffit amplement pour apprécier les superbes planches.

Le roman épistolaire de Bram Stoker sort en 1897 en pleine veine littéraire gothique et va inspirer tout ce qui suit d’inventeurs de l’imaginaire, au travers du cinéma, de la BD et de l’imaginaire collectif. Le réputé film de Francis Coppola va lui aussi poser sa marque comme une tentative d’adaptation très proche du roman visant à s’éloigner de l’iconographie posée par les figures de Bela Lugosi et Christopher Lee. A noter qu’en BD les versions de Pascal Croci et de Mike Mignola (adaptée du film de Coppola) semblent les plus notables.

Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"Jonathan Harker est clerc de notaire et envoyé pour un étrange voyage en Transylvanie pour les affaires d’un mystérieux comte reculé dans son château. Sur place il va découvrir que les forces du Mal occupent la bâtisse et que son hôte n’est autre qu’un mort-vivant se repaissant du sang de ses victimes… un vampyre!

Il est peu évident d’entreprends une adaptation « fidèle » d’un tel roman dont on ne sait plus ce que le texte ou les adaptations suivantes ont provoqué comme images dans la tête de George Bess. Le magnifique auteur du Lama Blanc semble tout à la fois inspiré par l’atmosphère gothique victorienne qui se dégage du roman mais aussi beaucoup par les images de Coppola dans plusieurs scènes ou encore par le Nosferatu de Murnau dont il reprend la forme physique dans certaines séquences. Le fait est que le projet a été de produire une somme graphique, à la lisière de l’art-book et de la bande-dessinée où la générosité de l’auteur est stupéfiante. Hormis l’insertion de textures de fond de page d’intérêt très douteux et de qualité graphique assez moyenne qui mettent un bémol, l’ouvrage fera néanmoins date en matière de qualité de dessin où tout fait honneur aux encrages, noirs et formes fantastiques les plus communes au fantastique et les plus fascinantes. Je ne m’explique pas ce souhait de l’auteur (peut-être pour gagner du temps sur les fonds de page?) alors qu’un tel objet aurait amplement toléré des fonds noirs ou blancs en faisant ressortir encore plus les sublimes dessins. Si les éditeurs sortent des TT noir et blanc pourquoi ajouter des textures numériques sur un album conçu en N&B… mystère?Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"

L’album a une structure variable selon les chapitres, commençant par d’énormes claques visuelles en doubles-pages où l’envie d’entrer en matière rapidement se ressent avec ce décors de cimetière, d’abbaye en ruine et d’oiseaux sombres pour rapidement basculer dans la section la plus proche de l’adaptation littérale lors du voyage de Jonathan sous Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"une forme quasi totalement épistolaire. C’est très agréable, juste, mais les lecteurs familiers avec le livre et le films de Coppola pourront ressentir un manque d’intérêt et se focaliseront sur les dessins. Dès le retour à Londres l’album reprends une forme plus typique de la BD avec beaucoup de dialogues et des interactions de personnages qui permettent à l’album de se démarquer du film. La liberté de l’auteur est totale et fascine par la variété de cadrages, de découpages, de techniques utilisées, tantôt par de simples encrages légers sur fonds blancs, tantôt jouant de pages noires, parfois sortant un pinceau pour des lavis allégeant les ombres… On joue ainsi sur des cases rectilignes, sur des doubles pages mangées par une forme maléfique ou sur des portraits proches d’illustrations de recherche poussés. Tout ceci se mets en place en menant fluidement le lecteur au fil des textes malgré ce maelstrom de dessins.

Clipboard01.jpgCertains auteurs ont du mal à transposer leur liberté créatrice et technique de superbes dessins qui donnent parfois de moyens albums, Georges Bess n’a pas ce problème et semble avoir trouvé (grâce au support de l’adaptation cependant…) l’alchimie entre contraintes d’un album et liberté formelle totale. La qualité globale de l’album sidère avec un nombre de cases de qualité moyenne extrêmement faible au regard de la pagination imposante. De fait il est recommandé de lire l’ouvrage en plusieurs fois tant la taille pourrait faire perdre la concentration. Non que l’intrigue soit complexe (elle consiste en une chasse au vampire sur les deux-tiers de l’album) mais car la richesse visuelle demande de pouvoir passer du temps à contempler chaque page, comme en visite sur une exposition.

Si vous vous souvenez le film de Coppola vous retrouverez des scènes très proches, ce qui n’est guère étonnant car le film était lui-même fidèle au livre. Manquent l’introduction du film sur Vlad Teppes et surtout, le plus marquant, l’aspect romantique Résultat de recherche d'images pour "dracula bess"du comte qu’avait apporté le réalisateur et qui redevient ici une bête sauvage immonde prenant divers aspects, pas très originaux mais en phase totale avec l’esprit du mythe: tantôt vieux dandy dans les Carpates, puis chauve-souris affreuse proches du film ou le nosfératu aux longues incisives quand il ne redevient pas poussière ou cadavre ambulant. Le dessinateur dessine ce qu’il sait si bien faire, des personnages typés, burinés, de belles demoiselles blafardes et sexy en diable dans leur corset, des créatures de la nuit, ourses, loups, rats et bien sur, dans la dernière partie, les vastes étendues sauvages, enneigées et montagneuses des Carpates dans la chasse finale, qui sentent bon le western et permettent de superbes panoramas.

Dracula est un superbe cadeau que Georges Bess fait à ses lecteurs (ou qu’il se fait à lui-même, on ne sait pas vraiment…) et qui montre s’il en était besoin qu’il est un auteur majeur de la BD franco-belge. L’absence de couleur sur ce projet confirme que ses précédents albums dotés d’une colorisation un peu datée mériteraient peut-être des versions noir et blanc pour apprécier à sa juste valeur son travail. Malgré une histoire connue de beaucoup cet album se lit avec facilité et arrive par moments à enthousiasmer dans sa narration, ce qui n’était pas évident dans une adaptation littéraire, épistolaire, très classique et aux liaisons parfois brutales. Grace à cela il devient une excellente BD et la le seul ouvrage graphique qu’il aurait pu être.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Résultat de recherche d'images pour "dracula bess"

 

**·BD·Numérique·Rapidos·Service Presse

Eternel Hiver

BD de Rafael Vargas et David Munoz,
Glénat comics (2018), 128 p., N&B.

couv_328660Glénat propose avec sa collection « comics » Flesh and bones, des récits one-shot de série B axés horreur et dotés de couvertures très alléchantes. Le format est celui des comics mais pour le reste on est bien dans la tradition BD européenne. Christophe Bec, désormais plus scénariste que dessinateur et participant à un nombre impressionnant de projets (… pas toujours avec la qualité malheureusement) est une des chevilles ouvrières de la collection.

Pour Eternel Hiver ce sont deux auteurs espagnols qui officient et c’est une de leurs premières publications grand public. Cela a une incidence sur le niveau d’exigence qui est celui d’un premier album d’auteurs débutants. Le scénario, très classique comporte ainsi quelques maladresses en matière d’enchaînement et de rythme; Résultat de recherche d'images pour "eternel hiver munoz"le dessin est lui loin d’être honteux et comporte quelques très belles visions, plutôt encrées. Mais la technique reste hésitante sur des détails techniques, des visages, des anatomies, qui rendent l’ensemble sympathique mais loin des canons professionnels. Personnellement je suis toujours plus tolérant sur des dessins moyens de débutants (un certain Ronan Toulhoat était dans cette catégorie il y a pas si longtemps) que sur ceux d’un auteur confirmé. Ce qui est surprenant c’est la longueur de l’album pour une histoire plutôt simple. Le format imposé par la collection entraîne ainsi une dilution de l’intrigue avec nombre de redondances. Les bonnes idées existent pourtant, a commencer par le retournement de l’origine des vampires qui sont vus comme des créatures divines… C’est original et entraîne quelques réflexions en sortant le lecteur de ses habitudes sur le genre vampirique. Malheureusement cela ne va pas beaucoup plus loin que cela et hormis le plaisir manifeste des auteurs (le scénariste a officié essentiellement sur des histoires de vampires) de se placer dans un Moyen-Age obscure et neigeux, l’album fait du surplace.

Un album courageux mais à réserver aux fanatiques d’histoires de vampires médiévaux et à ceux qui veulent donner un coup de pouce à des auteurs en début de carrière.

note-calvin1note-calvin1