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Et ou tuera tous les affreux…

La BD!
BD de JD Morvan et Ignacio Noé,
Glénat (2021),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Cette adaptation avec toujours Morvan au clavier et cette fois l’argentin Ignacio Noé aux crayons est le dernier des quatre albums prévus pour une sortie rapprochée pour les vingt ans de la mort de Vian. Lire le préambule de mon premier billet sur cette série pour les détails éditoriaux. Du fait du Covid la parution des quatre tomes prévus en 2020 a été décalée.

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Rock est beau comme un dieu. Toutes les femmes veulent son corps. Mais cet esprit décidé s’est promis de ne pas perdre sa virginité avant ses vingt ans. Lorsqu’il est enlevé et forcé à donner sa semence, commence une enquête autour de disparitions, qui les mènera lui et ses amis dans le sillage d’une bien étrange clinique…

Et on tuera tous les affreux - cartonné - Jean-David Morvan, Ignacio Noé, Ignacio  Noé - Achat Livre ou ebook | fnacFort surprenant albums que celui-ci, qui navigue entre enquête de détective, série Z érotique et science-fiction impliquée… Comme je l’avais signalé sur le premier opus il est difficile de savoir dans quelle mesure la matière première contraint le scénariste de cette histoire totalement absurde, rocambolesque et pour finir assez ridicule… On comprend assez rapidement l’aspect parodique de la chose, avec ces très beaux – et très numériques – dessins de Noé (qui a déjà travaillé avec JD Morvan sur les Chroniques de sillage et les trois tomes d’Helldorado). L’argentin a été recrutée pour sa science anatomique et on peut dire que ces Ken et Barbies sont plantureux, beaux, parfaits, comme cette Amérique d’Epinal qui nous est présentée, les personnages arborant soit un sourire « émail-diamant » (pour les gentils) soit des trognes patibulaires et grognant (pour les méchants). Si les écrits de Vian sont souvent marqués par leur aspect érotique, Ignacio Noé est en terrain connu, lui qui excelle dans l’exercice avec sa carrière commencée dans les histoires d’humour très chaudes.

Si les planches sont globalement assez agréables (on passera sur des arrière-plans ébauchés avec des techniques numériques un peu faciles…), l’histoire se perd progressivement du fait d’une pagination obèse pour un tel projet. La première moitié (soit l’équivalent d’un album) se laisse lire avec plaisir pour peu qu’on entre dans la parodie appuyée. Mais une fois l’enquête en mode club des cinq aboutie, on se perd dans des longueurs qui insistent sur des traits des personnages déjà bien compris, des invraisemblances assez dommageables à la linéarité de l’intrigue et des successions de planches de nu et de sexe qui deviennent franchement lassantes avec des personnages exclusivement nus sur plus de trente pages. J’avais trouvé cela lourdingue sur le Conan de Gess, il en est de même ici. On pourra arguer le plaisir des yeux et que dans le deux cas on a affaire à des adaptations d’écrits pas très subtiles. Il reste qu’en tant qu’album de BD une pagination classique aurait permis de condenser ces scories (tiens, comme sur le premier!).Docteur Boris et Mister Sulli…Vian : la java des bombes graphiques –  Branchés Culture

La parodie est un art compliqué. Sur le récent Valhalla hotel ou sur Lastman ça passe assez bien. Ici on finit par douter du second degré. J’aime pourtant les histoires de savants fous et de SF déglinguée, pour peu quelles soient vues comme des loisirs à la lecture facile. Et on tuera tous les affreux adopte une structure trop longue et compliquée (avec ses césures en mode feuilleton) pour nous maintenir à flot. Dommage car en plus condensé l’ouvrage aurait beaucoup gagné.

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*****·BD·Nouveau !

L’Âge d’Or

La BD!

Série en deux volumes de 224 et 183 planches, écrite par Roxanne Moreil et Cyril Pedrosa, dessinée par Cyril Pedrosa, qui est assisté par Claire Courrier et Joran Treguier aux couleurs. Parution le 07/09/2018 et le 06/11/2020 aux éditions Dupuis.

Suis-je le gardien de mon frère ?

Perçue comme obscurantiste, l’époque féodale aura néanmoins permis aux hommes de faire face à un monde âpre et inhospitalier, où régnaient jusque-là la violence et la loi du plus fort. Sous la protection d’un seigneur, les paysans, en échange de lourds impôts, pouvaient se protéger des attaques derrière ses remparts. Cependant, féodalité rimait également avec asservissement, déterminant les individus dans une hiérarchie inflexible qui leur était imposée dès la naissance.

Bien que Tilda connaisse et partage les souffrances de son peuple, son rang va exiger d’elle qu’elle prenne la tête du royaume suite au décès de son père le Roi. Osera-t-elle le renouveau, portée par les idéaux égalitaires qui galvanisent les insurgés chaque jour plus nombreux, ou perpétuera-t-elle sans le vouloir un système inique qui oppresse et exploite les plus vulnérables ?

L'âge d'or», rêves de gauche - Culture / Next

La Princesse ne trouvera pas tout de suite la réponse à cette question. Son père à peine mis en terre, son jeune frère est placé sur le trône par un cercle de conspirateurs, dirigé par sa propre mère, la Reine. Tilda se verra contrainte à l’exil, épaulée par le chevalier Tankred et son second Bertil, soutiens indéfectibles grâce auxquels elle parviendra à échapper au sort funeste que lui réservait sa mère.

Voici nos trois fuyards à dos de cheval à travers les terres désolées du royaume, en proie à la famine et aux prémisses d’une guerre civile. Tilda, dont la sagacité lui avait fait pressentir ces troubles sociétaux, va devoir se résoudre à reprendre le trône si elle veut empêcher la ruine de son peuple, et instaurer le nouvel âge d’or que décrivent les légendes d’antan.

Le retour de la Reine

Alors que le premier volume était construit comme une quête initiatique censée mener l’héroïne à l’éveil spirituel, le second volume nous impose une ellipse temporelle pour nous plonger dans une ambiance bien plus noire et amère. Etonnamment le caractère épique et la fluidité de lecture (avec l’utilisation notamment de cheminements narratifs sans cases dans ces superbes doubles pages) rendent ce diptyque plutôt grand public.

La fable sociale est toujours présente, mais le contexte est bien moins optimiste. Tilda et son armée sont désormais enlisés dans un conflit meurtrier et perdu d’avance pour la reconquête du trône, tandis que le pouvoir tant convoité de l’Âge d’Or, moteur de la révolte contre les seigneurs, reste hors de portée de la souveraine légitime.

Sur une vue d’ensemble des deux volumes, le point fort de l’intrigue se révèle être sa cohérence thématique. Roxanne Moreil et Cyril Pedrosa illustrent fort adroitement le paradigme du pouvoir corrupteur et des vertus d’un système tendant vers l’équité et prônant un retour aux valeurs humanistes. Tilda elle-même n’est pas épargnée par le poids de la couronne qu’elle s’échine à reprendre à son frère usurpateur, ce qui renforce la cohérence souhaitée par les deux auteurs qui vont au bout de leur propos par le biais de leur protagoniste.

La philosophie mise en avant par l’Âge d’Or assume ses élans utopistes, sans pour autant verser dans la mièvrerie, ce qui participe d’autant plus à sa qualité.

Il est à mon avis inutile d’aborder la qualité graphique de ce diptyque, tant elle saute aux yeux. Les planches donnent à voir une parfaite harmonie entre le trait léger de Pedrosa et la mise en couleur. Les couleurs mettent en valeurs tant les décors, sublimes quelle que soit l’échelle, que les personnages ultra expressifs designés par l’artiste. La variété des techniques utilisées et la gourmandise du format très spacieux (tout de même cinq-cent planches sur les deux volumes!) procurent à la fois un sentiment d’expérimentation artistique tout à fait propice au vu du sujet (l’imagination, le Nouveau monde) et d’artisanat. Pedrosa se cale en effet sur un aspect proche de la tapisserie médiévale ou de gravures et donne ainsi un vrai grain, une texture qui nous fait toucher ce monde médiéval. le style ne plaira pas à tout le monde mais la qualité esthétique est indéniable.

Une réussite en tous points, une BD qui vaut… de l’Or !

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin.

****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Mattéo – 5° époque

BD du mercredi
BD de Jean-Pierre Gibrat
Futuropolis (2020), 60 p. Série Mattéo, 5 tomes parus.

couv_377558Le tome précédent a été chroniqué sur le blog avec un petit rappel des épisodes précédents. Je ne détaille pas la fabrication et édition, toujours superbes avec notamment des illustrations de couvertures à tomber et que l’on aimerait bien avoir en tirage encadré… A noter que l’éditeur a sorti une intégrale du premier cycle (tomes un et deux) et que chaque volume existe en grand format. La pagination des albums de la série a tendance à baisser… Je ne vais pas râler car il est toujours préférable qu’un auteur n’en mette pas trop mais dans l’absolu avec treize pages de moins que le tome trois on pourrait attendre un prix de vente légèrement diminué…

Le village d’Alceteria a été pris et la République socialiste et anarchiste peut installer ses idées dans cette enclave. Propulsé au rang de chef, Mattéo prend le temps de discuter avec le vieux franquiste en fauteuil roulant qui occupe le bas de l’hacienda où il réside avec ses compagnons d’arme… lorsqu’il ne doit pas calmer les ardeurs guerrières de la belle Aneschka. Mais rapidement les nuages s’annoncent sur leur utopie quand la guerre civile se rappelle à eux…

Les textes de cette série sont grands! De ceux qui respirent l’énergie intelligente, à la fois très politiques, drôles, sans doute écrits avec facilité par un auteur dans son jardin. Je rappelle régulièrement combien être scénariste ne s’improvise pas et que beaucoup de dessinateurs confondent les deux rôles. Comme son confrère Bourgeon il fait partie des pas si nombreux auteurs de BD à part entière dont les scénarios sont au moins aussi excellents que les dessins.

Nous n’écoutons pas les mêmes hymnes, peut-être pouvons-nous nous accorder sur les bruits…

Aux beuveries désinvoltes du précédent volumes qui faisaient écho à un esprit naïf de ces guerres idéologiques du XX° siècle, cette cinquième époque apporte l’hiver de la dure réalité de la guerre. Celle des morts et de la défaite. Si le texte reste léger et cynique comme son narrateur, le drame est réelle et le lecteur un peu historien le sait inéluctable. Il n’y a rien de plus amère que de revoir ce qui aurait pu être, de voir dans les magnifiques aquarelles de Gibrat cette utopie anarchiste naître et mourir. J’avais été surpris de voir la série emprunter aussi fermement (presque trois tomes sur le sujet) les sentiers de la guerre civile espagnole après deux albums assez thématiques (la première guerre mondiale et la révolution russe). Or, plus sans doute que la russe, cette guerre entre deux systèmes radicalement opposés parle pour tout le siècle et nous voyons l’importance de ce qui se joue. Utilisant sans cesse des rappels au conflit fondamental, civilisationnel, entre le collectif, le libertarisme, l’athéisme, la démocratie face au fascisme allié à l’Eglise, l’auteur donne une dimension majeure à sa série. Il a créé son personnage comme témoin destiné à traverser la sombre première moitié du XX° siècle, utile rappel d’enjeux jamais résolus.

Un premier passage juste pour voir, un second juste pour tuer… dieu n’avait sans doute jamais vu autant d’anarchistes courir à l’église…

Dans ce volume Mattéo voit revenir Amélie dont il imagine le calvaire de la captivité chez les phalangistes. En couple avec Aneschka il tente d’assumer son rôle de chef en organisant la défense du village alors que le hasard rappelle sa généalogie et l’histoire cachée de son espagnol de père… La finesse du scénario, jouant sans cesse entre l’intime, la petite histoire et la grande Histoire, reste toujours aussi remarquable. En cinq volumes rarement une série aura maintenu un niveau d’excellence aussi haut.

N’osant parler de chef d’oeuvre (plus facile à attribuer à un one-shot), je qualifierais néanmoins Mattéo de très grande série alliant beauté formelle jusque dans l’édition, dialogues dignes d’un Audiard sans jamais tomber dans la facilité et importance dramatique. Avec finalement assez peu de textes, beaucoup de plans muets voir contemplatifs, cet album clôt le second cycle et annonce un troisième à partir de 1939 et une seconde guerre mondiale qui va sans doute être plus difficile pour le héros dont le cynisme risque de se confronter à la froide dureté de cet holocauste. On souhaite à Gibrat de trouver l’angle qui permettra de maintenir ce peps et le plaisir de lecture qui nous donne envie de suivre Mattéo jusque très loin dans le siècle…

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****·BD·Documentaire·Rétro

Les désobéisseurs

Le Docu du Week-End

BD collective
Vide cocagne (2013), 83p. NB.

couv_188621Ah ça fait plaisir les BD associatives ou de tout petits éditeurs qui atteignent ce sérieux et cette qualité! Agrémenté d’une préface détaillant le contexte politique (essentiel à la compréhension de l’album), d’une courte auto-bio de chaque auteur et d’un petit descriptif de la démarche qui a conduit ce projet, l’album souple est agréable à lire, avec une couverture classique du dessin militant (on peut faire plus lisible et plus efficace). Graphiquement c’est assez varié, du moyen au très pro. Mais presque aucune section n’est désagréable à lire visuellement.

Ainsi l’ouvrage est issu d’une rencontre entre le collectif d’enseignants résistant au programme Base élève mis en place par Xavier Darcos, ministre de l’Education Nationale sous la présidence de Nicolas Sarkozy et de l’éditeur militant Vide cocagne. Il propose au travers de 8 histoires courtes en forme de témoignage, un tableau du démantèlement des services publics en France sous couvert de la bonne gestion et des économies prônées par le modèle néo-libéral. On aborde ainsi la Poste, la SNCF, EDF, l’hôpital psychiatrique, l’Education nationale, Pôle emploi,… L’ensemble des grands services publics est traité de l’intérieur, permettant au lecteur de faire le lien entre ce qu’il lit dans les journaux (licenciements, manifestations, grèves, réformes) et ce qui est vécu sur le terrain.

Résultat de recherche d'images pour "les désobéisseurs vide cocagne"Comme tout documentaire, la part de subjectivité est grande et l’album ne s’en cache pas tout en visant l’équilibre avec des auteurs étonnamment neutres dans leur traitement. Il s’agit de témoignages de militants en résistance contre un système ou carrément anarchistes comme ce retraité d’ERDF qui reconnecte un camp de Rom ou l’infirmier psy entré dans une démarche utopiste en marge de l’administration qui l’emploie. Mais ces différents personnages, différents parcours (qui ont souvent en commun néanmoins d’être entré dans le Service public par hasard, sans vocation particulière et donc sans adhésion préalable à ce système étatiste) permettent de voir dans chaque histoire une part d’universalisme, de bon sens. Image associéeAinsi le directeur d’écoles refuse de remplir le fichier décrié Base élèves et est sanctionné par un refus de son détachement comme formateur IUFM: l’administration se protège d’un élément contestataire qui risque de faire des émules auprès des jeunes professeurs. Le postier lui refuse simplement de faire le boulot  supplémentaire du poster dont le poste a été supprimé et l’assistante sociale qui se réclame comme non militante et non syndiquée participe à l’occupation d’un local simplement par-ce qu’elle a besoin de moyens pour faire son travail…

L’on voit au travers de ces parcours différentes motivations qui se rejoignent sur l’esprit du service public: ils sont au service du public et non de l’administration!

 

Une nuance dangereuse pour l’Etat mais qui fait réfléchir sur le principe même de Résultat de recherche d'images pour "les désobéisseurs vide cocagne"démocratie et de République. Ainsi l’album fait comprendre qu’au-delà des postures idéologiques Gauche-droite des syndicats ou de certains militants, il s’agit du fondement même de la société: bien sur une Nation ne peut être gouvernée par les options de chacun de ses citoyens… mais il n’est pas plus légitime que des administrations décident contre leurs agents des orientations qui auront un impact concret sur les travailleurs et les usagers. Ces désobéisseurs sont les gardien des services publics.

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****·BD·Nouveau !

Mattéo – 4° époque

BD de Jean-Pierre Gibrat
Futuropolis (2017), 60 p. Série Mattéo, 4 tomes parus.

61myt6ok96lMagnifique album, comme toujours chez Futuropolis (peut-être l’éditeur le plus attaché à ses maquettes avec la collection Metamorphose), les couvertures de la série sont chaque fois à tomber. La couverture est un peu trompeuse puisqu’il n’est (presque) pas question d’aviation… Ce quatrième tome forme un second cycle entamé avec le 3 sur le Front populaire et se poursuivra au moins sur un cinquième tome pour clôturer le cycle. On aurait aimé un cahier graphique…

Je suis (comme beaucoup) Gibrat depuis son grand succès Le Sursis, superbe diptyque sur l’amour, l’attente, la guerre… Chacun de ses albums est très bien accueilli malgré des répétitions que l’on ne peut nier (toutes ses filles ont le même – magnifique! – visage…) et cela pour une simple et bonne raison: il est pour moi l’illustrateur BD qui a probablement la plume la plus virtuose du circuit. Rares sont les grands illustrateurs dont les textes sont presque plus puissants que les images et c’est le cas avec Gibrat. Pourtant on part de très haut et il n’est pas besoin d’appuyer beaucoup sur les qualités des dessins et notamment des couleurs directes.

Les grandes idées ne se claironnent plus, elles se chuchotent. L’idéal dévalué, la peur restait une valeur refuge

Résultat de recherche d'images pour "mattéo quatrième époque"Pour rappel, après la première guerre mondiale dans le tome 1, la révolution russe de 1917 dans le 2 et le front populaire dans le 3, Mattéo se retrouve (comme la fin du précédent le laissait entendre) embarqué dans la révolution espagnole (ou plutôt catalane) contre les phalanges franquistes. Une situation politique qui représente le personnage: idéaliste et désabusé. Ce thème permet à l’auteur de s’étendre sur ces grandes pages sur les magnifiques paysages semi-arides de l’Espagne, les petites ruelles du sud qu’il aime tant dessiner, ces bleus qui irriguent le ciel… C’est beau, très beau, on a l’habitude avec lui. Ce qui est plaisant dans la série Mattéo, plus que dans ses autres, c’est cependant son effort sur les visages ou plutôt les tronches. Mattéo d’abord, vraiment caractérisé, avec son nez cassé  et son regard sombre, mais aussi les camarades vociférants. On est pas loin des gueules de Bourgeon mais en plus délicat.

Je vois que l’activité politique bat son plein… toujours sur la même ligne… celle du petit blanc

Image associéeMattéo est une série flamboyante par-ce qu’elle propose une traversée de la première moitié du siècle et se ses soubresauts politiques. C’est la série la plus engagée de Gibrat et sa longueur semble indiquer qu’il s’y fait plaisir, à la fois graphiquement et intellectuellement. Je n’ai pas relu récemment les précédents tomes (la série a 10 ans) mais je dois dire que ce volume est celui qui m’a le plus marqué au niveau des textes. Il y a une vraie inspiration dans les commentaires du narrateur sur la situation de ces pieds nickelés alcooliques engagés pour l’aventure ou pour la démocratie (on ne sait pas trop…) et sur les réparties à la fois drôles, vives, acerbes.  Une vraie ambition littéraire qui fait relire plusieurs fois certaines bulles pour s’en imprégner, pour les savourer, comme on savoure ces aquarelles superbes.

… nous ne faisions guère mieux que des iceberg, on se fabrique sous un climat, on s’en détache, et on dérive le nez au raz des vagues.

Résultat de recherche d'images pour "mattéo quatrième époque"Niveau scénario il y a bien une petite difficulté quand à la disparition soudaine des personnages entre les albums de la série et au sein d’un même album. C’est perturbant car cela brouille un peu la simplicité du récit. Probablement car Mattéo est l’axe de ses récits, le reste, comme l’histoire, comme la guerre, étant dérisoire à ses yeux. Il y a pourtant de l’aventure dans cette série (je ne dirais pas de l’action, qui n’est peut-être pas le fort de Gibrat) et l’on aime suivre les pérégrinations tant amoureuses que militaires de notre gueule cassée préférée.

Mine de rien Mattéo est en train de devenir une référence dans la BD historique et sans doute la meilleure série de son auteur. Une série qui peut se prolonger sans soucis et pour notre plus grand plaisir encore sur de nombreux albums, tant que le siècle a encore des horreurs à montrer.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.