****·Manga·Rétro

20th century boys #2-5

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Manga de Naoki Urasawa
Panini (2002-2007), 208 p./volume, série finie en 22 volumes.

L’édition chroniquée dans cette série de billets est la première édition Panini. Une édition collector (avec albums doubles) a ensuite été publiée puis récemment la Perfect, grand format et papier glacé, au format double également. Le billet sur le premier volume est ici.

Couverture de 20th Century Boys -2- Tome 2

mediatheque

La secte AMI projette rien de moins que la fin du monde pour le 31 décembre 2000! Comment une bande de potes éparpillés par la vie et plutôt piteux vont-ils devenir les héros qui ont empêché la fin du monde?…

Après huit volumes d’Urasawa lus (trois Asadora et cinq 20th century) je peux le confirmer: Urasawa est un style de récit à part entière! Faisant partie de la famille des auteurs exigeants, torturant leurs lecteurs par des récits déconstruits éclatés en lieux et en temps, son plus grand talent est de parvenir à nous happer p20th Century Boys Tome 1 & 2 - Le doigt et l'œilar les techniques de la série TV dont il a totalement assimilé les codes. Le risque principal de cette narration est la dilution. Outre le fait que la série se termine en une vingtaine de tomes (raisonnable pour une série manga), l’auteur sait toujours où il doit s’arrêter, où il doit raccrocher son lecteur avant de le perdre définitivement. D’une lecture frustrante, 20th century boys échappe systématiquement au confort de lecture. Dès que l’on commence à appréhender un personnage il meurt ou disparaît. Pas à la manière de Game of Thrones ou les 5 Terres par une rupture brutale, non, chez Urasawa le récit s’arrête simplement pour reprendre ailleurs, laissant le lecteur marner… Ce chaos peut lasser. Mais le jeu des petites graines semant le mystère, la surprise, est suffisamment bien mené pour ne pas trop laisser le temps de réfléchir.

Au stade du cinquième tome, on peut dire que le premier cycle s’est achevé, bouclant sur les premières images du secrétaire général de l’ONU célébrant les héros que l’on devine Kenji et ses potes. Devine car dans 20th century boys tout n’est que hors champ, interprétation, comme une série du petit écran qui jouerait d’intelligence pour masquer un budget très serré. Ici on mets ainsi la focale sur les personnages, en une galerie en croissance infinie, coupant les scènes chaque fois que l’on risque une révélation… L’auteur ne nous aide pas non plus à savoir quand on est, accentuant le maelstrom cérébral pour tisser des fils entre tout ce qu’on nous raconte, et en finissant par douter de la véracité des images montrées. Urasawa serait-il un grand manipulateur? Assurément! Mais un grand conteur aussi, qui ne sacrifie aucun personnage sous prétexte qu’il est secondaire. Ainsi, pris sans cesse à contre-pied on ne sait jamais si Kenji est le vrai héros, si untel est le vrai méchant etc.

On a (re)lu… 20th Century Boys (T.1) de Naoki Urasawa | Daily marsComme le veut l’adage « plus gros c’est plus ça passe », on finit par oublier l’énormité de cette conspiration dont on ne nous dit (pour l’instant) jamais l’origine ni les rouages. Avec pour seuls informations le fait que le plan apocalyptique a été conçu par Kenji et qu’AMI a tissé une tentacule nationale pour mener à bien son projet, on n’a ensuite que des successions de séquences plus ou moins longues qui mènent à ce soir du 31 décembre 2000… avant de sauter quatorze ans plus tard! Je m’arrête là au risque de spoiler mais il est certain que l’auteur nous réserve encore bien des surprises tant le rythme est soutenu dans ce monument du manga.

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**·***·Manga·Rapidos·Rétro

Manga en vrac #7

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Au fil de mon immersion dans le manga, de mes déconvenues et de mes découvertes, j’ai progressivement repéré quelques auteurs/séries majeurs qu’il convenait de découvrir… d’où cette fournée rapidos en mode exploratoire…

  • Dead Dead Demon DeDeDeDe Destruction #1 (Asano/Kana) – 2017-…, 9 tomes parus, série en cours (10 vol parus au Japon).

dead-dead-demon-1-kanamediathequeLorsque j’ai demandé à des mangavores chevronnés quels étaient les auteurs majeurs de ces dernières années (j’ai débuté le manga précocement avec Akira et les premiers Glénats et Tonkam dans les années 90 mais depuis je me suis un peu assoupi…) on m’a cité unanimement Naoki Urasawa et Inio Asano. Dont acte! Une recherche d’image me fait tomber sur les planches impressionnantes de précision de cette série qui a sans doute le titre le plus imprononçable de l’histoire…

Dead Dead Demon raconte l’amitié de deux lycéennes alors qu’un vaisseau spatial gigantesque est apparu quelques mois plus tôt dans le ciel de Tokyo en provoquant ce que l’on imagine des affrontements et des morts. On suit donc la vie quotidienne de ces super copines très modernes et un peu foutraques dans ce qui semble être l’An zéro d’une nouvelle ère. Entendons-nous bien, l’OVNI n’est qu’une tapisserie en fonds d’histoire et aurait très bien pu être remplacé par n’importe quelle catastrophe ou événement géopolitique majeur, le but étant surtout de créer cette étrange atmosphère toute asiatique de contemplation semi-burlesque. Il n’y a donc pas vraiment d’histoire, dans un esprit proche de celui d’Urasawa sur Asadora!, à savoir des chroniques de vies de jeunes japonaises dans un pays sans avenir, bloqué par un événement qui peut symboliser l’Etat lui-même. Outre le dessin totalement virtuose (on peut tout de même remercier les assistants pour les décors photo-réalistes), ce sont les dialogues (excellemment bien traduits!) qui marquent, plein d’une modernité et d’une énergie inhabituels dans le genre manga et qui marquent une sensibilité assez européenne de l’auteur que l’on retrouve sur le dernier carton de Ki-oon, My broken Mariko. Je sors de cette lecture du premier tome pas totalement immergé mais très intéressé par un auteur qui semble en parfaite maîtrise de son art.

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  • 20th century boys #6 (Urasawa/Panini) – 2002-2007, série finie en 22 tomes.

20th_01mediathequeJ’ai découvert Urasawa sur sa dernière série Asadora!, qui m’a pour le moment totalement conquis par une fraicheur, un dynamisme et des personnages aux interactions passionnantes.  Passons outre l’abominable couverture de cette première édition Panini (rassurez-vous, la toute récente réédition en format double « Perfect » corrige totalement le tir à en croire les premières chroniques) pour nous plonger dans un démarrage assez prenant du fait d’une importante galerie de personnages et un art du récit franchement rare, surtout quand on retrouve ce qui semble être sa marque de fabrique: la narration elliptique entre différentes époques. 20th Century boys nous plonge dans une ambiance d’enquête du Club des 5 après le suicide d’un des anciens amis d’un groupe de gamins. Chacun a fait sa vie et rapidement les retrouvailles vont pointer des éléments bien mystérieux reliant leur passé et des morts qui semblent liées à une secte… La construction d’Urasawa est très particulière et un cas d’école dans l’efficacité (quand d’autres séries utilisent cette méthode de façon plus artificielle). C’est découpé sans prévenir, parfois au milieu d’une page… et pourtant on n’est jamais perdu! Le style BD du trait de l’auteur simplifie des visages assez caricaturaux que l’on n’a pourtant aucun mal à repérer et malgré l’aspect très mystérieux de ce début d’enquête on enchaîne la lecture rythmée assez rapidement. On retrouve ainsi immédiatement les marqueurs vus sur Asadora! bien que le dessin de vingt ans plus vieux soit moins marquant. D’un caractère résolument original, tout à la fois très BD dans la technique mais totalement japonais dans les thèmes et contexte, Urasawa nous plonge dans son univers rétro, nostalgique, léger, très difficile à résumer mais qui mérite le détour. Un premier tome pas marquant mais qui donne le ton d’une série qu’on imagine volontiers monter son caractère adictif.

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  • Magus of the library #1 (Izumi/Ki-oon) – 2019, 5 tomes parus (série en cours).

magus-of-the-library-1-ki-oonmediathequeJ’en ai beaucoup entendu parler l’an dernier et l’aperçu vraiment magnifique des planches intérieur m’a donné envie de tenter l’expérience bien que la proximité thématique avec le best-seller l’Atelier des sorciers ou l’imprimerie des sorcières m’ait fait hésiter… Ce premier tome est plutot réussi comme introduction (bien qu’un peu volumineux pour une intrigue assez light) en nous imergeant progressivement dans un monde de fantasy inspiré de l’orient arabe et d’Asie centrale où une confrérie de bibliothécaires parcourt le pays à la recherche de tout contenu écrit pour enrichir la bibliothèque centrale… Le bibliothécaire que je suis fut donc très surpris de trouver en Magus of the Library un quasi documentaire sur le métier de bibliothécaire, jusqu’aux lieux communs que nous vivons (le fameux « vous avez de la chance vous devez lire beaucoup! ») et les détails de conservation liée aux insectes. Je soupçonne l’autrice d’avoir travaillé en bibliothèque tant tout ce qui est rattaché au livre et à ce métier transpire dans chaque page: l’imaginaire, le développement de la culture et du savoir, l’apprentissage de la jeunesse, le conservatisme VS l’ouverture du livre à tous, … Cette introduction qui rapelle par moment le très élégant Alpi introduit le personnage principal, jeune sang-mélé persécuté par tout le village et qui n’aspire qu’à s’imerger dans les livres. Les rares séquences de développement du background se font sur le mode des théâtres d’ombres chinoises, juste assez pour titiller notre curiosité. Simple prologue, ce premier tome est graphiquement superbe, très surprenant dans sa précision et son propos égalitaire et donne envie de prolonger la lecture pour enfin entrer dans le vif du sujet.

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  • Grand blue #1-2 (Inoue-Yoshioka/Meian) – 2021, 2 tomes parus (série en cours, 16 tomes publiés au Japon).

bsic journalismMerci aux éditions Meian pour leur confiance.Manga - Manhwa - Grand Blue Vol.1

Parmi la foison de nouvelles licences que lance Meian cette série a fait un gros buzz sur les réseaux sociaux, aussi lorsque j’ai trouvé les deux premiers tomes dans un envoi de mon partenaire j’étais plutôt optimiste sur cette découverte qui me fait sortir de mes habitudes. Alors disons le tout de suite, Grand blue s’adresse aux young adults en abordant l’entrée à l’université d’un jeune homme confronté aux affres du déjanté club de plongée de son oncle. Archi codifiés, ces deux premiers volumes nous rappellent immédiatement les délires du collège foufoufou, de DR. Slump et autres joyeusetés pas fines de l’humour populaire nippon. C’est d’ailleurs cet aspect énorme  qui fonctionne plutôt bien côté humour. Le schéma est le suivant: le club de plongée est composé de garçons qui passent leur temps à se mettre à poil et à picoler comme des trous, embarquant contraint et forcé le héros qui souhaiterait attirer le regards de l’une de ses cousines quand l’autre le méprise pour sa vulgarité (… bien involontaire vous l’aurez compris). Là où le bas blesse c’est qu’après cent-cinquante pages à rire plutôt volontiers on finit par se lasser des mêmes gags qui tirent la ficelle un peu trop longtemps. L’humour c’est toujours compliqué à régler et il est certain que les auteurs ne nous trompent pas sur la marchandise. Personnellement j’aurais aimé avancer un peu plus dans l’esprit plongée pour aérer un peu la farce permanente du manga et varier les interlocuteurs. Il reste néanmoins de belles séquences de running-gag comme cette séquence de décoration de la chambre qui passe par tout ce pour quoi ne veut pas passer Iori auprès des donzelles… Au final je reconnais que cet humour japonais de taverne m’a souvent laissé de marbre et que si j’ai rigolé par moment, cela ne suffit pas pour enchaîner une série de plus de quinze tomes à ce jour. J’en resterais donc là mais si vous pensez que ce type d’humour vous correspond n’hésitez pas à chausser les bouteilles, dans le genre Grand blue fait plutôt bien le job.

A noter qu’une série animée en douze épisodes et un film en live-action sont sortis au Japon.

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***·Manga·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #6

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Au fil de mon immersion dans le manga, de mes déconvenues et de mes découvertes, j’ai progressivement repéré quelques auteurs/séries majeurs qu’il convenait de découvrir… d’où cette fournée rapidos en mode exploratoire…

  • Ex-arm #12 (Hi-rock/Shin-Ya Komi/Delcourt) – 2021 série achevée en 14 volumes (Japon)

couv_414082badge numeriqueDans la continuité directe du précédent opus ce volume continue sur l’action effrénée avec le passage à l’attaque de la très sexy et très dévêtue androïde Alma qui a désormais recouvré son autonomie. Pour la bataille finale l’auteur évacue tous les faibles humains pour lancer un affrontement épique entre Alma, Soma réfugié dans son cyborg détenteur de deux ex-arm et le fameux Ogre, coquille de combat à la pointe de l’armement, piloté par Akira. Il faudra bien tout cela pour confronter le redoutable Beta (dont l’identité n’a pas encore été dévoilée) dont la puissance absorbe tous les éléments mécaniques à proximité dans une redite du final d’Akira, le monument de Katsuhiro Otomo, en une citation à peine voilée. Alors qu’il ne reste plus que deux volumes pour conclure la série, on savoure toujours autant les planches grand luxe et les grandes références assumées. Si les auteurs auraient clairement pu éliminer un certain nombre de dialogues bouche-trou dans ce final entièrement dédié aux combats, on ne boude pas son plaisir, en attendant l’Anime…

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  • La ballade de Ran (Osawa/Doki-Doki) – 2021, Série achevée en 2 tomes

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La Ballade de Ran est la seconde création de Yusuke Osawa et propose une courte et sympathique histoire évidemment inspirée par le monument Berserk. Si le trait assez précis de l’auteur s’inscrit dans l’école Miura, le format (deux tomes avec une sacrée différence de pagination entre les deux volumes) et le ton adopté se rapprochent plutôt du Shonen, même si l’aspect monstrueux des démons cible un public plutôt adolescent. Le récit nous narre la chasse aux créatures démoniaques (les Karma) du meilleur des Exterminateurs. Résolument timide et inadapté socialement, il est suivi par une jeune menestrelle décidée à devenir célèbre en contant ses aventures. Au fil d’affrontements (qui rappellent par moment le joli Alpi de par l’absorption de la Souillure maléfique par l’exterminateur) grands format il va rencontrer différents guerriers qui montreront que l’union fait la force contre un mystérieux manipulateur de démons qui s’avère relié à Ran…

L’aspect Dark fantasy est assumé mais est plaisant en évitant les aspects les plus malsains du genre. Le design général est franchement réussi avec des monstres bien cracra et énormes qui procurent des combats épiques très lisibles. La personnalité du héros le laisse paradoxalement un peu en retrait et il faudra plutôt chercher la complexité dans le passé du personnage et sa relation au méchant. Dans un format court l’auteur parvient à développer un univers solide avec une galerie de personnage que l’on aurait plaisir à retrouver, bien que l’histoire se termine a priori définitivement. Manga bref à l’ambition modeste, La ballade de Ran permet à de jeunes lecteurs de se frotter sans mal à un genre particulier et assume une structure simple où l’aspect Geste chevaleresque et l’équilibre général permettent un agréable moment de lecture.

Sortie le 7 avril 2021

A partir de 10 ans.

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  • Outsiders #1 (Kanou/Ki_oon) – 2021, Série en cours.

bsic journalismOutsiders est une nouvelle création originale des éditions Ki_oon, rangée en Shojo. Assez craintif de ce sous-genre « féminin » du mangaoutsiders-1-ki-oon j’ai été agréablement surpris par un ton moderne d’une génération d’auteurs qui semblent résolument détachés du modèle conservateur de l’archipel nippon. Une jeune fille découvre l’existence de vampires et de Loups-garous, s’affrontant depuis des temps immémoriaux. En présence des deux derniers spécimen de leur espèce, elle n’a pourtant pas du tout l’intention de se laisser dévorer et s’impose à eux comme une humaine fière de sa condition et prête à prendre tous les risques pour protéger sa sœur et découvrir la réalité des relations bien plus complexes qu’elle n’en a l’air entre les deux jeunes hommes… Sous couvert d’un trio très Shojo Outsiders propose dans cette introduction une vraie complexité relationnelle qui laisse un peu de côté les clichés éculés des combats vampire/garou. Les notes de l’auteur en fin d’ouvrage détaillent d’ailleurs son agacement dans la banalité des relations interpersonnelles de la célèbre saga ciné Twilight et sa volonté de donner du corps à ces schémas. Les planches assez chargées en bastons bourrines sont élégantes (dans un style qui rappelle The promised neverland) et utilisent l’humour à la Tex Avery avec ces deux personnages à peu près immortels qu’une poutre en acier dans la tronche n’effarouchent guère… Avec de très légers problèmes de lisibilité, le premier volume assure le cahier des charges introductif et se lit avec plaisir en dévoilant le début d’une intrigue autour d’une agence chargée de retrouver les brebis galeuses des deux espères, ce qui laisse présager de belles enquêtes avec ce trio bien efficace.

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****·Manga·Nouveau !

Asadora! #2-3

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Manga de Naoki Urasawa
Kana (2020-)/ Shogakukan (2018-), série en cours, 3 tomes parus (4 au Japon).

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Asa Asada manque de reconnaissance! Dernière d’une famille nombreuse dans le Japon de 1959, personne ne se rappelle de son nom… Pourtant elle ne manque pas de tempérament et de détermination. Lorsqu’un Typhon ravage sa ville natale elle mets tout en œuvre pour aider les rescapés, avant même l’arrivée des secours. La voilà embarquée dans des aventures qui feront d’elle une as de l’aviation, avant que quelques années plus tard un mystérieux agent du gouvernement lui demande de venir en aide à son pays…

Asadora tome 3 - BDfugue.comJ’ai découvert cette série à l’occasion du jury BDGEST’arts et suis immédiatement tombé fan de cet auteur et de son héroïne. Je n’ai pu parler que très rapidement du premier volume, alors vue la qualité de la série je voulais vous parler plus en détail d’Asa…

Après un démarrage sur les chapeaux de roue, on continue à suivre Asa enfant dans le second tome qui nous montre comment elle en est venue à apprendre le pilotage, avant de basculer des années plus tard dans le troisième volume où, adolescente, elle se retrouve tiraillée entre ses envies de jeune fille des années soixante (et le projet de girls band de ses copines) et son esprit responsable qui la pousse à devenir… agent secret!

Jouant sur les temporalités (j’avoue que je regrette un peu de quitter si vite la pétillante gamine des deux premiers volumes…), Urasawa déroule son récit avec une maîtrise technique impressionnante, que ce soit dans le découpage, l’expressivité des personnages et les ficelles classiques mais efficaces du feuilleton. Avec une galerie de personnages et de tronches tous plus réussis les uns que les autres on ne s’ennuie pas une seconde dans une histoire dense qui égrène lentement ses indices reliant les premières images d’apocalypse Kaiju du premier volume avec la jeunesse de l’héroïne. Entre la tradition et la modernité naissante du Japon des sixties, la série est totalement accessible à un lectorat occidental, comme rarement un auteur japonais aura su le faire. Je suis assez peu intéressé par la psycho-sociologie japonaise qui est souvent décrite dans les manga, pas plus que par les détails sur le japon historiques et j’ai été ici tout à fait pris dans ce vernis qui fait par moment penser à la langueur d’un In the mood for love.

Asadora ! #3 • Naoki Urasawa – La pomme qui rougitL’aspect fantastique reste pour le moment totalement … fantastique (dans son sens littéraire) soit en sous-texte et permet de créer une tension légère en poussant Asa vers une double vie lorsqu’un ancien officier de son désormais partenaire d’aviation Kasuga lui propose d’entrer au service du gouvernement pour combattre la menace réel du monstre qu’elle a vu lorsqu’elle était enfant. Cette idée de double vie (avec peut-être une identité secrète?) nous plonge dans le feuilleton d’aventure malgré l’habillage très historique avec cette ambiance lycéenne et la course de son ami Shota vers les jeux Olympiques. Le propos général est toujours décalé dans Asadora!, créant une légèreté qui aide à aborder des sujets difficiles comme la pauvreté, le statut d’orphelin et les catastrophes coutumières du Japon. Que ce soit donc ce Shota que personne n’imagine arriver au niveau pour participer aux JO, cette gamine avec un manche à balais dans les mains distribuant des gâteaux par ballons-parachutes ou ce barbouze qui veut préserver les JO du Kaiju, rien n’est bien crédible et pourtant on marche à cent pourcent car le rythme est effréné et le plaisir graphique permanent.

Bien malin celui qui dira où nous emmène Naoki Urasawa mais avec un auteur maîtrisant autant son art on lue suivrait jusque sur la Lune!

***·****·BD·Bilan·Comics·Manga·Nouveau !

Marathon lectures

Copie de Le Bilan 2019

Salut les bdvores!

A l’occasion du jury BDGEST’arts (dont j’ai déjà parlé), j’ai entamé un marathon lectures depuis début novembre, souvent hors de mes cibles habituelles et ça m’a permis de découvrir quelques pépites qui ne m’avaient pas fait envie ou que j’avais loupé. Je vous propose un avis bref sur une série d’albums cités par mes camarades de Jury comme candidats potentiels aux meilleurs albums de l’année…

  • Asadora (Urasawa – Kana – 2020), 3 tomes parus, série en cours.

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Urasawaest un des gros trous dans mes lectures manga. Cité par beaucoup de monde comme un des mangaka majeurs de ces dernières années, il était temps que je découvre son univers et son style… qui m’ont tout à fait conquis sur cette dernière série (en cours de publication depuis 2018 au Japon). Comme la couverture de Kana l’indique il s’agit d’un feuilleton mêlant fantastique et vie quotidienne autour de la jeune Asa dont le tempérament explosif m’a conquis dès les premières pages. L’intrigue de ce premier volume suit la jeune fille, dernière d’une famille nombreuse, dans des pérégrinations autour d’un typhon qui ravage Nagoya. Résolue à aider les gens du haut de ses douze ans, la fillette va mobiliser les énergies autour d’elle… On retrouve un peu de l’esprit positif d’Amélie Poulain dans cette ambiance qui permet de plonger au cœur du japon quotidien des années soixante et un dessin BD d’une redoutable efficacité. Du coup je vais enchaîner les tomes disponibles à la médiathèque avant de m’attaquer au grand œuvre 20th century boys

  • Après le monde (Leman – Sarbacane- 2020), one-shot.

couv_400409Sur le seul pitch je n’aurais pas donné un kopeck à cet album qui reprend un thème éculé: des enfants se retrouvent seuls après la disparition de toute la population et l’apparition de grandes tours au loin. Et pourtant ce premier album de Timothée Leman est très maîtrisé tant techniquement, avec une teinte gris-sépia fort élégante et cauchemardesque, que narrativement avec une histoire simple, linéaire, qui sait poser du mystère, de demi-explications et une progression vers un final impressionnant bien que laissant un goût d’inachevé. Je ne critiquerais pas, ce type d’histoire est a peu près impossible à terminer, attaquée soit par son côté cryptique soit par un happy ou bad end souvent vu comme trop facile. Cela reste un très bel exercice de style assez poétique, très beau, sur l’itinéraire de deux enfants livrés à eux-mêmes, et bien sur ces paysages urbains désolés, toujours fascinants.

  • GoSt111 (Easersall/Mousse – Glénat- 2020), one-shot.

Couverture de GoSt 111Cette fois-ci c’est graphiquement que je n’aurais pas osé cet album qui propose une adaptation très originale en BD des histoires back-office des systèmes de sécurité français comme le Bureau des légendes. Venu du scénario TV et associé à un ancien commissaire, Mark Eacersall nous plonge dans l’univers des indics de la police. Univers sale, légalement incertain, entre deux univers, on se passionne pour le destin de cet immigré serbe pas très malin qui se retrouve contraint d’endosser le rôle d’indic pour un flic pas vraiment ripoux mais pas bien réglo non plus. Ce thème, plutôt nouveau et passionnant montre que sur un sujet classique (le polar) on peut toujours trouver le biais qui ouvrira notre attention. Si les dessins font le job ce sont bien le scénario et les dialogues qui font le sel de ce one-shot à lire comme une très bonne série policière. Il ne serait d’ailleurs pas du tout surprenant que l’on en voit une adaptation sur petit écran dans les années à venir.

  • Glouton (B-gnet/Milan – 2020), 2 tomes, série en cours.

Glouton -2- La boule des neigesAttention, cela fait longtemps que je n’ai pas autant ri sur une BD, depuis le Grand méchant Renard sans doute (avec quand-même les Viocs en passant…)! Glouton est le plus dangereux prédateur du Grand Nord, mais devenu feignant il a grossi et va devoir regagner son statut… Des BD d’humour animalier il y en a autant que de types d’humour. C’est souvent drôle… Glouton se lit la larme à l’œil de la première à la dernière page en dressant des situations improbables, des dialogues décalés, le tout d’une finesse juste géniale. Pas sur que cet humour parle aux plus jeunes mais vous, lecteur adultes, foncez sur ce nouveau personnage qui vous fera vous poiler comme rarement!

  • Square Eyes (Jones/Mill – Delcourt- 2020), One-shot

Couverture de Square EyesNouvel OBNI au royaume de la BD avec ce très gros album carré tout à fait conceptuel qui propose une variation sur la réalité augmentée, les réseaux sociaux et un futur dystopique comme jamais vu en BD. Des films SF visuellement innovants sur ces sujets il y en a régulièrement. Des tentatives scénarisées d’aborder ces sujets en BD également, mais une telle proposition graphique je n’en avais jamais vu. Disons le tout de suite, Square Eyes n’est pas grand public. C’est long, très compliqué à lire du fait d’un découpage et d’une mise en scène volontairement embrumés comme l’est l’héroïne. En essayant de nous faire voir le monde tantôt de l’extérieur tantôt par les yeux de ces personnes connectées à un réseau global où une réalité augmentée se superpose au monde physique, les auteurs brouillent notre regard et nous fascinent. En sort un questionnement philosophique sur la réalité même du monde dès lors que la réalité physique devient secondaire. Il en est de même sur la temporalité et l’identité de l’être qui peut se voir pirater sa vision et regarder par des yeux d’un autre ou via un enregistrement passé… La transposition graphique de ce concept est variée, fascinante, créant des planches « ilinéaires ». On est perdu la plupart du temps mais convaincu d’avoir assisté à une sacrée expérience artistique en BD…

  • Killer smile (Lemire/Sorrentino – Urban – 2020), One-shot

Couverture de Joker : Killer SmileNouvelle sortie du décidément très qualitatif Black Label de DC, Killer smile nous propose la vision de deux auteurs , chevronnés et réputés, d’une idée très proche de la tentative avortée de Snyder et Capullo sur Last Knight on earth. La réalité Batman n’en finit décidément plus d’être attaquée par des auteurs qui cherchent non plus à remettre en question les constantes du Batverse mais à tout simplement en finir! Après la révolution White Knight (la critique du second volume arrive avant Noël, promis!), nous voilà à nouveau confronté à ce redoutable Joker, véritable manipulateur des esprits et du monde qui l’entoure. Partant du même pitch que Harleen, un jeune psy tente d’achever son protocole de soin psy sur l’homme aux cheveux verts sans se perdre et sa famille avec. Je n’en dis pas plus, les références citées suffisent, mais ce one-shot propose un vortex psychologique diablement réussi malgré des dessins que je crains un peu dans leur aspect crado-hyper réalistes. Si vous passez cette spécificité graphique, vous entrerez dans une narration manipulatoire qui cite bien évidemment le mythique Killing Joke et vous laissera groggy sans trop savoir si le Chevalier Noir va survivre à cette année pandémique…

  • Seules à Berlin (Juncker – Casterman – 2020), One-shot.

Couverture de Seules à BerlinLes histoires sur la défaite allemande et l’état de Berlin à la Libération sont à la mode. Est-ce une forme de revanche culturelle française? Toujours est-il que le sujet ne me passionne pas et que j’ai à nouveau pu découvrir un excellent album ma foi bien sombre (voir glauquissime par moments) sur un sujet bien funky: une allemande qui a perdu son nazi de mari sert de fille de joie à des officiers de l’armée « de libération » soviétique alors qu’une traductrice du NKVD, idéaliste, découvre la réalité des femmes dans ce pays détruit… Dit comme ça ça donne envie de se tirer une balle et les dessins en lavis gris sur des décors d’apocalypse ne font rien pour enjouer tout ça. Pourtant ce gros volume de 200 pages arrive à construire sur des dessins très simples une atmosphère via un découpage sec très rythmé et nous passionne sur ce microcosme humain extrême que seules les histoires de guerre ou Post-apo peuvent transcrire. Alternant entre l’ubuesque quête du squelette du Führer par l’administration soviétique et la relation entre les deux femmes (mais aussi avec les officiers, les vieux allemands rescapés,…), Nicolas Juncker nous happe dans cet enfer où les bornes morales ont depuis longtemps volé en éclat pour laisser les cœurs à nu dans la plus grande simplicité humaine ou inhumaine. Très bel album malgré sa dureté, d’un auteur que je découvre et que je vais suivre de plus près…