BD·Numérique·Service Presse

La valise

BD de Morgane Schmitt Giordano, Diane Ranville, Gabriel Amalric
Akileos (2018), 112 p. one shot.
La Valise - couverture

Un des éléments clés de cet album est la maquette, qui semble avoir été une partie intégrante du projet. L’ouvrage est donc particulièrement soigné (je ne parle pas de la fabrication car je l’ai lu en numérique), avec un cahier final servant de prologue et détaillant l’origine de la passeuse. Un bien beau projet, mais qu’en est-il de la BD?

Dans une cité entourée de murs et soumise à un pouvoir autoritaire protégeant sa population des dangers d’au-delà de l’enceinte, la rébellion s’organise en dénonçant l’absence de libertés et les crimes cachés commis par le Dux. Une passeuse utilise ses pouvoirs magiques pour faire évacuer les résistants de la Cité… en échange d’années de leur vie…

La Valise est une dystopie fantastique réalisée par une équipe de novices en BD et venant du cinéma d’animation. Cela s’en ressent dans l’ambiance générale, tant graphique que dans les transitions qui sont très inspirées du cinéma d’animation. Image associéeContrairement à la relative déception Poet Anderson dont la conception est proche, l’album édité par Akileos a pour lui sa cohérence et son caractère fini. Si l’entrée en matière, très élégante, pose un contexte totalitaire connu reprenant l’esthétique des grandes dictatures des années 1930, avec son chef charismatique, ses grand messes, ses résistants et ses exécutions publiques, la fin est assez énigmatique, laissant entendre une reproduction sans fin de la même histoire dans différentes réalités. C’est comme souvent dans ce genre d’histoire, à la fois frustrant par l’absence de réponse, et dynamisant par l’ouverture réflexive que cela produit en nous faisant participer à la construction et  l’analyse du dénouement. En imaginaire il est toujours gratifiant de partager quelque chose avec les auteurs au travers de leur ouvrage.

La Valise aurait pu être une énième illustration des régimes totalitaires, avec la fascination de l’esthétique tout particulière qu’ils arboraient et le rôle majeur que la communication a eu dans ces régimes, mais le côté fantastique et le personnage central qu’est la passeuse donnent une tonalité originale que l’accélération de la seconde partie accentue en surprenant le lecteur là où il ne s’y attend pas. L’exposition est en effet lente et longue dans cet album, les auteurs prenant le temps de poser leur esthétique des cases, la construction élaborée et très géométrique du découpage et cet univers très sombre. Car l’esthétique est une préoccupation de tous les instants pour l’équipe créative, jusque dans cette peau noir permettant des contrastes rouge/noir, ces grandes bannières et ces contre-plongées. Puis à compter de la rupture scénaristique du milieu d’album l’ambition devient toute autre, exposant une thématique sur le renouvellement du pouvoir, sa corruption et sur la transformation des aspirations en autojustifications, pour finir une réflexion sur le mal même. A ce stade le tempe et l’espace sont déconstruits pour nous plonger dans les dernières pages dans un vortex étonnant qui nécessite temps et relecture pour bien l’appréhender.

Sur le plan graphique, nous avons des dessins plats, très numériques, dans un style simplifié proche du cinéma d’animation. On peut tiquer au premier abord, mais l’ensemble est très maîtrisé et l’habillage général comme la mise en scène permet de compenser cet « effet plat » comme sur Warship Jolly Roger ou Gung-Ho. Je le répète, personnellement ce ne sont pas les dessins (correctes) qui donnent son cachet à l’album mais bien le travail général sur l’ambiance graphique et le jeu sur l’espace avec cette valise, cette sorcière jouant des dimensions comme sur cette case en miroir inversé où elle progresse dans son manoir ou cette séquence finale dans le non-temps, très réussie, où les auteurs peuvent laisser libre cours à leurs visions, séquence qui peut rappeler l’exceptionnelle série Divinity où les auteurs jouent pareillement du temps et de l’espace.Résultat de recherche d'images pour "la valise akileos"

S’il ne s’agit pas d’un album majeur du fait notamment d’un dessin assez standard, la qualité de réalisation et le plaisir des auteurs que l’on sent à la lecture permettent à ce premier album d’être un beau projet qui vous transportera dans un monde imaginaire en procurant qui plus est une intéressante réflexion sur le pouvoir. Perspectives et limites que j’avais trouvé dans le récent Arale, sur un sujet proche et qui aurait pu gagner en profondeur avec un ou deux albums de prolongations.

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East & West·Manga·Nouveau !

Dragon ball super #4

esat-westManga de Akira Toriyama et Toyotaro
Glénat (2017-2018) – Ed. Japonaise Shueisha (2015), 4 vol parus en France (6 au Japon).

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Toujours autant de plaisir à lire un nouveau dragon Ball! Ce volume est l’avant dernier de l’arc de Goku black (qui se terminera donc au tome 5 à paraître le 7 novembre).

Après la fuite de Goku et ses compagnons dans le temps Trucks est sauvé in extrémistes. Alors qu’interviennent les Kaïo Shin de plusieurs univers, le détournement des règles par Zamasu oblige Goku et Vegeta à dépasser leurs limites pour empêcher qu’il n’achève son « plan zéro humains » et menace la marche même des univers…

Cet album est clairement axé action après quelques va et viens scénaristiques sur le voyage temporel et les rôles et pouvoirs des Kaïo Shin. Comme je l’avais expliqué dans le précédent volume, Akira Toriyama a tellement développé son univers fictionnel qu’il a parfois du mal à conserver une cohérence… mais en a-t’il l’envie? Personnellement je ne crois pas et ce qui anime cet auteur est bien l’action et le dynamisme au sein de personnages hauts en couleur et désormais très familiers. Il a un vrai talent pour créer des personnages, à la fois visuellement et sur le plan du caractère. A ce titre, si les héros ne changent guère de ce à quoi on est habitués, Toriyama introduit une étonnante subtilité en la figure (double) de Zamasu, en proposant pour la première fois dans cet univers (… depuis Végéta?) un soupçon de psychologie expliquant les raisons des agissements du méchant. On quitte un peu le manichéisme de la série pour proposer une réflexion sur les motivations profondes: Zamasu se serait-il trompé? Peut-il revenir en arrière? A-t’il peur de la puissance de Goku? C’est inattendu et bienvenu car cela relance un certain suspens dans un volume dont la plus grande partie est constituée du combat de Goku et Vegeta contre Black et Zamasu.

Du coup on perd un peu l’humour de situations qui avait prévalu dans les premiers volumes de la série mais on retrouve avec toujours autant de plaisir les débats sur les différents niveaux de pouvoirs des Sayans, les entraînements en urgence, les morts pas vraiment morts etc; bref, tout ce qui a fait le succès de Dragon Ball depuis tant d’années. Dans le combat les auteurs parviennent même à nous surprendre avec quelques trouvailles vraiment sympa (comme ces « portails »…) et nous laissent en plein suspens alors que le combat n’est pas prêt d’être fini.  DBS reste donc une série familière, qui se consomme et s’attend avec toujours autant de plaisir, sans nécessité de suivre la série animée (que je n’ai personnellement pas vue).

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Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Fairy Quest

La trouvaille+joaquimComic de Paul Jenkins et Humberto Ramos
Glénat (2012-2015), série en 2 vol/4 prévus.

161751_cAvec Humberto Ramos il y a un truc en plus. A l’époque de son grand comic Crimson je me souviens qu’un pote me l’avait montré, en pâmoison… Moi le côté « sauce tomate » m’avait paru un peu ridicule. Par la suite j’ai regardé de loin ses productions avec une grande attirance pour son design, pourtant assez simpliste et très cartoon. Le bonhomme a une relation un peu particulière avec l’industrie en ce qu’il a commencé chez Wildstorme, un label d’auteur indépendants fâchés avec le système des majors de la BD américaine que sont Marvel et DC et qui ont donné des trucs très novateurs dans les années 90 comme Witchblade, DV8 ou Battle Chasers. Tous ces auteurs sont depuis rentrés dans le rang mais ils gardent un caractère particulier, et surtout j’ai vraiment commencé les comics avec ces séries… Il y a quelques années Ramos a commencé à bosser en Europe, sur la série mystique Revelations puis un spin off de Kookaburra chez Soleil et enfin, Fairy Quest chez Glénat, que je vais vous présenter aujourd’hui. La série doit comporter quatre tomes, dont deux sont sortis en 2012 et 2015.

A Bois-des-contes règne le pouvoir implacable de Grimm: les personnages de contes Variants qui ne suivent pas le script de leur histoire sont pourchassés et condamnés au vide-tête! Mais le Chaperon rouge et son ami le Loup ne comptent pas se laisser faire et s’échappent avec pour objectif de rejoindre Vrai-monde…

https://www.fant-asie.com/wp-content/uploads/2012/07/Planches-Fairy-Quest-2.jpgRamos n’est donc pas le meilleur dessinateur de comics qui soit. Son dessin aux gros pieds et trognes mignonnes n’est pas très technique… mais a diablement du style, de la consistance, une personnalité! Sur le récent Extraordinary X-men il apportait déjà un je ne sais quoi de spécial à une histoire relativement banale. Ici son trait et les couleurs de son comparse Leonardo Olea (magnifiques) donnent une texture entre le manga et le graphisme de jeux vidéo à cet univers des contes. Il parvient notamment à donner un vrai caractère au couple Rouge/Lou’ qui entraîne le lecteur sur leurs traces avec une vraie tendresse. Le méchant Grimm est également très réussi. Mais ce sont finalement les planches en plan serré qui sont les plus réussies, l’artiste mexicain délaissant (comme souvent dans les comics) ses arrières-plans.

Résultat de recherche d'images pour "fairy quest ramos"Je ne connaissais le travail de Paul Jenkins que sur son diptyque avec Humberto Ramos Revelations, enquête policière occulte dans les églises du Vatican, dont l’ambiance et la construction m’avaient marqué à l’époque. Ici il montre également son talent: il n’est jamais facile de tenter une variation sur l’univers des contes. Beaucoup s’y sont essayé, souvent de façon compliquée (comme sur City Hall). Dans Fairy Quest, si l’intrigue est très linéaire (une course-poursuite), le traitement des personnages connus est très intéressante. D’abord par-ce qu’il ne commet pas l’erreur d’en faire le point central de son histoire. Les deux héros sont Rouge et Loup, les autres personnages ne sont qu’une coloration donnant de la texture à l’univers et l’on ne peut qu’apprécier leur caractère original lors de leur apparition rapide. L’idée de la dictature et du libre-arbitre est également intéressante et permet d’aborder la psychologie des monstres et de prendre les lecteurs à contre-pied (en mode « psychanalyse des monstres de contes de fée… »).

On prend plaisir à trouver des lieux connus et des personnages à contre-emploi et l’affrontement parallèle entre Grimm et Andersen (là aussi l’on retrouve l’idée forte de City Hall) crée un background qui donne envie de connaître la suite et le hors-champ (pourquoi on en est arrivé là?). Les dialogues entre Rouge l’éternelle optimiste et le grognon Loup qui voit des problèmes partout sont très drôles et assurent la « prise » avec le lecteur. Cette série à la parution lente est une vraie bonne surprise que je n’avais pas vue sortir il y a cinq ans et j’espère vraiment que les auteurs assureront sa clôture en quatre tomes comme prévu car le deuxième volume nous laisse en suspens avec une grosse envie de retourner en compagnie du gros poilu et de la petite fille encapuchonnée!

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Comics·East & West·Nouveau !

Le badge

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Comic de Tom King, Joshua Williamson, Jay Fabok et Howard Porter
Urban (2018) ed. US DC 2017, 112p. One-shot.

couv_330211Le Badge est un  crossover entre Batman et Flash inscrit dans le reboot « Rebirth » de l’univers DC, et introduction à l' »Event » Doomsday clock annoncé depuis longtemps et qui verra se croiser les univers des héros DC et de Watchmen. L’album comprend les 4 épisodes parus aux Etats-Unis issus des séries Batman et Flash. Une double page en introduction contextualise l’album dans le contexte DC Rebirth initié par Flashpoint qui voit les incidences d’un voyage temporel de Flash bouleverser la temporalité des héros DC. L’album comprend les magnifiques couvertures alternatives ainsi que les premières pages (noir et blanc) de Doomsday Clock, faisant la jointure avec Watchmen.

Batman découvre un pins en forme de smiley dans sa Batcave. Qui l’a apporté sans que ses systèmes le repèrent? La présence de ce simple smiley va avoir des conséquences que ni lui ni Flash ne mesurent…

Résultat de recherche d'images pour "batman button fabok"Peu disponible pour suivre l’ensemble des Event et Reboot des éditeurs de comics je n’avais pas prévu de lire cet album malgré une grosse communication et une couverture vraiment réussie. Ouvrant l’album, les dessins vraiment chouettes  de James Fabok et Howard Porter et un découpage inspiré m’ont convaincu d’acheter ce petit album (environ 80 planches de BD) annoncé comme un one-shot (c’est le cas).

Il y a deux albums dans « Le Badge » qui vous satisferont ou non selon le public que vous êtes. Soyons clair: cet album est le simple teaser de la série à venir et impliquant que vous achetiez Doomsday Clock mais aussi en toute logique que vous ayez suivi l’intrigue depuis Flashpoint. Les Comics sont avant tout une industrie (à la différence de la BD européenne) et l’enjeu commercial derrière l’opération est évident. Ainsi bien qu’il s’agisse d’un one-shot l’intrigue nécessite (même si c’est expliqué en début de volume) de connaître les événements de Flashpoint ; de même que la fin qui n’en est pas une débouche sur la lecture de Doomsday Clock. Voilà pour le côté désagréable.

Néanmoins, Le Badge est un bel album, cohérent, intéressant et titillant l’envie de lire d’autres albums. Surtout, il respecte le lecteur novice qui pourra profiter de l’histoire avec ses qualités propres, qu’il soit thésard en univers DC ou débutant dans les héros en slip. Résultat de recherche d'images pour "batman button howard porter"Je le dis avec d’autant plus de franchise que je suis de loin l’univers des comics non par désintérêt des héros (j’adore ces mythologies) mais par rejet des démarches éditoriales qui couvent ces publications et que l’unicité d’un tel one-shot est assez rare il me semble. Ainsi le simple fait que les dessinateurs (je ne connaissais pas Fabok que je trouve vraiment très bon!) soient seulement deux sur tout l’album, de très bonne qualité et d’un trait pas trop éloigné, donne un vrai intérêt graphique qui justifie à lui seul la lecture du comic. Idem pour le découpage, qui me semble emprunter pour les premières planches à Watchemen (les cases en damier) et montre une vraie volonté artistique. La rencontre entre Batman et Nega-flash est à ce titre vraiment un très bon moment de BD. Enfin, les thématiques de paradoxe temporel et d’univers parallèles sont très alléchantes même si la pagination permet plus de mettre l’eau aux babines que de décrire réellement cet univers. Du coup vous êtes bons pour vous lire Flashpoint… La poursuite de la lecture n’a a mon sens de valeur que si vous avez apprécié Watchmen, le croisement de ces deux univers étant suffisamment improbable donc intriguant pour donner envie de le lire. Les graphismes des premières pages ne poussent pas à un grand optimisme mais gageons qu’une belle mise en couleur améliorera cela.

Disons pour finir que Le badge n’est pas l’arnaque annoncée par certains mais s’appréciera surtout pour ce qu’il est: une courte séquences joliment dessinée dans l’univers de deux des plus intéressants personnages de DC.

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East & West·Manga

Dragon ball super #3

Manga de Akira Toriyama et Toyotaro
Glénat (2017-2018) – Ed. Japonaise Shueisha (2015), 3 vol parus en France (4 au Japon).

9782344027554-gÉdition très propre de Glénat reprenant exactement l’élégante maquette japonaise. En intro chaque volume comprend un mot du dessinateur et en fin quelques pages bonus.

Après la fin du tournoi entre les champions des univers (#1 et 2), l’on découvre qu’un double maléfique de Goku a ravagé le futur et pratiquement exterminé l’humanité. Commence une enquête autour de Beerus le dieu de la destruction, les Kaïo Shin des différents univers et la bande de Goku pour éliminer ce danger.

On continue avec toujours autant de plaisir cette improbable résurrection de Dragon ball qui avait tout de la prolongation de trop alors qu’elle gagne à chaque volume et est pour moi, alors que je lis ce troisième tome, meilleure que DBZ, à cheval entre les délires du premier Dragon ball et les élucubrations SF de DBZ. Il y a étonnamment peu de combats ici, pas mal de dialogues, tous très drôles, décalés voir totalement délirants. Énormément de second degré (les noms des différentes formes de super Sayan ou la semi-débilité de Goku). L’intro du second chapitre où le dieu de la destruction joue à Mario kart avec la bande de Sangoku vaut ainsi son pesant de cacahuètes! La mythologie que continue de développer Toriyama est cohérente même si ça part toujours dans tous les sens et que les lois et hiérarchies qu’il a édictées sont sans cesse transgressées. C’est drôle, familier, rythmé et l’auteur parvient même à instiller une vraie curiosité  en mode polar. Les intrigues sont nombreuses (autant que les personnages!) et sont résolues assez rapidement, évitant une histoire qui s’étirerait trop. On est dans des questions de voyage temporel et leurs paradoxes, expliqués de façon très pédagogique.

Sur le plan graphique, si le maître Toriyama (toujours au scénario et ça se ressent!) a passé les crayons à un jeune mangaka qui apprend au contacte de son mentor, ça reste de très bon niveau et hormis quelques approximations (mais les premiers DB étaient-ils tous nickel?) La traduction semble menée -rapidement- avec grand soin et sans censure: de nombreuses explications sur les noms « alimentaires » des personnages ou le langage de charretier de Vegeta…
DBS est vraiment une de mes meilleures lectures manga en ce moment et j’attends avec grand impatience la suite des aventures galactiques des sayans.

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Comics·East & West·Rétro

Joe, l’aventure intérieure.

East and west
Comic de Grant Morrison et Sean Murphy
Urban comics (2012)/Vertigo-DC (USA 2010)
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Fabrication Urban comics standard, gros volume bien relié, cahier graphique et explicatif des auteurs conséquent en fin d’ouvrage. La maquette de la couverture est moins travaillée que sur les parutions récentes de l’éditeur mais néanmoins plus classe que l’édition originale. L’album est découpé en chapitres correspondant aux fascicules US, avec la couverture originale. Rien a redire.

Joe est un adolescent mal dans sa peau, immergé dans son univers imaginaire et ses dessins. Seul avec une mère très occupée, il rentre chez lui et subit une crise de diabète. Transporté dans un monde fantastique à cheval entre sa réalité et son imaginaire, il va entamer un parcours pour sauver la terre d’Hypoborée, mais également contre la mort s’il ne parvient pas à trouver rapidement du sucre…

Les préfaces de BD sont souvent plus des hommages qu’un apport pratique à la lecture. Ici le traducteur (médecin de son état) aborde la question du diabète du personnage principal, cause de son aventure et de l’album. C’est important car cela définit la construction et le découpage du récit, liant l’aventure fantasmagorique aux événements survenant dans le monde réwincklerjoeel et sautant d’une scène à l’autre comme seul un rêve peut le faire sans soucis de vraisemblance. Cela peut perturber le lecteur mais se justifie pleinement. Ainsi l’album a la linéarité classique de ce type d’histoire, accompagnée comme toute bonne quête héroïque d’une carte illustrée suivant les pérégrinations du héros dans ce monde imaginaire, stage par stage comme dans un jeu vidéo. Heureusement car les dialogues touffus s’enchaînent difficilement avec accumulation de termes issus de cet univers (l’enfant-qui-meurt, haute-terre, guerrier de fer, le chateau-foyer, etc…) Cela participe de la construction mythologique de ce monde mais se succède trop rapidement pour que l’on essaye de comprendre la logique de tout ça. Probablement par-ce qu’il n’y a pas plus de logique que dans un rêve. Tout ceci est un vrai voyage dans l’imaginaire déluré et totalement graphique (et sombre!!!) de Joe (ou de Sean Murphy?) et c’est le plus intéressant dans l’album.news_illustre_1349164464

J’ai découvert Murphy sur Tokyo Ghost où derrière la radicalité crado d’un scénario hyper-violent l’on pouvait percevoir des fulgurances poétiques et de design. On retrouve cela ici et notamment la très grande précision du trait de l’artiste malgré un style qui paraît croqué au premier abord. Rares sont les BD où les fonds de case sont aussi travaillés et précis. Le look des personnages est vraiment réussi, les plans encore plus gonflés que sur Tokyo et tout ça sent le lâchage d’illustrateur dans un bac a sable infini (pour notre plus grand plaisir). Murphy se fait plaisir  et insérant des rats-samuraï, batman et superman (l’éditeur est filiale de DC), Transformers ou Lobo (oui-oui!) dans les batailles épiques et l’on regrette presque que le scénariste ne lui ait pas plus simplement concocté une histoire héroïque classique au lieu de cette trame intéressante mais déprimante d’ado paumé entre deux mondes.potw_joe7

L’impression finale est entre une plénitude graphique, sorte d’orgie débridée, et le sentiment d’un décalage entre le sujet (intéressant et sérieux). Le projet est original et ambitieux, mais peut-être aurait-il fallu deux albums distincts, les envies du scénariste et celle du dessinateur n’étant peut-être pas exactement les mêmes… On garde cependant un bon album

 

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Fiche bdphile