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Batman/Catwoman

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Comic Tom King, Clay Mann et collectif.

Urban (2022) 448p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux  éditions Urban pour leur confiance.

Batman et Catwoman forment le couple le plus mythique du monde des super-héros. Se courant après depuis des décennies, Selina Kyle et Bruce Wayne ont finalement décidé d’unir leur destin et de se marier. Puis Bruce Wayne est mort d’un cancer, laissant sa femme et sa fille dans une Gotham (presque) pacifiée. Mais leur vie d’amants a t’elle été si douce? Comment devenir madame Bruce Wayne quand on est une orpheline éprise de liberté et farouchement contestataire?

Exclusif : encore une fois Batman et Catwoman se mettent en (...) - ActuaBDDepuis quatre ans Tom King est probablement le plus intéressants des scénaristes de l’univers DC (voir du monde des superslip dans son ensemble…). Après s’être fait remarquer sur son Sherif of Babylon et d’autres ouvrages en compagnie de son acolyte Mitch Gerads, il est à la tête de pas loin de trois albums majeurs en 2022 en collaborant avec la fine fleur des artistes US vers un graphisme plus grand public mais des projets toujours exigeants. Car contrairement à l’autre grand Tom, King se veut intello via des structures narratives complexes et déstructurées. En suivant ce modèle et en corrompant la base hyper-classiques il se permet de remettre au gout du jour des personnages totalement désuets tels que Mister Miracle, Adam Strange ou la cousine de Superman. Et ça marche!

Car sous l’habillage qui parlera aux fans des personnages Tom King aborde des questions primordiales des imaginaires et des légendes: le rôle du héros, de la vérité, le libre arbitre et le carcan social qui enferme tout un chacun, portant cape ou non. Dans ce très attendu Batman/Catwoman qui enjolive encore le déjà fort qualitatif catalogue du Black Label on a une nouvelle fois un abus de titre imposant un Batman là où il n’y en a presque pas. Non, c’est bien une aventure de Catwoman que vous allez lire: le récit destructuré de sa vie pendant et après sa vie commune avec le Dark Knight. L’origine du projet remonte au « christmas special » de King et Lee Weeks sorti il y a quelques années dans le recueil « A la vie, à la mort« , dont on retrouve le premier chapitre dans ce nouveau volume. Développer le concept sur un gros volume de presque cinq cent pages (King prend toujours beaucoup de place) était une gageure partiellement remplie.

Amazon.fr - Batman/Catwoman: Bd. 1 (von 4) - King, Tom, Mann, Clay, Kruhm,  Ralph - LivresLa réussite revient d’abord aux dessins absolument exceptionnels de Clay Mann et son coloriste qui proposent une Catwoman dont vous tomberez obligatoirement amoureux! Menant la danse avec un chéri comme toujours empoté, bien plus à l’aise avec son costume qu’avec le smoking, elle virevolte dans le temps au travers de plusieurs trames temporelles infiniment croisée qui demandent un maximum de concentration pour être suivies en allant jusqu’à dissocier les textes des images. On suit ainsi l’enquête autour du meurtre d’un vieux Joker, dont est accusée Sélina Kyle autour de laquelle tournent sa fille la nouvelle Batman et le commissaire Dick Grayson, le premier Robin. l’autre temporalité suit les meurtres commis par la méchante Phantasm (apparue dans les dessins animés de Bruce Timm) et la danse macabre entre Catwoman, Batman et le Joker pour arrêter la criminelle ou le clown grotesque. Dans chacune de ces enquêtes on avance et l’on recule, les séquences de mélangent pour créer un kaléidoscope des personnages à différents moments de leur existence et de leurs relations. Ne se contentant pas de briser les règles figées du Batverse voulant que Batman et le Joker ne meurent jamais et que les méchants restent des méchants, King dresse un portrait de famille et d’une femme complexe à différents âges.

Il y a ainsi une évidente maestria technique tant dans le dessin que dans l’écriture, qui fait de ce one-shot une petite pépite BD et qui offre de la nouveauté à un univers si figé. Malheureusement le côté assez artificiel de la traque de Phantasm (malgré son design très soigné) dilue un peu l’intérêt qu’un album entièrement centré sur la minette aurait proposé. On a ainsi un indéniable plaisir tout au long des douze chapitres royalement mis en scène mais une regrettable impression d’un « a quoi bon » en clôturant le pavé, comme si l’idée d’enquête à la Batman avait été une fausse bonne idée à laquelle le personnage flamboyant de Catwoman ne laisse pas de place. Un album plus court dédié à la croqueuse de diamants aurait peut-être condensé le tout en un chef d’oeuvre. Pas loin… mais ce Batman/Catwoman reste cependant une pièce de choix pour votre collection DC.

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Primordial

Histoire complète en 164 pages en 124 pages écrite par Jeff Lemire et dessinée par Andrea Sorrentino. Parution chez Urban Comics le 28/10/22.

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Merci aux éditions Urban pour leur fidélité.

Ultime frontière et bien-être animal

L’Homme a toujours été un explorateur. Sa soif de conquête et de découverte l’a mené plus loin que n’importe quelle autre espèce, jusque dans chaque recoin de cette planète. Mais s’il veut s’assurer un avenir, L’Homme n’aura pas d’autre choix que de se tourner vers l’immensité des étoile, par delà la rassurante membrane protectrice de notre planète.

Une nouvelle frontière à explorer, une nature indomptable à dominer, rien de plus stimulant pour l’esprit humain. Mais avant de se mettre en danger, on va quand même d’abord envoyer des animaux, histoire de s’assurer que ce n’est tout de même pas trop dangereux. C’est ainsi que Laïka, Able et Baker, une chienne et deux singes, ont été envoyés par les USA et l’URSS lors de la course aux étoiles qui débuta dans les années 50.

Officiellement, Laïka cessa de donner signe de vie quelques heures après sa mise en orbite, tandis que Baker et Able sont parvenus à survivre à leur voyage et revenir sur Terre. Jeff Lemire choisit de nous raconter une autre histoire, dans laquelle le sort des animaux cosmonautes fut bien différent. Après avoir été interceptés par une intelligence extraterrestre, les trois cobayes sont embarqués dans une odyssée spatiale qui va les transformer, et qui va également déterminer le sort de l’Humanité toute entière.

Sur Terre, cependant, les choses ne sont pas aussi simples. Si les programmes spatiaux russes et américains se doutent que quelque chose ne s’est pas passé comme prévu là-haut, ils gardent néanmoins le secret, chacun à sa façon: désinformation et cloisonnement pour les uns, coercition et assassinats pour les autres. Le professeur Donald Pembrook va l’apprendre à ses dépens lorsqu’il sera recruté à la NASA en tant que consultant. Impliqué malgré lui dans une quête de réponse sur le devenir réel des animaux, il rencontrera Yelena Nostrovic, la gardienne qui prépara Laïka pour son voyage, elle-aussi persuadé que les autorités mentent sciemment à ce sujet. Jusqu’où les mènera leur enquête ?

On connaissait Jeff Lemire pour son travail sur Black Hammer, Sentient, et bien d’autres œuvres, dont certaines ont été récompensées. Pour Primordial, il met sur pied une intrigue baignant dans le complotisme, avec une dose d’uchronie. Fort à propos, quand on sait que les exploits spatiaux des années 50 et 60 ont fait l’objet, dans notre monde, de multiples théories du complot. L’histoire alternative proposée par l’auteur résonne d’ailleurs de façon inquiétante avec notre actualité géopolitique, tout en illustrant certainement les fantasmes de milliers de complotistes.

Côté SF, il faut bien avouer que Lemire nous a habitués à des univers plus fouillés et plus foisonnants (Ascender). Il se contente ici du strict minimum, tant dans l’utilisation de ses concepts que sur le background en lui-même. Le récit n’apporte en effet aucune réponse concrète sur les raisons qui motivent l’ordalie de Laïka et compagnie, ni sur l’issue finale de cette odyssée. Ce qui est quelque peu frustrant lorsqu’on ferme l’album et qu’on s’aperçoit que l’intrigue peut se résumer en un aller-retour dans l’espace, sans davantage de réponse.

C’est peut-être aussi parce que le coeur du récit ne se trouve pas là. Peu importe finalement ce que représente cette entité extraterrestre, peu importe le sort véritable de Laïka, l’important réside dans la relation profonde qui unit la chienne à sa maîtresse, un amour sincère qui transcende les années-lumière et permet des miracles.

Graphiquement, le duo qui faisait déjà des merveilles sur Gideon Falls réitère l’exploit en proposant une narration éclatée. Sorrentino scinde son style en deux, pour distinguer les deux parties du récit: photoréaliste d’une part, et déstructuré lors des scènes cosmiques. On retrouve même certaines références graphiques, comme une planche qui reprend la couverture de Dark Side of the Moon de Pinkfloyd.

Primordial est donc un récit de SF, certes moins exigeant en apparence que les autres travaux du même genre de Lemire, mais qui contient des trouvailles graphiques et narratives, ainsi qu’une profondeur thématique chère au scénariste.

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Eighty-six #1 -Les amants sacrifiés #1 – Coffee Moon #1 – The far east incident #1

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On commence à rattraper le retard manga, ce qui permet de vous proposer de tous frais avis de quatre premiers tomes fort alléchants chez trois éditeurs dont j’apprécie particulièrement les sélections manga et une excellente découverte chez Vega-Dupuis.

  • Eighty-six #1 (Asato-Yoshihara/Delcourt) – 2022 (2018), 192p., volume, 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Manga - 86 Eighty SixLe marché des Light novel est un phénomène de masse au Japon avec un essor important depuis les années 2000, qui permet à de jeunes auteurs de se faire publier. La particularité est le transmédia puisque ces histoires destinées aux young adults. Cet « Eighty-six » relate ainsi le destin croisé d’un commandant d’escouade issu d’une caste de parias et d’une brillante officier appartenant à l’élite, liés dans une guerre présentée comme sans victimes puisque officiellement uniquement menée par des drones. Bien entendu la réalité est toute autre dans cette histoire de SF militaire fortement inspirée par les guerres créées par les fascismes pour souder une population derrière son régime. Une tendance à l’utilisation de la 3D se développe dans le Manga, permettant des décors et habillages très techniques et des visuels alléchants, comme sur Egregor ou Ex-arm. Profitant donc de très sympathiques design mecha, ce tome d’ouverture présente le cadre général, abordant pas mal de sujets intéressants comme les drones, le nationalisme, les guerres lointaines, le racisme et les mensonges d’Etat. Assez brouillonnes, les séquences d’action se concluent sur une très épique attaque du héros qui nous réveille opportunément au moment d’enchaîner sur la suite. Destiné donc à un public ciblé, 86 a du potentiel qui nécessitera de ne pas trop tarder à lancer une intrigue pour l’heure cantonnée à l’exposition.

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  • Les amants sacrifiés (Kakizaki/Ki-oon) – 2022 (2020), 144p., 1/2 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

amants_sacrifies_1_ki-oonSi certains auteurs se cantonnent à un genre exclusif, voir passent leur carrière sur une unique série, on ne peut pas dire que Masasumi Kakizaki soit du genre casanier! Auteur complet, il enchaine depuis 2010 des séries courtes sur des genres aussi variés que l’horreur, le western, le peplum et désormais le thriller policier historique. Sur un diptyque court (que Ki-oon aurait été inspiré de publier en one-shot) qui adapte un film de Kyoshi Kurosawa (sans rapport avec son illustre homonyme), il aborde une des faces sombres de l’histoire impériale du Japon et plus précisément les atrocités commises par l’armée d’occupation de la Mandchourie depuis les années 1930. Pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur son dessin se caractérise par un travail des volumes et des textures très particulier qui fait littéralement sortir les formes de la page et peut donner un aspect de marionnettes à certains visages. Avec ce style beaucoup plus évident sur des genres horreur et fantastiques il est surprenant de le voir dans une intrigue contemporaine, qui manœuvre remarquablement bien la tension de cette période fascisante du Japon nationaliste et des hésitation d’une partie de la population modernisée sur une capitulation morale ou un refus de la ligne nationaliste. Le couple en question va ainsi se retrouvé confronté à ce dilemme. Et l’ensemble fonctionne parfaitement avec une économie et une densité qui devrait faire réfléchir pas mal d’auteurs de manga. Du tout bon, de l’inhabituel, qui se lit avec plaisir en attendant la conclusion au printemps 2023!

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  • Coffee Moon #1 (Bota/Doki-Doki) – 2022 (2020), 164p., 1/4 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance.

Dans une cité à la nuit éternelle et à la pluie noire, Pieta vit chaque jour la même journée, enfermée dans une boucle temporelle. Avec on amie Danae elles commencent à s’interroger et cherchent à sortir de cette routine d’évènements. Mais sortir d’un « scénario » a un coût…

coffee-moon-1-dokiToujours très attentifs à la qualité des dessins, le label manga des éditions Bamboo nous lance une nouvelle série à l’ambiance ténébreuse et incertaine qui rappelle le récent SinOAlice sorti cet été chez Kurokawa. Il s’agit du premier manga de cet auteur qui n’a publié jusqu’ici qu’un recueil d’histoires érotiques. Et bien on peut dire que graphiquement c’est une sacrée claque! Que ce soit la technique de dessin, le design, ou l’atmosphère poisseuse de cette cité, c’est un régal graphique de bout en bout pour qui aime les encrages profonds et les ambiances contrastées. Je me suis toujours interrogé sur la qualité générale et l’intérêt des trames utilisées habituellement en manga et je dois dire que ce volume est une bannière à lui seul pour la finesse et la force de ces dégradés de volumes. Niveau scénario je dois dire que tout cela reste encore un peu vaporeux même si l’on sent l’envie de l’auteur de ne pas trop tarder sur la redondance de la boucle temporelle. Un univers commence doucement à apparaître (notamment dans le journal de conclusion), qui laisse penser à un développement à la Dark City ou Matrix ou lorgne vaguement du côté de Promised neverland en manga . Un premier tome absolument convaincant donc qui demande à avancer rapidement pour voir si l’auteur a une belle grosse idée derrière la tête…

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  • The far east incident #1 (Ohue/Vega) – 2022 (2019), 164p., 1/4 tomes parus.

Lors de son occupation de la Mandchourie, les forces d’occupation japonaises se livrèrent à des expériences sur des civils au sein de l’unité 731. Après la capitulation du Japon et alors que les soldats démobilisés affluent de toute l’Asie pour retrouver leur pays dévasté, l’armée américaine combat dans l’ombre une milice terroriste visant à réinstaurer un Etat fort dans le pays vaincu. Des deux côtés combattent des « variants », humains mutants dotés d’une résistance hors du commun. Ils ont tous comme point commun d’avoir été victimes des expériences de l’unité 731…

Prenant pour base les exactions de la véritable unité 731 en Chine, ce manga à la parution lente (un volume par an environ) nous accroche dès les premières pages pour ne plus nous lâcher jusqu’à la conclusion. Alors qu’il s’agit de sa première publication, Aguri Ohue marque la rétine dans une technique graphique qui rappelle les manga de Miyazaki mais doté d’encrages très précis et efficaces et d’un respect physique et des éclairages qui jouent beaucoup dans la dynamique des séquences. Profitant d’une galerie de personnages restreinte l’auteur se concentre sur la relation entre le héros, super-combattant démobilisé, et une gamine mutante dans un esprit tragi-comique. La force de ce tome réside dans la profondeur d’un contexte assez sombre (l’unité 731, le fascisme japonais, la récupération des criminels par les américains à la fin de la guerre,…) allié à une action endiablée à coup de fusillades sanglantes et explosives et à un humour noir très efficace. Sans tomber dans une farce déplacée, on a un parfait équilibre entre interaction avec des personnages marquants et un thriller uchronique avec un très gros potentiel. Le seul point noir réside dans la lenteur de publication qui se comprend par l’aspect artisanal et auteur du manga, ce dont on ne va pas se plaindre. Et au final un des manga marquants de cette année, tout simplement!

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Amazing Fantasy

Histoire complète en 144 pages, écrite et dessinée par Kaare Andrews chez Marvel Comics. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Voyage en terre inconnue

Ils sont trois à se réveiller sur l’île de la Mort. Steve Rogers, alias Captain America, alors qu’il se trouvait sur un navire de guerre, durant la Seconde Guerre Mondiale, Natasha Romanoff, durant la Guerre Froide, alors qu’elle termine sa formation de Veuve Noire, puis Peter Parker, durant ses jeunes années en tant que Spider-Man.

Tous trois voient la mort en face puis se réveillent, échoués à différents endroits de cette île mystérieuse, qui est arpentée par des Orcs, des Dragons, des Sorciers et autres Griffons. Que font-ils ici, quel est cet endroit ? Nos trois héros pourront-ils fuir cet enfer pour rejoindre leur époque d’origine ?

Kaare Andrews, que l’on avait remarqué chez Marvel suite à son passage sur la série Iron Fist, signe ici une mini-série amoureuse et nostalgique des années 60-70, et des débuts de la maison Marvel, dont les premiers récits étaient effectivement empreints de fantasy et de magie. L’auteur décide de prendre trois héros iconiques dans des périodes qui ne le sont pas moins, pour les projeter sans ménagement dans cet univers brutal, aux antipodes de ce qui leur est familier.

Le choix de Black Widow, Captain America et Spider-Man n’a rien de choquant en soi, et permet même, par le truchement des époques différentes, de créer des quiproquo, notamment autour de Captain, qui ignore encore le rôle qu’il jouera à l’époque de Spider-Man. L’action est au rendez-vous, bien sûr, mais on peut regretter que l’auteur n’exploite pas tous les lieux communs de la fantasy, et surtout, qu’il n’ancre pas davantage son récit sur le plan émotionnel pour tous les personnages.

Je pense notamment à Black Widow, qui est ici une adolescente, supposément encore novice puisqu’elle termine sa formation à la Chambre Rouge. Et bien la chère Natasha, malgré ce postulat, se comporte souvent comme un vétéran de l’espionnage et de la manipulation, et l’auteur semble aussi oublier la jeunesse du personnage lorsqu’il la place dans des interactions sensuelles avec des personnages adultes. Il en va de même pour Peter, qui est adolescent, et qui a une romance avec une farouche guerrière qui semble elle aussi adulte… A ces moments gênants s’ajoutent d’autres plus tendres entre l’Oncle Ben et Peter, par exemple, mais le tout se noie quelque peu dans une vague de confusion, au regard de l’intrigue et de la mise en scène.

En effet, beaucoup d’éléments sont peu clairs, sans doute pas creusés par l’auteur, ce qui tend à banaliser une mini-série qui se voulait épique et grandiose, exempte de complexes car hors continuité. Toutefois, malgré ça, l’aspect purgatoire/au-delà/expérience de mort imminente reste intéressant à creuser, et permet sans doute de combler les trous du scénario. Cette version de nos héros à la sauce Conan le Barbare reste donc divertissante, mais manque l’occasion de nous transporter réellement, et finira sans doute parmi les innombrables « What-If » chers à Marvel.

Côté graphique en revanche, Kaare Andrews casse la baraque et fait la démonstration habile de la versatilité de son trait, s’adaptant aux différentes ambiances qu’il évoque et à chaque personnage. Comme quoi, scénariste et dessinateur sont effectivement deux métiers bien différents et complémentaires. On met 3 Calvin pour le dessin et le grand format, qui offre un bel objet et un confort de lecture indéniable.

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Le Dernier Atlas #3

La BD!

Dernier tome de 254 pages de la série écrite par Fabien Vehlmann, Gwen De Bonneval et dessinée/designée par Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard, et Laurence Croix. Parution le 03/09/21 aux éditions Dupuis.

Le poids du monde sur les épaules

Coup de coeur! (1)
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Ismaël Tayeb, truand nantais dont l’ingéniosité et le charisme lui avaient permis de grimper les échelons du banditisme, a eu une révélation lors d’une mission en apparence peu commune. Chargé par le dangereux Legoff de récupérer la pile nucléaire contenue dans la carcasse du Georges Sand, le dernier des robots Atlas aujourd’hui tombés en désuétude, il a entrevu une catastrophe à même d’entraîner la chute de l’Humanité.

Cette catastrophe prit la forme d’un être étrange et d’origine inconnue, ayant la faculté d’altérer son environnement , de causer des tremblements de terre, des ondes électromagnétiques ainsi que des retombées radioactives, sans parler des altérations génétiques chez des nouveau-nés.

Pour Ismaël, la vision qu’il a eue, alors qu’il se tenait au bord du gouffre qui vit émerger la créature, était on ne peut plus claire. Le destin du dernier Atlas n’était pas de satisfaire les lubies d’un baron du crime, mais de servir une dernière fois pour stopper cette menace, surnommée l’UMO. Tayeb s’est donc entouré d’une équipe, constituée d’anciens pilotes d’Atlas et d’ingénieures indiennes, afin de remettre le mécha sur pied pour la grande bataille, toujours surveillé par Legoff.

Pendant ce temps, Françoise Halfort, reporter d’investigations, assiste aux perturbations provoquées par l’UMO, et en fait même personnellement les frais. Malgré une ménopause intervenue des années auparavant, Françoise tombe enceinte, d’une enfant qui se révélera très particulière. Alors qu’elle fuit le gouvernement français qui souhaite mettre la main sur sa fille Françoise va croiser la route de David et Hamid, alliés d’Ismaël, qui cherchent à échapper à Legoff et à ses hommes.

Après moult péripéties, le Georges Sand et son équipage feront face à l’UMO en Algérie. La créature, profondément inhumaine et insondable, ne montrera pas de réel signe d’hostilité lors de cette première confrontation et finira même par disparaître assez rapidement, au grand désarroi de l’équipage, qui entre temps s’est déchiré, littéralement, sur la meilleure stratégie à adopter.

Heal the world

Alors que le monde sombre peu à peu dans le chaos, l’UMO surprend tout le monde en réapparaissant, en France cette fois. Mue par une force invisible, la créature/structure mobile se déplace, attirée semble-t-il par la fille de Françoise Halfort, laissant dans son sillage radiations et perturbation telluriques en tous genres. Le dernier Atlas doit donc se préparer pour un second round. Mais Tayeb, lui, doit manœuvrer pour se soustraire au courroux de Legoff, qui n’en a pas fini avec celui qu’il considérait déjà comme son protégé, sinon son successeur.

En effet, vexé d’avoir été doublé par Tayeb, Legoff retient en otage son père ainsi que son épouse, contraignant le gangster algéro-nantais à jouer à un jeu de dupes.

Après quinze longs mois d’attente, voici la conclusion du récit-fleuve mêlant habilement polar, SF et intrigues politiques. Sur fond d’uchronie, les auteurs nous plongent dans un récit haletant et addictif, dont les enjeux augmentent progressivement au fil des chapitres qui le ponctuent. Cet aspect feuilletonesque permet un développement sans faute des nombreux personnages, dont les destins se croisent de sorte à former une toile cohérente et dense.

La conclusion du récit, vient apporter des éléments de réponse obtenus assez logiquement dans sa diégèse sans alourdir le propos. On regrette simplement que Tayeb, désigné assez naturellement comme le protagoniste, ne soit toutefois pas celui qui mette un terme au règne de Legoff. La dernière séquence, cependant, rattrape cette impression en nous offrant un final digne du Parrain, rien que ça.

Ce dernier volume reste donc dans la lignée des deux précédents, et son contenu a de quoi le faire entrer dans le panthéon de la franco-belge de ces dernières années.

***·BD

Terra Prohibita #1

La BD!

Premier tome de 48 planches, d’un diptyque écrit par Denis-Pierre Filippi et dessiné par Patrick Laumond. Parution le 13/01/2021 aux éditions Glénat.

La Fine Fleur (du Mal)

Au début du XXe siècle, les progrès de la science ont permis de révolutionner le quotidien des européens tout en garantissant une vie meilleure et plus sûre. Enfin, pas dans l’uchronie de Terra Prohibita. Suite à un mystérieux cataclysme, une flore mutante incontrôlable a surgi et envahi des territoires entiers, dont l’Angleterre, (apparemment) et tout un pan de Paris, entraînant une mise en quarantaine des zones concernées et des vagues de migration, de la Perfide Albion vers la côte bretonne.  

L’inspecteur Melville, de la Sûreté parisienne, traque depuis longtemps maintenant l’auteur de nombreux meurtres, qu’il soupçonne d’être le biologiste Dorian Singer. En effet, ce dernier, froid et manipulateur, expérimente sadiquement sur ses victimes une sorte d’arme biologique issue d’une mutation végétale ou fongique. A l’autre bout de l’intrigue, pendant ce temps, la lanceuse d’alerte slash détective privée Valérie Kerveillan est recrutée pour retrouver un certain Dupré, employé par le Ministère de la Contamination, étrangement disparu. 

Alors que tous ces gens vont pénétrer la zone de quarantaine parisienne, le saint-scénario va les réunir et les confronter à la fois à l’enfer vert qui a pris racine au cœur de la capitale et aux machinations qui entourent le secret de la Terra Prohibita. 

Steampunk, crime et botanique

Steampunk et uchronie sont deux sous-genres du récit fantastique qui ne s’excluent pas mutuellement. Le premier présente une version fantasmée, des points de vue technologique, architectural et vestimentaire, du XXe siècle, directement initiée par les œuvres de Jules Verne, tandis que l’uchronie concrétise une version conditionnelle d’évènements sociaux et historiques. 

Avec Terra Prohibita, nous voilà directement plongés au cœur des turpitudes causées par la proverbiale science sans conscience, qui fait qu’une découverte scientifique mal appréhendée finit immanquablement par échapper à tout contrôle, ce qui tend souvent à engendrer des catastrophes, mais produit des merveilles au niveau scénaristique. En effet, on ne compte plus les inventions/découvertes/créations qui échappent à leur créateur, si bien qu’on se rassure de constater que la science in real life n’est pas le bidouillage inconscient que les auteurs nous proposent en fiction. 

Ce premier tome, censé présenter un univers riche, avec des enjeux politiques, scientifiques et sanitaires importants, se perd malheureusement en cours de route, pour obtenir un premier acte plus cacophonique et déroutant qu’instructif. Malgré des dialogues rythmés et percutants (selon les personnages), les enjeux de l’intrigue restent longtemps nébuleux et impersonnels, prouvant encore une fois qu’entre le mystère bien dosé et le flou, il n’y a qu’un pas. 

Premier exemple assez criant, celui de Dorian Singer. Personnage retors et ambigu, on le voit tuer sans manifester de remords, ce qui n’est pas, avouons-le, un trait de caractère très positif. Pour autant, il n’est pas mis en scène de façon à être perçu comme un antagoniste, au contraire. On sent que l’auteur travaille dur à le rendre charismatique, sûr de lui, intelligent et badass, de sorte que Singer relèverait davantage du anti-héros que de l’antagoniste. Or, ce dont a besoin un anti-héros, c’est avant tout d’une bonne motivation. En clair, ce genre de personnage est typiquement celui qui est amené à faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons. Or, l’auteur n’explore pas vraiment cet aspect là du personnage, ce qui sonne assez faux en l’espèce. 

Second exemple, celui de Melville, qui est censé à première vue, être un inspecteur roublard et déterminé de la sûreté parisienne, une sorte de Dirty Harry qui n’hésite pas à enfreindre quelques règles (et blesser des gens) pour atteindre son objectif (arrêter un tueur). Voilà un bon début d’anti-héros ! Seulement, après le premier tiers de l’album, le personnage devient quasi inexistant. Pourtant, il est bien là, il participe à la mission en zone de quarantaine, contraint qu’il est par un ressort de scénario qu’il ne nous appartient pas de divulgacher. Cependant, il ne sert plus à rien, et ne dit pas plus d’un mot sur le reste de l’album. En général, on concède que les personnages qui n’ont pas de profondeur, pas d’âme, ont au moins une utilité, une fonction à remplir dans le scénario. Ici, ce n’est pas le cas. 

Concernant les planches en elles-mêmes, il faut saluer le travail énorme de Patrick Laumond, qui donne vie brillamment à cet univers steampunk, avec force détails, tant sur l’architecture que sur les reste des décors intérieurs. Sa jungle mutante fait bien évidemment penser à l’excellent film Annihilation, avec créatures méconnaissables et plantes mutantes. On relève quelques erreurs lors de certaines cases panoramiques, mais rien qui ne vienne gâcher le plaisir graphique dans son ensemble. 

Terra Prohibita est donc un album à l’univers fascinant, qui souffre cependant de quelques défauts d’écriture. Gageons que le tir sera rattrapé dans la seconde moitié du diptyque.  

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Les Âges Perdus

La BD!

Premier tome de 56 pages d’une série en quatre volumes écrite par Jérôme Le Gris, dessinée par Didier Poli et colorisée par Bruno Tatti. Parution chez Dargaud le 26/03/2021.

Obscure Antique

Oubliez vos cours d’Histoire à partir du Moyen-Âge. Dans Les Âges Perdus, la Terre a subi en l’an Mil un cataclysme aux proportions bibliques qui a manqué de peu de rayer l’Humanité de la carte. Une pluie de météores est venue laver par le feu les pêchés de l’Humanité, dont les rares survivants se sont terrés des milliers d’années durant dans des grottes. Lorsque le temps fut venu et que les rayons timorés du Soleil purent enfin transpercer les nuages de cendres, les Hommes trouvèrent le courage et l’audace de s’aventurer au dehors, mettant fin aux temps de l’Obscure.

Depuis, l’Humanité est divisée en différents clans de nomades, qui parcourent cette Terre nouvelle au gré des saisons et des migrations de troupeaux, survivant à grand peine dans cet environnement hostile. Dépendants des caprices de la Nature, harcelés par des prédateurs mutants ayant profité de millénaires d’absence humaine, les femmes et les hommes des tribus ont une vie bien moins douce que nous, leurs contemporains alternatifs, privés des siècles de prospérité et de progrès scientifique qui auraient du s’offrir au genre humain après le Moyen-Âge.

Ce premier tome nous fait faire la connaissance de la Tribu de Moor, quelque part dans ce qui serait certainement l’Angleterre. Leur patriarche, Primus, est accompagné de sa fille Elaine, du solide Caratacos, d’Aigle et de Haran, dans une quête dont lui seul connaît les véritables enjeux.

Sad Max: Sorry Road

Porté par sa conviction, Primus va désobéir aux lois qui régissent les différents clans et occuper le Fort des Landes sans y être autorisé, ce qui pourrait légitimement entraîner une guerre fratricide. Ce qui le pousse à prendre un tel risque, c’est un rêve un peu fou, une perspective d’avenir qu’il n’osait pas imaginer: la possibilité de domestiquer les céréales, soit l’agriculture.

En effet, Primus essaie depuis des années de créer des culture viables, afin d’affranchir son peuple de la dépendance au gibier qui les met à la merci des autres prédateurs, les Écorcheurs en tête. Toutefois, il s’appuie sur des vestiges parcellaires de savoirs antérieurs au cataclysme, et doit faire face à toutes celles et ceux qui craignent le progrès et le changement qui l’accompagne.

Sa fille, Elaine, fait partie de ceux-là. Survivante aguerrie, elle respecte la loi des clans et craint les répercussions sur les siens. Celles-ci ne se feront pas attendre, car le courroux de la farouche guerrière Arghanna du Clan des Lunes va s’abattre sur eux avec de lourdes conséquences…

Jérôme Le Gris a décidé, pour ce récit, d’effacer mille ans d’Histoire, pour la remplacer par une série d’autres évènements dont il nous décrit la teneur, ce qui fait des Âges Perdus une uchronie en même temps qu’un récit post-apocalyptique. Le défi que représente l’uchronie est de mettre en place une nouvelle Histoire, avec un grand H comme on dit, qui soit suffisamment logique pour rendre cohérent l’univers fictif mis en place.

Le questionnement dramatique qui se pose ici est donc: que se serait-il passé si la civilisation s’était arrêtée au Moyen-Âge et que les humains avaient du repartir de zéro après un cataclysme ? Le scénariste apporte ses premiers éléments de réponse en faisant le pari que les survivants se seraient répartis en clan et auraient adopté un mode de vie nomade, comme l’avaient certainement fait nos ancêtres du néolithique.

Dans l’album, l’enjeu qui se dégage assez rapidement est celui de l’agriculture, qui dans le monde réel a constitué un pivot pour le développement de l’Humanité, puisqu’on est quasiment sûrs aujourd’hui qu’elle a entraîné la sédentarisation et les ébauches d’échanges commerciaux qui à leur tour ont engendré les civilisations. La direction du récit paraît donc tout à fait logique du point de vue de l’uchronie, même si l’on peut se demander, puisque l’auteur ne l’explique pas dans ce premier tome, comment les humains ont pu survivre durant l’Obscure, comment se sont-ils réadaptés à la vie cavernicole, et comment se fait-ils que les humains nomades soient en possession d’armes forgées alors que les savoirs anciens sont censés avoir quasiment disparu, et que la métallurgie est logiquement apparue après l’agriculture.

Les Âges perdus - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

Si les dessins solides de Didier Poli accrochent l’œil avec la qualité d’encrages que l’on connaît (rehaussés par l’excellent coloriste Bruno Tatti déjà vu sur Avant la Quête), les limites de ce premier tome reposent sur un manque de worldbuilding qui nous fait nous demander pourquoi Jérôme Le gris n’a pas simplement choisi d’installer son récit à l’époque du néolithique, l’uchronie n’apportant pour l’heure pas grand chose. Si le très réussi Horacio D’Alba du scénariste marquait une vraie singularité avec la Renaissance historique, ici on parcourt des planches certes jolies mais très classiques dans le genre médiéval/antique. L’intrigue de ce tome se résume ainsi à exposer une rupture de l’ordre établi. Le scénario comporte bien quelques belles scènes d’actions avec un sens du drame indéniable mais la finalité de ce projet semble encore obscure, aboutissant à une progression un peu poussive.

L’exposition est souvent compliquée et le format de quadrilogie devrait permettre à la série de prendre son essor pour peu que les auteurs assument une vraie rupture qui permette de sortir du tout-venant tribal-celtique…

Article rédigé par Dahaka et Blondin.

**·Comics·Numérique·Rapidos·Rétro

Batman au XIX° siècle

Comic de Brian Augustyn, Mike Mignola et Eduardo Barreto
Urban (2009), 114 p. one-shot.
Précédemment publié sous le titre Gotham by gaslight.

Bruce Wayne rentre d’un long voyage en Europe alors que sévissent à Londres les atroces crimes de celui qu’on dénomme déjà Jack l’éventreur. Alors que la vie mondaine commence à ennuyer l’héritier de Gotham, la police dirigée par le commissaire Gordon découvre des cadavres mutilés sur le même modèle que les victimes londoniennes… Bien vite le justicier nocturne de la cité reprends du service, bien décidé à protéger sa ville.

badge numeriqueAprès l’expérimentation d’Azarello et Bermejo sur Luthor j’ai décidé de me lancer dans une autre trouvaille qui remonte un peu, la variation steampunk sur Batman par monsieur Mignola. Sur le papier le paquet semble très alléchant avec un auteur réputé pour son exploration des mythes gothiques et l’idée d’une chasse entre le plus grand détective du monde Batman - Gotham by Gaslight - Mike Mignola, Brian Augustyn, Eduardo Barreto  - cartonné - Achat Livre | fnacet le plus grand assassin de l’histoire. Pour commencer je précise que l’album (assez court) rassemble deux histoires qui si elles ont pour point commun de se situer toutes deux dans une uchronique Gotham du XIX° (uchronique car transposant bien Bruce Wayne à cette époque et non son grand-père…), sont fort différentes tant graphiquement que scénaristiquement. Le principal apport original de ces histoires est de présenter un Wayne que l’on ne voit plus beaucoup dans les albums d’aujourd’hui: dandy, roublard et ravi de son mode de vie. On est bien loin du sombre milliardaire torturé et vaguement sociopathe… La brièveté des deux histoires rend au final cette lecture sympathique mais assez vide, loin d’une ambition supposée. La résolution de l’intrigue est finalement bien vite envoyée, sans enjeu réel sur l’itinéraire du Batman. Le design général ne déborde pas du simple gothique, le seul côté steampunk apparaissant dans la seconde intrigue et son dénouement surprenant. Contre toute attente le plus faible des deux est bien le Mignola même si le dessin du second épisode est sommes toutes vraiment classique et assez éloigné de l’aspect Dark-Knight… Au final cette lecture n’est pas franchement ratée mais bien peu ambitieuse et assez vite oubliée.

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Horseback 1861

La BD!

Album de 142 pages, écrit par Hasteda et dessiné par Nikho. Série en cours. Parution le 11/09/2020 au sein du Label 619 des éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Danse avec les Rouges

A première vue, Redford Randall pourrait être votre cowboy typique: cliquetis des santiags dans la poussière du désert, moustache badass et dégaine rugueuse de ceux ayant vécu la conquête de l’Ouest. Cependant, Randall n’a pas vécu dans le même monde que nous. Son Amérique a lui n’est pas parvenue à exterminer les amérindiens, qui se sont soulevés en masse contre les colons et ont fini par former la Nation Indienne, occupant ainsi farouchement une partie du territoire Nord-américain.

Les états américains, trop occupés par cette menace pour s’écharper au cours d’une Guerre de Sécession, ont formé les États Unifiés d’Amérique, avec à sa tête un Président Clarks bien déterminé à mettre à bas la Nation Indienne.

L’album débute donc assez rapidement sur ces bases uchroniques. Randall, épuisé et marqué par l’horreur des guerres indiennes, décide de prendre enfin sa retraite et de se retirer des combats et de la chasse à la prime. Souhaitant rester auprès de sa fille Jackie, Randall crée son entreprise de convoyage, s’imaginant sillonner paisiblement le Michigan pour livrer des marchandises diverses.

Sa première livraison, commanditée par le Département de l’Agriculture, consistera en quelques caisses d’un engrais spécial, destiné aux propriétaires terriens de Californie dont les terres ont été mises à rude épreuves par les dernières saisons. Qu’à cela ne tienne, Randall mobilise sa flamboyante équipe de bras cassés pour cette livraison, mais la Randall Delivery risque de regretter d’avoir accepté cette mission…

Du sang et de l’engrais

Horseback 1861 a pour lui l’habileté avec laquelle l’auteur Hasteda manie l’uchronie, le genre fictionnel consistant à construire un univers en partant sur une modification chronologique et en tirant les conséquences logiques. Ici, c’est l’assassinat d’Abraham Lincoln, qui a lieu des années plus tôt que dans notre réalité, ce qui évite la fameuse Civil War américaine.

Le reste se construit sur le modèle du road trip, avec les péripéties que l’on peut s’attendre à trouver dans un western de ce genre. L’auteur ne boude pas son plaisir, et insère çà et là des références à d’autres œuvres western, parfois transmédia (Red Dead Redemption, par exemple), le tout mis en exergue par une violence graphique assez brute mais loin d’être outrancière.

Le casting est varié et de bonne composition, toutefois, si les héros ne s’en sortent pas trop mal en termes de caractérisation et de développement, les antagonistes, eux, souffrent d’une écriture bancale et peut-être un peu grossière. Certains sont difficilement distinguables de par leur design, d’autres sont d’un manichéisme exacerbé, d’autres encore jouent la carte complotiste sans vraiment convaincre.

Les séquences d’action manquent parfois de clarté, car elles demandent un effort supplémentaire pour distinguer tel ou tel protagoniste, même si l’ensemble du casting a droit à ses moments de bravoure. Il n’en demeure pas moins que l’ensemble manque de fluidité, rendant la lecture parfois laborieuse.

En résumé, Horseback 1861 offre un univers intéressant mêlant western et uchronie, toutefois son exécution contient quelques faiblesses pouvant entraver le plaisir de lecture.

***·Comics·Nouveau !

Hope

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Histoire complète en 80 pages noir et blanc, écrite par Guy Adams et dessinée par Jimmy Broxton, parue initialement chez 2000AD et publiée le 27/05/20 aux éditions Delcourt.

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L’Espoir fait vivre

Mallory Hope est un détective privé qui se respecte: moribond, alcoolique, désabusé tout en restant badass, il enchaîne les enquêtes obscures dans une sorte d’uchronie américaine en 1940.

Ce qui distingue Mallory Hope de votre Jack Gittes habituel, c’est qu’il manie de périlleuses forces issues des arcanes magiques, qui peuvent l’aider dans ses enquêtes, mais qui sont tout aussi susceptibles de causer sa perte.

Il s’avère, dans ce monde en noir et blanc, que la magie est derrière beaucoup d’événements historiques, sous-tendant les grands changements et bien souvent, attisant les plus grandes catastrophes.

Hanté par son passé, comme tout bon personnage de roman Noir, Hope va bien évidemment se voir confier une enquête qui y fait écho, et ainsi se lancer à la recherche d’un enfant-star disparu dans les méandres de Los Angeles. Hope, adepte des backstages, saura-t-il manœuvrer sous les feux des projecteurs ?

Hope de Guy Adams, Jimmy Broxton - BDfugue.com

Noir c’est noir…

En lisant Hope, on ne pense pas seulement aux œuvres noires comme Chinatown ou Boulevard du Crépuscule, mais aussi inévitablement à Hellblazer. En effet, difficile de ne pas remarquer les similitudes entre Hope et le fameux John Constantine, les deux étant des enquêteurs de l’étrange, adeptes des forces occultes au caractère bien trempé, évoluant dans un univers crépusculaire.

L’intrigue quant à elle, suit une trame assez linéaire sans parti-pris spécifique, l’usage de la magie étant lui-même relativement sporadique, voire anecdotique, puisque l’enquête aurait finalement eu le même cours dans un univers « normal », sans magie.

Le point fort de Hope, outre l’ambiance, ce sont les magnifiques dessins de Jimmy Broxton, qui sortent des cases à chacune des pages. Le noir et blanc met totalement son style en valeur, pour un rendu final assez bluffant.

Hope se lit vite et installe une ambiance noire de façon efficace. On peut déplorer la linéarité de l’intrigue et une fin abrupte, mais la partie graphique rehausse indubitablement le tout !