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Amazing Fantasy

Histoire complète en 144 pages, écrite et dessinée par Kaare Andrews chez Marvel Comics. Parution en France chez Panini Comics le 22/06/22.

Voyage en terre inconnue

Ils sont trois à se réveiller sur l’île de la Mort. Steve Rogers, alias Captain America, alors qu’il se trouvait sur un navire de guerre, durant la Seconde Guerre Mondiale, Natasha Romanoff, durant la Guerre Froide, alors qu’elle termine sa formation de Veuve Noire, puis Peter Parker, durant ses jeunes années en tant que Spider-Man.

Tous trois voient la mort en face puis se réveillent, échoués à différents endroits de cette île mystérieuse, qui est arpentée par des Orcs, des Dragons, des Sorciers et autres Griffons. Que font-ils ici, quel est cet endroit ? Nos trois héros pourront-ils fuir cet enfer pour rejoindre leur époque d’origine ?

Kaare Andrews, que l’on avait remarqué chez Marvel suite à son passage sur la série Iron Fist, signe ici une mini-série amoureuse et nostalgique des années 60-70, et des débuts de la maison Marvel, dont les premiers récits étaient effectivement empreints de fantasy et de magie. L’auteur décide de prendre trois héros iconiques dans des périodes qui ne le sont pas moins, pour les projeter sans ménagement dans cet univers brutal, aux antipodes de ce qui leur est familier.

Le choix de Black Widow, Captain America et Spider-Man n’a rien de choquant en soi, et permet même, par le truchement des époques différentes, de créer des quiproquo, notamment autour de Captain, qui ignore encore le rôle qu’il jouera à l’époque de Spider-Man. L’action est au rendez-vous, bien sûr, mais on peut regretter que l’auteur n’exploite pas tous les lieux communs de la fantasy, et surtout, qu’il n’ancre pas davantage son récit sur le plan émotionnel pour tous les personnages.

Je pense notamment à Black Widow, qui est ici une adolescente, supposément encore novice puisqu’elle termine sa formation à la Chambre Rouge. Et bien la chère Natasha, malgré ce postulat, se comporte souvent comme un vétéran de l’espionnage et de la manipulation, et l’auteur semble aussi oublier la jeunesse du personnage lorsqu’il la place dans des interactions sensuelles avec des personnages adultes. Il en va de même pour Peter, qui est adolescent, et qui a une romance avec une farouche guerrière qui semble elle aussi adulte… A ces moments gênants s’ajoutent d’autres plus tendres entre l’Oncle Ben et Peter, par exemple, mais le tout se noie quelque peu dans une vague de confusion, au regard de l’intrigue et de la mise en scène.

En effet, beaucoup d’éléments sont peu clairs, sans doute pas creusés par l’auteur, ce qui tend à banaliser une mini-série qui se voulait épique et grandiose, exempte de complexes car hors continuité. Toutefois, malgré ça, l’aspect purgatoire/au-delà/expérience de mort imminente reste intéressant à creuser, et permet sans doute de combler les trous du scénario. Cette version de nos héros à la sauce Conan le Barbare reste donc divertissante, mais manque l’occasion de nous transporter réellement, et finira sans doute parmi les innombrables « What-If » chers à Marvel.

Côté graphique en revanche, Kaare Andrews casse la baraque et fait la démonstration habile de la versatilité de son trait, s’adaptant aux différentes ambiances qu’il évoque et à chaque personnage. Comme quoi, scénariste et dessinateur sont effectivement deux métiers bien différents et complémentaires. On met 3 Calvin pour le dessin et le grand format, qui offre un bel objet et un confort de lecture indéniable.

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Le Dernier Atlas #3

La BD!

Dernier tome de 254 pages de la série écrite par Fabien Vehlmann, Gwen De Bonneval et dessinée/designée par Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard, et Laurence Croix. Parution le 03/09/21 aux éditions Dupuis.

Le poids du monde sur les épaules

Coup de coeur! (1)
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Ismaël Tayeb, truand nantais dont l’ingéniosité et le charisme lui avaient permis de grimper les échelons du banditisme, a eu une révélation lors d’une mission en apparence peu commune. Chargé par le dangereux Legoff de récupérer la pile nucléaire contenue dans la carcasse du Georges Sand, le dernier des robots Atlas aujourd’hui tombés en désuétude, il a entrevu une catastrophe à même d’entraîner la chute de l’Humanité.

Cette catastrophe prit la forme d’un être étrange et d’origine inconnue, ayant la faculté d’altérer son environnement , de causer des tremblements de terre, des ondes électromagnétiques ainsi que des retombées radioactives, sans parler des altérations génétiques chez des nouveau-nés.

Pour Ismaël, la vision qu’il a eue, alors qu’il se tenait au bord du gouffre qui vit émerger la créature, était on ne peut plus claire. Le destin du dernier Atlas n’était pas de satisfaire les lubies d’un baron du crime, mais de servir une dernière fois pour stopper cette menace, surnommée l’UMO. Tayeb s’est donc entouré d’une équipe, constituée d’anciens pilotes d’Atlas et d’ingénieures indiennes, afin de remettre le mécha sur pied pour la grande bataille, toujours surveillé par Legoff.

Pendant ce temps, Françoise Halfort, reporter d’investigations, assiste aux perturbations provoquées par l’UMO, et en fait même personnellement les frais. Malgré une ménopause intervenue des années auparavant, Françoise tombe enceinte, d’une enfant qui se révélera très particulière. Alors qu’elle fuit le gouvernement français qui souhaite mettre la main sur sa fille Françoise va croiser la route de David et Hamid, alliés d’Ismaël, qui cherchent à échapper à Legoff et à ses hommes.

Après moult péripéties, le Georges Sand et son équipage feront face à l’UMO en Algérie. La créature, profondément inhumaine et insondable, ne montrera pas de réel signe d’hostilité lors de cette première confrontation et finira même par disparaître assez rapidement, au grand désarroi de l’équipage, qui entre temps s’est déchiré, littéralement, sur la meilleure stratégie à adopter.

Heal the world

Alors que le monde sombre peu à peu dans le chaos, l’UMO surprend tout le monde en réapparaissant, en France cette fois. Mue par une force invisible, la créature/structure mobile se déplace, attirée semble-t-il par la fille de Françoise Halfort, laissant dans son sillage radiations et perturbation telluriques en tous genres. Le dernier Atlas doit donc se préparer pour un second round. Mais Tayeb, lui, doit manœuvrer pour se soustraire au courroux de Legoff, qui n’en a pas fini avec celui qu’il considérait déjà comme son protégé, sinon son successeur.

En effet, vexé d’avoir été doublé par Tayeb, Legoff retient en otage son père ainsi que son épouse, contraignant le gangster algéro-nantais à jouer à un jeu de dupes.

Après quinze longs mois d’attente, voici la conclusion du récit-fleuve mêlant habilement polar, SF et intrigues politiques. Sur fond d’uchronie, les auteurs nous plongent dans un récit haletant et addictif, dont les enjeux augmentent progressivement au fil des chapitres qui le ponctuent. Cet aspect feuilletonesque permet un développement sans faute des nombreux personnages, dont les destins se croisent de sorte à former une toile cohérente et dense.

La conclusion du récit, vient apporter des éléments de réponse obtenus assez logiquement dans sa diégèse sans alourdir le propos. On regrette simplement que Tayeb, désigné assez naturellement comme le protagoniste, ne soit toutefois pas celui qui mette un terme au règne de Legoff. La dernière séquence, cependant, rattrape cette impression en nous offrant un final digne du Parrain, rien que ça.

Ce dernier volume reste donc dans la lignée des deux précédents, et son contenu a de quoi le faire entrer dans le panthéon de la franco-belge de ces dernières années.

***·BD

Terra Prohibita #1

La BD!

Premier tome de 48 planches, d’un diptyque écrit par Denis-Pierre Filippi et dessiné par Patrick Laumond. Parution le 13/01/2021 aux éditions Glénat.

La Fine Fleur (du Mal)

Au début du XXe siècle, les progrès de la science ont permis de révolutionner le quotidien des européens tout en garantissant une vie meilleure et plus sûre. Enfin, pas dans l’uchronie de Terra Prohibita. Suite à un mystérieux cataclysme, une flore mutante incontrôlable a surgi et envahi des territoires entiers, dont l’Angleterre, (apparemment) et tout un pan de Paris, entraînant une mise en quarantaine des zones concernées et des vagues de migration, de la Perfide Albion vers la côte bretonne.  

L’inspecteur Melville, de la Sûreté parisienne, traque depuis longtemps maintenant l’auteur de nombreux meurtres, qu’il soupçonne d’être le biologiste Dorian Singer. En effet, ce dernier, froid et manipulateur, expérimente sadiquement sur ses victimes une sorte d’arme biologique issue d’une mutation végétale ou fongique. A l’autre bout de l’intrigue, pendant ce temps, la lanceuse d’alerte slash détective privée Valérie Kerveillan est recrutée pour retrouver un certain Dupré, employé par le Ministère de la Contamination, étrangement disparu. 

Alors que tous ces gens vont pénétrer la zone de quarantaine parisienne, le saint-scénario va les réunir et les confronter à la fois à l’enfer vert qui a pris racine au cœur de la capitale et aux machinations qui entourent le secret de la Terra Prohibita. 

Steampunk, crime et botanique

Steampunk et uchronie sont deux sous-genres du récit fantastique qui ne s’excluent pas mutuellement. Le premier présente une version fantasmée, des points de vue technologique, architectural et vestimentaire, du XXe siècle, directement initiée par les œuvres de Jules Verne, tandis que l’uchronie concrétise une version conditionnelle d’évènements sociaux et historiques. 

Avec Terra Prohibita, nous voilà directement plongés au cœur des turpitudes causées par la proverbiale science sans conscience, qui fait qu’une découverte scientifique mal appréhendée finit immanquablement par échapper à tout contrôle, ce qui tend souvent à engendrer des catastrophes, mais produit des merveilles au niveau scénaristique. En effet, on ne compte plus les inventions/découvertes/créations qui échappent à leur créateur, si bien qu’on se rassure de constater que la science in real life n’est pas le bidouillage inconscient que les auteurs nous proposent en fiction. 

Ce premier tome, censé présenter un univers riche, avec des enjeux politiques, scientifiques et sanitaires importants, se perd malheureusement en cours de route, pour obtenir un premier acte plus cacophonique et déroutant qu’instructif. Malgré des dialogues rythmés et percutants (selon les personnages), les enjeux de l’intrigue restent longtemps nébuleux et impersonnels, prouvant encore une fois qu’entre le mystère bien dosé et le flou, il n’y a qu’un pas. 

Premier exemple assez criant, celui de Dorian Singer. Personnage retors et ambigu, on le voit tuer sans manifester de remords, ce qui n’est pas, avouons-le, un trait de caractère très positif. Pour autant, il n’est pas mis en scène de façon à être perçu comme un antagoniste, au contraire. On sent que l’auteur travaille dur à le rendre charismatique, sûr de lui, intelligent et badass, de sorte que Singer relèverait davantage du anti-héros que de l’antagoniste. Or, ce dont a besoin un anti-héros, c’est avant tout d’une bonne motivation. En clair, ce genre de personnage est typiquement celui qui est amené à faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons. Or, l’auteur n’explore pas vraiment cet aspect là du personnage, ce qui sonne assez faux en l’espèce. 

Second exemple, celui de Melville, qui est censé à première vue, être un inspecteur roublard et déterminé de la sûreté parisienne, une sorte de Dirty Harry qui n’hésite pas à enfreindre quelques règles (et blesser des gens) pour atteindre son objectif (arrêter un tueur). Voilà un bon début d’anti-héros ! Seulement, après le premier tiers de l’album, le personnage devient quasi inexistant. Pourtant, il est bien là, il participe à la mission en zone de quarantaine, contraint qu’il est par un ressort de scénario qu’il ne nous appartient pas de divulgacher. Cependant, il ne sert plus à rien, et ne dit pas plus d’un mot sur le reste de l’album. En général, on concède que les personnages qui n’ont pas de profondeur, pas d’âme, ont au moins une utilité, une fonction à remplir dans le scénario. Ici, ce n’est pas le cas. 

Concernant les planches en elles-mêmes, il faut saluer le travail énorme de Patrick Laumond, qui donne vie brillamment à cet univers steampunk, avec force détails, tant sur l’architecture que sur les reste des décors intérieurs. Sa jungle mutante fait bien évidemment penser à l’excellent film Annihilation, avec créatures méconnaissables et plantes mutantes. On relève quelques erreurs lors de certaines cases panoramiques, mais rien qui ne vienne gâcher le plaisir graphique dans son ensemble. 

Terra Prohibita est donc un album à l’univers fascinant, qui souffre cependant de quelques défauts d’écriture. Gageons que le tir sera rattrapé dans la seconde moitié du diptyque.  

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Les Âges Perdus

La BD!

Premier tome de 56 pages d’une série en quatre volumes écrite par Jérôme Le Gris, dessinée par Didier Poli et colorisée par Bruno Tatti. Parution chez Dargaud le 26/03/2021.

Obscure Antique

Oubliez vos cours d’Histoire à partir du Moyen-Âge. Dans Les Âges Perdus, la Terre a subi en l’an Mil un cataclysme aux proportions bibliques qui a manqué de peu de rayer l’Humanité de la carte. Une pluie de météores est venue laver par le feu les pêchés de l’Humanité, dont les rares survivants se sont terrés des milliers d’années durant dans des grottes. Lorsque le temps fut venu et que les rayons timorés du Soleil purent enfin transpercer les nuages de cendres, les Hommes trouvèrent le courage et l’audace de s’aventurer au dehors, mettant fin aux temps de l’Obscure.

Depuis, l’Humanité est divisée en différents clans de nomades, qui parcourent cette Terre nouvelle au gré des saisons et des migrations de troupeaux, survivant à grand peine dans cet environnement hostile. Dépendants des caprices de la Nature, harcelés par des prédateurs mutants ayant profité de millénaires d’absence humaine, les femmes et les hommes des tribus ont une vie bien moins douce que nous, leurs contemporains alternatifs, privés des siècles de prospérité et de progrès scientifique qui auraient du s’offrir au genre humain après le Moyen-Âge.

Ce premier tome nous fait faire la connaissance de la Tribu de Moor, quelque part dans ce qui serait certainement l’Angleterre. Leur patriarche, Primus, est accompagné de sa fille Elaine, du solide Caratacos, d’Aigle et de Haran, dans une quête dont lui seul connaît les véritables enjeux.

Sad Max: Sorry Road

Porté par sa conviction, Primus va désobéir aux lois qui régissent les différents clans et occuper le Fort des Landes sans y être autorisé, ce qui pourrait légitimement entraîner une guerre fratricide. Ce qui le pousse à prendre un tel risque, c’est un rêve un peu fou, une perspective d’avenir qu’il n’osait pas imaginer: la possibilité de domestiquer les céréales, soit l’agriculture.

En effet, Primus essaie depuis des années de créer des culture viables, afin d’affranchir son peuple de la dépendance au gibier qui les met à la merci des autres prédateurs, les Écorcheurs en tête. Toutefois, il s’appuie sur des vestiges parcellaires de savoirs antérieurs au cataclysme, et doit faire face à toutes celles et ceux qui craignent le progrès et le changement qui l’accompagne.

Sa fille, Elaine, fait partie de ceux-là. Survivante aguerrie, elle respecte la loi des clans et craint les répercussions sur les siens. Celles-ci ne se feront pas attendre, car le courroux de la farouche guerrière Arghanna du Clan des Lunes va s’abattre sur eux avec de lourdes conséquences…

Jérôme Le Gris a décidé, pour ce récit, d’effacer mille ans d’Histoire, pour la remplacer par une série d’autres évènements dont il nous décrit la teneur, ce qui fait des Âges Perdus une uchronie en même temps qu’un récit post-apocalyptique. Le défi que représente l’uchronie est de mettre en place une nouvelle Histoire, avec un grand H comme on dit, qui soit suffisamment logique pour rendre cohérent l’univers fictif mis en place.

Le questionnement dramatique qui se pose ici est donc: que se serait-il passé si la civilisation s’était arrêtée au Moyen-Âge et que les humains avaient du repartir de zéro après un cataclysme ? Le scénariste apporte ses premiers éléments de réponse en faisant le pari que les survivants se seraient répartis en clan et auraient adopté un mode de vie nomade, comme l’avaient certainement fait nos ancêtres du néolithique.

Dans l’album, l’enjeu qui se dégage assez rapidement est celui de l’agriculture, qui dans le monde réel a constitué un pivot pour le développement de l’Humanité, puisqu’on est quasiment sûrs aujourd’hui qu’elle a entraîné la sédentarisation et les ébauches d’échanges commerciaux qui à leur tour ont engendré les civilisations. La direction du récit paraît donc tout à fait logique du point de vue de l’uchronie, même si l’on peut se demander, puisque l’auteur ne l’explique pas dans ce premier tome, comment les humains ont pu survivre durant l’Obscure, comment se sont-ils réadaptés à la vie cavernicole, et comment se fait-ils que les humains nomades soient en possession d’armes forgées alors que les savoirs anciens sont censés avoir quasiment disparu, et que la métallurgie est logiquement apparue après l’agriculture.

Les Âges perdus - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

Si les dessins solides de Didier Poli accrochent l’œil avec la qualité d’encrages que l’on connaît (rehaussés par l’excellent coloriste Bruno Tatti déjà vu sur Avant la Quête), les limites de ce premier tome reposent sur un manque de worldbuilding qui nous fait nous demander pourquoi Jérôme Le gris n’a pas simplement choisi d’installer son récit à l’époque du néolithique, l’uchronie n’apportant pour l’heure pas grand chose. Si le très réussi Horacio D’Alba du scénariste marquait une vraie singularité avec la Renaissance historique, ici on parcourt des planches certes jolies mais très classiques dans le genre médiéval/antique. L’intrigue de ce tome se résume ainsi à exposer une rupture de l’ordre établi. Le scénario comporte bien quelques belles scènes d’actions avec un sens du drame indéniable mais la finalité de ce projet semble encore obscure, aboutissant à une progression un peu poussive.

L’exposition est souvent compliquée et le format de quadrilogie devrait permettre à la série de prendre son essor pour peu que les auteurs assument une vraie rupture qui permette de sortir du tout-venant tribal-celtique…

Article rédigé par Dahaka et Blondin.

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Batman au XIX° siècle

Comic de Brian Augustyn, Mike Mignola et Eduardo Barreto
Urban (2009), 114 p. one-shot.
Précédemment publié sous le titre Gotham by gaslight.

Bruce Wayne rentre d’un long voyage en Europe alors que sévissent à Londres les atroces crimes de celui qu’on dénomme déjà Jack l’éventreur. Alors que la vie mondaine commence à ennuyer l’héritier de Gotham, la police dirigée par le commissaire Gordon découvre des cadavres mutilés sur le même modèle que les victimes londoniennes… Bien vite le justicier nocturne de la cité reprends du service, bien décidé à protéger sa ville.

badge numeriqueAprès l’expérimentation d’Azarello et Bermejo sur Luthor j’ai décidé de me lancer dans une autre trouvaille qui remonte un peu, la variation steampunk sur Batman par monsieur Mignola. Sur le papier le paquet semble très alléchant avec un auteur réputé pour son exploration des mythes gothiques et l’idée d’une chasse entre le plus grand détective du monde Batman - Gotham by Gaslight - Mike Mignola, Brian Augustyn, Eduardo Barreto  - cartonné - Achat Livre | fnacet le plus grand assassin de l’histoire. Pour commencer je précise que l’album (assez court) rassemble deux histoires qui si elles ont pour point commun de se situer toutes deux dans une uchronique Gotham du XIX° (uchronique car transposant bien Bruce Wayne à cette époque et non son grand-père…), sont fort différentes tant graphiquement que scénaristiquement. Le principal apport original de ces histoires est de présenter un Wayne que l’on ne voit plus beaucoup dans les albums d’aujourd’hui: dandy, roublard et ravi de son mode de vie. On est bien loin du sombre milliardaire torturé et vaguement sociopathe… La brièveté des deux histoires rend au final cette lecture sympathique mais assez vide, loin d’une ambition supposée. La résolution de l’intrigue est finalement bien vite envoyée, sans enjeu réel sur l’itinéraire du Batman. Le design général ne déborde pas du simple gothique, le seul côté steampunk apparaissant dans la seconde intrigue et son dénouement surprenant. Contre toute attente le plus faible des deux est bien le Mignola même si le dessin du second épisode est sommes toutes vraiment classique et assez éloigné de l’aspect Dark-Knight… Au final cette lecture n’est pas franchement ratée mais bien peu ambitieuse et assez vite oubliée.

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Horseback 1861

La BD!

Album de 142 pages, écrit par Hasteda et dessiné par Nikho. Série en cours. Parution le 11/09/2020 au sein du Label 619 des éditions Ankama.

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Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Danse avec les Rouges

A première vue, Redford Randall pourrait être votre cowboy typique: cliquetis des santiags dans la poussière du désert, moustache badass et dégaine rugueuse de ceux ayant vécu la conquête de l’Ouest. Cependant, Randall n’a pas vécu dans le même monde que nous. Son Amérique a lui n’est pas parvenue à exterminer les amérindiens, qui se sont soulevés en masse contre les colons et ont fini par former la Nation Indienne, occupant ainsi farouchement une partie du territoire Nord-américain.

Les états américains, trop occupés par cette menace pour s’écharper au cours d’une Guerre de Sécession, ont formé les États Unifiés d’Amérique, avec à sa tête un Président Clarks bien déterminé à mettre à bas la Nation Indienne.

L’album débute donc assez rapidement sur ces bases uchroniques. Randall, épuisé et marqué par l’horreur des guerres indiennes, décide de prendre enfin sa retraite et de se retirer des combats et de la chasse à la prime. Souhaitant rester auprès de sa fille Jackie, Randall crée son entreprise de convoyage, s’imaginant sillonner paisiblement le Michigan pour livrer des marchandises diverses.

Sa première livraison, commanditée par le Département de l’Agriculture, consistera en quelques caisses d’un engrais spécial, destiné aux propriétaires terriens de Californie dont les terres ont été mises à rude épreuves par les dernières saisons. Qu’à cela ne tienne, Randall mobilise sa flamboyante équipe de bras cassés pour cette livraison, mais la Randall Delivery risque de regretter d’avoir accepté cette mission…

Du sang et de l’engrais

Horseback 1861 a pour lui l’habileté avec laquelle l’auteur Hasteda manie l’uchronie, le genre fictionnel consistant à construire un univers en partant sur une modification chronologique et en tirant les conséquences logiques. Ici, c’est l’assassinat d’Abraham Lincoln, qui a lieu des années plus tôt que dans notre réalité, ce qui évite la fameuse Civil War américaine.

Le reste se construit sur le modèle du road trip, avec les péripéties que l’on peut s’attendre à trouver dans un western de ce genre. L’auteur ne boude pas son plaisir, et insère çà et là des références à d’autres œuvres western, parfois transmédia (Red Dead Redemption, par exemple), le tout mis en exergue par une violence graphique assez brute mais loin d’être outrancière.

Le casting est varié et de bonne composition, toutefois, si les héros ne s’en sortent pas trop mal en termes de caractérisation et de développement, les antagonistes, eux, souffrent d’une écriture bancale et peut-être un peu grossière. Certains sont difficilement distinguables de par leur design, d’autres sont d’un manichéisme exacerbé, d’autres encore jouent la carte complotiste sans vraiment convaincre.

Les séquences d’action manquent parfois de clarté, car elles demandent un effort supplémentaire pour distinguer tel ou tel protagoniste, même si l’ensemble du casting a droit à ses moments de bravoure. Il n’en demeure pas moins que l’ensemble manque de fluidité, rendant la lecture parfois laborieuse.

En résumé, Horseback 1861 offre un univers intéressant mêlant western et uchronie, toutefois son exécution contient quelques faiblesses pouvant entraver le plaisir de lecture.

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Hope

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Histoire complète en 80 pages noir et blanc, écrite par Guy Adams et dessinée par Jimmy Broxton, parue initialement chez 2000AD et publiée le 27/05/20 aux éditions Delcourt.

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L’Espoir fait vivre

Mallory Hope est un détective privé qui se respecte: moribond, alcoolique, désabusé tout en restant badass, il enchaîne les enquêtes obscures dans une sorte d’uchronie américaine en 1940.

Ce qui distingue Mallory Hope de votre Jack Gittes habituel, c’est qu’il manie de périlleuses forces issues des arcanes magiques, qui peuvent l’aider dans ses enquêtes, mais qui sont tout aussi susceptibles de causer sa perte.

Il s’avère, dans ce monde en noir et blanc, que la magie est derrière beaucoup d’événements historiques, sous-tendant les grands changements et bien souvent, attisant les plus grandes catastrophes.

Hanté par son passé, comme tout bon personnage de roman Noir, Hope va bien évidemment se voir confier une enquête qui y fait écho, et ainsi se lancer à la recherche d’un enfant-star disparu dans les méandres de Los Angeles. Hope, adepte des backstages, saura-t-il manœuvrer sous les feux des projecteurs ?

Hope de Guy Adams, Jimmy Broxton - BDfugue.com

Noir c’est noir…

En lisant Hope, on ne pense pas seulement aux œuvres noires comme Chinatown ou Boulevard du Crépuscule, mais aussi inévitablement à Hellblazer. En effet, difficile de ne pas remarquer les similitudes entre Hope et le fameux John Constantine, les deux étant des enquêteurs de l’étrange, adeptes des forces occultes au caractère bien trempé, évoluant dans un univers crépusculaire.

L’intrigue quant à elle, suit une trame assez linéaire sans parti-pris spécifique, l’usage de la magie étant lui-même relativement sporadique, voire anecdotique, puisque l’enquête aurait finalement eu le même cours dans un univers « normal », sans magie.

Le point fort de Hope, outre l’ambiance, ce sont les magnifiques dessins de Jimmy Broxton, qui sortent des cases à chacune des pages. Le noir et blanc met totalement son style en valeur, pour un rendu final assez bluffant.

Hope se lit vite et installe une ambiance noire de façon efficace. On peut déplorer la linéarité de l’intrigue et une fin abrupte, mais la partie graphique rehausse indubitablement le tout !

****·*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Streamliner

BD du mercredi
Bd de ‘Fane (+ Isabelle Rabator à la couleur)
Rue de sèvres-comix buro (2020)- intégrale couleur, 291 p. +XXI p. de dossier graphique final. Album broché couverture à rabat.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

streamliner_integraleCette intégrale reprend en un très gros pavé format comics les deux volumes parus en 2017 en grand format cartonné. Si la maquette et design général sont superbes (suivi par Vatine et le Comix Buro oblige), j’avais trouvé les couvertures des éditions originales comme de cette intégrale vraiment mal mises en valeur, avec par exemple ce titre qui pourrait sortir des années 60… Sans doute une envie de rétro de l’auteur mais commercialement je suis surpris que l’éditeur n’ait pas insisté sur quelque chose de plus accrocheur. Pour dix euros de moins que les deux albums on perd en taille et en qualité de reliure même si on gagne un (faux) cahier documentaire et graphique. J’imagine que la très grosse pagination a obligé Rue de sèvres à maintenir un prix de vente raisonnable mais étant donnée la qualité de cette œuvre il est vraiment dommage d’avoir une édition aussi réduite. Pour le reste cette intégrale est juste un énorme ride plein de bruit et de fureur, de testostérone, d’odeur d’essence et de graisses, des moteurs surchauffés et de pépées enragées…

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Désert continental, 1963. La paisible station service Lisa Dora située sur la route 666 est soudain envahie par une horde de pilotes et de bikers attirés par ce qui s’annonce comme la course sauvage du siècle. Cristal O’Neil, fille du légendaire pilote Evel O’Neil se retrouve au cœur d’un maelstrom qui bouleverse son quotidien: entre G-men, criminels en fuite, journalistes voraces et gangsters prêts à tout pur remporter la mythique winchester de chef des Red Noses elle devra sortir de son rôle de gentille hôtesse s’engager dans la rage de la course et de l’esprit Sex-drugs & Rock’n’roll pour préserver sa station…

‘Fane a roulé sa bosse dix ans sur la reprise de Joe Bar Team et partage un héritage graphique entre le cartoon et l’Ecole Vatine. Tout au long de ce monumental album on sent cette influence tiraillée entre des habitudes esthétiques et un besoin d’aller vers plus de réalisme (sa dernière création, Hope One confirme cette évolution). Si ce tiraillement contre nature peut faire réagir sur les premières planches, on se retrouve bien vite emporté par l’envie communicative et le talent brut du récit de ce long métrage sur papier, envie de cinéma que les bonus nous expliquent en fin d’ouvrage.Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Comme le carton de Petrimaux, Streamliner a comme projet principal de faire revivre une nostalgie de USA des années 60, celles de la route 66, des voitures tunées, des gangs de bikers et de pilotes autant hors-la loi que libres penseurs. L’Amérique des expérimentations mécaniques, des barbouzeries du FBI et des chevauchées sanglantes de tueurs motorisés… Cette Amérique est ici fictive, en une sorte de réalité alternative qui perturbe un peu lors du récit sur Evel O’Neill où l’on suit le B52 de retour d’une mission à la Guerre et qui atterrit directement dans le grand désert, semblant compresser les distances! Je vous préviens donc, Streamliner ne se passe pas en Amérique pas plus que dans les années soixante. Il se passe dans un univers fantasmé, reconstruit, permettant d’aligner les archétypes, clichés et images d’Épinal.Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Dès les premières pages au cadrage absolument cinématographique, on est happé par une ahurissante galerie de personnages, par un agencement d’intrigue qui se superposent pour nous diriger vers un unique but: la course! A force de nous dire qu’elle sera sauvage l’attente monte et je dois dire qu’on n’est pas déçus! Disposant d’une luxueuse pagination, ‘Fane prends le temps de poser les séquences dont il a envie et prends l’espace d’imager ce ride motorisé en grand format. Le nuage de poussière du départ nous rappelle ainsi le Fury road de Miller, dans une envie graphique absolue. La légère approximation du trait de l’auteur est bien vite oublié dans l’envie de BD qu’il nous propose. Étonnamment les couleurs d’Isabelle Rabarot sont très estompées, un peu lavées, parfois proches du sépia. Là encore on imagine le souhait de vintage mais quand on sait ce que la dame a produit par le passé, le vif de ses rouges, on se dit qu’un peu plus d’éclatant n’aurait pas fait de mal…

Résultat de recherche d'images pour "streamliner 'fane"Streamliner est un magnifique album qui donne autant de plaisir qu’un Ramirez ou un Indes fourbes et qui loupe de très peu les cinq Calvin en raison d’une édition qu’on aurait aimé plus classieuse. Des BD comme ça font aimer la BD et rendent beaucoup plus difficile la lecture du tout venant. Un grand merci à l’auteur pour ce Rock!

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Sushi & Baggles #24

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Lectures inhabituelles découvertes grâce au jury BDGEST et les blogueurs qui les citent souvent dans les meilleurs mangas de l’année.

  • NeuN #1 (Tsutomu/Pika) – 2019, 5 vol parus (2 vol en France)

couv_374557badge numeriqueDécouverte au détour de mes échanges avec le jury BDGEST’arts et des blogueurs spécialisés dans le manga comme une des sorties de l’année, j’ai pris plaisir à lire l’introduction (très rapide) de cette uchronie dans l’univers toujours fascinant du Reich nazi (… qui intéresse depuis longtemps les mangaka, comme en écho admissible avec leur passé étouffé…). Treize enfants issus du sang d’Hitler ont été inséminés et répartis aux quatre coins de l’Allemagne. Lorsque le régime décide de les éliminer, Neun, le neuvième, est extrait à ses bourreaux par son Wand, son garde du corps, bien décidé à assumer sa mission de protection jusqu’au bout, même s’il faut pour cela affronter toute l’armée allemande…

En nous rappelant par certains côtés le sombre Block 109 de Brugeas et Toulhoat, NeuN profite de son pitch attirant pour nous plonger dans ce premier tome en pleine action, la purge commençant sans mise en place et entraînant une course-poursuite sur tout le volume sans que l’auteur ne prenne bien le temps de détailler son background. Ça se laisse lire et on imagine que les explications viendront après. Le dessin est dynamique, les trames ne permettant pas de donner toute l’ampleur des lavis du mangaka, avec des faux airs de Samura (l’Habitant de l’infini) ou de Kakizaki (Green blood), notamment dans l’utilisation de rayures pour salir l’image. Au final pour ce premier tome on a un manga sympathique, qui n’explose ni la rétine ni l’intellect mais a du potentiel que je suivrais volontiers.

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  • Mirages d’Emanon (Tsuruta/Ki-oon) – 2019

couv_361444mediathequeAutre manga cité sur de nombreux blogs, je découvre en cours de route le personnage d’Emanon qui se promène sur plusieurs albums one-shot (que je n’ai pas lu). Cet album très contemplatif est un très beau moment avec peu de textes, qui nous montre cette jeune fille amnésique recueillie par un jeune scénariste qui ne lui demande rien. Ces deux êtres humains vont se côtoyer dans une pudeur toute japonaise, lui se nourrissant de la belle âme de cette fille qui déambule dans la petite ville et sa campagne. Les dessins sont élégants, simples, parsemés de visions oniriques liées à des flash d’Emanon. Album très zen qui peut se lire seul, comme je l’ai fait, avec cette part de mystère que peut-être les autres volumes effaceront… Un beau manga simple sur l’amitié, l’amour simple, le temps qui passe et la simplicité, comme seuls les japonais savent nous en parler…

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  • Unholy grail (Bunn, Colak/Snorgleux) – 2018

couv_343737badge numeriqueTrès intéressant one-shot assez inhabituel en comics et qui se rapproche pas mal des codes de la BD franco-belge. L’intérêt est le pitch de départ qui postule que Merlin a été remplacé par un démon qui oriente l’ensemble de la geste arthurienne dans une optique de chaos et de guerres. Idée très intéressante relevée par les dessins vraiment bons de Mirko Colak, cette variation de la légende d’Arthur se lit très agréablement, avec quelques moments bien sanglants et un soupçon de sexe (la version originale est publiée chez Aftershock, spécialisé dans la BD d’horreur et notamment le réputé Animosity, également publié chez Snorgleux). La limite de l’exercice est le format one-shot d’à peine cent pages qui contraint les auteurs à une simple exposition des grands moments de la légende (présentés comme autant de parties avec des sauts temporels brutaux entre elles) sous le prisme de cette « uchronie » si l’on peut dire. Tout cela reste intéressant mais postule la bonne connaissance de chaque épisode par le lecteur, ce qui n’est pas idéal pour découvrir une histoire originale. Disons qu’Unholy grail plaira à aux fans de fantasy et bons connaisseurs des différents mythes et légendes qui apprécieront l’exercice de style. Il n’y a ni source ni réelle chute à cette histoire qui manque un peu d’ambition et peine à dépasser son postulat. Dommage, mais l’album reste une lecture sympathique et une édition assez courageuse du petit éditeur-libraire.

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**·***·BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

BD et vrac #11

Aujourd’hui pas de jeunesse ni de docu mais une fournée spéciale nouveautés toutes fraîches avec de grosses sorties très grand public. Après la grosse artillerie de com’ autour de ces albums, en vrai qu’est-ce que ça vaut?

  • Le dernier dragon #2 (Pecau/Pilipovic/Delcourt) – 2019, 2 vol parus.

Critique réalisée sur version numérique pour Iznéo.

bsic journalismbadge numeriqueLe premier tome de cette série est paru en mars dernier et nous voilà déjà avec la suite d’une très bonne surprise du printemps. Si la couverture est tout aussi magnifique que la première, l’album souffle le chaud et le froid et l’on se demande du coup s’il n’a pas été réalisé un peu vite… Le scénario très étrange commence sur des récits de Léonard de Vinci avant de nous faire retrouver l’héroïne envoyée en Terre-sainte pour finir par retrouver les protagonistes des toutes premières pages de la série. Les sauts sont du coup un peu brutaux et le scénariste pourtant chevronné oublie un peu de développer son background et la liaison entre les séquences. Même chose pour les dessins de Pilipovic, parfois superbes et précis, parfois manquant étrangement de netteté. Le duo a un talent certain et le matériau est riche mais les affrontements dragoniers ne suffisent pas à maintenir l’intérêt au niveau du premier volume. Espérons que ce ne soit qu’un petit coup de mou car il serait vraiment dommage que cette série tombe dans une banalité du tout venant Fantasy.

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  • Danthrakon (Arleston/Boiscommun/Drakoo) – 2019, 1 vol/3 parus.

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bsic journalismAprès des années passées chez Soleil où son univers fantasy a très grandement participé à marquer la ligne éditoriale de l’éditeur toulonnais, Arleston a accepté de prendre en charge le nouveau label Drakoo de chez Bamboo, avec en ouverture de bal ce Danthrakon, série jeunesse prévue en trois tomes. Si vous suivez ce blog vous savez que je considère les séries de plus de six volumes comme des démarches commerciales, aussi ce format me met dans de bonnes dispositions. Je connais l’univers d’Arleston et ai toujours aimé Lanfeust (au moins les deux premiers cycles), en revanche si j’aime bien les images des BD de Boiscommun je n’avais rien lu de lui jusqu’ici. Cet album nous présente un univers (ou plutôt une cité) de magie ou différentes races cohabitent et se rangent par fonction. Les mages prennent des apprentis à leur service dans des maisonnées organisées comme les domaines du XVIII° siècle. Une caste d’inquisiteurs surveille l’utilisation de la magie dont la variante « magie du sang », considérée comme primale et incontrôlable, est interdite. Le héros, jeune marmiton un peu niais (ça ne vous rappelle personne?) se retrouve dépositaire de la puissance magique d’un ancien grimoire, qui le transforme en bête surpuissante… Résultat de recherche d'images pour

J’avoue avoir été un peu déçu par cet album qui se confirme être destiné à un lectorat jeune, avec une simplicité d’action et de textes qui se justifient en cela. Tout d’abord le dessin d’O.G. Boiscommun est étonnamment faible et brouillon par rapport à ce qu’il a produit jusqu’ici. Je soupçonne l’encrage et la colorisation (réalisées par deux autres personnes) assez plate et informatique d’être la cause de cela puisque le cahier graphique de fin de tome montre de superbes dessins. Ce dessinateur nous a habitué à apprécier ses couleurs directes et le style que l’on apprécie est ici perdu, c’est très dommage! Pour ce qui est de l’univers et de l’histoire il n’y a rien de très surprenant. Encore une fois l’efficacité d’Arleston plaira probablement aux jeunes lecteurs mais contrairement à Lanfeust et d’autres séries du scénariste les adultes risquent d’avoir du mal à se laisser tenter. Pour l’originalité on attendra de voir les autres tomes mais pour l’heure on reste avec de la BD très formatée dont on peine à détecter la plus-value dans l’océan de la BD fantasy. Pour un démarrage de collection j’attendais quelque chose de plus qualitatif, surtout que ce qui s’annonce chez Drakoo semble plutôt alléchant.note-calvin1note-calvin1


  • Time lost #1 (Sala/Khaled/Soleil) – 2019

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On ne va pas se mentir, ce pulp plein de nazis, de soldats amérloques malpolis, de pom-pom girls, de dino et de Mechas se lit très très vite. Si tout est dans la couverture et que certains pourront trouver le ratio prix d’achat/temps de plaisir un peu dur, il est indéniable qu’Afif Khaled est un super dessinateurs qui maîtrise à merveille la technique numérique et que son dessin ne souffre que de très peu de défauts avec une minutie des détails remarquable. Jean-Luc Sala est un scénariste expérimenté qui aime les univers d’aventure décalés (son très bon Spynest et le plus complexe Cross-fire avec Pierre-Mony Chan) et il aurais pu nous en donner un peu plus pour cette entrée en matière. Du coup je crains la série à rallonge très commerciale… Il n’en demeure pas moins que l’on prend un plaisir certain dans cette immersion pop-corn proche de ce que va nous proposer Herenguel avec son Kong Crew: c’est chatoyant, plein de testostérone, de clichés qu’on aime, bref une BD de garçon coupable qui souffre surtout de dialogues franchement bof avec beaucoup de bons mots qui tombent à plat. Mais ce n’est pas très grave puisqu’on est là pour les dessins et l’action.

Et un autre avis chez Constellation. https://blogconstellations.home.blog/2019/09/27/time-lost-01-operation-rainbow-2-jean-luc-sala-et-afif-khaled/

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