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Monsieur Vadim #2: Supplément frites et sulfateuse

La BD!

Second tome du diptyque écrit par Gihef et dessinée par Morgann Tanco. Parution le 18/08/21 chez Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

La vieillesse, ce naufrage

Vadim en a vu de dures pendant toutes ses années de services au sein de la Légion étrangère. Pourtant, ce n’est que récemment que ses conditions de vie se sont dégradées. Le militaire retraité a perdu sa fille, victime de l’emprise d’un proxénète, et son ex-gendre douteux l’empêche de voir son petit-fils Sasha.

Pire encore, son curateur l’a spolié de toutes ses ressources, ce qui a obligé la papi légionnaire à quitter sa maison de retraite de façon impromptue. Soutenu par une jeune assistante sociale naïve et entraveé par les lourdeurs du système administratif, Vadim tente de retomber sur ses pattes, mais finit par attirer l’attention du Belge, un voyou dont l’appétit n’a d’égal que l’ambition, et qui espère détrôner la Trinité, l’organisation criminelle qui a la mainmise sur la Côte d’Azur.

Voici notre vieux briscard qui reprend du service, se réinventant en tueur à gages pour reprendre sa vie en main. Mais tout ne se passe pas comme prévu, d’abord parce que Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et ensuite car un concours de circonstances fait que Sasha est présent sur les lieux du contrat, ce qui fait perdre ses moyens à l’ancien tireur d’élite.

Papy flingueur

Vu que le premier tome prenait fin sur un cliffhanger à l’issue duquel Vadim se retrouvait suspendu à un arbre, il était logique que ce second tome s’ouvre sur une scène tendue nous faisant craindre pour l’avenir de notre octogénaire protagoniste. Vadim s’en sort assez facilement, même si c’est de peu. Le reste de l’album est un polar assez typique qui nous donne à voir corruption suivie de rédemption, vengeance sur fond de justice poétique, sans oublier une petite dose d’humour impertinent.

On pourrait toutefois reprocher à l’album de ne pas aller au bout de sa prémisse. En effet, placer un vieil homme qui a passé son apogée de loin, dans une situation à la fois injuste et dangereuse, aux prises avec des gangsters, promet des scènes d’actions décalées et traitant avec malice du naufrage de la vieillesse.

Mais l’accent n’est pas assez mis sur cet aspect, l’arthrose et la vieillesse ne constituant pas un élément déterminant durant les scènes d’action. L’ambiance générale, avec son casting de gangsters reste toutefois agréable à suivre, ce qui est du aussi en grande partie au capital sympathie de Monsieur Vadim.

Cette satire sociale déguisée en polar décalé s’avère donc une bonne lecture, pour peu que l’on ne soit pas allergique au plombs ni aux crevettes.

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Le Tatoueur

La BD!

Histoire complète en 46 pages, écrite par Matz et dessinée par Attila Futaki. Parution chez Grand Angle le 31/03/2021. 

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Oh, le Zoli Tatouaz !

Bien malgré lui, Zoli est un vagabond, qui navigue de ville en ville pour vivre de son art du tatouage. L’homme aux aiguilles a du quitter sa Hongrie natale pour d’obscures raisons, et vit depuis sur le fil du rasoir, toujours inquiet de ce passé qui aurait tôt fait de le rattraper. Heureusement pour lui, Zoli est un excellent tatoueur, pourvu d’un réseau et d’une clientèle qui lui permettent de travailler n’importe où, et surtout, discrètement. 

Car outre le graphisme épidermique, Zoli a une autre passion, celle de survivre. Conscient qu’un homme qui a des habitudes est un homme vulnérable, il s’ingénie à déjouer de façon préventive toute tentative de filature, en n’empruntant jamais deux fois le même chemin et en ne se faisant jamais déposer devant son domicile. Un soir comme un autre, après avoir tatoué un nouveau riche client, Zoli, enfoncé nonchalamment dans la banquette arrière d’un taxi parisien, écoute distraitement les diatribes du chauffeur, Laszlo, qui, concours de circonstance, est également d’origine hongroise. 

Laszlo déblatère sur un grand projet qui, à coup sûr, va faire trembler les fondations du pays et remettre le statu quo en question. Zoli, peu intéressé, pense qu’il est encore tombé sur un hurluberlu. Mais la paranoïa latente du tatoueur va semer la graine lancinante du doute dans son esprit. Qui sont ces « ils » dont parle Laszlo ? Savent-ils vraiment tout sur tout le monde ? Ont-ils autant de pouvoir que Laszlo le prétend ? 

Invasion of the taxi snatchers

Bien vite, Zoli a la preuve que les élucubrations de Laszlo étaient plus sérieuses qu’il ne voulait le croire. Le président du Sénat est assassiné, et dans les jours qui suivent, d’autres hommes supposément influents tombent sous les balles d’assaillants anonymes. La paranoïa de Zoli a donc du bon, puisqu’elle lui évite, pour un temps du moins, d’être alpagué par les révolutionnaires conspirateurs, qui se révèlent être…des chauffeurs de taxi. 

Matz s’est inspiré d’une anecdote personnelle pour créer ce polar à la fois sombre et délirant. Partant du principe que les chauffeurs de taxi sont les plus à même, de par leur profession et leur nombre, de récolter des informations sensibles sur tout le monde (adresses, habitudes, petits secrets inavouables), il imagine ces mêmes chauffeurs former une confrérie et fomenter une révolution (ou un coup d’État, le récit n’est pas très clair là-dessus). 

Le pitch est donc WTF comme on les aime, et promet un récit paranoïaque à la Invasion Los Angeles (They Live! de John Carpenter) ou encore l’Invasion des Profanateurs (Invasion of the body snatchers de Philip Kaufman), en moins surnaturel, bien entendu. En somme, un récit où le protagoniste met à jour une conspiration secrète et se rend compte qu’il ne peut compter que sur lui-même, le danger pouvant provenir de n’importe où et de n’importe qui. Chaque licence de taxi serait un danger potentiel, chaque mine patibulaire derrière un volant augmenterait la sensation d’oppression du protagoniste et l’intensité du danger. Monter à l’arrière d’un taxi reviendrait alors à jouer sa vie, pour peu que l’on soit un homme influent ou détenant des informations capitales. 

Le thème est donc bien suggéré par la prémisse, seulement voilà, tous ces éléments sont absents de l’album. Tout ce à quoi on aura droit, ce sont deux conversations relativement cordiales entre Zoli et Lazslo à l’arrière de son taxi. Puis, en guise de développement, on trouvera les conspirateurs-taxis réunis en mode clandestins, avec même un « mouahahaha » résolument cliché en fin de scène. Rien ne vient vraiment approfondir ni même expliquer leur plan ou leurs motivations, ce qui gâche un peu l’ensemble. 

Certes, ils sont décrits comme dangereux et tuent des personnalités publiques, mais ces actions en soi n’ont rien de spécifique à ce que pourrait faire un chauffeur de taxi (on aurait pu avoir par exemple, conduire son « client » dans une allée déserte avant de le supprimer, piéger des faux taxis pour les faire exploser, ou faire une embuscade lors d’une opération escargot, exploiter spécifiquement les informations compromettantes, que sais-je !), et c’est dommageable à l’ensemble du récit. Encore une fois, nous sommes donc en présence d’un concept assez fort et très original (et d’autant plus angoissant que sa base, à savoir que les taxis peuvent en apprendre beaucoup sur les gens, est relativement vraisemblable!), qui ne va pas au bout de ses possibilités. 

Concernant la thématique et la faiblesse de son traitement, vient également se poser le problème du protagoniste, qui donne son titre à l’album. Le tatouage, étant donnée la mystique qui l’entoure, et l’art qu’il représente, devrait être un sujet à part entière. Ici, le scénario tente, assez difficilement, de se partager, entre le complot des taxis d’une part, et une réflexion sur l’art du tatouage, sans parvenir à les faire briller, car ce sont deux éléments qui ne sont pas liés dans le récit, et qui ne se mêlent pas efficacement, comme si l’auteur avait versé à la fois de l’eau et de l’huile dans son verre narratif, en espérant un mariage des deux. 

Le constat est simple: le tatouage n’a pas sa place dans ce récit aux forts accents de polar. Rien ne vient justifier le fait que Zoli soit tatoueur, cette profession n’ayant d’ailleurs que peu, voire pas, d’impact sur le reste de l’intrigue. Le héros, aurait du/pu être un opposant politique en fuite, ou même un chauffeur de taxi, ou tout autre chose qui aurait fait écho au thème de la conspiration et du coup d’État. Ou à l’inverse, il aurait été gratifiant que le tatouage de Zoli soit utilisé d’une façon ou d’une autre dans l’intrigue (il aurait pu être débusqué grâce à l’un de ses singuliers tatouages par exemple). 

Bref, le Tatoueur présentait toutes les caractéristiques d’un bon polar à la fois sombre et déjanté, mais la greffe thématique n’a pas pris, preuve que les bons bouchers n’ont pas toujours que de la bonne viande sur leur étal. 

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Gun Crazy #2 – Elric #4

La BD!

Aujourd’hui deux sorties récentes de chez Glénat, deux séries qui se clôturent, rapidement pour la première, après neuf ans pour la seconde! Et comme vous le savez elles ne sont pas si nombreuses les séries qui parviennent à maintenir une cohérence et une qualité de bout en bout. C’est le cas pour Gun Crazy et Elric. Allez on part entre Vegas et Melniboné pour deux virée saglantes…

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

  • Gun crazy #2 (Steve D-jef – Glénat) – 2021, 117p., diptyque achevé.

couv_422214Le premier volume sonnait comme une superbe déclaration d’amour aux VHS pirates des années 80. Si Ramirez est la version Tony Scott luxueuse du concept, Gun Crazy est plus proche de l’univers défoncé de Michael Sanlaville et son Lastman. Maintenant que tous nos protagonistes sont à Vegas, il n’y a plus qu’à… Et en bon scénario tarantinesque ça ne se passe pas totalement comme prévu avec d’improbables incidents qui perturbent les plans biens huilés de ces anti-héros, à commencer par ce chien (le chien indiens-phobe de Chuck Norris pour rappel) redoutable et imprévisible. Jef se fait toujours autant plaisir à travailler ses planches par des couleurs baveuses délavées et autres effets eyefish qui laissent intrigués sur les optiques utilisés pour la réalisation du bidule… Après une mise en place si bien construite les personnages secondaires se retrouvent un peu relégués face à l’affrontement attendu entre Superwhite-man et les deux lesbiennes. Dans la continuité du premier tome on a de nouveau droit à un intermède publicitaire toujours aussi délirant et le tout se termine bien entendu dans des morts bien gores. Le cahier des charges était posé et on en a pour son argent pour peu que l’on accroche à ce délire graphique totalement maîtrisé bien qu’esthétiquement douteux. Une fois qu’on sait à quoi s’attendre il n’y a plus qu’à savourer cette série Z avec une bonne bière en regrettant peut-être que le « montage » ait pris le pas sur un scénario qu’on aurait pu attendre plus surprenant. Mais ne boudons pas le plaisir devant un boulot si rondement mené, maintenant qu’il est compliqué de pouvoir lire ce qu’il reste de vos vieilles K7…

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  • Elric #4: la cité qui rêve (Blondel – Cano – Telo/Glénat) – 2021, 55p., premier cycle de 4/4 achevé

Pour l’avis sur les trois premiers tomes c’est ici.

Après les révélations du tome précédent sur le passé des Melnibonéens, Elric, plus décidé que jamais à détruire la civilisation qui l’a faite empereur et à émanciper sa belle de l’idéologie du chaos monte une expédition pour aller aux sources de son peuple, là où tout commence, là où Arioch corrompit les hommes… Le premier cycle qui se termine ici a mis huit ans à se réaliser, faisant rouler les dessinateurs de Recht à Telo, en solo sur cet opus, tout en parvenant à maintenir une relative homogénéité graphique sur les quatre volumes. Car comme tout gros projet tenu par un maître d’œuvre (je pense aux 5 terres) le travail de storyboard et de préparation graphique crée un liant important. J’avais un peu décroché sur les deux précédents tomes et je dois dire que j’ai apprécié le retour à Melniboné dont la démesure est un élément indéniable dans l’intérêt de cette adaptation par rapport à la ribambelle de BD de fantasy. La relation entre Elric, son épée et le dieu Arioch est particulièrement retorse et pathétique (littéralement) et crée un vrai intérêt bien que l’on reste toujours un peu sceptique devant cet empereur déchu d’un peuple ultra-violent devenu presque pacifique dans son adversité envers les dieux. En seulement cinquante pages l’histoire avance vite dans une construction dotée d’un prologue enchevêtré très originalement mis en scène par Blondel et Cano, où les morts seront bien sur nombreux, avant d’aborder une énième confrontation (sanglante) entre le dieu et l’albinos. Le thème du temps est abordé ici (sujet toujours passionnant) avant une attaque de l’île aux dragons un peu rapide bien que graphiquement flamboyante… Bref, on pourra principalement reprocher à cet album de ne faire que la taille d’un album normal au vu de la quantité de lieux et d’actions à entreprendre. On imagine qu’une pagination doublée aurait encore prolongé la production qui reste d’une très grande tenue en parvenant à vulgariser une œuvre classique dotée de sa personnalité propre.

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Gun Crazy #1

La BD!
BD de Steve D et Jef
Glénat (2021), 117p., 1 tome sur 2paru.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Comme pour son grand frère Il faut flinguer Ramirez, la maquette générale de Gun Crazy, conçue comme une véritable VHS pourrave, fait partie intégrante du projet et revêt une importance égale aux dessins! Pas de contenu additionnel à proprement parler mais tout l’habillage comportant fausses pub, effets visuels vidéo et design de logos qui nous plongent résolument dans cette atmosphère que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître…. A noter une étrangeté: un copyright indiqué sur la page de titre en chiffres romains en… 1997! Mystère et boule de gomme…

Il y a d’abord Lanoya et Dolly, belles comme le plomb, semant la mort dans les boui-boui crasseux de l’Amérique trumpiste. John Saint-Pierre verse lui dans la punition des méchants prêtres. Le truc de Superwhiteman c’est la purge des races inférieures.  Le Sheriff Nolti enfin, se débat avec la notion de justice… Tout ce beau monde se dirige vers Vegas, cité du péché, pour une réunion… explosive!

Gun Crazy T1, bd chez Glénat de Steve D, JefDécidément, Glénat se spécialise dans le Grindhouse! A côté de la très qualitative collection éponyme (qui tirerait plutôt sur le fantastique), l’éditeur collectionne ainsi les gros albums d’auteurs désireux de se défouler dans des projets complets travaillant autant le fond que la forme. Les réjouissances avaient été lancées en 2018 par le génial Il faut flinguer Ramirez (et sa suite). Cette année on passe la quatrième avec un album plus classique mais encore plus déjanté avec le Valhala Hotel de Perna et Bedouel chez Comixburo (distribué par Glénat) qui nous amène à ce Gun crazy. A noter que les deux derniers ont été conçus en one-shot et voient leurs deux volumes sortir à quelques mois d’écart. Et pour le coup on  ne reprochera pas un coup commercial à l’éditeur puisque le découpage correspond totalement au concept cinoche.

Si vous avez déjà lu l’un ou l’autre de ces albums (sinon il faut vous dépêcher sous peine d’être blacklisté de ce blog!) vous connaissez la formule: des filles (lesbiennes si possible), des flingues (des gros et en grand nombre), des chicanos/nazis/rednecks au choix, une grosse dose d’humour troisième degré matinée de gore et d’explosions thermonucléaires (dans ces univers issu du ciné B la moindre balle provoque une déflagration de 15 pétajoules minimum) et une grosse louche de mauvais goût tendant vers l’immoral… Ramirez est plutôt l’option luxueuse. Valhalla se rapproche de ce Gun Crazy en plus graphique (Bedouel est quad-même un sacré morceau niveau dessin!) dans un esprit débile/tordu. L’album qui nous intéresse va également chercher son inspiration dans le monument du Z: le mythique Shaolin Cowboy. Bon, maintenant que je vous ai assommé sous les références, est-ce que c’est bien?

Gun Crazy (tome 1) - (Jef / Steve D) - Policier-Thriller [LEGEND BD, une  librairie du réseau Canal BD]Oui et sacrément! Si le scénariste est inconnu, le dessinateur Jef, autodidacte, est de l’école artisanale lorgnant vers les années quatre-vingt. Il a faut ses classes en compagnie de Matz sur des adaptations de polars de Walter Hill (déjà du cinéma…). S’il ne coure pas dans la même catégorie que ses comparses Pétrimaux, Darrow et Bedouel, il s’en sort sacrément bien notamment en matière de mise en scène sur une colo tradi un peu old school. Pas forcément ma tasse de thé au départ mais l’ambiance générale colle parfaitement avec le style recherché, vieillot, usé comme une vieille VHS pleine de grain. Si Petrimaux usait déjà allègrement de fausses pub et background divers pour renforcer l’immersion, Jef va plus loin en « montant » son album avec intermède débilissimes de speakerine alanguie et générique où l’on entend presque le vieux rock redneck. L’histoire? Pas franchement importante puisqu’elle est plutôt un prétexte pour faire se rencontrer une galerie de personnages qui font tout le sel de l’album. Si on reste un poil sur notre faim en matière de pétarades, les protagonistes sont eux diablement foutraques avec une pointe d’actualité puisque si les auteurs clament en introduction leur amour pour le Nouvel Hollywood, ils parlent aussi de l’Amérique trumpiste (là on tire vers le Shaolin Cowboy) avec sa bigoterie, sa sous-culture sudiste et ce superwhiteman et au chapeau de KKK et sa moustache adolfienne… terrible!

Bien sur c’est un genre vaguement déviant qu’on a le droit de ne pas aimer. Mais l’emballage général respire tellement l’amour du projet qu’on savoure tout le long ce triple-album cinémascope qui n’a jamais été si proche du vrai cinéma. Ce n’est pas (plus) original, mais il n’y a pas tromperie sur la marchandise et perso, moi j’adore!

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Monsieur Vadim #1: Arthrose, crime & crustacés

Premier album de 56 pages d’un diptyque écrit par Gihef et dessiné par Morgann Tanco. Parution le 03/02/2021 aux éditions Grand Angle.

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Merci aux  éditions Grand Angle pour leur confiance.

Ô vieillesse ennemie

Au sein de sa maison de retraite de la Côte d’Azur, Vadim est de ces pensionnaires taciturnes mais attachant que le personnel prend en charge avec une distance respectueuse mais empreinte d’affection. Le vieil homme coule donc des jours tranquilles jusqu’à ce qu’on se rende compte que son curateur, un homme peu scrupuleux , l’a spolié de ses maigres ressources.

A la rue du jour au lendemain, Vadim se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment, lorsque l’établissement dans lequel il espérait se restaurer est braqué. Bien malgré lui, ses vieux réflexes de combattant lui reviennent, et le vieil homme neutralise à lui tout seul trois malfrats, ce qui ne manque pas d’attirer l’attention de la police et de la pègre locale.

La proposition du « Belge« , le propriétaire du restaurant susmentionné, ne se fait pas attendre. Le bandit wallon aimerait louer les services de Vadim, pour se débarrasser d’une concurrence plutôt tenace. Qu’à cela ne tienne, Vadim a pris sa retraite il y a un moment. Mais le besoin d’argent est là, surtout que le vieux légionnaire polonais aimerait pouvoir continuer à assurer l’avenir de Sacha, son petit-fils.

Seulement, même pour un ancien légionnaire, il y a vouloir, et il y a pouvoir. Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et son arthrose risque bien de lui causer quelques soucis lorsqu’il faudra appuyer sur la gâchette…

La retraite vous va si bien

Voilà de retour le prolifique Gihef au commande d’une série qui détone avec sa série actuelle. Ici, le pitch est simple mais accrocheur, puisqu’il a déjà fait ses preuves ailleurs: un ancien soldat doit reprendre du service pour une raison personnelle. Toutefois, le scénariste prend la chose sous un angle différent, et pour ainsi dire plus terre à terre. Que ferait un badass à la retraite s’il devait remettre le couvert ? Son corps usé le lui permettrait-il ?

Ce postulat permet des situations cocasses et/ou dramatiques, en ce sens que Vadim pourrait ne pas être à la hauteur de la tâche, tant par ses limites que par la férocité de ses adversaires. L’album se termine par un cliffhanger habilement pensé qui nous fait attendre la suite impatiemment !

Monsieur Vadim oscille entre un Bryan Mills et un Léon pantouflard pour le plus grand plaisir du lecteur. Un diptyque de qualité !

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Il faut flinguer Ramirez, Acte II

La BD!
BD de Nicolas Petrimeaux
Glénat (2020), 144 p.

Bon, si vous avez lu le premier Acte vous savez qu’il n’est pas besoin de détailler l’édition, c’est gavé de trucs et de machins, Petrimaux utilise jusqu’au dernier millimètre disponible de page (sans parler des fausses pub et publications) et est allé jusqu’à créer une bande originale (chanson country très sympa!) accessible comme le résumé et I et la bande annonce du II sur le site web bien fourni. Dans le genre généreux difficile de faire mieux. A noter une superbe édition Canal BD dont il ne doit plus rester d’exemplaires à l’heure qu’il est…

[Attention spoilers du Tome 1]

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Ramon est énervé. Très énervé. Ramirez lui a filé sous le nez en faisant exploser la moitié de Falcon city. Alors que le vendeur d’aspirateur se demande encore dans quelle galère il est embarqué, les deux plus sexy braqueuses d’Arizona reprennent la route avec leur butin, le Vacumizer2000 et son protecteur avec dans son sillage un assassin bien résolu à laisser une trace de sang jusqu’au Mexique…

Il faut flinguer Ramirez, acte II, c'est de la dynamique ! - Le blog de  Bulles de MantesJ’ai déjà parlé du syndrome des tomes deux. Ils n’ont plus l’effet de surprise pour eux et la qualité de leur prédécesseurs les oblige à aller plus loin, plus fort. Après Luminary et Curse of the White knight, suites de deux des meilleurs albums de l’an dernier, arrive enfin le chouchou des lecteurs, la suite de l’album qui a dynamité les ventes BD 2018…

La première réussite de Petrimaux est d’avoir réussi à maintenir un suspens malgré la révélation  de la chute précédente. L’ouvrage s’ouvre sur un prologue qui confirme ce que l’on avait cru comprendre il y a deux ans avec le père de Jacques, ce fameux Sicario que tous les cartels craignent. Le truc éventé on risquait de revenir à une classique chasse à l’homme. Or l’auteur, grâce au mutisme de son héros notamment, maintient un certain mystère autour du fameux aspirateur (on est en plein dans « l’effet mallette » de Pulp Fiction) mais surtout relance le juke-box avec une nouvelle intrigue très bien sentie et levée par l’enquête policière autour de l’explosion du siège de Robotop. Dans toute intrigue c’est le mystère qui tient en haleine et Nicolas Petrimaux joue les équilibristes en faisant (beaucoup) parler la poudre au risque de banaliser son intrigue. Sur ce point il s’en sort pas trop mal. Jamais on ne s’ennuie au long des cent-quarante pages, hormis peut-être sur quelques rédactionnels où il s’éclate mais qui sont un peu appuyés maintenant qu’on a l’habitude. Les fausses pub sont bien plus efficaces pour insérer des éléments du background et à moins que comme l’auteur vous soyez des maniaques du détail il n’est pas forcément utile de lire tous ces à-côtés.Il Faut Flinguer Ramirez (Édition Collector CANAL BD) - (Nicolas Petrimaux)  - Policier-Thriller [CANAL-BD]

Cet Acte II est beaucoup plus tonique, action, explosif que le précédent, au risque de masquer un petit sur-place de l’intrigue. Il vaut sans doute mieux freiner un peu pour arriver à la bonne vitesse à l’Acte III (surtout que Petrimaux indique dans les interviews être arrivé carbonisé au bouclage de ce gros volume). Du coup ce sont la mise en scène, toujours impériale, et les relations entre les personnages qui compensent (sans difficulté). Le rythme des dialogues est toujours aussi jouissif et les scènes d’action (qui finissent à peu près toutes dans une explosion de napalm…) nous transportent dans un Hong-Kong movie sans compromis. L’habillage reste génial comme attendu et participe grandement à la qualité générale du projet. Je dirais que les dialogues à la con marquent un peu le pas en s’éloignant du Tarantino pour aller flirter avec du Robert Rodriguez.  Si tout cela reste proche du n’importe quoi qu’on aime tant l’auteur oublie un peu l’humour qui se concentre sur les pub parfois assez lourdingues et revient au sérieux de l’action débridée…

Comme dit en préambule, le tome deux est le plus dur et on est plus durs avec le tome deux… Mais l’essentiel est là: on s’éclate comme des petits fous devant ce blockbuster et la passion de Nicolas Petrimaux reste absolument communicative! Les goodies compensent avantageusement cette normalisation et comme le lecteur normal se pose rarement la question tordue des chroniqueurs BD de savoir si ce tome-ci est mieux ou moins bien que celui-là, on attend toujours impatiemment la conclusion (forcément explosive) de cette trilogie comme nulle autre pareille qui aura réussi le pari de réhabiliter les moustaches et de montrer qu’un muet peut être le héros d’un polar bavard. Sur ce, moi je vais aller me jeter un p’tit M.B.U 860…

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Naissance du Tigre

La BD!

Histoire indépendante en 120 pages, écrite par Feldrik Rivat et dessinée par Jean-Baptiste Hostache. Parution le 09/09/2020 aux Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Grand Theft Me

En cette année 1889; Sélène Fouquart est l’une des médiums les plus réputées de Paris. Pour peu que vous croyiez au spiritisme, vous pouvez aller la consulter pour entrer en communication avec un défunt. Un jour cependant, ce n’est pas n’importe quel mort qui se manifeste: Victor Coqueret, surnommé l’Étrangleur, guillotiné pour ses crimes odieux.

Désespérée, Sélène va demander de l’aide à l’homme qui arrêta son terrible mari: le lieutenant Eudes Lacassagne, la fine fleur de la Sureté de Paris. Cet homme taciturne, à la fois respecté et redouté par ses pairs, ne croit pas aux fantômes. Et pourtant, des faits troublants vont peu à peu donner raison à la veuve voyante. Un esprit frappeur rôde-t-il réellement dans les rues de Paris ?

Paris et ses poltergeists

Lacassagne, secondé par les bras cassés de la police parisienne, va débuter cette enquête singulière avec comme qui dirait, un sourcil levé. Mais le limier torturé va vite comprendre le sérieux de la menace lorsque de nouvelles victimes sont découvertes, des personnes ayant toutes un lien avec l’Étrangleur.

L’inspecteur ne néglige alors aucune piste et considère tous les acteurs de cette affaire comme de potentiels suspects. Mais que fera-t-il lorsque les indices pointeront même vers lui ?

Bienvenue dans ce récit tiré de l’univers de la 25e heure, univers précédemment développé sous forme romanesque par Feldrik Rivat. L’album réussit très bien le mélange entre un Paris fantasmé en steampunk et une intrigue paranormale dans la lignée du Témoin du Mal. L’auteur joue la carte d’un protagoniste badass qui oscillerait entre un Sherlock Holmes et une Adèle Blanc Sec, ce qui fonctionne assez bien dans ce type de récit.

On peut donc dire que les auteurs savent poser un décor et une ambiance, notamment grâce aux dessins de Jean-Baptiste Hostache, que l’on pourrait ici comparer à un jeune Mike Mignola.

La Naissance du Tigre semble servir de prélude à un univers riche et intriguant, une bien bonne lecture !

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Il faut flinguer Ramirez

BD de Nicolas Petrimeaux
Glénat (2018), 144 p.

9782344011881-l

Après Zombies nechrologies (que j’ai du coup très très envie de lire), l’artiste lyonnais Nicolas Petrimaux qui a bossé notamment sur le jeu vidéo Dishonored mets tout son talent pour un ride échevelé dans les films policiers des années 80′, une lecture béate, sourire aux lèvres où vous passerez dix minutes sur chaque planches à admirer les couleurs flamboyantes, la minutie des arrières-plans et la précision des cadrages. Il faut flinguer Ramirez est une très grosse claque BD. Ce n’est que l’Acte I. Et c’est le premier album solo du bonhomme…

Arizona, années 1980, la société Robotop s’apprête à lancer en grandes pompes le dernier né de ses aspirateurs. Jacques Ramirez est la star du SAV de Robotop et surtout un adorable bonhomme muet au regard de cocker, adoré de tous. Mais lorsque deux truands croient reconnaître en Ramirez l’assassin d’élite utilisé par les cartels mexicains, un engrenage se mets en place. La paisible cité va passer des heures explosives…

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Il faut flinguer Ramirez est un album-concept. Un projet intégral où l’auteur s’est impliqué de la typo du titre au texte final en passant par l’habillage (des fausses pub et des transitions de chapitres en mode « XL »). Seule manque une bande originale Funk-jazzy pour que l’on se retrouve dans un film. Car dès le début Petrimaux annonce la couleur: « dessiné en mis en scène par…« . Oui, il s’agit de mise en scène et non d’un simple scénario, c’est dit, assumé et totalement confirmé au long de ces 144 pages qui passent bien trop vite. J’avais eu un peu la même impression avec le Shangri-la de Bablet sur lequel on sentait l’investissement total d’un auteur. Ici aussi, dès la couverture on sent que l’on va avoir quelque chose de spécial. On est clairement dans l’affiche de cinoche B des années 70-80. Petrimaux se réclame de Tarantino et d’Edgard Wright et cela se sent (en un peu moins déglingue que chez Tarantino); tout respire le cinéma, est inspiré par le cinéma.

Le travail de colorisation en premier lieu est ce qui marque le plus. Il ne s’agit pas seulement de couleurs vives, l’auteur utilise des filtres pour salir ses images, donner une ambiance de vieille pellicule. Les planches m’ont beaucoup rappelé le formidable Tokyo Ghost de Sean Murphy, tant dans la colorisation très spéciale que dans le trait à la fois fruste et extrêmement précis. Petrimaux marque même un point sur son confrère américain par un encrage fort qui permet de contraster entre premiers plans très noirs et arrières-plans fins et extrêmement précis. Rares sont les auteurs à ne délaisser ainsi aucun plans de leurs images (Petrimaux annonce avoir passé 1 an à préparer et un an à monter l’album), ce qui montre l’investissement et la conviction mise dans le projet.

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Ensuite la mise en scène donc… Le travail de découpage et le choix des plans est sidérante de réflexion et de pertinence. C’est la première fois que je passe autant de temps à zieuter une page montrant des employés en cravate dans une usine d’aspirateurs… La dynamique des cases (comme ce panache de fumée qui s’envole et nous hypnotise) montre un réel talent, jouant comme rarement sur les différents plans, enchaînements de cases et fil de textes. Pas un plan n’est standard, tout est pensé et sert la mise en scène donc. Totalement bluffant.Résultat de recherche d'images pour

Niveau ambiance, on est dans le rétro à fond, à base de lesbiennes braqueuses de banque, de gangsters mexicains semi-débiles et d’une Amérique reaganienne triomphante que l’auteur se fait un plaisir de dynamiter en remplissant son histoire et ses dialogues d’un venin savoureux (amoureux de Lupano vous allez être servis!). L’immersion est totale et même si l’on n’aime pas l’esthétique années 80 (c’est mon cas) la qualité du boulot est telle que cela ne pose aucun problème.Résultat de recherche d'images pour

Étonnamment il n’y a pas tant d’action que cela dans « Ramirez » car Petrimaux sait jouer sur les rythmes, donner envie, faire monter la tension et l’attente en nous en donnant juste ce qu’il faut pour repartir sans tout balancer. Le plus gros risque avec un album de ce type c’est que l’attente et l’envie sont tels qu’il ne faudra pas se louper sur la suite (série prévue en 3 Actes)…

A mesure que je m’enflamme je m’aperçois que ma chronique est finalement assez dérisoire: à un moment il ne reste plus qu’à plonger dans les aventures de Jacques Ramirez et à savourer (avec une musique Funk genre Isaac Hays et une bière!). Vivez ce chef d’œuvre de la BD, un incontournable pour tout amateur de BD et de cinéma. Cela fait très longtemps que je n’ai pas ainsi « vécu » une BD. Merci l’artiste!

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