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Les chroniques d’Atlantide #1: Eoden, le guerrier

Premier tome de la série écrite et dessinée par Stefano Martino. Parution chez Glénat le 30/03/22.

Si l’Atlantide m’était contée

L’Atlantide est un royaume prospère, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il est tranquille. En effet, comme toute civilisation qui l’aura suivie au fil des siècles, elle ne peut avoir bâtie son opulence et sa magnificence que sur les cendres de la guerre, notamment celle qui a couté son bras à Eoden.

Le guerrier mutilé, dont le corps sculpté sur les champs de bataille et encore aussi robuste que son esprit, s’est exilé sur une île lointaine au Sud, pour échapper au tumulte des cités et gérer son traumatisme. Eoden a laissé derrière lui la gloire des combats mais aussi son frère Leoden, qui fut couronné roi, aux côtés de Leyon, la femme dont Eoden est amoureux depuis toujours.

Alors qu’il profite de sa retraite, Eoden voit un jour débarquer un ancien compagnon d’armes, qui lui révèle de que Leoden est depuis longtemps sous la coupe de Hak-Na, un sorcier fourbe qui prêche une obscure religion, et dont les manigances, saupoudrées d’épices psychoactives, embrument l’esprit du jeune roi et menacent l’intégrité de l’Atlantide.

Toutefois, rien n’a moins d’intérêt aux yeux d’Eoden que le sort de l’Atlantide. En effet, lui qui a tout donné pour sa patrie n’a aujourd’hui pour elle qu’un regard amer, mais lorsque son ami mentionne le nom de Leyon, et le danger qui la guette aux mains de Hak-Na, le sang du guerrier ne fait qu’un tour. Il décide alors de se mettre en selle pour parler à son frère et tenter de le ramener à la raison. Les obstacles seront nombreux, à commencer par les hommes d’Hak-Na qui sont partout, prêts à se débarrasser de tout ce qui gênerait leur maître. Sans oublier Leoden, qui, poussé au bord de la folie par le vil prêtre, voit des ennemis partout et pourrait bien se retourner contre son frère.

Conan l’amoureux

Déjà connu pour des séries telles que La Geste des Chevaliers Dragons, Les Forêts d’Opale, ou encore Ghost War, Stefano Martino prend pour la première fois les rênes intégrale d’un projet, en tant que scénariste et dessinateur.

A première vue, l’auteur s’appuie, pour son premier galop d’essai, sur des références solides qu’il manie avec une certaine habileté. Nous avons un univers anachronique basé sur différents mythes, notamment celui de l’Atlantide, ce qui engendre un cadre fantasy mâtiné de péplum.

Eoden, le protagoniste de ce tome, est un personnage qui évite l’écueil de l’unidimensionnalité. Blessé physiquement, il porte aussi des stigmates psychologiques qui en font un personnage attachant, assez loin des stéréotypes invinciblement badass que le genre a pu produire. Son retour après des années d’exil permet au lecteur d’adopter son point de vue avec facilité, et rend l’exposition plus fluide, car nous découvrons en même temps que lui les changements qui se sont produits durant son absence.

L’immersion dans ce premier tome est donc très effective, de même que la dynamique entre les différents personnages. Le triangle amoureux, bien qu’encore balbutiant, est écrit avec tact et ajoute un souffle romantique à l’ensemble. Pour le reste de l’intrigue, on n’évite pas un certain classicisme, avec présentation du méchant sorcier et de la galerie d’antagonistes, mais l’ensemble est suffisamment bien orchestré pour conserver son intérêt.

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Noir burlesque 1/2

La BD!
BD de Enrico Marini
Dargaud (2021), 96p., 1/2 volumes parus.

Une édition limitée avec couverture alternative et maigre cahier graphique est éditée par les librairies Momie.

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Etats-Unis, années 50. Slick revient du Front après avoir laissé la belle Caprice. Dans ce monde où tout est possible la rouquine ambitionne de devenir star. Slick lui veut récupérer son bien. Entre flics et mafieux, il se fond dans les ombres des ruelles humides, bien déterminé à se glisser entre les hommes de mains du puissant Rex…

Noir Burlesque - Tome 1 - Noir burlesque - Enrico Marini, Enrico Marini -  cartonné - Achat Livre ou ebook | fnacJe ne sais plus depuis quand Enrico Marini a commencé à communiquer sur son projet de roman noir, au moins depuis fin 2019. Très doué en teasing, il a su allécher les lecteurs qui piaffaient d’impatience pour découvrir ce qu’allait donner l’immersion du maître de l’aquarelle dans le schéma hyper stylisé des polars noirs. Son Batman et bien avant cela sa série Rapaces avaient donné le ton de son amour pour l’art-déco et les ambiances sombres.

Au lieu du gros one-shot de cent-cinquante pages annoncé nous aurons droit à deux volumes de quatre-vingt-dix pages, avec une césure qui sied parfaitement au genre hautement cinématographique. Car Noir burlesque sonne avant tout comme un magnifique hommage au cinéma d’époque, fait de nabots teigneux, de magnats du crime en peignoirs de soie, de femmes fatales et de héros taciturnes et vaguement misogyne. Les personnages de Marini l’ont toujours été, des héros à l’ancienne qui se soucient peu du féminisme et de #meeto. Espérons qu’il ne s’attire jamais les foudres d’Internet… Personnellement j’aime quand des auteurs assument des registres parfois datés, que ce soit dans le kitsch ou dans la réalité d’une époque, sans tordre des marqueurs inhérents au genre.

Sortie BD : Noir Burlesque, Marini nous la joue polar sexyL’intrigue importe peu. Une histoire de vengeance, de passé trouble et d’amour malsain entre ce héros qui ne sait pas être raisonnable et cette femme sublime qui ne sait choisir entre la sécurité matérielle de son puissant mari et l’amour (vrai?) pour Slick. On connait le schéma et c’est le cadre qui importe. Et en la matière on peut dire que le pari est hautement réussi tant on plonge avec langueur et plaisir dans ce monde nocturne au son du jazz et des cabarets brillants. Le plaisir à décrire une époque élégante transpire des pages au papier épais. Les lavis font ressortir évidemment des touches de rouge qui ponctuent l’ensemble et l’artiste fait un effort pour ne pas déballer trop facilement ses gueules recyclées dans la plupart de ses albums. Le projet tient au bonhomme et on ne peut que constater l’amour du travail bien fait.

Alors oui on pourra tiquer sur des dialogues parfois maladroits, lourdaud qui ne font pourtant pas tache dans l’atmosphère de sales gueules et de brutasses. Au final, si le projet ne vise pas à nous bluffer par une intrigue retorse (Marini n’est pas scénariste), sa maîtrise cinématographique, la qualité de ses peintures et le style bien connu de l’italien nous offrent le plaisir simple attendu. Les exigeants et les haters se feront un plaisir de balancer le bel objet. Les amateurs de Marini et de belles BD d’ambiance plongeront avec plaisir dans cette première partie pas surprenante mais envoutante.

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**·BD

Nos Corps Alchimiques

La BD!

Histoire complète en 240 pages, écrite et dessinée par Thomas Gilbert. Parution le 30/04/2021 aux éditions Dargaud.

Apprentis sourciers

Aniss, Camille et Sarah ne se sont pas revus depuis des années. Portant encore les stigmates d’une relation polyamoureuse qu’il serait indulgent de qualifier de houleuse, ils ont chacun décidé de vivre leur propre vie, tant bien que mal. 


Quelques années plus tard, Aniss, toujours en colère après Camille, et Sarah, indulgente mais échaudée, reçoivent un étrange message de Camille leur demandant de le/la retrouver dans un coin reculé de la campagne. Après quelques confrontations, le trio se réunit et Camille, qui entre temps s’est délestée de sa binarité, expose son projet: pour conclure des années de recherches et d’explorations ésotériques, Camille a besoin d’eux pour une ultime expérience, sensée révolutionner le genre humain. Pour cela, les trois amis/amants vont devoir profiter d’une éruption solaire et réconcilier leurs corps alchimiques. 

Passion tumul-tueuse

Thomas Gilbert, salué il y a trois ans pour Les Filles de Salem, entre une fois de plus dans le monde occulte pour s’adonner cette fois à l’alchimie, discipline fascinante et controversée dont le but était la transfiguration des éléments. Centrant son attention autour d’un trio torturé de jeunes protagonistes, l’auteur étale sur plus de 200 pages sa percée dans la psyché humaine. 


Véritable fenêtre sur la folie provoquée par les questions existentielles et les enjeux cosmiques, Nos Corps alchimiques se révèle résolument verbeux, au risque de devenir opaque, notamment pour les lecteurs attachés à un semblant de structure dans leurs lectures (c’est un peu mon cas, je dois l’avouer). L’enjeux est bien établi par Camille dans le premier tiers de l’album, mais il n’est expliqué qu’en termes ésotériques obscurs, si bien qu’on a l’impression que les personnages, y compris Camille l’instigateur-trice, se lancent à corps perdu dans un délire new age dont eux-mêmes ne saisissent pas tout. 

Cela à tendance à brouiller le rythme de l’album, puisque, si on ne saisit pas entièrement le but du ou des protagonistes, il devient aussi ardu d’identifier les obstacles et les conflits que ces derniers vont devoir affronter. A la longue, il devient aussi fatiguant de suivre les longs monologues hallucinés des personnages, hantés et torturés par des maux auxquels le lecteur lambda peut avoir du mal à s’identifier. Certains de leurs choix (dont un en particulier qui est assez…radical), sont délicats à appréhender et à soutenir, toujours à cause de ce souci d’objectif. 


On se retrouve donc par moments dans une sorte de thérapie de couple (on dit trouple ?) new age au cours de laquelle les participants auraient fait un bad trip au cristal meth. Le final est néanmoins sans ambiguïté quant à l’objectif des héros et a même un caractère tout à fait glaçant de par ce qu’il implique. Graphiquement, Thomas Gilbert fait en revanche des merveilles, certaines planches sous acide contenant du pur body horror, que ne renierait certainement pas la dynastie Cronenberg

En conclusion, Nos Corps Alchimiques verse davantage son énergie dans l’exploration laborieuse de ses personnages torturés que dans la construction d’une intrigue. Le final et l’aspect graphique sont toutefois les points les plus intéressants, mais pourront rebuter certains lecteurs. 

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Spécial Drakoo: Dragon & poisons #2 – Les Artilleuses #2

La BD!

Le jeune label/éditeur lancé par Arleston chez Bamboo avait plutôt bien commencé en s’appuyant sur des auteurs de romans fantasy pour lancer de nouvelles séries fantasy/SF. Tous les titres sortis depuis 2019 n’ont pas été retentissants et quelques interrogations se posent sur la ligne éditoriale tiraillée entre l’ombre insistante d’Arleston et de quelques projets pas toujours bien ficelés d’auteurs réputés, et quelques titres vraiment originaux. Parmi ceux-ci, deux des premiers titres sortis voient leur conclusion ou quasi sur des formats courts (deux tomes pour Dragon et poisons, trois pour les Artilleuses) et confirment leurs qualités…

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

  • Dragon & poisons #2 (Bauthian-Morse-Kaori/Drakoo) – 46p., série finie en 2 volumes.

couv_422387Le premier tome avait été une plutôt bonne surprise, rafraichissant les certitudes des plus blasés des lecteurs de BD grâce à un trio de personnages particulièrement réussi. Et si j’attendais un changement de rythme sur cette conclusion je dois dire que je me suis trompé car les autrices restent sur les mêmes bases déstabilisantes (en bien). Le retour dans le passé était attendu comme un jeu classique entre les différentes incarnations des personnages alors que le scénario continue ses contre-pieds qui nous maintiennent sur la brèche avec plaisir. Détaillant un peu le personnage de Natch et les raisons de sa mort, l’album n’a pas vraiment le temps de développer plus avant un enchevêtrement temporel et bifurque chaque fois que l’on pense avoir capté l’intrigue. Malin!

On ne soulignera jamais assez l’importance d’avoir des personnages solides pour construire une bonne histoire et c’est donc le cas ici… alors que comme dans le premier tome le background nous laisse un peu sur notre faim avec une fantasy qui peine à justifier sa spécificité (les poisons) hormis par quelques facéties graphiques. Les planches sont toujours aussi fouillées, parfois un peu trop avec un sentiment de surcharge entre les traits fouillés de Rebecca Morse et la colo très chatoyante d’Aurélie Kaori. On sent que ce second tome porte sa focale sur Grayson qui fait clairement de l’ombre à son comparse Nevo (celui-ci avait plus de marge dans le premier volume). Au final ce Dragon & poisons reste une étonnante chronique amoureuse, bien mal vendue, et qui sait clairement marquer sa différence avec le tout venant fantasy. Les équipes artistiques féminines ont souvent cette qualité en BD et c’est tant mieux si cela apporte de la variété à un genre ultra-balisé! Un troisième tome aurait sans doute permis de détailler un peu tout cela mais il faut aussi parfois rester raisonnable et ne pas étirer un concept…

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  • Les artilleuses #2 (Pevel-Willem/Drakoo) – 46p., 2 tomes parus sur 3.

couv_418002Après avoir récupéré la sigillaire les Artilleuses cherchent à savoir pourquoi on cherche leur mort. Alors que la section B des services secrets entre dans la danse, les renseignements allemands maintiennent la pression en décidant de passer à l’attaque, résolus coûte que coûte à récupérer la bague…

Remarquablement fidèle au premier tome, ce second volume confirme la maîtrise scénaristique du romancier Pierre Pevel et sa gestion aux petits oignons des informations, (ni trop ni trop peu) sur son univers foisonnant. Déterminé à permettre une lecture fluide et sans contraintes, il insère beaucoup de phylactères narratifs qui nous rappellent ce qu’il y a besoin de savoir. Non que l’intrigue soit complexe (on reste sur un complot attendu) mais ces inserts permettent de se dispenser la révision des tomes précédents pour se souvenir de qui est qui et huilent les transitions avec les nombreuses séquences d’action fort réussies. Côté graphique, si le décors est vraiment sympathique et semble plaire au dessinateur dans ses multiples détails, certains personnages semblent moins l’inspirer. Vu qu’on parle de BD jeunesse ce n’est pas trop grave, ces derniers sont caractérisés avant tout par leur arme et leur costume. Avec des assassins en chapeau-melon sortis tout droit d’Adèle Blanc-Sec, de l’espionnage 1910, de méchants allemands et une once de steampunk, ce second tome des Artilleuses se savoure toujours avec plaisir. Si l’habillage reste tout à fait attirant, on aimerait avoir plus d’empathie pour les trois héroïnes qui semblent bien passives hors des séquences de baston. Gageons que le scénariste muscle un peu ses personnages sur la conclusion du triptyque et surtout, prévoie un nouveau cycle qui nous permettra de faire plus connaissance avec son monde merveilleux.

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