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Eli & Gaston #2 La Forêt des souvenirs

Second tome de la série écrite par Ludovic Villain et dessinée par Céline Dérégnaucourt. Parution le 17/09/2021 aux éditions Ankama.

bsic journalism

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Voir sans oublier

Eli et son chat Gaston sont inséparables. La jeune fille espiègle est revenue passer les vacances d’automne chez sa grand-mère Jo, qui vit à l’orée d’une immense forêt. Un soir, alors qu’Eli confesse son ennui à son félin ami, Mia, une chatte sauvage qui ne laisse pas Gaston insensible, débarque pour prévenir ses amis qu’un voleur est entré dans la maison.

Le sang d’Eli ne fait qu’un tour et la voilà descendue dans la cave, où une silhouette masquée est effectivement en train de fouiller les affaires de Jo. Malgré leur ardeur, ni Eli, ni Gaston, ni Mia ne parviendront à stopper le voleur, qui prend la poudre d’escampette avec une mystérieuse carte. Après quelques investigations, Eli découvre l’identité du coupable: Hermine, une jeune fille au caractère revêche, qui vit en plein cœur de la forêt avec son grand-père Edmond, qui est l’un de ses derniers gardiens.

Hermine et Edmond sont à la recherche de la Fleur de Lune, qui ne pousse qu’une fois tous les 100 ans, et qui permet à celui qui la cueille de retrouver tous ses souvenirs. Et le vieil homme, gagné par la sénescence, en a bien besoin afin de transmettre son vaste (et nébuleux) savoir à sa petite-fille qui doit lui succéder. Eli & Gaston s’engagent donc dans une quête sylvestre pour trouver la Fleur de Lune. Quels dangers devront-ils braver pour atteindre leur but ?

Le premier tome d’Eli & Gaston faisait mouche grâce à un univers à la fois naïf et profond, des personnages attachants et de belles thématiques, mises en valeurs par le trait accueillant et enfantin de Cécile Dergnaucourt. La recette est ici la même, avec quelques ingrédients supplémentaires qui satisferont les lecteurs séduits par le premier tome.

Le ton est léger, mais les enjeux sont clairement établis et le danger, s’il ne fait jamais réellement craindre pour la vie de notre duo, reste quand même suffisamment sérieux pour conserver notre intérêt jusqu’à la fin de l’album. L’album, qui peut se lire indépendamment du premier, traite avec poésie de sujets intéressants, comme celui de la transmission du savoir et des traditions, la discipline et la volonté d’apprendre, ou encore le lien qu’un individu conserve avec son propre passé et qui constitue une part même de son identité.

Graphiquement très travaillé, cet album jeunesse doux et philosophe ravira sans doute les jeunes lecteurs et lectrices.

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Nicnevin et la reine de sang

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Comic de Helen Mullane, Dom Reardon  et Lee Loughridge
Les humanos (2020), 128 p. format comic, one-shot

bsic journalismMerci aux Humanos pour cette découverte.

nicnevin_50525_zoomedVoyant régulièrement passer des « évènements » de nouveaux comics indé poussés par une communauté de lecteurs de comics toujours enthousiaste je n’avais pas fait attention à l’évènement que constitue le lancement du label H1. Explication: il s’agit ni plus ni moins qu’une nouvelle collection de comics originaux par des auteurs anglo-saxons lancée par les Humanoïdes associés et leur branche américaine. Avec un certain Mark Waid (auteur du culte Kingdom come) en chef éditorial,  l’enjeu est rien de moins que de proposer à une génération d’auteurs traumatisés par le conservatisme moral et capitalistique du Big Two une alternative européenne sans compromission avec les canons des comics, y compris super-héroïques. Je vous renvoie à la revue de la conférence de presse dont le lien est sur le billet de Dahaka  (Omni) en début de semaine. Les ouvrages sont publiés au format chapitré classique aux Humanos USA avant d’être traduits par la même maison en format album.

Lorsque la mère de Nicnevin, ado métisse très attachée à la connexion de son smartphone, annonce qu’ils partent en vacances dans la vieille maison de famille au fin fond de l’Angleterre, elle sait que les jours qui s’annoncent vont être atroces… Collée à sa musique et à ses échanges avec son ami elle est très loin des traditions locales empreintes de mysticisme et de sorcellerie. Lorsque survient un atroce meurtre rituel, ce petit univers s’anime et l’oblige à faire face à son héritage familial…

Pour Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"ma première lecture de la très qualitative collection H1 des Humanos j’ai été assez conquis par une narration très sophistiquée et réussie en alternance entre quotidien immédiat de l’héroïne et visions fantastiques subtilement agencées de manière à ce que l’on ne sache jamais si elles sont issues de l’esprit de Nicnevin ou totalement découplées. L’histoire ne réinvente rien et rappelle par moments le récent et très réussi Black Magick pour l’idée d’une sorcellerie très féminine et familiale. Le thème n’est pas nouveau mais lorsque c’est réussi cela propose une vision spécifique permettant autant de variations que d’héroïnes. Si la Rowan de Rucka et Scott est une inspectrice dans la force de l’âge et très sensible, l’apprenti-sorcière de Mullane est une ado typique très crédible dans sa contestation de l’autorité, son conflit avec sa mère et sa recherche d’un piment à sa vie… qui coïncide souvent avec la recherche romantique de l’amour.

Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"Ce qui permet de rester attaché au personnage de Nicnevin c’est l’alternance de mystérieuses séquences semi-fantastiques où la Nature semble perturbée par les forces souterraines que cherche à convoquer le meurtrier. Dans un style graphique qui me rappelle le dessin anguleux de Phil Hester sur Shipwreck, Nicnevin reste dans une ambiance sombre aux couleurs rappelant le gris du ciel anglais et une nature hivernale vaguement inquiétante. Avec un thème intéressant mais déjà très utilisé par ailleurs et un dessin efficace mais qui ne suffit pas à justifier par lui-même la lecture de l’album, c’est clairement le découpage qui fait ressortir la création d’Helen Mullane de la moyenne des comics de genre. Jouant sur une grande variété de structuration de ses pages, du gauffrier aux cases pleine largeur ou verticales, le dessinateur instille un rythme incertain qui met le lecteur dans la recherche d’indices auxquels se raccrocher en vain. Dans une ambiance lente, où le temps semble arrêté, on saisit des instants peut-être liés, peut-être lointains, qui aident à l’insertion des images d’animaux aux comportements anormaux ou d’une nature que l’on imaginerait volontiers mue par des puissances telluriques.  Comme toujours dans les récits fantastiques c’est l’économie de surnaturel et le maintien d’un mystère narratif qui fait l’ombre dans laquelle le lecteur va se plonger avec envie. Sur ces points Nicnevin est très réussi, respectant parfaitement son canva.

Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"Sur un format one-shot avec une trame classique il est compliqué de proposer quelque chose de très novateur. Ce n’est pas ce que recherchent les auteurs dont la focale porte bien sur cette adolescente au tempérament bien trempé. La couleur de sa peau (elle, sa mère et son frère sont métis) étonne dans une histoire de sorcellerie de l’Angleterre profonde qui nous a plus habitué aux vierges rouquines. Ce petit détail permet de donner une modernité à cette variation dont la principale qualité est la grande précision des textes comme du récit graphique. On peut raconter mille fois la même histoire pour peu que les auteurs aient une sensibilité originale à proposer. C’est le cas ici et cela suffit à nous attirer dans les filets de la reine de sang. Si vous aimez les polars humides et terreux de campagne, si le thème de la féminité naissante au travers du prisme des sorcières vous interpelle, profitez de cette nouvelle réussite du label H1 qui se lit avec grand plaisir.

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Fêtes himalayennes: les derniers Kalash

Le Docu du Week-End

 

BD de J-Y Loudes et Hubert Maury
La boite à bulles/Musée des confluences (2019)

badge numeriquecouv_356073J’ai découvert cet album en visitant l’exposition du Musée des Confluences de Lyon (destiné à aborder la Nature, les traditions et les cultures humaines et où j’avais vu récemment une exposition sur Hugo Pratt) sur les Derniers Kalash, visible jusqu’au premier décembre prochain. Réalisé en partenariat avec l’éditeur La Boite à bulle, l’album retrace le séjour des trois personnes dont les captations photos et vidéo sont à l’origine de l’exposition.

En 1978, trois jeunes français abandonnent leur emploi pour aller passer plusieurs mois au milieu des Kalash, dernière ethnie païenne du nord du Pakistan. Là-bas ils vont entreprendre une immersion ethnologique au sein d’une peuplade dont les rites hors du temps renvoient aux traditions primordiales de l’humanité.

Résultat de recherche d'images pour "les derniers kalash bd"Comme souvent dans une BD documentaire c’est la narration, le scénario qui donne son intérêt à l’ouvrage, en ajoutant une plus-valu très importante à une exposition dont j’avais trouvé le récit assez minimaliste. La difficulté de la muséographie, surtout pour des sujets dont peu de traces sont visibles, est toujours d’organiser une progression narrative pour structurer la prise de connaissance. Et cet album est non seulement très réussi sur ce point mais je dirais indispensable à tout visiteur de l’exposition, si bien que je ne comprends pas pourquoi le musée n’a pas intégré des planches de l’album directement dans l’installation muséale…

Résultat de recherche d'images pour "les derniers kalash bd"Mais revenons au livre, dont la très jolie couverture donne envie de pénétrer dans ce voyage à l’orée des années 1980, alors que l’invasion soviétique de l’Afghanistan est imminente. Si le dessinateur Hubert Maury a une technique amateur (ce qu’il est, analyste diplomatique de carrière avant de se lancer dans des romans graphiques), le récit de Jean-Yves Loude, l’un des visiteurs des Kalash est particulièrement rythmé et guidé, permettant au lecteur de lire la BD comme un vrai récit et non comme un simple amoncellement de moments et de rites. Ce n’était pas gagné car l’intérêt de cet album réside bien dans la découverte d’une peuplade et son acceptation de trois français si différents. Comme tout ethnologue il faudra ranger ses lunettes et sa morale occidentale pour essayer de comprendre cette tribu où les femmes sont impures mais intégrées, où les riches accèdent aux honneurs en se ruinant pour les pauvres et où toute la vie de la vallée est rythmée par le cycle de la Nature, des règles menstruelles aux solstices. A noter que les pages intercalent des photos (visibles à l’exposition) et des captures vidéo.

Résultat de recherche d'images pour "les derniers kalash bd"Ce qu’il y a de fascinant c’est de voir cette population reculée qui a résisté aux vagues d’islamisation à l’heure d’un retour aux idées de Djihad. Comment ces faibles paysans ont-ils résisté alors que notre école nous parle de hordes islamiques conquérant jusqu’à Poitiers. Troublant. De voir également l’influence croisée de la culture Hindou, Boudhiste et monothéiste dans ces traditions parfois amusantes ou archaïque (comme cette explication de la marque impure des femmes) mais qui ont toujours un sens. Parfois les français se laissent aller à des remarques intrigantes auprès des enfants, en demandant par exemple si les chèvres sont acceptées dans le temple quand les femmes ne le sont pas…

Ce récit d’une vie à défendre la culture d’une peuplade de trois mille individus est assez fascinant à la fois par l’implication qu’elle reflète de la part des trois ethnologues et par l’impression vertigineuse que l’on assiste à une culture identique à ce qui se passait partout sur Terre depuis la nuit des temps jusqu’à l’époque moderne. Ces Kalash disparaîtront prochainement sans nul doute, victime de l’exode, de la pauvreté, des attaques des musulmans,… C’est donc un moment rare auquel nous assistons.

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