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BD en vrac #19: Le moine mort – Ira Dei 4 – Jylland

La BD!

Salut les bdvores! Fournée de BD médiévales aujourd’hui, avec deux dessinateurs très graphiques et une découverte en terre viking.

  • Le moine mort #1 (Morvan-ScieTronc/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

badge numeriqueJe suis de plus en plus difficile avec Jean-David Morvan… comme avec tous les autres très bons scénaristes devenus plus solo-éditeurs que créateurs en perdant de vue le travail de préparation et de sélection de ce qu’est un bon album et en croyant pouvoir être sur tous les fronts. Quand on dit auteur prolifique ce n’est pas toujours en bien. Morvan aligne les projets personnels en mettant le pied à l’étrier à de jeunes auteurs et c’est tout à son honneur. Mais défricher les talents n’exige pas forcément d’aligner les scénarii sur ses épaules au risque de se noyer et de perdre en qualité… Bref, admettre des erreurs chez des primo scénaristes c’est normal quand on chronique un album. Chez un vétéran il n’y a pas d’excuse à proposer une simple introduction, si belles soit elle, sur un album entier au prix où sont aujourd’hui les BD. Surtout, la place et le confort doivent être justifiés par une progression narrative. Ce qui manque clairement à ce premier tome du Moine mort!

Le récit prend la forme désormais classique du narrateur monastique modèle Le Nome de la rose qui témoigne de la croisade fondamentaliste d’une Église imaginaire mais bien inspirée du pire de notre Histoire. Sous des pinceaux réellement inspirés du jeune ScieTronc (qui avait déjà impressionné sur le premier Boris Vian, déjà scénarisé par Morvan), on en restera donc là après 48 pages où l’on ne fait que découvrir l’univers tout en architectures et contre-plongées visiblement inspiré par les dessins du Piranese (qui donne son nom au héros). C’est beau mais c’est maigre. C’est vraiment dommage car graphiquement l’univers mis en place accroche réellement notre intérêt en s’appuyant peut-être sur le design semi-historique de la série Game of Thrones, mais surtout sur un sens du cadrage qui permet de donner un cachet fou à la plupart des cases. Il n’aurait fallu que quelques séquences de plus pour semer l’envie de découverte au lieu de quoi l’effet retombe un peu comme un soufflet en oubliant l’envie. Difficile donc de se prononcer sur une série pas vraiment commencée. Il faudra donc attendre le second tome pour se faire réellement un avis.

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  • Ira Dei #4:  mon nom est Tancred (Brugeas-Toulhoat/Dargaud) – 2021, 54p., 2 cycles parus.

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Alors que le Strategos Maniakès revient sur le terrain les dissensions continuent entre les différents chefs mercenaires alors que le moine revient assisté d’un sicaire dont la cible reste mystérieuse…

Toujours compliqué de rester objectif lorsque j’ai entre les mains un album du duo Brugeas-Toulhoat qui propose toujours un niveau de réalisation très professionnel. C’est tout leur mérite quand on repense à la complexité du contexte et de l’intrigue qui évite toute linéarité. Avec ma formation d’historien j’imagine la difficulté d’appréhension de cette histoire de stratégie médiévale pour un lecteur qui n’aurait pas les références historiques. On peut prendre cela comme de la fantasy 100% imaginaires mais ça reste assez ardu. Reste donc une écriture tout à fait fluide et surtout ces planches explosives que seul Ronan Toulhoat propose parmi les dessinateurs réalistes actuels! En héritier de Lauffray, son plaisir du dessin se transmet dans des découpages toujours originaux, libres, rageurs, dont on ne se lasse pas. La finesse des détails et des décors habillent un encrage sauvage qui ne donne qu’une envie, continuer à savourer ses albums quoi qu’ils traitent! Si la stratégie machiavélique ravira les amateurs, le déroulement de ce tome reste un peu chaotique en ballotant le lecteur qui ne sait pas trop pourquoi on nous présente telle scène et pourquoi tel personnage disparaît soudain. Ce volume manque un peu de continuité, ce qui participe à l’inconfort sans doute recherché. La conclusion anticipée de la série a probablement joué également pour précipiter une fin un peu au milieu du gué qui ne résout vraiment rien. On sort ainsi de ces deux cycles (qu’il vaut mieux voir comme une vraie quadrilogie tant les quatre albums sont liés) vaguement déçu avec l’impression d’avoir participé par une fenêtre à une séquence historique sans début et sans fin. Un peu frustrant même si la qualité de ces albums restent dans le haut du panier en matière de bd médiévale.

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  • Jylland #1: Magnulv le bon (De Roover-Klosin/Anspach) – 2021, 44p., série prévue en 4 tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Anspach pour cette découverte.

Dans un thème très à la mode (appuyé sur des séries TV à succès), Jylland nous propose une nouvelle incursion dans l’univers des vikings, peuple qui ne cesse de fasciner les créateurs. Pour ses débuts en BD le polonais autodidacte Przemyslaw Klosin propose des planches sacrément pro. Si les couleurs n’arrangent pas forcément un dessin classique mais parcouru de visages très caractérisée, l’ensemble ne souffre pas de défauts majeurs dans une technique tout à fait remarquable. Ainsi le personnage principal, un machiavel à tresses, fils d’un roi viking mourant qui a choisi d’adopter la religion catholique et de renoncer aux coutumes du northland, imprime sa marque par une trogne brutale sans être caricaturale.  Si les autres personnages se distinguent surtout par leur coiffure (qui peut du coup prêter à confusion entre deux personnages), on sent un effort d’identification sur les rôles.

L’originalité de ce premier tome est donc le traitement de la christianisation pour ce peuple attaché aux traditions. L’itinéraire de ce second fils revanchard fait se rejoindre la jalousie familiale et le rejet de la nouvelle religion pacifique. Le scénariste lance des pistes intéressantes sur la sédentarisation et le passage de ce peuple de pilleur à un peuple commerçant, qui sera peut-être développé dans la suite de l’histoire. D’une lecture agréable, ce premier Jylland est donc une plutôt bonne surprise qui parvient à nous intéresser dans un océan d’albums sur les navigateurs de drakkars.

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***·BD·Graphismes·Un auteur...

Wild West

Un auteur...
BD de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat
Financement participatif sur Kisskissbankbank (2020), 166p. n&b., one-shot(?).

couv_386333L’ouvrage est en format à l’italienne avec tranche toilée, titre à vernis sélectif. La BD proprement dite comprend trois « rocambolesques aventures du Juge Laudermilk » intercalée par des illustrations réalisées par Ronan Toulhoat lors d’un Ikntober. Outre les illustrations intérieures, un carnet de croquis de vingt-deux pages est inséré à la fin, ainsi qu’une page de remerciement suivant les « gains » choisis par les enchérisseurs.

Le financement original prévoyait 8500€ et a été financé à 200%. Le palier raté prévoyait une histoire supplémentaire.

Cela fait quelques temps que je regarde passer des projets de financement participatif, souvent pour des artbook, parfois pour des BD. Très attaché à l’idée de création collaborative, de Libre et de circuits courts et alternatifs, ces financements autonomes de projets créatifs me donnent envie d’aider. Malheureusement beaucoup de ces projets ne sont pas vraiment professionnels et parfois un peu chers (comme ce  gros artbook de Frank Cho que j’ai laissé passer en raison de son coût, prouvant que même les plus grands passent par ces circuits). Ces financements permettent en outre à de petits éditeurs de préfinancer des suites de séries souvent excellentes.

Je me suis donc laissé tenter par celui-ci car (vous ne serez pas surpris si vous suivez ce blog depuis quelques temps), Ronan Toulhoat est un de mes dessinateurs favoris. J’ai découvert son duo à l’époque du semi-professionnel, j’ai suivi toutes ses séries depuis, toujours excellentes, et suis toujours sidéré par les progrès et la quantité de dessins/travail qu’il produit et qu’il montre en ligne. Je ne m’aventurerais pas à juger l’activité de certains auteurs mais il est très satisfaisant de voir qu’un dessinateur autodidacte parvienne à publier aussi régulièrement, parfois plusieurs albums dans l’année et qu’il rencontre un succès mérité. Certains ont un talent évident, certains sont des bûcheurs. Au final les lecteurs que nous sommes comparent ce qu’ils voient. Et Ronan Toulhoat en montre de sacrées quantités. J’ai parfois été déçu par ses partis pris graphiques, notamment en matière de colorisation. Mais la qualité de ses encrages, son sens du mouvement, du cadrage et du ressenti en font pour moi un des meilleurs dessinateurs actuels, même si d’autres peuvent paraître plus techniques.Ronan Toulhoat - Graceful par Ronan Toulhoat - Illustration

Et cet album alors? Le dessinateur présente régulièrement des illustrations dans des univers balisés que ne lui permettent pas d’explorer ses séries en cours. C’est le cas du Western donc, mais aussi du Napoléonien, Victorien, bref, partout où son univers noir et rageur se trouve bien. Je regrette que le duo travaille depuis si longtemps sur l’époque médiévale (spécialité de Vincent Brugeas) et j’ai trouvé cette occasion d’aller voir du côté de l’Ouest à point nommé. Le premier point positif est l’excellent personnage Ronan Toulhoat (@RonanToulhoat_) | Twitterimprobable de juge itinérant que nous découvrons au travers de courtes BD humoristiques inégales. Le Juge Laudermilk troisième du nom parcourt les contrées sauvages et villes nouvelles dans sa diligence servant de bureau comme de tribunal, accompagné de Chochanna, pilote de l’attelage et fine tireuse avec sa carabine à lunette, ainsi que son aide de camp chicanos Igor, pas bien malin, à peu près muet et toujours utile pour profiter des situations et engranger des dollars dans la mise en place de belles arnaques… Si la première histoire est très chouette, la seconde m’a laissé sur ma faim avec une impression de redite. Chacune de ces trois histoires annonçant la fin de l’épisode, on peut imaginer une future série en bonne et due forme pour peu qu’un éditeur suive. L’équipe fictive du juge a du potentiel pour une courte série de one-shots ou en format histoires courtes.

Juicy par Ronan Toulhoat - IllustrationLes illustrations « Inktober » qui s’intercalent entre les BD sont très réussies et inspirées. Les textes qui les accompagnent en regard sont en revanche très dispensables et apparaissent vraiment forcés. C’est dommage car Vincent Brugeas sait écrire et pouvait produire quelques courtes nouvelles d’ambiance… qui auraient entraîné une plus grosse pagination mais enrichi le projet. Je suis surpris par ce choix qui utilise très peu la page de regard donc.

Toulhoat, Ronan - Para-BDEnfin, la partie « illustrations libres » est très diverse, entre des crayonnés à peine posés, de superbes encrages et quelques couleurs. C’est vraiment du carnet de croquis encore chaud. Cela permet de voir une authenticité qui conviendra aux vrais fans que sont certainement les participants à ce projet.ronan.toulhoat

Il ressort de ceci le plaisir du graphisme « direct from the pen » et le rappel que les éditeurs servent parfois aussi à modeler un projet. Par les temps qui courent où l’on voit sur les rayonnages des librairies des albums pas finis et qui semblent avoir loupé l’étape éditoriale, on pourra difficilement reprocher ces quelques manques à un travail très pro et fidèle à ce qui était annoncé. A coup sur si les deux inséparables poursuivent cette initiative sur d’autres thèmes Inktober, ça peut devenir aussi indispensable qu’un Sketchbook Comixburo

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BD et vrac #12

BD du mercredi

  • Ira Dei #3: Fureur normande (Brugeas/Toulhoat/Dargaud) – 2019, 3 vol parus.

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J’avais déjà émis quelques réserves sur le tome 1 de la série… avant de me déjuger tant le tome 2 était flamboyant. Cette seule couverture (qui part illico dans mon top thématiques de l’année) suffit à m’émoustiller en illustrant l’art de la mise en scène extravertie de Ronan Toulhoat. Comme j’essaye de rester objectif, je dois reconnaître que cette fureur normande souffre de l’habitude que l’on a à la lecture de ces auteurs: la réalisation globale est excellente, c’est bien dessiné, bien écrit (bien qu’un peu obscure en matière de stratégie),… mais il manque un sel, peut-être un personnage, peut-être un retournement, je ne sais. Cette série s’inscrit dans l’exotisme d’une période méconnue du grand public et dans la finesse des manigances politiques. Le premier cycle a montré combien il fallait juger du double album-cycle dans son intégralité tant cette histoire est imbriquée, aussi je me garderais de rabaisser ce tome 3, mais j’ai éprouvé des difficultés avec une introduction où il est difficile de comprendre si l’on se place dans la suite directe (et dans ce cas pourquoi une narration) ou dans une variation. Sans-doute ais-je du mal à saisir le concept d’une série qui reste néanmoins fort agréable à lire.

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  • Car l’enfer est ici #1: 508 statues souriantes (Brunschwig/Hirn/Nouhaud/Futuropolis) – 2011
    Le pouvoir des innocents, cycle 2 tome 1.

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La parution des trois cycles du Pouvoir des Innocents a été assez compliquée à suivre avec dès ce tome et le passage chez Futuropolis, la sortie des albums des cycles II et III en croisé. J’ai fait le choix de continuer chronologiquement avec donc ce début de cycle II dessiné par un très bon David Nouhaud. L’histoire débute quelques mois après la fin dramatique du premier cycle qui a vu l’élection de l’idéaliste Jessica Rupert à la mairie de New-York et l’incendie de la villa du boxeur Providence qui a traumatisé une grande partie de la population. Joshua Logan, en fuite avec sa femme est l’ennemi public numéro 1… jusqu’à ce qu’il se rende à la police pour dénoncer la conspiration des 508. Alors que tout l’édifice qui a permis l’élection de Rupert menace de s’effondrer l’avocat qui accepte de le défendre va mettre le nez dans un engrenage très dangereux… Avec le déroulé toujours aussi complexe de Brunschwig, cette suite nous place dans les meilleures conditions possible pour prolonger une intrigue qui s’annonce plus politique que jamais: le changement de dessinateur marque un saut graphique très appréciable. Le péché originel installé par le premier cycle laisse présager des réflexions profondes sur les buts du pouvoirs et les moyens mis en oeuvre et leurs justifications. Ce tome est une mise en bouche qui donne très envie de continuer cette très particulière saga.
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  • Le dernier Pharaon (Schuiten, Gunzig, Van Dormael/Blake et mortimen) – 2019, Hors-série.

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mediathequeJe ne parlerais pas de déception concernant cette aventure Hors-série de Blake&Mortimer car je n’en attendais pas grand chose et ne l’ai lue qu’en raison du battage médiatique fait autour de sa sortie, avec notamment trois éditions (classique, à l’italienne et grand format), une exposition et une importante couverture presse. Comme souvent la justification d’un album à part est difficile à trouver hormis la seule envie des auteurs. Et contrairement à Valérian dont les hors-série sont aussi originaux que truculents, ce Dernier Pharaon n’est ni un Blake et Mortimer ni un Schuiten. Trop de décalages pour un album qui se veut hommage et bourré de références. Si l’on devine l’esprit derrière certaines séquences, le dessin de Schuiten est trop éloigné, trop statique et contemplatif pour nous faire admirer autre chose que cette fascinante Bruxelle post-apocalyptique. On a malheureusement la désagréable impression d’un entre-soi belge qui fait de la capitale belge le centre du monde en nous balançant en quelques cases le plus grand plan jamais sorti d’un album de B&M… L’envie de dessiner la palais de justice de Bruxelles ne suffit pas à faire un album et tant l’époque adoptée (trop moderne) que l’esprit écologiste dénotent trop. Alors l’album se laisse lire et est plutôt joli. Mais un mauvais projet bien réalisé reste toujours un mauvais projet.

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  • La gazette du château #3 (Dorison/Delep/Casterman) – 2019 3 épisodes parus.

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Mes avis sur cette excellente adaptation de la fable politique d’Orwell La ferme des animaux sont ici et . La parution au format gazette (couleur, très grand format avec rédactionnel exclusif) se fait en trois épisodes par album cartonné. Le premier tome relié vient juste de paraître et la « saison deux » au format gazette doit se poursuivre dès début 2020.

Pour une fois le format feuilleton s’agence parfaitement puisque les trois parties semblent adopter la structure du scénario. En effet, après une mise en place brutale dans le premier épisode et l’irruption du tiers perturbateur dans le second, voici venu le temps de l’action pour Miss B qui va apprendre à déplacer le conflit sur le plan de la dérision… Difficile de parler de cette publication qui reprends les mêmes qualités au niveau de l’album (texte très proche du propos d’Orwell, dessin superbe) et sur le format gazette (pages immenses, maquette élégante, textes à lire après la BD qui prolongent parfaitement l’esprit totalitaire. Pour l’amateur de politique que je suis c’est bien évidemment un des albums marquants de l’année que j’hésite à acheter au format relié…

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*****·BD·Nouveau !

Ira dei #2: la part du diable

BD du mercrediBD de Vincent Brugeas et Vincent Toulhoat
Dargaud (2018), 54 p., 2 vol parus, premier cycle terminé.

L’illustration de couverture est très réussie, plus pertinente que celle du premier volume), reprenant à la fois le thème et la colorimétrie de la série (j’aime toujours quand il y a une homogénéité dans une série) mais surtout proposant un sujet énigmatique et très révélateur de l’album. Un vitrail dessiné très élégant en début d’album rappelle les protagonistes. Ce tome clôt officiellement un premier cycle d’une série prévue en quatre cycles minimum.

Après avoir conquis Taormine en Sicile, Tancrède est intégré à l’armée du Strategos Maniakès. Poursuivant sa propre vengeance en enfermant le moine dans une cage, il voit les alliances se faire et se défaire, chacun jouant sa propre partition au sein de ce théâtre de reconquête militaire.

Résultat de recherche d'images pour "toulhoat la part du diable"Le duo Brugeas/Toulhoat est décidément impressionnant. Non content d’une productivité hors norme (on est à une moyenne de 2 albums par an), ils parviennent à produire des BD grand public sur des sujets et traitement pour le moins risqués… Paradoxalement si leur BD la plus mainstream (Chaos Team: des barbouzes dans un contexte post-apo après l’arrivée des extra-terrestres) est leur seul semi-échec commercial, ils choisissent ensuite un polar médiéval très sombre et une épopée diplomatico-stratégique dans la méditerranée Byzantine de l’an Mille!

Le premier tome d’Ira Dei était une vraie réussite, inattendue pour ma part et qui reprenait pas mal de tics graphiques et scénaristiques du couple d’auteurs. La part du diable parvient à rehausser encore le niveau en complexifiant une intrigue déjà touffue, notamment via le ressort des aller-retour: l’album débute sur la grande bataille de Syracuse et nous montre par morceaux quelles inimitiés, quels retournements d’alliances, quels machiavélismes ont mené à ce morceau de bravoure épique qui renverrait presque le Conan des deux compères sorti au printemps au rang de bleuette Nouvelle vague… Résultat de recherche d'images pour "toulhoat la part du diable"La lecture de l’album demande de la concentration même si le dessin, toujours aussi clair et précis facilite le parcours oculaire. La grande force de ce volume et le véritable changement par rapport à leurs productions précédentes est l’absence de héros et une impossibilité pour le lecteur de définir le centre de l’intrigue. La multitude de personnages secondaires, bien plus charismatiques et éclairés que les deux centres antagonistes que sont Tancrède et Etienne, crée une toile renforcée par une chute inattendue qui ressemble plus à un to be continued qu’à une fin de cycle. La série sera en effet construite sur des cycles « géographiques » changeant de théâtre des opérations à chaque diptyques, dans une trame néanmoins suivie.

Le personnage de Tancrède est un peu en retrait dans ce volume, en laissant la part belle (comme souvent chez Brugeas&Toulhoat) aux femmes, manipulatrices, belles, intelligentes, face à une brochette de mâles violents et tous plus retors les uns que les autres qui font chercher en vain quelque chose qui se rapprocherait le plus d’un héros. Dans cet univers machiavélique où chaque acteur semble être le précepteur de Sun Tzu, très peu de manichéisme, ce qui est rare dans ce genre de BD et très agréable.

Graphiquement Ronan Toulhoat n’en finit plus à chaque album de nous régaler. Si vous lisez régulièrement ce blog vous savez que je suis adepte des encrages forts et ce que j’aime chez ce dessinateur c’est son trait très instinctif allié à une utilisation discrète du numérique, dans la colorisation notamment et dans la réalisation d’arrière-plans jamais délaissés: il y a une telle vie dans chacune des cases que l’on prolonge la lecture pour scruter chaque détail. L’autre grande force du dessinateur est son sens du mouvement, à la fois par des effets graphiques très maîtrisés (eyfish, lignes de vitesse) et par un découpage en travelings qui crée une vraie immersion.Résultat de recherche d'images pour "toulhoat la part du diable"

La part du diable est peut-être l’album le plus abouti du duo (je sais, je dis ça à chacun de leurs albums…), à la fois exigeant, complexe, visuellement renversant de détails et de précision, proposant à la fois de sombres débats stratégico-conspirationistes et des scènes de bataille grandioses… On ne sais plus s’il faut souhaiter des changements d’horizons pour ces auteurs tant ils nous régalent en proposant à chaque album des créations qui respirent la passion. Personnellement je suis leurs aventures les yeux fermés et pour l’instant je n’ai jamais été déçu.

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Ira dei #1: l’or des Caïds

BD de Vincent Brugeas et Vincent Toulhoat
Dargaud (2018), 64 p., 2 vol paru, cycle 1 terminé.
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Le couple d’auteurs BD Brugeas/Toulhoat est l’un des mes favoris depuis pas mal d’années maintenant, après la découverte uchronique Block 109... et toutes leurs autres séries que j’ai lu avec grand plaisir malgré quelques défauts parfois. Après un échec sur la (pourtant excellente) série SF Chaos Team qui a remis en question pas mal de choses chez eux, ils ont été acclamés par la critique et le public avec leur polar mafieux médiéval Le Roy des Ribauds. Ronan Toulhoat ayant une productivité proprement hallucinante (il doit en être à une moyenne de 2-3 albums par an avec des paginations d’environ 100 pages par album…), il remets le couvert cette année avec un premier opus d’une nouvelle série médiévale (le second arrive en fin d’année il me semble) avant la sortie d’un album sur l’univers de Conan le Barbare cet été chez Glénat.

En l’an Mille la Méditerranée est au carrefour des peuples et de l’Histoire: l’empire Byzantin encore puissant occupe les îles italiennes face aux seigneurs occidentaux et aux musulmans. En Sicile le siège d’une cité stratégique va permettre au seigneur Normand Tancrède de fomenter sa vengeance contre un ennemi mystérieux, dans une alliance trouble avec l’Eglise…

Résultat de recherche d'images pour "toulhoat ira dei"J’avais laissé le premier cycle du Roy des Ribauds sur une note mitigée. La sortie d’un nouvel album ne m’a guère surpris, en revanche, qu’il se situe encore au Moyen-Age et la description de l’éditeur ne m’avaient pas donné envie, pour la première fois concernant ce duo! J’étais donc assez sceptique et pas du tout sur d’acheter l’album. Quelques visites sur le forum bdgest et des retours assez positifs, mais surtout le fait que la série s’articule sur des cycles de 2 albums m’a convaincu de me laisser tenter, notamment pour la graphisme toujours aussi classe de Ronan Toulhoat. Et donc?

iradeip22Je dirais que si le style scénaristique et graphique ressemblent au Roy, le côté ouvert, la structure en aller-retours entre passé et présent, les couleurs de la Sicile rendent la série suffisamment attrayante pour distinguer Ira Dei. Il est d’ailleurs surprenant que l’éditeur des séries historiques (Glénat) ne se soit pas laissé tenter tant le travail documentaire est sérieux (Brugeas a une formation d’historien pour ceux qui en doutaient). Le principal défaut de la série est donc bien d’arriver après le Roy des Ribauds, ce qui en atténue la fraicheur. Cela contentera parfaitement les fans d’action et d’aventure médiévale, ceux qui attendaient de la nouveauté seront un peu déçus.

Pour ne pas faire un faux procès et critiquer cette BD pour ce qu’elle est et non pour ce qui était attendu, elle reste un excellent moment de lecture, doté de plans très forts comme Toulhoat sait les faire, notamment lors des scènes de siège et de bataille. Les ombres et lumière sont toujours aussi beaux et si les arrières-plans sont un peu délaissés (rapidité de production oblige), le niveau reste très élevé. Personnellement j’aime toujours autant le graphisme de cet artiste. Ce qui me plait dans ses dessins publiés sur Facebook et dans ses premiers album c’est le côté barbare que l’on perd un peu à mesure que le lectorat s’agrandit je pense. L’incursion chez Conan me démentira peut-être. Cet album permettra (je l’espère) à de nouveaux lecteurs de découvrir ce duo talentueux et pour les familiers il se lira un peu comme le nouvel opus d’un XIII ou d’un Largo Winch: sans surprise mais avec plaisir. Comme je l’ai dit dans un précédent billet, un lecteur n’attend pas la même chose de tous les auteurs. Aux très bons on peut demander de l’excellence.

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BD·Nouveau !

Le Roy des Ribauds -III

BD de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat
Akileos (2015-2017), série Le Roy des Ribauds, 3/3 volumes parus (cycle 1).

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Les plus grands sportifs sont réputés pour passer leur temps à s’entraîner. Il semble qu’il en soit de même avec certains illustrateurs. Ronan Toulhoat est de cette trempe, ne lâchant jamais son dessin et progressant visuellement à chacune de ses publications. Nombre de grands maîtres (Hermann pour ne pas le citer) ne bougent pas d’un pouce entre leurs débuts et leur crépuscule. D’autres évoluent, pas toujours dans le bon sens. Je ne me hasarderais pas à parler de facilités, mais plutôt de conception de l’art, qui est pour certains une prise de risques, une mise en difficulté. Ronan Toulhoat ne se mets pas a proprement parler dans cette situation, œuvrant depuis des années maintenant avec son compère Vincent Brugeas, fameux couple artistique qui se connaît par cœur. Ils se font plaisir en allant dans ce qu’ils aiment. Cela signifie pourtant des changements de registre (SF, médiéval, militaire,…) et il suffit de constater l’acquisition technique qu’a prise Ronan Toulhoat (qui est devenu pour moi l’un des plus impressionnant illustrateurs BD du circuit, ne serait-ce que par son côté prolifique) depuis Block 109. Il travaille sans arrêt, comme en témoigne sa page Facebook où il publie quotidiennement ses échauffements et expérimentations.

roy-des-ribauds2-01-1024x363A ce titre, Le Roy des Ribauds volume II paru l’an dernier est sans doute ce qu’il a fait de mieux jusqu’ici. Non que le volume III tout juste sorti soit mauvais, très loin de là, mais on ne constate pas d’amélioration, ce qui est la première fois (qui aime bien châtie bien). royribauds-3-10Le jeu des couleurs (plus discutables que sur les deux premiers volumes) est sans doute en cause. Le parti pris de couleurs quasi-monochromes (quand les cases chatoyaient sur Chaos Team ou Les Divisions de fer) m’a surpris, tout comme le focus visuel sur le manteau bleu que l’on retrouve dans beaucoup de scènes et qui dilue a mon sens la très grande force de Toulhoat que sont les encrages. Depuis le premier tome je pense que cette série devrait connaître une édition NB et cette clôture de cycle confirme mon ressenti.

Le volume III est une résolution des intrigues ouvertes dans les deux premiers et peut paraître moins flamboyant à ce titre par une certaine linéarité et par le nombre de batailles qui laissent quelque peu de côté les intrigues de couloir qui faisaient la grande force du scénario. Idem pour les personnages charismatiques relativement absents. Enfin, l’ouverture finale préparant un cycle 2 conforte cette impression mitigée. royribauds-3-7Il est toujours plus difficile de terminer une histoire que de la commencer et le quasi sans faute des deux premiers volumes ne laissait pas droit à l’erreur. On était pas loin des 5 « Calvin »!

Ce volume III reste néanmoins d’un très bon niveau graphique, d’un dynamisme toujours aussi impressionnant et de séquences d’action aux plans uniques et d’un grand plaisir. Et le cycle dans son ensemble a apporté un grand renouvellement dans le monde de la BD en proposant un polar mafieux médiéval aux allures de blockbuster intelligent.

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BD·C'est lundi...·Comics·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #4

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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Les lectures bibliothèque de mes enfants, un SP Sarbacane, un SP Arènes BD et enfin mon Esad Ribic quêté en occasion!

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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Un cadeau, un SP Sarbacane, et révision du Roy avant lecture du 3, diantre!

3. Que vais-je lire ensuite ?

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Par-ce que les nouveautés de rentrée faut bien s’y mettre quand-même… Beaucoup de retard avant octobre, pas sur que je me tape les relectures de séries avant les suites prévues cet automne…

En vous que lisez-vous?

 

BD·Comics

L’orgie de la rentrée

Alors ça y est on arrive à la fin d’année, grosse période de sortie de BD mais pas forcément gage de qualité étant données les contraintes posées sur les auteurs pour respecter les fenêtres de tir éditoriales. Le cru 2017 est pourtant selon moi une année exceptionnelle, en tout cas j’ai rarement prévu d’acheter autant de BD issues de séries de très bonne qualité. Voici donc sur quoi je vais baver d’impatience dans les semaines qui viennent:

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  • Troisième testament Julius V
  • Warship Jolly Rogers (annonce 2017 sur le forum BDgest)

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Si vous avez des infos sur les autres parutions attendues…