****·BD·Nouveau !·Service Presse

Le vagabond des étoiles, seconde partie.

La BD!
 
BD de Riff Reb’s
Soleil (2020), 96 p., série finie en deux volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Ce second volume s’ouvre sur une magnifique illustration au fusain avant un « préambule » (en réalité un résumé du premier tome) et une citation de Nietzsche illustrant les vies multiples, avant de reprendre au chapitre IX. Voir la critique du tome 1 pour le descriptif général.

couv_402403

Ce projet aurait pu être porté par Alejandro Jodorowski tant l’on retrouve ces thèmes et le traitement rude et poétique dans son œuvre. Comme expliqué sur la première partie, la découpe de l’ouvrage en deux volumes crée une césure artificielle qui fait commencer l’album sur une des incarnations, au Far-west au sein d’une caravane de colons. CaptureOn enchaîne ensuite sur des bribes de vies éparses que le narrateur confesse avoir vécues de façon discontinue avant d’arriver à l’époque romaine dans le corps d’un orphelin viking devenu légionnaire dans la Judée de Ponce Pilate. L’incarnation suivante, la plus intéressante est celle d’une femme naufragée sur une ile déserte (apparemment un des seuls changements de Riff Reb’s par rapport au roman où le personnage est un homme), puis la dernière section nous transporte à l’âge de pierre avec un chasseur en quête d’un Totem, façon de boucler l’idée des visions et lien entre l’esprit et le Temps. Entre ces épisodes historiques l’auteur insère quelques séquences de conscience du prisonnier-supplicié avant une dernière séquence le menant à la potence.

Ce volume est donc très différent du premier en ce qu’il se concentre essentiellement sur des séquences sans lien entre elles ni véritable message hormis le fait que contrairement aux premières les personnages vont au bout de leur existence malgré des aléas tout à fait exceptionnels. Si le tome un dressait un pamphlet saisissant sur la condition carcérale, ce thème est ici plus lointain hormis sur la dernière séquence qui nous rappelle l’aberration du système et de ses « lois ». wp-1604400206798.jpgOn sent dans le déroulement de l’album le détachement de cet homme qui a appris tel un ascète à ne plus subir les tourments du corps jusqu’à se demander malgré les témoignages « paranormaux » qu’il nous livre, si la succession de ces différentes séquences d’existence ne trahit pas l’évolution psychologique de Darrel Standing vers un mysticisme détaché lui permettant d’accepter la mort.

Graphiquement l’album est toujours un régal de variété avec un auteur qui se fait plaisir à dessiner décors, costumes et paysages extrêmement variés comme une anthologie d’histoires courtes. En cela la très probable édition intégrale à venir supprimera cet aspect en liant l’ouvrage en trois tiers: une première partie dans la prison, une seconde dans les voyages, une troisième de conclusion. Si certaines séquences peuvent paraître longuettes faute de liant scénaristique leur donnant une raison d’être, l’ensemble propose un magnifique projet d’auteur en pleine possession de ses moyens, autant textuels que graphiques, d’une grande variété technique et d’une précision remarquable. Objet inclassable, inhabituel, à la fois intello et fantastique, le Vagabond des étoiles est une grande réussite portée par un sujet et un ouvrage source majeurs. En alliant l’adaptation, le documentaire et le plaisir graphique et de genre, Riff Reb’s réussit son pari de proposer un ouvrage grand public intellectuellement exigeant.

**·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Berserk #1

esat-west

Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


couv_297286

Manga de Kentaro Miura
Glénat (1996-2019), série en cours (40 volumes)

badge numeriqueBerserk est considéré comme un monument par une bonne partie des lecteurs assidus de manga, un peu comme l’est Elric pour la fantasy en occident… Je vais sans doute me faire conspuer à cette comparaison entre deux univers que je maîtrise et connais très mal mais le parallèle m’est venu assez vite après avoir terminé ce premier tome (et ma lecture de l’adaptation en cours du plus célèbre albinos de la littérature). L’atmosphère glauquissime, les démons visqueux omniprésents et le antihéros violent et désintéressé du sort de ses semblables se retrouvent dans les deux œuvres.

Ce premier tome nous présente donc le héros, dont la caractéristique est d’être doté d’un bras métallique portant une arbalète à répétition et surtout, icône absolue du manga, une épée, que dis-je, un arbre de métal de deux mètres de long sur cinquante centimètres de large qu’il utilise pour découper allègrement tout ce qui se place en travers de sa route… Parti en quête de vengeance (on ne sait pas encore laquelle), il semble invulnérable aux attaques des démons qui parcourent le pays et refuse l’aide d’une petite fée qu’il a délivré des griffes de méchants. On ne s’ennuie pas lors de la lecture de cette introduction, du reste fort mal dessinée (le manga date du milieu des années 90) et très fournie en combats violents et démembrements. L’aura sulfureuse qui entoure ce manga n’y est sans doute pas pour rien dans sa notoriété et je dois dire que cela m’a laissé de marbre, assez peu friand que je suis de la fameuse culture « monstrueuse » qui parsème nombre de mangas et anime. Les dialogues, pas franchement subtiles, sont parsemés d’humour noir et d’un esprit sadique qui fait l’ADN du manga. Par tous ces aspects cette lecture ne m’a pas convaincu (mais il paraît que les dessins s’améliorent grandement par la suite…).

L’apprenti Otaku vient justement de publier un guide de lecture de la série, que je vous conseille vivement si vous souhaitez vous lancer dans cette aventure. Pour ma part, suivant ses conseils, j’irais sans doute jusqu’à la fin des trois tomes d’introduction pour voir si le virus m’aura attrapé…

note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Le vagabond des étoiles, première partie.

BD de Riff Reb’s
Soleil (2019), 96 p., un volume paru sur deux.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour cette découverte.

couv_375022L’album propose en deux volumes une adaptation du roman de Jack London paru en en 1915 et qui eut une grande répercutions sur le système carcéral américain, notamment par l’abandon de l’usage de la camisole. Riff Reb’s est un habitué de la collection Noctambule de Soleil, collection dont la maquette me laisse assez dubitatif quand à son côté accrocheur. Ainsi la couverture qui met en avant un auteur reconnu mais ne donne pas forcément envie de pousser la porte de la couverture… Le format est compact avec une citation en quatrième de couverture.

Darrel Standing est dans le couloir de la mort. Il nous raconte depuis sa cellule, plume à la mail, ce qui l’a mené là: le meurtre d’un collègue enseignant, la dureté de la vie carcérale, les tortures psychologiques et mentales des matons… et comment il a appris à s’évader psychiquement de son corps pour vagabonder de vie en vie, dans le passé du monde…

Résultat de recherche d'images pour "le vagabond des étoiles bd"Pour ma première lecture d’un album d’une signature bien connue du monde de la BD avec près de trente-cinq ans de carrière, j’ai été marqué par l’ambition du projet et l’implication d’un auteur en pleine maîtrise de ses moyens. Si la couverture est franchement ratée, ce n’est absolument pas le cas des premières planches qui nous font entrer immédiatement dans l’album par une narration qui nous raconte la fin (et donc un récit a posteriori) et nous projette immédiatement dans une atmosphère onirique au design très réussi. Combien d’albums tardent à préciser leur propos au risque de perdre leurs lecteurs avant l’accroche? Ce n’est absolument pas le cas ici où les cent pages sont enchaînées avec envie tant l’abomination de la vie du pénitencier sidère et nous entraîne à vouloir savoir comment le narrateur va s’en sortir (… ou pas). Le jeu du récit est particulièrement réussi en ce qu’il nous annonce systématiquement que la suite va mal se passer alors que la planche nous montre déjà des horreurs… On est ainsi entraîné, ballotté comme un navire que l’auteur aime habituellement dessiner.

Le Vagabond des étoiles, première partie © 2019 Riff Reb’s (Soleil)Le vagabond des étoiles est un ouvrage complexe et hybride. Il débute comme un pamphlet radical contre l’univers carcéral en nous détaillant, proche de ce que firent Hugo ou Dumas, l’absence de loi (ou de la loi du plus fort), de morale, de justice entre ces murs. Le lecteur est régulièrement interpellé quand à sa participation par ses impôts à ce système d’injustice. L’épreuve de l’isolement et de la camisole sont particulièrement bien rendues, de façon scientifique, naturaliste, nous expliquant les sensations ressenties par le détenu avec des passages très difficiles. On ne parle jamais trop du problème des prisons, que ce soit sur les époques passées (comme le formidable manga abolitionniste Innocent), plus récentes (le Vagabond des étoiles) ou présente. L’album de Riff Reb’s est utile et réussi déjà pour cela. En choisissant cette adaptation, l’auteur assume la difficulté d’un récit fait de ruptures qui cassent complètement le cheminement au risque de perdre le lecteur. Ce n’est heureusement pas le cas car l’on est constamment dans l’action, même sur les passages oniriques, restreignant dans ce premier volume les voyages astraux à d’autres époques à des séquences courtes qui ne semblent pas reliées entre elles. On regretterais presque qu’autant de thèmes se bousculent dans ce tome en ne laissant pas le temps de préparer les transitions. Tous reste fluide et logique mais la brutalité des ruptures (rendues graphiquement par des changements du ton monochrome des séquences) surprend. L’ouvrage aurait ainsi probablement mérité une parution en format one-shot.

Image associéeGraphiquement le travail de l’auteur est très intéressant, jouant donc sur les couleurs dans une ambiance globalement froide et sombre. Le style de Riff Reb’s se prête particulièrement au rendu de ces trognes déformées par la folie ou la douleur, notamment dans ces remarquables portraits de détenus rendus informes ou mort par les mauvais traitements. Les visages y sont particulièrement travaillés, restant dans un rendu semi-réaliste mais très bien caractérisés.

Ouvrage étonnant par sa richesse et sa diversité de thèmes à l’association improbable qui laisse intrigué quand à une seconde partie plus qu’attendue, Le vagabond des étoiles est une vraie réussite artistique et politique d’un auteur qui maîtrise son sujet. Le choix de parution en deux volumes a une réelle incidence assez nuisible selon moi et c’est fort dommage tant le projet justifiait de prendre le temps de réaliser un ensemble. Du coup on se passionne pour la partie carcérale mais on reste dubitatif sur le débouché des voyages historiques et de leur intérêt. Gageons que l’auteur sait où il va et raccrochera ses wagons… Cette moitié d’album reste néanmoins uns des très bonnes lectures de l’année.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le pouvoir des innocents, cycle 1

La trouvaille+joaquim
BD Luc Brunschwig et Laurent Hirn
Delcourt (2011-2011992-2002), intégrale, 294 p.

couv_259185

badge numerique

L’édition intégrale n’apporte rien de plus que les cinq albums qui la composent. Les parties sont séparées par une page de titre.

Cette série est une référence, d’abord de par son âge, Luc Brunschwig ayant été un des scénaristes phares des débuts de l’éditeur Delcourt dans les années quatre-vingt-dix, à l’époque des premiers albums d’un certain Lauffray ou autre Vatine par exemple… Datée graphiquement, de par des couleurs que l’on faisait à l’époque et un dessinateur à ses débuts (qui progresse à chaque tome), le volume critiqué ici est le premier des trois cycles qui viennent de se terminer et reste totalement novateur dans son sujet comme son traitement.

Dans une ville de New York en proie aux violences et en pleine campagne pour la mairie, une série de personnages très différents, de toutes les strates de la société, vont s’entrecroiser autour d’une machination pour le pouvoir. Entre mafia, politiciens véreux, journalistes et citoyens marqués par une vie difficile, Jessica Rupert, une visionnaire idéaliste, est convaincue que l’intelligence peut conquérir la mairie de New York et rendre aux innocents leur place dans cette société inégalitaire…

Il est toujours compliqué de lire une grande saga avec un dessinateur débutant. Le niveau d’exigence graphique atteint par les jeunes dessinateurs aujourd’hui est sans commune mesure avec une époque où la pression était moins forte, les éditeurs faisaient leur boulot de lancer des jeunes, leur laisser leur chance. Je ne vais pas ici parler du débat actuel autour de la surproduction et du statut des auteurs (pauvres) mais le contexte actuel de la BD fait étrangement échos au sujet comme à la période de publication du Pouvoir des Innocents. Comme dit plus haut, l’aspect graphique ne doit pas vous dissuader de vous lancer dans cette aventure toujours pertinente et ô combien ambitieuse. Laurent Hirn propose dès les premières planches une partition, si ce n’est très technique, très respectable et il atteindra progressivement, avec une amélioration des couleurs dès le premier cycle, un niveau très agréable dans les cycles suivants.

Résultat de recherche d'images pour "le pouvoir des innocents hirn"En outre l’exigence du scénario de Luc Brunschwig, très cinématographique et original dans ses cadrages et surtout ses enchaînements, ne le rend pas facile à transposer visuellement. Car outre des effets atypiques que l’on trouve parfois au cinéma (des eyefish ou des perspectives faussées), la particularité du scénario est d’enchevêtrer les récits de manière perturbante au début mais ô combien efficace et intellectuellement motivante. Que ce soient les principaux protagonistes (le sergent Logan, sa femme, Providence le boxeur,…) ou des personnages secondaires, une narration continue l’autre, que ce soit dans le texte ou visuellement. En somme l’auteur utilise (là encore) le décalage entre image et son utilisé au cinéma qui permet d’emmener le spectateur sur des interprétations faussées de ce qu’il voit ou à l’inverse induire des similitudes. Vous l’aurez compris, Le Pouvoir des innocents est un véritable film en BD et pourrait sans aucun doute être transposé à l’écran pratiquement sans retouche.

Résultat de recherche d'images pour "le pouvoir des innocents hirn"Les thématiques abordées sont multiples même si elles correspondent à des sujets que l’on traitait fin 80 en BD comme à l’écran. La guerre du Vietnam, le traumatisme incurable, les riches et les pauvres en Amérique, la communication médiatique manipulatoire, tels sont les focus de la BD. Mais dans son aspect multiple le scénario ne s’accroche jamais sur un élément, entrecroisant l’ensemble en une toile cohérente, selon le personnage au manettes du récit à tel moment. Ainsi, l’histoire de Logan prends des aspects de film militaire alors que celle de Providence a l’image d’un film carcéral. Et ainsi de suite. En solo ces intrigues auraient été juste intéressantes, mélangées elles créent une dynamique qui immerge le lecteur dans sa complexité. On pourra néanmoins regretter un côté mièvre un peu insistant dès qu’il s’agit de Jessica Rupert. Un univers de bons sentiments un peu appuyés, qui restent cohérents par contraste avec la dureté des vies de ces « innocents » mais agace un peu la lecture par son côté premier degré.

Au final, avec ses défauts graphiques comme scénaristiques, Le Pouvoir des innocents reste une BD touchante par l’implication de ses auteurs, par le travail visible de Laurent Hirn, par son engagement politique réel. Comme toute l’industrie culturelle la BD a tendance à freiner ce qui peut sortir du consensus du loisir. Des BD comme celles de Luc Brunschwig ou Wilfried Lupano nous rappellent que l’imaginaire, le thriller, ne sont jamais aussi intéressants que lorsqu’ils se rattachent au réel et abordent des thématiques d’actualité et investissent le champ politique. Cette BD est un hymne à l’utopie politique, à changer le monde, à renverser la table des injustices d’un capitalisme triomphant. Merci aux deux auteurs de nous proposer cette bouffée d’espoir.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

***·BD·Guide de lecture·Numérique

Méta-Baron, cycle 1

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2015), premier cycle terminé, série en cours.

couv_257296La série Méta-Baron (titre tout de même très feignant… et qui a du en perdre plus d’un, dont moi) est la suite directe de la Caste des Meta-Barons, série mythique aux superbes dessins de Juan Gimenez et qui a permis à Jodorowskyni plus ni moins de donner vie aux concepts développés pour son projet mort-né d’adaptation de Dune au cinéma (et dont l’excellent documentaire Jodorowsky’s Dune donne une vision à faire baver tous les amateurs de SF…). Ce film et son univers hantent l’auteur chilien depuis plusieurs décennies et ce qui a été développé pour la saga du Méta-Baron (personnage apparu dans l’Incal avec Moebius) a ceci de fascinant qu’il est à la fois totalement issu de l’imaginaire de Frank Herbert mais en constitue une réinterprétation qui en projette l’essence dans des dimensions à la fois cosmiques et ésotériques. Couverture de Méta-Baron -2- Khonrad l'Anti-BaronUne digestion positive en somme.

A ce titre la saga de la Caste, constituant le socle visuel de cet univers, portait les folies visuelles et parfois WTF typiques de Jodo, au risque de lasser le lecteur. Les planches de Jimenez permettaient de donner une saveur organique à ces planètes, créatures et personnages, qui convenait totalement à l’imaginaire malsain du scénariste, mais l’on finissait par se perdre dans les méandres œdipiens, psychanalytiques, primaux et sadiques de l’auteur de l’Incal. Jodorowsky possède là du matériau pour des dizaines de séries, ce dont il ne se prive pas puisque l’univers a donné naissance à Castaka (avant la Caste), les diverses séries issues de l’Incal, et les Technopères.

La série Méta-Baron propose au travers de trois diptyques (qui devaient originellement être dessinés par un dessinateur différent) les aventures du Méta-Baron, le guerrier ultime, sans adversité possible, chargé par son Totem de sauver l’univers de la destruction. Bon, dit comme ça, ceux qui ont lu la Caste se diront que l’univers est un multivers et qu’il a déjà failli être détruit plein de fois…

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron sécher"Le Méta-Baron a vaincu l’empire et détruit Planète d’or. Dégoûté par sa destinée et la violence de l’univers, il a décidé qu’il ne tuerait plus. Or bien vite l’empire renaît de ses cendres et les péripéties de ses puissants amènes les attentions à se porter sur Sans-nom, le dernier Méta-Baron dont la disparition devient un objectif…

Le premier arc se concentre sur ce qui ressemble le plus au mal personnifié: Wilhelm-100 est un généralissime de l’armée impériale Techno-Techno, qui n’a jamais connu la défaite et n’aime rien de plus que faire souffrir et tuer. Pour le malsain à la jodo on part donc sur de bonnes bases. Heureusement les auteurs savent garder le plus violent hors champ et Résultat de recherche d'images pour "meta-baron sécher"contrairement à nombre de scénarii de Jodorowsky, ne se complaisent pas dans le sadisme (même si la série reste très violente). Le dessin absolument sublime (que ce soit en crayonné, en encrages ou en colorisation) de Valentin Sécher donne une matière à cet univers spatial et réussi le tour de force de dépasser ses pères en faisant de son intervention sur le Méta-Baron (probablement avec celle de Travis Charest)  les plus belles planches réalisées pour la saga. J’avais très fortement hésité à prendre son Khaal, première BD publiée du dessinateur, tant les dessins m’avaient impressionné. Ici il confirme qu’il sait tout dessiner, le mouvement, les expression (le visage de Wilhelm respire une telle folie qu’il n’est pas besoin des textes pour comprendre qui il est), les vaisseaux bien sur. Sécher est en train de travailler sur un tome de la série Conan chez Glénat et j’ai très hâte de voir ce que cela donne dans un univers fantasy!

Dans ces deux tomes on voit donc très peu le Meta-Baron et le personnage principal est clairement le méchant et sa créature, le nain génial Tétanus. Les auteurs sont su recréer l’univers de Jodorowsky et l’absence du maître est finalement une bonne chance car cela permet de « normaliser » un peu ces histoires qui, sans être devenues grand public, deviennent plus classiques je trouve. Résultat de recherche d'images pour "meta-baron sécher"Du reste les ambiances space-opera nous placent dans ce qui se fait de mieux avec Star-Wars et l’on prendrait goût à toute une série de one-shot sur des personnages dérivés de cette création. Le format en double album est enfin une très bonne chose (je l’ai déjà dit souvent sur ce blog, c’est a mon sens le format idéal, permettant la construction d’arcs successifs dans une série plus large).

Je ne m’attendais clairement pas à un album de cette qualité et craignais le réchauffé. Bien sur le dessin de Sécher y est pour beaucoup, mais comme on dit, le dessin fait lire l’album, le scénario donne envie de continuer. Et c’est le cas ici!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

***·BD·Documentaire·Nouveau !·Service Presse

Le docu du week-end #3

Le Docu du Week-End


Algériennes 1954-1962
BD de Swann Merali et Deloupy
Marabout (2018), 128.

bsic journalismMerci aux éditions Marabout pour cette découverte.

couv_322070Une jolie édition (couverture très efficace) avec petite bio des auteurs et bibliographie très intéressante à la fin. Les auteurs avertissent le lecteur sur le  caractère fictionnel de cet album… basé sur des personnages et faits réels. On reste donc bien dans de la BD docu.

Béatrice, fille d’appelé d’Algérie n’a jamais pu entendre son père parler de cette guerre qui a pourtant marqué la famille comme beaucoup d’autres foyers. Elle décide de partir en Algérie à la recherche de témoignages pour comprendre ce qu’a été cette guerre. Elle y découvre un versant enfoui: celui de la place et du rôle des femmes dans la guerre d’Algérie.

Le grand intérêt de cette BD est son caractère pédagogique et le fait de traiter du rôle et de la situation des femmes dans cette salle guerre. Le scénario reprend le classique cheminement en entretiens avec différents témoins lors du voyage en Algérie que fait le personnage focus, ce qui permet à la fois de structurer le récit et de décrire différents points de vue, intelligemment reliés les uns aux autres. On suppose que cet enchevêtrement des récits est inventé mais son efficacité est pertinente en évitant que l’album ne soit qu’une succession de témoignages.

Résultat de recherche d'images pour "algeriennes 1954 deloupy"Sous un schéma classique, les auteurs nous permettent de parcourir un plan large de ce qu’a été la guerre d’Algérie. Depuis quelques années on a un nombre non négligeable d’ouvrages, films, documentaires, articles traitant de cette dernière guerre coloniale mais la complexité qu’elle recouvre rend salutaire la démarche de Merali et Deloupy. De manière accessible, sans reculer devant la dureté de montrer (la torture, les mutilations,…), ils nous font entrer dans ce qu’ont vécu ces femmes très différentes, avec leur subjectivité. Mais la relativité des faits est une partie de la mémoire. Ce qui importe c’est la parole (ce qui ressort de tous les témoignages de périodes de génocides et de guerres). L’ouvrage s’ouvre sur les silences du père et l’on comprend très vite que tout va tourner autour du récit. L’une des femmes a été moudjahidine, a vécu la torture mais aussi les premières heures de la Nation algérienne, avec ses corruptions et sa perte d’idéal. Une autre, pied-noire restée sur place, n’a pas compris pourquoi on lui enlevait son Algérie, niant le sort fait aux indigènes. Résultat de recherche d'images pour "algeriennes 1954 deloupy"Une fille de Harki se souvient de cette fuite du rapatriement et l’internement dans des camps en Provence,… Ce sont autant de facettes de la réalité d’une guerre sale, grise, sans héros, sans victoire. Il ne manque plus que le récit de l’histoire de la colonisation, seule à même d’expliquer l’inexplicable. Ce n’était pas l’objet de l’album et aucune œuvre ne peut aborder une problématique si complexe, s’étalant sur 130 ans.

Le prisme adopté est celui des femmes. Mais l’on comprend à la lecture qu’il aurait pu être celui des pieds-noirs ou des berbères, des enfants d’appelés,… autant de victimes de la guerre menée par des hommes chrétiens et des hommes arabes qui ont oublié pourquoi ils se battaient. Cette BD est une vraie belle action citoyenne et une très bonne porte d’entrée sur un sujet souvent évité. Une belle occasion.

Cet album a pu être chroniqué grâce au très sympathique envoi des éditions Marabout.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

… et d’autres avis chez The unchained et Sab’s Pleasur

*****·East & West·Manga·Numérique

Innocent

East and westManga de Shin’ichi Sakamoto
Delcourt/Tonkam (2015) – Shueisha (2013-2015). 9 volumes parus.
innocent-01

Au XVIII° siècle la famille Sanson détient la charge héréditaire de maître des hautes œuvres du royaume de France: ils sont les bourreaux officiels de Paris et des différentes juridictions. Charge à la fois prestigieuse et avilissante, elle engage chacun des enfants à se préparer à la cruauté et la violence. Charles-Henri, l’aîné, est un être sensible qui refuse ce destin. Il n’a pourtant pas le choix. Sa famille le lui fera comprendre. A la fois terrible tortionnaire de par sa charge et premier militant de l’abolition de la peine de mort, il sera le dernier bourreau de l’Ancien régime, celui qui exécuta le régicide Damiens, mais également Louis XVI. Il introduisit la guillotine afin de réduire les souffrances des condamnés.

Innocent et sa suite Innocent-rouge sont les dernières productions de Shin’ichi Sakamoto que j’avais découvert avec l’excellent manga sur l’alpinisme Ascension. Les grandes qualités graphiques de cette dernière se retrouvent ici dans une série courte qui tient son lecteur en haleine tout au long d’un récit qui ne nous épargne pas émotionnellement.

Image associéeLa précision technique et documentaire sont particulièrement impressionnantes chez Sakamoto et son équipe. Le réalisme quasi-photographique de la plupart des décors permet l’immersion dans une histoire réellement éprouvante de par son sujet et la crudité de son traitement. Avec la même maestria que sur les éléments techniques d’escalade sur Ascension, le mangaka a tenu à la plus grande précision dans les costumes, lieux et mœurs de l’époque. Car Innocent est autant un brutal plaidoyer contre la peine de mort (pour rappel le Japon fait partie des dernières démocraties à pratiquer encore régulièrement la peine de mort) qu’une description sociologique des dernières années de l’Ancien Régime français, de sa violence, sa corruption et son inégalité criante. C’est aussi (comme pour beaucoup de manga) l’émancipation d’un être sensible et fragile contraint par la pression familiale et sociale aux pires sévices, vers une utilisation de sa charge pour accompagner à sa façon une Révolution qui gronde. Là encore le miroir trouvé avec une société japonaise très conservatrice est très clair et prouve la maturité et l’ambition de ce grand mangaka.Résultat de recherche d'images pour "innocent sakamoto"La dynastie des Sanson destine chacun de ses enfants à être le Bourreau du roi ou un bourreau de province. Tenue d’une main de fer par une grand-mère totalement abominable de cruauté et d’archaïsmes (elle va jusqu’à torturer sa petite fille pour lui faire comprendre le rôle de génitrices des femmes de l’époque…), la famille enseigne autant la médecine que les arts de la torture: Résultat de recherche d'images pour "innocent sakamoto"dans une vision scientifique, le bourreau doit savoir comment donner la mort (mais aussi soigner pour maintenir en vie!) avec précision. La description des scènes est froide, cynique, clinique et seuls le visage à la pureté virginale du personnage principal et les allégories graphiques intercalées (technique propre à Sakamoto sur tous ses manga) permettent de soulager une tension de lecture parfois insoutenable. L’auteur prolonge les  séquences, sans voyeurisme mais avec la même démarche que la plupart des militants de l’abolition: montrer froidement la réalité de cet acte barbare, de l’humanité des suppliciés, pour faire comprendre dans une démarche des Lumières que la civilisation ne peut plus autoriser cela.

ARésultat de recherche d'images pour "innocent sakamoto"u-delà de ce plaidoyer la description historique est vraiment réussie. Le poids de la figure royale d’essence divine écrase une société apeurée qui doit comprendre au travers du supplice du régicide Damiens que personne ne peut prendre ce risque… Le tome 4 décrivant l’écartèlement est rude, mais cela ne doit pas atténuer l’intérêt du manga sur les dernières années avant la Grande Révolution, via une multitude de détails de la cour comme dans le peuple.

Image associéeGraphiquement Sakamoto reprends ses personnages au visage d’ange, à androgynie appuyée jusque dans une sexualité refrénée aux penchants homosexuels. Chacun des personnages est très différent et reconnaissable et la maîtrise technique, anatomique notamment  (par exemple sur les chevaux) est remarquable. Les planches sont toutes magnifiques, sans défaut, même sur les images de rêverie ou de cauchemars très sombres.

Innocent est un très grand manga qui dépasse très largement le seul loisir culturel par l’ambition politique de son auteur. On pourra suspecter une insistance morbide sur certains détails mais à mon sens cela appuie vraiment le propos de fonds. Jamais l’on n’a vécu le règne de Louis XV avec une telle précision documentaire. Ce n’est bien entendu pas une série à mettre entre toutes les mains, la cruauté étant présentée sans détours. Mais l’effort en vaut la peine.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Un autre, excellent, billet (format fiche de lecture) sur la série chez les blabla de Tachan.

BD·Graphismes·Mercredi BD·Nouveau !

Le joueur d’échec

BD de David Sala
Casterman (2017), 120p.

51s43ehczllAlbum grand format. Un cahier final propose des croquis, photos de l’atelier et du scénario manuscrit de l’auteur. C’est moyennement intéressant et j’aurais aimé une préface expliquant le travail d’adaptation. La couverture est très réussie, mettant en avant le dessin de l’auteur et suffisamment intrigante pour donner envie d’ouvrir le livre.

Sur un paquebot partant pour l’Argentine en 1941, le champion du monde d’échec est à bord. Un groupe de passagers le convainc de participer à une partie, à laquelle se joint un mystérieux personnage qui parvient à ébranler le champion. Ce « Docteur B. » relate alors son incarcération par les nazis et comment il s’est construit un univers mental totalement dédié aux échecs, jusqu’à fusionner avec sa propre personnalité.

Résultat de recherche d'images pour "le joueur d'échec sala"

Je suis les publications de David Sala comme illustrateur jeunesse depuis plusieurs années. Ses albums « le coffre enchanté« , « folles saison » et « la colère de Banshee » sont magnifiques et j’étais intrigué de voir ce que son style pourrait donner en BD (je n’avais pas accroché à ses précédentes tentatives, notamment sur Nicolas Eymerich Inquisiteur) avec son utilisation des damiers et des juxtapositions d’aplats de motifs sur des dessins en volumes. L’auteur a choisi d’adapter une nouvelle posthume de Stephan Zweig très tournée sur la psychanalyse et la technique concentrationnaire des nazis.

L’album est volumineux mais pourtant très aéré. Beaucoup de planches sont sans bulles et il y a peu de cases par page avec une structure en damier reprenant l’idée du jeu d’échec. On est proche de l’illustration jeunesse par le format et c’est très agréable pour les yeux avec l’utilisation d’aquarelle sur un dessin de type rétro qui colle bien à l’époque. Ses visages sont caricaturaux comme d’habitude chez Sala, avec beaucoup de très gros plans sur les regards assez réussis. Le texte alterne entre quelques bulles et une narration issue de la nouvelle. Ce sont les atmosphères qu’essaye de rendre David Sala et il y réussit bien.

Résultat de recherche d'images pour "le joueur d'échec sala"

La tension dramatique tourne logiquement autour des parties d’échec (dans la première partie de l’histoire) et l’on est pris un peu comme un thriller avec cette énigme de savoir si le champion d’échec pourra être vaincu et ensuite qui est ce mystérieux personnage aux capacités hors du commun et qui confie n’avoir jamais appris les échecs ?

 

Dans une seconde partie (la plus intéressante), l’inconnu raconte comment il a été incarcéré par les nazis et a bâti sa survie psychologique en étudiant les grandes parties d’échec et en se confrontant mentalement à lui-même dans des parties interminables, devenant à la fois un parfait stratège et basculant dans la folie. Là, l’auteur parvient à rendre palpables graphiquement les méandres psychiques dans lesquels est enfermé le personnage tout en se faisant plaisir. Ce qui est intéressant dans cet album (outre un scénario parfaitement maîtrisé et très lisible évitant de tomber dans le conceptuel) c’est l’interaction entre l’univers visuel de David Sala et celui du jeu d’échec. L’on comprend pourquoi il a choisi ce sujet et la pertinence de ses illustrations.

Résultat de recherche d'images pour "le joueur d'échec sala"

Sa technique garantie 100% sans numérique a quelques ratés du fait de l’utilisation de l’aquarelle sur des crayonnés mais c’est l’essence de cette peinture et cela apporte un côté naturel et organique que j’apprécie.

Le joueur d’échec est contre toute attente une BD relativement grand public qui a le mérite de faire découvrir la nouvelle de Zweig et qui allie critique du système nazi et réflexion sur la psychologie du joueur d’échec. Il permet surtout à ceux qui ne le connaissaient pas de découvrir l’illustrateur David Sala et j’invite vivement ceux qui auront apprécié l’album à acheter ses ouvrages d’illustration jeunesse qui sont de véritables joyaux.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

Avec un billet sur le roman de Zweig chez Bricabook. Egalement la chronique de la BD par Moka.

****·BD·Numérique

L’ombre d’Hippocrate

BD de Xavier Dorison et Ralph Meyer
Dargaud (2017), 56p. Série « Undertaker » t4/4.

couv-tome4-undertakerÉgalement une édition grand format de chaque tome de la série qui paraît généralement en juin. Autant la qualité du trait de Meyer est indéniable, autant les couvertures de la série Undertaker ne sont pas ce qu’on voit de plus attrayant. Pas grave vu le contenu.

Jeronimus Quint, l’ogre de Sutter camp, médecin génial et fou continue sa fuite en compagnie de Rose devant un Undertaker abimé physiquement et moralement. Quint a pris un véritable ascendant psychologique sur Jonas Crow en se faisant des alliés de tous ceux qu’il a soigné ou blesse en prévision de les sauver, dont Rose. Dans cette course poursuite sanglante, le héros doute: finalement n’a-t’il pas plus de morts sur la conscience que ce médecin qui marche allègrement sur le serment d’Hippocrate?

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"Lorsque la série Undertaker est sortie il y a de cela maintenant 4 ans avec grand renfort de com’ de Dargaud j’avais passé mon tour. Non que je n’aime les auteurs (je considère Dorison comme un des tous meilleurs scénaristes et avait adoré le Berceuse assassine de Meyer) mais je n’ai jamais vraiment accroché avec les western en BD (hormis les deux albums 500 fusils et Adios Palomita du début du label Série B de Vatine) et le battage qui donne l’impression qu’on est obligé d’acheter la nouvelle pépite m’agace profondément. Je suis plus Spaghetti que classique et n’ai jamais accroché à Blueberry, présenté comme la référence d’Undertaker. Il est vrai que le dessin de Meyer est clairement de l’école Giraud et par moment plus poussé même (les fidèles de l’auteur de Blueberry me pardonneront cet affront). J’ai entre-temps découvert la série Asgard du même duo et qui m’a vraiment plu, tant graphiquement que dans la relation artistique entre les auteurs qui transparaît dans l’album. Du coup j’ai entrepris de découvrir l’Undertaker.

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"L’ombre d’Hippocrate est la clôture du diptyque entamé avec L’ogre de Sutter Camp (format de double album que je trouve idéal dans la BD et qui semble être adopté systématiquement sur Undertaker).  Clairement cette histoire fait monter le niveau de la série par rapport au premier double album introductif, et cela pour une simple raison: Jeronimus Quint est pour moi le méchant le plus charismatique, le mieux « joué » et le plus intéressant depuis pas mal d’années dans la BD franco-belge. Si l’attelage improbable des personnages mis en place sur les deux premiers albums est très efficace (Dorison est un très bon technicien, tel Van Hamme, qui sait parfaitement ce qui fonctionne en matière de scénario), c’est bien les questionnements et problématiques posés par Quint qui passionnent. Il ne se déclare pas fou mais génial. Des morts il y en a tous les jours, ses expériences sur sujets vivants doivent-elles être continuées si elles permettent de sauver à l’avenir des milliers de gens? Quint torture, tue mais sauve, beaucoup. C’est le syndrome du savant fou reniant le serment d’Hippocrate. Jonas Crow, lui, est mis sur le grill par Lin avec ses méthodes expéditives. Dans le monde d’Undertaker personne n’est bon. Alors quand la morale devient le sujet central permettant de déterminer ce qui doit être fait, comment faire? Quint est utile, Crow est moral. Qui a raison? Le sujet est passionnant et si le lecteur humaniste a la réponse, l’album dérange et c’est formidable! Le tout est relevé par des situations et des dialogues souvent drôles dans le tragique. Les estocades verbales de la chinoise et de l’anti-héros sont très savoureuses.

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"Sur le plan graphique, quel plaisir de voir un artisan manuel (la référence à Giraud est vraiment pertinente) travailler ses noirs. Meyer est parfois un peu rapide sur les arrière-plans et les personnages de fonds (il fait partie de ces dessinateurs qui se dispensent de mettre un visage sur la foule, je trouve ça gênant), mais quelle facilité dans les visages et expressions! Je retrouve un peu le Guerineau des premières années du Chant des Stryges (il a d’ailleurs produit un très bon western pour ceux que cela intéresse). On est dans le vrai plaisir du dessin à l’ancienne que l’on savoure case par case. Les paysages sauvages de l’ouest  sont épurés, dessinés en suggestions et en crêtes. L’ensemble rend très bien par-ce que la force de Meyer est sur ses premiers plans.

Undertaker est une série qui monte en puissance et les auteurs semblent avoir saisi la perle qu’ils avaient avec leur méchant qui devrait très certainement revenir dans d’autres albums voir de façon récurrente comme âme damnée du héros.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1