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Sushi & Baggles #29

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Des trouvailles comics et Manga assez rafraîchissantes cette semaine, avec trois séries que je vais continuer avec plus ou moins d’envie mais sans se forcer non plus…


  • Mighty Thor #1 (Aaron/Dauterman-Molina/Pannini) – 2017, 128p.

badge numeriquecouv_304262Passé le buzz de la sortie de l’album autour de ce Thor féminin, que vaut cet arc par l’auteur du génial Massacreur de dieux? Le premier volume est assez étrange puisque les deux-tiers du volume dessinés par Russel Dauterman sont un enchaînement de bastons parcourues de bons mots et sans grand intérêt en l’absence de dimension épique. Thor est un dieu, il est déjà mort, est immortel, on ne sait plus trop, bref. Pour peu que vous suiviez un petit peu l’actu des comics vous savez déjà qui est cette Thorette et perdrez donc beaucoup du pseudo mystère qu’essaye d’instiller Aaron. Les dessins de Dauterman, assez banales ne permettent pas de dépasser ce niveau correcte mais sans plus. Dès la fin du volume en revanche, sur la section dessinée par un Jorge Molina en forme, l’ouverture des discussions cosmologiques entre dieux, les stratégies d’un Odin en mode dictateur ne supportant pas le port de Mjolnir par une femme, on se réveille soudain, titillé par un scénario que Jason Aaron semblait avoir oublié. Si le pseudo-féminisme à la mode ricain fait un peu sourire par son ambition minimaliste, les relations familiales de cette famille et l’aspect très négatif donné à Odin suffisent à donner envie de continuer cette série pour voir ce qu’elle a dans le ventre.

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  • Centaures #2 (Sumiyoshi/Glénat) – 2018, 4 vol parus, série en cours.

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badge numeriqueIl faut croire que la brutalité des transitions est le style de l’auteur car si le premier volume démarrait sans prévenir, le second enchaîne la seconde d’après le terrible Cliffhanger pour nous ballotter sèchement entre des émotions opposées et radicales. Entrecroisé de séquences d’humour délirant pas loin du SD Sumiyoshi assume son propos sur un monde noir où l’honnêteté et l’amour sont rares et où l’on ne peut compter à peu près sur personne. Le colosse héroïque nous montre ce qu’il y a sous la masse musculeuse en prônant le pardon et l’entraide quand le monde guerrier instauré par les humains pousse chacun à la faiblesse, à la trahison, à la capitulation. Il y a une vrais profondeur dans ce manga dont les planches sont parfois dures à lire mais au style résolument graphique, recherchant à se rapprocher de l’estampe. Je ne m’attendais vraiment pas à une telle immersion émotionnelle en commençant ce manga dont le deuxième volume marque déjà une rupture majeure dans l’intrigue. Je suis difficile en manga et je crois que Centaures est en passe de se rapprocher de mes grandes découvertes de ces dernières années avec Ajin, Innocent ou Radiant

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  • L’enfant et le maudit #2 (Nagabe/Komikku) – 2017, 7 tomes parus.

couv_305164mediathequeL’histoire reprend exactement sur le cliffhanger du premier tome qui a vu Sheeva touchée par un maudit… Le professeur interviendra et se retrouvera emmené avec d’autres maudits vers un début d’explication… très obscure pour lui comme pour nous. Le volume est moins ouvert que le précédent mais plus beau encore avec un travail sur les blancs plutôt absent jusqu’ici. On va également nous parler de la tante de la fillette que l’on soupçonne, comme toute la vie de l’enfant, d’être issue de son imaginaire… ou pas. La rêverie continue toute en douceur. Le manga se lit assez vite, agréablement, n’oublie pas de faire avancer (un peu) l’histoire et l’on a envie de continuer tranquilou cette rêverie qui fait penser par moment à l’univers d’Amano. On fait pire comme référence…

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Comics·Graphismes·Guide de lecture·Rétro

Esad Ribic: panorama des graphic novels

d58528cec41febe6019cc635df02c6bdJ’ai découvert Esad Ribic sur les conseils d’un libraire à propos de Thor: le massacreur de dieux. Dire que j’ai été soufflé (à la fois par le scénario et par le graphisme) est un euphémisme, si bien que la découverte de l’artiste croate m’a donnée envie de voir ses œuvres précédentes (le dernier auteur comics qui m’a entraîné ainsi dans un rétro important c’était Tim Sale, que je suis depuis même s’il ne produit plus grand chose (« Captain America: Blanc«  aux dernières nouvelles). Rapidement je suis tombé sur le triptyque « Loki » (2004), « Silver Surfer Requiem » (2007), « Namor, voyage au fond des mers » (2008), trois réinterprétations de seconds couteaux très charismatiques de Marvel, trois publications Panini… forcément plus éditées comme à la très mauvaise habitude de l’éditeur. On trouve ainsi les ouvrages en relativement bon état à des prix vite prohibitifs sur le Web… Bref.

Les ouvrages sont en peinture directe et commencent à dater. Pourtant dès Loki l’on voit la puissance technique de l’auteur, qui a su depuis simplifier son trait vers un style plus BD (sur Thor et ses illustrations récentes). La qualité des cadrages, du trait, du dynamisme font que Ribic est très très loin de n’être qu’un peintre et aurait des leçons à donner à un maitre de la tempe d’Alex Ross en matière de mise en scène.

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Ainsi dans « Namor », variation assez classique du huis-clos horrifique en sous-marin, le découpage et la mise en scène sont plus qu’essentiels puisque de décors il n’y a presque pas! Tout est dans les visages (mêmes gros plans torturés et ravageurs que dans Loki ou même Thor) et les cadrages sens dessus dessous qui créent une véritable atmosphère paranoïaque et inquiétante. Namor devient une créature démoniaque et invincible (on est proche du Ghor du « massacreur de dieux« ) avec un traitement hyper-réaliste qu’utilise par exemple au cinéma M. Night Shyamalan sur Incassable. « Namor » (titré « the depth » en VO) est l’histoire d’un scientifique en quête de gloire qui souhaite prouver au monde que le mythe d’Atlantide n’existe pas. La descente en sous-marin dans la fosse des Marianne va confronter l’équipage à ses peurs et le scientifique à son cartésianisme (grosso modo le même sujet – en moins fantastique – que le très bon « Sanctuaire«  de Bec et Dorison). Le scénario est un voyage en tension vers la folie et l’irrationnel. Le dessin est un exercice de style de mise en ombres et en contrastes des visages de cet équipage. 2fryreqTantôt dans le noir absolu, tantôt dans la lumière blafarde des lampes, Ribic travaille ici la lumière puisque son histoire n’est qu’ombre et lumière (les monstres tapis dans la première face à la lumière de l’esprit rationnel). Si l’on peut tiquer sur un usage immodéré des « gros yeux » et une difficulté à distinguer ses personnages par moment, Esad Ribic livre néanmoins ici une partition impressionnante que l’on n’a pas l’habitude de trouver dans la production BD américaine.

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Changement de ton total sur Silver surfer (réalisé un an avant), dont le thème est plus intellectuel, se penchant sur les devoirs d’une puissance, sur la guerre, l’amitié et le sens de la vie. Graphiquement, si l’on est cette fois dans les immensités galactiques ou planétaires, Ribic focalise déjà son travail sur les contrastes, notamment avec les reflets du monde sur le mercure du Surfer. L’on sent le projet moins contraignant et l’artiste se livre à de sublimes tableaux de nébuleuses ou de conflits spatiaux gigantesques. Cet album est bien plus raccroché à l’univers Marvel puisque interviennent les 4 fantastiques, Spidey ou encore Dr Strange et l’humour n’est pas absent contrairement à Namor. L’ouvrage est couvert d’une belle mélancolie et comme sur Namor l’alchimie entre scénario et illustration est évidente.

Loki, le plus ancien des trois, est aussi le plus ambitieux. Véritable renaissance de Frazetta sous les pinceaux de Ribic, l’album projette la vision de la victoire de Loki sur les dieux d’Asgard et sa confrontation à la réalité du pouvoir et du regard des autres. planchea_228600On est dans du médiéval pur, oubliez la vision Marvel et plus encore MCU, ici on est dans la tradition directe du mythe. Esad Ribic apporte déjà ses expressions torturées en gros plans, ses couloirs sombres, ses colonnades surexposées. On est essentiellement en huis clos et les décors peuvent paraître austères, cyclopéens, mais c’est pour mieux se centrer sur le drama, le théâtre à l’ancienne, fait de monologues, de confrontations. Tragédie grecque transposée à Asgard, Loki est une lecture intellectuelle, qui se mérite. L’on pourrait regretter la présentation manichéenne de Loki (mais n’est-ce pas le caractère de ce dieu dans la mythologie?) dans la plume d’un auteur de comics américain, mais le cheminement est néanmoins réel jusqu’à la fin, théâtrale, majestueuse, cynique. Cet album se rapproche plus du Silver surfer par sa dimension « divine » et introspective et est une œuvre à lire, très étrangère à l’esprit des comics et qui encore une fois démontre une alchimie rare d’un auteur et d’un illustrateur au style très européen.maxresdefault

Cette trilogie (qui n’en est pas une) est réellement un monument graphique et artistique qui mériterait une réédition. En attendant, les trois sont dénichables par des moyens « détournés » sur les réseaux…

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