*****·Comics·East & West

Beta Ray Bill: Étoile d’Argent

Récit complet en 5 chapitres, écrit et dessiné par Daniel Warren Johnson. Parution chez Panini Comics le 13/10/2021.

Remède de Cheval

Thor et Beta Ray Bill, c’est une histoire d’amitié virile comme on les aime, qui débute comme il se doit, c’est-à-dire par un festival de mandales bien corsées. Lorsque Thor rencontre le guerrier à tête de cheval, ce dernier est le héros de son peuple, les Korbinites, dont la planète a été détruite par Surtur, le démon du Feu ennemi d’Asgard. Sans planète pour les abriter, les Korbinites ont désigné un champion, Bill, qui a l’insigne honneur de recevoir des modifications cybernétiques, qui, en plus de le défigurer, lui donnent une force exceptionnelle. Condamnés à l’exil interstellaire, le peuple de Bill se met en stase dans une flotte de vaisseaux, qu’il est chargé de guider vers une nouvelle planète, secondé par son propre vaisseau, Skuttlebutt.

Bien évidemment, les deux héros vont s’affronter, ce qui va donner l’occasion à Bill de prouver qu’il est digne de soulever le fameux Mjolnir (un fait qui relevait encore de l’exploit dans les années 80). Impressionné, Odin ordonne un duel à mort en bonne et due forme, que Bill remporte avec brio. Prouvant encore davantage sa valeur en épargnant le dieu du Tonnerre, il gagne les faveurs du Roi d’Asgard, qui lui fait forger son propre marteau, Stormbreaker.

Dès lors, Beta Ray Bill devient un frère d’armes de Thor, l’épaulant dans ses combats et le remplaçant même si nécessaire. Il mène ensuite ses propres aventures cosmiques, jusqu’à ce qu’il s’oppose à Thor, dans le dernier volume de sa série. Ce nouvel affrontement ne se passe pas comme le précédent. Thor, imbu du pouvoir cosmique en plus de la Force d’Odin, brise le Stormbreaker, privant ainsi son ami de son arme enchantée, celle-là même qui lui permettait de retrouver son apparence d’origine.

Qu’à celà ne tienne, Bill reste fidèle à Asgard et se réconcilie avec Thor, devenant même son conseiller. Lorsque Knull, le dieu du chaos, attaque l’univers (voir King in Black) en envoyant Fin Fang Foom (une longue histoire), notre équidé guerrier se dresse pour défendre Asgard. Mais il sera vite relégué au second plan par l’arrivée du tout-puissant Thor, qui abat la créature sans coup férir. Humilié une seconde fois, Bill ravale sa fierté en même temps que sa gloire passée et rumine cette nouvelle frustration. Lorsque Sif, la guerrier asgardienne, se refuse à lui après avoir compris qu’il ne pouvait plus changer d’apparence, Bill craque. Ces castrations successives sont plus qu’il ne peut en supporter. Il lui faut un nouveau marteau enchanté, qui puisse lui permettre de rivaliser à nouveau avec Thor et retrouver son apparence normale. Pour celà, il lui faudra d’abord retrouver l’ancien Roi d’Asgard, qui est parti en exil dans les confins interlopes du cosmos.

Daniel Warren Johnson s’était déjà brillamment illustré avec Wonder Woman: Dead Earth, dans lequel il livrait une version Elseworld (l’équivalent du What If? chez Marvel) post-apocalyptique de la célèbre Amazone. Ici, la Maison des Idées lui laisse le champ libre avec un personnage secondaire, ce qui pourrait être vu comme une décision plus frileuse, à ceci près que ce récit se situe bel et bien dans la continuité principale, puisqu’il s’intercale avec King in Black et la nouvelle série Thor.

Le héros viril à la musculature hypertrophiée étant déjà passé par la moulinette de l’auteur (je pense à la série Murder Falcon), il n’est rien d’étonnant donc à retrouver DWJ aux commandes d’une odyssée stellaire désabusée travestie en quête de soi. Beta Ray Bill, comme Thor dans Ragnarok, perd ses attributs, son marteau, symbole phallique s’il en est, sa force, mais aussi sa confiance en lui. N’ayant plus rien à perdre, il va donc remonter le cours de sa vie, jusqu’à la source véritable de son mal-être, à savoir la perte de son peuple aux mains de Surtur.

L’aspect cathartique du combat final n’en est que plus impactant, ce qui tend à nous démontrer que l’auteur a finalement bien saisi la nature du personnage, et nous prouve par la même occasion qu’un auteur ingénieux saura faire feu de tout bois et rendre intéressant même un obscur personnage relégué au rang de second couteau.

Graphiquement, il y a de quoi vous casser la rétine, avec des pleines-pages et des doubles-pages spectaculaires, qui s’enchaînent sans pour autant se galvauder. Le dessinateur injecte aussi un dynamisme déjanté dans ses séquences d’action, avis aux amateurs: vous aurez droit à des chorégraphies léchées, des prises de catch et des bastons bien bourrines.

Il est extrêmement plaisant, en tant que lecteur, de voir un auteur indé réussir de tels tours de force chez les grands éditeurs, sans perdre sa substantifique moelle.

*·East & West·Manga

Zombies, Rassemblement ! #1

Premier volume de la série Marvel écrite par Jim Zub et dessinée par Yusaku Kumiyama. Parution initiale en 2015, pulbication en France par Panini Comics le 17 aout 2022.

Zombies au Wasabi

Depuis qu’ils ont sauvé le monde de l’invasion des Chitauri, les Avengers se sont imposés aux yeux des gens comme les protecteurs sans faille de l’Humanité. Iron-Man, Captain America, Hulk, Thor, Black Widow et Hawkeye fêtent donc leur récente victoire, en même temps que l’anniversaire de leur fer-de-lance Tony Stark, lorsque des troubles-fêtes font irruption pour sniper l’ambiance.

Ces rabats-joie ne sont pas des protestataires classiques, car ils portent sur eux toutes les caractéristiques des zombies: peau en putréfaction, sauvagerie extrême et goût prononcé pour la chair humaine. Nos héros se lancent donc sans réfléchir dans la bataille, mais certaines questions doivent d’abord être résolues: d’où vient ce mystérieux virus ? Les innocents infectés peuvent-ils être guéris ? et surtout, comment les Avengers vont-ils pouvoir s’en prémunir ?

Le concept des Marvel Zombies est né en 2006 dans les pages de la série Ultimate Fantastic Four, alors scénarisée par Brian Michael Bendis et Mark Millar, et dessinée par l’excellent Greg Land. Dans les épisodes 21/22/23 de la série, les FF de la Terre 1610 (l’univers Ultimate) font la rencontre de leurs homologues de la Terre 2149, qui se révèlent être des morts-vivants cannibales cherchant un monde neuf afin de renouveller leur garde-manger.

C’est Robert Kirkman et le dessinateur Sean Phillips qui prennet la suite avec le premier volume de la série Marvel Zombies en 2006. On y retrouve un monde dévasté par des super-héros contaminés, qui ont dévoré la quasi-totalité de l’Humanité. Seul Magnéto et une poignée de survivants résistent encore, et empêchent les zombies de quitter cette dimension pour semer la désolation sur d’autres terres. Qu’à celà ne tienne, les zombies dévorent le Surfer d’Argent, ce qui leur permet ensuite de dévorer nul autre que Galactus. Désormais détenteurs du pouvoir cosmique, les zombies se lancent à la poursuite de nourriture à travers tout le cosmos, écumant les galaxies et engloutissant toutes les formes de vie.

Les deux premiers volumes de Marvel Zombies se distinguaient par l’écriture de Robert Kirkman (dont l’oeuvre la plus connue est sans aucun doute la série-fleuve The Walking Dead, aussi sur le thème des zombies). Mais là où TWD misait sur la figure classique du zombie decérébré et titubant, les super-héros morts-vivants de MZ conservaient leurs consciences et leurs identités humaines, tout en étant dominés par une faim insatiable. Cela donnait lieu à des situations mémorables, comme Hank Pym séquestrant T’challa pour le manger par petits morceaux, afin de conserver suffisamment de clarté d’esprit pour trouver un remède, où encore Spider-Man retrouvant sa lucidité après avoir dévoré Tante May et Mary-Jane, où encore la rivalité permanente entre les infectés pour savoir qui aurait le meilleur morceau de barbaque. Petite anecdote sur les origines de la série: la légende veut qu’initialement, Robert Kirkman prévoyait une histoire centrée autour de Luke Cage, héros à la peau indestructible, qui aurait été le dernier survivant, étant par définition immunisé car impossible à mordre. Mais le scénariste aurait du abandonner ses plans après s’être aperçu que Greg Land avait déjà dessiné Cage en zombie dans les pages d’Ultimate Fantastic Four.

Le tout était donc irrevérencieux et cynique tout en étant gore, le ton idéal pour aborder ce genre surexploité. Alors qu’en est-il de ce Zombie Rassemblement, sorte de resucée version manga ?

Le bilan n’est pas fameux, autant vous le dire tout de suite. Le contexte choisi par Jim Zub pour cette version s’apparente clairement au Mavel Cinematic Universe plutôt qu’à celui des comics, ce qui offre une coloration commerciale susceptible de gâcher le plaisir aux fans hardcore. On retrouve donc le casting original du film, ce qui restreint sensiblement la portée du scénario, là où Kirkman convoquait tous les super-héros classiques lors de sa grande boucherie cannibale.

Ce choix correspondait certainement à un cahier des charges imposé par l’éditeur, qui était alors, en 2015, en pleine capitalisation du succès des films Marvel Studios au cinéma. Néanmoins, on est d’entrée de jeu saisi par la différence de ton entre Zombies Rassemblement et Marvel Zombies, puisqu’ici, point d’ironie ni de second degré, et encore moins de carnage. Les héros affrontent quelques hordes de civils infectés, mais sans plus, passant le plus clair du temps au sein de la Tour Stark pour chercher un remède.

La pauvreté en terme de super-héros, tripes & compagnie, est principalement due au postulat de départ, le nombre de personnages disponibles en 2015 étant relativement restreint. On a donc droit à une intrigue plutôt linéaire, avec des dialogues confondants de naïveté et de premier degré.

Cerise éditoriale sur le gâteau de la médiocrité, Panini Comics a, dans sa grande sagesse, jugé opportun de placer l’épisode 0, supposé servir de prologue, après les trois premiers chapitres. Attendez-vous donc à passer du coq à l’âne après le chapitre 3, avec une intro sans intérêt aucun et quasiment vide de sens.

Bilan: Passez votre chemin si vous espériez retrouver une résurgence sanglante des zombies Marvel version ciné. Pour cela, tournez-vous plutôt vers l’épisode 5 de la série animée What If ? qui traite le sujet de façon plus opportune. Pour les amateurs de manga, l’expérience ne nous semble pas non plus indispensable, pas plus qu’aux amateurs du genre zombie en général.

****·Comics·East & West·Nouveau !

Avengers #7: L’Ere de Konshou

Recueil des épisodes #31 à 38 de la série écrite par Jason Aaron et dessinée par Ed McGuiness, Javier Garron et Francisco Manna. Parution en France chez Panini Comics le 10/08/22.

Konshoote le premier

Nouveau volume de la saga Avengers par Jason Aaron. Après une mission mouvementée dans l’espace, les plus puissants héros de la Terre sont revenus avec… un bébé. Pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de l’actuel détenteur du Starbrand, un pouvoir incommensurable, manifestation d’un système de défense planétaire, dont l’un des précédents porteurs fut membre du groupe il y a plusieurs années.

Il s’agit donc pour eux de protéger cet enfant, mais aussi de protéger le monde de ce que pourrait faire cet enfant, avec ce pouvoir destructeur. Pour le moment, Iron Man, alias Tony Stark, n’a pas le loisir de s’en soucier puisqu’il est prisonnier de l’Âge de Pierre, un million d’années dans le passé. Seul et livré aux affres d’un monde hostile, il va d’abord faire la rencontre des Avengers Préhistoriques, déjà vus plusieurs fois dans la série.

Ce goupe hétéroclite comprend Odin, le Phoenix, Agamotto, la première Iron Fist, le premier Ghost Rider, le premier Starbrand, ainsi que le premier Black Panther. Leurs premiers exploits ont consisté à vaincre et repousser les Célestes, mais leur véritable ennemi, un être antédiluvien qui manigance à travers le temps et l’espace, ne s’est pas encore révélé. Iron Man va donc découvrir bien malgré lui l’identité de ce redoutable instigateur: Méphisto, plus connu comme le Seigneur des Enfers, ou encore, le Diaaaaaaaaable.

Ce dernier cherche à détruire les Avengers depuis leur formation il y a un million d’années, et cette fois, il pourrait bien arriver à ses fins: ayant tiré les ficelles à sa convenance, il a artificiellement allongé la liste des ennemis de nos héros favoris, des ennemis qui pourraient bien unir leurs forces pour les submerger.

Mais c’est sans compter Khonshou et son célèbre avatar, Moon Knight. Ce duo ambigu livre une justice expéditive depuis bien des années maintenant, avec plus ou moins de succés, et se lance cette fois encore dans un plan sans concession pour sauver le monde des griffes de Méphistophélès. Sans prévenir, le dieu égyptien de la Vengeance et de la Lune envoie son avatar récupérer de force les pouvoirs des précédents Avengers, aujourd’hui détenus par Danny Rand aka Iron Fist, le Sorcier Supreme Dr Strange, Robbie Reyes aka Ghost Rider, T’challa aka Black Panther, sans oublier Mjolnir, le Starbrand et le Phoenix.

Ainsi équipé, Moon Knight pourra instaurer l’Ere de Khonshou, afin que le dieu colérique puisse vaincre Méphisto et ainsi éviter la fin du monde. Mais est-ce vraiment une bonne idée d’affaiblir les plus puissants héros de la Terre au moment où ils sont le plus fragiles ?

Jason Aaron poursuit son grand-oeuvre sur les Avengers, et commence enfin à recouper toutes les lignes narratives qu’il a débutées dans les précédents volumes. Grâce à celà, le lien entre les Avengers Préhistoriques et les Avengers modernes apparaît enfin plus distinctement, et l’impact des deux époques l’une sur l’autre se profile également. La continuité de la série commence à se faire sentir, puisqu’il est maintenant nécessaire d’avoir lu la majorité des volumes précédents pour s’y retrouver ici: quand bien même le lecteur connaîtrait les bases du personnage de Moon Knight, ce ne sera pas suffisant ici pour comprendre tous les tenants et les aboutissants de l’intrigue, qui commence à se densifier.

Néanmoins, l’action reste omniprésente comme dans les précédents tomes, l’auteur continuant d’exploiter des concepts inédits comme le vol et le cumul de pouvoirs ancestraux par Moon Knight, ou leur utilisation plus tard par d’autres héros. L’auteur parvient aussi à créer une certaine attente, puisqu’on se doute que Méphisto ne va pas en rester là et que le pire reste à venir. Côté suspense, on ne frissonne pas vraiment pour l’ensemble des héros, puisque, si le danger reste global, rien ne laisse craindre à ce stade qu’un ou plusieurs héros soient sacrifiés.

S’agissant de l’écriture de Aaron en elle-même, elle demeure donc ambitieuse et réfléchie, mais elle a aussi tendance à utiliser la continuité rétroactive, redoutée par les fans, et par conséquent, marche donc sur les plates bandes d’autres auteurs. Exemple frappant: alors que beaucoup d’auteurs se sont échinés au fil des différentes séries Moon Knight à instiller le doute quant à l’existence réelle de Khonshou, Aaron met les pieds dans le plat en nous donnant une réponse sans ambiguité. Cela ne gâche pas le plaisir de lecture ni la cohérence de l’ensemble, mais montre bien que l’écriture chez Marvel peut être une affaire délicate, au vu de la pléthore de personnages et d’auteurs ayant travaillé dessus.

Ce septième volume des Avengers fait monter les enchères et laisse de profiler de nouveaux éléments cosmiques de grande ampleur, à lire si vous avez apprécié le reste de la série.

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Thor (2020) #1: le Roi Dévoreur

Intégrale comprenant les quatorze premiers épisodes de la série Thor (2020) écrite par Donny Cates et dessinée par Nic Klein. Parution en France chez Panini Comics le 24/08/2022.

Lourde est la main qui brandit le marteau

Après avoir combattu le Massacreur de dieux, puis cédé son marteau par indignité, et enfin, combattu l’armée de Malékith pour sauver les Dix Royaumes, Thor revient sur le devant de la scène et hérite du Trône de son père Odin. Toutefois, pour lui qui n’a jamais aspiré à régner, il se pourrait que la couronne soit trop lourde.

Que faire lorsqu’on passe après le monarque le plus controversé de l’histoire du royaume ? Comment être à la hauteur de la tâche sans se compromettre et en restant soi-même ? Voilà le défi auquel le Roi du Tonnerre devra faire face, mais ce ne sera pas le seul. Des tréfonds du cosmos débarque Galactus, le dévoreur de planètes, ce qui est souvent mauvais présage pour qui que ce soit.

Galactus et les asgardiens s’étaient déjà affrontés, la dernière fois en 2011 lorsque le géant cosmique et son héraut le Surfeur d’Argent convoitaient les énergies d’une graine d’Yggdrasil, l’Arbre-Monde. Mais cette fois, les apparences sont trompeuses, Galactus ne vient pas se repaître, mais demander de l’aide au Roi d’Asgard. En effet, Galactus, qui est le dernier survivant d’un univers qui existait avant le Big Bang, est porteur d’une inquiétante nouvelle: l’Hiver Noir, une entité cosmique dévoreuse d’univers, a fait son apparition et flanqué une déculottée au Dévoreur. Thor et Galactus vont devoir faire cause commune pour sauver l’Univers. Qui l’eut-cru ?

Pour permettre à Galactus de revenir dans le game, Thor va devenir, bien malgré lui, le nouveau héraut de Galactus, et le guider vers cinq planètes spécifiques dont les énergies consommées accroitront de façon exponentielle son pouvoir. C’est donc les dents serrées que le Roi et le Dévoreur vont collaborer pour sauver l’univers, et il appartiendra à Thor de rapidement tracer une ligne dans le sable pour faire comprendre à son allié impromptu les conditions de leur alliance.

A côté de ça, Thor doit aussi faire face aux écrasantes responsabilités qui incombent au Roi, et à son marteau Mjolnir, nouvellement reforgé (durant War of the Realms), qui est de plus en plus lourd. Le fait d’être roi le rendra-t-il de nouveau indigne ? Et si, à l’inverse, tout le monde devenait digne à l’exception de Thor ? La suite se concentrera sur le retour de Donald Blake, le célèbre alter-égo du dieu du tonnerre, qui est, comment dire, quelque peu contrarié de découvrir qu’il n’est qu’un alter-égo et pas une personne authentique.

Après sept années passées sous l’égide scénaristique de Jason Aaron, voici que Thor passe sous le contrôle de Donny Cates, que l’on a pu lire dans Venom, Absolute Carnage, King in Black, ou, en indépendant, dans The Paybacks et The Crossover. L’auteur reprend ici des éléments de ses précédents runs, comme Silver Surfer: Black, pour faire émerger encore une fois un antagoniste cosmique, sombre et tout puissant (hello Knull !).

Malgré la redondance qui pourrait émerger de ces auto-références, le run de Cates sur Thor n’en démarre pas moins de façon efficace, grâce au nouveau paradigme laissé par Aaron à la fin de WOTR. Il est intéressant en effet de voir le dieu du tonnerre enfin confronté à ce qu’il redoutait malgré lui, la couronne d’Asgard. De plus, le lien de ce personnage avec son marteau a souvent été une métaphore de son état mental, voir l’arme enchantée s’alourdir en même temps que ses responsabilités est donc tout à fait logique sur le plan thématique.

Les fans de Thor vont être servis côté action, puisque le héros, déjà badass en temps normal, a pris du level puisqu’il va cumuler dans cet album la Force d’Odin et le Pouvoir Cosmique (ce qui va de pair avec un petit relooking), pour un résultat assez extrême. Sur la seconde partie, l’auteur continue d’exploiter des concepts intéressants issus de la continuité du héros: son lien étroit avec son alter-égo, considéré différemment selon les auteurs.

En effet, Donald Blake a tantôt été un homme ordinaire dépositaire des pouvoirs de Thor (dans la série de Lee et Kirby), avant de devenir une simple création d’Odin, un Thor rendu amnésique. Selon les auteurs, ensuite, Blake avait ou pas sa propre personnalité, ses propres souvenirs, etc.. La version de Cates souffre d’un destin tragique puisqu’il découvre sa vraie nature après que Thor ait renoncé à lui, et qu’il s’aperçoit de la vacuité de son existence après avoir détruit le monde factice qui le retenait prisonnier. Comme si l’allégorie de la caverne de Platon partait en sucette.

Ce volume de Thor garde donc la veine épique chère au personnage, tout en allant puiser dans ses éléments constitutifs pour les extrapoler et créer quelque chose d’innovant. Les fans de la frange cosmique de Marvel apprécieront !

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Avengers #6: A la recherche de Starbrand

Sixième tome de la série écrite par Jason Aaron et dessinée par Ed McGuiness. 112 pages, sortie chez Panini Comics le 09/03/22.

A Star is born

Après avoir affronté les Célestes, puis le Prince des Mers, puis une armée de vampires, puis des géants des glaces, et plus récemment des Motards Fantômes en enfer, les plus puissants héros de la Terre doivent maintenant se rendre aux confins de l’espace, à la recherche d’un indice qui devrait les mener vers la résurgence d’un ancien allié, l’éponyme Starbrand.

Mais avant de se lancer, il convient peut-être de faire un petit détour par la case « résumé ». Et oui, on ne plonge pas dans la piscine avant d’être passé par la pataugeoire !

Le Starbrand que l’on connaît est apparu dans le N°5 du volume 7 de la série Avengers par Jonathan Hickman. Reprenant un vieux personnage issu du New Universe (un obscur label produit par Mavel Comics dans les années 80), le scénariste, amoureux des paradigmes cosmiques et des systèmes, en fait le dépositaire d’une puissance cosmique phénoménale, issue de la planète elle-même, à l’instar de l’Uni-Pouvoir, mais à échelle planétaire plutôt qu’universelle.

Dès lors qu’un événement menace l’intégrité du corps céleste, ce dernier réagit en infusant son pouvoir dans un être choisi aléatoirement. Cette fois-là, la Terre subissait les attaques d’une race extraterrestre nommée les Bâtisseurs, dont l’un des serviteurs, Ex-Nihilo, tentait de rendre la Terre vivante, littéralement. En réaction, le Starbrand naquit de nouveau, s’incarnant dans la personne de Kévin Connor, un adolescent timide, qui va malheureusement raser entièrement son lycée au moment où le Starbrand le choisit.

Comprenant qu’un tel pouvoir, ne pouvant être confronté directement, doit être maîtrisé, les Avengers décident de prendre Kévin sous leur aile afin de lui permettre de comprendre et d’utiliser son pouvoir à bon escient. Le reste de la série d’Hickman plonge les Avengers dans une guerre sans merci contre les Bâtisseurs, puis à une escarmouche contre Thanos, avant que la crise n’atteigne son point d’orgue avec Secret Wars et ses Incursions destructrices.

Finalement, Starbrand sera tué par le nouveau Ghost Rider, Robbie Reyes, au cours d’une escarmouche tournant autour de la découverte du Celeste déchu que l’on revoit finalement dans le premier volume de la présente série. Depuis lors, plus aucune manifestation du Starbrand n’a fait jour, alors que les menaces se sont succédées. Qu’est-il advenu de ce pouvoir ?

Jason Aaron, lorsqu’il reprend la suite des Avengers, nous introduit les Avengers Préhistoriques, un groupe fondé par Odin, alors jeune roi d’Asgard, Agamotto, premier sorcier suprême, la première Iron Fist, le premier Ghost Rider, et Starbrand, qui tient alors davantage de l’homme des cavernes que du super-héros. Cette incarnation était encore nimbée de mystère, jusqu’à ce qu’Aaron se décide à raconter ses origines, dans ce volume.

L’album débute donc par un flashback qui nous raconte comment ce Starbrand-là vit le jour, avant que l’on entre dans le feu de l’action. Les héros du présent, menés par Captain America, répondent à un appel de détresse dans la galaxie occupée par les Shiar’s (extraterrestres plus familiers des X-men), et vont devoir affronter les hérauts de Galactus, pour sauver une jeune humaine détentrice du Starbrand.

Ce tome ne déçoit pas grâce à l’action et au rythme soutenu imposé par Aaron. Comme à l’accoutumée, l’auteur déniche des concepts intéressants tirés de ses situations, comme par exemple Ghost Rider chevauchant la planche du Surfeur d’Argent, ou encore Thor infecté par un Brood. Il recycle même d’autres concepts, comme la Iron Widow, tout droit issue de la série Ultimates par Mark Millar, ou Captain Marvel en mode Binaire.

Cependant, l’auteur n’a pas encore jugé bon de s’attarder sur l’origine réelle du Starbrand, ni sa fonction véritable dans le grand ordre cosmique: les hérauts de Galactus semblent le redouter, on apprend aussi que le pouvoir n’est pas intrinsèque à la Terre mais est venu d’un astéroïde, mais on n’en saura pas davantage pour le moment.

Le volume se conclut sur une note ouverte, avec un nouveau (petit) personnage dont on a hâte de découvrir le potentiel.

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Original Sin

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Intégrale de 22 pages comprenant les épisodes 0 à 8 de la mini-série Original Sin écrite par Jason Aaron et dessinée par Mike Deodato Jr. Parution originale en 2014, réédition chez Panini Comics le 25/11/2020.

Péché mortel

L’univers Marvel, et plus précisément sa planète Terre, n’est pas surveillée que par des super-héros. Depuis l’aube des temps, elle est minutieusement épiée, scrutée, par un être appartenant à l’une des premières espèces intelligentes qui aie parcouru le cosmos.

Uatu le Gardien, a pour mission d’observer tous les événements se déroulant sur Terre, du plus insignifiant au plus important. Son voeu, et celui de toute son espèce, est d’observer fidèlement sans jamais intervenir. Ce serment, fait après l’échec d’une tentative d’intervention des Gardiens auprès d’une espèce primitive, empêche Uatu de s’impliquer directement auprès des terriens.

Mais notre gardien silencieux, attaché aux humains (parce que les humains sont spéciaux, c’est bien connu), a rompu a quelques occasions son voeu de non-intervention. La plus célèbre de ces incartades est la toute première, lorsqu’il persuada Galactus, qui s’apprêtait à dévorer la Terre, de rebrousser chemin grâce au Nullifieur Ultime.

Ce matin-là de 2014, le calme apparent permet à quelques héros, Captain America, Wolverine, Black Widow et Nick Fury, de se réunir dans un snack pour partager quelques bons souvenirs. Ce moment de détente sera interrompu par une inquiétante alerte. En effet, dans son sanctuaire lunaire, d’où il voyait tout, Uatu le Gardien a été retrouvé mort. Cet être immensément sage et puissant gît désormais avec un trou dans la tête, et les yeux absents de leurs orbites.

Qui a pu commettre un tel acte ? Et à quoi vont servir ses yeux ? Les réponses à ces questions vont apporter leur lot de fâcheuses conséquences pour tous les héros qui vont mener l’enquête.

En 2014, c’est Jason Aaron qui est aux commandes de l’event estival de Marvel. Il concocte donc une histoire à grands spectacles, sous la forme plutôt inattendue d’un whodunnit, avec deux lignes narratives distinctes qui se rejoignent lors du climax. On peut dire que la recette fonctionne, notamment grâce à une intrigue sans trop de temps morts, et munie de certains coups de théâtre, qui, sans être excessivement puissants, restent efficaces dans le contexte de l’œuvre.

Si Original Sin mérite d’être mentionné, toutefois, ce n’est pas nécessairement pour l’identité du tueur ni pour l’originalité de l’intrigue, mais plutôt pour ces conséquences, dont certaines ont laissé une empreinte durables sur les personnages durant les années qui ont suivi. On pense notamment à Thor, qui perd sa dignité et son accès à Mjolnir jusqu’en 2019, ou à Spider-Man, qui se découvre une âme-soeur mordue par la même araignée que lui.

Le reste des révélations a été assez vite enterré, comme par exemple la soeur de Thor, Angela (qui est en fait un personnage de l’écurie Top Cow racheté par Marvel), ou encore l’implication de Tony Stark dans l’explosion qui donna naissance à Hulk.

ATTENTION SPOILER

On peut également débattre de la révélation-phare de la mini-série, qui concernait alors le personnage de Nick Fury. Aaron nous apprend que Fury, depuis des décennies, assure le rôle de la « Sentinelle », qui assure une mission proactive et secrète de protection de la Terre. A l’insu de tous, le fondateur du SHIELD a abattu des dizaines de menaces potentielles, à grands renforts de balles Gamma et d’assassinats intergalactiques. Le scénariste fait donc appel au tout-puissant outil de Retcon (continuité rétroactive, ou révélation sur un personnage qui offre une réinterprétation ou réécrit des éléments de continuité), et nous laisse nous creuser les méninges pour faire coexister cette révélation avec tous les éléments déjà inscrits dans le passé du personnage.

D’ailleurs, quand on y pense, on peut trouver incongrue la réaction de certains personnages face à cette révélation. Nick Fury tue des monstres souterrains et des conquérants qui veulent s’en prendre à la Terre, depuis des lustres, avec des balles radioactives ? Ça n’en fait pas vraiment un adversaire, au pire un mal nécessaire, mais le bât blesse lorsqu’on découvre les raisons plutôt obscures derrière l’assassinat d’Uatu, puisqu’il s’agit bien de lui, initialement.

En résumé, Original Sin n’est pas le pire event que Marvel nous aie balancé ces dernières années, notamment grâce à l’écriture de Jason Aaron et aux dessins de Deodato Jr, qui n’avait alors pas encore entamé son déclin. Néanmoins, le scénario, sans doute trop audacieux, oublie trop vite sa dynamique de départ mais évite de peu la sortie de route.

**·Comics·East & West·Nouveau !

King in Black

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Mini-série en quatre volumes, avec Donny Cates au scénario, secondé par Jason Aaron, Al Ewing, Clay Mc Leod Chapman, Seanan Mcguire, Christopher Cantwell, et Torunn Gronbekk. Au dessin, Ryan Stegman, Danilo Beyruth, Vakueva, Nina, Vilanova, Guiu. Parution en France chez Panini Comics, de juillet à octobre 2021.

Les symbiotes ça dépote

Tiré de son sommeil millénaire par Kletus Casady, tueur en série plus connu sous le nom de Carnage, le dieu des symbiotes, Knull, s’est dit qu’il était temps de rendre une petite visite à la planète bleue, histoire de la raser entièrement à l’aide de son armée de symbiotes dragons et de sa célèbre Nécro-épée. La Terre, qui se remet à peine de la guerre entre les Skrulls, les Krees et les Cotatis (confère War of the Realms), doit mobiliser une nouvelle fois ses héros pour faire face à cette menace.

Ce sont donc encore une fois les Avengers dans leur entièreté qui vont se dresser, mais également les X-men et les Quatre Fantastiques, menés de façon étonnante par Eddy Brock, le fameux Venom, réuni pour la première fois depuis longtemps avec son symbiote éponyme. Pour les lecteurs peu familiers du marvelverse, les symbiotes, dont le véritable nom est Klyntars, sont une espèce vivante intelligente et semi-parasitique, dont les individus doivent, pour survivre, se lier à un hôte dont ils amplifient les capacités.

Après des décennies de mystère quant aux origines véritables des symbiotes, on découvre qu’ils ont été créés par Knull, une entité primordiale personnifiant l’abysse qui précédait la création. En guerre contre les Célestes à ce sujet, Knull a façonné la Nécro-épée, le tout premier symbiote, pour décimer les géants de l’espace au cours d’une guerre cosmique. Blessé, Knull perdra un temps son arme, qui atterrira plus tard dans les mains d’un certain Gorr, qui donnera du fil à retordre à Thor. Trahi par ses symbiotes, Knull sera enfermé par ces derniers, qui se sacrifieront en masse afin de l’emprisonner dans une gigantesque structure symbiotique, qui de loin pourrait passer pour un corps astral, la fameuse planète Klyntar.

Donc, réveillé par les machinations de Carnage, Knull se dirige vers la Terre, ayant quelques comptes à régler avec certains de ses habitants. Nos héros parviendront-ils à lutter encore contre cette armée de monstres et leur invincible créateur ?

La saga commence par le grand débarquement de Knull et de ses symbiotes-dragons. Décrit comme une menace mortelle depuis plusieurs mois maintenant, son retour a effectivement de quoi être attendu par le lecteur. Nos héros, résolus à sauver le plus de monde possible, lancent une frappe préventive en utilisant les carcasses piégées de vaisseaux krees et skrulls encore en orbite autour de la Terre après les évènements de War of the Realms.

L’attaque ne fait que ralentir la progression de Knull, c’est pourquoi Captain America prend les devants et joue son va-tout en envoyant Sentry. La sentinelle dorée, figure controversée du marvelverse, va rapidement faire les frais de ce mécanisme narratif, qui veut que pour établir à quel point un antagoniste est badass, il doit mettre au tapis un personnage réputé puissant (pensez par exemple à Thanos au début d‘Infinity War, qui met une raclée à rien de moins que Hulk, dont ce sera la seule véritable défaite durant tout le MCU). Après avoir connu les affres de la mort et de la résurrection et démontré son incapacité à mourir (Thor l’a jeté dans le Soleil à l’issue de la saga Siege, et ça n’a pas suffi à l’époque), Sentry se voit infliger une mort tout à fait ironique, car elle rappelle simultanément deux de ses grands moments, à savoir la fois où il a déchiré Carnage en deux (New Avengers), et celle où il a fait la même chose à Arès (Siege).

Une fois cette formalité accomplie, on passe à la phase suivante qui veut que tout dégringole assez rapidement. Knull englobe la Terre dans un impénétrable dôme symbiotique et entreprend la dévastation de la planète. Il prend également possession, via ses symbiotes, de la première vague de héros, ne laissant que quelques survivants pour affronter ses hordes. Eddy Brock, quant à lui, était visiblement destiné, par Donny Cates, à être le protagoniste de cette saga de crise, celui qui, après une franche rédemption, œuvrerait pour vaincre Knull. Mais Cates crée la surprise en supprimant son héros dès le début de la crise, peu après que toutes les options prévues par les héros aient échoué.

Des ténèbres sorties de Knull-part

Le reste de l’histoire est réparti dans des ties-in, qui narrent les évènements secondaires se déroulant durant l’invasion des symbiotes: Spider-Gwen, munie d’un symbiote artificiel, affronte son amie Mary Jane possédée par un nouveau Carnage, tandis que le Black Knight affronte les monstres en Chine et attire l’attention de Knull en utilisant sa Lame D’Ébène, Spider-Man se demande comment affronter cette catastrophe dont il se sent responsable, Black Panther défend son pays comme à l’accoutumée et les Valkyries découvrent l’origine de la puissance de la Nécro-épée.

Pris dans leur ensemble, ces ties-in n’ont qu’un intérêt tout relatif, et peuvent même, dans certains cas, contredire la série principale. Ainsi, dans le numéro 3, le Silver Surfer déplore que le dôme symbiotique qui emprisonne la Terre soit infranchissable, alors que Black Panther, dans son tie-in, parvient à y percer un trou bien avant l’arrivée du Surfeur.

La série principale quant à elle, manque assez cruellement d’originalité, puisqu’encore une fois, elle met en scène un vilain surpuissant sans respecter la continuité ni les échelles de puissance, et qui n’affiche pas un charisme extraordinaire. Pour tout dire, Knull, qui était mentionné depuis un long moment et dont on était censés redouter la venue, s’avère unidimensionnel, relativement plat et les quelques apparitions qu’il fait ne sont pas de nature à marquer les esprits.

C’est d’autant plus regrettable lorsqu’on considère la montée en puissance et l’accumulation de tension dramatique dont il avait fait l’objet jusque-là. Pire encore, la résolution, qui intervient dans le cinquième numéro présent dans le quatrième volume, a de forts relents de deus ex machina. En effet, Donny Cates, ne sachant certainement plus comment se dépêtrer de son tout-puissant vilain, utilise sa carte « continuité rétroactive » (je déteste cette carte) pour sortir de son chapeau la Force Enigma et en faire l’opposé de Knull, dans un affrontement classique de lumière vs ténèbres. Mieux amené, cela aurait pu être une bonne révélation, si on ignore le fait que dans la continuité classique, les hôtes successifs de Captain Universe n’ont jamais été montrés comme étant mûs par le besoin de lutter contre les symbiotes ou les ténèbres de Knull.

Nous sommes donc dans un cas assez classique de « Sorti du chapeau » qui finit d’enfoncer le clou mortifère dans le cercueil symbiotique. Tel qu’il est écrit, Knull est soit invincible pour on ne sait quelle raison et tue des personnages dont le niveau de puissance préétabli ne devrait pas le permettre, soit il meurt en quelques pages après un power-up de dernière minute sorti de nulle part.

Vous l’aurez compris, inutile de vous encombrer avec les quatre volumes de King in Black, qui déçoit par de nombreux aspects après une préparation qui était pourtant prometteuse.

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****·Comics·East & West·Nouveau !

Avengers #5: Le défi des Ghost Riders

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Cinquième tome de la série, qui comprend les épisodes 22 à 25. Jason Aaron à l’écriture et Stefano Caselli au dessin. Parution le 10/11/2021 aux éditions Panini Comics.

Highway to Hell

Dans le premier tome des Avengers par Jason Aaron, nous assistions aux débuts du jeune Robbie Reyes dans l’équipe. Le jeune américano-hispanique est depuis peu le détenteur des pouvoirs du Ghost Rider, une lignée de motards fantômes crachant le feu de l’Enfer et dédiés à la vengeance. Chaque Rider doit avoir sa monture, et celle de Robbie est quelque peu singulière, puisque c’est une voiture démoniaque qui semble avoir une personnalité propre, comme on a pu le voir à quelques reprises durant les précédentes aventures du groupe.

Depuis un moment déjà, Robbie sent que quelque chose cloche avec ses pouvoirs de Rider. Contrôlé par le roi des vampires dans le tome 3, il est depuis en grande remise en question et se persuade qu’il n’est pas digne de rester dans l’équipe des plus grands héros de la Terre. Notre Ghost Rider débutant va malheureusement se retrouver confronté aux dérangeantes vérités qui se cachent derrière son crâne enflammé et sa voiture démoniaque.

Bien entendu, lorsqu’un Avenger est en difficulté, il peut compter sur le soutien de ses frères et sœurs d’arme, qui vont le suivre jusqu’en Enfer… littéralement.

En effet, Robbie Reyes est convoqué au royaume des damnés, dirigé par un ancien Ghost Rider, le bien nommé Johnny Blaze. Le Roi de l’Enfer provoque Robbie en duel, une course avec en jeu ses pouvoirs de Rider. Si Blaze l’emporte, il cumulera ses pouvoirs avec ceux de Reyes et sera ainsi capable de régner entièrement sur les légions des damnés. Et si les desseins de Blaze étaient initialement vertueux, on peut être quasiment certains que la charge du Trône Infernal l’aura corrompu jusqu’à l’os.

Après un quatrième tome assez dispensable, Jason Aaron revient à ses moutons et met en lumière un des personnages les plus prometteurs de sa nouvelle mouture des Avengers. Robbie Reyes, héros réticent, subissant un pouvoir qui confine davantage à la malédiction et dont il commençait progressivement à tester les limites. On découvre donc à l’occasion de ce défi des Ghost Riders les différentes facettes du pouvoir de Robbie.

Jason Aaron s’amuse clairement comme un petit fou avec cette série. Dans chaque nouvel arc, il implémente de nouvelles idées originales, et ce Défi ne fait pas exception, avec moult incarnations de Riders, une course folle en Enfer et des drakkars customisés. En parallèle, l’intrigue liée aux Avengers préhistoriques avance de façon significative, sans que l’on sache encore clairement de quoi il retourne et ce qui lie les deux époques.

En résumé, ce cinquième volume relance la série avec un cocktail d’action et d’intrigue, comme Jason Aaron nous y a habitué.

****·BD·Comics·East & West

Empyre volume 4/4

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Dernier volume de la série écrite par Dan Slott et Al Ewing, parution le 23/06/2021 chez Panini Comics.

Capable du meilleur comme de l’empire

Chapitre final de notre space opéra marvelien annuel. Les Avengers et les Quatre Fantastiques ont du unir leurs forces pour contrer une incursion de l’alliance Kree-Skrull, qui, après des millions d’années à se taper dessus, ont décidé de détourner leurs pulsions violentes vers les Cotatis, une espèce végétale avancée dont les derniers représentants avaient élus domicile dans la Zone Bleue de la Lune.

Parmi eux, Quoi, le Messie Céleste issu de l’union de deux anciens Avengers. Ce dernier, quelque peu chauffé par son père en coulisses et lassé de millénaires de persécution, a décidé, de façon assez radicale il faut bien l’admettre, d’éradiquer purement et simplement tous les représentants du règne animal à travers l’univers, en commençant par la Terre.

Pour ce faire, il compte utiliser une fleur spéciale qui décuple ses pouvoirs, et la faire pousser sur la montagne de vibranium qui fait la fierté du Wakanda, la patrie protectionniste de la Panthère Noire. Pendant ce temps, les Skrulls et les Krees grincent des dents mais acceptent d’aider les Avengers et les FF à repousser l’attaque.

Cependant, Quoi n’est pas le seul à avoir été manipulé. En effet, Teddy Altman, alias Hulkling, le fils du légendaire héros Kree Captain Marvel et de la Princesse Skrull Anelle, a été parachuté malgré lui à la tête de l’alliance, lui qui représente le pont idéal entre les deux civilisations belligérantes. Pétri de bonnes intentions, il était prêt à tous les compromis pour parvenir à la paix entre les deux peuples. Malheureusement pour lui, d’autres personnes haut placées avaient d’autres intentions bien plus néfastes. Teddy, ainsi que Quoi, ont donc fait les frais des ambitions mortifères de leurs aînés, ce qui fait d’eux les deux faces d’une même pièce.

Ces jeux d’influence et de manipulation nous montrent bien qu’au final, les vieilles rancunes sont les plus tenaces et que les volontés bienveillantes de quelques bonnes âmes ne suffisent pas toujours pour étouffer les braises du conflit, comme c’est le cas dans la réalité. Cependant, on est ici chez Marvel, et même si on aime les propos à la fois amers et réalistes sur notre monde, il n’en demeure pas moins qu’on ouvre les pages de ces albums avant tout pour rêver et se divertir.

Nos héros parviennent donc à s’en sortir une fois de plus, avec plus ou moins de panache et d’effets pyrotechniques. On pourra apprécier de réelles bonnes idées, comme Reed Richards et sa nouvelle armure signée Stark, ou encore le playboy-milliardaire-philanthrope en pleine crise de foi. L’irruption de Thor fleure cependant le deus ex machina étant donné que sa quête de pouvoir auprès de sa mère Gaïa n’est pas traitée dans la mini-série, ni dans les tie-ins.

En somme, cet Empyre en quatre volumes constitue une agréable lecture popcorn, pas nécessairement de quoi secouer les fondations de l’univers Marvel, mais contenant malgré tout son lot d’action et d’émotions. Le casting est sans doute un peu trop large pour que chacun puisse briller comme il le devrait, mais les tie-ins apportent tout de même suffisamment de substance pour donner au tout le liant nécessaire.

***·Comics·East & West

Empyre volume 2/4

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Second volume de la série Marvel Empyre, écrite par Dan Slott et Al Ewing, dessinée par Pepe Larraz. Contient les chapitres 2 et 3 de la série, ainsi que les tie-ins consacrés aux Avengers, à Captain America, aux Savage Avengers et au Messie Céleste. Parution le 07/04/2021 chez Panini Comics.

Les racines de la guerre

Dans le premier volume d’Empyre, nous explorions les origines du légendaire conflit entre les Krees et les Skrulls, deux puissantes et belliqueuses civilisations extraterrestres de l’univers Marvel. Il s’avère que ces deux espèces ont en commun une troisième engeance, les Cotatis, êtres végétaux et supposés pacifiques, dont sont issus plusieurs personnages amis des Avengers. Initialement, les Skrulls, dans une logique colonisatrice et conquérante, avaient proposé aux deux autres espèces, qui étaient alors primitives et cohabitaient sur la même planète, une sorte de challenge destiné à déterminer qui des deux tirerait le meilleur parti de la technologie avancée des Skrulls.

Ce challenge a très mal tourné puisqu’il a conduit au massacre des Cotatis, initiant la fameuse guerre Kree-Skrulls. Aujourd’hui, les deux belligérants ont enterré la hache de guerre, pour se rassembler sous la bannière d’un hybride, le super-héros Hulkling, passerelle entre les deux mondes.

Malheureusement, la paix a toujours un prix, si bien que le nouvel empire, transfuge des Krees et des Skrulls s’est mis en route vers la Terre pour exterminer les Cotatis, qu’ils ont érigés en bouc émissaire. Les Avengers se sont donc courageusement dressés pour défendre les opprimés. Cependant, il s’avère que la coalition avait raison de craindre les Cotatis, qui attendaient leur heure pour se venger de millénaires d’oppression et de massacres, et qui ont dans l’idée d’exterminer toute vie non-végétale dans l’Univers.

Les fleurs du mâle

Il se pourrait bien d’ailleurs que les moyens des Cotatis soient en adéquation avec leurs ambitions. C’est donc aux Avengers et aux Quatre Fantastiques (dont la plupart a déjà été un Avengers à un moment donné) qu’il revient d’organiser la contre-attaque avant qu’il ne soit trop tard.

Le space-opéra du premier volume laisse la place à des batailles épiques sur Terre cette-fois, où les héros répartis en factions doivent repousser les hordes d’hommes-brocolis qui surgissent de partout. L’action est donc au rendez-vous ici également, superbement mise en image par M. Larraz. Son dessin me semble un peu formaté depuis quelques temps mais retient tout de même l’attention, notamment grâce au soutient de l’encrage et de la couleur.

La formule en elle-même reste ultra-classique, avec les sous-groupes de héros ayant chacun une sous-mission essentielle au salut de tous. C’est ce que l’on retrouvait déjà dans les gros events de l’époque, les derniers qui reviennent en tête étant Secret Invasion (retrouver Reed Richards, retrouver Stark, reprendre New York lors d’une immense bataille), Fear Itself (défendre les grandes villes attaquées par les Dignes à travers le monde, forger des armes asgardiennes pour les héros, se rassembler pour les affronter lors d’une immense bataille), ou plus récemment War of the Realms.

Pour le reste, l’intrigue tient encore la route, il n’y a plus qu’à espérer qu’elle parvienne à surprendre tout du long. Je vous rassure néanmoins, un certain nombre de rebondissement permet de maintenir l’intérêt sur ce second volume.

Le casting demeure attractif, même si l’on ne peut s’empêcher de relever quelques incongruités, comme par exemple l’absence de Spider-man, qui est un membre historique des Avengers ET des FF. Puisque le label de la mini-série met ces deux équipes en avant, il aurait aussi été intéressant de les mettre en opposition, par exemple sur des méthodes ou des choix à faire durant le conflit. Cela viendra peut-être sur les prochains chapitres, mais pour l’heure, c’est la coopération totale, ce qui n’est guère surprenant.

Les tie-ins, chapitres annexes à l’intrigue principale, sont souvent dénués d’intérêt mais ici, la magie opère et l’on prend tout de même plaisir à lire les à-cotés, qui contextualisent suffisamment les évènements pour permettre de raccrocher les wagons.

Ce volume 2 fait donc entrer la série dans une phase de plateau, tout en conservant un rythme soutenu.