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Marius #1

BD du mercredi
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle(2019), 56 p., série en deux volumes.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Résultat de recherche d'images pour "marius morice"A l’initiative d’Eric Stoffel et Serge Scotto, la collection Marcel Pagnol en BD a vu le jour en 2015 et propose d’adapter l’oeuvre de l’écrivain marseillais. Onze albums sont déjà parus et la trilogie marseillaise dessinée par Sebastien Morice qui travaille pour la première fois sans son comparse Didier Quella-Guyot commence avec ce Marius, bonne occasion de profiter des superbes dessins, couleurs et lumière du dessinateur du Facteur pour femmes pour découvrir ce classique de la littérature française. L’album suit la ligne graphique de la collection et comporte une préface de Nicolas Pagnol (petit-fils ), un cahier graphique avec de supermes images préparatoires du dessinateur et des explications deux scénaristes sur le travail d’adaptation, enfin un récapitulatif des albums parus dans la collection.

Marius tient le Café de la Marine avec son père César… qui le trouve empoté et pas très professionnel dans le métier. Fanny n’a d’yeux que pour le beau Marius mais, courtisée par le riche Panisse s’efforce de rendre le jeune homme jaloux. Dans la torpeur marseillaise chacun pavane et discute à l’ombre des platanes une anisette à la main…

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Je n’ai jamais été très attiré par les adaptations littéraires, aussi c’est clairement Sebastien Morice, dessinateur découvert comme beaucoup sur le Facteur pour femmes, qui m’a amené à lire cet album. J’ai une tendresse pour son travail et notamment sa colorisation très lumineuse, lumière qui a dû jouer dans la proposition de l’éditeur de travailler sur l’univers de Pagnol. Pourtant l’auteur était sceptique, d’une part de partir sur une série (hormis Papeete 1914 en deux volumes il n’a fait que des one-shot), d’autre part car cette adaptation d’une pièce de théâtre est assez éloignée de ses habitudes et particulièrement difficile à mettre en image tant elle repose sur les dialogues et les espaces fixes. Pour celui qui nous a régalé de paysages insulaires, des landes bretonnes et de nature, cet album urbain a été une sacrée prise de risque, une mise en danger artistique comme on dit et rien que pour cela on peut le remercier car cela démontre un auteur qui évite le ronronnement.

… quand on fera danser les couillons tu ne sera pas à l’orchestre.

TMM_colo_Double_page_T1_extraitCet album est surprenant car c’est assez peu une BD… Les habitués de Morice seront perturbés par un découpage qui ne mets pas en valeur ses qualités en serrant le cadrage sur les seuls personnages et quelques plans de Marseille où le dessinateur peut se faire plaisir. Pourtant on ne peut pas dire qu’il ait chômé pour reconstituer la place et le vieux port à l’aide de documents d’époque et de structures 3D qui lui permettent de tourner sa caméra avant de dessiner ses scènes. Sur le plan documentaire (et j’ai ressenti que c’était cet aspect qui avait dû attirer Sebastien Morice) c’est une réussite. En revanche sur une adaptation théâtrale assez grandiloquente je ne suis pas certain qu’il soit le dessinateur le plus adapté, plus à l’aise dans les postures et la technique que dans les expressions des visages. Il en ressort une impression que le dessin apporte peu au texte.

Bonne mère, c’est un meurtre, mais c’est lui qui l’a voulu! Adieu Panisse!

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Est-ce dû au dessin ou au projet lui-même, je ne le sais pas. Car le texte, pour beaucoup repris mot pour mot de la source de Pagnol, est truculent, drôle, rythmé comme un ping-pong de comédie. On se plaît à voir ces personnages qui nous rappellent bien évidemment Asterix dans leur énormités et leurs abus. L’histoire est simple, simplissime, le cadre étroit, on est bien au théâtre. Les auteurs tentent bien par moment d’élargir le panorama sur les voiliers partant au Levant mais la totalité de leur intrigue reste centrée sur Panisse, Marius et Fanny. Si le plaisir de lecture est indéniable et les images jolies, mettre du théâtre en BD reste un exercice incertain. Ce diptyque aura le mérite de faire découvrir ou redécouvrir l’œuvre de maître Pagnol et peut être vu comme un acte pédagogique. Pour le reste le carcan de l’adaptation pour les scénaristes et le dessinateur les aura peut-être un peu trop freiné dans l’expérimentation et l’apport original. A voir si le second tome s’émancipera un peu de la pièce.

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La divine amante

BD de Régis Hautière et Arnaud Poitevin
Rue de sèvres (2017), 54p. Série Les spectaculaires, en cours, 2 tomes parus.

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Pour le travail d’édition je renvoie à ma critique du premier album.

La célèbre actrice Sarah Bernhardt, « la divine », est victime de menaces de mort de la part d’un mystérieux personnage déguisé en Mante religieuse. Aussitôt les Spectaculaires sont appelés à la rescousse pour protéger la divine amante

Lorsque le premier tome des Spectaculaires était sorti je reconnais avoir été un peu déçu par le scénario et un esprit gagesque un peu timide. Et bien rassurez-vous, une fois n’est pas coutume, le second est bien meilleur!

On assiste au même syndrome que pas mal de films de super-héros dont l’installation au cours du premier opus est souvent laborieuse par peur de trop en lâcher. Ici, outre la galerie de bras-cassés désormais connue et le systèmes de gags récurrents (la morve de Félix, les « absences » de Pipolet), on a une structure narrative bien plus solide même si  elle reste très classique: une équipée de suspects potentiels part en voyage vers un lieu retiré en Bretagne, spectaculairest2trainpermettant tout un tas de scènes truculentes autour de tel duo ou de telle situation. Les nombreux affrontements avec la Mante sont tous plus poilants les uns que les autres et on savoure d’avance les prochaines rigolades que l’on voit venir aussi loin que l’horizon breton. Les scènes de voyage en mode « carte du trajet » rehaussée de dialogues super-clichés permettent même de balancer quelques piques au snobisme parisien face à une province « reculée et très typique« … On sent des auteurs beaucoup plus inspirés lâcher la bride d’une histoire sur des railles mais qui fait son office. Toujours une petite frustration cependant à ne voir que si peu les morceaux de bravoure des saltimbanques, leur jeunes cheffe étant la véritable héroïne de l’histoire.

spectaculairest2belleille-chateauOn est désormais en terrain familier, comme avec les Vieux Fourneaux, on sait pourquoi on aime les Spectaculaires et on est servis. Clou du spectacle Hautière et Poitevin nous refont en bouquet final le Cluedo à leur sauce et on en redemande. Enfin, contrairement au premier album, La Divine amante me semble lisible par un public relativement jeune, disons 8-10 ans.

2259_p11.jpgNiveau dessin Poitevin est dans la lignée du premier volume avec des personnages totalement cartoon (j’adore le nez péninsulaire de Pipolet, la face de lune de Sarah Bernhardt qui rappelle De Capes et de crocs et les sourcils ronds de Felix), un design général très drôle (les costumes sont totalement ridicules) et des couleurs pastelles fort agréables. En outre on sent déjà l’idée de faire évoluer ses personnages et leur aspect, ce qui serait une très bonne idée pour la suite.

Pour conclure, si j’étais un peu sur ma fin à la clôture du premier, ce second volume d’une série à lire en famille ma fortement remotivé et fait passer une bonne tranche de rigolade. En reprendre-vous avec moi?

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

Et l’avis de Moka (toujours elle) sur cet album.