****·Comics·La trouvaille du vendredi·Rétro

Star wars #2: épreuve de force sur Nar Shaddaa

La trouvaille+joaquim

BD Jason Aaron, Stuart Immonen et Simone Bianchi
Panini (2015), 120p., Contient les épisodes 7 à 12 de la série Star Wars de 2015.

 couv_280249

Après la bataille de Yavin qui conclut l’épisode IV: Un nouvel espoir, l’Empire est loin d’être déchu… Alors que les rebelles multiplient leurs opérations de sabotage, Luke rencontre Vador et tombe sur le journal d’Obi-wan Kenobi en cherchant le moyen de devenir un chevalier Jedi…

Star Wars 2015 Issue 11 | Read Star Wars 2015 Issue 11 comic online in high  quality. Read Full Comic online for free - Read comics online in high  quality .Très peu friand de l’exploitation infinie des grandes saga ciné sur tous les médias, je ne suis tombé sur ce second tome de la série tenue par Jason Aaron que du fait de la présence de Stuart Immonen aux dessins. Parfois l’industrie permet de petits miracles et lorsque l’on prend deux auteurs en pleine dynamique on aboutit à cette superbe aventure qui nous replonge directement dans le plaisir des visionnages de l’ancienne trilogie. Sorti en 2015 ce second tome d’une série détaillant les aventures des héros juste après la fin du premier film (l’Episode IV) se situe au milieu d’une créativité folle des deux auteurs qui voit sortir en quelques mois All-new X-men (les premiers volumes incroyablement dessinés par ImmonenAaron prenant la suite de Bendis après le volume quatre), le Massacreur de dieux ou Original sin.

En fait je ne parlerais pas tellement des dessins tant ils éclatent d’évidence, et si vous connaissez le talent du canadien sur sa meilleure période (sinon dépêchez-vous!!!) je n’aurais pas besoin de vous convaincre beaucoup qu’il est un des top 5 dessinateurs de comics en activité (et prochainement en gest de luxe sur la suite du Magic ordre de Mark Millar, prenant la suite d’Olivier Coipel). Non, ce qui enjoue dans cette lecture c’est cette capacité qu’a eu le scénariste à retrouver l’esprit des films, des personnages, aidé il est vrai par la technique d’Immonen à rendre très ressemblants les acteurs des films. Les expressions appuient les joutes verbales entre Leia et Solo alors qu’une troisième larronne (la « femme » de Solo!) entre dans la danse et que Luke… se jette dans les emmerdes tout seul et fleur au fusil. Business à usual!Star Wars: 6 New Planets Introduced by Marvel's Comics - Page 3

On pourra trouver que c’est fan-service, qu’il n’est pas difficile de reprendre des séquences devenues culturelles. Pourtant nombre ont essayé sans succès, en plagiant ou en perdant la fluidité des longs-métrages. Ainsi Aaron développe son cahier des charges avec un pas de côté. Il nous place un Hutt qui n’est pas Jabba, il casse le duo comique-amoureux Leïa-Solo en le renforçant dans de très drôles dialogues absurdes qui ne jouent pas tant sur Stuart Immonen – Star Wars #8 – Mat&CoMicsla nostalgie que sur la mécanique même des personnages. La naïveté de Luke aussi nous touche et dans sa quête d’une solution pour devenir Chevalier Jedi, bien avant que Ben lui indique d’aller chercher Yoda (dans le film l’Empire contre-attaque). L’auteur arrive ainsi très subtilement à insérer cette aventure intercalaire avec la prélogie et la mythologie Jedi qui était finalement assez peu présente dans les premiers films Star Wars. Les épisodes dessinés par Bianchi, très jolis également illustrent le Journal d’Obi-Wan Kenobi, qui raconte à Luke les années de surveillance sur Tatooïn. Alors que la série Disney abordant cette période s’apprête à débarquer sur les écrans il est amusant de voir qu’il y a presque dix ans Jason Aaron avait déjà proposé quelque chose de très intéressant. Cette alchimie se fait avec un grand naturel si bien que l’on termine cette histoire pleine d’action et d’humour avec l’impression d’avoir visionné un film perdu de la saga. Comme quoi tout n’est pas perdu pour les projets audiovisuels de Lucasfilm, pour peu que la boite recrute de bons scénaristes humbles et créatifs.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·Cinéma·La trouvaille du vendredi·Rétro

La Trouvaille du vendredi #9

La trouvaille+joaquim
 Last exile/Skyland

La thématique aérienne tombée par hasard sur cette semaine (lundi et mercredi) me donne envie de vous parler de deux Anime, l’un français et l’autre japonais. Deux perles de l’animation qui ont quelques années maintenant et qui ont l’immense mérite de plaire autant aux jeunes qu’aux adultes tant la qualité des scénarios, d’écritures mais bien évidemment aussi le graphisme sont parmi les plus élevés que j’ai vus dans une série d’animation.

 

Résultat de recherche d'images pour

Last Exile date de 2003 et est issu du prolifique studio Gonzo, spécialisé dans l’introduction d’animation 3D dans des dessins animés (technique aujourd’hui répandue grâce au « cell shading », technique qui permet d’appliquer des textures de dessin animé sur des formes 3D: on gagne en fluidité, souvent sur des objets mécaniques ou des décors, tout en gardant une cohérence graphique du dessin animé). Une suite (« Silver wings« ) a vu le jour en 2011 et hausse la qualité encore plus haut grâce à une évolution technique logique (dix ans d’écart) mais surtout par un univers et un scénario bien plus travaillés.

Résultat de recherche d'images pour "last exile trailer"

Le pitch est simple: dans un monde où les nations sont en guerre au travers de combats aériens chevaleresques dont tout le monde a oublié l’origine, un  jeune pilote de « vanship » (sortes de motos aériennes) et sa sœur partent à la recherche de l’Exile, mythique navire perdu qui pourrait mettre fin à tous les conflits…

Doté d’une direction artistique et d’une fluidité d’animation très au-dessus de la moyenne des anime de l’époque (et même d’aujourd’hui…), Last Exile parle aux enfants au travers du destin de ces deux orphelins et plus encore dans la seconde saison avec la famille de pirates qui tourne autour de l’héroïne et du thème de l’amitié, central dans Last Exile – Silver wings. Mais personnellement, outre le design général rétro-futuriste très appétant, c’est la dimension politique qui m’a fasciné, un peu sur la première mais Tags: Anime, Gonzo (Studio), Last Exile, Delphine Eraclea, Alex Rowe, Official Artsurtout sur la seconde saison: relativement décrochée chronologiquement de la première, elle suit les aventures d’une éternelle optimiste espiègle, Fan, super crack du pilotage et son amie d’enfance Gisé, prises avec son clan de pirates du ciel, dans une guerre de domination entre deux nations.

La réflexion (qui reprend certaines théories impérialistes napoléoniennes ou nazies de la pacification du monde par la conquête) est très intéressante et les enjeux de fidélité, de ce qui est bien et mal, des moyens pour parvenir à des buts politiques, sont passionnants et vraiment subtiles. Le méchant convainc autant par sa puissance que par ses paroles et personne n’est en mesure de contester ses objectifs finaux de paix universelle… L’esthétique générale est d’une innovation et d’une délicatesse folle (les textes sont écrits dans un alphabet empruntant au grec ancien) et les épisodes font tous référence à des coups d’échec. Ce sont des détails mais qui illustrent l’ambition de cohérence des auteurs.Résultat de recherche d'images pour "gonzo last exile"

Le côté fantastique est plus présent dans la première saison avec la Guilde, sortes d’elfes aux capacités physiques et technologiques beaucoup plus importantes que les humains et qui régit les affrontements comme arbitre des guerres. Beaucoup de choses sont laissées dans une semi-explication dans Last Exile, mais la qualité des personnages, l’originalité totale de l’univers en font une série à voir véritablement, si possible avec vos enfants, à partir de 8 ans (attention, un épisode un peu sanglant sur la fin de la première saison).

 

 

Skyland est due à un studio d’animation éphémère qui a produit cette série et le très bon film Renaissance avant de fermer boutique.

Résultat de recherche d'images pour

La série créée par Emmanuel Gorinstein, emprunte énormément à l’univers Star Wars et à la thématique d’Akira (les enfants mutants) mais parvient à créer un univers graphique innovant grâce à cette terre éclatée en milliers de « blocs » permettant de détailler une multitude d’ambiances et thématiques.

 

Résultat de recherche d'images pour "skyland art ship"

Mahad et Léna sont deux adolescents rebelles qui rejoignent un équipage de pirates-rebelles qui contestent l’autorité dictatoriale de la Sphère sur le Skyland. Léna est dotée de pouvoirs mentaux puissants et Mahad est un pilote hors paire. Ils vont partir à la recherche de leur mère emprisonnée dans la forteresse de Karzem et combattre le redoutable Ocelot…

La particularité de cette série (comme beaucoup d’animation TV de nos jours) est d’être intégralement en 3D avec capture de mouvement. Le studio à l’origine était spécialisé dans le jeu vidéo et a utilisé ses technologies pour créer des histoires. Ainsi le « cell shading » est encore plus appuyé que sur Skyland. Le principal défaut est sur les visages, non « capturés »… Si l’animation des personnages est excellente, les expressions sont ainsi un peu figées et on perd la liberté que propose l’animation traditionnelle comme sur Last Exile. En revanche le moteur 3D utilisé permet une gestion des ombres très esthétique. Avec des moyens limités d’une production TV on arrive à une fluidité et un dynamisme que seule permet l’animation par ordinateur.

Image associéeC’est bien l’univers créé qui fait la force de cette série française. La qualité des décors et la transposition d’une culture et d’un imaginaire français (le navire des pirates du ciel s’appelle Saint-Nazaire et l’un des épisodes voit les héros dans un Paris détruit par exemple) montrent que l’on sait proposer des créations universelles non américanisées ou japonisées. La référence appuyée aux Jedi et à Star Wars pourra en lasser certains mais c’est tellement assumé que l’on pourra plutôt parler de réinterprétation. Surtout, le design général des personnages, vaisseaux et surtout les décors, sont vraiment de très bon gout. Quand on prend de bonnes références on ne peut que produire du bon! Et si l’on compare justement cette série aux séries Star Wars animées en 3D, on est ici franchement au dessus sur tout les plans.

Résultat de recherche d'images pour "skyland art"

 

 

Ces des séries ayant passé la furie de l’actualité, on peut les trouver dans de très beaux et complets coffrets collector pour vraiment pas cher (environ 16€ pour chaque coffret). Une bonne occasion de se faire plaisir en découvrant des séries de très grande qualité.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

 

 

Cinéma·Graphismes

Jupiter et George Hull

Dans la fascination grandissante envers les films de SF et fantastiques, une grande part tient au design et à la créativité des artistes géniaux embauchés par troupeaux et qui créent des univers dans lesquels on se demande souvent après coup quel a été le rôle du réalisateur… Ces artistes la plupart du temps inconnus (comme du reste l’essentiel des techniciens) sont pourtant l’âme de ces films. Quelles qu’aient été les visions des réalisateurs de ces films, Alien n’existerait pas sans Giger, Star Wars sans Ralph McQuarrie, et Le Seigneur des anneaux sans Alan Lee et John Howe. Je me remémore la séquence des DVD Star Wars où George Lucas passe tamponner en quelques secondes les illustrations validées ou non sans un regard aux graphistes anxieux…ja_titus_open_fin5

Parmi les réalisateurs les plus inventifs de ces dernières années se trouvent les Wachowski, sans doute les plus grands apports à la SF depuis George Lucas. Si Matrix est entré dans l’imaginaire collectif, une incompréhension sur les volumes 2 et 3 a atténué l’aura de ces inventeurs d’univers auprès de la presse du du public. Leur film Cloud Atlas est significatif de cette gêne autour de leurs oeuvres, les critiques semblant désemparées au visionnage sans pour autant critiquer. Les visionnaires sont souvent victimes de tels problèmes.

set_titusdockjumperfront_fin5fJupiter Ascending (je vous dispense de son abominable titre français), leur dernier métrage, bien que victime de quelques difficultés de studio, est à ce titre au moins un chef d’œuvre graphique (je vous renvoie à la critique d’écran large, à laquelle je souscris, pour la partie cinéma) et est pour beaucoup sorti de l’univers de George Hull, designer ayant travaillé sur tous les films Wachowski mais aussi sur Star Wars, les Gardiens de la galaxie, Tree of life, Transformers et Blade Runner 2049 excusez du peu !

Le film est un maelstrom visuel presque exempt de faute de gout et150113_zerocoloreddrngv3_gh proposant une alchimie des arts culturels humains jamais vue depuis Star Wars (encore, oui, je sais). Du design des vaisseaux à la planète centrale qui parvient à se démarquer de Coruscand (pas simple pourtant), tout fascine dans les tableaux dessinés par Hull. Encore une fois, étant donné le fonctionnement artistique des Wachowski il est probable que beaucoup d’idées soient issues de leurs cerveaux, mais je vous laisse parcourir les différentes galeries de ce très grand designer (dont je n’ai malheureusement pas trouvé trace d’Art-Book) pour vous faire une idée de sa cohérence et de son style inimitable et original. Personnellement je ne me suis toujours pas remis des armures exo-angéliques…

Graphismes

Tout l’art de Star Wars – Le réveil de la Force

Phil Szostak

Huginn & Muninn (2015)

Bel Art-book reprenant telle quelle la version américaine (accessoirement indiquée à 25 USD alors que la version française est à 40€…). La confection est sans doute identique puisque imprimée aux Etats-Unis. A noter que contrairement aux Art-book des épisodes 1, 2 et 3 publiés chez Del Rey sur le même modèle, ici on change d’éditeur mais l’on  garde le même concept: genèse graphique d’un film (et de son environnement) avec présentation chronologique des explications et des illustrations. Le format est agréable (bien que pas évident à ranger, comme souvent pour les Art-book…), comporte une jaquette mais peut se ranger sans (la tranche du livre est imprimée). Ouvrage de bonne fabrication. Rien d’exceptionnel mais c’est du travail bien fait.

L’intérêt de ce livre est le même que celui des making-of des dvd: entrer dans le processus de création, fait de tâtonnement, de débats artistiques et créatifs sur les orientations et les idées lancées par les graphistes. L’enjeu majeur (à la fois pour le réalisateur J.J. Abrams et pour les illustrateurs) est de coller avec un univers graphique déjà bien installé (par les films mais aussi l’univers étendu) tout en prenant une certaine autonomie. L’évolution chronologique est sensible, les concepts de personnages principaux évoluent, changent de nom, puis sont validés par le réalisateur. Sur le plan créatif, ce livre est un régal tant il nous immerge dans une foule d’idées non retenues et de prémices à ce qui apparaîtra finalement à l’écran. Parfois une illustration prolonge fortement l’histoire elle-même et le livre n’est pas avare de légendes et explications.

Sur le plan graphique en revanche, du fait des techniques utilisées (et peut-être de la qualité des artistes eux-même…?) on est en deçà des Art-book des épisodes 1 et 3. Ces derniers faisaient déjà la part belle au speed-painting numérique, mais l’ensemble comportait une touche totalement ahurissante. Ici c’est plus sage et entièrement à l’ordinateur, avec un usage des textures plaquées (sans doute dans l’idée de photoréalisme à destination du réalisateur) d’un goût discutable. Il y a finalement peu de surprises par rapport à ce qui est vu à l’écran et la finesse des images laisse parfois à désirer. Surtout, malgré la présence de Doug Chiang aux commandes du département graphique (comme sur les précédents épisodes), pratiquement aucun dessin en technique traditionnelle. D’ailleurs, quand les précédents livres indiquaient la technique utilisée et le format, ici rien de tel, c’est significatif. Cela ne dérangera pas les fans de l’univers de George Lucas mais pourra rendre ce livre dispensable à ceux qui recherche avant tout un haut niveau graphique.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1