***·Manga·Numérique·Rapidos

Glaucos #2-4

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Manga de Akio Tanaka
Glénat (2006-2007) – Kodansha (2004), 220p./volumes, série finie en 4 tomes.

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  • Tome 2

badge numeriqueCissé est parti à la conquête du titre de meilleur apnéiste, mais confronté à la société occidentale et aux exigences que le corps médical lui impose son tempérament fougueux éclate. L’immersion est trop brutale pour quelqu’un qui n’était jamais sorti de son îlot… Alors que Haruka a identifié un phénomène d’hyper oxygénation du sang de Cissé lié à sa rate très particulière, le trio part bientôt pour le championnat du Japon où sa première confrontation en compétition va lui être offerte…

Sur une série très courte la progression dramatique est logiquement rapide et ce second tome se concentre sur les analyses médicales et sur la compétition où l’on retrouve la force des images du film Le Grand bleu. Le personnage de Cissé est un peu agaçant mais on se passionne pour ce milieu très particulier et les explications de l’auteur sur le fonctionnement biologique et psychologique de ce sport. On n’oublie pas un peu d’humour pour faire respirer les images avec quelques personnages dédiés au rôle comique.

  • Tome 3

Liste des critiques concernant Glaucosbadge numeriqueL’avant-dernier tome marque une rupture puisque apparaît enfin le « méchant », le champion du monde Petit qui a autrefois trahi son maître Claude. Après une initiation à la méditation Zen dans un monastère le héros va donc découvrir que la philosophie d’harmonie véhiculée par son mentor n’est pas partagée par tous et que Cissé a trouvé dans ce sport un moyen d’ascension sociale en gagnant beaucoup d’argent grâce aux sponsors. Dès 2004 l’auteur abordait donc la question aujourd’hui omniprésente du poids de l’argent dans le fonctionnement des sports… C’est donc un combat d’idées et d’approche de ce sport qui va clôturer le manga alors que Cissé organise une compétition privée destinée à montrer au monde qu’il est le roi… En maintenant une absence depuis le premier volume l’auteur a réussi à créer un personnage d’antagoniste très charismatique qui réussit parfaitement son entrée et titille notre curiosité pour savoir dans l’ultime tome si Cissé parviendra sans accident à vaincre et si les bribes d’idées fantastiques se matérialiseront ou resteront une mythologie en arrière-plan.

  • Tome 4

Glaucos Chapter 41 page 2badge numeriqueDernier tome surprenant et sous le tome d’un suspens auquel le mangaka ne nous avait pas habitué! Le volume commence par l’affrontement sous-marin avec Cissé parfaitement mené. On est … en apnée tout au long de cette descente quasi muette avec la crainte des deux amis de Cissé sur les risques physiologiques de cette course. Suite à cette plongée rien ne sera plus comme avant et la société Erebos va jeter son dévolu sur le prodige et en faire son cheval de course médiatique en le retirant de la protection de Claude et Haruka. On subit ainsi des sauts émotionnels et temporels assez brutaux mais maîtrisés dans cette critique sèche de la société du spectacle sportif où la santé des athlètes est bien peu de choses face à la communication et aux performances toujours plus loin… Cette très belle série s’achève dans une certaine mélancolie assez pessimiste après une dernière plongée où l’onirisme métaphysique rejoint le mythe saupoudré tout le long du manga en n’oubliant pas de rappeler les conséquences des essais nucléaires français dans le Pacifique. Une très jolie conclusion pour un beau manga.

****·BD·Nouveau !

Mécanique céleste

BD du mercredi
BD de Merwan
Dargaud (2019), 200 p., One-shot.

couv_373155Le volume est de format très large, presque carré et propose une grosse histoire d’un seul tenant de deux-cent pages, après un court prologue. Il s’agit de la onzième BD de Merwan Chabane. Titre au design rétro-futuriste avec vernis sélectif. L’ouvrage s’inscrit dans une petite collection d’albums SF d’auteurs lancée cette année par les éditions Dargaud. Rien de notable côté édition hormis le format généreux. Canal BD a en revanche sorti un Tirage de Tête grand format doté d’un cahier graphique.

2068, le monde d’après. La France a été ravagée par une guerre et une catastrophe nucléaire. Des communautés ont vu le jour dans de chaos où la Nature a repris ses droits. La petite Pan est une sorte de démocratie organisée en castes. Aster y est une hors caste au comportement étrange. Lorsque la puissante et technologique République de Fortuna arrive pour annexer ces agriculteurs il ne leur reste plus qu’à défier la Mécanique Céleste, jeu de balle représentant la destinée de tous…

Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"Il y a des ces albums qui inspirent la sympathie, sans doute celle dégagée par leur auteur. Il y a eu l’an dernier le formidable Il faut flinguer Ramirez de Pétrimaux, il y a cette année Mécanique Céleste. Contrairement à son comparse, Merwan a de la bouteille. Mais comme lui il vient de l’image animée, et cela se ressent tant ses planches dégagent une énergie folle. Dans une BD proposant un sport futuriste (pour ne pas se mentir, une simple balle au prisonnier) il y avait un vrai risque de scénario prétexte. Cela n’aurait pas forcément été grave tant la BD regorge d’albums totalement orientés action. Ayant fait ses armes sur d’autres scénarios en solo et en duo l’auteur formé aux arts décoratifs (c’est important, j’y reviens) intègre son histoire dans un monde vaste dont on ne saura que très peu. Une envie visuelle manifestement, de ces paysages urbains à moitié inondés, mangés par une végétation très à l’aise. Le premier quart de l’album voit les deux héros vaquer dans ces décors post-apo toujours fascinants mais qui ne font que semer des questions avant que ne commence véritablement l’histoire. Car des thèmes on sent que Merwan en a plein sa Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"besace sans forcément savoir jusqu’où pousser sans perturber son objectif. Des renaissances des sociétés à la dictature en passant par l’écologie, la liberté individuelle ou la famille, l’album est très bien équipé pour démarrer une saga SF… qu’il ne sera pas (ou pas tout de suite). On me souffle à l’oreillette qu’il y a matière à une suite…

La pagination gourmande est totalement justifiée par le style (rapide) de l’auteur et son envie d’action. C’est à ce moment que sa technique sans faille parle en nous laissant fascinés par une énergie totalement à propos, empruntée autant au manga qu’à l’animation (comme ses copains Vivès, Gatignol, Sanlaville,… au style proche). Comme d’autres auteurs formés aux Arts déco (Lauffray, Corentin Rouge) on sent autant une envie de design que la capacité à Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"s’extraire des nécessités de réalisme par une maîtrise redoutable des anatomies, mouvement et perspectives. Ainsi ces traits épurés dans le style de l’animation et ces jeux permanents de caméra, d’expressions, de torsions. C’est particulièrement marquant quand on réalise que l’album ne comporte quasi aucune des ligne de vitesse que le Manga a inventées et qui semblait le passage obligé pour faire bouger les cases. Sur Mécanique Céleste Merwan travaille à l’ancienne, probablement sans aucun travail numérique et quel plaisir que de retrouver à la fois l’imparfait du dessin « à la main » et la précision de la BD moderne.

Je parlais de sympathie car si on le regarde à froid cet album, hormis sa technique, aurait pu être banal. Une histoire sportive assez classique, des personnages archétypaux… saut que tout dans cet album respire l’envie de faire plaisir et de se faire plaisir. Comme l’album de Pétrimaux donc, on nage souvent en plein WTF, avec designs Résultat de recherche d'images pour "mécanique céleste merwan"à la cons (un petit fétichisme de l’auteur pour les bottes de pluie? ce n’est finalement pas pire que les aspirateurs…), des dialogues cinglants et des personnages presque tous débiles. Dans cette histoire improbable il fallait jouer de l’humour et l’on ne sait jamais si ce sont les gestuelles (on imagine des heures passées à décortiquer Buster Keaton et Chaplin) ou les dialogues qui nous font le plus sourire…

J’ai toujours pensé que la franco-belge avait quelque chose en plus par rapport au Manga et au comics. Sans doute cette liberté artistique que les deux autres industries ne permettent plus guère. Et ce genre d’album fait plaisir en rappelant que nous avons tout plein d’auteurs moins médiatisés mais tout aussi talentueux que des Jung-Gi Kim, des Immonen ou des Gamon Sakurai. Je ne sais pas encore s’il s’agit de l’album de l’année mais c’est sans aucun doute celui qui donne le plus la patate!

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****·Cinéma·Manga·Nouveau !

Visionnage: Alita, Battle angel

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Comme beaucoup j’étais très sceptique à la sortie de cette adaptation du célèbre manga Gunm (l’un des premiers sortis en France par Glénat dans les années 1990, à l’époque d’Akira, Appleseed et autres Dragonball) tant, de mémoire, aucune adaptation live de manga n’a jamais été faite suffisamment sérieusement pour mériter un visionnage. Les noms de Robert Rodriguez et de James Cameron à la production ne suffisaient pas pour justifier une adaptation réussie et le débat sur les yeux surdimensionnésyeux surdimensionnés de l’héroïne à la sortie n’ont pas aidé à donner plus envie que cela.

Résultat de recherche d'images pour "alita battle angel movie concept art"Pour rappel, le manga Gunm (intitulé Alita, Battle Angel aux Etats-Unis) se déroule sur trois séries: Gunm, Last Order et Mars Chronicles. Le film de Rodriguez, en développant assez largement le background (bien plus que le premier manga il me semble) semble vouloir s’orienter vers une saga reprenant l’univers global de la BD et c’est la première bonne nouvelle. Le manga d’origine proposait une version très trash de Rollerball en mode cyberpunk avec des cyborg dans un univers où la limite entre robot et humain est bien faible et où toute morale organique a disparu. L’ambiance glaçante du manga se retrouve étonnamment dans ce film grand public où les deux auteurs (réalisateur et producteur) ont recherché une grande fidélité avec le matériau d’origine en aucunement une transposition dans des codes susceptibles de plaire au public nord-américain.Image associée C’est la second réussite du film. Si l’on reste sur l’intrigue du premier arc avec ce tronc semi-humain reconstruit par le professeur Edo, génie de la robotique et déchu de la cité haute de Zalem, et qui devient la plus redoutable des chasseuse de prime et joueuse de Motorball. La quantité de sujets issus plus ou moins directement du manga est impressionnante pour un film d’action et la gestion du rythme est à ce titre assez impressionnante, en parvenant sans ennui, sans ventre mou, à lier l’ensemble, sans frustration et avec une grosse envie de découvrir plus. La troisième réussite du film est de dépasser visuellement le manga (je n’ai personnellement jamais accroché avec le style du mangaka) avec un univers, certes tout à fait numérique, cohérent, un jeu des acteurs convaincants et une tension dramatique qui n’a pas l’artificialité de beaucoup de films à images de synthèses. Pour un métrage porté par une actrice numérique c’est un sacré succès et une nouvelle preuve que WETA est la meilleure compagne d’effets spéciaux du monde.

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Le box-office a très logiquement abouti à un semi échec directement issu de cette ambition artistique: les américains ont boudé le film, le reste du monde s’est laissé tenter. Les journalistes cinéma envisagent difficilement une suite facilement négociée avec les studios mais plutôt une possibilité selon les envies de James Cameron (qui porte le projet depuis de très nombreuses années) après le pactole que ne manqueront pas de rapporter les suites d’Avatar. On ne peut donc qu’attendre avec frustration tant personne n’attendait rien de ce projet et tant ce film a montré qu’avec de la passion et un respect créatif (contrairement à la citation qu’a été le Ghost in the shell de Rupert Sanders) une adaptation de manga est possible. Sachant qu’un certain Akira est en production…

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****·East & West·Manga

Ascension

East and west

Manga de Shin’ichi Sakamoto (dessin) et Yoshio Nabeta (scénario)
Editions Delcourt (2008-2011)17 volumes .

113598_cCe manga de taille raisonnable est édité en France par la collection Manga de Delcourt. La qualité reste celle du manga (pour le prix du manga…) mais la BD est agrémentée dans chaque volumes de cahiers vraiment intéressants puisqu’ils consistent en un lexique de termes d’escalade et d’une interview d’un alpiniste japonais chevronné. L’intérêt de ce manga résidant justement dans sa fidèle description de l’univers de l’alpinisme, pour le coup c’est du bonus qui ne fait pas gadget comme souvent chez les éditeurs de manga. Sinon, le découpage du dessinateur étant assez aéré, l’on a une impression d’espace fort agréable lorsqu’on lit les aventures de Buntaro Mori.

Ascension est un Seinen et prends pour point de départ la découverte de l’escalade par un lycéen solitaire et la révélation qu’elle lui procure. Mori a un don pour l’escalade et l’on va très vite quitter l’univers du lycée pour celui, adulte et professionnel, de l’alpinisme, avec son esprit de compétition et de dépassement de soi. Le récit décrit l’évolution psychologique de ce garçon aux capacités exceptionnelles et ses difficultés à entrer dans le monde des adultes.

kokou_no_hito_2182375Ma connaissance des manga reste basée sur les grands chefs-d’œuvre de Masamune Shirow et Kastuhiro Otomo et je découvre progressivement les bonnes séries qui se rapprochent des habitudes du lecteur  de BD franco-belge. La plupart des Manga sont l’œuvre d’un seul auteur et le fait qu’Ascension soit une adaptation littéraire et créé par un duo scénariste-illustrateur n’est sans doute pas pour rien dans l’attrait de la série. S’il est certain que le trait de Shin’ichi Sakamoto est particulier, à la fois terriblement élégant et parfois très dur dans les élans fantasmagoriques que l’on peut également trouver dans sa série sur la révolution française, l’intérêt principal réside dans la précision chirurgicale de l’univers des grimpeurs. Le trait est extrêmement technique sur les très nombreuses cases présentant du matériel de montagne. Les visages androgynes sont plus coutumiers des manga et donnent un côté exotique à une histoire qui aurait parfaitement pu être racontée depuis l’Europe.

477549kokounohito2228781Cette série est une véritable découverte, à la fois graphique et scénaristique. La France est le second marché du Manga et il faut en profiter vue la richesse et la variété de ce qui est disponible. Ascension est une vraie bonne série (l’un des meilleurs manga que j’ai lu) qui dépasse largement la BD de consommation que l’on trouve dans pas mal de manga.

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Fiche BDphile

 

BD

Un maillot pour l’Algérie

Javi Rey, Bertrand Galic, Kris
Dupuis – Aire Libre (2016)

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Bel album de 118 pages (+16 pages de documentation sur Rachid Mekhloufi, les autres footballeurs ayant participé à cette aventure et la création de l’album), comme toujours de très belle facture chez Aire Libre. Cette collection a adopté le format idéal pour la BD, solide, aéré, avec papier de qualité et impression précise. Seuls les croquis du cahier final sont issus de scans un peu légers. L’album est par ailleurs disponible sur la plateforme Iznéo. Un tirage de tête encore plus riche a été édité.

En 1958, en pleine guerre d’Algérie que la France ne veut pas reconnaître comme une véritable guerre, le FLN monte une équipe nationale de football composée des meilleurs joueurs algériens de première division française, certains pressentis pour participer à ce qui sera l’épopée au mondial suédois de Just Fontaine. Cette équipe de fortes têtes part en tournée et apprend à jouer pour son pays, entre rivalités de « danseuses » et fierté nationale.

Fort chroniqué par la presse spécialisée et généraliste, « Un maillot pour l’Algérie » a reçu la publicité qu’il méritait, tant il s’agit d’une BD complète, comportant bien peu de défauts. Le dessin, d’une première approche un peu grossière, est au final très élégant, rappelant par bien des côtés le trait et la mise en couleur de Sylvain Vallée sur « Il était une fois en France« . La maîtrise du dynamisme dans les séquences de football apporte une touche d’action qui aère un récit un peu haché (parce qu’il parcourt les années rapidement) et son pendant dialogué sur les discussions souvent drôles entre les membres de l’équipe accroche l’attention du lecteur. L’on s’intéresse autant au contexte qu’à ces personnages attachants et pleins de caractères. Le principal regret est le choix vraisemblablement délibéré de laisser la grande Histoire un peu de côté pour générer un récit finalement assez intimiste, une sorte de « yeux dans les bleus » format BD. On y perd un peu de la dimension historique ce que l’on y gagne probablement en légèreté.

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Fiche BDphile