BD·Guide de lecture·Nouveau !·Service Presse

Midnight Tales #1 et #2

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2018), 2 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

couv_331599couv_346512

Ankama fait partie des éditeurs que j’aime bien car ils soignent leurs productions et lancent des projets originaux, même si je n’accroche pas avec toutes leurs publications. On a donc ici de gros volumes au format comics et papier épais non glacé, une table des matières, couverture à rabats et bibliographie pour aller plus loin. La maquette est très sympa et donne envie avec une alternance de courtes BD, de nouvelles et de textes documentaires ou pseudo-journalistiques qui participent grandement à la matière de cet univers, comme sur le Chateau des Etoiles par exemple. Une bibliographie est insérée sur le rabat à la fin des ouvrages. Hormis deux-trois pages avec un problème de chevauchement d’impression des textes (à moins que ce soit fait exprès pour l’ambiance trouble?) c’est nickel et mérite un Calvin pour l’édition.

Depuis la nuit des temps l’Ordre de Minuit rassemble les sorcières sur la planètes pour protéger notre réalité des puissances d’entre les mondes, ce qu’on appelle les esprits ou démons. En différents points du globe ces jeunes filles voient se chevaucher leurs vies personnelles, leurs difficultés et les dangers de leurs missions de protectrices. Ce sont les chroniques de l’Ordre qui vous sont relatées ici.

Chaque volume rassemble l’équipe du Label 619 dans un ensemble de BD et de contenu hétéroclite fidèle à ce que propose Ankama depuis quelques temps avec Doggy Bags et Gorcery par exemple. Le projet est chapeauté par Mathieu Bablet (qui produit presque tous les scénarii) en visant à développer un univers global autour de cette confrérie et du monde parallèle. L’originalité du projet, outre de rassembler textes et BD est de s’intéresser à des questions sociétales en différents points du monde et d’aborder les sorcières via leurs problèmes humains. Les personnages étant essentiellement des filles le focus est mis sur la perception féminine, les relations mères-filles, l’enfantement, etc. Je constate d’ailleurs que beaucoup de publications du label 619 semblent adopter ce point de vue féminin.

C’est orienté jeunes adultes et c’est particulièrement bien écrit! La maturité créative de ces jeunes auteurs est assez impressionnante, quand aux dessins si quelques cadors mettent le curseur très haut, l’ensemble est plus qu’honnête. Je ne suis pas forcément féru d’ouvrages multi-auteurs mais j’ai été totalement conquis pas le projet, son ambition et le sérieux de sa réalisation.

  • Volume 1

Le volume comprend quatre histoires de fantômes liées à l’Ordre de Minuit, une nouvelle et des articles traitant des femmes en Inde, des mythes des cités englouties, d’un type de fantôme et des sources historiques de la magie.

The last dance: la première histoire relate les aventures d’un groupe de jeunes lycéennes en proie aux problèmes de leur âge alors qu’un Esprit annonciateur de malheurs apparaît. Le dessin de Guillaume Singelin, de type manga, est très propre, dynamique et efficace. On entre bien dans ce monde de spirit slayers.

Samsara: la seconde, dessinée par Sourya voit une équipe de sorcières indiennes accompagner les âmes des morts vers leur dernier voyage. Je ne suis pas passionné pas la société indienne et suis un peu resté en retrait, même si la variation orientale des démons reste originale.

  • Nightmare from the shore: Mathieu Bablet seul aux commandes nous propose un petit apocalypse autour d’un couple d’amies un peu perturbées par leurs conditions sociales et qui passent un pacte avec un démon sorti des eaux… pour le pire. Toujours ces fascinantes pérégrinations urbaines décadentes dont il a le secret.

  • Devil’s garden #1: enfin Gax nous raconte l’histoire de la fille du Diable, Lilith, sur le point de rejoindre son géniteur alors qu’un chevalier de l’Ordre surgit pour empêcher la catastrophe. Très bonne ouverture de l’univers fantastique, un peu brouillon visuellement (l’esprit graph du Label 619, on aime ou pas) mais qui dessine de très bonnes perspectives.

  • Volume 2

Midnight-tales-volume-2-ankama-extraitWitch O’Winchester: histoire de maison hantée dessinée par le génial Florent Maudoux, la première BD du recueil nous raconte la chronique de la veuve de la famille Winchester (la carabine) contrainte de bâtir une maison tentaculaire si elle ne veut pas mourir. C’est très beau comme d’habitude même si l’on aurait aimé en savoir plus sur cette jeune guide membre de l’Ordre.

  • L’étrange cas de M. Bartholomew: des sorcières égyptiennes sont contactées par un riche occidental envoûté et rendu minuscule. L’histoire est un peu anecdotique et permet surtout de parler de la mythologie égyptienne, du monde des morts et de l’histoire coloniale de l’Egypte.

L’amulette: retour de Bablet tout seul pour une assez courte histoire qui donne lieu à quelques fascinantes visions de l’autre monde. Trop court pour être vraiment marquant mais cela permet d’introduire le plus intéressant article depuis le lancement de la série, celui sur la Society for Psychical Research.

Image Devil’s garden #2: la suite du précédent, dessiné cette fois par Mathilde Kitteh, nous présente une Midnight girl Thaï extrêmement puissante et qui ne parvient à contrôler son pouvoir qu’en s’épuisant dans les drogues et l’activité. Elle se retrouve contrainte de cohabiter avec l’âme de l’une de ses victimes avant l’intervention de l’Ordre. La séquence est un peu redondante mais permet de développer un peu le background de l’Ordre de Minuit.

Le volume s’achève sur une passionnante réflexion sur le passage des esprits à la religion et de la religion à la science dans l’Égypte antique.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

 

Publicités
Comics·East & West·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Sushi et Baggles #8

esat-west

Talli, fille de la lune #1 (service presse)

Couverture de Talli, Fille de la Lune -1- Tome 1

Sorti début 2018, ce nouveau manga français d’Ankama est dû à l’auteur Sourya qui a déjà officié sur d’autres albums de l’éditeur (la série spin-off de Freak’s Squeele « Rouge » notamment). C’est là son premier album en solo et je dois dire que dans cette histoire de fantasy relativement classique il s’en sort très bien que ce soit niveau dessin ou scénario. Le style graphique rappelle un peu l’école Miazaky et le design des personnages est plutôt réussi (hormis, chose étonnante… Talli, le personnage principal qui est étrangement hautain et peu sympathique, c’est peut-être volontaire, nous verrons par la suite…). Sans être dans le virtuose, on a un dessin plus que correcte et des personnages typiques du genre manga (le jeune rappelle pas mal le héros de Radiant). Nous suivons donc Talli et son chevalier servant, pourchassés par une horde de guerriers redoutables. Ce premier volume prend donc l’apparence d’une course-poursuite, d’une fuite de l’héroïne et ses amis de circonstance, un bandit repenti et son mystérieux compagnon, aussi mutique que rapide et redoutable au combat à l’épée. La progression dramatique est très carrée, régulière et nous fait découvrir ce monde mythologique en même temps que les différents groupes de personnages qui vont interagir avec les héros, laissant envisager un background assez touffu. L’auteur indique dès le début qu’il a souhaité dans ce manga reprendre les thèmes et structure des RPG des consoles de jeux japonais. On aura donc droit à des chevaliers, magiciens et monstres. Ce volume se clôt avec des révélations alléchantes qui donnent envie de lire la suite.

Talli est une bonne découverte et pour le petit lecteur de manga que je suis je dirais qu’on est dans la lignée d’un Radiant, à savoir un manga de grande qualité sur une base classique japonaise mais réintégré à la culture et aux codes européens.

 

Bloodshot Salvation #2

J’aime bien le personnage de Bloodshot et la lecture du Salvation #1 était une très bonne surprise, avec des dessins vraiment chouettes pour les deux illustrateurs et une intrigue simple mais efficace avec une thématique originale collant à l’actualité sociétale américaine.

Et bien ce volume qui conclut cet arc est une déception… D’abord graphiquement, seul Renato Guedes qui avait proposé parmi les plus belles planches du magnifique X-O Manowar #2 s’en sort dans le début de l’histoire (chacun des deux volumes a un duo de dessinateur différents). Je précise que ma lecture sur fichier numérique était d’assez basse résolution et j’espère que l’édition papier est nickelle comme tout ce qu’a produit Bliss jusqu’ici. Les pages de Doug Braithwaite sont assez banales et correspondent scénaristiquement à des grosses facilités type « Shadowman survient d’un portail au dernier moment pour sauver tout le monde » et la linéarité de l’histoire est étonnante (le Baron samedi n’est décidément pas très coriace pour un seigneur de la mort!). Seul l’épisode en 1916 sur l’histoire de Bloodhound (le chien aux nanites) apporte un peu à ce volume bien faible. L’idée familiale était très bonne et se dilue ici avec la disparition de toute tension dramatique. Salvation aurait pu être un one shot tant on navigue ici entre redites et soupçon de scénario. Vraiment dommage, pour ma part je vais de ce pas retourner sur Reborn pour comprendre enfin ce que sont ces Bloodshot russe, noir et GI…

 

Ninjak #4

Très bonne surprise que ce Ninjak tome 4 dans une série assez irrégulière malgré une structure globale intéressante (l’alternance « dossiers secrets » sur le passé de l’espion et intrigues principales). D’abord le dessin monte d’un cran, mais surtout, on a clairement l’histoire la plus intéressante par-ce que dramatique: Colin voit tout son univers détruit et devient du jour au lendemain un paria… Or jamais les héros ne sont aussi bons que quand ils sont malmenés. En outre la super-méchante Raku est de loin la plus réussie de cette série. Les bad-guys des 7 lames au design un peu foireux (je pense au Fakir avec lequel j’ai vraiment du mal) disparaissent et on ne nous parle pas de magie ni de monde des morts. On revient à la couenne de l’espionnage et c’est plutôt réussi. A noter que le titre est trompeur puisque contrairement au siège du manoir Wayne dans la Cour des Hiboux, ici le King Castle est rasé dès les premières planches et c’est surtout la recherche par Ninjak de son adversaire qui nous intéressera avec de nombreuses révélations sur son passé, et pas des moindres. Le meilleur album Ninjak jusqu’ici.

Ninjak #5

Pour clôturer la première série Ninjak (pas très vieille, le dernier épisode est sorti en 2017), ce volume comprend deux histoires: d’abord la traque un peu étrange d’un vieux Ninjak associé au Guerrier Eternel et qui se retrouvent dans des dimensions parallèles, ensuite la conclusion de la saga Roku avec la formation par la sœur de Darque (le grand méchant de Shadowman) d’un commando destiné à assassiner son frère. Graphiquement le volume est bon de bout en bout, y compris sur les Dossiers secrets, on est sans doute au top de la série Ninjak question dessins. Pour l’intrigue, même remarque que sur les tomes précédents, c’est un peu chaotique avec à la fois une trame générale autour de Roku et les 7 lames mais l’impression d’un manque de continuité avec des histoires relativement insignifiantes. Heureusement les personnages sont plutôt réussis, à commencer par Ninjak et Roku dont la relation, plus complexe qu’il n’y paraît ajoute ici une tension que l’on n’avait pas vu depuis le premier volume. La présence de la magie reste cependant de trop selon moi. Bref, un dernier volume qui se lit très bien mais ne laissera pas une empreinte impérissable. Et il débouche directement sur le très bon Rapture, avant un relaunch très prochain de Ninja-K (à paraître en français en avril).