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Les Chroniques d’Under York #3: Confrontations

La BD!

Troisième tome de la série écrite par Sylvain Runberg et dessinée par Mirka Andolfo. Parution le 08/07/2020 aux éditions Glénat.

Un ver dans la Grosse Pomme

Conclusion de la bataille qui oppose le démon babylonien Marduk aux sorciers de l’Under York, ce microcosme souterrain ancré dans les fondations de la Grosse Pomme. 

Allison Walker, qui s’était imposé l’exil à la surface pour ne pas avoir à subir le joug de sa famille, a remis le couvert et s’est lancée, accompagnée de son frère Bayard, dans une mission dangereuse visant à stopper le démon avant qu’il ne s’empare de la ville. 

Alors que les deux précédents tomes abordaient habilement les thèmes de l’acceptation de soi et de l’empowerment féminin, grâce à une habile prémisse, ce troisième volume se concentre sur la conclusion du récit, avec en base thématique le sacrifice. 

Car en magie, on le sait, tout est question d’équilibre et de prix à payer. Le souci qui s’impose toutefois ici, et qui pointait déjà le bout de son nez dans l’album précédent, est que ces règles ne sont peu ou pas expliquées par l’auteur. Bien qu’implicites, elles  auraient gagné à être rappelées dans le cadre du récit, qui aurait ainsi gagné en puissance et en cohérence lors de sa conclusion. 

A la lecture de Confrontations, on est vite submergé par une sensation de hâte, voire de lassitude, que l’on imagine partagée par l’auteur, qui s’empresse d’enchaîner les événements, comme pour franchir enfin la ligne d’arrivée. Les sorciers parviennent à leurs fins, certes, mais de façon mécanique et sans grand intérêt, étant donné le système de « magie douce » qui rend tous les affrontements superfétatoires.

Il aurait été bien plus intéressant qu’Allison et Bayard formulent un plan durant le deuxième tome, grâce à une connaissance acquise chèrement, puis que ce plan, ô surprise, ne survive pas au contact de Marduk, qui au lieu d’assister passivement à la vampirisation du NYPD à la façon d’un rentier qui surveille narquoisement son cash flow mensuel, aurait justement œuvré pour éviter de revivre la même défaite que jadis.

Ceci aurait forcé Allison, Bayard et les autres sorciers à puiser en eux-mêmes pour vaincre le démon en usant d’un autre procédé et le sacrifice final n’en aurait été que plus fort. Une telle articulation, pourtant pas si savante, aurait dynamisé ce troisième acte quelque peu brouillon. 

Le dessin de Mirka Andolfo n’est ici pas en cause, puisqu’il reste dynamique et d’agréable facture, comme pour les deux précédents tomes. Les Chroniques d’Under York se terminent donc par une fausse note, la dysharmonie est d’autant plus forte que la série débutait très bien. 

Gageons que le scénariste Sylvain Runberg a raté cet album, occupé qu’il doit être à confectionner le prochain Wonder Woman avec Miki Montllo… 

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Peau de Mille Bêtes

Histoire complète en 120 pages, écrite et dessinée par Stéphane Fert. Parution aux éditions Delcourt le 27/03/2019. 

TRENTE MILLIONS D’AMIS

Quelques part dans une immense forêt, un jeune homme erre, hagard. Cette frêle silhouette qui déambule entre les arbres et celle du Prince, qui cherche désespérément sa princesse perdue dans la brume sylvestre. Après une périlleuse rencontre avec des monstres, le Prince fait l’hasardeuse rencontre d’une sor-euh, d’une fée, qui lui propose assez malicieusement de l’aider à retrouver l’élue de son cœur. Pour cela, le Prince devra remonter aux origines d’un conte oublié de tous, et traverser des épreuves dont il ne sera pas toujours le protagoniste. 

Des années auparavant, Belle fuit son village, lassée des pressions constantes des hommes voulant la posséder grâce aux épousailles. En chemin, Belle rencontra le Roi Lucane, créature magique régnant seul sur la forêt et sa faune. Belle devint ainsi reine de la forêt, et de cette union naquit Ronces, un impétueuse petite princesse que son père au caractère ombrageux exila parmi les animaux sous prétexte de contribuer à son éducation. 

ŒDIPE DANS TOUS SES ÉTATS

Malheureusement, si le temps n’a pas de prise sur le Roi Lucane, il en a sur Belle, qui finit par souffrir des outrages du temps avant de disparaître. Avant, elle fit promettre à son époux éploré de veiller sur leur fille, mais le monarque rendu fou par la douleur eut une façon bien à lui d’interpréter ces dernières volontés. Rendu fou par la douleur et le chagrin, Lucane finit par se persuader qu’il était dans son devoir d’épouser Ronces, seule femme à être à la hauteur de la beauté de sa défunte reine. 

Toutefois, la princesse Ronces, qui était devenue une femme indépendante depuis le temps, avait ses propres ambitions, et avait fait la rencontre d’un petit prince chétif qui venait de lui faire découvrir un étrange sentiment: l’Amour…

Ulcéré par cette trahison, Lucane usa alors de sa magie pour maudire sa fille et l’emprisonner dans une gangue faite des peaux de tous les animaux qui avaient veillé sur elle étant petite. Désormais recouverte d’une peau de mille bêtes, Ronces serait amenée à dévorer tout homme tentant de s’approcher d’elle. Le Prince, peu taillé pour les exploits mais mu par une témérité forgée par l’amour, va devoir ruser pour approcher sa belle princesse et la délivrer enfin de sa triste condition. 

Vous concèderez que l’on fait tous des erreurs. La mienne fut de passer à côté de cet ouvrage, paru il y a déjà un an et demi. Stéphane Fert nous offre un album magnifique, dans la veine de son précédent Morgane, où il officiait en tant que dessinateur. Ici auteur complet, Fert s’inspire librement d’un conte des frères Grimm en y ajoutant sa patte personnelle, et accouche d’une histoire tantôt cruelle, tantôt délicate, à la beauté indéniable, et dont les personnages, qui se conçoivent à rebours des archétypes habituels du genre, sont très réussis. En effet, il fut extrêmement plaisant de voir évoluer la princesse Ronces, femme statuesque et forte, loin des frêles ossatures des princesses-objets, au côté d’un prince pas vaillant mais astucieux. 

L’antagoniste, le Roi Lucane, commençait lui aussi fort bien, grâce au tragique de sa situation, mais l’on peut déplorer son glissement progressif vers un rôle plus archétypal de méchant. 

Cela n’enlève cependant rien au plaisir de lire ce Peau de Mille Bêtes, une vraie réussite d’un auteur en pleine ascension !

***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

The storyteller: Sorcières

Rufus Stewart

Cette rubrique vous présente un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique.

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Anthologie de légendes
Kinaye (2019) – Boom Studio (2016), 126 p. couleur.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

couv_376333Comme pour le précédent de la collection, l’ouvrage comporte quatre histoires avec pour chacune une bio et une page d’intentions des auteurs et la couverture originale. En matière de bonus, comme très souvent dans les comics, on est bien plus maigre que sur le premier tome, avec seulement quelques planches noir et blanc. Ici ce n’est pas trop gênant du fait de l’explication systématique des auteurs en début d’histoire.

C’est la semaine Halloween Talia et on va donc parler de sorcières! Peux-tu me dire en deux mots ce que tu as retenu de ce nouveau Storyteller par rapport à celui dédié aux dragons?

Dans les deux albums on a quatre histoires de différentes régions du monde et d’époques différentes. Sur cet album il y a deux histoires avec des formats particuliers, avec des textes dans les images et une où les pages sont inclinées par rapport à la lecture habituelle.

Justement les formats des quatre histoires sont très originaux. Peux-tu m’en parler?

Résultat de recherche d'images pour "storyteller sorcières"La première histoire n’est pas vraiment une BD, c’est plus un conte. Le texte est très différent, il suit la trace du dessin, nous oblige parfois à tourner le livre. La police est aussi très différente, elle est dessinée et peut changer à chaque mots. J’ai bien aimé ces pages…

Visuellement laquelle des histoires as-tu préféré? Et par rapport aux dessins du Storyteller: Dragons?

La première et la quatrième pour les dessins et la manière de raconter l’histoire. La dernière aussi est bien dessinée même si certains personnages le sont moins, peut-être volontairement pour les rendre méchants. La dernière m’a fait penser à l’histoire matriochka et aux contes russes.

Et les sorcières, finalement sont-elles méchantes ou gentilles? Quelle relation ont-elles avec les humains?

Dans la plupart on croit qu’elles sont méchantes et en fait ont des raisons. Seule Baba-Yaga est totalement méchante et ne pense qu’à elle. Elles sont souvent amoureuses d’un humain.

Il y a pas mal de références à des mythes, des films et personnages des contes. En as-tu reconnu certains?

La Baba-Yaga et Cendrillon dans la quatrième histoire. Il y a le Maître des brumes de Tomi Ungerer aussi sur l’histoire de l’Ile et la légende de Tir Na Nog.

Pour finir je me demande si finalement dans cet album les sorcières ne sont pas plus des représentantes de la Nature que des êtres maléfiques?

Oui c’est vrai. La sorcière des neiges fait venir le froid et les tempêtes et les humains n’y sont pas adaptés. Le seigneur de la forêt veut protéger la foret des humains. A l’inverse dans l’histoire de l’île fantôme elles ont besoin de l’humain et ses histoires pour reconstruire leurs cités.


Voilà pour le retour de la choupette… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

  • L’oie magique et le maître de la forêt:

Cette première histoire est un peu particulière puisqu’elle adopte plus la forme du conte jeunesse illustré que de la BD. S’il y a bien quelques bulles, l’essentiel du travail de l’auteur porte sur une mise en page et en texte impressionnants. J’aime toujours quand le texte prends une dimension graphique dans les BD et c’est absolument le cas ici (…on pense d’ailleurs au boulot qu’a dû représenter la traduction d’un tel album!). Si les dessins sont superbes, l’histoire de cette princesse protégeant son frère d’une sorcière avec en fonds le conflit entre civilisation humaine destructrice de la Nature et peuple magique des forêts est un peu alambiquée avec une continuité logique parfois difficile à suivre. C’est dommage car cela risque d’être un peu compliqué pour de jeunes lecteurs. L’univers enfantin et du conte sont en revanche parfaitement rendus, avec une mention spéciale pour le design du roi de la forêt!

  • La sorcière des neiges:

Format très original à nouveau avec une histoire en format à l’italienne avec un aspect estampes puisque cela se passe au japon. J’ai bien aimé le dessin et le thème de l’amour impossible entre humain et être surnaturel. L’histoire la plus solide et intéressante.

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  • L’Ile fantôme:

Je crains pas mal ce genre de dessins aux traits épais… Hormis cela l’histoire de cet Résultat de recherche d'images pour "storyteller sorcières"homme arrivé sur l’île d’Avalon, hors du temps, et du pouvoir de l’imaginaire humain pour construire la réalité de cet endroit (thème qui rejoint le concept global du Petit peuple vivant de l’imaginaire) est plutôt intéressante et parlera sans difficulté aux enfants. Probablement l’histoire la plus exotique du recueil, qui peut ouvrir les jeunes sur les mythes celtiques.

  • Vassilia la belle:

Une variation sur le mythe de la sorcière Baba-Yaga, ici une affreuse exploiteuse un peu bête, dans une histoire mélangée avec la jeune fille maltraitée par sa belle-mère et ses filles. Des concepts connus des enfants et faciles à lire donc. On perd un peu le côté Nature et Sorcière mais les dessins sont très sympa et le personnage de Baba-Yaga est toujours sympa à voir.


Globalement j’ai préféré ce recueil à celui des dragons. Peut-être plus simple d’approche pour les jeunes et graphiquement un ton au-dessus.

A partir de 8 ans

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