****·BD·Nouveau !·Rapidos

Tenebreuse #2/2

La BD!
BD de Hubert et Vincent Mallié
Dupuis (Air- Libre) (2022), 69p., 2/2 volumes parus.

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Isla est apparue sous sa forme monstrueuse à Arzhur et au monde. Obligés de fuir, les deux parias se retrouvent seuls dans une nature hostile. Que vont-ils faire, eux qui ne se connaissent même pas? Retourner sur les terres de la famille du chevalier? Peut-être. Au risque de devoir affronter un passé qu’il souhaiterait oublier, alors qu’une attirance impossible naît entre eux…

Comme je le disais sur la chronique du premier tome, quel dommage que d’avoir vu publiée cette fort belle (et sombre) histoire en deux parties alors que la pagination aurait permis un unique volume. Gageons que Air Libre ressorte rapidement une intégrale et en attendant maintenant que l’histoire est complète les lecteurs pourront la découvrir comme il faut.

Ténébreuse (tome 2) - (Vincent Mallié / Hubert) - Heroic Fantasy-Magie  [CANAL-BD]Car si le faux-rythme reste la marque de fabrique de Hubert, la dureté du propos, le pessimiste des destins de ces deux êtres seuls contre tout tiennent en haleine dans cette fuite en avant où les soupçons de bonheur naissants semblent rapidement voués au néant dans une forme de tragédie d’un amour impossible par nature. Les héritages familiaux semble inéluctablement condamner les deux amants. La belle est en réalité une bête, finissant par douter de l’impossibilité de toute relation humaine grâce à Arzhur, le passé du héros va finir de rompre ce qui est possible. Pour toujours? Il faudra lire l’album pour le savoir… 

Ce qui fonctionne mieux que sur la première partie c’est la complexité des itinéraires et des psychologies. Ainsi pris de pitié pour cette fille de démon on bascule ensuite dans une compassion pour ce pauvre guerrier pas si coupable au regard des mœurs médiévales et des comportements des autres protagonistes. Laissant la révélation (déjà vue) sur le tard, les auteurs parviennent à l’enrober d’un habillage qui fait oublier le classicisme. On peut dire merci à Mallié dont les dessins puissants et la mise en scène soignée donnent à cette histoire le cachet de l’élite.

Cette seconde partie ne change donc pas une intrigue peu originale mais en lui apportant le tragique qui manquait et appuyée sur des dessins de haute volée elle en fait une très bonne BD que les fans de Hubert hisseront au firmament et que les autres classeront dans les bonnes fantasy agréables à l’œil.

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**·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Isola #2

esat-westComic de Brendan Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk (coul.)
Urban (2022), 116 p., série en cours, 2 volumes parus.

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La reine Olwyn et sa protectrice Rooke continuent leur voyage vers l’île d’Isola, un étrange itinéraire entre deux mondes. Alors que la guerre se prépare, fuyant la mystérieuse menace venue du ciel elles tombent sur une jeune femmes très accueillante. Trop accueillante sans doute…

Isola : long chemin d'une souveraine et sa protectrice - ComixtripComme beaucoup j’avais été impressionné par les planches du premier tome de cette odyssée (présentée officiellement comme une version moderne du mythe d’Orphée et Eurydice) dans un style Animation très élégant et un design des personnages et des créatures qui m’avait plutôt envoûté… malgré une intrigue assez brumeuse. Et malheureusement ce second tome continue avec les mêmes qualités de mise en scène dynamique avec un univers plutôt fantasy attrayant mais une terrible propension à se complaire dans le cryptique, laissant le lecteur seul sur l’essentiel de la l’album. L’amour platonique et la fidélité de la soldate Rook envers sa reine sont touchants et restent le cœur de l’intrigue, le mystère des transformations et le brouillage de la réalité entre monde des hommes et monde des esprits sont attrayants … Mais jamais les auteurs ne nous donnent de pistes pour comprendre où l’on va et qui est quoi, nous laissant naviguer entre le monde des esprits et celui des hommes, entre métamorphoses et visions subliminales. Quelques passages sont étrangement linéaires, permettant de se raccrocher à certains codes narratifs en nous contextualisant, avant de nous replonger dans des allusions bien opaques. On comprend l’envie des auteurs de nous faire naviguer entre deux réalités au gré des transformations et des visions. Si le premier volume parvenait à nous maintenir en haleine avec ses sauts dans le passé, ici on a cependant l’impression d’assister à un épisode complémentaire, dispensable et ne faisant guère avancer l’ensemble. De quoi achever de perdre l’intérêt pour cette série bien mal embarquée, semblant ne pas avoir été construite sur autre chose qu’une ambiance. Fort dommage et bien maigre. Faute d’un sacré sursaut au prochain tome il est malheureusement probable que peu de monde reste disposé à suivre cette certes sublime, mais trop vaporeuse aventure de deux amantes improbables.

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****·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Une histoire de voleurs et de trolls #3: le doigt de la sorcière

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2022), 55p./album, série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

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Pour sa conclusion (avec trois tomes en un an) de sa série parue en 2019 en Belgique, Ken Broeders s’affirme comme un auteur sur lequel il faudra compter dans les années à venir. Un peu comme le duo allemand qui avait su renouveler un genre archi-éculé (l’apocalypse zombie) dans Gung-Ho le belge aura non seulement Une histoire de voleurs et de trolls -3- Le doigt de la sorcièreproposé une aventure haute en couleur avec voyage entre les mondes et mille créatures très graphiques mais aura également créé un personnage que l’on espère retrouver bien vite dans des aventures solo. Ce Delric, magnifique anti-héros qui rappelle par moment un Han Solo dans avec ses airs de faux égoïste est une vraie réussite qui restera jusqu’au bout un peu en retrait mais dont chaque intervention est marquée d’éclats dans les dialogues ou dans l’action.

Car si la maîtrise graphique de Broeders est l’évidence qui marquera le plus vite le lecteur, il est surtout un excellent conteur d’histoires dont la liberté de la jeunesse jaillit à chaque invention. Un peu perturbé par une progression inhabituelle entre les trois tomes, le lecteur constatera que le grand final, immense bataille magique pleine de feux d’artifice, de blagues de sale driftwereld 3 een verhaal over een heks - moors magazinegosse et de morceaux de bravoure donne toute satisfaction en concluant (chose loin d’être systématique en BD…) toutes ses pistes ouvertes et notamment l’origine de cette mystérieuse sorcière après laquelle on court depuis le premier volume. Emmené avec les personnages dans un roller-coaster magique qui nous balade entre fées, élémentaux et mondes parallèles, on se laisse prendre dans un voyage plein d’originalité, comme des enfants, avec les yeux qui brillent. Les aventures aussi jolies, aussi loin des canons du genre et aussi maîtrisées ne sont finalement pas légion et placent cette Histoire de voleurs et de trolls comme une des pépites du catalogue Drakoo que je vous invite vivement à découvrir.

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Le Sarcophage des âmes

Histoire complète en 48 pages, écrite par Serge Le Tendre et dessinée par Patrick Bouton-Gagné. Parution le 02/02/2022 chez Drakoo.

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Les sorcières de Sal Aiment

A quelques jours de Noël, le comté de Shaalem est en pleine ébullition. Olivia Newton, jeune femme métisse ayant récemment perdu son époux, élève seule sa fille Mercy. Déjà méprisée par la population locale, qui la toise sans lui accorder le moindre respect, elle s’attire les foudres du comté lorsqu’elle obtient l’autorisation de procéder à des fouilles archéologiques près du cimetière.

Sans crier gare, une foule de villageois en colère, accusant Olivia de sorcellerie, débarque sur le pas de sa porte, avec torches et tout le toutim. Affolée, Olivia confie Mercy à son amie Abbie, fantasque tenancière d’une maison close, et tente de repousser ses agresseurs. Dans l’escarmouche qui s’en suit, Olivia doit se défendre et use d’un don particulier, un pouvoir magique qui lui permet de projeter des flammes.

Manque de chance, sa maison prend feu, et la voilà portée disparue. Déclarée coupable de sorcellerie de manière posthume, Olivia subit l’opprobre tandis que sa fille est placée sous la tutelle de Ruth Taylor, rigide épouse dévote du juge du comté de Shaalem. Et le pire est encore à venir, car la redoutable Ruth joue un double jeu elle aussi. Sous ses airs de bigote, elle dirige en réalité un culte dont le projet et de réveiller un mage maléfique dont l’âme fut damnée il y a des siècles. Olivia va donc devoir affronter les ennemis héréditaires de sa famille s’il elle veut pouvoir libérer sa fille.

Ma sorcière bien brûlée

C’est bien connu, depuis la fameuse Boîte de Pandore, il est devenu quelque peu commode, en fiction, d’enfermer de façon plus ou moins contigüe et originale toutes sortes de maux ou d’entités maléfiques: les Titans dans le Tartare, les fantômes dans Ghostbusters, La Momie dans le film éponyme, l’Antéchrist dans le Prince des Ténèbres, le Général Zod dans Superman II, les exemples sont bien sûr trop nombreux pour espérer en faire une liste exhaustive, mais après tout, un sarcophage, pourquoi pas.

L’histoire, qui ne compte que 48 pages, se lit donc très rapidement et ne demande pas un fol investissement, que ce soit en temps ou en émotions. Les bases sont rapidement posées, sans fioritures, et l’on peut pour cela compter sur l’expérience vertigineuse de Serge Le Tendre, qui rappelons-le, a tout de même forgé le game s’agissant du genre Fantasy en France. Le reste se déroule de façon plutôt linéaire, puisqu’en si peu d’espace, on peut imaginer qu’il fut difficile d’implémenter plus de péripéties et de rebondissements.

Il y a néanmoins quelques éléments qui m’ont chiffonné, j’en viens donc à une partie spoiler que je conseille d’éviter à celles et ceux qui souhaiteraient découvrir l’album par eux-mêmes.

On apprend donc qu’Olivia fait partie de la Guilde (j’imagine qu’il n’y avait pas plus générique comme nom pour un groupuscule… ah ben tiens, c’est pas si mal, ça: « le Groupuscule« ), une lignée de puissants mages liés aux forces de la nature dont la vocation était d’éclairer l’Humanité. Bien évidemment, un schisme idéologique se produit et l’un des Mages se rebelle (bonjour Lucifer, Voldemort et toutes les autres figures prométhéennes négatives), parce qu’il considère qu’il y a mieux à faire avec tout ce pouvoir. Il est vaincu, est exécuté, MAIS, son âme est enfermée dans ce fameux sarcophage afin de… tourmenter son âme ? l’empêcher de mourir définitivement ? Ce n’est pas très clair car il est simplement mentionné que ce mage « prétendait pouvoir dominer la mort ».

Ce qui m’a principalement gêné, c’est que cette Guilde, sensée représenter les forces capables du Bien, excommunie l’une des leurs qui tente d’empêcher la résurgence du Mal, puis se montre totalement absente et inepte lorsque le dit mal ressurgit, et surtout, ne trouve pas un moyen plus efficace, ou en tous cas pas aussi aisément corruptible ou détournable, d’enfermer ce méchant. A mon sens, ce sont ce genre de détails qui peuvent à terme nuire à la crédibilité d’un scénario, même sur un format court et peu exigeant de one-shot 48 pages.

En parlant de détail, je passerai sous silence le faux-raccord qui s’est glissé en page 6 case 1, car je passerais certainement pour un tatillon 😉

En conclusion, cet album, qui marque la présence d’un auteur old-school et incontournable de la BD franco-belge chez un éditeur de taille modeste, finit d’asseoir une tendance que nombre d’entre vous auront sans doute déjà remarquée. En effet, de plus en plus d’auteurs reconnus se tournent vers les maisons d’édition indépendantes, voire vers le crowfunding, pour des projets plus petits, parfois moins ambitieux car plus récréatifs. Cela s’explique sans doute par une volonté de respirer artistiquement parlant, et ainsi créer des projets moins chronophages à coté de leurs productions majeures.

Le seul hic est que désormais, les petits éditeurs, qui jusque-là étaient plus prompts à s’engager auprès d’auteurs encore inconnus, sont accaparés par les pontes, et ont donc tendance à délaisser les débutants qui cherchent à faire leurs armes dans le secteur indé.

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Tenebreuse #1

La BD!
BD de Hubert et Vincent Mallié
Dupuis (Air- Libre) (2021), 69p., 1/2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Dupuis pour leur confiance.

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Autrefois fier chevalier, Arzhur n’est aujourd’hui plus qu’un mercenaire acceptant toute tache à même d’utiliser son talent martial. Accompagné de son écuyer il tombe un jour sur trois vieilles femmes qui lui offrent une quête à même de redorer son blason terni: libérer une princesse enfermée au Château noir et la rendre à son roi de père… 

Ténébreuse, tome 1 de Hubert et Vincent Mallié | Ju lit les motsC’est sur ce schéma de conte de fée archi-classique que s’ouvre cette nouvelle œuvre posthume de l’auteur de Peau d’Homme, des Ogres dieux ou du récent Joe la pirate. Et je dois dire que la linéarité de l’intrigue et l’absence relative de surprise une fois passée la rencontre entre le chevalier et la Ténébreuse laisse interrogatif, avec le même sentiment que sur la césure du récent Cauchemar d’Innsmouth qui laissait pour la seconde partie tout ce qui fait une bonne histoire: la rupture. Cette rupture apparaît donc logiquement en toute fin d’album sur un cliffhanger qui inscrit la création de Hubert dans la lignée de la série qui a véritablement révélé Mallié: le Grand Mort. Comme une variation fantasy du cauchemar initié par Loisel et Djian il y a quinze ans, tout l’intérêt de cette proposition vient de l’âme noire de la princesse, qui mets en porte-à-faux le preux chevalier quand à l’équilibre entre le bien et le mal. Qu’il s’agisse du roi ou de la marâtre, tous agissent fidèlement à leur archétype bien connu des contes de fée. Le décalage initié d’abord par les trois vieilles (servantes ou sorcières?) puis par Ia mère d’Islen permet de titiller le lecteur blasé et de semer le doute quand à ce qui est bon ou mauvais dans cette histoire. Si la relative passivité du chevalier est un peu dommage, en renforçant cette linéarité qui maintient un peu distants (le lecteur étant le miroir du héros), on n’en a pas moins envie de connaître le fin mot de cette histoire… classique. Tout à fait conscient du rôle majeur des méchants et de l’intérêt de cette dichotomie Ténébreuse : une sublime geste féministe d'Hubert et Mallié - Comixtripbien/mal dans une histoire, tout à fait spécialiste des torsions des contes et légendes comme l’a montré toute son œuvre, Hubert conserve ici ce que je lui reproche souvent, cet espèce de faux-rythme qui interdit tout épique, mais également ses qualités littéraires et ce décalage, ces anti-héros qui permettent de regarder autrement les schémas classiques.

Sur le plan graphique aucune surprise, Vincent Mallié est un magnifique dessinateur (et coloriste!!) qui nous fait parcourir villes et campagnes avec grand plaisir. Comme dit précédemment, on attend qu’il s’émancipe un jour de la lourde tutelle graphique de Régis Loisel, mais le plaisir qu’il a à dessiner et les quelques fulgurances dynamiques lorsque la noirceur s’exprime suffisent à faire de cet album un digne membre de la prestigieuse collection Air Libre. Souffrant principalement du fait de ne pas avoir été publiée en un unique volume (alors que les publications de cette collection proposent généralement d’assez copieux albums), cette histoire attendra donc sa conclusion pour pouvoir être évaluée dignement et se reposera, en attendant, sur la partition graphique tout à fait élégante.

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*****·BD·Jeunesse

La Princesse Guerrière

La BD!

Histoire complète (plus ou moins) en 162 pages, écrite et dessinée par Alexander Utkin. Parution le 25/08/2021 aux éditions Gallimard Jeunesse.

Pendant ce temps dans les steppes

Coup de coeur! (1)

Dans le précédent article, nous faisions connaissance avec le Roi des Oiseaux, grâce à Gamaïoun, la femme oiseau qui sait tout et se fait un devoir de nous raconter les meilleures histoires qu’elle a en mémoire.

Cette fois, elle prolonge le récit aux multiples ramifications qu’elle avait entamé dans le précédent opus. On débute notre épopée aux côtés de Vassilissa, qui pour sauver son père des machinations de sa perfide marâtre, doit se rendre auprès de la redoutée Baba Yaga, au cœur de la forêt, et passer plusieurs épreuves mortelles. Pour cela, elle sera aidée par sa petite poupée, artefact magique hérité de sa mère, et qui pourrait bien la tirer d’un mauvais pas ou deux.

Les circonvolutions de la légende nous mèneront ensuite aux côtés de John, fils benjamin d’un roi insulaire du Sud, qui brave à son tour les dangers de la forêt et passe un accord avec Baba Yaga pour sauver son père malade. Après l’échec de ses frères aînés, John réussit à récolter les pommes d’or tant convoitées mais doit faire face à leur trahison. Et c’est là qu’intervient la fameuse Princesse Guerrière, qui a bien l’intention d’obtenir réparation suite au vol de ses pommes.

Ba-ba-ba, Baba Yaga

Alexander Utkin nous régale encore une fois en puisant dans le folklore slave ! Ce second opus s’articule lui aussi autour d’un récit choral et interconnecté, ce qui nécessite, non pas pour une bonne compréhension mais plutôt pour un plaisir optimal de lecture, d’avoir lu attentivement le Roi des Oiseaux, afin de saisir toutes les connexions qui unissent ces histoires extraordinaires.

Le ton est toujours naïf, certes, manichéen diront certains, mais après tout, ce sont des contes, des morceaux de sagesse populaire pleins de magie et de créatures en tous genres, censés nous communiquer une morale. Les personnages sont toujours attachants, de John le prince sous-estimé à la Poupée en passant par la Baba Yaga (que je ne connaissais qu’à travers la série Hellboy, et donc pas forcément sous un jour très favorable), et participent à donner à cet ensemble un caractère intemporel.

Côté graphique, Utkin fait encore des merveilles, à travers un trait gras aussi épais que naïf. Son bestiaire notamment, est fascinant, empli de créatures chimériques qu’un Guillermo Del Toro lui envierait certainement.

La Princesse Guerrière confirme le talent de son auteur, un coup de cœur assurément !

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Une histoire de voleurs et de trolls #2: Muroc

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2021), 55p./album, 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Second d’une trilogie est la traduction d’une série publié en Belgique par l’auteur. Le dernier tome sort en début d’année prochaine.

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Réfugiés en la cité de Muroc, Ysabeau et Delric trouvent l’aide du sorcier rouge doté de puissants pouvoirs, afin de comprendre le rôle de la jeune femme et de retrouver trace de sa sœur… Alors que la Mère des trolls vient en ambassade auprès des elfes, la mystérieuse et redoutable sorcière passe une nouvelle fois la brèche entre les mondes et lance une attaque magique contre nos héros…

Une Histoire de Voleurs et de Trolls (tome 2) - (Ken Broeders) - Heroic  Fantasy-Magie [LIBRAIRIE BDNET NATION, une librairie du réseau Canal BD]L’entrée en matière de cette trilogie belge m’avait laissé un sentiment mitigé. Le gros avantage des licences c’est qu’elles permettent de découvrir une histoire sur la même année, sans laisser se délayer l’intérêt. La série de Ken Broeders en profite puisque l’ouverture, originale mais abrupte, trouve à la fois une simplification et une densification avec ce second tome qui développe de façon importante l’univers et les évènements qui ont précédé. Le cœur de l’histoire reste la relation entre la mystérieuse Ysabeau dont les rêves funestes continuent de parcourir le tome et qui se révèle moins innocente qu’elle ne pouvait le laisser croire, et la terrible sorcière capable d’ouvrir des portails entre les mondes. Le voleur Delric de son côté, s’il continue à mener une vie aux mœurs décousues, est encore trop distant au regard de sa puissance dramatique. Menant son scénario avec toujours autant d’habileté à la manière de ses découpages très graphiques et intéressants, l’auteur nous balade sans beaucoup d’indications sur les liens entre les scènes… qui ont pourtant toute leur importance dans le développement de l’histoire. En tant que lecteur on prend toujours le même plaisir de lecture même si l’on ne sait pas bien pourquoi on passe d’une guerre redoutable dans le précédent volume à une bataille magique ici.

driftwereld 2 een verhaal over tovenaars - moors magazineGraphiquement les planches sont encore un régal en parvenant à dégager  une belle originalité tant technique que dans les designs qui permettent de sortir clairement Une histoire de voleurs et de trolls du tout venant de la fantasy en BD. Que ce soient les décors qui proposent quelques splendides panoramas ou les atmosphères sans oublier la très élégante manifestation de la magie, Broeders est vraiment doué avec ses pinceaux. Mine de rien à force de côtoyer des monstres dégueu dans les BD on finit par oublier combien un bon méchant peut créer une tension dans une histoire: avec sa face ravagée et ses irruptions brutales dans la réalité cette sorcière tire son épingle du jeu sans en nous faisant frissonner… L’arrivée d’un nouveau personnage en la personne du puissant sorcier rouge muscle l’alchimie des personnages et pour peu que Delric obtienne enfin ses moments de gloire on a bien des éléments pour conclure en apothéose cette BD finalement bien plus ambitieuse qu’il ne paraît.

Avec le sentiment que tout reste obscure mais tenu, on fait confiance à Ken Broeders pour mener son dénouement avec cohérence dans le dernier volume qui annonce un voyage de nos héros dans le monde des humains et son lot de révélations sur cette affreuse multi-bras qu’on aura adoré redouter.

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Wat la fée

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!


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BD de Cazenove , William et Jaquemoire
Bamboo (2021), 48p., one-shot…?

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Wat the fée ? Wat, la fée qui avait perdu ses ailes, planche du tome 1 ©  Bamboo Waterpouf est une fée des villes… A l'aise dans l'environnement  urbain, entre béton et bitume, suite à une rencontre avec un garnement  qu'elle avait reçu pour mission de ...Wat est une fée des villes. Mais lorsqu’au cours d’une mission elle se voit arracher ses ailes par accident, la voilà contrainte à un périple en Terre sauvage en compagnie de son ami Dorg le Troll, un endroit plein de dangers et d’habitants bien différents de ses fréquentations…

Salut Talia! Aujourd’hui on va parler d’une étrange BD qui nous rappelle beaucoup une autre série que l’on suit dans cette rubrique…

Effectivement, Cazenove et William sont les personnes qui font la série BD Les Sisters et Wat (la fée) a beaucoup de ressemblance avec Sammie, l’amie de Wendy. Un personnage semble également issu de Tizombi

Est-ce que tu as l’habitude des histoires fantasy? Sur quels albums?

Oui. L’un de mes styles de livre préférés est la fantasy et je lis beaucoup de romans (fantasy donc, notamment La Guerre des clans). En Bd, j’ai déjà lu Lanfeust, Thorgal…

Que peux-tu nous dire du format un peu particulier de cette (ces) histoire(s)?

Ce sont des sortes de mini-histoires avec une espèce de conclusion, bien que celles-ci s’enchaînent sur une histoire continue. On dirait des parties : comme si l’histoire avait été découpée.Wat -1- La fée qui avait perdu ses ailes

Il y a deux humains dans cette histoire… pas franchement sympathiques…

Au tout début deux enfants humains arrachent les ailes de Wat par mégarde. Ce sont deux gros débiles pourri-gâtés qui ne pensent qu’à jouer à la bagarre. Ensuite ils recherchent Wat et Dorg pour jouer avec et cassent tout en repartant…

Il y a un surprenant côté sexy dans cette BD jeunesse. Est-ce que cela t’a dérangé? Comment vois-tu les personnages féminin représentés dans les BD?

Ça ne m’a pas dérangé, j’ai l’habitude de de lire des BD et des manga où les filles sont souvent plutôt dénudées avec des gros seins. Ce sont des personnages imaginaires du coup ça ne me gêne pas que ce soit différent de la réalité. Dans les sisters ce sont des jeunes qui sont représentés, elles sont inspirées de vraies personnages, du coup c’est plus réaliste. Les fées sont souvent représentées parfaites!

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Merci Talia!

Voilà pour le retour de la fifille. Et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Entré dans l’univers des Sisters pour découvrir ce que lit ma fille et ce qui cartonne dans cette série, j’ai fait la connaissance avec Samy, la cops’ de Wendy que je croyais retrouver sous les traits de cette fée qui a perdu ses ailes… eh bien que nenni, rien à voir hormis le dessinateur qui a repris le faciès de son personnage secondaire. Résolument axé jeunesse, l’album qui ne Wat, la fée qui avait perdu ses ailes - BDfugue.comcomprend pas de tomaison mais laisse envisager très sérieusement une série, a un format hybride entre les gags d’une page des Sisters et l’histoire longue, entrecoupant les séquences par des sortes d’épilogue sépia qui évoquent une légende. On sait l’envie des auteurs de varier les plaisirs avec les super-sisters et ils se sont fait plaisir dans cette petite aventure en « terres sauvages » en compagnie du sympathique troll, en fuite devant deux adolescents débiles. L’album est du coup plus axé aventure qu’humour, avec de vrais méchants, de la magie et une transposition de la fée citadine à la campagne finalement pas si compliquée que cela. Si le thème voulu n’est pas vraiment exploité à fonds, les dessins que l’on connaît jolis et précis nous font passer un très bon moment, sans que l’on sache trop si William et Cazenove voudront développer leur univers ou s’arrêteront en route. Cette parenthèse est de toute façon bienvenue pour profiter de ces auteurs hors de leur cocon, en donnant envie d’aller zieuter un coup du côté de Tizombie et en se disant qu’ils pourraient un jour nous proposer une grande aventure plus adulte…

A partir de 7 ans.

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****·BD

Castelmaure

La BD!

Récit complet en 152 pages, écrit par Lewis Trondheim et dessiné par Alfred. Parution le 14/10/2020 aux éditions Delcourt

Histoires à dormir debout

Zéphyrin est un mythographe, dont la mission est de parcourir le royaume de Castelmaure, en quête d’histoires orales à retranscrire pour la postérité. Ainsi, il s’entretient avec qui y consent, pour écouter les récits des anciens et forger l’Histoire du royaume. 

Il y a quelques années, Zéphyrin s’était donné une mission bien particulière: celle de retrouver le Roi Eric, monarque adoré par son peuple, disparu dans de mystérieuses circonstances. Après avoir fait chou blanc durant dix ans, le mythographe s’est résolu à reprendre ses activités normales, mais les histoires qu’il entend ça et là ne font qu’épaissir le mystère autour de Castelmaure…

En effet, depuis que le Roi s’est évanoui dans la nature, laissant sa sœur Éléanore régner en intérim avec son époux Marcus, une incessante tempête s’est installée autour du château, qui fut dès lors déserté. Zéphyrin entend également parler du Chasseur Errant, que de nombreux sujets auraient aperçus dans les forêts, avec un sorcière acariâtre. L’historien entend également l’anecdote disant que toutes les femmes du royaume tombèrent enceintes le même jour, ce qui conduisit à de nombreuses tragédies et des enfants mort-nés…pour la plupart. 

Peu à peu, ces histoires singulières vont s’entrecroiser et se télescoper, pour former ultimement la légende de Castelmaure. 

Les parts de vérité dans le gâteau du mythe

On ne présente plus Lewis Trondheim, dont la bibliographie est jalonnée de succès critiques et éditoriaux. L’auteur nous plonge ici dans un récit choral au croisement du conte médiéval fantastique et du thriller, dans lequel chaque détail à son importance. A la manière d’un détective, Zéphyrin va faire office de fil rouge dans cette intrigue, dont les circonvolutions bien emmenées conduisent le lecteur vers un final satisfaisant où tout finit par prendre sens. 

Le scénariste convoque des thèmes connus, comme celui de la différence, d’autres un peu plus touchy comme ceux de la maladie mentale et du remord, le tout en cohérence avec le récit. L’album en lui-même y gagne donc en authenticité, grâce aux personnages bien campés et à l’alternance des situations, tantôts drôles, tantôt grandiloquentes et dramatiques. 

Certains arcs narratifs, notamment ceux de Théodore et Nathanaelle, trouvent une résolution un tant soit peu abrupte dans le feu de l’action, mais cela ne nuit pas à la cohérence du tout, qui conserve une allure de fresque maîtrisée de bout en bout. 

Le dessin d’Alfred réussit à lui seul à établir l’univers de Castelmaure, grâce à un trait épuré et à des décors qui laissent la plupart du temps admiratif. 

Sorti l’an dernier après avoir été repoussé, Castelmaure offre un plaisir de lecture conséquent pour qui aime les intrigues chorales et le ton décalé de Lewis Trondheim. 

*****·Comics·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Le garçon-sorcière #2 et #3

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à treize ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic de Molly Knox Ostertag
Kinaye (2021), 208 p. série terminée en trois volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

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Tout semble rentré dans l’ordre depuis qu’Ariel participe aux enseignements magiques de la famille d’Aster. Tous deux continuent de voir Charlie et les cousins et vivent leur vie de collégiens faite de petits moments de bonheur partagés. S’annonce alors le Festival du Solstice sui désigne chaque année le Métamorphe du solstice et la sorcière du solstice. Ce moment festif de partage va réactiver des peurs et rivalités entre les enfants, alors qu’une menace venue du passé d’Ariel mets en danger cet équilibre…

Salut Talia. On se retrouve après un petit moment sur les deux albums qui concluent la série du Garçon-sorcière. Depuis tu as lu quelques autres histoires de sorcellerie, comme l’Atelier des Sorciers. Est-ce que tu peux comparer ces deux univers?

Ce sont des mondes très différents car dans l’un les sorts sont dessinés (secrètement) et dans l’autre ils sont parlés / dits / récités.

Résultat de recherche d'images pour "la sorcière du solstice ostertag"Les familles de Charlie et d’Ariel sont particulières…

Les parents de Charlie sont homosexuels (hommes) et Ariel ne connaît pas sa famille jusqu’à ce que sa tante la contacte (contre son gré) et lui donne un moyen de l’appeler.

Lors du festival du Solstice qu’est-ce qui dérange le grand cousin Métamorphe dans le fait qu’Aster participe au tournoi de sorcière?

Pour lui, les garçons doivent être métamorphes et les filles sorcières, et il ne devrait y avoir aucune exception. Le fait qu’Aster soit sorcière et non métamorphe le trouble.

Aster, Ariel et Sedge ont un point commun, lequel?

Ils ne suivent pas la même voie que leur famille. Ils paraissent « différents » , « anormaux »… aux yeux des autres: Aster devrait être métamorphe pour sa famille, Ariel devrait être une sorcière maléfique, Sedge était métamorphe et a choisi de côtoyer les humains normaux dans le collège de Charlie.

Selon toi pour quelle raison Ariel décide de partir avec sa tante en devenant soudain méchante avec ses amis?

Elle a peur de leur faire du mal et préfère aller là où elle est sûre de ne pas pouvoir les toucher. Elle pense peut-être réussir à apprendre à maîtriser ses pouvoirs pour être sûre de ne rien leur faire.

Du coup, entre Harry Potter, l’Atelier des Sorciers (et d’autres?) quelle série a ta préférence et pourquoi?

Je n’ai pas de préférence. L’Atelier et Harry Potter sont plus proches l’un de l’autre, le Garçon-sorcière est le plus différent mais j’aime aussi beaucoup.

Merci Talia! C’est fini pour les aventures d’Aster… Qui sait quelles aventures on va chroniquer la prochaine fois?

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Merci Talia tu peux retourner étudier ton grimoire!


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "solcière du solstice ostertag"Après le très bon premier volume, ce qui est désormais une trilogie (clôturée) apparaît comme un vrai miracle de la littérature jeunesse de par la très grande subtilité et intelligence thématique de l’autrice Molly Ostertag. En introduisant le plus simplement du monde des personnages souvent qualifiés de « minorités », elle détourne le caractère de « normalité » avec une approche toujours très positive. Quand les deux papa de Charlie sont bien intégrés, l’un d’eux directeur d’école, ce sont les appartenances magiques qui créent à l’inverse des tensions d’intégration. Le second volume est le plus dur avec ce personnage de sorcière puissante de par sa rancœur intérieure (le « côté obscure de la Force »…) que la bonté d’âme et le positivisme omniprésent de Charlie va forcer à accepter l’aide et l’amitié des autres. Ce personnage est un axe central, de par sa force de caractère, autour duquel les autres personnages plus abîmés vont tourner.

Que ce soit l’identité sexuelle, l’homoparentalité, l’adoption et simplement la différence et la norme familiale, cette série parle aux jeunes avec simplicité, dans un graphisme pas si basique qu’il n’y paraît en montrant la différence de la meilleure façon possible: en la rendant normale. Du coup les problématiques des jeunes deviennes des difficultés de construction très classique chez les ado, faisant comprendre que ce qui est compliqué ce n’est pas ce qui sort de la norme, c’est le fait de savoir qui l’on veut être. Message hautement positif, jamais manichéen et qui fera du bien à tout ado et pré-ado, cette série pouvant se lire assez tôt avec les parents. Un classique!

A partir de 9 ans.

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