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Une histoire de voleurs et de trolls #3: le doigt de la sorcière

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2022), 55p./album, série finie en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

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Pour sa conclusion (avec trois tomes en un an) de sa série parue en 2019 en Belgique, Ken Broeders s’affirme comme un auteur sur lequel il faudra compter dans les années à venir. Un peu comme le duo allemand qui avait su renouveler un genre archi-éculé (l’apocalypse zombie) dans Gung-Ho le belge aura non seulement Une histoire de voleurs et de trolls -3- Le doigt de la sorcièreproposé une aventure haute en couleur avec voyage entre les mondes et mille créatures très graphiques mais aura également créé un personnage que l’on espère retrouver bien vite dans des aventures solo. Ce Delric, magnifique anti-héros qui rappelle par moment un Han Solo dans avec ses airs de faux égoïste est une vraie réussite qui restera jusqu’au bout un peu en retrait mais dont chaque intervention est marquée d’éclats dans les dialogues ou dans l’action.

Car si la maîtrise graphique de Broeders est l’évidence qui marquera le plus vite le lecteur, il est surtout un excellent conteur d’histoires dont la liberté de la jeunesse jaillit à chaque invention. Un peu perturbé par une progression inhabituelle entre les trois tomes, le lecteur constatera que le grand final, immense bataille magique pleine de feux d’artifice, de blagues de sale driftwereld 3 een verhaal over een heks - moors magazinegosse et de morceaux de bravoure donne toute satisfaction en concluant (chose loin d’être systématique en BD…) toutes ses pistes ouvertes et notamment l’origine de cette mystérieuse sorcière après laquelle on court depuis le premier volume. Emmené avec les personnages dans un roller-coaster magique qui nous balade entre fées, élémentaux et mondes parallèles, on se laisse prendre dans un voyage plein d’originalité, comme des enfants, avec les yeux qui brillent. Les aventures aussi jolies, aussi loin des canons du genre et aussi maîtrisées ne sont finalement pas légion et placent cette Histoire de voleurs et de trolls comme une des pépites du catalogue Drakoo que je vous invite vivement à découvrir.

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Le Sarcophage des âmes

Histoire complète en 48 pages, écrite par Serge Le Tendre et dessinée par Patrick Bouton-Gagné. Parution le 02/02/2022 chez Drakoo.

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Les sorcières de Sal Aiment

A quelques jours de Noël, le comté de Shaalem est en pleine ébullition. Olivia Newton, jeune femme métisse ayant récemment perdu son époux, élève seule sa fille Mercy. Déjà méprisée par la population locale, qui la toise sans lui accorder le moindre respect, elle s’attire les foudres du comté lorsqu’elle obtient l’autorisation de procéder à des fouilles archéologiques près du cimetière.

Sans crier gare, une foule de villageois en colère, accusant Olivia de sorcellerie, débarque sur le pas de sa porte, avec torches et tout le toutim. Affolée, Olivia confie Mercy à son amie Abbie, fantasque tenancière d’une maison close, et tente de repousser ses agresseurs. Dans l’escarmouche qui s’en suit, Olivia doit se défendre et use d’un don particulier, un pouvoir magique qui lui permet de projeter des flammes.

Manque de chance, sa maison prend feu, et la voilà portée disparue. Déclarée coupable de sorcellerie de manière posthume, Olivia subit l’opprobre tandis que sa fille est placée sous la tutelle de Ruth Taylor, rigide épouse dévote du juge du comté de Shaalem. Et le pire est encore à venir, car la redoutable Ruth joue un double jeu elle aussi. Sous ses airs de bigote, elle dirige en réalité un culte dont le projet et de réveiller un mage maléfique dont l’âme fut damnée il y a des siècles. Olivia va donc devoir affronter les ennemis héréditaires de sa famille s’il elle veut pouvoir libérer sa fille.

Ma sorcière bien brûlée

C’est bien connu, depuis la fameuse Boîte de Pandore, il est devenu quelque peu commode, en fiction, d’enfermer de façon plus ou moins contigüe et originale toutes sortes de maux ou d’entités maléfiques: les Titans dans le Tartare, les fantômes dans Ghostbusters, La Momie dans le film éponyme, l’Antéchrist dans le Prince des Ténèbres, le Général Zod dans Superman II, les exemples sont bien sûr trop nombreux pour espérer en faire une liste exhaustive, mais après tout, un sarcophage, pourquoi pas.

L’histoire, qui ne compte que 48 pages, se lit donc très rapidement et ne demande pas un fol investissement, que ce soit en temps ou en émotions. Les bases sont rapidement posées, sans fioritures, et l’on peut pour cela compter sur l’expérience vertigineuse de Serge Le Tendre, qui rappelons-le, a tout de même forgé le game s’agissant du genre Fantasy en France. Le reste se déroule de façon plutôt linéaire, puisqu’en si peu d’espace, on peut imaginer qu’il fut difficile d’implémenter plus de péripéties et de rebondissements.

Il y a néanmoins quelques éléments qui m’ont chiffonné, j’en viens donc à une partie spoiler que je conseille d’éviter à celles et ceux qui souhaiteraient découvrir l’album par eux-mêmes.

On apprend donc qu’Olivia fait partie de la Guilde (j’imagine qu’il n’y avait pas plus générique comme nom pour un groupuscule… ah ben tiens, c’est pas si mal, ça: « le Groupuscule« ), une lignée de puissants mages liés aux forces de la nature dont la vocation était d’éclairer l’Humanité. Bien évidemment, un schisme idéologique se produit et l’un des Mages se rebelle (bonjour Lucifer, Voldemort et toutes les autres figures prométhéennes négatives), parce qu’il considère qu’il y a mieux à faire avec tout ce pouvoir. Il est vaincu, est exécuté, MAIS, son âme est enfermée dans ce fameux sarcophage afin de… tourmenter son âme ? l’empêcher de mourir définitivement ? Ce n’est pas très clair car il est simplement mentionné que ce mage « prétendait pouvoir dominer la mort ».

Ce qui m’a principalement gêné, c’est que cette Guilde, sensée représenter les forces capables du Bien, excommunie l’une des leurs qui tente d’empêcher la résurgence du Mal, puis se montre totalement absente et inepte lorsque le dit mal ressurgit, et surtout, ne trouve pas un moyen plus efficace, ou en tous cas pas aussi aisément corruptible ou détournable, d’enfermer ce méchant. A mon sens, ce sont ce genre de détails qui peuvent à terme nuire à la crédibilité d’un scénario, même sur un format court et peu exigeant de one-shot 48 pages.

En parlant de détail, je passerai sous silence le faux-raccord qui s’est glissé en page 6 case 1, car je passerais certainement pour un tatillon 😉

En conclusion, cet album, qui marque la présence d’un auteur old-school et incontournable de la BD franco-belge chez un éditeur de taille modeste, finit d’asseoir une tendance que nombre d’entre vous auront sans doute déjà remarquée. En effet, de plus en plus d’auteurs reconnus se tournent vers les maisons d’édition indépendantes, voire vers le crowfunding, pour des projets plus petits, parfois moins ambitieux car plus récréatifs. Cela s’explique sans doute par une volonté de respirer artistiquement parlant, et ainsi créer des projets moins chronophages à coté de leurs productions majeures.

Le seul hic est que désormais, les petits éditeurs, qui jusque-là étaient plus prompts à s’engager auprès d’auteurs encore inconnus, sont accaparés par les pontes, et ont donc tendance à délaisser les débutants qui cherchent à faire leurs armes dans le secteur indé.

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Tenebreuse #1

La BD!
BD de Hubert et Vincent Mallié
Dupuis (Air- Libre) (2021), 69p., 1/2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Dupuis pour leur confiance.

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Autrefois fier chevalier, Arzhur n’est aujourd’hui plus qu’un mercenaire acceptant toute tache à même d’utiliser son talent martial. Accompagné de son écuyer il tombe un jour sur trois vieilles femmes qui lui offrent une quête à même de redorer son blason terni: libérer une princesse enfermée au Château noir et la rendre à son roi de père… 

Ténébreuse, tome 1 de Hubert et Vincent Mallié | Ju lit les motsC’est sur ce schéma de conte de fée archi-classique que s’ouvre cette nouvelle œuvre posthume de l’auteur de Peau d’Homme, des Ogres dieux ou du récent Joe la pirate. Et je dois dire que la linéarité de l’intrigue et l’absence relative de surprise une fois passée la rencontre entre le chevalier et la Ténébreuse laisse interrogatif, avec le même sentiment que sur la césure du récent Cauchemar d’Innsmouth qui laissait pour la seconde partie tout ce qui fait une bonne histoire: la rupture. Cette rupture apparaît donc logiquement en toute fin d’album sur un cliffhanger qui inscrit la création de Hubert dans la lignée de la série qui a véritablement révélé Mallié: le Grand Mort. Comme une variation fantasy du cauchemar initié par Loisel et Djian il y a quinze ans, tout l’intérêt de cette proposition vient de l’âme noire de la princesse, qui mets en porte-à-faux le preux chevalier quand à l’équilibre entre le bien et le mal. Qu’il s’agisse du roi ou de la marâtre, tous agissent fidèlement à leur archétype bien connu des contes de fée. Le décalage initié d’abord par les trois vieilles (servantes ou sorcières?) puis par Ia mère d’Islen permet de titiller le lecteur blasé et de semer le doute quand à ce qui est bon ou mauvais dans cette histoire. Si la relative passivité du chevalier est un peu dommage, en renforçant cette linéarité qui maintient un peu distants (le lecteur étant le miroir du héros), on n’en a pas moins envie de connaître le fin mot de cette histoire… classique. Tout à fait conscient du rôle majeur des méchants et de l’intérêt de cette dichotomie Ténébreuse : une sublime geste féministe d'Hubert et Mallié - Comixtripbien/mal dans une histoire, tout à fait spécialiste des torsions des contes et légendes comme l’a montré toute son œuvre, Hubert conserve ici ce que je lui reproche souvent, cet espèce de faux-rythme qui interdit tout épique, mais également ses qualités littéraires et ce décalage, ces anti-héros qui permettent de regarder autrement les schémas classiques.

Sur le plan graphique aucune surprise, Vincent Mallié est un magnifique dessinateur (et coloriste!!) qui nous fait parcourir villes et campagnes avec grand plaisir. Comme dit précédemment, on attend qu’il s’émancipe un jour de la lourde tutelle graphique de Régis Loisel, mais le plaisir qu’il a à dessiner et les quelques fulgurances dynamiques lorsque la noirceur s’exprime suffisent à faire de cet album un digne membre de la prestigieuse collection Air Libre. Souffrant principalement du fait de ne pas avoir été publiée en un unique volume (alors que les publications de cette collection proposent généralement d’assez copieux albums), cette histoire attendra donc sa conclusion pour pouvoir être évaluée dignement et se reposera, en attendant, sur la partition graphique tout à fait élégante.

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*****·BD·Jeunesse

La Princesse Guerrière

La BD!

Histoire complète (plus ou moins) en 162 pages, écrite et dessinée par Alexander Utkin. Parution le 25/08/2021 aux éditions Gallimard Jeunesse.

Pendant ce temps dans les steppes

Coup de coeur! (1)

Dans le précédent article, nous faisions connaissance avec le Roi des Oiseaux, grâce à Gamaïoun, la femme oiseau qui sait tout et se fait un devoir de nous raconter les meilleures histoires qu’elle a en mémoire.

Cette fois, elle prolonge le récit aux multiples ramifications qu’elle avait entamé dans le précédent opus. On débute notre épopée aux côtés de Vassilissa, qui pour sauver son père des machinations de sa perfide marâtre, doit se rendre auprès de la redoutée Baba Yaga, au cœur de la forêt, et passer plusieurs épreuves mortelles. Pour cela, elle sera aidée par sa petite poupée, artefact magique hérité de sa mère, et qui pourrait bien la tirer d’un mauvais pas ou deux.

Les circonvolutions de la légende nous mèneront ensuite aux côtés de John, fils benjamin d’un roi insulaire du Sud, qui brave à son tour les dangers de la forêt et passe un accord avec Baba Yaga pour sauver son père malade. Après l’échec de ses frères aînés, John réussit à récolter les pommes d’or tant convoitées mais doit faire face à leur trahison. Et c’est là qu’intervient la fameuse Princesse Guerrière, qui a bien l’intention d’obtenir réparation suite au vol de ses pommes.

Ba-ba-ba, Baba Yaga

Alexander Utkin nous régale encore une fois en puisant dans le folklore slave ! Ce second opus s’articule lui aussi autour d’un récit choral et interconnecté, ce qui nécessite, non pas pour une bonne compréhension mais plutôt pour un plaisir optimal de lecture, d’avoir lu attentivement le Roi des Oiseaux, afin de saisir toutes les connexions qui unissent ces histoires extraordinaires.

Le ton est toujours naïf, certes, manichéen diront certains, mais après tout, ce sont des contes, des morceaux de sagesse populaire pleins de magie et de créatures en tous genres, censés nous communiquer une morale. Les personnages sont toujours attachants, de John le prince sous-estimé à la Poupée en passant par la Baba Yaga (que je ne connaissais qu’à travers la série Hellboy, et donc pas forcément sous un jour très favorable), et participent à donner à cet ensemble un caractère intemporel.

Côté graphique, Utkin fait encore des merveilles, à travers un trait gras aussi épais que naïf. Son bestiaire notamment, est fascinant, empli de créatures chimériques qu’un Guillermo Del Toro lui envierait certainement.

La Princesse Guerrière confirme le talent de son auteur, un coup de cœur assurément !

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Une histoire de voleurs et de trolls #2: Muroc

La BD!
BD de Ken Broeders
Drakoo (2021), 55p./album, 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Second d’une trilogie est la traduction d’une série publié en Belgique par l’auteur. Le dernier tome sort en début d’année prochaine.

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Réfugiés en la cité de Muroc, Ysabeau et Delric trouvent l’aide du sorcier rouge doté de puissants pouvoirs, afin de comprendre le rôle de la jeune femme et de retrouver trace de sa sœur… Alors que la Mère des trolls vient en ambassade auprès des elfes, la mystérieuse et redoutable sorcière passe une nouvelle fois la brèche entre les mondes et lance une attaque magique contre nos héros…

Une Histoire de Voleurs et de Trolls (tome 2) - (Ken Broeders) - Heroic  Fantasy-Magie [LIBRAIRIE BDNET NATION, une librairie du réseau Canal BD]L’entrée en matière de cette trilogie belge m’avait laissé un sentiment mitigé. Le gros avantage des licences c’est qu’elles permettent de découvrir une histoire sur la même année, sans laisser se délayer l’intérêt. La série de Ken Broeders en profite puisque l’ouverture, originale mais abrupte, trouve à la fois une simplification et une densification avec ce second tome qui développe de façon importante l’univers et les évènements qui ont précédé. Le cœur de l’histoire reste la relation entre la mystérieuse Ysabeau dont les rêves funestes continuent de parcourir le tome et qui se révèle moins innocente qu’elle ne pouvait le laisser croire, et la terrible sorcière capable d’ouvrir des portails entre les mondes. Le voleur Delric de son côté, s’il continue à mener une vie aux mœurs décousues, est encore trop distant au regard de sa puissance dramatique. Menant son scénario avec toujours autant d’habileté à la manière de ses découpages très graphiques et intéressants, l’auteur nous balade sans beaucoup d’indications sur les liens entre les scènes… qui ont pourtant toute leur importance dans le développement de l’histoire. En tant que lecteur on prend toujours le même plaisir de lecture même si l’on ne sait pas bien pourquoi on passe d’une guerre redoutable dans le précédent volume à une bataille magique ici.

driftwereld 2 een verhaal over tovenaars - moors magazineGraphiquement les planches sont encore un régal en parvenant à dégager  une belle originalité tant technique que dans les designs qui permettent de sortir clairement Une histoire de voleurs et de trolls du tout venant de la fantasy en BD. Que ce soient les décors qui proposent quelques splendides panoramas ou les atmosphères sans oublier la très élégante manifestation de la magie, Broeders est vraiment doué avec ses pinceaux. Mine de rien à force de côtoyer des monstres dégueu dans les BD on finit par oublier combien un bon méchant peut créer une tension dans une histoire: avec sa face ravagée et ses irruptions brutales dans la réalité cette sorcière tire son épingle du jeu sans en nous faisant frissonner… L’arrivée d’un nouveau personnage en la personne du puissant sorcier rouge muscle l’alchimie des personnages et pour peu que Delric obtienne enfin ses moments de gloire on a bien des éléments pour conclure en apothéose cette BD finalement bien plus ambitieuse qu’il ne paraît.

Avec le sentiment que tout reste obscure mais tenu, on fait confiance à Ken Broeders pour mener son dénouement avec cohérence dans le dernier volume qui annonce un voyage de nos héros dans le monde des humains et son lot de révélations sur cette affreuse multi-bras qu’on aura adoré redouter.

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Wat la fée

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!


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BD de Cazenove , William et Jaquemoire
Bamboo (2021), 48p., one-shot…?

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Wat the fée ? Wat, la fée qui avait perdu ses ailes, planche du tome 1 ©  Bamboo Waterpouf est une fée des villes… A l'aise dans l'environnement  urbain, entre béton et bitume, suite à une rencontre avec un garnement  qu'elle avait reçu pour mission de ...Wat est une fée des villes. Mais lorsqu’au cours d’une mission elle se voit arracher ses ailes par accident, la voilà contrainte à un périple en Terre sauvage en compagnie de son ami Dorg le Troll, un endroit plein de dangers et d’habitants bien différents de ses fréquentations…

Salut Talia! Aujourd’hui on va parler d’une étrange BD qui nous rappelle beaucoup une autre série que l’on suit dans cette rubrique…

Effectivement, Cazenove et William sont les personnes qui font la série BD Les Sisters et Wat (la fée) a beaucoup de ressemblance avec Sammie, l’amie de Wendy. Un personnage semble également issu de Tizombi

Est-ce que tu as l’habitude des histoires fantasy? Sur quels albums?

Oui. L’un de mes styles de livre préférés est la fantasy et je lis beaucoup de romans (fantasy donc, notamment La Guerre des clans). En Bd, j’ai déjà lu Lanfeust, Thorgal…

Que peux-tu nous dire du format un peu particulier de cette (ces) histoire(s)?

Ce sont des sortes de mini-histoires avec une espèce de conclusion, bien que celles-ci s’enchaînent sur une histoire continue. On dirait des parties : comme si l’histoire avait été découpée.Wat -1- La fée qui avait perdu ses ailes

Il y a deux humains dans cette histoire… pas franchement sympathiques…

Au tout début deux enfants humains arrachent les ailes de Wat par mégarde. Ce sont deux gros débiles pourri-gâtés qui ne pensent qu’à jouer à la bagarre. Ensuite ils recherchent Wat et Dorg pour jouer avec et cassent tout en repartant…

Il y a un surprenant côté sexy dans cette BD jeunesse. Est-ce que cela t’a dérangé? Comment vois-tu les personnages féminin représentés dans les BD?

Ça ne m’a pas dérangé, j’ai l’habitude de de lire des BD et des manga où les filles sont souvent plutôt dénudées avec des gros seins. Ce sont des personnages imaginaires du coup ça ne me gêne pas que ce soit différent de la réalité. Dans les sisters ce sont des jeunes qui sont représentés, elles sont inspirées de vraies personnages, du coup c’est plus réaliste. Les fées sont souvent représentées parfaites!

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Merci Talia!

Voilà pour le retour de la fifille. Et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Entré dans l’univers des Sisters pour découvrir ce que lit ma fille et ce qui cartonne dans cette série, j’ai fait la connaissance avec Samy, la cops’ de Wendy que je croyais retrouver sous les traits de cette fée qui a perdu ses ailes… eh bien que nenni, rien à voir hormis le dessinateur qui a repris le faciès de son personnage secondaire. Résolument axé jeunesse, l’album qui ne Wat, la fée qui avait perdu ses ailes - BDfugue.comcomprend pas de tomaison mais laisse envisager très sérieusement une série, a un format hybride entre les gags d’une page des Sisters et l’histoire longue, entrecoupant les séquences par des sortes d’épilogue sépia qui évoquent une légende. On sait l’envie des auteurs de varier les plaisirs avec les super-sisters et ils se sont fait plaisir dans cette petite aventure en « terres sauvages » en compagnie du sympathique troll, en fuite devant deux adolescents débiles. L’album est du coup plus axé aventure qu’humour, avec de vrais méchants, de la magie et une transposition de la fée citadine à la campagne finalement pas si compliquée que cela. Si le thème voulu n’est pas vraiment exploité à fonds, les dessins que l’on connaît jolis et précis nous font passer un très bon moment, sans que l’on sache trop si William et Cazenove voudront développer leur univers ou s’arrêteront en route. Cette parenthèse est de toute façon bienvenue pour profiter de ces auteurs hors de leur cocon, en donnant envie d’aller zieuter un coup du côté de Tizombie et en se disant qu’ils pourraient un jour nous proposer une grande aventure plus adulte…

A partir de 7 ans.

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****·BD

Castelmaure

La BD!

Récit complet en 152 pages, écrit par Lewis Trondheim et dessiné par Alfred. Parution le 14/10/2020 aux éditions Delcourt

Histoires à dormir debout

Zéphyrin est un mythographe, dont la mission est de parcourir le royaume de Castelmaure, en quête d’histoires orales à retranscrire pour la postérité. Ainsi, il s’entretient avec qui y consent, pour écouter les récits des anciens et forger l’Histoire du royaume. 

Il y a quelques années, Zéphyrin s’était donné une mission bien particulière: celle de retrouver le Roi Eric, monarque adoré par son peuple, disparu dans de mystérieuses circonstances. Après avoir fait chou blanc durant dix ans, le mythographe s’est résolu à reprendre ses activités normales, mais les histoires qu’il entend ça et là ne font qu’épaissir le mystère autour de Castelmaure…

En effet, depuis que le Roi s’est évanoui dans la nature, laissant sa sœur Éléanore régner en intérim avec son époux Marcus, une incessante tempête s’est installée autour du château, qui fut dès lors déserté. Zéphyrin entend également parler du Chasseur Errant, que de nombreux sujets auraient aperçus dans les forêts, avec un sorcière acariâtre. L’historien entend également l’anecdote disant que toutes les femmes du royaume tombèrent enceintes le même jour, ce qui conduisit à de nombreuses tragédies et des enfants mort-nés…pour la plupart. 

Peu à peu, ces histoires singulières vont s’entrecroiser et se télescoper, pour former ultimement la légende de Castelmaure. 

Les parts de vérité dans le gâteau du mythe

On ne présente plus Lewis Trondheim, dont la bibliographie est jalonnée de succès critiques et éditoriaux. L’auteur nous plonge ici dans un récit choral au croisement du conte médiéval fantastique et du thriller, dans lequel chaque détail à son importance. A la manière d’un détective, Zéphyrin va faire office de fil rouge dans cette intrigue, dont les circonvolutions bien emmenées conduisent le lecteur vers un final satisfaisant où tout finit par prendre sens. 

Le scénariste convoque des thèmes connus, comme celui de la différence, d’autres un peu plus touchy comme ceux de la maladie mentale et du remord, le tout en cohérence avec le récit. L’album en lui-même y gagne donc en authenticité, grâce aux personnages bien campés et à l’alternance des situations, tantôts drôles, tantôt grandiloquentes et dramatiques. 

Certains arcs narratifs, notamment ceux de Théodore et Nathanaelle, trouvent une résolution un tant soit peu abrupte dans le feu de l’action, mais cela ne nuit pas à la cohérence du tout, qui conserve une allure de fresque maîtrisée de bout en bout. 

Le dessin d’Alfred réussit à lui seul à établir l’univers de Castelmaure, grâce à un trait épuré et à des décors qui laissent la plupart du temps admiratif. 

Sorti l’an dernier après avoir été repoussé, Castelmaure offre un plaisir de lecture conséquent pour qui aime les intrigues chorales et le ton décalé de Lewis Trondheim. 

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Le garçon-sorcière #2 et #3

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à treize ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic de Molly Knox Ostertag
Kinaye (2021), 208 p. série terminée en trois volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

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Tout semble rentré dans l’ordre depuis qu’Ariel participe aux enseignements magiques de la famille d’Aster. Tous deux continuent de voir Charlie et les cousins et vivent leur vie de collégiens faite de petits moments de bonheur partagés. S’annonce alors le Festival du Solstice sui désigne chaque année le Métamorphe du solstice et la sorcière du solstice. Ce moment festif de partage va réactiver des peurs et rivalités entre les enfants, alors qu’une menace venue du passé d’Ariel mets en danger cet équilibre…

Salut Talia. On se retrouve après un petit moment sur les deux albums qui concluent la série du Garçon-sorcière. Depuis tu as lu quelques autres histoires de sorcellerie, comme l’Atelier des Sorciers. Est-ce que tu peux comparer ces deux univers?

Ce sont des mondes très différents car dans l’un les sorts sont dessinés (secrètement) et dans l’autre ils sont parlés / dits / récités.

Résultat de recherche d'images pour "la sorcière du solstice ostertag"Les familles de Charlie et d’Ariel sont particulières…

Les parents de Charlie sont homosexuels (hommes) et Ariel ne connaît pas sa famille jusqu’à ce que sa tante la contacte (contre son gré) et lui donne un moyen de l’appeler.

Lors du festival du Solstice qu’est-ce qui dérange le grand cousin Métamorphe dans le fait qu’Aster participe au tournoi de sorcière?

Pour lui, les garçons doivent être métamorphes et les filles sorcières, et il ne devrait y avoir aucune exception. Le fait qu’Aster soit sorcière et non métamorphe le trouble.

Aster, Ariel et Sedge ont un point commun, lequel?

Ils ne suivent pas la même voie que leur famille. Ils paraissent « différents » , « anormaux »… aux yeux des autres: Aster devrait être métamorphe pour sa famille, Ariel devrait être une sorcière maléfique, Sedge était métamorphe et a choisi de côtoyer les humains normaux dans le collège de Charlie.

Selon toi pour quelle raison Ariel décide de partir avec sa tante en devenant soudain méchante avec ses amis?

Elle a peur de leur faire du mal et préfère aller là où elle est sûre de ne pas pouvoir les toucher. Elle pense peut-être réussir à apprendre à maîtriser ses pouvoirs pour être sûre de ne rien leur faire.

Du coup, entre Harry Potter, l’Atelier des Sorciers (et d’autres?) quelle série a ta préférence et pourquoi?

Je n’ai pas de préférence. L’Atelier et Harry Potter sont plus proches l’un de l’autre, le Garçon-sorcière est le plus différent mais j’aime aussi beaucoup.

Merci Talia! C’est fini pour les aventures d’Aster… Qui sait quelles aventures on va chroniquer la prochaine fois?

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Merci Talia tu peux retourner étudier ton grimoire!


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "solcière du solstice ostertag"Après le très bon premier volume, ce qui est désormais une trilogie (clôturée) apparaît comme un vrai miracle de la littérature jeunesse de par la très grande subtilité et intelligence thématique de l’autrice Molly Ostertag. En introduisant le plus simplement du monde des personnages souvent qualifiés de « minorités », elle détourne le caractère de « normalité » avec une approche toujours très positive. Quand les deux papa de Charlie sont bien intégrés, l’un d’eux directeur d’école, ce sont les appartenances magiques qui créent à l’inverse des tensions d’intégration. Le second volume est le plus dur avec ce personnage de sorcière puissante de par sa rancœur intérieure (le « côté obscure de la Force »…) que la bonté d’âme et le positivisme omniprésent de Charlie va forcer à accepter l’aide et l’amitié des autres. Ce personnage est un axe central, de par sa force de caractère, autour duquel les autres personnages plus abîmés vont tourner.

Que ce soit l’identité sexuelle, l’homoparentalité, l’adoption et simplement la différence et la norme familiale, cette série parle aux jeunes avec simplicité, dans un graphisme pas si basique qu’il n’y paraît en montrant la différence de la meilleure façon possible: en la rendant normale. Du coup les problématiques des jeunes deviennes des difficultés de construction très classique chez les ado, faisant comprendre que ce qui est compliqué ce n’est pas ce qui sort de la norme, c’est le fait de savoir qui l’on veut être. Message hautement positif, jamais manichéen et qui fera du bien à tout ado et pré-ado, cette série pouvant se lire assez tôt avec les parents. Un classique!

A partir de 9 ans.

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Les sisters #15: fallait pas me chercher!

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!


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BD de Cazenove et William
Bamboo (2020), 48p., série en cours, 15 tomes parus.

Le billet sur le tome 14 détaille l’édition et le concept de la série.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Les sisters c’est Wendy et sa petite sœur Marine. L’une grandit et arrive à l’âge des amours et des copines quand sa sister n’a pas du tout envie de lâcher ses doudous… A force de se chamailler, la terrible Marine, jamais en manque de bêtises, a pris une décision: cette fois c’est sur, elle remplace sa sister!

Salut Talia! Ça fait longtemps qu’on ne s’était pas retrouvés sur un Avis des kids et ça tombe bien puisque le dernier Sisters vient de paraître. C’est une de tes séries préférées je crois… Peux-tu nous dire ce qui te plaît tellement dans cette série?

J’adore la personnalité des deux sisters et le format en sketch super drôles! Marine n’arrête pas de se faire des délires…

A ton avis est-ce que c’est complètement inventé ou ça te rappelle des choses avec ton grand frère?

Avec mon frère on se chamaille mais pas sur les mêmes choses vu qu’on n’est pas sur les mêmes centres d’intérêt. Marine Titille sa sister pour obtenir ce qu’elle veut. Elle veut toujours savoir ce qu’il y a dans le journal intime de Wendy et l’enquiquine quand elle est avec Maxence parce qu’elle est très jalouse!

Elle ne veut pas voir sa sister grandir?

Depuis le début de la série elles ont à peu près le même âge sauf sur quelques sketch où on les voit petites et la dernière page où on les, voit adultes… et les choses ne changent pas beaucoup…

Peux-tu nous parler des petits bonhommes en haut des pages?

C’est puduk le doudou de Wendy (qui pue par-ce qu’elle ne veut pas le laver) qui résume en une image drôle le thème du sketch. [comme sur la coccinelle de Gotlib]

Est-ce que Marine est tout le temps aussi affreuse?

Non pas toujours. Il leur arrive de faire volontiers des bêtises ensemble, comme avec les cartons de polystyrène qu’elles utilisent comme de la neige… Et parfois c’est Wendy qui lui fait des crasses et se venge en lui tendant des pièges avec les parents!

Est-ce que tous les albums sont identiques et penses-tu que la série se terminera?

Il y a un thème général sur l’album mais sinon les personnages sont toujours les mêmes et les blagues du même type. Ça peut se prolonger à l’infini car il n’y a pas vraiment d’histoire. Tant que c’est drôle…

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Les Sisters - tome 15: Fallait pas me chercher !: Amazon.fr: Cazenove,  Christophe, William, William: Livres

Merci Talia, Nikol crême!


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Comme chaque année c’est le retour des Sisters! On est encore loin des vétérans Tuniques bleues mais avec quinze années de publication et une ribambelle de séries dérivées sous divers formats on imagine effectivement que ces blagounettes toujours drôles peuvent durer encore quelques années. Le thème de l’album est donc Marine qui fait la tête à Wendy et les auteurs nous montrent les efforts des copines des deux sisters pour les rabibocher. On voit moins les parents que sur le tome précédent il me semble, et le cœur de la BD reste bien sur la petite peste qu’on adore voir chambouler la vie de sa petite famille! Avec une excellente maîtrise technique qui permet de jolis gags visuels, une palette de couleurs flashy très adaptée à une série jeunesse et des références à tout va, qu’elles viennent de l’histoire de la BD d’humour (les classiques Gotlib, Waterson ou Gosciny) ou de la vie quotidienne de la plupart des familles, les Sisters mérite amplement son succès et arrive à plaire autant aux parents qu’aux enfants.

A partir de 9 ans.

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***·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Nicnevin et la reine de sang

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Comic de Helen Mullane, Dom Reardon  et Lee Loughridge
Les humanos (2020), 128 p. format comic, one-shot

bsic journalismMerci aux Humanos pour cette découverte.

nicnevin_50525_zoomedVoyant régulièrement passer des « évènements » de nouveaux comics indé poussés par une communauté de lecteurs de comics toujours enthousiaste je n’avais pas fait attention à l’évènement que constitue le lancement du label H1. Explication: il s’agit ni plus ni moins qu’une nouvelle collection de comics originaux par des auteurs anglo-saxons lancée par les Humanoïdes associés et leur branche américaine. Avec un certain Mark Waid (auteur du culte Kingdom come) en chef éditorial,  l’enjeu est rien de moins que de proposer à une génération d’auteurs traumatisés par le conservatisme moral et capitalistique du Big Two une alternative européenne sans compromission avec les canons des comics, y compris super-héroïques. Je vous renvoie à la revue de la conférence de presse dont le lien est sur le billet de Dahaka  (Omni) en début de semaine. Les ouvrages sont publiés au format chapitré classique aux Humanos USA avant d’être traduits par la même maison en format album.

Lorsque la mère de Nicnevin, ado métisse très attachée à la connexion de son smartphone, annonce qu’ils partent en vacances dans la vieille maison de famille au fin fond de l’Angleterre, elle sait que les jours qui s’annoncent vont être atroces… Collée à sa musique et à ses échanges avec son ami elle est très loin des traditions locales empreintes de mysticisme et de sorcellerie. Lorsque survient un atroce meurtre rituel, ce petit univers s’anime et l’oblige à faire face à son héritage familial…

Pour Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"ma première lecture de la très qualitative collection H1 des Humanos j’ai été assez conquis par une narration très sophistiquée et réussie en alternance entre quotidien immédiat de l’héroïne et visions fantastiques subtilement agencées de manière à ce que l’on ne sache jamais si elles sont issues de l’esprit de Nicnevin ou totalement découplées. L’histoire ne réinvente rien et rappelle par moments le récent et très réussi Black Magick pour l’idée d’une sorcellerie très féminine et familiale. Le thème n’est pas nouveau mais lorsque c’est réussi cela propose une vision spécifique permettant autant de variations que d’héroïnes. Si la Rowan de Rucka et Scott est une inspectrice dans la force de l’âge et très sensible, l’apprenti-sorcière de Mullane est une ado typique très crédible dans sa contestation de l’autorité, son conflit avec sa mère et sa recherche d’un piment à sa vie… qui coïncide souvent avec la recherche romantique de l’amour.

Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"Ce qui permet de rester attaché au personnage de Nicnevin c’est l’alternance de mystérieuses séquences semi-fantastiques où la Nature semble perturbée par les forces souterraines que cherche à convoquer le meurtrier. Dans un style graphique qui me rappelle le dessin anguleux de Phil Hester sur Shipwreck, Nicnevin reste dans une ambiance sombre aux couleurs rappelant le gris du ciel anglais et une nature hivernale vaguement inquiétante. Avec un thème intéressant mais déjà très utilisé par ailleurs et un dessin efficace mais qui ne suffit pas à justifier par lui-même la lecture de l’album, c’est clairement le découpage qui fait ressortir la création d’Helen Mullane de la moyenne des comics de genre. Jouant sur une grande variété de structuration de ses pages, du gauffrier aux cases pleine largeur ou verticales, le dessinateur instille un rythme incertain qui met le lecteur dans la recherche d’indices auxquels se raccrocher en vain. Dans une ambiance lente, où le temps semble arrêté, on saisit des instants peut-être liés, peut-être lointains, qui aident à l’insertion des images d’animaux aux comportements anormaux ou d’une nature que l’on imaginerait volontiers mue par des puissances telluriques.  Comme toujours dans les récits fantastiques c’est l’économie de surnaturel et le maintien d’un mystère narratif qui fait l’ombre dans laquelle le lecteur va se plonger avec envie. Sur ces points Nicnevin est très réussi, respectant parfaitement son canva.

Résultat de recherche d'images pour "nicnevin and the bloody queen"Sur un format one-shot avec une trame classique il est compliqué de proposer quelque chose de très novateur. Ce n’est pas ce que recherchent les auteurs dont la focale porte bien sur cette adolescente au tempérament bien trempé. La couleur de sa peau (elle, sa mère et son frère sont métis) étonne dans une histoire de sorcellerie de l’Angleterre profonde qui nous a plus habitué aux vierges rouquines. Ce petit détail permet de donner une modernité à cette variation dont la principale qualité est la grande précision des textes comme du récit graphique. On peut raconter mille fois la même histoire pour peu que les auteurs aient une sensibilité originale à proposer. C’est le cas ici et cela suffit à nous attirer dans les filets de la reine de sang. Si vous aimez les polars humides et terreux de campagne, si le thème de la féminité naissante au travers du prisme des sorcières vous interpelle, profitez de cette nouvelle réussite du label H1 qui se lit avec grand plaisir.

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