*****·East & West·Guide de lecture·Manga

L’atelier des sorciers #2-7

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Manga de Kamome Shirahama
Pika (2018-) – Kodansha (2016), 194p./volumes, 7 tomes parus en France.

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Quelle est cette confrérie du Capuchon qui tourne autour de Coco et ses co-disciples et semble inquiéter les plus hautes instances de l’Académie, notamment la Milice, puissants sorciers chargés de maintenir la Loi? A mesure qu’elle pénètre dans cet univers nouveau, Coco va devoir faire face à l’adversité, y compris de ses amis tout en leur offrant sa bonté d’âme. Car sans soutiens il sera dangereux de faire face à ses projets sans se soumettre à la Magie interdite…

L'atelier des sorciers tome 3 - BDfugue.comMon enthousiasme initial se confirme sur l’ensemble des tomes parus jusqu’ici (la France a un tome de retard seulement sur le Japon) qui voit la conclusion du premier arc à la fin du volume cinq. Le tome 2 reprend dans le monde caché où les apprenties ont été enfermées et où elles doivent affronter le gardien, un terrible dragon avant de se retrouver confrontées aux inquisiteurs après avoir usé de magie de manière inconsidérée. Déjà la nécessité de la solidarité entre ces filles aux objectifs, problèmes et tempérament bien différents, se montre et va nous ouvrir plus tard sur les vertus (chevaleresques?) nécessaires pour faire un bon sorcier, bien au-delà des seules compétences techniques. Dans le tome 3 Coco fait la connaissance d’un jeune garçon handicapé alors que son maître affronte pour la première fois la confrérie du Capuchon et nous révèle une détermination surprenante qui l’amène à prendre des mesures dangereuses pour ses proches… Les tomes 4 et 5  entrent dans l’action avec l’irruption de la Confrérie du capuchon lors de la seconde épreuve de validation que subissent Trice et Agathe…  Ils concluent un premier arc avec la révélation d’un des deux sorciers au capuchon et un changement relationnel entre les apprenties de Kieffrey… toujours plus mystérieux dans ses relations aux autres groupes (Milice, le papy, la confrérie Capuchon,…). A ce stade on commence à apprendre des éléments sur le passé et sur l’origine des lois drastiques qui expliquent la radicalité d’une Milice prête à effacer la mémoire de personnes ayant outrepassé les règles. Comme toujours dans les bonnes histoires, il y a du gris, beaucoup de gris entre le vernis L'Atelier des Sorciers : La magie du dessin Journal du Japonmagnifique de cette société magique au design superbe (qui permet à l’autrice de se régaler sur le moindre détail d’artisanat ouvragé), la réalité qui confronte des méchants peut-être pas si mauvais et  une institution dont la rigidité peut masquer un autoritarisme pas si bienveillant… Dans les tomes 6 et 7 le petit groupe se retrouve réfugié à l’Académie sous-marine où l’on en apprend un peu plus sur les personnages importants de la haute institution magique, avec les membres de la Milice et le fameux messire Berdalute qui nous révêle le passé de Kieffray et Olugio.

Ce qui marque dans cette série c’est le parallèle entre la magie et la création graphique avec l’imaginaire et la technique du dessin. Agathe est une virtuose technique mais n’a pas l’imagination de Trice. Kamome Shirahama semble nous parler de son art qui nécessite plus d’imaginaire que de technique malgré le rôle joué par le dessin dans les manga. Comme beaucoup de virtuoses elle peut se permettre de mettre en valeur ce qu’il y a sous l’habillage. Pourtant son dessin touche à l’artisanat, avec un style proche de Miyazaki ou des artistes classiques italiens, dans des planches parcourues de petits traits et hachures et une utilisation minimaliste des classiques trames de manga. Son amour de l’artisanat, des formes-objets est omniprésent et nous rappelle dans ce soucis du détail des Bourgeon ou Bourgier.

Les thématiques abordées sont elles plus classiques et nous renvoient tout de même à Harry Potter, avec cet ordre aristocratique méprisant les simples humains (avec tout de même une forme d’inversion sur le côté utilitaire des sorciers par les puissants nobles) et surtout l’importance de la morale dans l’utilisation de la magie. Cette dernière est potentiellement toute puissante et beaucoup de l’aspect dramatique repose sur l’interdiction d’utiliser cette magie pour soigner. On voit le tabou de contester la mort, que l’on retrouve dans FullMetal Alchemist ou dans Starwars avec l’idée d’un « côté obscure » où on imagine bien l’héroïne tomber à un moment… Tradition familiale et destinée individuelle, ambition, la Loi et l’ordre avec des renversements entre des méchants à l’esprit « révolutionnaire » sont les autres grandes thématiques de cette majestueuse série qui mérite amplement sa notoriété, avec une qualité moyenne très élevée sur chaque volume, même si on peut trouver quelques petits ventres mous par moment.L'Atelier des Sorciers Tome 6 - Émerveille moi à nouveau

Si vous n’avez pas encore commencé cette série (voir même si vous n’avez jamais commencé les manga) c’est le moment! Avec une facilité pour entrer dans ce monde liée à la familiarité avec des univers connus (Harry Potter, une approche tout à fait européenne du dessin), L’atelier des sorciers est un classique immédiat qui allie comme rarement un plaisir graphique omniprésent et un univers très solide.

*****·Manga

L’atelier des sorciers #1

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Manga de Kamome Shirahama
Pika (2018) – Kodansha (2016), 194p./volumes, 6/7 tomes parus en France.

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Dans un monde où la magie est  courante mais pratiquée par une caste de sorciers aux rites secrets, la jeune couturière coco se retrouve malencontreusement capable de lancer des sorts… intégrée à une classe d’apprentis sorciers elle va devoir mettre toute sa volonté en avant pour sauver sa mère victime d’un maléfice…

L'Atelier des sorciers », manga enchanteurLors de ma participation au jury BDGest’arts 2019 ce titre était apparu et avait enthousiasmé les jurés. Je n’avais pas eu alors le temps de m’y pencher, sceptique comme beaucoup sur ce nouveau manga « Harry Potter-like »… Ma fille ayant reçu le premier volume en cadeau j’ai pu tenter l’expérience et ce fut un émerveillement! Je le répète souvent, je suis un petit lecteur de manga très critique du fait notamment de mon « apprentissage » sur les premières séries (aujourd’hui classiques) publiées par Glénat et Tonkam à l’orée des années quatre-vingt-dix. Je reproche souvent aux dessins manga d’être un peu légers et il est indéniable que sur ce plan l’œuvre de Kamome Shiramaha, diplômée des Beaux-arts de Tokyo, est une révélation graphique du niveau des dessinateurs italiens, voir d’un Moebius. Il arrive qu’un manga évolue entre son premier tome et la suite et je dois dire que si le dessin ne baisse pas on est clairement en présence d’un des plus beaux manga jamais produits, tout simplement! Le niveau de détail de ces planches, la finesse du trait, la richesse des designs des costumes, décores et monstres vous plongent dans des gravures victoriennes largement au niveau du monstrueux Dracula récemment sorti par Georges Bess. Publiant un volume par an, la productivité de l’autrice est stupéfiants et montre son niveau technique très nettement au-dessus du lot. Précédemment à l’œuvre sur la courte série Divines (également chez Pika), je pense que je vais suivre Shirahama une fois que j’aurais rattrapé mon retard sur l’Atelier.

https://www.journaldujapon.com/wp-content/uploads/2019/09/scan-17.pngEt sur le plan du scénario qu’est-ce que ça donne? Je dois dire que mes réticences ont été assez vite levées, non par l’originalité proprement dite de l’univers (on reste dans un monde de magie avec chapeaux à pointe) mais plutôt par le classicisme élégant auquel se rattache Shirahama qui lorgne bien plus vers les légendes britanniques à la Lewis Caroll que vers le bestiaire monstrueux nippon. Si l’intrigue avance très rapidement dans ce tome introductif, mettant en place le drame initiale voyant la jeune inexpérimentée fauter malgré elle, on commence à découvrir l’univers des mages, leurs règles et le début d’une conspiration incluant Coco. L’idée d’une répartition du monde entre personnes sensibles ou non à la magie est rapidement révélée et me rappelle le très bon manga français City Hall où la même idée d’une magie interdite et écrite (dans l’Atelier elle est dessinée) était transposée dans un univers cyberpunk. On se retrouve donc avec une histoire d’apprentissage avec un puissant et mystérieux mentor, une équipée de jeunes filles apprenties avec quelques jalousies dangereuses et une adorable fille dont l’indépendance d’esprit va sans doute bouleverser les équilibres.

Tout à fait remarquable et sans défauts apparents, cet Atelier des sorciers m’a fait tomber sous son charme et se rajoute immédiatement à ma (courte) liste des séries à suivre impérativement!

***·BD·Comics·Nouveau !

Les Chroniques d’Under-York #2: Possession

La BD!

Deuxième tome d’une trilogie écrite par Sylvain Runberg et dessinée par Mirka Andolfo, 60 pages, parution le 18/03/2020 aux éditions Glénat.

 

Vivons heureux, vivons cachés

Alison Walker est une jeune new-yorkaise en apparence sans attaches. En apparence seulement, car la jeune artiste en devenir a, en réalité, fait le choix de fuir sa famille et de dévier du chemin qui lui était tracé par son clan.

Alison n’est pas une fille ordinaire, car elle est issu d’une communauté ancestrale, qui détermine en secret et grâce à la Magie le sort de New-York, recluse dans un sanctuaire sous-terrain invisible aux yeux des mortels. Alison avait d’autres ambitions et a donc décidé, au grand dam de ses parents, de délaisser sa prometteuse vocation de magicienne afin de les concrétiser.

C’est ainsi que nous la découvrons dans le premier tome, alors qu’elle va être rattrapée par ce monde magique qu’elle cherchait à fuir. Alison va devoir faire équipe avec son frère Bayard pour stopper une série de perturbations et d’attaques magiques, sans se douter que c’est non pas le sort de la ville, mais du monde entier qui est en jeu. Sera-t-elle aussi réticente lorsque la vérité lui apparaîtra ?

The Voodoo that you do

L’intérêt des Chroniques d’Under-York réside avant tout dans l’originalité de sa prémisse. Bien sûr les mondes magiques et cachés ont été évoqués et visités à l’envi auparavant, il n’en demeure pas moins que l’aspect visuel de l’Under-York, pentagramme servant de fondations à New York, reste saisissant et impose immédiatement à l’esprit du lecteur le concept de départ.

L’idée de revisiter la Gross Pomme sous l’angle de la sorcellerie ouvre la porte à des intrigues potentiellement passionnantes, entre luttes de pouvoir et influences occultes. Le scénariste débute ainsi cette exploration en mettant en scène la prochaine élection municipale, où se jouent autre chose que les taxes locales.

Néanmoins, à ce stade de la trilogie, l’intrigue principale, qui met Alison et Bayard sur la piste du démon babylonien Marduk, ne brille pas par son originalité, mais elle demeure bien construite. Nous en restons pour l’instant à un chassé-croisé entre les héros et le démon tout au long de l’album, avec, concédons-le, un cliffhanger saisissant qui donne envie d’enchaîner avec le tome 3, même si a priori, la situation ne peut-pas être aussi désespérée qu’elle y paraît, magie oblige.

A propos de magie, une des observations que l’on pourrait en faire dans Chroniques d’Under-York est, qu’alors que la volonté de l’auteur est assez explicitement établie (au travers de sa protagoniste) de se démarquer de la saga Harry Potter, le type de magie utilisé n’en diffère pas vraiment. Certes, plusieurs pratiques et ethnies y étant rattachées sont représentées (le clan d’Alison pratique le vaudou, un clan rival pratique le druidisme, etc), mais au final, on a quand même droit à des sorts relativement classiques, le tout dans un système dit de « magie douce » (par opposition à la « magie dure« , où les règles et les limites sont clairement établies).

Toutefois, ce que les Chroniques d’Under-York parviennent à faire, c’est rendre attachante la protagoniste Alison, par le biais notamment, d’un journal intime, dont les entrées disséminées au fil de l’album permettent d’approfondir le personnage en fouillant son vécu douloureux. Le thème de l’exclusion, de l’ostracisme, et celui des différences, sont opportunément illustrés par Alison, que ce soit dans sa volonté de s’exiler pour vivre sa propre vie ou encore son désir d’aider les plus démunis.

Les dessins de Mirka Andolfo sont impressionnants de dynamisme, on sent d’ailleurs l’influence notable de certains artistes issus du comics, Michael Turner en tête.

Les Chroniques d’Under-York est donc une œuvre pêchue bâtie sur une prémisse prometteuse, une trilogie à suivre !

****·Comics·East & West·Nouveau !

Black Magick #2: passé recomposé

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Comic de Greg Rucka et Nicola Scott
Glénat (2018) – Image (2015), 2 volumes parus, série en cours.
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Comme souvent  dans les éditions comics françaises après un premier tome bien chargé en bonus, la suite est pauvre, voir inexistante. Heureusement, le sérieux de suivi de maquette chez Glénat comics assure un bel album en couverture non pelliculée (j’aime bien) et une illustration de couverture intrigante et qui révèle la violence de l’album.

Les forces occultes se sont révélées à Rowan et ses amies sorcières et à mesure que son enquête de police progresse elle constate les pouvoirs inouïs de ces puissances. Que lui veulent-elles? Que recherche également l’Aira, ce groupe de chasseurs de sorcières dont les motivations ne semblent pas correspondre à ce qu’en sait Rowan? A mesure que chacun se révèle il viendra le temps pour notre héroïne d’assumer ses pouvoirs et son statut de sorcière…

Résultat de recherche d'images pour "black magick 2 scott"Ce qui m’a plu dans le premier volume de Black Magick c’est le traitement inhabituel, tout en douceur, l’intérêt des auteurs sur les personnages, leurs relations, plus que sur le background fantastique ou l’action. Bien sur il y a de l’action, également dans cette suite qui reprend le même schéma que l’album précédent. Bien sur il y a de la magie, qui monte en puissance cette fois-ci après la révélation à la fin du précédent. Contrairement à la mise en place du « Reveil » les différentes factions sont connues et commencent à se rencontrer. Le tome est axé sur la prise de contact entre l’Aira (que nous a fait découvrir le long récit fictif de fin du premier tome) et les deux sorcières. La structure enquête policière/confrontation magique/irruption de l’Aira reste inchangée. On monte seulement d’un cran dans la connaissance de l’intrigue et des protagonistes. Cet épisode semble marquer une rupture dans l’équilibre en place en début de série alors que les tensions avec son équipier augmentent et que l’héroïne découvre que les forces du mal ont des projets pour elle…

Sur le plan graphique, on continue de se régaler devant les dessins de Nicola Scott qui use à merveille de ses tons gris-sépia avec quelques irruptions numérique de couleurs pour des effets spéciaux de flammes ou de magie très élégants. La dessinatrice est aussi à l’aise dans les nombreuses scènes intimistes que dans les séquences d’action. L’esthétique générale « côte est » faite de pull-over confortables, de thé au coin du feu et de jolies maisons enneigées participe à l’ambiance ouatée de la série.Résultat de recherche d'images pour "black magick 2 scott"

Hormis les deux séquences introductives nous relatant l’initiation de Rowan aux vies passées  et la disparition de sa mère, on est dans la droite continuité du début de la série et il faudrait que le prochain tome passe la seconde vitesse pour entrer dans l’action, au risque de finir par lasser le lecteur. Mais pour l’instant la recette fonctionne dans un confort certain, comme l’épisode hebdomadaire de la série du moment où l’on retrouve avec plaisir des personnages attachants.

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****·Comics·East & West·Nouveau !

Black Magick #1

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Comic de Greg Rucka et Nicola Scott
Glénat (2018) – Image (2015), série en cours.
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Cela fait quelques comics indé Glénat que je lis et je dois dire que l’éditeur soigne ses ouvrages. La couverture est non pelliculée, maquette extérieure harmonisée entre les volumes, couvertures originales des épisodes, couvertures alternatives assez dispensables en fin de volume ainsi qu’un très long texte pseudo-historique détaillant la chasse aux sorcières au Moyen-Age et faisant office de prologue (et que je conseille vivement de lire pour poser le contexte historique de cet univers). Je ne trouve pas la couverture ni parlante pour ce volume ni particulièrement réussie, dommage pour une illustratrice du talent de Nicola Scott. Globalement du bon boulot d’édition.

Rowan Black est une sorcière. Elle est aussi flic à Baltimore (vous savez, la ville de The Wire…). Lorsque ses deux vies se retrouvent emmêlées elle devra comprendre la menace qui plane sur elle, une menace qui vient du fond des âges et transgresse les règles en utilisant le Magick

Lorsque ce volume est sorti j’ai été accroché par les aperçus des planches intérieures, plus que par la couverture ou le sujet qui ne semblait pas très original (les histoires de sorcières on en a vu pas mal…). Je ne l’avais pas alors remarqué mais l’illustratrice, Nicola Scott (quoi, une illustratrice dans l’univers des comics de super-héros? Çà existe? Yessss!) est à l’origine des magnifiques couvertures de Wonder Woman Rebirth. Côté scénariste, je n’avais rien lu de Greg Rucka et je viens tout juste de me forcer à lire le premier Lazarus, série encensée mais horriblement dessinée… Avec de très bons échos et une histoire policière assez classique, j’ai décidé de me lancer sur Black Magick.

Résultat de recherche d'images pour "scott black magick"Et très bien m’en a pris tant cet album à l’esprit résolument européen est réussi et inspiré! C’est la première réflexion que je me suis faite en fermant ce tome sur un cliffhanger très réussi: une sensibilité, une atmosphère étonnante pour une histoire de guerre occulte sur fonds de magie noire. Ce tome a des similarités avec une autre série, franco-belge (ou italo-belge…): Rapaces. Le dessin d’abord, très proche de la technique de Marini, faite de beaux visages, de couleurs au lavis dans un cadre très dessiné. Scott comme Marini ont une parfaite maîtrise anatomique qui leur permet de dessiner les contours des personnages et quelques traits intérieurs mais c’est  le pinceau qui donne de la. Cela donne un habillage vraiment superbe. Malgré la présence d' »assistants » indiqués en crédit, cette méthode est toute européenne et très éloignée des habitudes industrielles séparant dessin/encrage/couleur. Idem pour la planche d’homme nu, aussi naturelle que dans un Marini ou toute autre album européen et qui renvoie la récente affaire de la bite de Batman au rayon de vaste rigolade infantile…

Résultat de recherche d'images pour "scott black magick"Le scénario également démarre sur les mêmes bases: une enquêtrice et son super collègue se retrouve confrontée au fantastique. On part sur de l’enquête policière dans ce qu’il y a de plus traditionnel (preuves, légiste, témoignages,…) mais la principale différence ici est que contrairement à Rapaces dès les premières pages nous savons que Rowan est une sorcière. La question qui se pose sera de savoir qui lui en veut et la mise en place d’une conspiration entre factions occultes. A ce titre, l’irruption d’un « agent allemand » donne lieu à deux pages… en allemand non traduit! Le soucis c’est que les dialogues sont très importants pour comprendre à qui nous avons affaire et je n’explique pas que l’éditeur se soit dispensé d’une traduction…

Généralement c’est sur les scénarii que l’on remarque avec la plus grande évidence la différence entre les auteurs hommes et femmes. Sur Black Magick, sans connaître le scénariste j’aurais parié sur un duo féminin, en raison d’un rythme, d’une attention donnée à des détails d’ambiance et de relations entre les personnages. Sur ce plan le duo formé par Rowan et Morgan, son équipier, dans une relation toute en regards (magnifiquement et très subtilement rendus par Nicola Scott) est vraiment intéressant, nous laissant deviner un amour platonique, à moins que l’héroïne ne se fasse des idées, son confrère attendant tout juste un enfant et semblant par ailleurs très heureux en couple… Résultat de recherche d'images pour "scott black magick"Les auteurs posent très discrètement des jalons vers une montée en tension, reposant sur la protection par la sorcière de ce cadre familial idéal que l’on imagine devoir être bientôt menacé…

Ce que j’ai aimé dans cet album, c’est vraiment la délicatesse des dessins et des ambiances (pourtant il y a bien des cadavres, un esprit démoniaque et des tensions). Les visages mélancoliques de Scott y font beaucoup et la perfection des traits et des planches globalement ajoutent à ce bien être du lecteur pour un album vraiment agréable à découvrir. On part donc sur des bases très qualitatives, qui peuvent aboutir à une très grande série si le tout reste aussi maîtrisé dans les prochains tomes. Un des tout meilleurs comics de l’année!

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***·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #2

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


Hariti

BD de Igor Szalewa Et Nicolas Ryser
Glénat (2001-2004), 3x46p.

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Dans l’Afrique des légendes, des fétiches et de la magie, la sorcière Hariti, stérile, va tout faire pour connaître l’amour maternel. Mais son pacte avec les puissances ancestrales est risqué. Si elle est prête à tous les sacrifices, les dieux l’entendent-ils ainsi?

La série de Ryser et Szalewa, injustement méconnue, propose d’entrer dans une Afrique entre croyances traditionnelles et vaste cosmogonie fondatrice. Car au travers du personnage archétypal de la sorcière Hariti (qui a des ressemblances avec Karaba, la sorcière de Kirikou, qui a pu influencer les auteurs ici) c’est bien le mythe originel de l’enfantement du monde, de l’Homme et du peuple africain qui est proposé. Les décors nous emmènent du pays de cocagne interdit aux hommes à l’arbre aux fruits défendus et le monde des esprits. Les sortilèges peuvent ôter la conscience aux rois et les corps fusionner avec les racines. Cet univers, bien que très coloré sous les pinceaux magnifiques de Nicolas Ryser (dont c’est la première BD) est sombre, rocailleux, fait d’épines et des traits torturés d’une Hariti vieillissante au travers des trois albums qui s’étirent sur une vingtaine d’années.

hariti3L’intrigue est par moment difficile à suivre (notamment dans le tome 1) en raison de sauts temporels ou d’action assez brutaux. Cela peut être vu comme une faille du scénario ou comme une volonté de s’inscrire dans le récit mythique où le temps n’a pas de valeur, pas de norme. La relation entre la fille et la marâtre, la jalousie exclusive et l’amour ambigu sont montrés avec subtilité derrière ces cases  à la force tribale. Mais le personnage central demeure celui de la sorcière Hariti: rarement un anti-héros aussi sombre aura été assumé de la sorte et bien peu de choses permettent au lecteur de s’y attacher! Elle fait le mal, revancharde, puissante, tenant tête à des divinités décidément dures avec les hommes. Et si l’amour entre les Adam et Eve de l’histoire peut laisser un fil positif à cette légende, l’ensemble reste résolument pessimiste, comme dans la plupart des mythes de l’humanité…

Le trait de Ryser est volontairement exagéré, les corps déformés semblent chercher à reproduire les figures des fétiches de bois, créant une atmosphère propice à dérouler cette histoire. Dans Hariti pas de fausse pudeur d’ailleurs, les hommes sont le plus souvent nus et parés de quelques bijoux et bracelets, ce qui permet à l’auteur de travailler ses corps magnifiquement.

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Les arrière-plans souvent en peinture directe sans encrages peuvent paraître parfois un peu brouillons en regard des superbes personnages. L’ensemble nous transporte pourtant dans un imaginaire africain, fait d’aridité, de villages de terre et de forêts piquantes et asséchées.

Hariti est une excellente surprise aux superbes graphismes chatoyants qui montrent un illustrateur de caractère et une grande lisibilité des cases. Histoire primordiale que l’on voit peu en BD (l’Asgard de Dorison et Meyer possédait également cet élément mythologique fascinant), Hariti est un projet qui mérite de s’y arrêter, œuvre d’un travail original, sincère, talentueux et qui m’a fait découvrir un illustrateur que je vais essayer de suivre sur sa série Les derniers Argonautes.

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