****·BD·Nouveau !·Service Presse

Ce que nous sommes

Histoire complète en 88 pages, écrite et dessinée par Zep. Parution aux éditions Rue de Sèvres le 16/03/2022.

Merci aux éditions Rue de Sèvres pour leur confiance.

Brain Dead

Dans un futur plus proche que l’on ne le soupçonnerait à première vue, les progrès technologiques ont permis la création du Data Brain Center, un projet mettant à la disposition des plus fortunés des ressources numériques au potentiel illimité. Grâce à des implants, il est possible pour cette catégorie d’individus de télécharger des sommes stratosphériques de connaissances, et de pouvoir vivre sans limite toutes sortes d’expériences virtuelles presque aussi tangibles que le réel. On parle même d’extensions comprenant la télépathie et la télékinésie.

Mais qu’est-ce que le réel, au final, si ce n’est l’interprétation faite par notre cerveau d’impulsions électriques générées par les stimuli externes ? De ce point de vue, les expériences vécues virtuellement par Constant, lui aussi doté d’un implant, peuvent être vues comme authentiques, à la différence près que celui qui les vit est encore en mesure de distinguer le plan matériel du virtuel.

ça doit coûter cher en gigas

Ainsi, Constant profite d’une vie oisive, bénéficiant d’un savoir qu’il n’a pas acquis, et peu soucieux du coût énergétique et environnemental de sa condition d’être humain augmenté. Sa vie bascule toutefois lorsque son cerveau numérique est piraté. Dépouillé de tous ses privilèges, Constant échoue dans la forêt qui borde la ville, là où vivent tous les marginaux, ou en tous cas ceux qui n’ont pas pu s’offrir les joies et plaisirs de cette révolution numérique qui pompe 90% de l’électricité produite.

Recueilli par Hazel, Constant n’a plus aucun souvenir, ni son nom (stocker tous les éléments relatifs à son identité dans son cerveau numérique, avouez que c’est un peu bête), ni quoi que ce soit de relatif à son origine ou son existence passée. Ancienne chercheuse chez DataBrain, Hazel en déduit bien vite que Constant était un « augmenté » et qu’il a été victime d’un piratage. Le duo va donc se lancer dans une quête pour retrouver l’identité du jeune homme et découvrir qui est responsable de sa dégradation.

Humains après tout

Célèbre pour avoir imaginé et dessiné les aventures d’un certain Titeuf pendant trente ans, Zep poursuit en parallèle sa carrière d’auteur en explorant des thématiques sociétales. On lui doit par exemple Une Histoire d’hommes, Un bruit étrange et beau, The End, ou Paris 2119, qui tranchent avec la naïveté impertinente de Titeuf.

Ici, l’auteur aborde de front la thématique du transhumanisme et les débats éthiques et les paradoxes soulevés par cette notion. Alors que l’avenir de l’Humanité est de plus en plus incertain, que les ressources se raréfient et que les sols perdent inexorablement leur fertilité, certains optimistes continuent d’imaginer un futur à l’Homme, qui s’affranchirait justement des contingences matérielles par le biais d’une existence virtuelle. Dépasser ainsi ses limites et devenir un post-humain est un projet en soi prometteur, mais Zep rappelle bien avec cet album que ces progrès, comme tout progrès jusqu’ici d’ailleurs, ne profiterait pas à l’ensemble de l’humanité mais à une poignée d’élus, une oligarchie technologique qui ne ferait qu’accaparer davantage les ressources.

Car cette révolution numérique a un coût (il faut bien alimenter toutes ces machines, et les flux de données demandent de l’énergie), si bien que, plus grands les progrès, plus grand le sacrifice du plus grand nombre. L’auteur semble s’être inspiré d’un projet existant, le projet Blue Brain, qui a pour ambition de créer un cerveau synthétique, afin de déterminer si la conscience est phénoménologiquement liée à la structure du cerveau. Si tel est le cas, alors il sera effectivement possible, d’une part, de pouvoir « recréer » ou dupliquer des esprits humains en en érigeant une copie synthétique exacte, et d’autre part, d’augmenter considérablement les capacités des cerveaux humains « naturels ».

Si cette notion vous fait froid dans le dos, c’est tout à fait normal ! Zep le traduit d’ailleurs adéquatement dans son album, en appuyant bien sur l’impact qu’auraient de telles augmentations sur la psyché et le comportement humains.

Le père de Titeuf nous livre aussi une réflexion intéressante sur la dialectique du maître et de l’esclave: en mettant la technologie à son service, l’Homme se met en fait à sa merci, si bien qu’il en perd son identité. En se débranchant de son cerveau numérique, Constant meurt d’une certaine façon, et il meurt même une seconde fois lorsqu’il s’accroche à des souvenirs résiduels qui s’avèrent n’être que des fragments de ses expériences numériques. Lui qui, entre temps, est revenu dans le monde « physique » et qui a éprouvé la réalité des sensations qui étaient jusque-là simulées pour son cerveau, se rend compte de la vacuité d’une existence dématérialisée.

Car la question profonde qui parcourt Ce que nous sommes, c’est aussi de savoir à quelle mesure on doit jauger l’humanité d’un être: pouvons-nous finalement être résumés à un système nerveux central, un certain ensemble de cellules et de neurones assemblées de manière spécifique, ou notre être incorpore-t-il nécessairement une donnée physique, charnelle, une certaine expérience du monde qui nous entoure ? Est-on la somme de nos souvenirs ? Si oui, que dire de souvenirs fabriqués ou virtuels ? Ces données immatérielles invalideraient-elles l’existence d’un individu ?

Évidemment, l’album n’a pas la prétention d’apporter une réponse à ces questionnements existentiels, mais il a le mérite d’illustrer une thématique qui pourrait concerner, un jour, une partie de nos descendants.

Eu égard aux dessins, Zep montre, s’il était encore nécessaire, la largeur de sa palette graphique. La froideur du monde moderne est traduite avec des couleurs pastel, qui contrastent avec les couleurs chaudes présentes dans les séquences virtuelles, démontrant ainsi une dichotomie assez évidente.

**·***·BD·Nouveau !·Rapidos

Hard rescue #2 – Tracnar et Faribol #2

La BD!

  • Hard Rescue #2 (Bozino-Melli/Humanos) – 2022, 54p., série finie en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux Humanos pour leur confiance!

couv_438750Il y a presque un an sortait le premier tome de ce blockbuster scientifique musclé dont la réalisation paraissait solide bien que sans grande originalité. Malheureusement l’effet nouveauté passé, la lecture de ce second tome s’avère assez ennuyeuse en ce que l’aspect scientifique reste tout à fait décoratif et que les scènes d’action sont aussi marquantes qu’un action-movie direct-to-video. Les auteurs auraient été inspirés de retirer promptement ces affreuses combinaisons qui donnent un air de robot aux personnages sans capacités physiques intéressantes et de les plonger dans de la baston militaire bien plus classique comme sur l’intro du premier volume. On est en outre surpris par le déroulé qui fait qu’une fois leurs bastons écoulées les auteurs ne semble avoir pas grand chose à nous dire. Sans chercher une révolution les éléments étaient là, pour peu que l’ambition des auteurs ait recherché autre chose qu’une BD de consommation aussitôt lue aussitôt oubliée…

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  • Tracnar et Faribol #2: Stratus (Du Pelloux/Bamboo) – 2022, 56p., série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance!

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Le royaume de notre bon roi désormais débarrassé de la malfaisante sorcière qui l’avait ensorcelé, l’équilibre était revenu et les deux gredins pouvaient poursuivre leur vie de débauche rabelaisienne. Mais lorsque l’oiseau magique Stratus cessa de chanter le ciel s’assombrit pour déverser des torrents interminables sur la tête et la terre des pauvres habitants. Et revoilà le loup et le renard embarqués dans une nouvelle aventure pour sauver le royaume…

Fort enjoué par un premier récit me voilà de retour dans le conte, bien intrigué par ce que le bon Du Pelloux s’en va nous narrer. Si la jolie peinture de couverture nous place dans les meilleures dispositions, nous devons malheureusement subir la grisaille de planches qui certes reflètent l’ambiance, mais sont fort dommage quand à la belle qualité graphique de notre hôte. Les deux gredins sont fidèles à eux-mêmes et leurs aventures rocambolesques avancent vite et pleines de péripéties. Les ingrédients sont là, les trognes aussi… manque seulement cette épice qui faisait le succès du premier tome. Un petit quelque chose en moins, de l’humour peut-être, et une lisibilité moindre qui rendent cette seconde aventure… seulement sympathique. Mais c’est déjà pas mal!

A partir de 8 ans.

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****·BD·Nouveau !

La Brigade Chimérique: Ultime Renaissance

La BD!

Histoire complète en 260 pages, écrite par Serge Lehman et dessinée par Stéphane De Caneva, assisté de Lou aux couleurs. Parution le 05/01/2022 aux éditions Delcourt.

Aux héros d’autrefois

Après avoir atteint le statut de BD culte il y a de ça une décennie, la Brigade Chimérique fait son grand retour, entre fiction et réalité.

Alors que Carl Von Clausewitz nous soutenait que « la guerre n’est pas un but en elle-même« , Jean-Luc Goddard, lui, nous affirmait que la guerre ne se résumait finalement qu’à une chose: « faire entrer un morceau de fer dans un morceau de chair« . Ce point de vue, qui peut être perçu comme cynique, n’en conserve pas moins une certaine teinte de vérité.

Mais quand la chair visée par la guerre l’utilise pour se transcender, cela donne La Brigade Chimérique, univers étendu arpenté par une galerie de surhommes nés des champs de bataille de la Grande Guerre, entre 1914 et 1918. Métamorphosés par l’aura quasi surnaturelle du radium et des gaz militaires répandus dans les tranchés, de nombreux hommes et femmes se sont relevés, dotés de capacités extraordinaires qui ont fait d’eux des surhommes.

Réunis à L’Institut du Radium par Marie Curie, pionnière française de la science qui a payé de sa vie le besoin de découvertes de l’Humanité, les surhommes ont formé une ligue dédiée à la protection de Paris, de 1918 à 1934. Durant cette période, un étrange quatuor, apparu initialement dans les brumes radioactives des tranchées, a secondé Marie Curie dans sa quête de l’Hypermonde et du salut de Paris: La Brigade Chimérique, composée du Soldat Inconnu, de Matricia, du Baron Brun et du Docteur Sérum. Cependant, du jour au lendemain, la Brigade s’est évaporée sans laisser de trace, contraignant Marie Curie à laisser Paris entre les mains du Nyctalope. Deux décennies plus tard, durant l’entre-deux-guerres, les tensions croissantes entre les différentes puissances, menées notamment le Docteur Mabuse, vont inciter les héros parisiens à faire front de nouveau, cette fois sous la houlette d’Irène Joliot-Curie. Puis une série d’évènements va conduire à la nouvelle émergence de la Brigade, dont on découvrira la véritable nature au fil de la série.

La série nous apprenait ainsi que la Brigade Chimérique était la manifestation des différents archétypes psychiques d’un officier français nommé Jean Séverac, qui échangeait ainsi sa place, façon Captain Mar-Vell, avec ses avatars chimériques. Héros malgré lui, Séverac se sacrifie à la fin de la série afin d’arrêter Mabuse et son gang, qui ne sont rien de moins que l’antithèse de la Brigade et…les avatars psychiques d’un certain Adolf, qui mènera son pays vers le destin que l’on connaît.

Retour aux sources

Alors que l’inévitable spectre de la Seconde Guerre Mondiale s’étendait sur l’Europe, les surhommes, menés par le Golem, choisirent l’exil vers l’Amérique, amputant par là-même la mémoire collective du souvenir de leur existence, qui s’est lentement altéré pour ne laisser que les écrits rédigés par leurs biographes de l’époque. C’est ainsi que des figures historiques furent reléguées au rang de personnages fictifs, comme nous l’explique Lehman au cours de la première série.

Près de 70 ans plus tard, alors que le monde est devenu plus complexe encore, le Professeur Charles Deszniak, dit Dex, mène des recherches sur ce que l’on nommait déjà à l’époque l’Hypermonde, en exhumant des preuves matérielles de l’existence de ces surhommes européens que tout le monde a oublié. Il est alors contacté par Nelly Malherbe, jeune fonctionnaire sous les ordres du Préfet, pour une mission toute particulière: après avoir passé des années à chercher les chimères, Dex va devoir en réunir le plus possible afin de faire face à une menace surnaturelle qui grouille depuis peu dans le métro parisien.

Commence alors une course contre la montre pour Dex, qui va retrouver certaines des icônes d’antan, mais peut-être pas sous la forme qu’il leur connaissait: l’Homme Truqué, Félifax, et même la Brigade. Seront-ils de taille pour affronter des dangers plus grands encore que la guerre ?

Durant la dernière décennie, La Brigade Chimérique s’est taillée une solide réputation, vue comme étant la réponse française aux pontes du comics que sont Watchmen et la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, d’Alan Moore. On sent en effet d’emblée la filiation avec Watchmen dans le ton crépusculaire et le discours métafictionnel employé par les deux auteurs. Tout comme le fait Lehman, Moore implémente dans son œuvre une fiction dans la fiction qui vise à brouiller les pistes quant à la nature véritable de l’univers dans lequel se déroule l’action. Et comme dans la Ligue, la Brigade utilise de très nombreux personnages fictifs passés dans domaine public, en les mettant en abîme.

Ces deux similarités structurelles n’empêchent toutefois pas la série de se démarquer, même si cette suite tient davantage du blockbuster vitaminé que de la relecture méta de la figure originelle du surhomme. On peut certes déceler çà et là les multiples références faites par l’auteur à la culture américaine des super-héros, dont il nous a bien expliqué les véritables racines, mais il faut admettre que la mise en abîme est moins profonde que dans le précédent volume.

Une bonne partie de l’album est consacrée à la réunion du groupe, sans grand obstacle à surmonter d’ailleurs, avant que l’histoire n’entre dans le vif du sujet avec la bataille contre le Roi des Rats. Puis on passe dans une dernière partie qui élève les enjeux mais qui tombe littéralement du ciel, ce qui lui donne un aspect quelque peu artificiel.

L’arrivée de l’antagoniste final a certes été préparée en amont, dès les premières pages, mais elle a tout de même des airs de coïncidence, à moins que quelque chose m’ait échappé en première lecture. Là où le premier volume nous surprenait par la nature véritable des antagonistes de la Brigade, en en faisant l’antithèse parfaite du protagoniste, ici, on se retrouve avec une créature qui certes appartient au domaine public, mais qui n’a finalement rien de spécifique à l’intrigue ni aucun lien concret avec les héros.

Le plaisir de lecture reste néanmoins élevé, et c’est aussi du au talent de Stéphane de Caneva, qui accomplit une prouesse avec ces 260 pages au style réaliste, qui empruntent tant au style américain qu’à notre bon vieux découpage franco belge. Le tout offre une lecture résolument cinématique et pourra même séduire les quelques-uns qui n’étaient pas familiers de la première Brigade.

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***·BD·Nouveau !·Numérique

La fin des Irin #3

Webcomics

Webcomic de Robert MacMillan, Wouter Gort, Laura R. Peinado et Arsenyi Popov
2021-2022 – publication hebdomadaire les mercredi.

https://lastoftheirin.com/?lang=fr

Pour la présentation du projet vous pouvez consulter le billet traitant du premier tome. Le second tome est ici. Le troisième Livre est en cours de publication.

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Le combat entre Yahweh et Baal dure depuis des millénaires. Issus des étoiles et d’une civilisation hautement technologique, ces êtres ont jeté leur dévolu sur la Terre à une époque où les autochtones étaient encore primitifs. Jusqu’à la mort du fils prodigue Marduk, tué par une épidémie de variole. A travers l’espace et le temps, c’est à une lutte universelle entre le bien et le mal, entre les frères ennemis et leurs descendants que nous sommes amenés à assister. Une lutte qui prends la Terre et ses habitants comme terrain de jeu…

badge numeriqueLe projet de la Fin des Irin a un déroulé perturbant pour le lecteur. Le premier bon point c’est la variété des styles graphiques des trois illustrateurs choisis qui ont tous trois de grandes qualités esthétiques mais aussi quelques difficultés de lisibilité dans l’action. Sur le volume III qui vient de commencer Arsenyi Popov propose des planches dans un style speed-painting que personnellement j’aime beaucoup, notamment dans cet aspect texturé qui donne l’impression de regarder des toiles proches de ce que proposait Rosinski sur le Comte Skarbek. Capable d’adapter son dessin il navigue ainsi entre des pages très léchées dans un style BD plus classique et ces rough fort élégants. Les trois illustrateurs semblent avoir été choisie pour leur profile de « concept-designer », approchant cette œuvre d’un film sur papier, avec la puissance d’imaginaire nécessaire portée sur les costumes, vaisseaux et autres artefacts technologiques SF.LAST OF THE IRIN | Volume Three - The end of the trilogy is near

Lors du premier volume nous avions découvert cette longue introduction dynastique destinée à intégrer l’histoire biblique dans une hypothèse d’intervention extra-terrestre sur la destinée des humains. Après une virée très action et « x-files » sur le volume II, nous voici à revenir sur Terre en découvrant l’exploitation industrielle des hommes par les Sirusiens et la tentative de cette nouvelle noble qu’est l’héroïne Anahita de sauver son peuple descendants de Yahweh et sa planète d’origine des visées punitives de Desala d’une menace originale: le remplacement pur et simple de l’espèce humaine par des « mules », ouvriers humanoïdes génétiquement créés et rêve de tout capitaliste du XXXI° siècle…

Capture d’écran du 2022-02-16 09-51-27Si le thème d’une Terre comme simple fief commercial de puissances galactiques (thème central de Jupiter Ascending des Wachowski) est toujours aussi chouette à suivre, on retrouve dans cet ultime volume les mêmes difficultés d’enchaînement entre les séquences, qui créent une lecture heurtée. Les causes en sont multiples: gigantesque « bible » de background qui confirme la nécessité d’une lecture en ligne avec ce corpus sous la main, amour du cryptique de l’auteur, problèmes techniques dans la fluidité de l’enchaînement des séquences… C’est vraiment dommage car les séquences longues nous replongent régulièrement dans le rythme, ensuite cassé par des ruptures frustrantes.

On retrouve également les grandes qualités des précédents volumes, notamment une figure héroïque féminine tout à la fois sexy, bad-ass et révolutionnaire qui revêt désormais le double habit de noble sirusienne et de jeune mère. L’attelage des personnages secondaires qui l’accompagnent fonctionne également très bien et Capture d’écran du 2022-02-16 09-57-45ajoute un humour qui allège la densité gigantesque du projet. La jeune femme devra donc affronter les tenants humains de l’ancien système et les rebelles fidèles à sa branche dynastique. Le tout offrira ses morceaux de bravoure avec comme toujours des références à notre actualité de manifestations et cet esprit conspirationniste plus pertinent que jamais.

Avec des défauts affirmés qui empêchent La fin des Irin de revendiquer le statut de classique SF, le projet de Robert MacMillan jouit comme il souffre de sa démesure. D’une érudition folle, d’une exigence artistique indéniable, ce webcomic est un fantasme géant qui aurait mérité un auteur chevronné pour mettre de l’huile dans cette superbe mécanique. Demandant de l’investissement et un temps de lecture confortable (on parle de plus de cent pages par volume), il mérite amplement votre intérêt

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***·BD·Nouveau !·Rapidos

Talion #1/3

La BD!
BD de Sylvain Ferret
Glénat (2021), 60p., série prévue en 3 tomes.

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Le monde est mort. Réfugiés dans une cité verticale dominée par une élite dotée de moyens technologiques lui permettant d’assurer sa survie, l’humanité est corrompue par la Vermine, un virus qui contamine toute matière vivante, à commencer par l’eau. Là, Billie, jeune noble acquise à la cause de la plèbe va se retrouver au centre d’un conflit pour le contrôle de l’eau, alors qu’un mystérieux guerrier parcourt les terres désolées à la recherche d’un remède…

Sylvain ferret avait marqué les esprits sur sa première série des Métamorphoses 1858. Malgré des lacunes techniques (notamment anatomiques) et un usage appuyé du numérique, le dessinateur y démontrait une science du cadrage et une ambition très importante quand à la mise en forme de l’histoire. Très communiquant sur les réseaux sociaux, Ferret a commencé à diffuser assez tôt les premiers travaux de son projet solo dont la couverture et le design général de la maquette impressionne. Si ce n’est pas forcément la couverture de l’année on peut être surpris que ce projet n’ait pas vu le jour dans la collection Métamorphoses… bref.

Planète en danger | La Gazette Nord-Pas de CalaisDe l’ambition il y en a dans ce premier tome de la trilogie Talion. Un peu trop peut-être… Alors que le dessinateur s’appuyait sur une comparse pour le scénario dans sa précédente série, on sent à la lecture de l’album qu’il est peut-être un peu tôt pour partir en solo tant la complexité de sa narration (renforcée par un amour des encadrés narratifs décalés de l’image, qui ne facilitent pas la compréhension de ce qui se passe) rend la lecture un peu ardue. On pourra comparer son profile à celui d’un Mathieu Bablet dont l’envie et la minutie compensent des projets très exigeants et difficiles d’accès.

On ne peut pourtant pas dire que le concept soit extraordinairement original. La cité d’en haut et la cité d’en bas, l’environnement pollué et la néoféodalité ont déjà été largement abordés en BD. La construction graphique est chirurgicale avec des décors impressionnants tout le long. Les cadrages j’en ai déjà parlé, c’est bien évidemment un des points forts de Sylvain Ferret… en même temps qu’un péché mignon pas très facilitant pour le lecteur. Les séquences d’action sont très bien menées et l’aspect organique toujours présent dans le corpus de l’auteur plaira à certains, moins à d’autres.

Talion est donc un projet très solidement construit, très beau à regarder, mais par trop cryptique dans le déroulé de son introduction. Défaut majeur des dessinateurs en solo, on peut espérer que l’auteur saura revenir à plus de simplicité dans sa narration pour la suite de son grand œuvre

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****·Cinéma

Visionnage: Arcane saison 1

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Coup de coeur! (1)Dans la cité de Piltover les grandes familles gèrent la vie de la cité du haut du grand conseil où elles oeuvrent autant pour la sécurité de la population aisée d’en haut que pour la préservation de leurs intérêts. Dans les bas-fonds, la cité de Zaun est peuplée de va-nu pieds et de criminels qui luttent au quotidien pour survivre. Les relations entre les deux cités, reliées par un unique pont, est parsemée de révoltes violentes et d’expéditions punitives de la police aux ordres. Là, deux sœurs vont se retrouver tragiquement séparées et participer à cet affrontement alors qu’une découverte scientifique s’apprête à bouleverser l’équilibre technologique et magique de ce monde au passé très sombre que personne ne voir ressurgir… https://www.numerama.com/wp-content/uploads/2021/11/arcane-piltover.jpg

Quand on me parle de série d’animation Netflix adaptée d’un jeu vidéo à la mode je passe mon chemin… On a beau s’appeler Netflix, produire une série de neuf épisodes de quarante-cinq minutes ça coûte cher et les productions appuyées sur des franchises réputées mettent rarement les moyens (genre Castlevania). Pourtant des miracles il en existe… et Arcane est sans doute le plus beau miracle animé qui ait été produit depuis au moins vingt ans!

Date et heure de sortie Arcane Act 3, à quelle heure sortent les épisodes  7, 8 et 9 sur Netflix ? - topactualites.comJe ne connais pas du tout le jeu League of Legend mais le fait qu’il soit le jeu en ligne le plus joué au monde explique le budget de la série (réalisée pour les dix ans de LoL… ça me rappelle un autre grand succès de l’animation!) qui serait de plus de cinquante millions de dollars, soit presque dix fois plus que le budget moyen d’une série animée. Réalisée par un petit studio français rattaché commercialement à l’éditeur Riot games, Arcane semble avoir joui d’une immense liberté artistique tant les neuf épisodes ressemblent à un fantasme grandeur nature de concept artist et de créateurs de mondes.

Dans le cinéma il n’y a pas que les budgets et sur le plan purement artistique cette première saison (déjà renouvelée au vu des excellents retours) est un plaisir permanent. Que ce soie le design général tout à fait steampunk et coloré, les doublages fort réussis (j’ai visionné la VO) ou l’intrigue fort dramatique, on enchaîne chaque épisode en attendant le ventre-mou ou le cliché si fréquent dans les séries… las. L’exigence général des créateurs force le respect tant ils se sont fait une discipline de ne jamais aller là où on les attend, là où Revue Arcane : L'histoire des opposésl’intrigue mène. Outre les graphismes (j’y reviens), la très grande force d’Arcane ce sont ses personnages dont la psychologie et les relations (torturées) sont d’un grand réalisme. Élevées dans les bas-fonds les deux sœurs sont dures et ne devienne pas soudainement de belles héroïnes. Chaque personnage, des gentils aux méchants a sa part d’ombre, ses doutes, ses tendresses. Ainsi bien malin peut qualifier un personnage de méchant ou de gentil, les scénaristes ayant tout fait pour que chacun soit cohérent avec ses complexités. De même on évite soigneusement le manichéisme des nobles pourris oppressant sans morale un gentil peuple qui ne demande qu’a survivre. La réalité est bien plus compliquée et sincèrement aucun personnage ne laisse indifférent, que ce soit dans son design ou dans son itinéraire. Surtout, le personnage de Powder, à l’esprit détruit et schizophrène, impressionne et touche tant sa souffrance renvoie à une part humaine très crédible. Les dilemmes permanents, les manipulations, nous happent dans cette intrigue où l’on s’implique émotionnellement avec passion.Netflix Geeked on Twitter: "so cool seeing Vi's gauntlets in action  https://t.co/OzyU2ghTCm" / Twitter

L’aspect magique est occupé par une double technologie, une sorte de drogue utilisée par un seigneur du crime dans la basse ville, donnant des capacités surprenantes (mais très dangereuses) à ses consommateurs, quand la haute ville utilise une gemme énergétique dont la canalisation permet la fabrication d’artefacts surpuissants tels que la téléportation. La magie existe dans ce monde mais de façon lointaine, comme une réminiscence du passé glorieux que l’on n’ose plus invoquer.

Le graphisme donc… utilisant une technique CGI habillée de dessins de type brush typique des concept-design de jeux vidéo, il bluffera tous ceux qui sont un jour tombé sur un compte instagram de dessinateur ou un art-book de film d’animation ou de jeux-vidéos. Un miracle vous disais-je, tant l’animation est fluide, le montage très dynamique en empruntant par moments à l’univers du graph et des cultures urbaines (un peu comme Spider-man New generation). Chaque plan, chaque décors, chaque costume est un enchantement, jusqu’aux trognes des personnages, tous différents et caractérisés par une identité qui dépasse largement leur seule coiffure.Arcane | Netflix divulga trailer e data da série animada de League of  Legends

Je pourrais parler encore longtemps de cette formidable série mais vous qui aimez la BD et le dessin dans son ensemble, vous ne pouvez qu’être conquis par ce chef d’œuvre d’émotion, d’approche artistique et de worldbuilding. Une véritable anomalie comme on en voit peut-être une fois par décennie. La saison deux est annoncée avant 2023… à très bientôt donc!

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*****·Cinéma

Mortal engines

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Ils ne sont pas nombreux les billets visionnages sur le blog. Non que je n’aime pas ça mais d’une part le planning BD est toujours chargé et surtout les films justifiant graphiquement d’en parler ne sont pas légion. Pour rappel je m’astreint à parler ici de tout ce qui est graphique, donc soit d’adaptation de BD soit de films d’animation, soit (plus rarement) de films dont le traitement revêt un grand intérêt visuel.Mortal Engines : des mythes antiques dans un futur steampunk – Antiquipop |  L'Antiquité dans la culture populaire contemporaine

Ce Mortal Engines (sorti en 2018) est l’adaptation du premier roman de la série de quatre livres Tom et Hester parus à partir de 2003. S’étant complètement planté au Box-office en récoltant quatre-vingt millions de dollars sur un budget de cent, le film a reçu une moyenne de 26% sur l’agrégateur de critiques Rotten tomatoes et (un peu mieux) 3.1/5 sur les critiques presse françaises. A peu près le même résultat que le chef d’œuvre Jupiter ascending, autre fantasme visuel réalisé par les Wachowski. Tout cela ne va pas vous donner très envie de regarder ce métrage… et pourtant!Film steampunk : Y aura-t-il un Mortal Engines 2 ? | EL X CRË

Sur une trame que l’on sent issue de la littérature ado, Peter Jackson et ses comparses du Seigneur des Anneaux Fran Walsh et Philippa Boyens démontrent une nouvelle fois leur qualité de scénaristes. Car sur Mortal Engines ils ne sont pas que producteurs et ont simplement confié la réalisation à un dessinateur qui a travaillé sur tous les films de Jackson. Un dessinateur aux manettes, ce n’est pas un détail et cela se voir sur tout les plans.

Shrike : r/MortalEnginesCar outre une thématique SF steampunk bien plus sombre que l’on aurait attendu, le film déroule une univers d’une richesse graphique totalement folle, ne délaissant aucun plan et surtout ne se reposant pas que sur le visuel. Doté d’une équipe de jeunes acteurs à peu près inconnus (et portés par un Hugo Weaving en méchant subtile fort charismatique) mais très talentueux, il est tout à fait surprenant que cette œuvre n’ait pas trouvé son publie tant il regorgeait d’énormément de point qui auraient pu en faire une nouvelle mythologie majeure du cinéma. Une fois dépassé le pitch WTF voulant que les cités du futur sont montées sur chenilles et parcourent la Terre, on suit très vite l’itinéraire d’une jeune femme balafrée, poursuivant une vengeance et elle-même poursuivie par une Nemesis impitoyable avant de rencontrer la chef des pirates reliée à un peuple sédentaire que Hugo Weaving et la noblesse de Londres veulent éteindre…

On est immédiatement happé dans une intrigue qui ne souffre d’à peu près aucun ventre mou et démarre sans mise en place. La fuite de Hester va la mener dans les terres sauvages à la rencontre de marchands d’esclaves, de charognards, de pirates du ciel dans une séquence tout droit sortie d’un fantasme de designer graphique. Autant les jeux vidéo nous abreuvent d’univers et de visuels fous, autant le cinéma peine à assouvie cette envie que Star Wars fut à peu près le seul à satisfaire. Le design général sidère, tant dans l’élégance XIX° des costumes de Londres que dans les mécaniques steampunk et les engins frustes dégoulinant d’huile. La relation entre Hester et son poursuivant est très intéressante et traitée subtilement jusqu’à une progression qui joue sur la culpabilité familiale et l’identité propre qui touche au thème de l’IA. Comme on pouvait s’y attendre de la part de la bande à Jackson, l’épique est omniprésent et dramatique dans cette attaque finale entre les deux sociétés. Refusant les trames classiques et cliché d’une grande partie des films d’action US, Mortal engines réussit clairement grâce au talent de Jackson qui ne tombe jamais dans l’attendu et joue entre les émotions et les envies artistiques loin d’un manichéisme ricain.Mortal Engines - Airhaven by Nick Keller : ImaginaryMindscapes | Mortal  engines, Weta workshop, Fantasy concept art

Très mal vendu à sa sortie, trop appuyé sur une iconographie teen, Mortal engines mérite une seconde carrière via sa sortie récente sur Netflix tant il constitue l’un des meilleurs films de SF que j’ai vu depuis très longtemps, au même titre qu’un Alita Battle angel ou un Ready player one. Un visionnage impératif pour tout amateur d’univers graphiques!

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****·Comics·East & West

Le Lac de Feu

Intégrale des trois tomes de la série écrite par Nathan Fairbairn et dessinée par Matt Smith. Parution de l’intégrale en France le 11/03/2020 aux éditions Paquet, pour un total de 144 pages.

C’était pas ma Croisade !

En l’an 1220, la croisade contre les Cathares fait rage dans le Sud du royaume de France. Cette hérésie ne peut être tolérée par l’Église, qui a envoyé ses épées les plus valeureuses se fracasser contre les boucliers albigeois.

Les épées les plus valeureuses, certes, mais aussi, parfois, les plus inexpérimentées. Ainsi, Thibaut de Champagne, jeune croisé qui a pour ambition de redorer le blason familial en servant Dieu lors de cette sanglante croisade. Fraichement adoubé et accompagné de son ami Hugues, Thibaut se rend au camp de Messire Monfort, persuadé de sa grande destinée et fredonnant déjà les chansons que l’on composera à sa gloire.

Mais c’est avec une mine moribonde que Monfort va les accueillir. Assez peu satisfait de voire débarquer les jeunes paltoquets, Monfort décide de s’en débarrasser subrepticement en les envoyant sur une fausse piste pour les éloigner du front où ils pourraient gêner. Escortés par le chevalier récalcitrant Raymond de Mondragon, la petite équipée chevauche donc de façon guillerette vers le village de Montaillou, où ils espèrent accomplir la volonté du Seigneur.

Mais ce que nos jeune chevaliers ignorent, c’est que les Cathares ne sont pas les créatures les plus dangereuses qui peuplent les campagnes. Quelques nuits auparavant, la région a vu s’écraser un astronef géant, qui est venu se fracasser sur les flancs d’une montagnes des Pyrénées, et qui abritait en son sein une colonie de prédateurs insectoïdes que les habitants du village ont pris pour des démons.

Aliens vs [figure historique en décalage avec la SF]

Placer des aliens dans un contexte géographique ou historique inattendu est un procédé efficace qui permet de créer un intérêt dramatique immédiat. En 2020, The Spider King utilisait la même prémisse pour un résultat fort bien réussi, dans la même veine que Cowboys & Envahisseurs, qui mettait des pionniers du Far West face à des E.T. hostiles.

Le premier album plante idéalement le décor, en nous dépeignant des protagonistes dont l’ineptie au combat nous laisse espérer une marge de progression (entendre: badassification), sans oublier de retracer le contexte historique de la croisade albigeoise. Le reste de la trilogie laisse la part belle à l’action, avec bien entendu des moments consacrés au développement des protagonistes, le tout formant une mécanique bien huilée qui fonctionne tout à fait en intégrale.

Sans que l’auteur ait besoin de l’expliquer, on parvient aisément à recoller les morceaux de l’intrigue et à comprendre les événements liés au crash du vaisseau, ce qui est en soi un plus, même si l’on aurait tout de même aimé un approfondissement de cette partie.

Le design des aliens, qui opte pour l’aspect insectoïde, est somme toute relativement classique, et leur antagonisme ne représente pas un challenge si extrême que cela pour les chevaliers croisés. J’entends par là que les aliens du Lac de Feu ne sont finalement que des bêtes féroces qui pullulent, cela évite à nos héros la problématique de devoir gérer une technologie ou un armement supérieurs. Cela ne nuit cependant pas à la qualité de l’intrigue, qui bascule ainsi aisément en mode survival, plutôt que guerre interstellaire.

Comme dans tous les récits de genre détournés, on apprécie le propos sous-jacent, ici sur la religion, et comment cette dernière alimente depuis toujours les conflits les plus meurtriers de l’histoire de l’Humanité. L’auteur utilise donc le personnage de l’Inquisiteur pour appuyer son propos, et montrer les ravages de l’extrémisme.

Sur la partie graphique, le dessin de Matt Smith, que nous avions croisé grâce au très bon Folklords l’an passé, est toujours solide et régulier tout au long des trois albums de l’intégrale, hissant ainsi la qualité de ce Lac de Feu.

**·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #23: Eden #5 – Ashidaka #3

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  • Ashidaka #3 (Sumiyoshi/Glénat) – 2021, 192p., série en cours 3/4 tomes parus.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

ashidaka_3-glenatOn enclenche la troisième pour cette série que l’autrice aligne en même temps que sa grosse série Centaures. On avait laissé Ashidaka sur un très gros cliffhanger contre un adversaire au design impressionnant. Dans ce volume très orienté action et qui laisse très peu de place au développement d’un scénario on retrouve les mêmes marqueurs fortement shonen et les mêmes limites, à savoir une lisibilité souvent très moyenne dans l’action et des arrières-plans totalement dépouillés. La perte des textures et environnement forestier foisonnant de Centaures donne des planches où la virtuosité technique réelle de l’autrice ne compense pas une rapidité de réalisation qui risque de faire tiquer. Le déroulé alterne donc entre des apparitions de nouveaux personnages qui à la manière d’un jeu vidéo, ponctuent la progression, où la volonté hors norme et la bonté fondamentale du héros fait face à un nihilisme conflictuel de ses antagonistes. Le personnage en prend plein la poire face à des méchants vraiment très forts et plutôt bien caractérisés. C’est très simple, un peu court et les quelques très beaux dessins de personnages, le design techno-organique franchement intéressant dans ses possibilités et le groupe de guerriers plutôt réussis suffisent à peine à justifier de continuer une série qui doit passer la vitesse supérieur assez vite pour ne pas lasser.

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  • Eden, it’s an endless world #5 (Endo/Panini) – 2021, 5/9 volumes parus.

eden_perfect_edition_5_paniniChoc annoncé, le cinquième Perfect d’Eden nous balance d’entrée de jeu dans une prise d’otage qui confirme la grosse avancée dans la connaissance du background géopolitique. Il faut dire qu’on est déjà à la moitié de la série et on appuierait presque sur les freins tellement la perspective de se rapprocher de la conclusion… On connaît désormais la méthode scénaristique d’Hiroki Endo qui nous fait sauter sans coup férir d’un personnage à un autre, sur des ellipses de plusieurs mois voir années, voir sur la disparition brutale régulière d’un personnage. C’est diablement efficace et l’intelligence de l’auteur qui n’est plus à démontrer (il suffit de lire ses réflexions en fin de volume) rend chaque dialogue, chaque sujet abordé, passionnant. Les séquences d’action sont absolument énormes, les thèmes SF très réalistes et l’envie de proposer une anticipation quasiment documentaire  permanente. On sent la documentation importante de l’auteur qui apporte un sérieux mais sait aussi proposer de l’humour avec ce nouveau personnage de flic que l’on a très envie de suivre. La qualité des personnages d’Eden fait qu’il est quasi impossible de savoir si untel sera un personnage secondaire, deviendra central, ou disparaîtra subitement. Eden est une immense série, de celles qui rendent l’attente très très longue…

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Kill 6 Billion Demons

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Premier tome de la série écrite et dessinée par Tom Parkinson-Morgan. Parution en France chez Akileos le 06/10/2021.

C’est la fête au McGuffin

La jeune Allison n’a peut-être pas une vie facile, mais au moins ce soir, elle va prendre un peu de bon temps. Résolue à perdre sa virginité, elle s’acoquine avec son petit copain Zaid, qui n’a rien d’un foudre de guerre mais qu’elle aime quand même. Alors que le maladroit Zaid s’échine à la déshabiller, dans un de ces moments gênants que l’on a tous vécu (n’est-ce pas, hein ? hein ??), Allison voit la réalité se déchirer autour d’elle et une horde de démons débarquer d’un portail dimensionnel.

Non, non, allez-y, faites comme si j’étais pas là.

La horde semble poursuivre un étrange chevalier en armure, qui, juste après avoir été décapité, lui insère dans le crâne une boule lumineuse qui fragmente son corps telle une fractale. A son réveil, Allison constate que son petit-ami a été happé dans une dimension infernale par des démons, dont elle est elle-même prisonnière.

Accrochez-vous, puisque cette partie du pitch est, assez étonnamment, la plus facilement compréhensible. A partir de là, Allison va découvrir Trône, la ville gigantesque au centre du Multivers, jonchée des cadavres de divinités antiques, et peuplée de milliards de créatures, parmi lesquelles des démons abjects et des anges pour le moins étranges. Allison découvre qu’elle est désormais la détentrice de la Clé des Rois, un artéfact à l’infinie puissance, objet de convoitises depuis que les sept derniers dieux se sont divisés et se sont répartis les 777 777 univers composant le Multivers.

La jeune femme, perdue dans ce mortel bazar, va se retrouver sous la protection de « Chaîne Blanche » (son véritable nom est « Chaîne Blanche 82 née du néant qui revient pour soumettre le mal »), un Ange gardien de la Paix, qui va tenter de déterminer pourquoi la Clé des Rois s’est retrouvée dans le crâne d’une jeune humaine.

Weird is the new black

L’aventure de Kill Six Billion Demons a commencé en 2013 sous la forme d’un webcomic, ce média alternatif et décomplexé qui a permis à de nombreux auteurs de se faire la main tout en popularisant leurs travaux. Le phénomène ayant pris de l’ampleur, c’est Image Comics qui se positionnera sur le travail de Tom Parkinson-Morgan. Cette BD quasi inclassable se révèle faire en réalité partie d’un genre à part entière, un genre tout particulier puisqu’il se définit essentiellement en opposition par rapport à ses précurseurs: le New Weird.

Alors que la SF, le fantastique et l’horreur ont pris leur essor et se sont codifiés au cours du 20e siècle, la fin du 20e et le début du 21e ont vu un courant d’auteurs chercher à s’affranchir de ces codes, qui entre temps, étaient devenus des clichés pour certains. Il en a résulté un genre en soi, visant à détourner les lieux communs et les codes de la SF, de la fantasy, et autres, sans nécessairement verser dans la parodie.

On retrouve K6BD tout à fait dans cette veine, avec un concept de départ assez classique (une jeune femme doit plonger dans un univers infernal pour sauver son petit-ami: tiens, tiens, un pitch familier et récent), voire même un peu cliché (celui du « Je meurs, prends mon McGuffin« , que l’on peut voir par exemple dans Green Lantern, Saint Seya, Gundam, L’Incal, Casablanca, Le Cinquième Élément, Harry Potter…). Ces clichés seront néanmoins rapidement détournés, et mixés avec d’autres éléments, pour donner un tout délirant et baroque à souhait.

Attention, cependant, les amateurs d’intrigues ordonnées et de dialogues ciselées risquent de sombrer dans la folie à la lecture de cet album. Cela a l’avantage de refléter l’état de confusion dans lequel se trouve Allison face à ce monde inconnu, mais cela peut également noyer le lecteur, sous des répliques cryptiques qui frôlent parfois le non-sens.

Je ne parle pas seulement ici des tartines d’exposition qui nous sont servis à grands renforts de monologues, mais du délire ambiant, inhérent à ce type d’univers. S’agissant de l’exposition, on sent bien que l’auteur s’est senti tiraillé entre la nécessité de livrer les bases de son univers et le risque d’assommer les lecteurs avec. Par exemple, lors de la tirade de l’Ange sur les origines du Multivers, l’auteur insère des vannes visant à mettre en abîme le risque de perdre son auditoire avec ce genre de procédé.

Si l’on ne peut pas résolument classer cette série comme parodique, on ne peut pas non plus s’empêcher de déceler un certain degré de pastiche, comme dans les interludes récitant des psaumes de YINSUN. Ces textes, absurdes sur la forme, se révèlent grandement subversifs sur le fond, ne sont ni plus ni moins qu’un middle finger à tous les grands courants religieux et textes sacrés.

Petite touche toute personnelle, j’ai apprécié la représentation faite des anges, du moins dans leur apparence véritable, qui fait référence directement à leur description dans l’Ancien Testament. Le reste des dessins, s’ils peuvent souvent traduire la créativité débridée de Parkinson-Morgan, frisent parfois avec l’amateurisme, ou du moins dans ce qui peut souvent se voir dans certaines BD semi-pro.

Le tout conviendra certainement aux amateurs d’univers violents et déjantés, voire WTF. Attention toutefois au prix, qui peut être considéré comme prohibitif étant donné le format.