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Et ou tuera tous les affreux…

La BD!
BD de JD Morvan et Ignacio Noé,
Glénat (2021),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Cette adaptation avec toujours Morvan au clavier et cette fois l’argentin Ignacio Noé aux crayons est le dernier des quatre albums prévus pour une sortie rapprochée pour les vingt ans de la mort de Vian. Lire le préambule de mon premier billet sur cette série pour les détails éditoriaux. Du fait du Covid la parution des quatre tomes prévus en 2020 a été décalée.

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Rock est beau comme un dieu. Toutes les femmes veulent son corps. Mais cet esprit décidé s’est promis de ne pas perdre sa virginité avant ses vingt ans. Lorsqu’il est enlevé et forcé à donner sa semence, commence une enquête autour de disparitions, qui les mènera lui et ses amis dans le sillage d’une bien étrange clinique…

Et on tuera tous les affreux - cartonné - Jean-David Morvan, Ignacio Noé, Ignacio  Noé - Achat Livre ou ebook | fnacFort surprenant albums que celui-ci, qui navigue entre enquête de détective, série Z érotique et science-fiction impliquée… Comme je l’avais signalé sur le premier opus il est difficile de savoir dans quelle mesure la matière première contraint le scénariste de cette histoire totalement absurde, rocambolesque et pour finir assez ridicule… On comprend assez rapidement l’aspect parodique de la chose, avec ces très beaux – et très numériques – dessins de Noé (qui a déjà travaillé avec JD Morvan sur les Chroniques de sillage et les trois tomes d’Helldorado). L’argentin a été recrutée pour sa science anatomique et on peut dire que ces Ken et Barbies sont plantureux, beaux, parfaits, comme cette Amérique d’Epinal qui nous est présentée, les personnages arborant soit un sourire « émail-diamant » (pour les gentils) soit des trognes patibulaires et grognant (pour les méchants). Si les écrits de Vian sont souvent marqués par leur aspect érotique, Ignacio Noé est en terrain connu, lui qui excelle dans l’exercice avec sa carrière commencée dans les histoires d’humour très chaudes.

Si les planches sont globalement assez agréables (on passera sur des arrière-plans ébauchés avec des techniques numériques un peu faciles…), l’histoire se perd progressivement du fait d’une pagination obèse pour un tel projet. La première moitié (soit l’équivalent d’un album) se laisse lire avec plaisir pour peu qu’on entre dans la parodie appuyée. Mais une fois l’enquête en mode club des cinq aboutie, on se perd dans des longueurs qui insistent sur des traits des personnages déjà bien compris, des invraisemblances assez dommageables à la linéarité de l’intrigue et des successions de planches de nu et de sexe qui deviennent franchement lassantes avec des personnages exclusivement nus sur plus de trente pages. J’avais trouvé cela lourdingue sur le Conan de Gess, il en est de même ici. On pourra arguer le plaisir des yeux et que dans le deux cas on a affaire à des adaptations d’écrits pas très subtiles. Il reste qu’en tant qu’album de BD une pagination classique aurait permis de condenser ces scories (tiens, comme sur le premier!).Docteur Boris et Mister Sulli…Vian : la java des bombes graphiques –  Branchés Culture

La parodie est un art compliqué. Sur le récent Valhalla hotel ou sur Lastman ça passe assez bien. Ici on finit par douter du second degré. J’aime pourtant les histoires de savants fous et de SF déglinguée, pour peu quelles soient vues comme des loisirs à la lecture facile. Et on tuera tous les affreux adopte une structure trop longue et compliquée (avec ses césures en mode feuilleton) pour nous maintenir à flot. Dommage car en plus condensé l’ouvrage aurait beaucoup gagné.

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J’irai cracher sur vos tombes

La BD!
BD de JD Morvan et collectif,
Glénat (2020),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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La collection Boris Vian de Glénat prévoit, à l’occasion des cent ans de la naissance de l’artiste la publication de quatre albums « Vernon Sullivan« , tous scénarisés par Jean-David Morvan, déjà directeur de collection sur les Conan et dessinés par une équipe de dessinateurs argentins. Les albums paraîtrons en deux fournées, au printemps et à l’automne. Ils comprennent une introduction de Nicole Bertolt, directrice du patrimoine de Boris Vian et reprennent la même maquette de couverture inspirée clairement des designs du roman noir à l’ancienne. Pas forcément le plus esthétique mais c’est parlant et tout à fait dans l’esprit recherché. Il faut enfin préciser (c’est raconté dans la petite vidéo en pied d’article) que le projet est issu d’une commande de l’éditeur des œuvres de Vian.

Lee Anderson est ce qu’on appelle un étalon. Beau, costaud et empli de désir sexuel, il va vite apparaître comme une icône dans la petite communauté étudiante de Buckton, petite bourgade du sud profond ségrégationniste. Prêt à tout, sans retenue ni pudeur, il va pénétrer la petite comme la haute société sans perdre de vue sa vengeance. Car Lee a du sang noir. Et l’un de ses frères a été lynché…

J'irai cracher sur vos tombesDe Vian je n’ai lu que L’écume des jours et L’arrache cœur. Je ne suis donc pas familier ni de l’auteur ni du polar des années cinquante. C’est sans doute ce qui m’a empêché de tomber pleinement dans cette odyssée sanglante. Car le projet d’adaptation des ouvrages de « Vernon Sullivan » (pseudo utilisé par Vian pour ses romans noirs) est profondément littéraire et s’inscrit nécessairement dans l’histoire culturelle que représente la vie de Vian. Le texte introductif rappelant le contexte de parution de ces ouvrages, de leur radicalité thématique (la violence, le sexe), les problèmes de l’auteur avec la censure, est à ce titre indispensable pour appréhender l’ouvrage. Comme toujours dans les adaptations BD on ne sait si l’intérêt est de permettre à des « non lecteurs » de découvrir des ouvrages majeurs en version graphique ou bien à des amateurs de voir une variation d’ouvrages lus. Car assurément le travail de Jean-David Morvan (présenté sur la page de l’éditeur comme un grand amateur de Vian) est technique, fidèle, respectueux.

A ce titre J’irai cracher sur vos tombes est donc sans doute une grande réussite, en parvenant à retranscrire une atmosphère, l’époque délurée d’une jeunesse qui ne s’interdit rien. Les premières pages montrant les ébats de Lee avec les filles du coin vont droit au but. L’aspect sexuel de l’oeuvre de Boris Vian est connu et le fait que équipe graphique constituée sur ce projet comprenne un certain Ignacio Noé (très doué dessinateur argentin longtemps spécialisé dans les BD porno-humoristiques) atteste de la dimension semi-érotique des albums. Attention, je parle bien d’esthétique générale, le scénario de ce premier volume ne comportant pas plus de scènes de sexe ou de nu qu’une BD franco-belge classique.

Amazon.fr - J'irai cracher sur vos tombes - Morvan, Jean-David ...Le background général m’a cependant paru un peu éthéré. Est-ce du à ce grand blond que l’on a beaucoup de mal à imaginer métisse ou au sujet de la ségrégation que l’on aborde finalement moins que la vie des grands bourgeois du Sud américain? L’ouvrage porte surtout sur le rôle de prédateur, manipulateur sexuel que représente ce Lee auquel aucune donzelle ne résiste. L’essentiel de l’album nous montre les échappées alcoolisées et les orgies d’une jeunesse qui n’a pas d’autres préoccupations. Finalement assez peu de critique de la société, du carcan familial ou du racisme omniprésent.

Graphiquement c’est beau, notamment une colorisation très agréable. Le fait que les planches soient réalisées à plusieurs crée quelques quelques étrangetés de visages pas toujours identiques et un aspect un peu formaté. Le style des auteurs est très classique et cette BD aurait pu être réalisée dans les années soixante. C’est un style voulu pour rechercher une fidélité à une époque historique et artistique précise.

Je ne suis pas très lecteur de ce type d’histoire ni de ce type de graphisme. Je ne me suis pourtant pas ennuyé dans la lecture de ce gros album qui aurait peut-être pu rester sur un format classique de 46 planches pour une plus grande densité. On sent que les auteurs voulaient prendre le temps de s’immerger, de poser une narration lente, littéraire. Les amateurs de polar à l’ancienne, de Vian et des années cinquante seront probablement comblés. Les amateurs de BD pourront découvrir un pan culturel qui leur échappe au travers de cette adaptation efficace.

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****·Cinéma

Visionnage: Love, Death + Robots

Série de courts métrages d’animation de Tim Miller et David Fincher
Netflix (2019), 1 saison parus, saison 2 en production.

1377321Cette anthologie propose dix-huit court-métrages d’animation « pour adulte » sur les thèmes de l’amour, la violence, la SF et les robots. Rares sont les produits d’animation, sortis des jeux vidéos, assumant aussi franchement une approche adulte, qui signifie du sang, du sexe, des zizi, des monstres et des gros mots… Pour ceux qui comme moi ont été déçus des films Deadpool par leur côté « Disney s’encanaille », pour ceux qui ont aimé le fantastique Animatrix sorti il y a déjà pas mal d’années, pour ceux qui déplorent devoir être un hard-core gamer pour pouvoir profiter de l’immense richesse artistique et graphique que proposent de nos jours les jeux vidéo (que je considère comme totalement moteurs de l’industrie du cinéma en matière d’imaginaire), réjouissez-vous, cette série est juste formidable! Les producteurs font appel à une dizaine de studios d’animation (dont deux français) et des auteurs de Science-fiction, dont certains très connus (Peter F. Hamilton, Alastair Reynolds,…). Les films font entre six et quinze minutes environ.

  • L’Avantage de Sonnie: Sonnie livre des combats de gladiateurs par l’intermédiaire de monstres connectés psychiquement aux combattants. Court en images de synthèses, très violent par le déroulé du combat bien trash. Impressionnant visuellement et doté de l’habituelle chute perturbante que l’on a souvent dans les court-métrages de SF.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Les trois robots: Très drôle film où trois robots visitent une Terre dévastée où l’humanité à cessé d’exister. Ils découvrent des objets et imaginent les coutumes des humains, jusqu’à ce qu’ils découvrent un chat bien vivant… Dans l’esprit de Wall-E, ce film en images de synthèses est vraiment drôle de par ses dialogues et ses situations décalées. Visible par tout public.
  • Le témoin: artistiquement le plus impressionnant de la saison, pas forcément pas sa technique mais bien par sa mise en scène et par son scénario vertigineux en forme de « loop » qui mets en scène la poursuite d’une témoin d’un meurtre. Beaucoup de nu et de scènes très osées.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Des fermiers équipés: un des segments les plus jouissifs après que l’on se soit fait à un design surprenant qui reprend sur des formes 3d une animation style dessin jeunesse. Des fermiers s’équipent pour éradiquer des incursions de créatures dans leur réalité. Bien bourrin, plein de Méchas et de monstres visqueux. Vraiment sympa et visible par tous.
  • Un vieux démon: segment en animation traditionnel, pas forcément le plus beau mais très maîtrisé techniquement. Séquence d’exécution bien trash, dialogues très réussis (globalement les doublages de tous les segments sont très réussis) dans une chasse au monstre (avec encore une fois des chats…).
  • La revanche du yaourt: film totalement WTF où le yaourt devient intelligent et propose à l’humanité de régler tous ses problèmes. Design enfantin des personnages, ce film vaut surtout pour son idée débile mais très bien menée.
  • Derrière la faille: grosse claque SF avec des personnages très impressionnants et une introduction qui fait baver à base de gros vaisseaux et de portail intergalactique. Le thème est du reste assez classique (déjà vu) et ne brutalisera pas vos neurones.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Bonne chasse: animation traditionnelle avec ajout d’images de synthèses. L’histoire d’un chasseur de métamorphe dans la chine traditionnelle. Progressivement l’industrie va transformer le monde vers un univers steampunk où les talents mécaniques du personnage principal seront très utile. Très belle (et cruelle) histoire. Une de mes préférées.
  • La décharge: Animation 3D classique, pas hyper jolie (et pour cause, on est dans une décharge) avec une histoire de créature née dans la fange… Assez banal.
  • Métamorphes: une équipe de loups-garous est utilisée en zone de guerre par l’armée US. Hormis le côté discrimination de cette espèce particulière, si la technique est irréprochable (animation 3D), le propos tourne un peu court sans beaux décors ou grosse scène de bataille. La baston finale est bien gore.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Le coup de main: le thème de Gravity est ici repris en plus trash mais sans grande surprise pour ceux, probablement nombreux, qui auront vu le film de Cuaron. Les images de synthèse sont néanmoins très réussies et il est toujours agréable de se balader en apesanteur dans un scaphandre…
  • Les esprits de la nuit: animation classique sur formes 3d. Délire psychédélique un peu trop WFT, pas spécialement beau et sans aucun sens… Deux types perdus dans le désert se retrouvent au milieu des fantômes des créatures du jurassique. Évidemment ça finit mal. Franchement inutile.
  • Lucky 13: SF militaire en images de synthèses, réussies pour les personnages mais assez cracra pour les décors. L’idée est assez sympa: le pilote d’un avion considéré comme maudit raconte ses derniers vols sur ce jet au sein d’un conflit planétaire. L’idée de la relation entre l’intelligence artificielle et le pilote est originale.
  • L’oeuvre de Zima: une journaliste est convoquée pour interviewer le plus grand artiste de tous les temps. Franchement moche question design, ce segment est néanmoins l’un des plus intéressant thématiquement (écrit par Alastair Reynolds) avec des questionnements sur l’icône médiatique, sur la portée et la dimension de l’art ainsi que sur l’humanité VS IA.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Angle mort: séquence action en animation sur corps 3d, avec le braquage motorisé d’un camion par une escouade de cyborgs surpuissants. A la fois drôle, jouissif, assez joli. Un des courts les plus efficaces et sympa de la saison.
  • L’age de glace: seul segment en images réelles avec deux guest stars en Elisabeth Winstead et Topher Grace (le Venom du Spiderman 3 de Sam Raimi), idée totalement débile issue du cerveau de Tim Miller, du coup c’est rigolo trois seconde mais bien vite on se fout comme de notre dernière chaussette de cette civilisation hébergée dans un vieux congélateur…
  • Histoires alternatives: plusieurs versions de la mort d’Hitler qui entraînent des hypothèses historiques variées, au début originales, puis de plus en plus délirantes pour finir en un grand n’importe quoi. Malgré des images en animation 2D au style basique volontaire, c’est très drôle et assume totalement le quinzième degré. Un de mes préférés.Résultat de recherche d'images pour "love death robots"
  • Une guerre secrète: très balèze niveau réalisation, cette chasse au monstre au fin fond de la Sibérie pendant la seconde guerre mondiale mérite surtout par son aspect « Eastern » et un commencement de mythologie construite autour de l’histoire. Du coup on aimerait en savoir plus et apprendre l’avant et l’après de ces chasseurs de démons.

Vous le voyez, c’est bien entendu d’inspiration variable, mais globalement très beau, souvent très drôle, parfois impressionnant artistiquement. Étrangement ce sont les films en image de synthèse classique qui impressionnent le moins car ils se reposent essentiellement sur leur technique (à laquelle nous avons désormais l’habitude). Quelques pépites même si la durée (on aurait aimé un final en moyen métrage qui aurait permis de développer une vraie histoire) ne permet pas de dépasser le propos liminaire et condamne souvent les réalisateurs au fameux twist final. Love, Death+Robots est cependant une excellente anthologie dont on attend impatiemment la suite en espérant des invités de marque.

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Je, François Villon #3

BD de Luigi Critone, adapté de Jean Teulé
Delcourt (2011-2016), 61 p., série finie en 3 tomes.

couv_291294Le triptyque de Luigi Critone sépare la vie de Villon entre ses premiers méfaits d’étudiant (Tome 1), sa vie de bandit (tome 2) et sa repentance (tome 3), de façon remarquablement équilibrée et logique. A la complexité des citations des poèmes en ancien français entre les parties répond une linéarité plaisante et l’élégance du trait.

Ce dernier volume, après les horreurs passées, s’ouvre sur une séquence de théâtre où le public invisible est clairement le lecteur: Villon s’y confronte à ses démons, sa morale, son sur-moi avec qui il disserte de ce qu’il a fait et de ce qu’il doit faire. Cette introspection débouchera très rapidement sur l’emprisonnement et la torture, aussi abominable que les peines qu’il a causées. Là diverge la fiction des écrits de l’auteur où il se lamente longuement sur son sort et les malheurs que la Justice et quelques puissants lui ont infligé. Dans l’album pas de plaintes passée l’introduction: la dureté de la sanction semble lui mettre du plomb dans la cervelle et lui fait atteindre la maturité tant repoussée. La morale ne porte pas sur une sanction méritée, la BD a montré combien il n’y avait pas de morale en cette sombre époque. Simplement elle pose un principe de réalité à un personnage qui a tenté de s’en émanciper toute sa vie durant.

L’épisode nous fait rencontrer Louis XI qui le libère après un long et joli dialogue où les crimes du poètes répondent aux crimes du roi, en écho. Si l’intermède du tome 2 avec l’humaniste Charles d’Orléans était un peu frustrante par sa brièveté  (l’enjeu pour Critone était de montrer une nouvelle fois la trahison de Villon), les échanges prennent ici une grande force sur des considération philosophico-morales.

La constance du personnage construit par l’auteur de BD est vraiment remarquable de cohérence tout au long de cette trilogie. Rarement un personnage de BD aura eu une telle épaisseur et le discours une telle solidité. Le travail tant graphique (superbe) que littéraire mérite toute l’attention des lecteurs et je recommande très chaudement l’achat d’une série que Delcourt a eu la sagesse d’éditer en intégrale.

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Je, François Villon #2

BD du mercredi
BD de Luigi Critone, adapté de Jean Teulé
Delcourt (2011-2016), 61 p., série finie en 3 tomes.

couv_225379Le premier tome de cette magnifique série (disponible en intégrale) présentait les premières années de Villon, ses premières trahisons et tentations criminelles. L’on nous dépeignait une époque sombre mais sous le regard de l’insouciance adolescente…

Ce second tome au titre bien trouvé « Bienvenue chez les ignobles » est particulièrement dur et éprouvant à la lecture. Non que les scènes illustrées soient d’une violence crue (on assiste bien à plusieurs scènes de pillages, de massacres et de viols, mais sans insistance). Non, la dureté est psychologique: ce personnage relativement attachant dont nous avons vus les premières années difficiles et, en tant que poète voué à éclairer ses contemporains, entame une descente aux enfers, sans explication, en un chemin vers l’horreur absolu,  annoncé par les conditions de l’entrée dans la confrérie criminelle de la Coquille:

Un vol scandaleux aux yeux de tous, un crime écœurant devant témoins, puis en guise de bienvenue dans la confrérie, nous offrira ce qu’on te demandera.

Je ne déflorerais pas le fameux cadeau mais il est bien entendu qu’il vise à garantir par l’acte le plus ignoble qui soit que ce nouveau membre aura une fidélité absolu à sa confrérie. Recommandé comme poète à la cour d’un seigneur, Villon trahira encore ceux qui lui offrent sa confiance gratuitement et rejoindra une bande de pillards qui mettent le pays à feu en à sang. L’auteur ne nous donne pas d’indications sur le pourquoi de cette autodestruction. Peut-être est-ce les vers du poète qui ponctuent le récit qui nous donnent quelques pistes: un poète doit-il vivre la vie de ses contemporains pour pouvoir la relater fidèlement? Est-ce une purge auto-infligée pour se convaincre de sa liberté absolue?

La structuration de la série en trois albums très différents est remarquable et le dessin lui-même évolue vers plus de séquences contemplatives, notamment avec des séquences muettes sur la fin, faite de paysages en lavis superbes. Les figures de bienveillants aidant Villon sont à l’échelle des trahisons qui viendront. François Villon a une œuvre complexe (en ancien français) connue pour relater à la fois sa vie (l’une des premières autobiographies) et celle des petites gens contrairement aux récits de geste et courtois de l’époque qui se préoccupaient des puissants. C’est sans doute ce qu’a voulu montrer Critone dans cet album: une chronique de la vie des gueux et de son chroniqueur, dans une époque sans morale où la confiance et la vertu sont des anomalies. Ayant grandi dans la violence, le viol et le pouvoir autocratique, en homme de son temps il ne peut s’extraire à sa condition s’il veut rester fidèle, comme poète à ce qu’il relate.

Je François Villon est une BD complexe, très riche et qui donne envie de lire l’ouvrage qui lui a donné naissance. Ma chronique séparée des tomes m’empêche de mettre 5 Calvin, mais au regard des critères on n’en est vraiment pas loin.

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BD·Littérature·Mercredi BD·Rétro

Je, François Villon #1

BD du mercredi
BD de Luigi Critone, adapté de Jean Teulé
Delcourt (2011-2016), 61 p., série finie en 3 tomes.

couv_141514Le travail éditorial n’a rien de particulier (on est chez Delcourt). Les albums sont en grand format, très aéré, les couvertures de Luigi Critone sont très belles et homogènes (j’aime bien quand les couvertures d’une séries suivent une ligne). Les chapitres au sein de chaque album reprennent quelques vers des poèmes de Villon.

François Villon naît le jour du bûcher de Jeanne d’Arc, à Paris, d’une pauvre mère qui ne survivra pas longtemps à une Justice expéditive pour les gueux. Pris sous l’aile d’un clerc qui lui procurera formation universitaire et situation, Villon, jeune étudiant rebelle écrira des poèmes relatant sa vie et celle de ses congénères et qui entreront dans la postérité.

Résultat de recherche d'images pour "je françois villon 1 critone"Lorsque Jean Teulé publia son ouvrage sur l’illustre écrivain médiéval puis Critone son adaptation en BD j’ai eu l’œil attiré par ces superbes couvertures et par le fait que j’ai étudié Villon pendant mes études. L’idée d’une illustration de sa vie dissolue en BD m’a tenté et j’ai heureusement trouvé la trilogie en bibliothèque. Et je dois dire que c’est une très belle adaptation que propose un dessinateur que je ne connaissais pas et dont le trait et les couleurs marquent la rétine et donnent envie de voir ce qu’il proposera ensuite. Alternant les dessins classiques mais très fins et lavis, il maîtrise parfaitement différentes techniques et propose de vastes pages très lisibles et belles à regarder. Ses arrière-plans sont soit en peinture directe soit en encrages très détaillés et donnent une vie à ce Paris médiéval que l’on ne se lasse pas de redécouvrir. Malgré un trait plus classique et moins sombre que celui de Ronan Toulhoat, j’ai trouvé pas mal de ressemblance avec la série le Roy des ribauds, dans la peinture de la vie des bas-fonds, la justice expéditive aux mains des puissants et la façon qu’ont les pauvres de jouer du système de classes pour parvenir à leurs fins. C’est une existence dure et violente où la vie n’a que peu de valeur, qui nous est contée.

Résultat de recherche d'images pour "je françois villon 1 critone"Ce premier volume est très enthousiasmant. Pour une adaptation littéraro-historique (pas franchement grand public en général), le travail de Luigi Critone remplit parfaitement la double tâche de proposer un ouvrage accessible, attrayant et beau. Le cadre du Moyen âge et de ses petites gens a déjà maintes fois été adapté. Pour ma part la version de Notre-Dame de Paris de Recht (qui sort en fin d’année un Conan qui s’annonce énorme) et le Roy des Ribauds donc m’ont beaucoup plu. On a ici en plus l’idée (fausse mais tenace) que la vie de Villon est plus historique que des ouvrages de pure fiction. On s’attache très vite à ce pauvre gamin jeté très tôt dans le malheur de la vie médiévale d’où son choix de se vouer corps et âmes à ses passions et de croquer ce que la vie peut lui apporter. Ce tome nous relate donc l’apprentissage, de l’amour, de l’espièglerie, du courage Résultat de recherche d'images pour "je françois villon critone"et enfin cette tentation d’entrer dans une confrérie criminelle dirigée par un personnage que Toulhoat reprendra visiblement dans sa trilogie.

Ce qui ressort (outre les dessins superbes donc) c’est la violence de cette société marquée par une justice qui décide très vite d’une main coupée ou d’un ensevelissement vif! Cette chronique de la vie d’en bas m’a fait penser par une certaine compassion dénonciatrice au Manga Innocent de Shin’ichi Sakamoto, qui dépeint crûment ces tortures et exécutions baroques et atroces que l’on a du mal à imaginer comme habituelles. Un très bel ouvrage qui nous fait voyager dans le temps et donne envie d’en savoir plus sur l’un des auteurs majeurs de la littérature française.

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Paroles d’honneur

 BD de Leïla Slimani et Laetitia Coryn
Les Arènes BD (2017)

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Le travail d’édition (les Arènes n’est pas à l’origine un éditeur BD) est de très bonne qualité, avec un beau livre doté d’une maquette élégante et soignée jusqu’à la quatrième de couverture. Une préface de Leïla Slimani explique l’origine du projet et une biographie des personnes rencontrées clôt le livre.

Suite au succès de ses ouvrages, les éditions des Arènes ont demandé à la médiatique Leïla Slimani d’adapter son travail sur la sexualité des marocaines dans une version BD. Ce qui aurait pu n’être qu’une transposition commerciale aboutit à un très bel objet cohérent, une véritable BD et planches_57895.jpgune belle réussite. Si la trame est celle du reportage BD, l’on sent le regard de l’illustratrice dans certains plans larges, paysages, vie de rue au Maroc et l’on reste bien dans un cadre BD avec son appropriation graphique. Les textes sont élégants, les dialogues très fluides et le tout s’enchaîne sans difficulté malgré la structure qui passe du récit de Slimani aux entretiens avec les autres personnages. L’album est découpé en chapitres qui aèrent le tout et jamais l’on ne sent la lourdeur que peuvent revêtir certains albums de reportage BD. L’illustration y est sans doute pour beaucoup. Ce sujet est passionnant, plein de découvertes, mené sans pathos, avec quelques révoltes et l’on sent la sincérité de la retranscription des témoignages. Le format BD apporte une légèreté qui permet de passer beaucoup d’informations sans plomber la lecture, si bien que Paroles d’honneur se parcoure d’une traite.

paroles-d-honneur_5942524.jpgLaetitia Coryn a surtout travaillé dans la BD d’humour dans un style plutôt cartoon et la technique utilisée ici démontre une remarquable maîtrise technique dans un ton plus réaliste notamment dans les expressions des personnages que l’on distingue bien physiquement et qu’elle parvient à rentre touchantes. La colorisation (réalisée par une coloriste) est très agréable, l’effet crayonné ajoutant une texture très agréable. L’exercice n’est pas évident puisqu’il s’agit d’une succession de discussions entre deux personnages. Les planches sont pourtant très aérées avec des alternances de portraits, de paysages, de représentations de scènes familiales ou de cases façon strip. L’on est immergé dans les familles et les rues marocaines, avec quelques focus sur des costumes traditionnels, des échoppes, etc. C’est documenté, fait avec le plus grand sérieux, très chouette.

Au final nous avons un pari réussi qui fait le pont entre la BD classique et le reportage journalistique (souvent plus austère), sans oublier l’importance du graphisme dans ce média. Je recommande chaudement cet album, sur un sujet peu abordé dans les médias français et qui nous fait nous questionner y compris sur la place de la femme dans les familles françaises.

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Vu aussi chez Mon coin lecture, Khadie litSab’s pleasurs, Au milieu des livres, Mes échappées livresques, D’une berge à l’autre,