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Seul le silence

La BD!
BD de Fabrice Colin et Richard Guerineau
Petit à petit (2021), 100p., One-shot.

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Coup de coeur! (1)Quand on a passé vingt ans à dessiner le Chant des Stryges la suite de carrière n’est pas forcément simple à négocier. La série qui avait débuté dans la mouvance des mythiques X-files aura marqué son temps avec une ambition parfois démesurée et aura fait de son dessinateur un des plus importants artistes du monde franco-belge. Depuis Richard Guérineau (dont le style s’est un peu épuré) a opté pour des récits iconoclastes, tantôt contemplatifs comme avec le magnifique western Après la nuit tantôt pour des farces historiques avec Jean Teulé. Associé au scénariste et romancier Fabrice Colin, il propose peut-être avec cet ouvrage l’un de ses plus beaux albums.

L’enfance de Joseph Vaughan ressemble à celle de tous les américains de ces années trente, celle d’une campagne chaude et pauvre, celle de la Grande dépression où la misère, les errants et le racisme créent une peur et une haine si oppressante. Enfant naïf, il découvre abasourdi comme tout le village les premiers corps de jeunes filles atrocement mutilées. Les meurtres se multiplient et plus personne ne semble pouvoir assumer cette folie dont le shérif ne parvient pas a arrêter le flot. Trop près, trop jeune, Joseph semble marqué d’une malédiction par ces corps, qui le suivent tout au long de sa vie, où qu’il aille, quoi qu’il fasse. Jusqu’à se demander s’il n’aurait pas quelque responsabilité dans ces crimes…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2021/10/Seul-le-silence-1.jpgLes histoires sur la Grande dépression il y en a régulièrement. Cette atmosphère si particulière faite de pauvreté, de simplicité chrétienne permet de parler à la fois de drames humains et de ces espaces ouverts proches du western et ses instincts primaires. Si l’entrée en matière se fait assez rapidement, toute la structure narrative de l’album nous happe de bout en bout dans une sorte de long cauchemar dans lequel est condamné à errer ce pauvre type qui ne comprend pas bien pourquoi le monde semble s’abattre sur lui. Petit gars simple, les crimes abominables (âmes sensibles s’abstenir, même si la violence n’est pas graphiquement montrée) le marquent plus qu’il ne le voudrait et semblent impacter son environnement jusqu’à ces demi-reproches qu’il ne comprend pas. Car l’histoire se fait de non-dits qui parsèment la vie de Vaughan à mesure qu’il tente de tisser le puzzle qui pourrait expliquer ses malheurs.

A pas feutrés, essentiellement par une narration extérieure, on suit ce jeune homme qui semble du reste savoir avancer dans l’existence. Il aurait même droit au bonheur, tombant sur des femmes aimantes, sur de vrais amis, et ce don… le don de l’écriture qui se révèle dès l’enfance grâce à une institutrice qui le pousse à participer à des concours. Il y a donc deux récits dans Seul le silence. Celui de cet écrivain que l’on suit de l’enfance au grand âge. Et celui de ce serial killer qui continuera son œuvre tout le long, dans l’ombre de Vaughan. Pourchassé moralement, ne sachant pas s’il est maudit ou s’il a droit d’être libre, Vaughan reviendra régulièrement vers l’origine des crimes pour essayer de comprendre…BD'Calé - Seul le Silence : le cauchemar de R.J. Ellory passe à la BD

D’une ambiance difficilement explicable, cet album envoûte de la première à la dernière page en survolant cette chronique où il ne faudra pas nécessairement chercher de sens. C’est sans doute ce personnage dramatique qui passionne, sa ténacité d’honnête homme qui avance dans la vie malgré les malheurs, ne se laisse pas sombrer dans le désespoir malgré l’ombre qui le pourchasse, cet homme qu’on aimerait voir atteindre le vrai bonheur et qui à la toute fin repensera aux anges partis trop vite…

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****·BD·Guide de lecture·Nouveau !·Rétro

No body (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale de la première saison je vous propose de relire ma chronique:

BD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Les couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpgL’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

No body

BD du mercrediBD de Christian De Metter
Soleil-Noctambule (2016-2018), 72 p./album, 1 saison de 4 épisodes parue.

Couverture de No Body -4- Épisode 4/4 La Spirale de DanteLes couvertures, le format comics, le découpage en épisodes et saisons, tout dans le projet de Christian De Metter vise à reprendre les principes d’une série TV américaine. Les livres sont élégants, on aurait aimé des commentaires de l’auteur ou de la documentation sur l’époque. A l’heure où de plus en plus d’éditeurs fournissent un travail éditorial (chez Urban ou dans les formats gazette par exemple) ce type de projet mériterait un peu plus de « hors texte ».

Je suis venu par accident sur cette série dont les dessins et l’ambiance ne m’attiraient pas. J’avais pourtant adoré la série True detectives dont No body s’inspire fortement, cette ambiance hyper-réaliste d’une Amérique post-rêve américain, sans vernis hollywoodien, une Amérique des bas-fonds, des familles détruites, des drogues et des névroses profondes, l’Amérique dépressive des films de boxe pluvieux et des guerres contre la drogue sans règles (comme le film Sicario)… Un pote me les a fourgué dans les mains en me disant « tu va voir… ». Et il avait raison! No Body est une très excellente série, qui contrairement à ce que laisse entendre sa numérotation se termine en 4 volumes. Quels sont les projets de l’auteur pour d’autres saisons, je n’en sais rien pour l’instant…

Résultat de recherche d'images pour "de metter no body"Je vais commencer cette chronique par le trait de De Metter: une sorte de crayonné poussé, rehaussé de peintures et crayons de couleurs qui donnent une texture assez artistique qui peut faire étrange sur une histoire policière hyper-réaliste. Derrière ce vernis un peu crado se cache un trait très maîtrisé, que ce soit dans les expressions des personnages ou dans les mouvements des corps. Ainsi ses planches sont assez colorées mais imprécises, ce qui renforce systématiquement les personnages. Pas très fan au début, je m’y suis fait et constate une étonnante évolution sur le quatrième tome de la série avec un gros saut qualitatif, plus classique mais que je préfère. On aimera ou pas le style graphique de Christian De Metter mais force est de reconnaître que sa démarche est originale et que le bonhomme sait tenir un crayon!

Mais la grande qualité de No Body est bien sa construction scénaristique basée sur une technique éprouvée: le récit d’un ancien super-flic qui va nous raconter ce qui l’a amené au crime dont il s’accuse lui-même. Technique toute cinématographique, permettant des aller-retour chronologiques entre le récit (le temps présent) et les récits, à différentes époques. Bien entendu tout ce récit est maîtrisé par le narrateur, avec quelques questions de la psychiatre permettant au lecteur de prendre le recul. Grace au graphisme et au rythme on est happé dans cette histoire violente de l’Amérique des années 60: le Vietnam, la contestation étudiante, les gangs de Bikers, Kennedy et les programmes noirs du FBI… cette époque est fascinante et l’ouvrage est relativement documenté bien que romancé. L’histoire de ce flic malgré lui sera celle d’un système sécuritaire sans limite faisant face à des criminels sans limite. Cela convient à notre homme, boxeur traumatisé par la disparition de son frangin au Vietnam et traversant son époque comme un fantôme, bras armé de l’Etat subissant tous les coups de ses opérations clandestines qu’il parcoure comme Dante les cercles de l’Enfer, citation assumée par le scénario et très bien utilisée.

https://chezmo.files.wordpress.com/2017/04/nobody0203.jpgL’histoire est dure. Pour le héros d’abord. Homme solide souhaitant simplement l’amour, la police lui tombera dessus et le liera pour toujours au destin des plus sombres criminels du pays. Sans états d’âme il la verra, son âme, s’assombrir sans que l’on ne sache jamais s’il est devenu insensible ou si la conséquence de ses actes et des dégâts collatéraux aura une incidence sur ses actes. Le personnage semble maudit, voyant mourir tout ce qu’il aime, tout ce qui l’entoure hormis les monstres, ses commanditaires ou les criminels. Il se justifiera en éliminant des ordures sans foi ni loi. Mais reste t-on indemne en vivant uniquement dans les bas-fonds à côtoyer le mal?

Formidable voyage dans une Amérique bien sombre autant que dans les tréfonds de l’âme humaine, histoire assez nihiliste d’un roc au cœur tendre, No Body parvient à atteindre le très difficile équilibre entre le ludique (le policier), le réflexif (l’Histoire), le symbolique (Dante) et le drame humain.

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #16

La trouvaille+joaquimMeurtres fatals
BD Film N’importe quoi de Maëster
Fluide Glacial (1997-1999), 2 tomes parus (« Grave » et « 002 »), dont une intégrale. N&B.

couv_220744Les messages pleins d’humour (l’inverse aurait été étonnant) postés épisodiquement sur les réseaux sociaux par le grand Maëster depuis l’AVC qui l’a rendu hémiplégique en 2015 m’ont donné envie de rappeler aux lecteurs de ce blog le grand œuvre du fou-furieux, fan absolu de cinoche et obsédé sexuel (peut-on bosser chez Fluide glacial sans l’être?): Meurtres fatals. Et puis du coup ça booste un peu le tag Humour de ce blog qui devient un peu trop sérieux…

L’inspecteur Gotlieb Charolles et son adjoint Maëster Piggs sont chargés d’enquêter sur une série d’assassinats. Une enquête totalement foutraque qui va les entraîner dans le milieu du cinéma.

Résultat de recherche d'images pour "meurtres fatals maester"Je n’ai jamais été un lecteur assidu de Fluide Glacial mais je voue un culte absolu à Marcel Gotlieb qui incarne pour moi la quintessence de la BD d’humour maline, bien dessiné et loufdingue, avec notamment ses Rhâa gnagna et Rhâa lovely. Maëster, connu surtout pour sa série Soeur Marie-Therese des Batignoles (jouissive par son côté rentre dans le lard mais souvent un peu poussive a mon goût) est le disciple du maître (à qui il n’a pas grand chose à envier en matière de technique graphique) qu’il utilise pour jouer le héros de sa double histoire parodique, prétexte à dessiner des scènes et acteurs très connus du cinéma hollywoodien.

« To die by fatal killing death »

Résultat de recherche d'images pour "meurtres fatals maester"Pas vraiment nécessaire de raconter les histoires ni de décrire l' »humour Fluide », je me contenterais de vous citer les grandes références de l’humour absurde à la mode n’importe quoi: des Monty Python aux nuls, de Hot Shots aux films d’animation Aardman (Shaun le mouton, Wallace et Gromit), vous êtes entre de bonnes mains. Comme Maëster aime les jolies filles il en mets un peu partout mais à la mode caricature car c’est son style (faudrait pas trop se prendre au sérieux quand même. Pour avoir vu l’oiseau une fois en dédicace, je peux vous dire que son personnage de Piggs n’est absolument pas fictif: il drague tout ce qui bouge et n’arrête pas de raconter des conneries!

Un quartier très très affamé de la ville (c’est à dire tellement mal famé qu’on peut dire pas famé du tout, donc affamé, du préfixe privatif « af », comme dans « afficionado »: privé de la moindre intelligence),…

Résultat de recherche d'images pour "meurtres fatals maester"Donc dans les deux volumes de Meurtres fatals (de même qualité), les deux héros vous transportent dans tous les grands blockbusters des années 80-90, d’Alien aux X-files, de Pulp Fiction à Titanic en passant par Batman et Blanche neige et les 7 nains (il se paie même le luxe de nous placer le bain turc d’Ingres)… C’est toujours un peu fripon mais surtout, SURTOUT, chaque séquence, que dis-je, chaque case est le prétexte à un bon mot et surtout à l’insertion de mille détails à la con qui font mourir de rire. Maëster a 10.000 idées débiles par dessin et le pire c’est que tout ça tient parfaitement, est totalement lisible et appuyé par des dessins vraiment chouettes. De quoi souhaiter qu’il s’essaye un jour (très peu probable à moins qu’il tombe en dépression…) à une « vraie » BD avec une vraie histoire.Résultat de recherche d'images pour "meurtres fatals maester"

Vous passerez votre lecture à décortiquer chaque centimètre pour voir une idée textuelle ou dessinée débile, une référence à un des membres de l’équipe Fluide ou à un film, avec souvent un entrecroisement de tout ça, si possible dans la même image…

« Larcenet, ta mère elle aime Nagui »

Pour conclure, si vous vouez un culte à Marcel Gotlieb et aux Monty Pythons, courez acheter l’intégrale des Meurtres fatals, pour vous dérouiller les zygomatiques!

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