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King Spawn #1

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Comic de Todd MacFarlane et collectif.

Delcourt (2022), 208p.+ cahier graphique. Série en cours.

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bsic journalismMerci aux  éditions Delcourt pour leur confiance.

Pour commencer je tiens à vous avertir: cet album est ma première immersion dans l’univers du personnage trentenaire de Todd MacFarlane. Personnage singulier des comics qui a beaucoup fait pour développer l’Indé au tournant des années 1990 en co-créant Image comics avec Jim Lee et Marc Silvestri, la carrière de MacFarlane est totalement liée à ce personnage qui s’est décliné depuis sur une bonne dizaine de séries rattachées à l’univers du anti-héros infernal. Certains auteurs choisissent de passer leur vie sur un même univers. C’est un choix (lucratif…). Avec un a priori plutôt négatif sur cette franchise très commercialement déclinée (jouets, film, séries,…) je tente donc la découverte…

King Spawn Issue 2 Sneak Peek !Et subit les mêmes conséquences que sur une première incursion dans un album de la Justice League ou des X-men: l’impression d’arriver justement après trente ans d’une trame continue pleine de personnages et de rebondissements. Vous voilà donc prévenu, contrairement à ce que laisse entendre l’auteur dans sa préface, King Spawn, qui ambitionne « d’ouvrir comme jamais l’univers de Spawn » n’est pas vraiment une porte d’entrée. Soyons juste: si la méconnaissance des personnages, de l’histoire du personnage et du contexte de 2022 compliquent la lecture, la narration se veut suffisamment linéaire et fluide pour permettre à un nouveau venu d’en profiter, notamment graphiquement.

Car comme création d’illustrateur l’une des immenses qualités de Spawn est la force de ses planches, ici déclinées par la fine fleur du comics particulièrement inspirée dans la mise en scène qui brise souvent les cases pour créer des visions brisant les murs de la réalité. L’atmosphère adulte assez crue (on parle d’enfants massacrés, d’éviscérations et d’un héros qui tue sans plus d’états d’âme que le Punisher) qui a fait le succès de la série Image à son lancement en regard avec le puritanisme du Big-Two fait son effet. Une fois rentré dans cette enquête autour d’un groupe eschatologique on se laisse porter avec le plaisir de ne pas avoir trop de bons sentiments, ce qui rend le héros (un démon des enfers, rappelons le) crédible.

KING SPAWN #1 (McFarlane, Lewis / Collectif) - Image Comics - SanctuarySi la crudité du thème et du traitement impactent, on n’évite pourtant pas l’effet références et quelques codes du comics qui banalisent par moment l’ambition. Ainsi à la volonté de croiser ses séries et personnages, MacFarlane recrée une sorte de Bat-family à laquelle il ne manquerait plus que le Spawn-chien. Passons. Les références il y en a donc (on pense à Punisher, Shadowman ou Bloodshot chez Valiant, mais aussi au tout puissant Hellboy refusant son statut de Seigneur du chaos) mais suffisamment digérées pour devenir un univers original et c’est là la principale qualité (inattendue) pour ce secteur hyper-concurrentiel du nouveau sup’.

King Spawn #3 (2021) | Read All Comics OnlineEtrangement ce sont les séquences avec le super-héros qui sont les plus banales du fait de cette immortalité et cette imprécision sur les capacités du personnages qui aime à défourailler armé de grosses pétoires quand il ne lance pas sa cape-symbiote tel un Venom. Lorsque Al Simmons reprend forme humaine on s’intéresse à ce monde peuplé de terroristes et d’agences gouvernementales obscures et au Grand Jeu entre armées infernales et Anges bloqués sur Terre après que Spawn ait semble t’il fermé les passages des âmes vers le haut et vers le bas.

Doté d’un univers riche, très adulte et raisonnablement ricain, Spawn prend les qualités des Batman modernes et les réhaussant d’une mythologie biblique fort alléchante. De quoi donner bien envie de retourner à la source pour pouvoir profiter ensuite pleinement de cette nouvelle saga.

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Astra saga #2

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BD de Philippe Ogaki et collectif.
Delcourt (2022), 54p., série en cours, 2/7 tomes parus.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

L’an dernier l’auteur des Mythics marquait les esprits avec le premier tome d’une trilogie SF très ambitieuse transposant dans le futur les mythes nordiques et l’esthétique napoléonienne impériale.

Astra Saga (tome 2) - (Philippe Ogaki) - Science-fiction [BULLES EN VRAC,  une librairie du réseau Canal BD]Si le premier volume cochait toutes les cases grâce notamment à une lisibilité scénaristique et une gestion de l’action parfaitement calibrée, le second tome a tendance à nous perdre à force d’aller-retours temporels. Prenant la forme d’un gros flashback nous menant à la grosse bataille spatiale qui ouvre le premier volume, la concentration demandée pour suivre les personnages, resituer leurs raisonnements et interactions (jusqu’à nous envoyer le méchant tantôt casqué tantôt découvert au point que l’on ne sait plus si son statut a été officiellement révélé ou non…) est assez fatigante. Le principe de l’épisode rétroactif est connu et fonctionne, pour peu qu’il ait sa propre linéarité. Ici on a le sentiment d’être dans une Inception, avec plusieurs trames temporelles. Était-ce volontaire dans une optique de retranscrire une relativité du temps liée à la structure de l’Espace-Temps très particulière de ce monde? Toujours est-il que cela complique la lecture pour pas grande chose et fait perdre de vue les grandes qualités par ailleurs de cette série.

Astra Saga tome 2 - BDfugue.comCar techniquement on reste sur le très haut niveau du volume précédent, avec cette envie évidente de batailles navales stratégiques qui flattent les rétines et restent faciles à suivre malgré la quantité d’éléments à l’image. Petite frustration concernant les adversaires: le noble séide de la créature antédiluvienne peine à apparaître et l’adversaire impérial inspiré des Ottomans n’est visible que via quelques soldats et vaisseaux. L’esthétique aurait mérité d’être transposée en SF et l’on aurait aimé voir des joutes politiques du côté des adversaires. Passons.

Ce volume suit donc ce héros bleu qui gravit les échelons de l’armée grâce à des capacités qui semblent lui permettre de résister à l' »épice » de ce monde, ce fluide issu de dépouilles antiques, ce sang qui donne son titre à l’album. Astra Saga T02 de Agnès Loup, Philippe Ogaki, Sanoe, Arturo Perez orts,  Guduf - Album | Editions DelcourtAlors que l’on découvre la source de ce fluide on est surpris par un scénario pas si manichéen lorsqu’il semble indiquer que cette guerre ancestrale qui a donné naissance au monde actuel ne s’est peut-être pas déroulée pour les raisons invoquées et suivant le déroulé connu… De quoi titiller notre curiosité plus loin dans l’idée d’une révélation sur la source des Mythes, sujet toujours passionnant. Heureusement, l’auteur indique un projet en sept tomes, ce qui laisse du temps pour recadrer un peu ces quelques réglages et surtout développer un univers foisonnant au potentiel énorme.

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*****·BD·Nouveau !

Conan le Cimmérien #13: Xuthal la crepusculaire

La BD!
BD de Christophe Bec et Stevan Subic
Glénat (2022), 60 p. one-shot.

Pour ma seconde version collector sur cette collection (après le Recht) rien de révolutionnaire, ce même format énorme avec une couverture au vernis collant qui est certes élégant mais risque de très mal vieillir… Du reste on vient essentiellement pour le format et le n&b, le carnet de recherches de dix pages n’apportant pas grand chose aux planches déjà incroyables. Enfin l’absence de l’explicatif habituel de Patrice Louinet sur la nouvelle originale, présent sur les éditions classiques, est ici assez inexplicable. Vu le prix de ces éditions on peut attendre mieux.

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Coup de coeur! (1)

Rescapé d’une guerre contre une armée stygienne, Conan se retrouve isolé au cœur d’un désert implacable, accompagné d’une jeune esclave. Lorsqu’ils croient leur mort arrivée ils tombent sur une étrange cité antédiluvienne dont les habitants semblent dotés d’étranges pouvoirs. Très vite il va réaliser qu’une menace monstrueuse est tapie dans les entrailles de ce labyrinthe…

Conan chez Glénat - Page 8 - Conan en général - The OverlordDepuis le début de la collection (n’étant pas expert dans la mythologie Conan) je suis surpris par la variété des apparences du héros et de la physionomie de ses aventures dans les mains des différentes équipes artistiques. Je suis un enfant du Conan de Milius et les illustrations de Frazetta restent pour moi l’essence de cet univers, fait de monstres tentaculaires, de filles dénudées et de barbares aux muscles saillants et à l’esprit primaire. Peu d’albums reprennent cette ambiance (hormis peut-être les Chimères de fer) et il est évident que l’esprit Frazetta était l’objectif de Christophe Bec et Stevan Subic, deux auteurs dont les visions sont fortement inspirées par Howard et Lovecraft.

Ainsi cette Xuthal est immédiatement pour moi la meilleure version de la collection en atteignant (dans cette version n&b sublime) la substantifique moelle de ce qu’est Conan! La noirceur des encrages du serbe et la massivité de son barbare créent une atmosphère sauvage (que l’on ressentait fort sur le réussi Tarzan sorti l’an dernier) propice à cette confrontation sanglante avec la créature indicible tout droit sortie du panthéon Cthulhien. L’introduction relativement sobre dans la luminosité du désert que renforce le blanc immaculé de cette version plonge progressivement dans un enchevêtrement des dédales de la cité avant de s’inverser par des pages où de rares touches de blanc subsistent lorsque le héros affronte la créature dans les tréfonds de Xuthal. Dans les quelques scènes de batailles on trouve du Frank Miller de 300 dans la profusion de détails puis les auteurs jouent des perspectives et clair-obscure tranchés pour créer une perte de repères fort esthétique.

Conan-Xuthal-la-Crépusculaire-Christophe-Bec-Stevan-Subic-attaque –  Branchés CultureSi l’aspect graphique est évidemment impressionnant, Bec parvient mieux que ses comparses à narrer une légende assez intéressante dans un carcan littéraire toujours assez manichéen. Avec ce peuple perdu dans le désert, adepte d’une drogue qui altère la réalité on densifie un background qui aurait été un peu court sur la seule exploration de vestiges. Cela permet de laisser libre court à toute l’imagerie de nombreuses scènes de filles dénudées, de banquets orgiaques mais aussi de tortures rituelles. Avec la bête (Conan) en chasse pour sauver la belle (l’esclave) nous avons les marqueurs classiques d’une trame que l’on aime voir simple et sans compromis.

Avec ce treizième album Bec et Subic semblent être allés au bout de ce qu’il était possible d’offrir à Conan en passionnant les yeux des amateurs de ce monde créé par Robert Howard et sublimé par Frank Frazetta… et maintenant par Stevan Subic. Un classique immédiat.

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***·BD·Rapidos

BD en vrac #15

  • Avant la Quête #6: Kryll (Le Tendre, Loisel, Etien +Lapierre/Dargaud) – 2020, série en cours.

couv_381509badge numeriqueLe sixième album du cycle Avant la Quête, mythique série de réaliste-fantasy de la BD franco-belge ayant inspiré la totalité des auteurs actuels était attendu avec inquiétude. D’une réalisation particulièrement chaotique (dix ans entre le premier et le second tome puis trois ans entre chaque volume avec trois changements de dessinateurs), la série  a soufflé le chaud (la découvert de la jeunesse d’un personnage iconique et du monde d’Akbar, une préparation sans faille de Loisel)… et le froid d’une série qui commence à s’étirer et d’un cinquième tome plus que feignant qui n’apportait rien à l’intrigue. La première bonne nouvelle c’est qu’Etien reste d’un très bon niveau et l’ajout d’un nouveau coloriste avec Lapierre fait monter encore d’un cran une partition graphique très impressionnante, entre reproduction exacte du style original de la Quête et couleurs numériques subtiles. Niveau scénario si l’on semble parti sur une série au long court qui ira (selon Wikipedia) jusqu’à huit tomes, cet album nous reprends dans ses filets d’une construction très efficace, jouant d’un narrateur qui nous rappelle la légende du Chevalier Bragon, avec un storyboard magnifique, de belles scènes d’action et une histoire qui sait se concentrer autour de la secte du signe sans se perdre en détours. Ceux qui comme moi  attendaient d’Avant la Quête un focus sur l’apprentissage de Bragon  trouveront une tomaison déjà trop fournie qui dilue l’intérêt. Les nouveaux venus pourront apprécier une très bonne série de fantasy, classique mais plutôt luxueuse même si elle perd un peu de magie en se normalisant.

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  • Poussière #1-2 (Monde/Delcourt)  – 2018, série en cours.

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Pour ma première lecture de cet auteur je découvre une sacrée imagination et un certain style qui réussit ce que n’avait pas totalement abouti le récent Negalyod, sorti la même année, encensé, et selon moi bien moins réussi que ce Poussière. Dans l’esprit on est donc entre un worldbuilding ambitieux (dans la veine de TER, Negalyod ou pourquoi pas Ultralazer) et l’idée du multivers avec deux réalités qui se chevauchent (qui rappelle l’excellent Brane zéro). Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler mais sachez que si le premier volume vous montre une planète attaquée par des géants, sortes d’incarnations élémentaires d’une nature colérique (l’auteur s’inspire clairement du pitch de l’Attaque des titans, avec un aspect écologique intéressant) dès le second volume on découvre le rôle de scientifiques avec un montage très audacieux entre les deux réalités. Côté graphique la colorisation criards pourra vous surprendre mais on s’y fait, surtout que le design général est vraiment original et que le trait de l’auteur se rapproche de celui d’une de mes découvertes récentes, l’excellent Frederik Peeters.  Vous l’aurez compris, cette série part sur de très bonnes bases et arrive à trouver sa place dans l’univers très concurrentiel de la SF.

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Bloodshot salvation

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Comic de Jeff Lemire, Lewis LaRosa et Mico Suayan
Bliss (2018) – Valiant (2017), 144 p., comprend les volumes 1-5.

bsalvation_1_couv_recto_rgb-600x923J’ai  lu récemment l’intégrale Bloodshot et je précise qu’elle est suivie par deux séries: Bloodshot Reborn (relaunch) et Bloodshot USA, que je n’ai pas encore lues. Salvation fait suite à ces derniers et bien que leur lecture ne soit pas indispensable (on ne sent aucun manque grâce au travail du scénariste Jeff Lemire) le fait qu’il se déroule après peut interpeller sur ce qu’il s’est passé entre la première série et cette dernière. La lecture du one-shot The Valiant est également intéressante mais plus par soucis chronologique que par ce qu’il apporte à Salvation. L’éditeur Bliss explique de toute façon cette chronologie comme d’habitude sur ses albums. Pour plus de précisions je vous renvoie vers le camarade de l’antre des psiotiques qui s’est fait une spécialité de l’univers Valiant fort bien décrit.

[MAJ: Après la lecture de la saga Reborn je ne saurais que vous inviter à lire dans l’ordre The Valiant, Reborn puis Salvation: les thèmes posés dans Reborn et les mêmes dessinateurs reviennent dans Salvation qui est la suite directe].

Le Projet Rising Spirit qui a donné naissance à Bloodshot n’est plus. Ray Garrison est désormais libre et vit une vie paisible avec sa femme et sa petite fille. Mais le père de sa compagne, un dangereux gourou sudiste ne compte pas abandonner sa progéniture, ce qui va obliger Bloodshot à reprendre les armes…

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot salvation"Pour aller droit au but, cet album est une sacrée claque qui confirme tout d’abord que la ligne graphique des relaunch des comics Valiant est d’un niveau très élevé qui place l’éditeur clairement au dessus de ses deux concurrents Marvel et DC sur ce plan. Si la salve donnée sur X-O manowar était pour moi inégale, ce n’est clairement pas le cas ici et on se trouve au niveau de qualité de Rapture, c’est à dire sans aucune planche réellement décevante. Deux illustrateurs officient, dans des styles très différents et de façon organisée puisqu’ils décrivent chacun l’une des deux trames temporelles de l’album (maintenant et le passé). On a donc une cohérence graphique totale sur les deux narrations parallèles et c’est très plaisant. Lewis LaRosa notamment, s’est fait la main sur des couvertures (très belles) des précédentes séries Valiant (Bloodshot, Harbringer ou X-O Manowar) et son style colle de près à celui des autres relaunch. Outre la qualité technique indéniable il produit des cadrages vraiment sympa et cinématographiques avec de larges cases qui déroulent la lecture. Du coup ce tome se lit assez vite mais avec grand plaisir.

Sans titre.jpgLa très bonne idée de Lemire (qui pose très vite des liens avec l’univers Shadowman du monde des morts et le one-shot Rapture) est d’annoncer la mort de Bloodshot. Malin puisque ce personnage est depuis le début immortel, on se retrouve donc tout de suite avec deux anomalies: Bloodshot a eu une fille dotée des mêmes pouvoirs que lui et donc, Bloodshot est mort. Comment? C’est ce que va expliquer la série avec de premières révélations en fin de tome. L’autre élément sympa c’est la découverte que Bloodshot n’était pas tout seul à être équipé de nanites! Dans l’intégrale Bloodshot on avait déjà entre-aperçu la bande de bidasses dotés du fameux rond rouge… qui reviennent dans la trame du futur de cet album. Idem avec un chien qui semble avoir subi le même traitement aberrant que le super-chien de superman… un peu WTF mais ce n’a pas d’incidence sur l’histoire alors on oublie (cela est certainement relaté dans Reborn ou USA). Enfin, le méchant se nomme Rampage, un golgoth contaminé par les nanites et dont la trame du présent nous relate la naissance avant l’affrontement prévisible.

Résultat de recherche d'images pour "bloodshot salvation"Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir manqué une étape mais j’ai beaucoup apprécié le vent de renouveau qu’apporte ce volume aux constantes de l’univers Bloodshot et sa mise en danger à trois niveaux: d’abord le fait d’avoir une famille, ensuite l’apparition d’un méchant digne de ce nom (le seul à l’avoir mis en difficulté jusqu’ici était rien de moins que Toyo Harada, le psiotique le plus puissant du monde), enfin une menace directe sur ses pouvoirs que je ne révélerais pas ici. Last but not least, une petite pincée de politique est apportée avec ce sud Redneck fanatique décrit via la secte du paternel et qui annonce du gros bourrinage dont le héros à le secret. Ce rafraîchissement doit donc beaucoup au scénariste, dont j’avais noté le travail très équilibré sur The Valiant et sur Descender. Salvation est du coup l’une de mes meilleures lectures Valiant pour l’instant et maintient un niveau très élevé des publications récentes de l’éditeur, avant des sorties très alléchantes comme Savage (du même dessinateur) en fin d’année et le relaunch de Shadowman (dont les premières planches sont superbes) en 2019. Je sens que je deviens accro…

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Un autre avis sur comics have the power.

 

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L’emprise

BD de Serge Letendre, Régis Loisel et David Etien
Dargaud (2017), 60 p., Série Avant la Quête tome 5 (en cours).

quete-de-l-oiseau-du-temps-la-avant-la-quete-tome-5-emprise-lJe n’ai jamais été un super-fana de Régis Loisel et de la Quête (série avec laquelle est née à l’héroïque-fantasy toute une génération des années 70) mais j’ai appris à apprécier le monde d’Akbar et le style cracra-réaliste insufflé par Loisel. J’avais pourtant pris le train en marche d’Avant la quête et apprécié la série malgré un étirement de publication qui mine de rien joue en défaveur d’une implication du lecteur. Il faudra probablement attendre le dénouement (au prochain tome on l’espère) pour vraiment apprécier la valeur de ce projet dans une lecture intégrale et chronologique des aventures de Bragon.

Ici Etien remplace un Mallié qui avait suscité l’espoir d’être le dernier dessinateur de la série. Ce dernier avait su trouver un style à la fois respectueux du graphisme de Loisel et possédant son caractère et rehaussant un niveau fragilisé par l’album moyen (graphiquement) d’Aouamri. Comme beaucoup l’ont dit, l’un des intérêt de cet album est donc plutôt graphique, le nouveau venu s’en tirant vraiment bien et Loisel assurant (comme Yslaire sur Sambre) une direction artistique redoutable mais vraiment justifiée lorsque l’on voit l’homogénéité que recouvre cette saga.

Pour le reste, on se demande tous le pourquoi de cet album… La Quête formait une quadrilogie, l’Avant aurait pu se clôturer au bout de cinq. D’autant que l’essentiel de la genèse du chevalier Bragon a déjà été racontée à ce stade et les pistes vers l’évolution de Mara déjà posées. Les principaux piliers ont été abordés: si l’ami Javin pouvait être une introduction originale, le grimoire, le Rige et la formation du chevalier ont été traités chacun dans un album. Quel est le thème de L’emprise? Outre un piétinement sur l’intrigue générale, la ficelle scénaristique (l’amnésie de Bragon et l’emprise) de l’album est vraiment faible. Alors ce tome se lit bien, est visuellement très agréable, mais l’on a un désagréable sentiment d’un tome 5.1. Surtout que le ton utilisé est étonnamment grand public (venant d’un Loisel dont l’érotisme et la violence marque le style…) et perd un peu le côté « sérieux » de la saga. Ce qui m’inquiète c’est que la seule justification à cela serait la volonté de prolonger commercialement la série sur un long court. Si le prochain est le dernier je fais confiance à la troupe pour clôturer cela de façon classieuse et ce tome 6 n’aura été qu’un semi-loupé. Sinon je risque fortement d’arrêter les frais avant d’être allé trop loin.