****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le photographe de Mauthausen

BD Salva Rubio et Pedro Colombo
Le Lombard (2017), 168p., one-shot.

Premier ouvrage de fiction historique revenant sur l’incroyable histoire du photographe espagnol Francisco Boix, Le photographe de Mauthausen a ensuite été adapté en film (disponible sur Netflix) en 2018. L’ouvrage comporte un volumineux cahier historique reprenant en détail les éléments dessinés dans l’album et des photos sauvées par Boix et intégrées à la BD. Aussi important que la fiction, le dossier est un élément à part entière du projet et mérite un Calvin.

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mediathequeRépublicain espagnol réfugié en France puis enrôlé de force avec ses compatriotes dans l’armée française sur le Front Est, Francisco Boix se retrouve capturé lors de l’offensive allemande et envoyé au camp d’extermination de Mauthausen. Là, réalisant l’horreur, il va mettre au point avec ses camarades communistes, un plan pour subtiliser et faire sortir des centaines de clichés photographiques documentant les exactions des nazis…

Mauthausen39Lorsqu’il est sorti cet album mêlant fiction et réalité a beaucoup fait parler de lui, pour des raisons évidentes. Le sujet, aussi dramatique que romanesque a tout pour fasciner les scénaristes et auteurs de tout poil en créant une forme de héros improbable dans la mécanique implacable et inhumaine des camps. Comment dans une telle horreur des êtres humains si affaiblis, si terrorisés, ont-ils trouvé la volonté de prendre ces risques pour l’Histoire? Car c’est toute la difficulté qui nous est posé à nous spectateurs du XXI° siècle de nous efforcer de saisir une réalité aussi inimaginable que les fantastiques phénomènes astronomiques de la SF. A chaque acte de bravoure, à chaque incident improbable on ne peut s’empêcher d’imaginer une lubie de scénariste. Et pourtant… On peut imaginer un choix idéologique de Colombo et Rubio de caler cet effort des acteurs dans une idéologie communiste, seul élément permettant, en transformant ses militants en soldats, d’envisager cet impossible projet. Ce fut une réalité en bien des endroits et le scénario fait comprendre à la fin à Boix combien Staline se souciait peu des hommes sous son drapeau. Le photographe était semble-t’il une forte tête, un caractère bien trempé, mais pourtant…Le photographe de Mauthausen – Salva Rubio – Pedro J. Colombo – Aintzane  Landa – héros de guerre – camp double-planche – Branchés Culture

L’album commence immédiatement à l’arrivée des espagnols dans le camp, l’un si ce n’est le plus terrible camp de la mort nazi, un camp créé pour tuer les prisonniers politiques par le travail, sur le même modèle que le Goulag soviétique. Une carrière marquera dans la roche la souffrance de ces hommes qu’une impulsion soudaine d’un garde peut projeter se fracasser plusieurs dizaines de mètres plus bas. Ces barbelés sur lesquels on ordonnait aux prisonniers d’aller s’embrocher avant de les exécuter dans un simulacre d’évasion. Les nombreux films sur la période nous ont montré des brochettes d’ordures que l’on a toujours du mal à imaginer réelles. Mais ce qui change la donne dans cet album, malgré un dessin peu réaliste qui s’inscrit dans un registre BD presque jeunesse, ce sont les clichés. Recomposés en dessins pour un grand nombre, on peut les voir dans le très volumineux dossier documentaire qui revient sur ce camp, son fonctionnement, ses exécutions. Ainsi cette visite de Himmler parcourant les espaces du camp, du calvaire des prisonniers entouré de sa cour d’officiers dans leurs beaux costumes Hugo Boss est glaçante.Le Photographe de Mauthausen – Salva Rubio & Pedro Colombo - Benzine  Magazine

Militant communiste convaincu, Francisco Boix comprend vite que ce qui est en jeu c’est le témoignage une fois la guerre terminée. Pour ceux qui ont été abandonnés par la France dans la guerre civile espagnole, envoyés au casse-pipe car communistes, martyrisés à la demande de Franco comme mauvais espagnols, il n’y a pas d’espoir d’en sortir vivants. Mais l’idéal de justice quasi religieux des communistes les pousse à cette folie pour faire sortir des preuves. Après une intrigue montée comme un thriller (le scénariste travaille dans le cinéma), nous verrons enfin Boix forcer la porte du tribunal de Nuremberg où il n’avait pas été convié à témoigner, soutenu par Marie-Claude Vaillant-Couturier.Le tribunal fait bien peu de cas des clichés dont seuls quelques uns sont utilisés. Car les auteurs nous font comprendre que l’enjeu était déjà politique, un jeu à quatre alors que le dictateur Franco ne sera aucunement inquiété et pourra poursuivre l’idéal fasciste jusqu’à sa mort.

Histoire incroyable, très bien écrite, portée par un travail documentaire saisissant, l’album souffre donc seulement de dessins un peu décalés par rapport à la rigueur du propos, au drame humain et à la réalité de l’affaire. Cela atténue un peu l’immersion avec l’avantage imprévu de faciliter l’immersion dans ce quotidien très noir. Il n’en reste pas moins un album marquant qui fait œuvre de pédagogie en nous rappelant comme jamais trop la folie absolue de cette période.

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****·Comics·East & West

Sara

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Histoire complète en 136 pages, écrite par Garth Ennis et dessinée par Steve Epting. Publiée originellement par TKO Studios, adaptation en France chez Panini le 2/12/2020. 

Pour l’Amère Patrie

La Seconde Guerre Mondiale est une source inépuisable d’histoires, ce conflit ayant indubitablement marqué l’Humanité de bien des façons. 

Ici, nous faisons la rencontre d’un escadron de tireurs d’élite, qui combat l’avancée nazie sur le front russe, en 1942. Le peuple russe est connu pour son dévouement à la cause, comme le démontrera plus tard leur bilan des victimes, parmi les plus élevés. La particularité de notre troupe de snipers, est qu’elle est composée de femmes, toutes entrainées spécialement, et reconnues pour leur efficacité. 

Aux côtés de Rina, Nata, Mari, Lydi, Vera et Darya, on trouve Sara, notre protagoniste. Distante et froide comme le sont souvent les snipers en fiction, Sara est la plus redoutable tireuse à avoir arpenté le front russe. Félicitée pour son tableau de chasse par ses supérieurs, elle sème la désolation parmi les troupes nazies avec une infernale efficacité. 

L’envers du devoir

Cependant, le passé de Sara a causé des blessures qui ne guériront jamais vraiment, ce qui, conjugué à la pression politique du tout-puissant Parti qui ne semble pas accorder la plus grande valeur à la vie de ses soldats, pourrait entraîner la jeune femme sur une pente dont on ne peut revenir. Bien évidemment, lors d’une guerre totale de cette ampleur, les obstacles ne sont pas seulement internes, aussi les nazis, ulcérés par l’efficacité de Sara, vont-ils lui envoyer un sniper plus redoutable encore. 

Connu pour ses œuvres impertinentes (Preacher, The Boys), Garth Ennis s’est forgé un statut de sale gosse des comics. Cependant, il existe aussi une partie de sa bibliographie tournant autour de récits de guerres au ton réaliste. C’est le cas ici pour Sara, dont la narration à la première personne nous plonge dans une ambiance froide et âpre, à l’image du conflit qu’il dépeint. 

Ennis s’est inspiré de faits historiques pour construire son histoire, ce qui ancre le récit dans la réalité, et amène l’auteur à y apposer le sceau de la sobriété. Malgré son détachement apparent, le point de vue interne de la protagoniste ainsi que les flash-back sur son entrainement génèrent de l’empathie envers elle tout au long de l’album, et jusqu’au magistral dénouement, amer et cohérent à la fois.

[SPOILERS]

En effet, le scénariste insiste rapidement sur le fait que Sara, tireuse exceptionnelle, travaille seule, sans observateur à ses côtés (le spotter, qui aide le sniper à repérer ses cibles), alors que ses camarades travaillent toutes en binômes. Si bien que lorsque vient le sniper nazi , Sara ne peut qu’imaginer un tireur solitaire, comme elle, comme si le talent et le don de tuer n’atteignaient leur apogée qu’en solo. Et c’est malheureusement ce qui causera sa perte, une perte qu’elle appelait certainement de ses vœux. 

Graphiquement, Steve Epting nous fait profiter de son expérience sur les décors et l’ambiance WW2, qu’il avait déjà exploré lors de son run sur Captain America back in the day. Son trait réaliste sied totalement au cadre du récit, et livre avec force détails les émotions exacerbées de ces personnages pris entre deux feux. 

Sara est donc un très bon récit de guerre, immersif et original.

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L’Ange d’Yeu tome 1: Anges et Démons

La BD!

Premier tome de 46 planches de la série écrite par Pascal Davoz et dessinée Nicolas Bègue. Parution le 17/06/20 aux éditions Paquet.

Il était un petit navire

badge numeriqueEn 1936, Ange est un pêcheur expérimenté, qui a dédié sa vie à la mer. Il ne fait qu’un avec son bateau, hérité de son père, l’Ange d’Yeu, baptisé d’après l’île natale du sardinier. Ange aime tant son bateau qu’il fait pour ainsi dire partie de lui, et ferait presque de l’ombre à Agathe, son épouse, et à leur tout jeune enfant.

Gaston, le postier, le sait bien et n’espère qu’une chose: détourner la belle Agathe de son mari afin d’accaparer ses faveurs. Pour cela, le rival est prêt à employer tous les stratagèmes possibles, même les plus perfides. Ange va devoir redoubler de prudence s’il ne veut pas tout perdre sur l’autel de la cupidité du sournois postier.

Toutefois, il n’y a pas que ça. Depuis quelques temps, Ange est hanté par d’étranges rêves, durant lesquels il se voit, à différentes époques, invariablement confronté à un choix: sauver son épouse ou son bateau, et systématiquement, Ange choisit son embarcation, que ce soit face aux romains, aux vikings, aux croisés ou aux royalistes.

Lorsque les conspirations de Gaston emmèneront Ange sur un navire de guerre, ce dernier devra échapper aux nazis s’il veut espérer revoir sa femme…et son bateau.

Triangle (amoureux) des bermudes

Pascal Davoz réussit à nous embarquer dans un récit mêlant mystères oniriques et intrigue amoureuse, le tout étant savamment dosé. Les séquences de rêves et les complots tramés par Gaston dans le présent alternent pour nous mener aux prémisses d’une plus grande aventure.

Quelle est l’origine de ses étranges rêves ? Sont-ils une forme de métempsychose ou un avertissement ? Une fois réellement confronté au choix, Ange choisira-t-il réellement son bateau ? Survivra-t-il à l’Odyssée qui se profile devant lui ?

Le deuxième tome de la série devrait nous éclairer encore davantage, ou qui sait, épaissir encore le mystère !

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Lecture COVID: Sanctuaire Genesis

La BD!

badge numeriqueSanctuaire Genesis est une mini-série dont les deux tomes sont parus en 2015 aux éditions des Humanoïdes Associés. Philippe Thirault et Christophe Bec au scénario, Stefano Raffaele au dessin.

 

Les origines du Mal

Quelques années après avoir conclu en tant que dessinateur son angoissante trilogie sous-marine Sanctuaire, Christophe Bec reprend le flambeau de cet univers crée avec le concours de Xavier Dorison, cette fois en tant que scénariste, afin d’en livrer un préquel, grâce aux dessins de Stefano Raffaele.

Alors que la série principale contait les mésaventures d’un équipage de sous-marin aux prises avec une entité malveillante prisonnière de l’éponyme sanctuaire, cette série nous amène un peu plus avant, à l’aube de la Second Guerre Mondiale, pour raconter la lutte de pouvoirs qui s’est opérée entre les différents belligérants qui souhaitaient exploiter le pouvoir de l’entité à leurs propres fins, ignorant que c’est une force impossible à maîtriser.

Attraper le Diable est une chose, le retenir en est une autre.

Ainsi, l’on va en savoir davantage sur les événements qui ont conduit au désastre de l‘USS Nebraska dans la série originale. Delorme, un archéologue de renom, se voit déjà récolter les lauriers de la découverte d’une immense cité Ougharit, une civilisation ancienne, dont on n’explique pas le soudain déclin. Il traîne derrière lui Marlène, sa réticente épouse, qui aimerait être autre chose qu’un bagage qu’on amène avec soi pour le déposer simplement à chaque étape de son voyage.

Petit problème, les nazis sont sur le coup eux aussi, et vont prendre le couple en otage afin que l’archéologue leur montre la voie du Sanctuaire et de ce qu’il renferme en son sein. Sous la menace constante, le couple va de disloquer, amenant l’épouse déçue dans les bras d’Otto, l’archéologue au service des allemands.

Sanctuaire Genesis s’amuse à nous rejouer la carte des films d’aventure sur une trame assez classique. En effet, la fiction regorge de monstres et d’entités malveillantes, emprisonnés grâce au sacrifice d’un peuple ancien ou une faction occulte dont les derniers descendants gardent encore craintivement le secret (je pense à La Momie, Indiana Jones, Le Prince des Ténèbres…), et réveillés par l’inadvertance ou la cupidité des hommes.

On l’aura compris, Sanctuaire Genesis ne comprend pas d’élément réellement surprenant, ni une recette particulière, cependant, on se laisse prendre par le coté soap apporté par le triangle amoureux Delorme/Marlène/Otto. En revanche, on aurait apprécié en apprendre davantage sur les origines ou le background de Moth, le fameux antagoniste maléfique, qui reste finalement en arrière plan, muet la plupart du temps, ne se distinguant que par l’influence morbide dont on le devine instigateur. Il est possible, sur ce point, que les scénaristes n’aient pas souhaité faire doublon avec le reboot de la série, sorti entre temps, et intitulé Sanctuaire Redux, qui offrait déjà quelques flashbacks très instructifs.

Graphiquement, Stefano Raffaele, que l’on retrouvera de nouveau en tandem avec Christophe Bec sur la série Olympus Mons, faisait déjà ici un très bon travail sur les ambiances et les décors.

Sanctuaire Genesis demeure une agréable lecture, même si elle ne comporte pas d’élément surprise qui changerait le paradigme de la série principale.

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Sushi & Baggles #19

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  • Radiant #12 (Tony Valente/Ankama) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

couv_372451Attention le nouveau Radiant est arrivé, avec une jaquette toujours aussi belle, centrée sur les personnages… qui sont la grande réussite de la série. Tony Valente aime ses personnages et les développe tous à fonds , si bien que lui comme nous ne sait plus où donner de la tête tant les possibilités sont nombreuses. Qui est un personnage principal, secondaire, tertiaire? …impossible de le dire tant tous ont leur moment de bravoure. D’ailleurs ce volume est l’un des rares à être quasi exclusivement centré sur un side-kick, à savoir l’anti-héros Doc, aux prises avec les affreuses sorcières de la Mesnie. Dans des dessins toujours aussi virtuoses et minutieux, l’auteur nous fait hurler de rire avec ses millions de mimiques et jeux de langues (donc Doc, si vous vous souvenez, est le spécialiste). Un volume axé baston qui se termine explosivement à Bôme et nous propose, encore, plusieurs nouveaux personnages de grande qualité. Tony Valente a déjà confessé dans ses discussions de fin de volume que son univers était assez riche pour plusieurs dizaines de volumes et on le croit volontiers tant on a plaisir à replonger et découvrir le monde de Radiant à chaque volume. Déjà douze et on a l’impression que l’on vient juste de commencer… Vivement la suite!

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  • Atomic Robo #2 (Clevinger/Wegener/Casterman) – 2019, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour leur confiance.

couv_366465Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Le Robot le plus bourrin du XX° siècle revient chez Casterman Paperback… et surement pour longtemps puisque l’éditeur original IDW en est actuellement à 13 volumes publiés. Ceci explique pourquoi le background se révèle aussi progressivement sans explication particulière au sein des épisodes que contient chaque volume relié et construits comme des séquences quasi autonomes. A noter que les couvertures originales sont très jolies et que Casterman serait bienvenu de les intégrer (ce qui se fait habituellement en comics) dans les prochains tomes. Ce second épisode est beaucoup plus structuré que le premier avec une intrigue qui suit Atomic Robo lors du débarquement en Sicile. On découvre différents alliés, deux nouveaux méchants nazi, des machines, des soldats monstrueux et un verbiage incessant entre deux balles et trois explosions. J’ai trouvé du coup l’histoire plus sympa à suivre car moins hachée mais un peu plus sérieuse jusqu’à la dernière portion qui introduit un étonnant soldat québécois qui a dû donner beaucoup de mal aux traducteurs et qui nous propose des expressions qui vous laisseront aussi pantois que Robo… Voyons voir donc quel format nous réserve la suite que je suivrais personnellement avec beaucoup d’envie tant les dessins (quasi uniquement découpés en cases pleine largeur format cinémascope!) comme l’esprit de cette série qui ne se prend absolument pas au sérieux sont de petites sucreries bien agréables.

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  • Coyotes #1 (Lewis/Yarsky/Hicomics) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

displayimageMon expérience avec les albums Hicomics (la branche comics de l’éditeur Braguelonne) n’avais pas été très fructueuse jusqu’ici. Generation Gone ne m’avait pas totalement convaincu et le réputé Invisible Republic m’a laissé sur le côté… Heureusement Coyotes arrive et marque chez moi un intérêt soudain, non forcé, pour une oeuvre résolument originale, mêlant discours politique (un féminisme agressif faisant assez directement référence au comportement prédateur sexuels des hommes), une revisitation du mythe du Petit Chaperon rouge (l’héroïne est appelée Rouge et combat des loups…) et le principe de la guerre secrète entre deux entités ancestrales incarnant la force masculine et la féminité naturelle. Une base théorique très solide pour un premier tome (sur deux parus aux USA et qui doit conclure la série) construit façon puzzle, sans linéarité temporelle claire mais avec une recherche dans la narration, les dialogues et l’esthétique générale  qui accroche fortement le lecteur blasé des comics indé. Souvent le dessin me fait tolérer des intrigues pas toujours fabuleuses et je suis aux anges quand l’équilibre est trouvé entre le trait et le récit. Caitlin Yarsaki a un réel talent qui se ressent sur son premier album malgré des dessins un peu rapides par momentRésultat de recherche d'images pour "coyotes yarski". Ses visages (qui ont la particularité d’être très cernés… juste un style ou un reflet de la fatigue générale dans ce monde violent?) sont incroyablement expressifs et esthétiques, même quand elle dessine des mamies hystériques vociférant et la subtilité de ses planches réponds à celle de l’écriture qui joue délicatement de graphie (avec cette Duchesse dont les bulles sont habillée d’élégantes arabesques) et parfois presque de poésie. Dans cette histoire antique des hommes transformés en loups par d’anciennes reliques chassent les femmes. Un groupe de survivantes, les Filles perdues se réunit, se forme aux arts guerriers et part combattre son ennemi… Cette histoire mythologique permet de se dispenser de réalisme géographique comme temporel et l’on se plait à suivre ces personnages très forts dans une mise en forme où chaque case est travaillée. Coyotes a des lacunes comme tout premier album, mais il respire le talent et sort résolument du lot des comics indépendants. La bonne pioche de l’éditeur.

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*****·BD·Mercredi BD

Cinq branches de coton noir

BD du mercredi
BD Yves Sente et Steve Cuzor
Air Libre (2018), 176 p. One shot.

couv_315505Air libre (Dupuis) fait partie des éditeurs aux petits oignons qui outre le fait de publier peu mais bon, fabriquent de très jolis one-shots à grosses paginations et maquette fort élégante (Nymphea noir c’est eux, mais aussi les premiers Lepage, Gibrat ou Qui a tué Wild Bill de Hermann!). Ici la couverture, si elle rend hommage aux magnifiques encrages de Steve Cuzor, ne m’avait pas du tout attrapé à sa sortie il y a un an. Jolie mais peu efficace. A l’intérieur le récit est découpé entre un prologue et plusieurs parties séparées par une page de garde ornée d’un médaillon magnifiquement illustré d’un portrait d’un des personnages. Comme je le reproche souvent dans les romans graphiques classieux en franco-belge (chez Air Libre donc, mais aussi chez Signé-Lombard par exemple), on n’a pas encore pris l’habitude des bonus de création, ce qui est bien dommage… Trois tirages limités ont été édités dont un en n&b.

A la veille du Débarquement trois soldats noirs américains se morfondent à faire le ménage dans une base anglaise. La ségrégation n’a pas encore permis aux afro-américains de participer aux combats… Pourtant il va bientôt leur être proposé une mission suicide: rapporter au pays une relique, le premier drapeau de l’Union que l’histoire a fait atterrir en Allemagne nazie…

Résultat de recherche d'images pour "cinq branches de coton noir"Cet album est assez impressionnant. Montrant deux auteurs inspirés et en pleine possession de leur talent, il nous embarque dans une odyssée comme seul le cinéma sait nous y transporter. Car c’est bien un film qu’a réalisé Yves Sente avec son acolyte Cuzor comme chef opérateur et directeur photo. On dit souvent que les meilleurs scénarios sont les plus simple, c’est le cas ici. Le pitch de départ donne ne ton en alliant Histoire nationale américaine, mythologie de la seconde guerre mondiale et drame de la ségrégation. L’humain, la morale, l’héroïsme et l’Histoire se confrontent dans ce trio de soldats incroyablement caractérisés, si bien qu’après seulement quelques cases ils nous sont déjà familiers et comme rarement dans les BD on craint pour leurs vies.

Le travail graphique de Steve Cuzor est sur ce plan remarquable. Avec une technique hachurée il détaille les visages de ses personnages de façon que l’on ne doute jamais, de près comme de loin de leur identité. On distingue vaguement l’influence morphologique de certains acteurs américains (Denzel Washington? Forrest Whitaker?…). Très lisibles, ses planches virent à mesure que le récit avance vers de plus en plus d’abstraction, comme pour nous montrer la sortie du monde des vivants lorsque ces héros s’enfoncent dans l’hiver ardennais pourchassés par les forces du Mal… C’est juste magnifique, probablement le plus beau travail de Cuzor jusqu’ici. Son dessin en noir et blanc est rehaussé d’aplats par le coloriste Meephe Versaevel avec un réel apport. Les lieux et les époques sont ainsi définie par la couleur monochrome et seule la dernière planche, tragique, revient dans la polychromie comme pour rejoindre le réel de l’Amérique contemporaine.

Résultat de recherche d'images pour "cinq branches de coton noir"L’on ne saurait dire si c’est le dessin ou le scénario qui impressionne le plus dans Cinq branches de coton noir. Avec son passé d’éditeur, Yves Sente parvient mine de rien à construire une bibliographie assez impressionnante par la qualité de ses histoires, du Comte Skarbek (avec Rosinski) aux très bonnes histoires de la reprise Blake et Mortimer. Ici il propose un travail à la fois sérieux, imprégné par des thématiques difficiles en même temps qu’épique, dans une transposition réussie des récits militaires que le cinéma a allègrement documenté. Le cœur de son histoire, du début à la fin, porte sur la situation des noirs américains. Depuis la partie au XVIII° siècle et l’apparition de ce premier drapeau à la place des soldats tout n’est qu’injustice. Image associéeSes héros ne se plaignent pas pour autant. Ils sont des battants, se donnant les moyens de leurs ambitions sans courber l’échine. L’enjeu de cette histoire extraordinaire est alors de savoir si l’héroïsme peut renverser le cours de l’histoire…

Portée par le souffle de l’épopée et de personnages puissants, Cinq branches de coton noir est un album presque parfait tant il allie (pour le trait comme pour le texte) technique et élégance, efficacité et expérimentation. Un magnifique album, une pièce de choix dans la collection déjà très joliment garnie d’Air Libre et assurément un livre que tout amateur de BD se doit de lire.

 

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**·BD·Documentaire·Nouveau !

Le voyage de Marcel Grob

Le Docu du Week-End

 

BD de Philippe Collin et Sébastien Goethals
Futuropolis (2018), 178 pages+ cahier historique de 11 pages. One shot.
9782754822480

Futuropolis est un éditeur qui publie peu mais bien ; ce volume ne déroge pas à la règle avec un grand format à la couverture solide et un cahier historique de contexte très intéressant à la fin.

Marcel Grob est convoqué chez le juge d’instruction. Ce dernier veut son témoignage sur son incorporation aux Waffen SS pendant la seconde guerre mondiale. Il risque la prison pour le peu d’années qu’il lui reste à vivre. Il commence alors un récit sur l’enrôlement des « malgré-nous », ces alsaciens engagés dans les pires des bataillons nazi, pris entre deux Nations…

J’ai beaucoup en tendu parler de cet album qui a fait grand bruit, sans doute pour son sujet… mais probablement aussi par la notoriété de son scénariste, le producteur radio de France Inter Philippe Collin. J’ai pris conscience de cela après avoir achevé ma lecture en lisant les remerciements et la mémoire de son « grand oncle Marcel Grob ».

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Cela n’enlève rien à la portée du sujet mais j’ai toujours beaucoup de freins dans ce genre de situation où l’on sait que l’audience de l’album dépasse sa portée intrinsèque du fait des bons relais médiatiques. Cette critique porte-t’elle seulement sur l’ouvrage ou est-elle influencée (négativement) par le coup de pouce du statut de l’auteur, je ne saurais le dire…

Il est certain que le sujet est important, comme ces mille situations spécifiques que seule une situation exceptionnelle, la guerre, peut provoquer. L’injustice est certainement terrible et la vie des alsaciens a été très dure pendant le conflit. L’album est cependant quelque peu ambigu quand à son statut. Oeuvre d’histoire ou témoignage familial? Dans les deux cas la lecture n’est pas la même. Que Collin souhaite réhabiliter la mémoire de son grand-oncle se comprend. Que le grand public s’y intéresse peut intriguer. S’il fait oeuvre d’histoire, son traitement relativement manichéen pose question. Grob est dès le début présenté comme victime, sans que l’hésitation soit permise puisque l’un de ses camarades est montré, lui, comme un véritable volontaire bouffeur de bolcheviques et de juifs par un procédé un peu facile de comparaison.

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Le cahier historique en fin d’album est assez intéressant et vient nous rappeler l’horreur absolu répandue non par les seuls SS mais bien par l’ensemble de l’armée allemande, surtout sur le Front Est où les massacres systématiques de villages entiers ont été généralisés durant tout le conflit et non de façon éparse pendant la déroute finale comme à Oradour ou Marzabotto. On nous parle aussi des Malgré-nous donc, sur qui le traitement de l’album est sérieux, traîtres putatifs pour les allemands mais enrôlés de force néanmoins.

C’est bien sur la complexité indispensable du traitement de ces zones grises que sont la détermination de la culpabilité que le scénario pose problème. Je ne parle pas de construction, sur le plan scénaristique, celle-ci est très propre, mais bien de la présentation de Grob, trop lisse, parfaite victime d’une situation qui lui échappe. Seuls les connaisseurs du dossier peuvent savoir ce qu’il en a été. Mais pour proposer ce type d’ouvrage au public il convient de rappeler les difficultés du choix, comme sur les cas de collaboration. La BD de Nury Il était une fois en France produisait sur ce point quelque chose de vraiment complexe et intéressant en obligeant le lecteur à comprendre si ce n’est accepter certaines situations, certains choix imposés par le contexte de survie, en montrant les bassesses et l’ambiguïté de chacun.

Résultat de recherche d'images pour "le voyage de marcel grob"J’avais découvert le dessin de Sebastien Goethals sur Le temps des sauvages où j’avais trouvé son trait intéressant et surtout sa mise en cases dynamique malgré quelques faiblesses techniques. Ici le manque de contrastes dans les planches mets la focale sur les visages, ce qui ne mets pas le dessinateur à son avantage. Ceux-ci sont trop peu différenciés et il rencontre des difficultés dans les expressions faciales. Le scénario interdisant un traitement « camaraderie militaire » on a beaucoup de mal à s’attacher ou s’intéresser à des personnages que l’on a par ailleurs bien du mal à distinguer.

Un peu trop lisse malgré un sujet très intéressant, manquant du détachement d’historien, Le voyage de Marcel Grob rate un peu son projet en étant plus un ouvrage intime qu’un travail sur un angle mort de l’Histoire nationale.

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***·BD·Documentaire·Nouveau !·Service Presse

Morts par la France

Le Docu du Week-EndBD de Pat Perna et Nicolas Otero
Les Arènes-XXI (2018), 130 p. , One-shot.
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Je tiens à remercier les éditions des Arènes (qui ont fusionné avec la revue XXI) pour leur disponibilité et la qualité de leurs ouvrages qu’ils envoient très volontiers aux blogueurs (j’avais commencé l’an dernier mes partenariats avec eux sur l’excellent Paroles d’honneur). Ce genre de partenariats vertueux permettent de vraies découvertes et font généralement honneur au travail éditorial… Sur ce plan donc, on a droit à un très gros album au papier épais et à la très élégante couverture. L’album est découpé en chapitres ouverts par un poème, de Césaire ou de Hugo. L’ouvrage s’ouvre sur un avertissement concernant les éléments de fiction et ceux documentés et se termine par l’article dans la revue XXI qui a donné naissance au projet. Une excellente chose, qui aurait même pu être suivie par un entretien avec les auteurs sur l’adaptation… mais avec une telle pagination on ne peut pas trop en demander. Pour finir, je tiens à préciser que j’ai découvert cet album via un article de Mediapart et ne connaissais pas cet événement.

En décembre 1944, l’armée française tire sur des tirailleurs sénégalais rassemblés dans une caserne de Thiaroye avant leur démobilisation, provoquant un massacre. L’historienne Armelle Mabon découvre cette affaire et tente de démontrer les falsifications et mensonges autour de ce qui s’avère un crime et une affaire d’Etat tachant l’honneur de l’Armée…

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Ce récit est une fiction. Un scénario basé sur des événements réels et sur l’histoire vraie d’une thésards hantée par ce drame depuis le jour où elle en a entendu parler. Que le format soit celui de la fiction ne recouvre pas l’objet de l’ouvrage qui est bien de dénoncer un mensonge d’Etat fomenté par l’armée coloniale. La grande force de ce récit est de montrer la démarcation très fine entre la recherche scientifique froide et argumentée et le travail journalistique, fait de conviction et de récits. Ici on est plus dans l’enquête journalistique, parue dans la revue XXI, qui pointera du doigt toutes les incohérences administratives du récit officiel vis a vis des réalités des témoignages. La BD montre les difficultés d’Armelle Mabon, ancienne assistante sociale et douée en cela d’un très fort esprit de compassion et de révolte… qui ne colle pas forcément avec ce qui est attendu d’un chercheur, comme le lui rappellent sans cesse sa directrice de thèse et son compagnon. La structure scénaristique vise à montrer la pugnacité d’une femme convaincue et seule contre tous, mais ne tombe pas dans le piège du manichéisme de l’institution forcément à côté de la plaque. La directrice lui pointe des réalités et le rôle de chacun, lui faisant comprendre qu’une fois sa thèse validée elle pourra se lancer sur des travaux de son choix, pour peu qu’ils suivent une démarche scientifique. Car en histoire seuls les faits basés sur des preuves comptent. Dans ce cas là cela ne suffit pas car les documents ont été falsifiés. Il faut alors démontrer l’incohérence des dates, des chiffres.

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Là dessus on est un peu en manque, l’album comme l’article de la revue nous présentant les découvertes de l’historienne sans forcément beaucoup de faits. Étonnamment, les témoignages de familles de victimes ont été cherchés mais peu ceux des militaires. Les reportages nous montrent pourtant souvent (comme chez Davodeau) que c’est du cœur du crime que vient souvent l’information cruciale. Mais dans le cadre d’un massacre impliquant l’armée, la grande muette a sans doute su faire disparaître ou taire toute voix qui puisse dénoter. Ceci transforme alors cet album plus en témoignage qu’en une enquête pointilleuse comme l’excellent album Cher pays de notre enfance chroniqué ici ou le Saison brune de Squarzoni. Il n’en reste pas moins passionnant et remarquablement structuré, autour des doutes, des convictions et des indignations d’Armelle Mabon. L’aboutissement de l’histoire (pour l’instant) est la reconnaissance par l’Etat (en la personne du président Hollande) de ce massacre, minimisé mais reconnu. Ce n’est pas assez pour Armelle Mabon et les descendants des soldats assassinés qui luttent en justice pour le rétablissement de l’honneur militaire de leurs pères ou grand-pères. L’un des protagoniste rappelle à Armelle Mabon que le seul soldat réhabilité de l’histoire s’appelait Dreyfus…

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Graphiquement l’ouvrage est très élégant. Le dessinateur Nicolas Otero n’est pas le plus technique du circuit mais son dessin est très propre, arborant des couleurs douces et qui habillent parfaitement les traits. Il y a beaucoup de visages dans ces pages et il sait produire des expressions vivantes et distinguer ses visages d’hommes noires sans qu’ils soient interchangeables comme dans beaucoup de BD. Je ne connaissais pas cet auteur et ai beaucoup apprécié ses découpages et cases graphiques intercalées entre les scènes de dialogues. La BD documentaire a cela de difficile que les dialogues sont rarement graphiques et tout l’art des dessinateurs est de rendre fluide la lecture. Les auteurs proposent ainsi de nombreuses scènes illustrant le passé, dans les camps de prisonniers allemands ou autour de l’évènement du premier décembre 1944.
Cet album, outre être une très bonne BD, a le grand mérite de soulever une page noire de notre histoire a peu près méconnue du grand public. Il joue en cela parfaitement son rôle de documentaire en donnant envie de se renseigner plus avant sur cette affaire tragique.

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Note: Armelle Mabon m’ayant contacté pour apporter quelques précisions, je signale donc que l’enquête a bien à porté à la fois sur les familles de victimes et sur les officiers.

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****·BD·Mercredi BD

Angel wings – cycle Burma Banshees

BD de Yann et Romain Hugault
Paquet (2014-2017), 1° cycle de 3 volume (46 planches/album) paru. Une intégrale et les albums grand format disponibles.

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J’ai eu sous la main les albums au format normal, mais d’expérience l’éditeur Paquet fait du bon travail sur les grands formats. En outre les larges cases utilisées par Hugault pour ses magistrales séquences d’aviation méritent le détour en grand format. L’édition normale comporte une petite bio d’un vrai aviateur des Burma Banshees et toujours de très sympa plans d’avions et des pin-up dans les intérieurs de couverture. Cette chronique porte sur le premier cycle de la série, clôturé. Un second cycle se déroulant dans le Pacifique a commencé en 2017.

En 1944 sur le front asiatique, l’empire japonais menace la Chine et l’Inde. Une aviatrice chevronnée, civile membre des Women Airforce Service Pilot (Wasp) assure des navettes entre des bases isolées et occupées par de rudes pilotes de chasse. Dans ce monde d’hommes, dans une armée qui cantonne les femmes au rôle de secrétaires en talons, c’est toute une époque que nous découvrons au travers des aventures d’Angela…

Résultat de recherche d'images pour "angel wings hugault"Avec les aventures de cette forte femme, Yann et Hugault nous plongent dans les soubresauts de cette guerre, entre sabotages, missions de sauvetage de pilotes éjectés et attaques ennemies. Pour ceux qui ne connaissent pas, Romain Hugault est un superbe dessinateur passionné d’aviation et pilote hors de la planche à dessin. Il est ainsi le chef de file d’une école de BD d’aviation et à moins que vous ne soyez allergiques à ce qui à des ailes et des hélices, il faut dire que l’ensemble de ses albums regorge d’illustrations de voltige et de batailles aériennes absolument magistrales de virtuosité et de précision documentaire. Il faut voir le dessin de chaque vis et rivet pour imaginer le travail de documentation et la passion du détail qui anime l’illustrateur.

Image associéeJ’ai découvert Hugault sur son premier album et premier succès, le Dernier envol, recueil de quatre histoires, de quatre vies liées aux avions, pendant la seconde guerre mondiale. Si cette période occupe la quasi-totalité de son œuvre (hormis une escapade sur la première guerre mondiale dans Le pilote à l’Edelweiss) ce n’est pas uniquement par-ce qu’elle lui permet de dessiner des avions de guerre mais bien par-ce que les années 1940 le fascinent. Dans Angel wings plus que dans ses autres séries, le scénario de Yann insiste particulièrement sur le sort réservé aux femmes dans une Amérique machiste, qui plus est lorsqu’elle est en guerre. Cette BD que l’on pourrait presque qualifier de féministe a l’intelligence de ne pas être anachronique comme le sont souvent les histories contestant une situation historique. Angela est révoltée bien sur, mais femme de son époque, elle accepte en partie sa condition qui ne changera que dans le regard que lui portent les hommes de la base en constatant son courage. Image associéeL’on en sait très peu sur cette étrange aviatrice sachant se battre, manier un fusil et survivre dans la jungle birmane,  qui est étonnamment assez peu présente dans les cases hormis dans la trame générale du scénario qui semble tourner autour du décès de sa sœur, aviatrice comme elle. Et pour cause, il faut le reconnaître, l’histoire est assez anecdotique et plus un prétexte à illustrer des séquences d’aviation via le personnage du pilote de chasse Rob, des paysages et des séquences de bataille. C’est la recette de tous les albums de ce dessinateur (ses autres séries sont peut-être un peu plus consistantes), mais cela n’en fait pas moins de magnifiques BD bien au-dessus de la moyenne des albums grand-public historiques.

A la documentation visuelle de l’illustrateur répond une précision historique concernant une foule de détails sur les bases militaires en Asie, le quotidien d’un soldat sur le Front oriental ou la politique de déstabilisation radio du Japon (méthode certainement coutumière de tous les régimes en période de guerre mais saisissante ici: insidieusement on insinue que les médicaments donnés par l’armée US rendent impuissants, que les femmes restées au pays trompent les soldats, etc)… Je disais que l’histoire était un décors. Cela n’est pas une critique: la force de ces albums est documentaire et sur ce point c’est une grande réussite. Personnellement j’ai moins apprécié ce décors birman que les précédents albums du tandem Yann-Hugault en Europe, mais cela reste passionnant de réalisme, que ce soit les dialogues, les poses, les coiffures, on sent l’envie de cartes postales les plus précises et on apprend plein de choses. Bien sur on reste du côté hollywoodien, c’est clair, coloré, plein de bons mots. Cela n’empêche pas des drames, mais la dureté de la guerre reste au loin, comme dans l’esprit d’un aviateur perché sur son aigle d’acier au-dessus des combats.Résultat de recherche d'images pour "hugault angel wings"

Pour résumer, si vous aimez les avions, les belles images colorisées au numérique, la précision historique, les femmes (côté émancipation et côté rondeurs…), les années 40… foncez, au risque de découvrir un auteur que vous ne pourrez plus lâcher.

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