Comics·East & West·Rétro

Joe, l’aventure intérieure.

East and west
Comic de Grant Morrison et Sean Murphy
Urban comics (2012)/Vertigo-DC (USA 2010)
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Fabrication Urban comics standard, gros volume bien relié, cahier graphique et explicatif des auteurs conséquent en fin d’ouvrage. La maquette de la couverture est moins travaillée que sur les parutions récentes de l’éditeur mais néanmoins plus classe que l’édition originale. L’album est découpé en chapitres correspondant aux fascicules US, avec la couverture originale. Rien a redire.

Joe est un adolescent mal dans sa peau, immergé dans son univers imaginaire et ses dessins. Seul avec une mère très occupée, il rentre chez lui et subit une crise de diabète. Transporté dans un monde fantastique à cheval entre sa réalité et son imaginaire, il va entamer un parcours pour sauver la terre d’Hypoborée, mais également contre la mort s’il ne parvient pas à trouver rapidement du sucre…

Les préfaces de BD sont souvent plus des hommages qu’un apport pratique à la lecture. Ici le traducteur (médecin de son état) aborde la question du diabète du personnage principal, cause de son aventure et de l’album. C’est important car cela définit la construction et le découpage du récit, liant l’aventure fantasmagorique aux événements survenant dans le monde réwincklerjoeel et sautant d’une scène à l’autre comme seul un rêve peut le faire sans soucis de vraisemblance. Cela peut perturber le lecteur mais se justifie pleinement. Ainsi l’album a la linéarité classique de ce type d’histoire, accompagnée comme toute bonne quête héroïque d’une carte illustrée suivant les pérégrinations du héros dans ce monde imaginaire, stage par stage comme dans un jeu vidéo. Heureusement car les dialogues touffus s’enchaînent difficilement avec accumulation de termes issus de cet univers (l’enfant-qui-meurt, haute-terre, guerrier de fer, le chateau-foyer, etc…) Cela participe de la construction mythologique de ce monde mais se succède trop rapidement pour que l’on essaye de comprendre la logique de tout ça. Probablement par-ce qu’il n’y a pas plus de logique que dans un rêve. Tout ceci est un vrai voyage dans l’imaginaire déluré et totalement graphique (et sombre!!!) de Joe (ou de Sean Murphy?) et c’est le plus intéressant dans l’album.news_illustre_1349164464

J’ai découvert Murphy sur Tokyo Ghost où derrière la radicalité crado d’un scénario hyper-violent l’on pouvait percevoir des fulgurances poétiques et de design. On retrouve cela ici et notamment la très grande précision du trait de l’artiste malgré un style qui paraît croqué au premier abord. Rares sont les BD où les fonds de case sont aussi travaillés et précis. Le look des personnages est vraiment réussi, les plans encore plus gonflés que sur Tokyo et tout ça sent le lâchage d’illustrateur dans un bac a sable infini (pour notre plus grand plaisir). Murphy se fait plaisir  et insérant des rats-samuraï, batman et superman (l’éditeur est filiale de DC), Transformers ou Lobo (oui-oui!) dans les batailles épiques et l’on regrette presque que le scénariste ne lui ait pas plus simplement concocté une histoire héroïque classique au lieu de cette trame intéressante mais déprimante d’ado paumé entre deux mondes.potw_joe7

L’impression finale est entre une plénitude graphique, sorte d’orgie débridée, et le sentiment d’un décalage entre le sujet (intéressant et sérieux). Le projet est original et ambitieux, mais peut-être aurait-il fallu deux albums distincts, les envies du scénariste et celle du dessinateur n’étant peut-être pas exactement les mêmes… On garde cependant un bon album

 

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Fiche bdphile

 

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Comics·East & West

Tokyo Ghost

East and west

Comic de Rick Remender, Sean Murphy, Matt Hollingsworth
Urban comics – Indies (2016) version US Image comics 2015

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Ouvrage au format proche du comics, compact, élégant reprenant les cinq premiers volumes des fascicules américains. On notera avec plaisir le délai très court de l’adaptation française par Urban, avec une traduction très correcte. La couverture de l’édition française reprend celle du cinquième volumes américain. L’ouvrage est imprimé en Roumanie. Un cahier de 18 pages de bonus est inclus à la fin, reprenant l’ensemble des couvertures américaines, des croquis sur la création du logo, celle des personnages, sur la mise en couleur (toujours fascinant!) et des biographies des auteurs. La quatrième de couverture indique une histoire en deux volumes, information toujours précieuse. C’est (comme souvent chez Urban) un très bon boulot d’édition.

Rick Remender est l’étoile du comics indépendant du moment, avec des séries comme Fear Agent, Low ou Black science. Les choix d’association graphique de l’auteur ont la particularité d’être particulièrement homogènes et de se rapprocher d’un style européen. Il en est de même des thèmes et traitements que l’on pourra qualifier de « crus »… Il ne s’agit absolument pas d’une BD pour enfants tant les auteurs n’assument aucune contraintes dans leurs souhaits scénaristiques. C’est trash, gore, directe, sans compromis… et très loin du puritanisme codifié des grands éditeurs américains. Un esprit européen à 100% Et on aime!

Les thèmes de Remender ne sont pas nihilistes comme on peut le lire. S’ils sont clairement très noirs, il ressort toujours une forte note d’optimisme. Une clarté forte dans un univers très noir en somme. Dans Tokyo Ghost, nous suivons le chemin sanglant de Led Dent, une sorte de super-tueur à moitié cybernisé et sa dulcinée »tech-free ». Ce duo improbable parcourt un univers cauchemardesque où TF1 a gagné et zombifié l’ensemble de la population devant des programmes télé omniprésents, hyperviolents et pornographiques. Toute ? Pas tout à fait. Au japon survivrait un havre vierge de toute technologie que la multinationale Flak ne tolère plus… L’ensemble de la BD tourne autour de cette dualité technologie/nature. L’idée rappelle le film Wall-E avec ses humains obèses vissés devant leurs écrans, mais dans un esprit plus qu’adulte cette fois. Si un Black science patinait un peu dans ses premiers volumes, le cheminement de ce premier volume de Tokyo Ghost est particulièrement bien équilibré (bien que très tourné vers les carnages) et laisse peu de regrets une fois la dernière page tournée. On attend la suite avec impatience.

Addendum juin 2017: Le second et dernier volume est sorti et confirme largement les espoirs mis dans cette série, la meilleure de Remender à ce jour selon moi. Il est rare d’avoir des séries US aussi courtes et maîtrisées. C’est radical jusqu’au bout et intelligent en diable. Du coup on est pas loin des 5 « Calvin » de notation…

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Fiche BDphile