***·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Fool night #1

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Manga de Kasumi Yasuda
Glénat (2022), série en cours, 1/3 tomes parus

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur fidélité.

Cela fait désormais un siècle que le soleil ne perce plus la couche de nuage qui enserre la Terre. Toute végétation ayant disparu, l’humanité a du mettre au point une technique permettant la photosynthèse nécessaire à la vie: la transfloraison, consistant à transformer des humains volontaires en plantes. Dans cette société verticale où seuls les plus fortunés parviennent à survivre dignement et où les classes laborieuses sont souvent contraintes de « vendre » leur corps en transfloraison, Toshiro va se retrouver contraint de demander à son amie d’enfance, médecin, de procéder à l’opération…

Fool Night tome 1 : un jardin aux multiples plantes - Esprit OtakuSur un pitch sommes toutes très classique qui propose une société dystopique inégalitaire vaguement teintée d’écologie, le jeune auteur Kasumi Yasuda impressionne tant graphiquement que dans sa construction pour son premier manga. Dans un style qui rappelle celui de Hirako Waka sur le carton de 2020 My Broken Mariko (avec une atmosphère mélancolique assez proche également), nous allons suivre un « suicidé » pour cause de pauvreté (un classique dans les thématiques sociales japonaises) qui se retrouve doté d’une faculté rare qui pourrait permettre une immense avancée dans la connaissance de la transfloraison. Contacté par une concertiste recherchant la plante qu’est devenu son père, il va soudain devenir fort utile à ce système au premier abord fort cruel. Pourtant l’auteur ne se prononce pas clairement sur l’injustice du processus de transfloraison (qui évoque le thème du transhumanisme bien entendu). Si cette société à bout de souffle s’est renfermée sur une structure basée sur l’argent, la question de ce que sont devenus les transflorés est immédiatement posée. Est-ce un sacrifice ou un simple changement de forme? Les transflorés sont-ils conscients?

Finalement sous couvert de thématique SF qui peut rappeler le classique Soleil vert ce sont plus des sujets traditionnels de la société japonaise qui transparaissent: le lien entre générations avec la pression sociale des aînés et l’absence d’avenir choisi pour les jeunes (Toshiro devant se sacrifier pour sa mère, Sumi ayant été contrainte à entrer au conservatoire par son père), l’animisme et les esprits des plantes et animaux (les végétaux étant ici littéralement d’anciens proches). Le mélange de cette tradition et d’un futurisme recouvre ainsi parfaitement les facettes de ce Japon tiraillé entre tradition et modernité. Une vision originale qui sort tout à fait des sentiers battus du manga seinen. Une belle découverte à confirmer dans les prochains tomes.

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****·BD·Nouveau !

La Brigade Chimérique: Ultime Renaissance

La BD!

Histoire complète en 260 pages, écrite par Serge Lehman et dessinée par Stéphane De Caneva, assisté de Lou aux couleurs. Parution le 05/01/2022 aux éditions Delcourt.

Aux héros d’autrefois

Après avoir atteint le statut de BD culte il y a de ça une décennie, la Brigade Chimérique fait son grand retour, entre fiction et réalité.

Alors que Carl Von Clausewitz nous soutenait que « la guerre n’est pas un but en elle-même« , Jean-Luc Goddard, lui, nous affirmait que la guerre ne se résumait finalement qu’à une chose: « faire entrer un morceau de fer dans un morceau de chair« . Ce point de vue, qui peut être perçu comme cynique, n’en conserve pas moins une certaine teinte de vérité.

Mais quand la chair visée par la guerre l’utilise pour se transcender, cela donne La Brigade Chimérique, univers étendu arpenté par une galerie de surhommes nés des champs de bataille de la Grande Guerre, entre 1914 et 1918. Métamorphosés par l’aura quasi surnaturelle du radium et des gaz militaires répandus dans les tranchés, de nombreux hommes et femmes se sont relevés, dotés de capacités extraordinaires qui ont fait d’eux des surhommes.

Réunis à L’Institut du Radium par Marie Curie, pionnière française de la science qui a payé de sa vie le besoin de découvertes de l’Humanité, les surhommes ont formé une ligue dédiée à la protection de Paris, de 1918 à 1934. Durant cette période, un étrange quatuor, apparu initialement dans les brumes radioactives des tranchées, a secondé Marie Curie dans sa quête de l’Hypermonde et du salut de Paris: La Brigade Chimérique, composée du Soldat Inconnu, de Matricia, du Baron Brun et du Docteur Sérum. Cependant, du jour au lendemain, la Brigade s’est évaporée sans laisser de trace, contraignant Marie Curie à laisser Paris entre les mains du Nyctalope. Deux décennies plus tard, durant l’entre-deux-guerres, les tensions croissantes entre les différentes puissances, menées notamment le Docteur Mabuse, vont inciter les héros parisiens à faire front de nouveau, cette fois sous la houlette d’Irène Joliot-Curie. Puis une série d’évènements va conduire à la nouvelle émergence de la Brigade, dont on découvrira la véritable nature au fil de la série.

La série nous apprenait ainsi que la Brigade Chimérique était la manifestation des différents archétypes psychiques d’un officier français nommé Jean Séverac, qui échangeait ainsi sa place, façon Captain Mar-Vell, avec ses avatars chimériques. Héros malgré lui, Séverac se sacrifie à la fin de la série afin d’arrêter Mabuse et son gang, qui ne sont rien de moins que l’antithèse de la Brigade et…les avatars psychiques d’un certain Adolf, qui mènera son pays vers le destin que l’on connaît.

Retour aux sources

Alors que l’inévitable spectre de la Seconde Guerre Mondiale s’étendait sur l’Europe, les surhommes, menés par le Golem, choisirent l’exil vers l’Amérique, amputant par là-même la mémoire collective du souvenir de leur existence, qui s’est lentement altéré pour ne laisser que les écrits rédigés par leurs biographes de l’époque. C’est ainsi que des figures historiques furent reléguées au rang de personnages fictifs, comme nous l’explique Lehman au cours de la première série.

Près de 70 ans plus tard, alors que le monde est devenu plus complexe encore, le Professeur Charles Deszniak, dit Dex, mène des recherches sur ce que l’on nommait déjà à l’époque l’Hypermonde, en exhumant des preuves matérielles de l’existence de ces surhommes européens que tout le monde a oublié. Il est alors contacté par Nelly Malherbe, jeune fonctionnaire sous les ordres du Préfet, pour une mission toute particulière: après avoir passé des années à chercher les chimères, Dex va devoir en réunir le plus possible afin de faire face à une menace surnaturelle qui grouille depuis peu dans le métro parisien.

Commence alors une course contre la montre pour Dex, qui va retrouver certaines des icônes d’antan, mais peut-être pas sous la forme qu’il leur connaissait: l’Homme Truqué, Félifax, et même la Brigade. Seront-ils de taille pour affronter des dangers plus grands encore que la guerre ?

Durant la dernière décennie, La Brigade Chimérique s’est taillée une solide réputation, vue comme étant la réponse française aux pontes du comics que sont Watchmen et la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, d’Alan Moore. On sent en effet d’emblée la filiation avec Watchmen dans le ton crépusculaire et le discours métafictionnel employé par les deux auteurs. Tout comme le fait Lehman, Moore implémente dans son œuvre une fiction dans la fiction qui vise à brouiller les pistes quant à la nature véritable de l’univers dans lequel se déroule l’action. Et comme dans la Ligue, la Brigade utilise de très nombreux personnages fictifs passés dans domaine public, en les mettant en abîme.

Ces deux similarités structurelles n’empêchent toutefois pas la série de se démarquer, même si cette suite tient davantage du blockbuster vitaminé que de la relecture méta de la figure originelle du surhomme. On peut certes déceler çà et là les multiples références faites par l’auteur à la culture américaine des super-héros, dont il nous a bien expliqué les véritables racines, mais il faut admettre que la mise en abîme est moins profonde que dans le précédent volume.

Une bonne partie de l’album est consacrée à la réunion du groupe, sans grand obstacle à surmonter d’ailleurs, avant que l’histoire n’entre dans le vif du sujet avec la bataille contre le Roi des Rats. Puis on passe dans une dernière partie qui élève les enjeux mais qui tombe littéralement du ciel, ce qui lui donne un aspect quelque peu artificiel.

L’arrivée de l’antagoniste final a certes été préparée en amont, dès les premières pages, mais elle a tout de même des airs de coïncidence, à moins que quelque chose m’ait échappé en première lecture. Là où le premier volume nous surprenait par la nature véritable des antagonistes de la Brigade, en en faisant l’antithèse parfaite du protagoniste, ici, on se retrouve avec une créature qui certes appartient au domaine public, mais qui n’a finalement rien de spécifique à l’intrigue ni aucun lien concret avec les héros.

Le plaisir de lecture reste néanmoins élevé, et c’est aussi du au talent de Stéphane de Caneva, qui accomplit une prouesse avec ces 260 pages au style réaliste, qui empruntent tant au style américain qu’à notre bon vieux découpage franco belge. Le tout offre une lecture résolument cinématique et pourra même séduire les quelques-uns qui n’étaient pas familiers de la première Brigade.

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**·BD

Nos Corps Alchimiques

La BD!

Histoire complète en 240 pages, écrite et dessinée par Thomas Gilbert. Parution le 30/04/2021 aux éditions Dargaud.

Apprentis sourciers

Aniss, Camille et Sarah ne se sont pas revus depuis des années. Portant encore les stigmates d’une relation polyamoureuse qu’il serait indulgent de qualifier de houleuse, ils ont chacun décidé de vivre leur propre vie, tant bien que mal. 


Quelques années plus tard, Aniss, toujours en colère après Camille, et Sarah, indulgente mais échaudée, reçoivent un étrange message de Camille leur demandant de le/la retrouver dans un coin reculé de la campagne. Après quelques confrontations, le trio se réunit et Camille, qui entre temps s’est délestée de sa binarité, expose son projet: pour conclure des années de recherches et d’explorations ésotériques, Camille a besoin d’eux pour une ultime expérience, sensée révolutionner le genre humain. Pour cela, les trois amis/amants vont devoir profiter d’une éruption solaire et réconcilier leurs corps alchimiques. 

Passion tumul-tueuse

Thomas Gilbert, salué il y a trois ans pour Les Filles de Salem, entre une fois de plus dans le monde occulte pour s’adonner cette fois à l’alchimie, discipline fascinante et controversée dont le but était la transfiguration des éléments. Centrant son attention autour d’un trio torturé de jeunes protagonistes, l’auteur étale sur plus de 200 pages sa percée dans la psyché humaine. 


Véritable fenêtre sur la folie provoquée par les questions existentielles et les enjeux cosmiques, Nos Corps alchimiques se révèle résolument verbeux, au risque de devenir opaque, notamment pour les lecteurs attachés à un semblant de structure dans leurs lectures (c’est un peu mon cas, je dois l’avouer). L’enjeux est bien établi par Camille dans le premier tiers de l’album, mais il n’est expliqué qu’en termes ésotériques obscurs, si bien qu’on a l’impression que les personnages, y compris Camille l’instigateur-trice, se lancent à corps perdu dans un délire new age dont eux-mêmes ne saisissent pas tout. 

Cela à tendance à brouiller le rythme de l’album, puisque, si on ne saisit pas entièrement le but du ou des protagonistes, il devient aussi ardu d’identifier les obstacles et les conflits que ces derniers vont devoir affronter. A la longue, il devient aussi fatiguant de suivre les longs monologues hallucinés des personnages, hantés et torturés par des maux auxquels le lecteur lambda peut avoir du mal à s’identifier. Certains de leurs choix (dont un en particulier qui est assez…radical), sont délicats à appréhender et à soutenir, toujours à cause de ce souci d’objectif. 


On se retrouve donc par moments dans une sorte de thérapie de couple (on dit trouple ?) new age au cours de laquelle les participants auraient fait un bad trip au cristal meth. Le final est néanmoins sans ambiguïté quant à l’objectif des héros et a même un caractère tout à fait glaçant de par ce qu’il implique. Graphiquement, Thomas Gilbert fait en revanche des merveilles, certaines planches sous acide contenant du pur body horror, que ne renierait certainement pas la dynastie Cronenberg

En conclusion, Nos Corps Alchimiques verse davantage son énergie dans l’exploration laborieuse de ses personnages torturés que dans la construction d’une intrigue. Le final et l’aspect graphique sont toutefois les points les plus intéressants, mais pourront rebuter certains lecteurs. 

***·BD

Terra Prohibita #1

La BD!

Premier tome de 48 planches, d’un diptyque écrit par Denis-Pierre Filippi et dessiné par Patrick Laumond. Parution le 13/01/2021 aux éditions Glénat.

La Fine Fleur (du Mal)

Au début du XXe siècle, les progrès de la science ont permis de révolutionner le quotidien des européens tout en garantissant une vie meilleure et plus sûre. Enfin, pas dans l’uchronie de Terra Prohibita. Suite à un mystérieux cataclysme, une flore mutante incontrôlable a surgi et envahi des territoires entiers, dont l’Angleterre, (apparemment) et tout un pan de Paris, entraînant une mise en quarantaine des zones concernées et des vagues de migration, de la Perfide Albion vers la côte bretonne.  

L’inspecteur Melville, de la Sûreté parisienne, traque depuis longtemps maintenant l’auteur de nombreux meurtres, qu’il soupçonne d’être le biologiste Dorian Singer. En effet, ce dernier, froid et manipulateur, expérimente sadiquement sur ses victimes une sorte d’arme biologique issue d’une mutation végétale ou fongique. A l’autre bout de l’intrigue, pendant ce temps, la lanceuse d’alerte slash détective privée Valérie Kerveillan est recrutée pour retrouver un certain Dupré, employé par le Ministère de la Contamination, étrangement disparu. 

Alors que tous ces gens vont pénétrer la zone de quarantaine parisienne, le saint-scénario va les réunir et les confronter à la fois à l’enfer vert qui a pris racine au cœur de la capitale et aux machinations qui entourent le secret de la Terra Prohibita. 

Steampunk, crime et botanique

Steampunk et uchronie sont deux sous-genres du récit fantastique qui ne s’excluent pas mutuellement. Le premier présente une version fantasmée, des points de vue technologique, architectural et vestimentaire, du XXe siècle, directement initiée par les œuvres de Jules Verne, tandis que l’uchronie concrétise une version conditionnelle d’évènements sociaux et historiques. 

Avec Terra Prohibita, nous voilà directement plongés au cœur des turpitudes causées par la proverbiale science sans conscience, qui fait qu’une découverte scientifique mal appréhendée finit immanquablement par échapper à tout contrôle, ce qui tend souvent à engendrer des catastrophes, mais produit des merveilles au niveau scénaristique. En effet, on ne compte plus les inventions/découvertes/créations qui échappent à leur créateur, si bien qu’on se rassure de constater que la science in real life n’est pas le bidouillage inconscient que les auteurs nous proposent en fiction. 

Ce premier tome, censé présenter un univers riche, avec des enjeux politiques, scientifiques et sanitaires importants, se perd malheureusement en cours de route, pour obtenir un premier acte plus cacophonique et déroutant qu’instructif. Malgré des dialogues rythmés et percutants (selon les personnages), les enjeux de l’intrigue restent longtemps nébuleux et impersonnels, prouvant encore une fois qu’entre le mystère bien dosé et le flou, il n’y a qu’un pas. 

Premier exemple assez criant, celui de Dorian Singer. Personnage retors et ambigu, on le voit tuer sans manifester de remords, ce qui n’est pas, avouons-le, un trait de caractère très positif. Pour autant, il n’est pas mis en scène de façon à être perçu comme un antagoniste, au contraire. On sent que l’auteur travaille dur à le rendre charismatique, sûr de lui, intelligent et badass, de sorte que Singer relèverait davantage du anti-héros que de l’antagoniste. Or, ce dont a besoin un anti-héros, c’est avant tout d’une bonne motivation. En clair, ce genre de personnage est typiquement celui qui est amené à faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons. Or, l’auteur n’explore pas vraiment cet aspect là du personnage, ce qui sonne assez faux en l’espèce. 

Second exemple, celui de Melville, qui est censé à première vue, être un inspecteur roublard et déterminé de la sûreté parisienne, une sorte de Dirty Harry qui n’hésite pas à enfreindre quelques règles (et blesser des gens) pour atteindre son objectif (arrêter un tueur). Voilà un bon début d’anti-héros ! Seulement, après le premier tiers de l’album, le personnage devient quasi inexistant. Pourtant, il est bien là, il participe à la mission en zone de quarantaine, contraint qu’il est par un ressort de scénario qu’il ne nous appartient pas de divulgacher. Cependant, il ne sert plus à rien, et ne dit pas plus d’un mot sur le reste de l’album. En général, on concède que les personnages qui n’ont pas de profondeur, pas d’âme, ont au moins une utilité, une fonction à remplir dans le scénario. Ici, ce n’est pas le cas. 

Concernant les planches en elles-mêmes, il faut saluer le travail énorme de Patrick Laumond, qui donne vie brillamment à cet univers steampunk, avec force détails, tant sur l’architecture que sur les reste des décors intérieurs. Sa jungle mutante fait bien évidemment penser à l’excellent film Annihilation, avec créatures méconnaissables et plantes mutantes. On relève quelques erreurs lors de certaines cases panoramiques, mais rien qui ne vienne gâcher le plaisir graphique dans son ensemble. 

Terra Prohibita est donc un album à l’univers fascinant, qui souffre cependant de quelques défauts d’écriture. Gageons que le tir sera rattrapé dans la seconde moitié du diptyque.  

*****·BD·Rapidos

Renaissance #3: permafrost

La BD!
BD de Fred Duval, Emem et Fred Blanchard (design)
Dargaud (2018-2020), 54p./album, premier cycle terminé en 3 volumes.

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badge numeriqueIl y a trois ans le dessinateur Emem, formé sur les séries de Fred Duval publiait une illustration de couverture sur fonds de langage alien, qui marquait les esprit par un design et une composition parfaitement fascinants. S’en suivent deux autres albums aux couvertures structurées de la même façon, tout aussi magnifiques, et un premier cycle se termine déjà. Quand nombre de séries s’étirent indéfiniment sur plusieurs décennies, la science de Duval lui dicte de concentrer à l’essentiel pour donner de la force, de l’ambition à son projet.

Renaissance tome 3 - BDfugue.comCertaines BD respirent l’alchimie parfaite entre scénariste et dessinateur(s). C’est le cas de Renaissance qui dans cette conclusion parvient à nous captiver en résolvant tranquillement les quelques intrigues ouvertes précédemment, en n’oubliant pas de réfléchir à chaque case sur le devenir de notre planète, les comportements sociaux humains ou la prospective du fonctionnement d’une société parfaite. Avec cette série Duval invente la dystopie utopique, en bon humaniste il ne se contente pas de nous proposer une vision cataclysmique et totalement crédible de notre futur mais par l’existence même de cette force extra-terrestre nous montre l’espoir. Sans mièvrerie, sans mauvais goût, il montre qu’on peut dénoncer une situation en indiquant qu’elle n’est pas inéluctable. La SF est souvent très nihiliste. Pas ici.

L’intelligence est omniprésente dans cette BD, que ce soit dans des dessins très détaillés et extrêmement lisibles, tant des les scènes d’actions convaincantes que dans les débats diplomatiques subtiles entre grands pontes de l’Agora alien qui devisent dans un mémorial des guerres passées. Nous parlions récemment d’une certaine lourdeur appuyée sur le second tome des Dominants. C’est l’inverse ici où les auteurs savent jouer de l’apparence, parfois étrange, parfois repoussantes des aliens, qui ne reflétera pas forcément leur caractère. La richesse de cette série est à l’aune de toute la bibliographie d’un scénariste qui arrive à traiter simplement un grand nombre de sujets dans cent cinquante pages de BD, sur des thèmes aussi larges que l’intelligence artificielle, le libre arbitre, la dualité nature/culture, sans oublier de s’amuser avec l’Histoire de notre planète. Sans déflorer une intrigue riche qui sait se conclure de façon satisfaisante en ouvrant la porte à de futurs cycles, on arrive naturellement à la résolution du drame familiale d’une des deux humaines et à l’arrestation des fautifs. La perfection de la société-Renaissance n’est pas si évidente et pousse les aliens à l’humilité dans un échange civilisé, alors que ce qu’il reste des Nations du monde finissent par réagir à cette irruption sidérante. En se permettant, cerise sur le gâteau, de l’humour linguistique, Duval montre une nouvelle fois qu’il est l’empereur de l’Anticipation. Et on l’espère pour longtemps!

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Alter #2

La BD!

BD de Philippe Pelaez, Laval NG et Daniel Florent (coul.)

Drakoo (2020),104p., série finie en deux tomes.

Nouvelle édition de la série Parallèle parue en 4 tomes chez feu Sandawe.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

La maquette du premier album est reprise avec une couverture élégante. Voir la critique du premier volume pour les éléments d’édition. Le cahier graphique final est moins intéressant que dans le premier tome et propose plutôt les prouesses graphiques de Laval NG et du matériau d’ambiance qui n’aide pas vraiment à mieux pénétrer cet univers faute d’explications des auteurs.

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Sylan Kassidy a récupéré sa femme… ou plutôt ce qu’il en reste, convaincu qu’il peut lui rendre sa forme humaine en revenant dans sa réalité. Pendant ce temps sur Terre le temps s’écoule en tenant compte des découvertes de la Terre alternative, dite « Alter ». Mais sans la solidité morale de l’ex-président Saint-John et du capitaine Kassidy, les projets des scientifiques risquent de mener la Terre à un chaos définitif…

Parallèle -3- Moitié, moitiéNous avions laissé le très héroïque capitaine Kassidy abandonnant son équipage pour partir au secours de sa femme. L’album reprend sur un gros flash-back relatant les événements qui ont amené au début du premier tome, déflorant un peu plus l’événement physico-spatial qui a provoqué la projection dans l’univers parallèle. La structure de ce second volume est bien plus complexe que le précédent qui avait le mérite de nous faire suivre l’équipage uni en réduisant les sauts de narration à un unique passé. La grande difficulté des récits de réalité alternative et de paradoxes temporels est qu’ils exigent une très grande lisibilité et une rigueur scénaristique de tous les instants. Sur le premier point le dessin de Laval NG, s’il est toujours aussi élégant, ne permet pas toujours de s’y repérer entre les personnages, surtout que son scénariste complique la tâche en proposant différentes variantes de certains personnages et que d’autres apparaissent sans avoir été introduits (la nouvelle présidente). Du coup la lecture en devient compliquée et nécessite sans doute plusieurs passages pour bien saisir les subtilités du récit.

Le texte en lui-même est toujours aussi agréable et montre que le succès de Philippe Pelaez n’est pas dû au hasard tant son écriture a une fluidité  au-dessus de la moyenne. Alter est un projet ambitieux, surtout pour un scénariste Parallèle tome 4 - BDfugue.comdébutant et sa conclusion me laisse un peu la même impression que sur Brane zéro de Mathieu Thonon: un projet passionnant, très complexe, sur lequel les auteurs ont mis toutes leur passion… mais qu’un peu plus d’expérience aurait sans doute huilé un peu. Sans doute qu’une lecture d’affilée des deux volumes amoindrirait cette impression. Ce volume se concentre sur les conséquences sur les différentes réalités de ce qu’a provoqué le bombardement magnétique de 2070. L’action est bonne, les dessins agréables et les manigances politico-scientifique du Pouvoir nous font basculer d’un récit techno-scientifique (tome un) à un aspect plus conspirationniste. L’histoire est passionnante, mais le montage rend le suivi compliqué, si bien que je ne suis pas certain d’avoir compris la fin qui nous emmène dans une thématique carcérale. Il y a de l’idée pourtant dans ces alternances de pages en regard nous montrant les événements simultanément dans les deux réalités, comme cette excellente séquences initiale nous faisant vivre l’événement des deux vaisseaux. Alter fait partie de ces albums qui demandent au lecteur de travailler et personnellement j’adore. Peut-être que l’ajout d’un narrateur aurait pu accompagner la lecture…

On termine la lecture un peu décontenancé, avec l’impression d’avoir vécu une aventure généreuse, intelligente, ambitieuse et gourmande. Sans doute l’envie de jeunes auteurs de mettre tout ce qui leur plait dans un récit déjà complexe finit-t’il par un léger trop plein. Alter reste pourtant dans le club des très bonnes séries SF et n’a rien à rougir face aux albums de maître Fred Duval.

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***·****·East & West·Jeunesse·Manga·Nouveau !

Dr. Stone #6-9

esat-westBillet spécial Dr. Stone, la série phénomène en cours de publication (quinze volumes parus au Japon et un rattrapage par Glénat probablement d’ici deux ans). J’avais stoppé ma lecture au cinquième tome et ai entrepris un rattrapage costaud pour rejoindre le dixième volume qui est juste sorti.

  • Dr. Stone #6 (Boichi, Inagaki – Glénat)  – 2019

couv_365865Après une grosse pause depuis le tome cinq d’une série qui commençait à me lasser, ma fille qui est accro m’a incité à m’y remettre. Du coup cette pause a été bénéfique puisque j’ai bien accroché à ce sixième volume qui marque la fin du « Livre 1 » que l’on comprend comme l’introduction à cet univers après la pétrification et les explications de ce qu’il s’est passé juste après avec l’intervention du père de Senku, seul rescapé avec son équipage de la station spatiale internationale. Le lien entre avant et maintenant est désormais fait et le manga peut lancer la bataille entre le royaume de science de Senku et celui de la force de Tsukasa (arc de la « guerre de la pierre »). Les inventions reprennent de plus belle et l’arrivée de nouveaux personnages fait du bien ainsi que le personnage du mentaliste qui anime beaucoup les manigances des deux groupes. La construction est toujours un peu erratique et demande un peu de concentration avec beaucoup de sauts géographiques ou temporels un peu abruptes, comme dans tous les manga de Boichi du reste. Le niveau graphique reste phénoménal et le statut de best seller de ce manga est tout à fait compréhensible vue sa qualité générale, notamment dans le public Shonen.

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  • Dr. Stone #7 (Boichi, Inagaki – Glénat)  – 2019

couv_369340Senku et sa bande ont entrepris de construire un « smartphone »!!! Bien entendu comme depuis le début de la série il y a un gros écart entre ce qui est annoncé avec des dessins anachroniques et la réalisation assez fruste, mais l’idée y est et hormis les délais de réalisation tout cela reste assez crédible à compter du moment où les matériaux et la connaissance sont présents. Sur le plan technique et scientifique on continue à apprendre énormément de choses et il est intellectuellement fascinant d’imaginer comment reconstituer notre société technologique en très peu de temps. Le scénariste Riichiro Inagaki fait toujours de gros efforts pour nous prendre à contre-pied avec un héros qui place systématiquement la finesse et l’intelligence devant la force brute. Ainsi, alors que le Royaume de Tsukasa imagine avec crainte Senku réaliser des armes à feu pour gagner cette guerre, ce dernier proclame comme arme ultime… la communication par ondes radio! Je ne sais pas si le système scolaire a déjà identifié ce manga comme support pédagogique mais ce ne serait pas une mauvaise idée tant la qualité visuelle et la multitude d’informations scientifiques débordent de chaque chapitre. Multipliant les personnages, Dr. Stone avance à « deux-millions à l’heure » vers l’affrontement final en proposant dans ce volume pour la première fois la question de l’état du reste du monde après la pétrification et le lien au travers des âges via la découverte d’un enregistrement…

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  • Dr. Stone #8 (Boichi, Inagaki – Glénat)  – 2019

couv_374734Comme depuis le début de la série le volume propose plusieurs intrigues assez linéaires et séparées facilitant la lecture du public cible: les jeunes. On  a donc la conclusion de la guerre de communication avec l’affrontement pour capturer Homura, l’espionne de Tsukasa puis des tentatives de récupération de membres de part et d’autre des deux royaumes et pour finir, la fameuse voiture vue sur la couverture. C’est d’ailleurs un des éléments que j’apprécie dans cette série, les couvertures sont extrêmement fidèles à l’intrigue et ne se contentent pas de jolies visions graphiques comme dans trop de manga.

Ce tome propose beaucoup plus d’action que les autres et c’est tant mieux! Si Senku n’est jamais avare d’idées mystérieuses dont on ne voit pas tout de suite l’utilité, l’avancée vers l’affrontement simplifie le récit et chaque découverte a une utilité immédiate qui nous parle (il faut dire on est plus dans la mécanique que dans la chimie ou la physique élémentaire). Au niveau des enjeux en revanche, ça se complexifie avec pour la première fois depuis les tous premiers chapitres, des doutes sur la conduite à tenir (peut-on éliminer des statues qui seront de futurs adversaires? Le risque de voir le royaume des sciences de Senku mener à la même catastrophe environnementale que le monde d’avant n’est-il pas trop grand?). Ça densifie fortement l’ambition du manga et le fait monter d’un cran avec quatre Calvin!

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  • Dr. Stone #9 (Boichi, Inagaki – Glénat)  – 2019

couv_381482L’offensive finale a commencé pour ce tome qui marque la fin du premier arc de Dr. Stone. Chrome est prisonnier et le plan de Senku va rapidement être mis à mal par la redoutable équipe de Tsukasa. Le cœur de cette guerre est la caverne miraculeuse, située au cœur du Royaume de la force et détenant le précieux élixir de dé-pétrification. Assez vite les inventions de Senku vont se heurter à la stratégie de Tsukasa, ce qui provoque de nombreux renversements de situation… Comme dans le précédent volume l’action est bien plus soutenue et les dessins deviennent par conséquent encore plus impressionnants en laissant de la place à Boichi pour montrer la qualité de sa technique.Beaucoup de personnages s’avèrent jouer un double jeu, à l’avantage ou au désavantage de Senku et ce jusqu’à la conclusion en gros cliffhanger! J’ai l’impression que les auteurs ont trouvé enfin un bon équilibre entre l’humour, la vulgarisation et world-building et l’action-suspens. Et quand on sait que le dixième volume démarre l’arc des Grandes découvertes, on imagine que la série peut durer encore pas mal de temps avec probablement l’ambition (tant que le succès est au rendez-vous) de nous narrer l’histoire de l’humanité jusqu’à nos jours…

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*****·BD·Nouveau !·Service Presse

Alter #1

BD du mercredi

BD de Philippe Pelaez, Laval NG et Daniel Florent (coul.)

Drakoo (2020),104p., série en deux tomes.

Nouvelle édition de la série Parallèle parue en 4 tomes chez feu Sandawe.

bsic journalism Merci aux éditions Drakoo pour cette découverte.

Superbe édition que cette ressortie chez Drakoo en deux tomes (le second arrive cet été, sauf report lié au COVID). Outre une très belle illustration de couverture à la fois représentative et esthétique, une maquette élégante, l’ouvrage comporte une illustration d’intérieur de couverture type blueprint et un Carnet de bord (cahier graphique) de huit pages en fin, comprenant une chronologie, des fausses affiches de contexte renforçant le background, une interview fictive d’un protagoniste et quatre pages d’illustrations originales contextualisées. Très généreux, j’espère que le second tome sera doté pareillement. Un bon point pour l’édition qui mets dans les meilleures dispositions pour la découverte…

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En 2082 le capitaine Sylan Kassidy est envoyé avec  le vaisseau Hybris et son équipage au fin fond de la galaxie pour rechercher un exil pour une humanité au bord de l’extinction. Échoué sur une planète de glace, il rend compte en directe à son armateur, le président des Etats-Unis, sur Terre. Soldat héroïque, meneur d’hommes implacable, Kassidy va pourtant rapidement comprendre que cette étrange planète cache un secret terrifiant remettant en cause toutes les théories physiques connues…

Parallèle T. 1 : New York, New York - Par Philippe Pelaez ...Parallèle faisait partie des séries que j’avais repéré à l’époque où Sandawe publiait à un rythme élevé grâce au soutien des lecteurs-financeurs. Quelques séries avaient réussi à passer plusieurs tomes et jouissaient d’une bonne réputation. Philippe Pelaez n’était pas encore connu… C’est la seconde BD que je lis de lui et je dois dire que sa réussite actuelle n’est pas le fait du hasard tant cet Alter est une sacrée claque, la première de cette année!

L’album prend la forme d’une histoire de zombie où un équipage très bien armé se fait progressivement décimer sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrive. Plaçant son scénario dans un contexte de SF futuriste et scientifique, il joue ainsi sur les deux tableaux d’une action immédiate efficace comme toute histoire de zombies et compense le vide de fonds de ce genre d’intrigues par un background solide de guerre nucléaire et d’interrogations spatio-temporelles. Les presque cent pages de cette version ne sont donc pas de trop pour nous abreuver de problématiques que personnellement j’adore! La SF scientifique a pour étalon inaccessible Universal War one et il est toujours compliqué d’assumer une ambition du Parallèle -1- New York, New Yorkmême type. Plus modeste, Alter réussite cependant son pari d’une progression dramatique qui nous fait passer de l’action inquiétante à la Aliens (le début nous place au cœur de la tempête de neige alors que des membres de l’équipage sont perdus sous la menace des monstres) à des débats scientifiques sur les conséquences de la guerre. Alternant son récit avec des flashback redoutablement découpés par son compère Laval NG, Pelaez donne du souffle à une action qui prenait le risque d’un album un peu vide. Avec des dialogues également très efficaces, la grande réussite de la BD est sans aucun doute ce personnage de capitaine impérial comme on n’en a pas eu en fiction depuis longtemps. Dans une période plus propice aux anti-héros et personnages torturés, les auteurs assument la grandeur de leur héros qui mène ses hommes sans hésitation, combat vaillamment les créatures et discours d’égal à égal avec le président des Etats-Unis. De la classe!

Parallèle -2- Donnant, donnantGraphiquement c’est également héroïque avec un dessinateur que je ne connaissais pas mais sur lequel il faudra compter dans les années à venir tant il est solide et doté d’un style très caractérisé. Rappelant par moment Matteo Scalera (influence très probable avec des combinaisons qui ressemblent à celles de Black Science) sa technique à l’ancienne très élégante est fortement rehaussée par une colorisation superbe de Florent Daniel. Comme pour beaucoup de dessinateurs les décors et arrières-plans pourraient être plus pointus mais le cadrage très serré, facilitant l’action et l’ambiance huis-clos permet de ne pas souffrir de cela et de profiter de designs SF très réussis. Ayant fait ses armes sur les derniers tomes de la saga Ballade au bout du monde et des albums historiques, son incursion dans la SF montre qu’il est à l’aise dans tous les styles et à voir les illustrations finales on peut attendre d’ici peu un album choc de Laval NG. Il en a le talent.

Dans un genre très fourni mais donnant souvent des albums inaboutis ou peu originaux, Alter arrive à se glisser dans les interstices très balisés avec une vraie verve cinématographique truffée de références visuelles et d’un souffle épique indéniable. Élégant, efficace, punchy et par moment touchant, c’est une très grande réussite que ce premier volume dont j’attends la suite avec impatience!

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***·BD·Rapidos

Renaissance #2: interzone

La BD!
BD de Fred Duval et Emem
Delcourt (2018-2020…), 2 volumes parus/3.

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badge numeriqueL’an dernier Duval, Blanchard et Emem frappaient un coup avec une nouvelle réussite dans un genre SF surchargé où il est toujours compliqué de trouver une ouverture originale. Si Bec a opté pour la complexité sur son Crusaders, Duval, en vieux briscard du scénario d’anticipation joue la linéarité et l’épure de l’intrigue pour développer ce qu’il fait si bien: les retournements de rôles et la réaction des humains à des situations de crise. Le premier tome avait un peu brisé son récit avec un gros flashback qui n’est ici plus nécessaire et les auteurs peuvent se concentrer sur la découverte du contexte planétaire en suivant les deux femmes associées chacune à un membre du couple alien qui structure l’histoire. Une fois l' »invasion » passée, on peut enfin découvrir la véritable menace que constituent les désaccords entre les peuples composant une organisation Renaissance que l’on croyait si unifiée.

Résultat de recherche d'images pour "renaissance emem"Outre le design juste génial, la grande originalité repose dans l’attitude des aliens dont la quasi absence d’expressivité faciale vise à illustrer une civilisation maîtrisant totalement à la fois la psyché et la matière… bien sur tout ne sera pas si simple et les réactions des humains comme les imprévus montreront que quelque soit l’avancée d’une civilisation, l’humilité est toujours une nécessité pour éviter les drames. Emem propose à la fois des technologies d’anticipation très crédibles (basées sur ce que nous connaissons) et des artefacts aliens totalement futuristes et brillants de bon goût. En seulement trois tomes il n’est bien entendu pas prévu de développer une conspiration complexe et ce Renaissance apparaît plus comme une illustration de notre futur proche instillant de nombreuses piques sur la supériorité occidentale et américaine que comme une saga SF policière comme peut l’être Sillage par exemple.

Intéressants dans tout ce qu’ils nous proposent, le trio confirme donc que (comme tout ce que touche Duval?) cette trilogie est une lecture à conseiller vivement. Seule l’ambition limitée du projet dispense d’en faire une série majeure, mais si vous aimez la SF intelligente et les beaux dessins n’hésitez pas une seconde!

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***·****·BD·Edition·Nouveau !·Rapidos

Festival des gazettes#2: Le Château des étoiles/La Gazette du Château

La BD!

Je suis un grand fan des éditions au format Gazette (vous pouvez retrouver sur le blog la quasi intégralité des épisodes du Château des étoiles, du Château des animaux et du Sang des Cerises de Bourgeon). Cette année marque un changement important pour deux d’entre elles. La périodicité, pour la série star de Delep et Dorison (qui a raflé plusieurs prix cette fin/début d’année), avec un retour à la normale après une parution chaotique des épisodes du premier volume. Et l’arrivée d’une série parallèle pour le Château des étoiles, scénarisée par un Alain Ayroles qu’on a adoré sur le scénario des Indes Fourbes. Si vous ne connaissiez pas ces éditions il est toujours temps d’embarquer sur ces très grands formats agrémentés de rédactionnels immersifs très réussis

  • Le château des étoiles #13: Terres interdites, suivi de Les chimères de vénus 1/5. Parution mensuelle.

Edition « interplanétaire » regroupant Le château des étoiles et Les chimères de vénus.

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Je ne tarie pas d’éloges sur les éditions Rue de sèvres qui font un formidable boulot depuis quelques années. Une fois n’est pas coutume l’augmentation ni vu ni connu des gazettes de cinquante centimes ne fait pas plaisir. On me dira que la pagination augmente avec l’arrivée de deux histoires dans chaque fournée mais bon…

La guerre contre les martiaux bat désormais son plein avec un corps expéditionnaire prussien qui fait des ravages sur une population dotée de pouvoirs psychiques mais pacifiste. Les propriétés physiques de la planète et de l’Ether contrecarrent cependant les plans des allemands dont certains commencent à douter de l’honnêteté des objectifs du régime. La migration vers le pôle continue et l’on nous reparle du Château des étoiles du roi… Pendant ce temps sur Terre les capitalistes français préparent la colonisation de Vénus, où la Nature reste relativement indomptable… Si la BD d’Alice continue son bonhomme de chemin, la nouvelle venue change assez franchement et le ton et le graphisme pour se tourner vers un style très proche du design des films d’animation Disney. Pas forcément ce que je préfère mais ça reste agréable à lire et très bien écrit en permettant une respiration par le changement de camp (partie de France, la série est depuis restée très centrée sur le monde germanique) et de thématiques. Plutot un bon point pour cette série dérivée et le format gazette permet de limiter de risque d’une série parallèle, toujours dangereuse à lancer.

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  • La gazette du château #4 (3° année, janvier 2020) – Parution trimestrielle:

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A l’inverse du précédent, celui des animaux baisse de cinquante centimes avec une baisse de pagination… Les voies de l’édition sont décidément impénétrables. Le seuil de 3€ pour 1/3 d’album non relié me semble un ratio à ne pas dépasser. Cette nouvelle année Casterman ne s’engage pas sur une périodicité de sa gazette, échaudé par un très gros retard sur les précédentes. Vu le rendu final de Delep on serait malhonnêtes de râler et je pense que cette solution est plus sage et plus rassurante pour tout le monde. Le prochain épisode est néanmoins annoncé pour mai.

On retrouve donc Misse B et ses amis lapin et rat à la tête d’une révolte qui a bien ébranlé l’assurance du pouvoir dictatorial du président Silvio. L’hiver arrive et passé l’effet de surprise, il devient nécessaire de convaincre les animaux du pouvoir de la non-violence et d’actions des plus intelligentes…. Si les rédactionnels de la première saison étaient très agréables à lire, je trouve que l’esprit « propagande années trente » perd l’effet nouveauté et tourne un peu en rond avec une simple reprise textuelle de ce qui se passe dans l’album. IL serait bien que les auteurs développent le background, le hors-champ afin que cette édition enrichisse vraiment la série. En attendant c’est toujours aussi (plus?) magnifique, notamment dans la gestion des couleurs et textures. Delep est un véritable virtuose, les textes de Dorison font mouche et on est toujours happés par cette série qui se révèle ici une suite quasi officielle de la Ferme des animaux. On se demandait, c’est confirmé!

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