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Batman White Knight: Harley Quinn

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Comic de Katana Collins, Sean Murphy, Matteo Scalera et Dave Stewart (coul.)
Urban (2021) – DC (2020), One-shot.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

L’ouvrage s’ouvre sur une préface issue d’une critique américaine. Après les six chapitres de l’histoire est insérée la courte histoire réalisée pour le Black, White and Red. Chaque couverture originale (magnifiques!) est en ouverture de chapitre et six couvertures alternatives de Matteo Scalera sont proposées, avant plusieurs pages bichromie (il aurait d’ailleurs été intéressant de savoir comment se répartit le boulot entre le dessinateur italien et la Rolls Royce des coloristes), puis quelques recherches graphiques qui permettent de voir les créations de Sean Murphy et une bio des trois auteurs (… mais pas de Dave Stewart, qui apporte pourtant une touche folle aux planches!). Très belle édition Urban, rien à redire.

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Batman n’est plus. Bruce Wayne est emprisonné et la Loi règne désormais sur une Gotham débarrassée définitivement du Joker. Dans ce nouveau contexte, Harleen Quinzel se retrouve confrontée à la dure tâche d’être mère de jumeaux, psychiatre… et héroïne? C’est du moins le destin qui lui semble tracé lorsqu’une série de meurtres touchant d’anciennes stars du cinéma classique sème l’effroi sur la cité…

Coup de coeur! (1)Quoi de plus banal que de voir les recettes gagnantes prolongées à l’envi… au risque de se perdre dans du banal et commercial. Après un chef d’œuvre immédiatement élevé au statut de classique au même titre que les grands ancêtres Dark Knight ou Killing Joke White Knight a permis à Sean Murphy, autrefois sale gosse du comics Indé, de devenir le grand manitou des éditions DC et à l’éditeur de lancer son Black Label auquel l’œuvre de Murphy donne le La. La suite directe Curse of the White Knight était attendu avec inquiétude l’an dernier et avait réussi à renouveler le projet en approfondissant le Review: Batman: White Knight Presents Harley Quinn #4 - Dark Knight Newsnouveau paradigme de Gotham. Lorsqu’un nouvel album dessiné par la star Matteo Scalera (tout juste rescapé d’une aventure pas terrible (mais juteuse) avec le magnat Mark Millar) était annoncé on aurait pu craindre le début d’une descente de spin-off en spin-off sur l’ensemble du bestiaire de Batman. Quelle surprise que de découvrir immédiatement qu’au lieu d’un spin-off on avait tout simplement droit à la suite directe du diptyque!

Batman emprisonné, la conclusion de Curse aurait laissé penser à une reprise du titre de héros par le Red Hood tout juste rentré d’opérations. De Jason Todd on ne verra pourtant qu’un demi sourcil dans ce volume totalement centré sur Harley, si bien qu’il apparaît autant comme une variation du magnifique Harleen qu’une suite au Murphyverse. L’absence des héros et des nemesis permet depuis quelques années aux seconds couteaux de s’émanciper pour notre plus grand bonheur puisqu’ils permettent à des auteurs motivés de s’émanciper des carcans monolithiques des héros centenaires. Ainsi Harley n’est plus ni la copine du Joker ni une méchante (et il semble loin le temps où elle fricotait avec l’herboriste en chef de Gotham). Elle est juste une pauvre fille un peu perdue au milieu de ses deux hyène et de ses bambins, ne sachant pas trop lequel des deux duos est ses enfants préférés. Une façon d’inscrire la dualité du personnage à l’image et dans son originalité et non dans la folie. Car une forme de normalité semble revenue sur la ville maintenant que le couple infernal est éliminé, la chauve-souris à l’ombre, le clown enterré. Une normalité qui ne plait pas à tout le monde même si un certain classicisme de l’enquête nous rappelle les glorieuses heures du Long Halloween.

L’élégance est de mise de la première à la dernière page, déjà par le duo de choc formé par le décidément magnifique Scalera, fort inspiré et qui évite de singer Murphy, avec peut-être le plus grand coloriste depuis quelques années. Les nuances douces de Dave Stewart, la subtilité de ses ombres et de ses détails rendent impossible de déterminer lequel des deux est la vraie star de ces planches. L’album est un régal de bout en bout et mérite Batman: White Knight presents Harley Quinn (DC Comics - 2020) - BD,  informations, cotesla lecture déjà pour ce travail d’orfèvre. S’inscrivant dans la thématique des films noirs de l’âge classique du cinéma américain, Harley Quinn troque les hommages des deux précédents albums aux films Batman qui se sont succédés pour d’autres personnages du passé comme ce faux Spirit. Moins urbain et mécanique que les albums dessinés par Murphy, celui-ci nous rapproche de l’ambiance rétro de Tim Burton.

Construit comme une alternance entre l’enquête autour de ce « copycat » menée par un GTO (dépassé sans leader) et l’itinéraire de la rencontre entre Harleen et Jack Napier, bien avant que celui-ci ne devienne le Joker. Cette alternance permet de rentrer subtilement dans la trinité qu’est Harley: la veuve en galère avec ses marmots, l’héroïne en devenir et la psychiatre qui doit jouer entre son passé et sa dualité profonde. Modifiant profondément (à nouveau!) le passé du personnage et de la mythologie, Sean Murphy et sa compagne scénariste Katana Collins sortent assez franchement du canon super-héroïque pour proposer un très beau portrait de femme moderne.

Excellement écrit, parfaitement dessiné, profond dans ses thématiques intrinsèques comme dans sa variation sur Gotham, Harley Quinn est un nouveau strike du Murphyverse et du Black Label, avec des conséquences qui peuvent être profondes. Sean Murphy semble totalement libre de tordre les personnages de DC dans le sens qu’il lui plait et tant qu’il se passionne pour eux on le suivra jusqu’au bout du monde.

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Space bandits

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Comic de Mark Millar et Matteo Scalera
Panini-Netflix (2020), 160 p. one-shot.

Les ouvrages de Mark Millar sont édités par Netflix (qui possède tous ses droits depuis la vente du Millarworld en 2017) et publiés en France par Panini. L’album s’ouvre sur un édito glorifiant les années 80 puis enchaîne sur les cinq parties rehaussées des couvertures originales et se termine par une galerie de couvertures alternatives et une double page très alléchante laissant supposer une adaptation en animation sur la plateforme vidéo avec des développements graphiques des personnages par le département artistique de Netflix. En conclusion une bio des deux auteurs. Édition correcte pour un album si formaté et dont on aurait aimé avoir plus d’info sur la genèse et les débouchés.

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Cody blue et Thena Khole les deux bandits de l’espace, chacune dans son style, ont un point commun: elles ont été trahies par leurs associés! Envoyées sur la plus grande prison de la galaxie elles décident de s’associer pour traquer les salauds qui les y ont envoyé et les éliminer… la vengeance est un plat qui se mange… sanglant!

Read online Space Bandits comic - Issue #1Avec des noms d’actrices porno, des look cent pour cent eighties et un vaisseau nommé Lionel Ritchie, Mark Millar pose son nouveau produit sa nouvelle création sous le signe du western pulp vaguement vulgaire. Le titre lui-même, franchement feignant, appelle le second degré qui préviens: si vous n’êtes pas adeptes des séries B kitsch des années quatre-vingt il vaut mieux passer votre chemin. Petite déception donc pour moi qui attendais plutôt du western tarantinesque. Les comics voient fleurir depuis pas mal d’années les histoires de losers dans une atmosphère de poussière et de sueur typiques de la Route 66 et de Las Vegas… et généralement le scénario est tout à fait optionnel.

C’est clairement le cas ici avec une histoire limitée à un timbre poste et une course à semi-rebondissements pas franchement surprenants qui montrent que Millar réutilise des schémas déjà éprouvés, pas forcément au mieux sur Empress par exemple. Avec une des deux filles douée pour la stratégie et l’autre pour les bourre-pifs on ne dépasse pas le point de départ et heureusement que l’intelligence créative de l’auteur procure quelques The Blackest of Suns — “What The Hell Happened There?” Space ...séquences amusantes que ce soit dans les réparties ou dans l’action, grâce à une mise en scène très maîtrisée par Matteo Scalera. Dans le même style WTF un Ramirez montre qu’avec de l’implication et de l’ambition on peut faire beaucoup mieux.

Si tout ou presque est attendu dans le scénario, le petit côté sale gosse de Millar (les exécutions gores et le passage dans le vaisseau-bordel montrent qu’on n’est pas chez Disney) donne un léger piment. Le design général et la maîtrise graphique du compère Scalera donnent à la partie graphique un niveau au-dessus de la moyenne qui justifiera une lecture décérébrée mais on ne peut s’empêcher de regretter l’immense manque d’ambition du projet où les auteurs font le service minimum sans oser par exemple assumer un vrai couple à la Thelma et Louise.

A réserver aux fans de Matteo Scalerra ou à ceux de Millar (il y en a toujours?)… qui pourront aussi attendre la semaine prochaine ma critique de l’autrement plus réussi Sharkey, situé dans le même univers et dont il faut attendre de prochains crossovers.

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Sushi & Baggles #28

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  • Dead body road (Jordan/Scalera-Dinisio/Delcourt) – 2019, one-shot, 128p.

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badge numeriqueJ’ai déniché ce one-shot en lisant Slots, de la même collection chez Delcourt, et dont le nom de Scalera (lu sur Black science) m’a attiré autant que la très percutante couverture qui laisse imaginer la chevauchée sanglante du héros. On a donc bien une histoire classique de Vigilante sans morale décidé à décimer le gang qui a tué sa chérie. L’affaire s’annonce bien sur plus compliquée que cela et ça va défourailler sévère à coup de fusil à pompe et éclatage de boyaux sur la carelingue poussiéreuse de bagnoles poursuivies par des gangs de bikers camés… On connaît le cadre et si par moment le dessinateur italien sait placer de très bons cadrages, l’atmosphère poussiéreuse et quelques très belles poursuites de bagnole, les cases confuses restent trop nombreuses pour parvenir à nous maintenir sous tension. Si l’échappée commence plutôt pas mal et nous pose une belle galerie de salauds, une belle qui sait se défendre et un copains psychopathe, on finit par se perdre dans une intrigue qui piétine et des motivations assez confuses. Quelques incohérences physiologiques (le héros se prends x bastos et continue de cavaler sans conséquences) achèvent de décevoir sur cet album qui donne pourtant très envie d’être bienveillant. Dommage, une occasion ratée.

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  • Centaures #1 (Sumiyoshi/Glénat) – 2018, 4 vol parus, série en cours.

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badge numeriqueCentaures nous décrit le passage dramatique du monde d’avant où les hommes respectaient ces êtres fantastiques et majestueux à une nouvelle époque où l’homme prends possession de tout ce qui est au travers de ses guerres sanglantes. Après une entrée en matière un peu abrupte (comme certaines cases pas évidentes à lire dans la volonté de mouvement du mangaka), on voit le puissant Matsukaze, centaure des montagnes indomptable se faire capturer par une troupe d’humains. Emprisonné il laisse son fils seul et rencontre en captivité un jeune centaure, Kohibari, amputé des deux bras pour le transformer en quasi cheval. Il découvre les pratiques barbares et immorales des hommes… Ce manga, premier de son auteur, est une très bonne surprise tant graphique que thématique. A la fois dur avec une vision très rude du traitement fait aux centaures, assez cru, on saisit assez vite la portée du thème qui nous parle à la fois d’amérindiens, de la Traite négrière mais aussi par extension de la vision que l’homme a des animaux. Ce titre nous envoie une leçon d’humilité avec cet étonnant miroir que représentent les Centaures, à la fois hommes et animaux, permettant de nous questionner sur notre considération de ce qui est autre. Les dessins sont superbes, très vifs, avec une belle maîtrise anatomique des corps de chevaux,  proposant de belles visions de nature même si pas mal de cases sont pratiquement dépourvues de décors. La puissance et la rage de Matsukaze s’incarne graphiquement alors que son comparse est tout en finesse. Les dialogues sont assez basiques, parfois en mode ado mais ce n’est pas grave car on a envie de voir ce que deviennent cette puissance et son jeune ami dans ce qui se présente comme un apprentissage des vraies valeurs pour un centaure élevé en captivité auprès des hommes. Petit coup de cœur pour ce titre qui se finit en outre sur un redoutable cliffhanger…

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  • Ajin #14 (Sakurai/Glénat) – 2020, série en cours.

couv_383537badge numeriqueLa reprise de lecture est toujours compliquée dans les manga, avec cette habitude de découper un chapitre entre deux tomes… on reprend donc en pleine action sur le dernier acte de l’opération finale de Sato et immédiatement, comme depuis le début de ce manga majeur on retrouve ces idées multiples liées à la physique des Ajin. L’auteur évite le gore même si le hors champ reste terrifiant! Il y a de grandes proximités entre Ajin et le manga Démon, les deux auteurs semblant s’amuser comme des petits fous à imaginer les interactions physiques de leur univers décalé. Le lecteur en finit donc par oublier que les Ajin n’existent, pas non plus que leurs fantômes et découvrent avec les protagonistes certaines possibilités physiques toujours amusantes et qui donnent toute leur originalité aux combats. Ce volume (qui suit de très près la sortie japonaise puisque la publication originale compte seulement quinze volumes reliés) marque l’entrée en action de l’escouade anti-ajin dont on nous parle depuis longtemps et dont l’efficacité est redoutable. Le risque d’avoir construit un méchant aussi charismatique et machiavélique que Sato est de n’avoir aucune adversité sérieuse en face. C’était le cas jusqu’ici mais c’est en passe de basculer… On approche vraiment de la fin de la série… a moins que l’auteur et son scénario redoutable n’ait prévu quelque rebondissement inspiré par Sato!

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