Jeunesse·Numérique·Rapidos·Service Presse

Les secrets de Brune

Album jeunesse de Bruna Vieira et Lu Cafaggi
Sarbacane (2017), 88 pages.

couv-secrets-de-brune-t1-620x852

Brune va entrer dans son nouveau collège et cela lui fait peur. Elle est adolescente et plein de choses se passent dans sa tête. Les amis, les garçons, les parents, le look,… Alors elle écrit, elle se parle à elle-même, elle divague dans un univers rose d’ado brésilienne bouillonnant et plein de vie.

Étonnante rencontre entre une star du web adolescent brésilien et le petit éditeur Sarbacane, les secrets de Brune est une très jolie rencontre avec un personnage délicieusement griffé par Lu Cafuggi, de ces albums où le scénariste se dissous derrière un artiste qui semble laisser libre court à des pérégrinations graphiques qui semblent totalement déstructurées. Pourtant si le lecteur peut être un peu perdu entre cette succession de chapitres , il rentre vite dans le monde de Brune, un peu comme on le fait dans la série Carnets de cerise: sans préjugés, en se laissant porter dans l’univers et les questionnements du personnage. Bon, on est clairement dans un livre pour jeunes filles, mais le graphisme très aérien et potelé trouvera aussi un public plus large. Totalement patchwork, cette espèce de carnet intime graphique comporte autant des dessins du personnage que des séquences autobiographiques ou une recette de cuisine. Il touchera sans doute les petites minettes aux yeux emplis de doutes et de paillettes.

Publicités
BD·Service Presse

Les Déchaînés

 BD de Fred Pontarolo
 Editions Sarbacane (2017)
 Reçu en SP version numérique
album-cover-large-33997

Les Déchaînés nous emporte en Martinique quelques années après l’abolition de l’esclavage, alors que la vie entre propriétaires blancs et ouvriers noirs peine à sortir des traditions de propriété, de violence, de haine. Le fils du propriétaire, éduqué par un précepteur féru des Lumières passe son temps avec ses amis noirs et notamment Amélia. Au sortir de l’enfance les premiers émois sexuels tendent à changer leur relation d’amitié ainsi que le fragile équilibre entre les deux communautés.

La très jolie illustration de couverture masque quelque peu la dureté de cette histoire intéressante aux atmosphères des romans de Le Clezio. Il n’est pas question de voiliers ou de mer mais bien de relation entre noirs et blancs dans cet album. J’avoue que le dessin m’a laissé sur ma faim par une technique que l’on peut trouver dans des premiers albums et il est heureux que la colorisation et l’apposition de jolies textures (bien maîtrisées) donnent du corps à ces images. De même le découpage est par moment un peu rapide (mais la lecture sur écran a pu accentuer cela).

les-decc81chainecc81s-bd_p34-35L’histoire en revanche est bien menée, intéressante et transcrit bien le mélange de violence latente et de torpeur lascive d’une vie chaude dans les îles. Certains dialogues peuvent sembler manichéens mais les thématiques (l’ouverture des Lumières, la liberté individuelle, l’émancipation des individus de leur condition, la jalousie des faibles,…) enrichissent cette histoire d’amitié enfantine. L’auteur aurait pu laisser plus de place aux aventures des gamins dans des paysages de terre et de feuilles. Au final cet album laisse une impression mitigée d’ouvrage semi-amateur par un auteur qui a déjà presque 20 ans de métier. J’avais eu les mêmes difficultés avec le dessin de Bablet sur « Shangri-la«  mais de l’ensemble ressortait une impression bien plus maîtrisée.

note calvinnote calvin

 

BD·Nouveau !·Service Presse

Jacques Damour

BD de Gaël et Vincent henry
Editions Sarbacane (2017)
Reçu en SP version électronique.
couv-jacques-damour-620x8401

Jacques Damour est une nouvelle de Zola (1880) qui décrit l’itinéraire d’un pauvre homme, ouvrier embarqué dans la Commune, déporté en Nouvelle Calédonie, puis revenu après un tour du monde dans la France de la III° République où il n’a plus sa place. Retrouvé par un ami de l’époque révolutionnaire, il renoue avec sa fille, en couple avec Emile Zola qui entreprend de rédiger le récit de la vie de Jacques Damour…

La couverture est très soignée et donne envie d’ouvrir l’album, que ce soit par le thème graphique, la typographie du titre ou l’évident attrait du « d’après Zola« . Comme dans l’album, les couleurs sont vraiment réussies. Une couverture qui, ce n’est pas coutume en BD), reflète parfaitement l’ouvrage.

Les auteurs ont construit un véritable scénario de BD, faisant des allers-retours chronologiques par les différentes étapes du récit, ce qui donne beaucoup de rythme et intercale les tableaux naturalistes chers à Zola parfaitement recréés graphiquement par les crayons de Gaël Henry. Le gros point fort de l’album ce sont ces décors, souvent en plan large ou simplement rendus très lisibles par un cadrage très bien pensé. On reste dans le style « Blain », esquissé, mais la précision de l’évocation reste étonnante. Lorsque le style est réaliste cela impose une très grande précision technique. Ici l’on obtient la même précision en quelques traits et c’est très fort. Les couleurs y sont pour beaucoup, 9782848659824_p_1.jpgnotamment dans les extérieurs. De même, les séquences muettes (par exemple le résumé de l’épopée dans l’ouest américain) sont vraiment réussies et très drôles. L’on retrouve les premiers Tintins par moments. En revanche les plans serrés sur les visages montrent les limites du trait de l’auteur, mais il y en a peux dans l’album. Globalement on est entre Tardi et Blain, deux aspects graphiques qui ne sont habituellement pas ma tasse de thé, mais cela colle ici parfaitement au sujet, est très maîtrisé et se lit aisément. Le dessinateur, relativement jeune, a une maîtrise assez consommée des codes de la BD.

p28-cmjn-2.jpgLe scénario est tout aussi bien conçu. D’abord le matériau de base est passionnant et le reste au format BD. Ensuite l’on a une vraie fidélité avec les préoccupations de Zola (la vie des gens de peu, l’inéluctabilité du destin, les remous politiques, la grande et la petite histoire). Surtout, aucun pathos tout au long de l’album. Paradoxalement, ce récit d’une vie dramatique est porté par la joie, le bonheur de la fille et du père, par la bienveillance douteuse mais réelle de Béru. Il n’y a pas d’intrigue parce que ce n’est pas le sujet. Cette histoire est celle du récit d’une vie, récit simple, sans heurts, connus dès le début mais qui donne envie d’avancer dans l’album. L’idée de placer Zola lui-même comme interlocuteur crée par ailleurs une mise en abyme très bien pensée.

Jacques Damour est une vraie réussite après celle d’Alexandre Jacob, plus réussie graphiquement, à la fois agréable et fort intéressante par son sujet. Un beau couple d’auteurs à suivre résolument.

note calvinnote calvinnote calvinnote calvin