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Sambre VIII: celle que mes yeux ne voient pas…

BD du mercredi

BD d’Yslaire
Glénat (2018), 70 p., série Sambre 8 volumes parus sur 9.
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Le premier Sambre est paru au milieu des années 80. Le trait était encore hésitant mais l’identité graphique déjà la, faite de rouges sang et de cendre, de trognes terribles semblant illustrer un monde où rien n’est beau dans l’âme humaine, univers romantique misanthrope dépeignant une famille maudite et consanguine malgré elle dans les creux de l’Histoire. Ce que mes yeux ne voient pas est le huitième tome et devait être le dernier du second cycle, et donc de la série. Yslaire fait cependant bouger sa saga à mesure qu’elle avance, n’hésitant pas à revenir sur des plans parfois sérieusement annoncés (notamment l’ultime cycle de la Guerre des yeux qui devait se passer aux temps antédiluviens). On se retrouve donc avec un neuvième tome annoncé qui, j’espère saura clôturer définitivement une des séries majeure de la BD franco-belge. Vous trouverez un guide de lecture sur l’ensemble des chroniques des yeux rouges ici.

Judith, la fleur de pavé, jumelle abandonnée de Bernard-Marie, a suivi le fil de sa destinée en devenant prostituée à Paris. Son jumeau, élevé dans l’ombre de sa tante aveugle et l’isolement du domaine familial de Roquevaire, se passionne pour les papillons. D’aucuns voient déjà dans sa passion une proximité avec celle de son grand-père Hugo. L’ambition de l’un et de l’autre avancent en parallèle, comme les deux côtés d’un miroir qui les relie à distance. Comme deux incarnations de Hugo et Iris, les amants maudits à l’origine de la déchéance…

Il est toujours compliqué de lire une série s’étirant autant dans le temps. Les dernières années ont beaucoup été centrées sur la Guerre des yeux, désormais achevée, il était normal que l’auteur se remette à la série principale, énormément enrichie par les vies des ancêtres, et notamment par le premier cycle Hugo et Iris, pour moi la meilleure portion de l’ensemble de la saga. Le retour du tome 5 était marqué par une étonnante et salutaire bienveillance, la fille aux yeux rouges était probablement le seul personnage avec Guizot qui s’attire une tendresse d’Yslaire. Naviguant dans le monde des Misérables, elle finit par s’en sortir grâce à l’amour qu’elle est capable de porter à son prochain, contrairement à toute la famille de Sambre contaminée par la malfaisance que l’on connaît désormais du patriarche Augustin et du père d’Hugo, Maxime-Augustin.

Mais depuis le tome VII c’est un retour sur les jumeaux abandonnés par leur mère qu’il nous est donné de suivre et la fin de la lumière… Dans la France du second Empire Judith n’a d’autre espoir que de vivre de sa chaire quand Bernard-Marie semble tout comme elle condamné par sa lignée maudite. Si la description de la société bourgeoise et celle des bas-fonds (l’un jamais loin de l’autre) sont toujours aussi cliniques, la principale faiblesse de ce tome est une impression de sur-place sans perspective positive pour l’un comme pour l’autre. Si chaque personnage principal des albums de Sambre a toujours œuvré à s’extraire de sa destinée, on ne ressent pas cela ici. Le fragile équilibre de Sambre repose sur cette étincelle d’espoir porté par une brochette de personnages glissant sur le borde de l’abîme de leur époque. Le Tome VII conservait cela, ce n’est pas le cas du huitième qui paraît simplement prolonger le précédent. Pas de trace de Julie, à peine une apparition de Guizot, l’un des fils conducteurs de la saga de par sa position dedans-dehors, sorte d’observateur intemporel des malheurs des Sambre… L’album tourne autour du thème du miroir, avec l’apprentissage de la photographie par Bernard-Marie et du reflet renvoyé aux courtisanes qu’aspire à devenir Judith sur les traces de sa grand-mère. L’Histoire disparaît également comme les références (les bagnardes du V, images très puissantes rappelant Jean Valjean). Résultat de recherche d'images pour "sambre tome 8"L’album est cependant la première réelle liaison entre la série mère et la Guerre des yeux avec de nombreuses références à Hugo & Iris, ce qui était attendu.

La saga des Sambre est un travail de titan et très certainement d’une précision chirurgicale dans les notes d’Yslaire. La complexité des thèmes, des liens entre albums et des rappels incessants entre époques, personnages et Histoire est phénoménale. Qu’il s’agisse d’une certaine lassitude ou d’un vrai raté de rythme, cet avant-dernier volume semble moins maîtrisé, patiner quelque peu dans la progression narrative. Les dessins, toujours aussi percutants marquent également une baisse de concentration dans les arrières-plans un peu vides, signe qu’Yslaire se lasse? Il n’est rien de plus difficile que d’achever une création. Bernard Yslaire arrive au bout de l’œuvre de sa vie. Sait-il comment l’achever? Veut-il l’achever? Nous l’espérons et lui laissons volontiers le temps qu’il faudra pour trouver la note finale à cette oraison sombre et magnifique.

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BD·Guide de lecture·Rétro

Sambre et la Guerre des yeux

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A l’occasion de la sortie du dernier volume de la Guerre des Sambre (et troisième du cycle Maxime et Constance), j’inaugure une nouvelle catégorie: le guide de lecture. Ce sont des billets sur une série terminée où je reviens sur la structure de la série, ses bons albums et les clés pour débuter. A priori j’alternerais avec la Trouvaille du vendredi vu qu’on reste dans le rétro.

Alors que la série mère Sambre (7 volumes parus sur 9) raconte l’histoire des deux dernières générations de cette famille, la Guerre des Sambre propose de remonter le temps afin d’éclaircir le mystère de la Guerre des yeux, une mythologie antédiluvienne qui expliquerait la malédiction qui pèse sur les Sambre…

Sur trois cycles en allers-retours temporels, nous saurons presque tout des drames des Résultat de recherche d'images pour "sambre yslaire"gens aux cheveux rouges. Un dernier cycle remontant aux temps immémoriaux  était prévu mais a été abandonné. L’auteur Yslaire, à la baguette sur l’ensemble des ouvrages, a effectué des changements de plan au cours des parutions et si l’arbre général de la série mère et de la Guerre semble actuellement stabilisé, il n’est pas impossible qu’au gré des envies suscitées par les albums il élargisse encore le projet. Il y a des similitudes entre Sambre et les Méta-barons dans cette construction progressive à la fois planifiée et mouvante, deux séries qui fascinent leur auteur, voient des ajouts telles des branches à la structure générale et qui globalement arrivent à transmettre en plaisir de lecteur.

Sambre est une série qui a passé les trente ans. La Guerre des Sambre a elle commencé il y a dix ans. Cette série d’exception illustre le talent d’un auteur à prolonger son œuvre personnelle avec d’autres illustrateurs, dans une démarche totalement artistique. Résultat de recherche d'images pour "sambre yslaire"J’avais fait l’impasse sur la Guerre lors de la sortie du premier Hugo & Iris (pensant que nous avions là un produit commercial d’éditeur sans intérêt). Fasciné par les illustrations de Mezil et Bastide j’ai bien été obligé d’admettre que nous avions finalement non seulement une série dépassant graphiquement la série mère mais surtout totalement liée par son auteur Yslaire. Au point que la parution du second cycle Werner & Charlotte, bien en deçà du niveau visuel du premier cycle, est cependant parvenue à maintenir l’intérêt pour une série qui ne subit aucun coup de mou après maintenant 16 albums. Le maintient du dessinateur Marc-Antoine Boidin entre le deuxième et le troisième cycle est dommage. Bien qu’il produise des planches moins flamboyantes que Mézil et Bastide, il a su donne un ton particulier à sa vision de Sambre et conserver une homogénéité graphique. Néanmoins dans l’esprit des cycles de la Guerre des yeux il aurait été de bon ton de trouver un autre univers graphique pour le cycle III. Celui-ci, par-ce qu’il clôt la généalogie mystérieuse de la famille (les fameux jumeaux et la période révolutionnaire qui introduit la série d’Yslaire) est fascinant et Boidin n’a rien à envier au créateur de la série sur le plan graphique. Ce cycle est un peu en deçà selon moi mais reste de très bon niveau.

  • Sambre:

La série mère a vu paraître dans les années 80-90 quatre albums qui ont fasciné une génération de lecteurs. Yslaire, pas très précis graphiquement sur le premier tome et accompagné d’un scénariste, a rapidement progressé et réussi à donner une couleur très particulière à son univers… graphique et romantique. L’esprit du romantisme torturé occupe tout entier cette famille au destin éminemment tragique, fait d’amour et de haine, de consanguinité originelle (qui sera développée dans les cycles de la Guerre)… Sambre est longtemps restée l’icône de la BD historique adulte de l’éditeur Glénat. L’auteur a toujours travaillé en work in progress et a commencé par retitrer les albums avant de poursuivre la série. Les parutions des tomes 5-6-7 sont ainsi étalées sur environ sept années chacun et intercalées avec la Guerre à partir du tome 6. La série aurait pu se terminer au quatrième volume mais Yslaire a souhaité, alors que des idées de prolongement germaient dans son esprit, recentrer l’histoire sur Julie, l’amante maudite aux yeux rouge. C’est donc bien son histoire qui est relatée dans le second cycle de la série mère. Il semble qu’Yslaire ait projeté un troisième cycle (centré sur le fils de Bernard et Julie jusqu’en 1871) mais le dernier volume paru semble indiquer que la série se terminera bien au tome 9. A noter un changement total de maquette à partir du tome 5 afin de coller avec celle de la Guerre. L’un des intérêts de cette série, dès l’origine est que cette famille est liée à tous les grands événements de la France depuis la grande révolution et tout au long du XIX° siècle.

  • La guerre des Sambre: Cycle I – Hugo et Iris

Image associéePremier cycle qui mets la barre très haut, tant scénaristiquement que graphiquement. Le trop rare Bastide aidé de Vincent Mézil produisent trois albums totalement magiques, qui font passer Yslaire pour un dessinateur moyen et atteignant une fusion totale avec les thèmes: la cycle raconter les amours du père Hugo (peu vu mais central dans la série mère), sa soi-disant folie, clarifie les relations avec certains personnages obscures de Sambre et surtout introduit la mythologie des Yeux, découverte archéologique qui donnerait un fondement historique à cette guerre généalogique. Pouvant être lu seul, ce cycle est le meilleur de l’ensemble des albums Sambre. Il a en outre le mérite de répondre directement aux premiers albums de la série mère. Un chef d’œuvre.

  • La guerre des Sambre: Cycle II – Werner et Charlotte

Résultat de recherche d'images pour "sambre hugo et iris bastide"Plus modeste graphiquement que le premier, ce second cycle déroute car il saute une génération pour s’occuper des grand-parents et de l’arrière-grand-mère de Hugo, courtisane à la cour d’Autriche au XVIII° siècle. La maladie sanguine, le viol, la consanguinité sont ici traités, dans une intrigue très sombre, voir brutale. Boidin arrive, notamment grâce à des couleurs très réussies, à rehausser son dessin (qui est a l’origine assez enfant ou proche du style Manga) et le cycle, tout en étant différent, parvient à être aussi intéressant que les autres albums. L’environnement géographique qui n’est ni situé en ville ni dans la maison des Sambre participe à cette aération qui évite la redondance. Les personnages sont très puissants et le tragique maintient une tension qui justifie sa lecture. Il est simplement dommage que les auteurs n’aient pas renversés leur cycle 2 et 3 afin de respecter une remontée du temps entamée sur le premier cycle.

  • La guerre des Sambre: Cycle III – Maxime et Constance

Résultat de recherche d'images pour "maxime et constance boidin"Ce dernier cycle de la Guerre des Sambre se déroule pendant la période révolutionnaire et suit la psychologie violente et hantée du père de Hugo. Surtout, en raccrochant aux événements et personnages historiques (le jeune Robespierre), il nous propose de dévoiler les derniers mystères sur les membres aux yeux bleus et l’origine des branches cousines des Sambre. Dès le premier album Sambre l’on sait que tout s’est joué pendant la période révolutionnaire… dont on nous dit pourtant très peu. J’ai trouve ce cycle moins essentiel, à la fois par une petite baisse graphique et par des sujets moins passionnels. L’histoire est centrée sur la vie de Maxime, enfant battu devenu violent, survivant… dont le destin nous intéresse moins tant qu’il n’est pas lié à la mythologie de la famille. Le cycle II nous parlait du grand-père et de son œil perdu, d’un ancêtre chevalier, le I nous faisait découvrir une pierre rouge dans les mines du Nord… Le III nous fait patienter jusqu’à la guillotine et à l’implication révolutionnaire attendue de Maxime. Probablement à prendre dans un ensemble de la dynastie Sambre qui reste une formidable aventure éditoriale et artistique d’un auteur pugnace et passionné.

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