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Arale

BD de Denis Rodier et Tristan Toulot
Dargaud (2018), 64 p. One-shot.
arale

Dans une Russie uchronique où la révolution bolchevique a échoué, le Tsar est le garant de l’unité d’une Nation engagée dans une guerre lointaine et interminable. Lorsqu’un attentat plonge le monarque dans le coma, le conseiller Raspoutine mets en place avec la sorcière Babayaga un plan secret pour sauver le régime en faisant appel à des forces occultes…

Denis Rodier est un auteur canadien habitué au monde des comics. C’est étonnant car son trait, très élégant, se rapprocherait plutôt d’auteurs franco-belges comme Timothée Montaigne, entre la ligne claire d’un Juillard et le semi-réalisme très encré des Recht, Armand et l’école Lauffray. Pas trop le style comics et d’ailleurs son dessin convient parfaitement à cette histoire « historique » dont le principal défaut est d’être un one-shot…

Résultat de recherche d'images pour "arale rodier"J’adore les uchronies par-ce qu’elles permettent des hypothèses les plus intéressantes intellectuellement, qu’elles croisent souvent des personnages historiques et imaginaires et qu’elles contraignent les auteurs à une précision documentaire sur le monde qu’ils décrivent pour accrocher des lecteurs dépaysés de fait. C’est donc le cas ici puisque l’hypothèse présente une Russie tsariste arrivée à la seconde guerre mondiale (une guerre non citée hormis par un « front » abstrait et qui semble plus un prétexte totalitaire à la mode 1984 qu’une réalité) et ayant développé une technologie militaire alliée aux arts noirs du mage Raspoutine (personnage historique faut-il le rappeler). La magie est plus un accès au monde des rêves, de l’esprit, que du paranormal à proprement parler et c’est ce qui est intéressant. Résultat de recherche d'images pour "arale rodier"L’alliance entre technologie rétro-futuriste et mythologie des contes russes est particulièrement prenante et bien agencée, de même que le scénario conspirationniste avec la quête de deux héros de guerre qui cherchent à comprendre ce qui se trame dans le palais du Tsar.

Comme vous l’avez compris, l’univers mis en place attise la curiosité, est très cohérent et original (cela m’a fait penser au comics The Red Star), soutenu par des graphismes irréprochables et une innovation visuelle (notamment dans les séquences dans le monde des esprits) réellement attrayante. Avec de tels atouts il est vraiment surprenant que les auteurs (ou l’éditeur…) n’aient prévu qu’un simple album alors que l’histoire aurait très largement mérité 2 voir trois volumes. Du coup on reste sur sa faim, émoustillé et laissé sans suite. L’album se termine mais très clairement la fin est abrupte. Dommage.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo‘.

Lire aussi le billet de Branché culture.

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BD·Nouveau !·Rapidos

L’étoile du matin

BD d’Eric Giacometti et Philippe Franck
Dupuis (2017)

51cj62bgxujl-_sx380_bo1204203200_Largo est la dernière grande série de Van Hamme à voir le maître quitter les commandes. C’est aussi sa série qui a le mieux traversé les années (par-ce que la plus récente? ou du fait du format très pertinent de cycles en deux albums?), le milliardaire en blue jeans ayant bien mieux vieilli que ses comparses Thorgal et Jason MacLane. Le risque était grand, surtout que Van Hamme a quitté le bateau sur un excellent diptyque et le premier véritable amour de son héros… Deux ans après (je crois que c’est la première « rallonge » de l’éditeur sur une  série habituellement annuelle), que donne Eric Giacometti aux textes?

Bonne nouvelle, l’humour très percutant de la série est toujours présent, très proche de ce que faisait l’auteur originel. Les dessins sont toujours aussi acérés (mais là dessus je n’était pas inquiet) même si Frank devrait penser à diversifier ses blondes, que l’on a décidément bien du mal à distinguer…

L’histoire commence directement à la suite du précédent cycle, ce qui est nouveau il me semble et je pense un peu dangereux: la force des Largo est de prendre le temps de 92 planches pour nous raconter une histoire unique vaguement liée aux autres, ce qui nous fait échapper aux effets collatéraux des séries à rallonge et permet un véritable renouvellement à chaque cycle. Ici on voyage du Mexique altermondialiste à la Suisse en passant par le siège de Chicago et la Russie. Les sidekicks Simon et Freddy sont toujours fidèles au poste, les méchants très sanglants. On ne sais pas grand chose de l’intrigue après la dernière page mais on a l’habitude que tout se dénoue au deuxième volume. Business à usual en somme et la transition se passe remarquablement bien, c’est bien l’essentiel. Le petit bémol: je trouve que les élucubrations financières sont un peu moins légères et pédagogiques qu’avant, au risque de désintéresser le lecteur grand public habituel. Giacometti devra faire un petit effort d’assouplissement. Mais je dois dire qu’après la lecture de ce 21° tome, franchement rien n’incite le lecteur habituel à abandonner la série.

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