**·BD

Les Chroniques d’Under York #3: Confrontations

La BD!

Troisième tome de la série écrite par Sylvain Runberg et dessinée par Mirka Andolfo. Parution le 08/07/2020 aux éditions Glénat.

Un ver dans la Grosse Pomme

Conclusion de la bataille qui oppose le démon babylonien Marduk aux sorciers de l’Under York, ce microcosme souterrain ancré dans les fondations de la Grosse Pomme. 

Allison Walker, qui s’était imposé l’exil à la surface pour ne pas avoir à subir le joug de sa famille, a remis le couvert et s’est lancée, accompagnée de son frère Bayard, dans une mission dangereuse visant à stopper le démon avant qu’il ne s’empare de la ville. 

Alors que les deux précédents tomes abordaient habilement les thèmes de l’acceptation de soi et de l’empowerment féminin, grâce à une habile prémisse, ce troisième volume se concentre sur la conclusion du récit, avec en base thématique le sacrifice. 

Car en magie, on le sait, tout est question d’équilibre et de prix à payer. Le souci qui s’impose toutefois ici, et qui pointait déjà le bout de son nez dans l’album précédent, est que ces règles ne sont peu ou pas expliquées par l’auteur. Bien qu’implicites, elles  auraient gagné à être rappelées dans le cadre du récit, qui aurait ainsi gagné en puissance et en cohérence lors de sa conclusion. 

A la lecture de Confrontations, on est vite submergé par une sensation de hâte, voire de lassitude, que l’on imagine partagée par l’auteur, qui s’empresse d’enchaîner les événements, comme pour franchir enfin la ligne d’arrivée. Les sorciers parviennent à leurs fins, certes, mais de façon mécanique et sans grand intérêt, étant donné le système de « magie douce » qui rend tous les affrontements superfétatoires.

Il aurait été bien plus intéressant qu’Allison et Bayard formulent un plan durant le deuxième tome, grâce à une connaissance acquise chèrement, puis que ce plan, ô surprise, ne survive pas au contact de Marduk, qui au lieu d’assister passivement à la vampirisation du NYPD à la façon d’un rentier qui surveille narquoisement son cash flow mensuel, aurait justement œuvré pour éviter de revivre la même défaite que jadis.

Ceci aurait forcé Allison, Bayard et les autres sorciers à puiser en eux-mêmes pour vaincre le démon en usant d’un autre procédé et le sacrifice final n’en aurait été que plus fort. Une telle articulation, pourtant pas si savante, aurait dynamisé ce troisième acte quelque peu brouillon. 

Le dessin de Mirka Andolfo n’est ici pas en cause, puisqu’il reste dynamique et d’agréable facture, comme pour les deux précédents tomes. Les Chroniques d’Under York se terminent donc par une fausse note, la dysharmonie est d’autant plus forte que la série débutait très bien. 

Gageons que le scénariste Sylvain Runberg a raté cet album, occupé qu’il doit être à confectionner le prochain Wonder Woman avec Miki Montllo… 

****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Orbital, cycle 2 (intégrale)

A l’occasion de la sortie de la seconde intégrale de la série, je re-publie ma critique récente de ces quatre volumes…


BD de Sylvain Runberg et Serge Pellé
Dupuis (1999-2005), série en cours, 8 volumes parus. 46 p./album

Couverture de Orbital -INT02- Deuxième époque

J’avais découvert le premier « cycle » de cette série réputée, à moitié convaincu mais intrigué par le phénoménal design installé par Pellé et par la richesse d’un univers qui ne demande qu’à être exploré. Je confirme mon impression des quatre premiers albums concernant la structure de la série: il n’y a absolument ni cycles ni missions, mais bien une continuité de l’intrigue du premier au huitième tome. Très étrange que cette présentation en diptyques qui ne correspond pas au récit…

Caleb est aux portes de la mort après l’attaque du Varosash et laisse Mézoké seule face à une tentative de déstabilisation de la Confédération toute entière. Alors que les factions opposées cherchent à utiliser la situation de crise  et que le pouvoir saute de camp en camp à chaque incident, les deux agents diplomatiques vont se retrouver en fuite pour sauvegarder l’ordre établi… pour peu qu’il doive être sauvé…

L’intrigue évolue assez vite dans cet arc, avec l’arrivée de la plutôt réussie sœur de Caleb dont nous n’avions plus entendu parler depuis le premier tome. Sa personnalité explosive et son opposition de mentalité avec son frère sont intelligemment amenés et participent au développement de la relation avec Mézoké en faisant réaliser aux deux agents diplomatiques qu’ils ont finalement beaucoup en commun. A noter que ce sont résolument les femmes qui mènent la danse et tissent notre intérêt dans cette série, en laissant les mâles dans des rôles assez ingrats! De nouveaux personnages majeurs arrivent également et nous permettent de mieux comprendre le rôle d’Angus le Nevronome que l’on voit beaucoup depuis le début sans savoir comment ni pourquoi. Comme pressenti, cette série monte en puissance lentement mais surement, chaque tome gagnant en intérêt, en qualité, en complexité. C’est vraiment étrange et je ne crois pas avoir déjà ressenti cela sur une autre série. Passer ainsi de l’assez banal à l’une des meilleures séries SF en quelques tomes n’est pas commun.

Clipboard02.jpgCela est d’abord dû à la noirceur assumée d’une série dont les dessins des personnages tranchent avec l’intrigue politique complexe (Runberg nous y a habitués). L’aspect politique très poussé est l’autre atout avec une galaxie tombant dans la guerre civile dans une progression particulièrement réaliste pour une série SF et qui pourrait sans soucis ranger Orbital dans la catégorie Thrillers politiques. On décortique de multiples facteurs, de l’attentat ayant coûté la vie aux parents de Caleb et sa sœur aux tensions sécessionnistes, xénophobes, aux débats de conception politique au sein d’Orbital entre différents courants qui veulent mettre leur chef sur le siège de dirigeant… Tout cela est mené très finement, sans manichéisme (ou presque), les méchants ayant tous des motivations crédibles avec pour point de convergence la peur. Car mine de rien cette série aborde des problèmes actuels et universels qui mènent aux conflits, qu’ils soient locaux ou galactiques avec le plus souvent comme moteur la peur de l’autre, de l’étranger, de la perte, de l’inconnu. Ainsi le rôle des Nevronomes (dont l’action est centrale sur ces quatre tomes) est très intéressant de par la gestion du mystère laissé par Runberg. On ne sait à peu près rien de ces vaisseaux pensants qui Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"semblent terrifier la confédération et dont on peine à comprendre la nature et les motivations. Cela nous titille dans l’envie d’en savoir plus et les auteurs vont distiller de tout petits cailloux jusqu’à la conclusion marquante du tome huit qui ouvre de nouvelles portes et monte d’un cran dans l’ambition de la série. Même chose, plus subtilement, avec les Sandjar, la race que représente Mézoké et qui est physiquement androgyne, perturbant les humains qui ne savent pas s’ils ont affaire à un mâle ou une femelle… ce qui permet de pointer sans en avoir l’air la question du déterminisme sexuel et du schéma hétérosexuel de nos sociétés (Florent Maudoux avait abordé cette question dans son étonnant et superbe Vestigiales)

Même si Pellé est toujours aussi imaginatif dans sa description des aliens et des lieux (la superbe cité du crime!) et tend à faire évoluer ses personnages humains vers des traits légèrement plus réalistes, ces derniers restent le point noir de la série. C’est vraiment dommage car cela empêche le lien d’empathie avec le lecteur (en contre-exemple du superbe travail d’expression de Corentin Rouge sur Rio et de Paul Gastine sur Jusqu’au dernier). Les personnages humains sont finalement peu nombreux mais demeure le putatif héros, Caleb, qui malgré ses pouvoirs temporaires ne parvient pas à endosser le statut de personnage central.Clipboard01.jpg

Orbital est ne singulière série que je ne classerais pas dans les blockbusters mais qui par ses défauts et son évolution que l’on ressent instinctive attire une grande sympathie par la générosité de ses auteurs qui semblent passionnés par leur univers sans être certain qu’un plan d’ensemble existe. Une BD qui semble progresser volume par volume avec talent et qui gomme progressivement ses quelques problèmes en nous emmenant sur des concepts SF très intéressants, vers l’infini, et au-delà…

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***·BD·Comics·Nouveau !

Les Chroniques d’Under-York #2: Possession

La BD!

Deuxième tome d’une trilogie écrite par Sylvain Runberg et dessinée par Mirka Andolfo, 60 pages, parution le 18/03/2020 aux éditions Glénat.

 

Vivons heureux, vivons cachés

Alison Walker est une jeune new-yorkaise en apparence sans attaches. En apparence seulement, car la jeune artiste en devenir a, en réalité, fait le choix de fuir sa famille et de dévier du chemin qui lui était tracé par son clan.

Alison n’est pas une fille ordinaire, car elle est issu d’une communauté ancestrale, qui détermine en secret et grâce à la Magie le sort de New-York, recluse dans un sanctuaire sous-terrain invisible aux yeux des mortels. Alison avait d’autres ambitions et a donc décidé, au grand dam de ses parents, de délaisser sa prometteuse vocation de magicienne afin de les concrétiser.

C’est ainsi que nous la découvrons dans le premier tome, alors qu’elle va être rattrapée par ce monde magique qu’elle cherchait à fuir. Alison va devoir faire équipe avec son frère Bayard pour stopper une série de perturbations et d’attaques magiques, sans se douter que c’est non pas le sort de la ville, mais du monde entier qui est en jeu. Sera-t-elle aussi réticente lorsque la vérité lui apparaîtra ?

The Voodoo that you do

L’intérêt des Chroniques d’Under-York réside avant tout dans l’originalité de sa prémisse. Bien sûr les mondes magiques et cachés ont été évoqués et visités à l’envi auparavant, il n’en demeure pas moins que l’aspect visuel de l’Under-York, pentagramme servant de fondations à New York, reste saisissant et impose immédiatement à l’esprit du lecteur le concept de départ.

L’idée de revisiter la Gross Pomme sous l’angle de la sorcellerie ouvre la porte à des intrigues potentiellement passionnantes, entre luttes de pouvoir et influences occultes. Le scénariste débute ainsi cette exploration en mettant en scène la prochaine élection municipale, où se jouent autre chose que les taxes locales.

Néanmoins, à ce stade de la trilogie, l’intrigue principale, qui met Alison et Bayard sur la piste du démon babylonien Marduk, ne brille pas par son originalité, mais elle demeure bien construite. Nous en restons pour l’instant à un chassé-croisé entre les héros et le démon tout au long de l’album, avec, concédons-le, un cliffhanger saisissant qui donne envie d’enchaîner avec le tome 3, même si a priori, la situation ne peut-pas être aussi désespérée qu’elle y paraît, magie oblige.

A propos de magie, une des observations que l’on pourrait en faire dans Chroniques d’Under-York est, qu’alors que la volonté de l’auteur est assez explicitement établie (au travers de sa protagoniste) de se démarquer de la saga Harry Potter, le type de magie utilisé n’en diffère pas vraiment. Certes, plusieurs pratiques et ethnies y étant rattachées sont représentées (le clan d’Alison pratique le vaudou, un clan rival pratique le druidisme, etc), mais au final, on a quand même droit à des sorts relativement classiques, le tout dans un système dit de « magie douce » (par opposition à la « magie dure« , où les règles et les limites sont clairement établies).

Toutefois, ce que les Chroniques d’Under-York parviennent à faire, c’est rendre attachante la protagoniste Alison, par le biais notamment, d’un journal intime, dont les entrées disséminées au fil de l’album permettent d’approfondir le personnage en fouillant son vécu douloureux. Le thème de l’exclusion, de l’ostracisme, et celui des différences, sont opportunément illustrés par Alison, que ce soit dans sa volonté de s’exiler pour vivre sa propre vie ou encore son désir d’aider les plus démunis.

Les dessins de Mirka Andolfo sont impressionnants de dynamisme, on sent d’ailleurs l’influence notable de certains artistes issus du comics, Michael Turner en tête.

Les Chroniques d’Under-York est donc une œuvre pêchue bâtie sur une prémisse prometteuse, une trilogie à suivre !

**·***·BD·Jeunesse·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #17

La BD!

  • Misères (Grimalt/Mosquito) – 2019

badge numeriquecouv_374565L’espagnol Francesc Grimalt a publié en 2015 ce magnifique conte que l’éditeur grenoblois Mosquito traduit chez nous à l’automne dernier. Travaillant dans l’animation et doté d’une technique redoutable qui rappelle par moment le travail de David Sala, ou les mécaniques d’Andreae, Grimalt propose un très original huis-clos, un conte surréaliste improbable où les textures ont une grande importance. Le jeune héros déguisé en indien débarque dans un village unique et perché sur un piton rocheux: les trente maisons du village Misères forment un unique alignement de bâtis dont la largeur ne dépasse pas une pièce! Poursuivi par une force invisible, le jeune garçon devra parcourir chaque maison, occupée par des fantômes d’anciens habitants qu’il devra se garder de froisser… L’occasion de nous présenter des séquences fantasmagoriques où Dali appelle Tim Burton, Lewis Caroll et le folklore anglais peuplé de Leprechauns. Avec un découpage très aéré d’un maximum de quatre cases par page, il s’agit bien d’un album destiné à la jeunesse qui permet de découvrir un auteur doté d’une forte personnalité graphique qui me rappelle plus le travail des artistes argentins qu’espagnols (souvent très influencés par Disney). L’album lui-même propose un gros travail sur l’architecture bois du village de même que sur les motifs des tissus. Les aperçus du travail de Grimalt sur des maquettes et marionnettes (le village a d’ailleurs été fabriqué en maquette) montre l’approche artisanale de l’auteur. Un artiste dont on suivra avec envie de prochains ouvrages et l’activité hors BD tant il donne envie d’imaginaires.

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  • Jakob Kayne #2: Le mange mémoire (Runberg, Guerrero – Le Lombard) – 2020

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couv_384889Ma lecture du premier volume m’avait emballé sur les dessins et l’univers général mais laissé sur ma faim quand à l’intrigue, un peu courte… et malheureusement cette suite confirme que Sylvain Runberg est en service minimum sur cette série où personne ne semble trop voir de problème à un scénario qui frise l’indigence. C’est très surprenant de la part d’un scénariste généralement très intéressant. Son idée de départ est sympathique mais passée la surprise du premier volume on ne peut que constater que l’histoire, très formatée, pouvait tenir en une simple séquence et est totalement inintéressante, d’autant qu’elle est redondante avec le premier tome. Jakob est déterminé à récupérer sa dulcinée emmenée au harem du grand sultan en plein cœur de la capitale de l’empire Omeykim. Sur de son coup il n’imagine pas qu’au même moment un coup d’Etat s’apprête à bouleverser ses plans…

J’espère qu’auteurs et éditeurs ne comptent pas produire ainsi une série de one-shot sur un type qui s’infiltre dans une forteresse comme dans du beurre grâce à ses capacités surnaturelles… Il faudrait penser à changer d’idée et si le principe du peuple ancien est intéressante, on marche ici sur de très grosses ficelles avec un scénariste qui ne propose jamais de pousser cette réflexion sur la mémoire. Projet assez incompréhensible, très feignant alors qu’il est doté de nombreux atouts, à commencer par un très bon dessinateur impliqué et un background à gros potentiel. Gros gâchis pour le moment. Si l’on regarde une autre grande série de Runberg, Orbital, démarrée très lentement, on se dit que ce n’est pas perdu. Mais franchement on pourrait attendre d’un éditeur qui travaille avec ses auteurs pour éviter ce genre de choses.

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  • Blake et Mortimer: La vallée des immortels #2 (Sente, Berserik, Van Dongen – Le Lombard) – 2019

couv_377354-1La lecture du tome précédent m’avait assez moyennement accroché pour les mêmes raisons que le précédent: depuis plusieurs albums, Yves Sente, scénariste attitré d’une reprise de Blake et Mortimer qui devait à l’origine permettre à des coupes d’auteurs changeants de proposer des adaptations riches, semble vouloir nous proposer des documentaires, tantôt sur l’histoire de la cryptographie (Le baton de Plutarque), de Shakespeare (Le testament de William S.) et ici de Hong-Kong sous mandat britannique. Sur le plan technique on ne peut pas dire que ce soit mauvais. On a une enquête policière avec Mortimer enlevé et recherché par Blake, comme souvent dans la série. Les dessins sont classiques et fidèles à l’esprit. On passe donc ce second volume à lire le récit de la trahison du premier empereur Shi huangdi et ce qui l’a amené à la vallée des immortels. Si la fin renoue vaguement avec la mythologie B&M en retrouvant un Nasir fort mal en point et un soupçon de fantastique, l’erreur originelle de cet album est bien de l’avoir découpé en deux parties soit tout de même cent pages! Les deux premières histoires de HP Jacob se déroulaient sur trois et deux tomes et c’est bien la nostalgie qui nous fait pardonner les longueurs d’alors. Plus rien ne justifie cela aujourd’hui et ce volume souffre des mêmes défauts que le précédent qui nous baladait longuement dans une visite touristique et historique de Hong-Kong. Pas franchement mauvais, cet album souffre surtout de la lassitude de lecteur qui a peut-être usé son envie de Blake&Mortimer et la patience envers un auteur capable de très bonnes choses (la vengeance du Comte Skarbek) mais qui se promène sur des séries archi-commerciales. En devenant banalement annuelle la série a perdu sa sève et des raisons justifiables de sortir des albums. Pour ma part j’attendrais patiemment le retour du grand Van Hamme sur un Dernier espadon annoncé…

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****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Orbital, cycle 2

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Sylvain Runberg et Serge Pellé
Dupuis (1999-2005), série en cours, 8 volumes parus. 46 p./album

J’avais découvert le premier « cycle » de cette série réputée, à moitié convaincu mais intrigué par le phénoménal design installé par Pellé et par la richesse d’un univers qui ne demande qu’à être exploré. Je confirme mon impression des quatre premiers albums concernant la structure de la série: il n’y a absolument ni cycles ni missions, mais bien une continuité de l’intrigue du premier au huitième tome. Très étrange que cette présentation en diptyques qui ne correspond pas au récit…

Caleb est aux portes de la mort après l’attaque du Varosash et laisse Mézoké seule face à une tentative de déstabilisation de la Confédération toute entière. Alors que les factions opposées cherchent à utiliser la situation de crise  et que le pouvoir saute de camp en camp à chaque incident, les deux agents diplomatiques vont se retrouver en fuite pour sauvegarder l’ordre établi… pour peu qu’il doive être sauvé…

Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"L’intrigue évolue assez vite dans cet arc, avec l’arrivée de la plutôt réussie sœur de Caleb dont nous n’avions plus entendu parler depuis le premier tome. Sa personnalité explosive et son opposition de mentalité avec son frère sont intelligemment amenés et participent au développement de la relation avec Mézoké en faisant réaliser aux deux agents diplomatiques qu’ils ont finalement beaucoup en commun. A noter que ce sont résolument les femmes qui mènent la danse et tissent notre intérêt dans cette série, en laissant les mâles dans des rôles assez ingrats! De nouveaux personnages majeurs arrivent également et nous permettent de mieux comprendre le rôle d’Angus le Nevronome que l’on voit beaucoup depuis le début sans savoir comment ni pourquoi. Comme pressenti, cette série monte en puissance lentement mais surement, chaque tome gagnant en intérêt, en qualité, en complexité. C’est vraiment étrange et je ne crois pas avoir déjà ressenti cela sur une autre série. Passer ainsi de l’assez banal à l’une des meilleures séries SF en quelques tomes n’est pas commun.

Clipboard02.jpgCela est d’abord dû à la noirceur assumée d’une série dont les dessins des personnages tranchent avec l’intrigue politique complexe (Runberg nous y a habitués). L’aspect politique très poussé est l’autre atout avec une galaxie tombant dans la guerre civile dans une progression particulièrement réaliste pour une série SF et qui pourrait sans soucis ranger Orbital dans la catégorie Thrillers politiques. On décortique de multiples facteurs, de l’attentat ayant coûté la vie aux parents de Caleb et sa sœur aux tensions sécessionnistes, xénophobes, aux débats de conception politique au sein d’Orbital entre différents courants qui veulent mettre leur chef sur le siège de dirigeant… Tout cela est mené très finement, sans manichéisme (ou presque), les méchants ayant tous des motivations crédibles avec pour point de convergence la peur. Car mine de rien cette série aborde des problèmes actuels et universels qui mènent aux conflits, qu’ils soient locaux ou galactiques avec le plus souvent comme moteur la peur de l’autre, de l’étranger, de la perte, de l’inconnu. Ainsi le rôle des Nevronomes (dont l’action est centrale sur ces quatre tomes) est très intéressant de par la gestion du mystère laissé par Runberg. On ne sait à peu près rien de ces vaisseaux pensants qui Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"semblent terrifier la confédération et dont on peine à comprendre la nature et les motivations. Cela nous titille dans l’envie d’en savoir plus et les auteurs vont distiller de tout petits cailloux jusqu’à la conclusion marquante du tome huit qui ouvre de nouvelles portes et monte d’un cran dans l’ambition de la série. Même chose, plus subtilement, avec les Sandjar, la race que représente Mézoké et qui est physiquement androgyne, perturbant les humains qui ne savent pas s’ils ont affaire à un mâle ou une femelle… ce qui permet de pointer sans en avoir l’air la question du déterminisme sexuel et du schéma hétérosexuel de nos sociétés (Florent Maudoux avait abordé cette question dans son étonnant et superbe Vestigiales)

Même si Pellé est toujours aussi imaginatif dans sa description des aliens et des lieux (la superbe cité du crime!) et tend à faire évoluer ses personnages humains vers des traits légèrement plus réalistes, ces derniers restent le point noir de la série. C’est vraiment dommage car cela empêche le lien d’empathie avec le lecteur (en contre-exemple du superbe travail d’expression de Corentin Rouge sur Rio et de Paul Gastine sur Jusqu’au dernier). Les personnages humains sont finalement peu nombreux mais demeure le putatif héros, Caleb, qui malgré ses pouvoirs temporaires ne parvient pas à endosser le statut de personnage central.Clipboard01.jpg

Orbital est ne singulière série que je ne classerais pas dans les blockbusters mais qui par ses défauts et son évolution que l’on ressent instinctive attire une grande sympathie par la générosité de ses auteurs qui semblent passionnés par leur univers sans être certain qu’un plan d’ensemble existe. Une BD qui semble progresser volume par volume avec talent et qui gomme progressivement ses quelques problèmes en nous emmenant sur des concepts SF très intéressants, vers l’infini, et au-delà…

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Zaroff

BD du mercredi
BD de Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes
Le Lombard-Signé (2019), 76., one-shot.

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

L’album de Runberg et Miville-Deschênes est une suite d’une nouvelle de Richard Connell et non du film adapté qui lui a valu la gloire. Il a été proposé par le dessinateur à son scénariste de Reconquêtes, avec l’envie de traduire graphiquement les impressions ressenties à la lecture du texte. Le lien avec le texte d’origine est à la fois très fort (l’album comporte une longue introduction rappelant les événements précédents) et étiré notamment par la fin qui annonce une probable extension (j’y reviens). Comme d’habitude chez Signé, nous avons un très bel album (je ne suis pourtant pas super fan de l’illustration de couverture qui semble pourtant avoir été envisagée très vite) agrémenté d’un joli cahier final avec découpage du scénario, commentaires du dessinateur sur ses croquis préparatoires et explications de développement du scénariste. Du tout bon au niveau éditorial.

L’échec de Zaroff sur sa précédente chasse à l’homme l’a laissé dépressif. Réfugié avec ses hommes sur une nouvelle île, il découvre un jour une caméra devant le portail de son fort: la fille d’une de ses victimes a décidé de se venger et lance une chasse dont la proie n’est autre que la sœur et les neveux du comte. La situation chasseur/chassé semble s’inverser. Mais une fois sur le terrain, qui sera le prédateur le plus féroce?

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

François Miville-Deschêne fait partie de ces dessinateurs qui teasent beaucoup sur les réseaux sociaux et cette peinture de couverture, étrange avec ce vert et le look du comte circule depuis plusieurs mois, créant une envie certaine. Surtout depuis que j’ai découvert l’auteur en feuilletant en librairie l’intégrale de la saga d’antic-fantasy Reconquêtes, album qui m’a conquis autant par son scénario que par son graphisme quasi parfait. Car le dessinateur québécois est probablement l’un des plus techniques de la BD franco-belge. Juste pour vous prévenir: la lecture des pages de Zaroff ne souffrent d’aucun défaut esthétique! Concernant Sylvain Runberg je l’ai découvert sur la formidable série SF Warship Jolly Roger et je retiens deux choses: d’une part sa capacité à s’adjoindre la collaboration d’excellents dessinateurs, d’autre part l’imprévisibilité de ses scénarios, ce qui les rend très intéressants.

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

N’ayant ni lu ni vu La chasse du Comte Zaroff le projet n’avait aucune raison de m’attirer. Pourtant il se justifie par lui-même dans cet étonnant équilibre que les auteurs parviennent à insuffler à leur album, qui jouit de la mythologie du personnage avec la liberté d’une intrigue originale. Ou plutôt une revisitation. Un peu comme ce qu’a fait Abrams sur StarWars7 en remakant Un nouvel espoir.  Du coup on passe les premières pages à se concentrer pour comprendre la chronologie des évènements précédents et le who is who. Je vous épargnerais une recherche internet inutile: hormis Zaroff et les personnages présents dans l’introduction tout ce que vous verrez dans l’album est original. Pourtant il s’insère avec fluidité et l’on a vraiment l’impression que tout cela est issu de l’ouvrage original. Cela s’appelle un background et Runberg est très doué pour développer ce hors champ qui donne une consistance à toute bonne histoire.

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

Mais le cœur de l’ouvrage est l’aventure, avec une recette simple: un méchant (très) charismatique, une bande de bandits très armés avec à leur tête une héritière contestée par ces machos irlandais, un environnement naturel plein de pièges, d’animaux sauvages et de décors grandioses,… Soyons clairs, le vrai héros de l’histoire est Zaroff et les auteurs se cachent à peine de leur envie de nous narrer ses prouesses. Il est un monstre mais est chassé par des bras cassés pas forcément plus vertueux. Fiona (la chasseuse) est également réussie avec son guide brésilien, sorte de crocodile Dundee. Mais la donzelle au caractère bien trempé reste dans l’ombre de ce que cherchent à nous narrer Runberg et Miville-Deschênes: ce génie du mal est invincible pour peu qu’aucun tiers ne vienne fausser ses plans. On réalise ainsi progressivement que l’enjeu n’est pas de savoir si Zaroff va s’en sortir mais plutôt combien d’irlandais survivront…

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© Runberg/Miville-Deschênes chez Le Lombard

L’île est un décors improbable mais grandiose, avec des formations géologiques incroyables et des panoramas qui semblent presque issus de mondes Fantasy. Surtout, le dessinateur se régale dans ses palettes de couleurs, ses décors de jungle, ses falaises, ses arrières plans aussi détaillés que les personnages, il semble à l’aise partout. Du fait de l’histoire on peut ressentir une légère monotonie d’environnement mais l’action et la qualité du trait font que l’on n’a pas le temps de s’ennuyer une seconde. Disons pour chipoter que la partie graphique est légèrement moins impressionnante que sur ses derniers albums, mais cela reste techniquement parfait, notamment dans ces visages et expressions, tous spécifiques et totalement crédibles. Un sacré artiste.

Zaroff est typiquement le genre d’album au sujet minimaliste mais que la seule réalisation (sans faute) propulse au rang de blockbuster de la BD. Quand un album vous permet de découvrir deux grands artistes, vous donne envie de lire le texte d’inspiration et vous régale les yeux, il est difficile de résister. Si vous aimez l’aventure et les beaux dessins de style classique, courez, Zaroff est peut-être déjà derrière vous…

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Achetez-le chez njziphxv

… et allez lire le super entretien que propose le site Branchés Culture!

*****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Reconquêtes

La trouvaille+joaquim
BD Sylvain Runberg et François Miville-Deschênes
Le Lombard (2011-2016), intégrale, 232 p.
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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard,2019

Je profite de la sortie du nouvel album du duo, la suite du film La chasse du comte Zaroff, pour chroniquer l’intégrale de la série Reconquêtes, que je n’avais pas vu passer lors de la sortie de ses quatre tomes et dont l’atmosphère et le dessin m’ont littéralement envoûté en librairie! La très belle édition du Lombard sépare les tomes avec d’immenses doubles-pages reprenant les illustrations originales des volumes, un régal. Elle inclut un cahier graphique de recherches préparatoires de huit pages, très intéressant car il permet de voir l’évolution des premiers jets des personnages, beaucoup plus typés sémites avant leur évolution vers un type européen (j’y reviens). Enfin, une bibliographie des deux auteurs clôt l’ouvrage. Du très beau travail qui vaut un Calvin.

Dans une Antiquité reconstruite, l’avancée des puissants Hittites en Asie Mineure pousse la Horde des vivants à se reformer: cette alliance de trois peuples nomades, redoutables guerriers, va entamer une reconquête de leurs territoires, entre trahisons, suspicions et courage guerrier. Leur chronique sera suivie par une scribe, la très belle envoyée du roi de Babylone Hammurabi…

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Reconquête est un étrange objet, un scénario composite mis en image par l’impressionnant François Miville-Deschênes, que je ne connaissais pas et qui compte indubitablement parmi les plus grands dessinateurs en activité. Ce qui saute aux yeux dès les premières planches c’est la technique parfaite du dessinateur québécois. Que ce soient les animaux, les hommes ou les femmes, tout est précis, détaillé, différencié. Alors qu’un certain nombre de dessinateurs réutilisent le même visage avec de simples changements de coiffures et de costume pour leurs personnages (Bilal par exemple), ce qui peut être gênant pour la compréhension, ici l’hyper-réalisme est extrêmement agréable et donne véritablement l’impression de lire un péplum sur grand écran. Le travail documentaire très conséquent sur les costumes, les décors, mobilier et l’imagination pour rendre cette Antiquité semi-historique crédible sont vraiment remarquables et montrent une passion de tous les instants mise dans ce travail.  Il a toujours été compliqué de représenter l’Antiquité sans tomber dans le kitsch. Le style de Miville-Deschênes accentuait ce risque, en se souvenant des grands dessinateurs réalistes tels Chéret (Rahan) qui ont produit nombre de BD historiques un peu désuettes depuis les années soixante. Or, que ce soit par la colorisation très élégante ou l’esthétique générale, tout est de bon goût, crédible, travaillé. Certains albums font ressentir le travail préparatoire, le développement de l’univers et des personnages. C’est le cas ici, un peu comme dans la grande série Servitude, où les combats ne sont qu’un moment (grandiose!) dans la description ethno-historique de peuples qui combattent pour leur mode de vie.

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

Sylvain Runberg nous propose avec Reconquêtes une Antiquité fantasmée, reconstituée par agencement d’éléments distants. Ainsi la scribe qui fait office de narrateur est envoyée par le roi de Babylone Hammourabi (XVII° siècle avant notre ère) pour suivre l’alliance des peuples Sarmate (env. V° siècle av. J.C.), Cimmériens (VII° siècle…) et Callipides (peuple cité par Hérodote) face aux conquérants Hittites (entre XVI° et XI° siècle avant notre ère)… L’ajout de références à l’Atlantide et de quelques créatures mythologiques permettent d’éviter toute  confusion quand au projet de réalisme historique et nous laisse profiter de la reconstitution de ce qu’aurait pu être cette

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© Miville-Deschênes, Runberg, Le Lombard, 2019

antiquité oubliée. Si la pâleur des peaux surprennent au début, habitués que nous sommes à des typologies sémites pour les peuples antiques, elles illustrent le sérieux documentaire des auteurs puisque nous savons que les peuples Scythes étaient de type « caucasien », blonds et à la peau claire… Ce qui fascine c’est la cohérence de l’ensemble, avec des styles vestimentaires reconnaissables (et la propension des guerrières Sarmates, sortes de proto-amazones, à vivre torse nu…), la rudesse des combats et des mœurs, l’originalité de ces palais mobiles dans lesquels ces rois nomades se déplacent. Les auteurs ne nous épargnent rien de la violence de l’époque, avec des soldats souvent balafrés, des sacrifices humains bien gores et quelques séquences de sexe sans insistance. Si François Miville-Deschênes se fait plaisir en matière d’anatomie féminines aux plastiques parfaites, les planches restent très élégantes et cela ne tombe jamais dans le grivois. Qu’il s’agisse d’éléphants de guerre, de vieux magiciens ou de cavalières sarmates tout est élégance du début à la fin dans cet album.

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L’intrigue est dramatique, dans le sens théâtral. Si les combats en cinémascope sont nombreux et parfaitement lisibles, le cœur de l’histoire repose sur les relations entre les trois souverains qui jouent entre respect, concurrence et méfiance. Un élément perturbateur est venu perturber l’équilibre de la Horde et une conspiration va semer la discorde en imposant aux trois dirigeants un choix: risquer la disparition de tous pour l’honneur de leurs peuples ou respecter l’alliance au risque de trahir leurs traditions propres. Ce dilemme qui les taraude du début à la fin est passionnant et permet de connaître les spécificités de trois peuples que seul le nomadisme et l’esprit guerrier tient ensemble. Reconquêtes pose sa focale sur le peuple des femmes et se rapproche en cela du récent Cœur des amazones mais en bien plus réussi car il n’oublie pas le spectacle.

Reconquêtes est la série que je n’attendais plus, un peu lassé de la Fantasy et peu intéressé par des BD historiques qui restent souvent figées dans leur aspect documentaire. Runberg aime tordre l’histoire tout en gardant ses bases comme sur sa récente série Jakob Kayne. Il propose avec son comparse un modèle de BD grand public à la fois héroïque, belle et bien écrite. Un régal.

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