***·BD·Nouveau !·Rapidos

Les chimères de Vénus (Gazette)

La BD!
BD d’Alain Ayroles et Étienne Jung
Rue de sèvres (2021), 56p., série en cours, 1 tome paru.
Série dérivée dans l’univers du Château des Étoiles.

L’album a été lu dans sa version gazette, en cinq épisodes parus au printemps 2020, agrémenté de rédactionnels développant l’univers, en parallèle de la prépublication du Château des Étoiles d’Alex Alice. La version reliée reprend la même maquette que la série mère. Le présent billet porte sur les 5/6° de l’album car par un étrange calendrier le dernier épisode de prépublication sort en même temps que l’album relié… L’album relié sort comme d’habitude sous deux formats: classique et GF.

Alors que Séraphin et ses amis bataillent sur Mars contre les forces prussiennes, à Paris le nouveau fleuron de la flotte spatiale française s’apprête à décoller pour la nouvelle colonie impériale de Vénus. A bord une célèbre actrice d’opéra-bouffe compte bien rapatrier son compagnon envoyé au bagne sur cette terrible terre sauvage…

Alex Alice est décidément plein de surprises! Alors que nous entamons la septième année de sa saga spatiale steampunk résolument romantique, l’auteur propose avec le très talentueux Alain Ayroles une série dérivée chargée de développer un background devenu trop touffu pour tenir uniquement dans la série mère. Après avoir eu la surprise de découvrir que les premiers volumes n’étaient qu’un prologue à une conquête spatiale en mode Jules Verne nous voici désormais avec un univers partagé qui compense partiellement la frustration ressentie à la lecture de tous ces articles de la Gazette depuis plusieurs années en découvrant enfin la colonie franco-anglaise de Vénus pendant que les héros du Chateau des étoiles ont maille à partir avec les forces de Bismarck.

Sur un dessin très marqué « animation » le talent de dialoguiste d’Ayroles fait mouche en enchaînant à mille à l’heure l’histoire croisée du poète, bagnard sur l’astre nuageux, et sa muse bien décidée à utiliser ses charmes auprès du magnat chargé de développer le capitalisme spatial pour sauver son amant. L’intrigue est donc simple, prétexte à ce voyage en ether-nef qui se contente de transposer la société impériale du second empire dans cette uchronie SF en nous donnant un premier aperçu d’un sol vénusien très  proche du Jurassique terrestre. Outre cette rigolote transposition que la série mère n’a pas tellement le loisir de développer, trop centrée sur ses héros, les auteurs nous régalent à coup d’inventions assez originales comme cet ascenseur spatial (concept futuriste très sérieusement étudié de nos jours).Le Château des étoiles, Gazette n°14 | Rue de Sèvres

SI on peut dire que ce premier tome n’esquisse qu’un début d’histoire, il ouvre suffisamment de portes passionnantes pour nous entraîner, malgré un dessin très marqué jeunesse et peut-être moins grand-public que celui d’Alice, dans une grande aventure qui se paie le luxe d’aller très vite tout en développant énormément d’éléments de l’univers partagé. Pour le moment pas de véritable croisement à prévoir avec le Château des Étoiles mais une grande aventure steampunk mélangeant bonnes idées et concept rétro volontairement datés comme ces dinosaures vénusiens. Les parallèles entre le Second empire et ce monde futuriste sont très imaginatifs et justifieraient sans doute d’autres spin-off ou même un film, qui ne serait guère étonnant quand on connaît la popularité de la série, les projets avortés d’Alice dans l’Animation et donc le style d’Etienne Jung qui donne l’impression de voir l’adaptation album d’un long métrage d’animation.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !

Les fiancées du califat

La BD!
BD de Matz, Marc Trévidic et Giuseppe Liotti
Rue de sèvres (2021), 64p., one-shot

bsic journalism

Merci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

couv_413151

Elles sont cinq. Toutes très différentes, brunes et blondes, maghrébines ou caucasiennes, mères ou adolescentes. Elles sont réunies pour faire changer la face du Djihad en montrant aux moudjahidin comme aux mécréants que les femmes ont leur place dans la guerre sainte contre l’Occident. Elles sont les filles du Califat…

L’attrait du nom de Marc Trévidic le célèbre juge anti-terroriste adjoint au non moins célèbre Matz, scénariste de la série à succès Le Tueur (prochainement adaptée à la télévision par Fincher et Fassbender!) attire inévitablement l’œil à l’amateur de thrillers. En parcourant le net je découvre que le trio sort d’une trilogie du même type chez le même éditeur sur laquelle ils ont pu parfaire leur recette.

Les fiancées du califat | Rue de SèvresOn constate immédiatement l’incroyable progrès de Giuseppe Liotti entre cette série et les fiancées du Califat, notamment en matière de colorisation. En affirmant son style et en se rapprochant de l’école hispanique il propose de superbes séquences de dialogue où ses personnages très expressifs et physiquement caractérisés profitent d’encrages superbes. Que ce soit sur les décors, architectures et éléments techniques ou sur les personnages c’est un sans faute précis et élégant qui le hisse soudainement dans la catégorie des très bons dessinateurs capables de porter un album à eux tout seuls. Je ne connaissais pas cet auteur et ai été assez bluffé sur sa qualité graphique tout au long de l’album, jusqu’à une couverture très intelligemment composée et qui fait son office sur la pile du libraire avec ce côté sexy répondant à la silhouette voilée.

Les fiancees du califat - cartonné - Giuseppe Liotti, Marc Trévidic, Matz -  Achat Livre ou ebook | fnacCar l’intelligence et l’originalité du scénario de Matz et Trévidic est de centrer quasi exclusivement leur intrigue sur cette cellule d’apprenti-djihadistes qui doivent montrer autant à leurs frères d’armes qu’aux autorités de quoi elles sont capables.  Ainsi on prend le temps de comprendre les profiles de chacune, à la fois très différents et crédibles, sans pour autant détailler leurs motivations et itinéraires. Il aurait sans doute fallu un diptyque en cent-vingt pages pour avoir le temps d’approfondir le fonds de l’intrigue et c’est la principale limite de cet album sommes toutes très bien réalisé. Des indices sont instillés dans les dialogues mais en choisissant d’axer leur narration sur l’action et un découpage rapide et fluide les scénaristes restent un peu en surface. Sur un thème proche on aboutit à une atmosphère inverse au troisième tome de la série de Christin et Juillard, Léna,avec la volonté de rester grand public en alternant séquences de débats des deux côtés de la loi, scènes de filature et séquences d’action visuellement très efficaces.

Les fiancées du califat | Rue de SèvresOn passe ainsi comme dans toute histoire policière des filles aux flics en planque, des commanditaires en Afghanistan au juge chargé de l’affaire, tout ce petit monde articulant un récit qui se lit vite autour de bons dialogues et une intrigue sommes toutes assez construite. Les hypothèses sur l’utilisation des charmes des filles comme de la burqa pour passer soit inaperçue soit utiliser la stratégie du trop visible pour être vue sont suffisamment bien amenées pour ne pas briser la crédibilité de ce récit sérieux et documenté. Les tiraillements inhérents à ce genre de projets amènent bien entendu des tensions dans le groupe et ce sont bien ces débats houleux qui nous intéressent, non sur la finalité terroriste du projet que sur le choix des soldats envoyés mourir ou sur le mode opératoire. Cette complexité permet de maintenir la tension que l’enquête policière, un poil linéaire, effleure.

Les fiancées du califat est au final un ouvrage à la réalisation sans faute, élégant, aussi bien écrit que dessiné et qui aborde le thème terroriste sous un angle inédit. L’ambition (et la qualité) des auteurs aurait largement justifié un second tome qui aurait permis de densifier et complexifier l’intrigue d’un album qui mérite néanmoins amplement votre intérêt.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

*****·BD·La trouvaille du vendredi

Kamarades – intégrale.

BD de Benoit Abtey, JB Dusséaux et Mayalen Goust
Rue de sèvres (2015-2017), série trois tomes., 162p.

bsic journalismMerci à Rue de Sèvres pour leur confiance.

L’édition intégrale a pour seul intérêt l’économie substantielle puisqu’il s’agit d’une version brochée compacte (les trois albums originaux étaient dans un format BD classique avec couverture cartonnée et grand format) qui permet d’avoir dans sa bibliothèque cette très belle série pour 18€seulement au lieu de 40 pour l’édition classique. Rien n’interdit à l’éditeur de proposer ultérieurement une belle édition que le thème et l’art de Mayalen Goust mériteraient et l’on a vu sur la série phare d’Alex Alice combien Rue de sèvres savait soigner ses éditions. Cette édition reprend donc la jolie maquette « soviétique » avec couverture à rabats comportant une courte bio des auteurs et leur biblio chez Rue de sèvres.

couv_397457

1917, embourbé dans la première Guerre mondiale, l’empire russe vacille. Monarchie parlementaire depuis peu, les troubles instillés par les bolchéviks amènent le tsar Nicolas II devant ses responsabilités. Lorsque sa fille préférée Anastasia tombe amoureuse d’un simple soldat l’engrenage infernal se mets en marche, qui verra la fin de l’Empire et des Romanov. Vous connaissez peut-être l’histoire officielle. Voici la véritable tragédie…

Résultat de recherche d'images pour "kamarades goust"Très belle découverte que cette trilogie qui allie romanesque, Histoire et un graphisme à la fois très artistique et totalement adapté au propos. Pour sa seconde BD, la dessinatrice remarquée sur l’adaptation BD du succès ado Les Colombes du roi soleil se fond dans l’époque et l’atmosphère totalement romantique voulue par les scénaristes, des auteurs de théâtre et de cinéma. Dans un style léger tout en courbes et aplats de couleurs franches qui rappelle Olivier Pont ou Marc-Antoine Boidin, elle offre au regard les paysages de l’hiver de la Russie de 1917. Alliant des textures précises et décors rigoureux avec des personnages esquissés sans encrage, on reconnaît le style des livres jeunesse, très libres graphiquement. Mayalen Goust sait pourtant garder une bonne lisibilité même dans les séquences d’action et alterne une très grande variété de découpages, des pleines pages (voir doubles pages à la coupe), dessins qui sortent de leur cadre et une multitude de cadrages qui rendent la lecture hautement dynamique.

Et cela est nécessaire car les scénaristes nous convient dans la grande aventure des films de David Lean, Docteur Jivago et les romans russes. On entend les violons et la Balalaïka résonner sur fonds de canons. Le sang est rouge et nimbe la neige éclatante dans des tableaux comme peints au couteau. Le récit épique en diable voit intervenir directement des personnages historiques avec l’ambition de raconter la vraie histoire (fictive!) de la fin des Romanov. Résultat de recherche d'images pour "kamarades goust"Se calant dans un cadre historique solide, les auteurs nous racontent comment le jeune Staline, ami du soldat Volodia, va enlever Anastatia et contraindre le Tsar à abdiquer. Ce n’est que le début d’un mélange entre fiction et réalité historique, profitant d’une grand opacité de sources sur l’époque qui rend l’Histoire officielle relativement fragile et sujette à des manipulations scénaristiques passionnantes en mode « et si… ». Ainsi l’intrigue de Kamarades prends vite le large avec la véracité en assumant sa dimension de fiction tout en rappelant les personnages et évènements pour brouiller la ligne entre réalité et fiction, avec grand talent.

Si l’amour passionné entre Anastasia et Volodia reste au cœur de l’histoire, le troisième larron, Staline, méchant particulièrement charismatique, tient les rênes du drame en pourchassant sans relâche le couple et les Romanov. La figure du héros pur dérangeant pour le Régime est incarné par Volodia dont la blancheur des cheveux réponds à ceux, rouges vifs de la princesse. Traitant un grand nombre de sujets, en partant des problématiques classiques des périodes révolutionnaires (la trahison, la Raison d’Etat), les auteurs nous font parcourir une époque troublée, entre deux mondes, avec la permanence du cynisme et de l’idéologie d’Etat supérieure aux hommes. Ce couple dans la guerre ne devrait pas exister et pourtant il passe entre les balles…

Superbe saga au graphisme planant, Kamarades allie comme rarement un art libre et un récit romantique aux personnages passionnants, entre fiction et réalité. Une très belle lecture pour les soirées d’hiver au coin du feu.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Un putain de salopard #2: O Maneta

La BD!
BD de Régis Loisel, Olivier Pont et François Lapierre (coul.)
Rue de sèvres (2020), 88p., série en cours 2 vol. paru sur 3.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

couv_405163Après le chaos dans lequel ont été laissés les protagonistes il est temps de faire le ménage. Alors que Max et Baïa atteignent la mystérieuse épave d’un avion, radeau salutaire dans la jungle impénétrable, les rabatteurs du camp effacent les traces de leur passage et cherchent à éliminer les témoins. C’est à un chassé-croisé que se livrent le policier du bled, les assassins et les filles, alors que la trace du Putain de salopard se rapproche…

Il est toujours compliqué de passer le second tome d’une série. Sur cette fin d’année trois tomes de séries magnifiquement démarrées se voient prolongées avec plus ou moins de bonheur. Si le Ramirez de Pétrimaux passe assez bien le cap, le Luminary de Brunschwig m’a franchement laissé sur ma faim en assumant difficilement la pagination de triple album. Il en est un peu de même sur ce second Putain de salopard où la découverte et la fraîcheur des quatre zozo s’estompent pour la nécessaire mise en place d’une intrigue dramatique. Le problème c’est que les auteurs semblent perdre leur scénario comme leurs personnages dans la forêt… Un tome de transition peut toujours justifier un emballement moindre en attendant un rebond et un s’inscrivant dans un tout. C’est plus difficile avec une pagination de double album qui exige une certaine progression, surtout quand le décors, certes magnifique, est celui de l’omniprésente jungle.

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/11/Un-Putain-de-salopard-2.jpgOn suit ainsi dans ce volume l’équipe séparée: l’indienne muette Baïa et le benêt Max, malade, au cœur de l’enfer vert ; les 3C de l’autre, bien moins enjointes à la déconne avec les deux sbires à leurs trousses. Un peu comme dans un western, on navigue ainsi entre ces trois lieux (le campement des mineurs, le village, la forêt) au rythme de l’enquête du nouveau personnage de policier. Le soucis c’est que l’histoire on la connaît puisqu’on y a assisté au premier tome et que ces allers-retours sonnent un peu creux, jusqu’à la flambée de violence, sèche comme une branche cassée. Les personnages restent solides et les dialogues percutants, mais jusqu’au dernier tiers on a un peu un sentiment de sur-place. Un sur-place de cinquante pages tout de même…

Heureusement le dessin d’Olivier Pont en fusion parfaite avec la sublime mise en couleur de François Lapierre nous fait voyager dans ce tropique humide et crasseux que la technique traditionnelle des auteurs fait ressentir. Comme sur le précédent volume la minutie des détails, l’expression de la nature vierge, ses mouvements et ses recoins, s’apprécient à chaque page en faisant briller les rétines.

Ellipse volontaire ou non, le second tome s’achève presque sur le même plan que le premier… façon de nous montrer que dans la vie comme dans la jungle on tourne forcément en rond? On achève ainsi la lecture avec une intrigue qui a effectivement avancé avec une possible conclusion dès le prochain opus pour peu que Loisel ne souhaite pas étirer son intrigue (sommes toutes assez courte) déraisonnablement. Mais la sympathie des personnages, la qualité des graphismes ne suffisent pas à faire vraiment décoller une saga pourtant bien démarrée et qui a un peu oublié son féminisme et son humour en route. On tablera sur un second souffle car les qualités sont là, en musclant un peu le script.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Le château des étoiles #5: de Mars à Paris

La BD!

BD d’Alex Alice
Rue de sèvres (2020), 69p., cycle III, volume 1.

bsic journalismMerci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

Pour les lecteurs de Gazette, ce volume comprend les épisodes 13 à 16 de cette dernière, parus à partir de janvier. Nouveauté impactant la parution en albums, l’arrivée d’une « édition internationale » de la gazette associant la BD d’Alice avec un spin-off sur l’expédition française de Vénus compliquera un peu la périodicité. La série voit son troisième cycle commencer dans cet album… à mi parcours puisque les gazettes 13 et 14 clôturent le cycle II (j’y reviens). La fabrication made in Rue de Sèvres est comme toujours parfaite avec ces désormais célèbres couvertures reprenant l’esprit des Voyages extraordinaires de Jules Verne aux éditions Hetzel avec un effet simili-toilé et un vernis sélectif. Les précédents cycles occupaient deux tomes chacun, on peut gager que ce sera également le cas ici…?

couv_395244

Alors que les attaques des prussiens sur la population martiale se multiplient les Chevaliers de l’Ether atteignent enfin le pôle nord martien où les attendent des phénomènes toujours plus inattendus… Le Roi Ludwig y sera-t’il?…

Le Château des étoiles T5 : De mars à Paris (0), bd chez Rue de ...Étonnant pari que celui d’Alex Alice, dessinateur autodidacte révélé par Le Troisième Testament et dont la productivité a toujours été à la fois assez régulière et compacte, sur des séries assez courtes au développement long. Lorsque paraît le Château des Étoiles c’est dans un immense format journal en couleur qu’il est découvert par les lecteurs, avec un changement de style notable puisque Alice, dont les noirs étaient une grande force (sur Sigfried notamment) et a inspiré nombre de jeunes dessinateurs, abandonne les encrages pour une mise en aquarelle directement sur les crayonnés. Dans une publication plus ou moins orientée jeunesse (et dont l’inspiration évidente, Jules Verne, rend évidente la reprise des couverture Hetzel) ce style est tout approprié. Cette technique lui permet d’augmenter fortement sa productivité avec une parution régulière de quatre numéros de gazette et un album par an depuis maintenant cinq ans, sans aucun retard. Pour des dessins de cette qualité c’est tout à fait remarquable.

Alors que je pensais la série partie pour quelques volumes seulement, quelques éléments de contextes dans les gazettes et des allusions graphiques à Bismarck annonçaient progressivement une vraie saga qui semble boucler sa boucle ici avec ce début de troisième cycle, après que Séraphin et ses amis aient visité la Lune, puis Mars et reviennent donc sur une Terre bien changée. Ce volume est surprenant en ce que sa première moitié conclue les aventures martiennes, avec des tonalités et un décors très marqués. La chute, très brutale, inattendue et un peu bancale en ce que l’auteur rate un peu cet acmé de l’intrigue pour nous ramener sur Terre en une page tournée, donne l’impression qu’il n’a pas su comment assurer la transition entre ces aventures extra-terrestres et un retour à la dimension plus politique et rocambolesque des débuts.

Amazon.fr - Le château des étoiles Tome 5 : De Mars à Paris ...Car la seconde moitié, qui avance très vite, propose son lot de grandiose graphique et d’action effrénée permise par l’Ether, cette étonnante trouvaille de l’auteur qui donne une teinte désuète et historique si particulière à son œuvre. La série a grossit à mesure du succès et des envies de l’auteur et les gazettes indiquaient assez tôt l’idée d’exploration de Vénus. Alice a eu la bonne idée de ne pas diluer son intrigue principale dans un nouvel arc vénusien qui aurait probablement été redondant et de confier ce développement à une autre équipe pour achever son récit principal, probablement au prochain tome. On découvre ainsi l’empereur Napoléon III qui comme les autres grands personnages historiques n’est pas manichéen. Assez crédible il incarne la légère dose de réalisme historique qui donne un poids certain à la série. Si l’arc martien pour exotique qu’il était perdait un peu la densité dramatique, ce cinquième tome revient à une grande efficacité avec une structure ambitieuse en trois temps (maintenant-avant- maintenant) et notamment le personnage de la journaliste, très réussi et qui apporte de la nouveauté.

Le Château des Étoiles, Gazette Interplanétaire n° 13 - YOZONE

Une dernière remarque sur le format album qui en compactant légèrement les dessins et les posant sur du papier brillant renforce les traits et les couleurs et me font dire qu’il est graphiquement supérieur au format gazette. Cette série est décidément une sacrée aventure éditoriale et une immense réussite de l’ambitieux éditeur Rue de Sèvres en intégrant directement les éditions à l’intérêt de la série, chaque format ayant ses avantages et ses inconvénients. Si vous privilégiez les dessins optez pour les formats album (éditions classique et grand-format), si le background vous importe plus l’édition gazette est résolument plus développée. A moins que l’éditeur décide un jour de sortir une édition ultime (intégrale?) intégrant le rédactionnel, vous êtes contraints de faire un choix… ou de tout acheter, ce qui n’est absolument pas dramatique étant donnée l’honnêteté des propositions de Rue de sèvres.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

***·****·BD·Edition·Nouveau !·Rapidos

Festival des gazettes#2: Le Château des étoiles/La Gazette du Château

La BD!

Je suis un grand fan des éditions au format Gazette (vous pouvez retrouver sur le blog la quasi intégralité des épisodes du Château des étoiles, du Château des animaux et du Sang des Cerises de Bourgeon). Cette année marque un changement important pour deux d’entre elles. La périodicité, pour la série star de Delep et Dorison (qui a raflé plusieurs prix cette fin/début d’année), avec un retour à la normale après une parution chaotique des épisodes du premier volume. Et l’arrivée d’une série parallèle pour le Château des étoiles, scénarisée par un Alain Ayroles qu’on a adoré sur le scénario des Indes Fourbes. Si vous ne connaissiez pas ces éditions il est toujours temps d’embarquer sur ces très grands formats agrémentés de rédactionnels immersifs très réussis

  • Le château des étoiles #13: Terres interdites, suivi de Les chimères de vénus 1/5. Parution mensuelle.

Edition « interplanétaire » regroupant Le château des étoiles et Les chimères de vénus.

couv_382969

Je ne tarie pas d’éloges sur les éditions Rue de sèvres qui font un formidable boulot depuis quelques années. Une fois n’est pas coutume l’augmentation ni vu ni connu des gazettes de cinquante centimes ne fait pas plaisir. On me dira que la pagination augmente avec l’arrivée de deux histoires dans chaque fournée mais bon…

La guerre contre les martiaux bat désormais son plein avec un corps expéditionnaire prussien qui fait des ravages sur une population dotée de pouvoirs psychiques mais pacifiste. Les propriétés physiques de la planète et de l’Ether contrecarrent cependant les plans des allemands dont certains commencent à douter de l’honnêteté des objectifs du régime. La migration vers le pôle continue et l’on nous reparle du Château des étoiles du roi… Pendant ce temps sur Terre les capitalistes français préparent la colonisation de Vénus, où la Nature reste relativement indomptable… Si la BD d’Alice continue son bonhomme de chemin, la nouvelle venue change assez franchement et le ton et le graphisme pour se tourner vers un style très proche du design des films d’animation Disney. Pas forcément ce que je préfère mais ça reste agréable à lire et très bien écrit en permettant une respiration par le changement de camp (partie de France, la série est depuis restée très centrée sur le monde germanique) et de thématiques. Plutot un bon point pour cette série dérivée et le format gazette permet de limiter de risque d’une série parallèle, toujours dangereuse à lancer.

note-calvin11-3note-calvin11-3note-calvin11-3


  • La gazette du château #4 (3° année, janvier 2020) – Parution trimestrielle:

couv_383949

A l’inverse du précédent, celui des animaux baisse de cinquante centimes avec une baisse de pagination… Les voies de l’édition sont décidément impénétrables. Le seuil de 3€ pour 1/3 d’album non relié me semble un ratio à ne pas dépasser. Cette nouvelle année Casterman ne s’engage pas sur une périodicité de sa gazette, échaudé par un très gros retard sur les précédentes. Vu le rendu final de Delep on serait malhonnêtes de râler et je pense que cette solution est plus sage et plus rassurante pour tout le monde. Le prochain épisode est néanmoins annoncé pour mai.

On retrouve donc Misse B et ses amis lapin et rat à la tête d’une révolte qui a bien ébranlé l’assurance du pouvoir dictatorial du président Silvio. L’hiver arrive et passé l’effet de surprise, il devient nécessaire de convaincre les animaux du pouvoir de la non-violence et d’actions des plus intelligentes…. Si les rédactionnels de la première saison étaient très agréables à lire, je trouve que l’esprit « propagande années trente » perd l’effet nouveauté et tourne un peu en rond avec une simple reprise textuelle de ce qui se passe dans l’album. IL serait bien que les auteurs développent le background, le hors-champ afin que cette édition enrichisse vraiment la série. En attendant c’est toujours aussi (plus?) magnifique, notamment dans la gestion des couleurs et textures. Delep est un véritable virtuose, les textes de Dorison font mouche et on est toujours happés par cette série qui se révèle ici une suite quasi officielle de la Ferme des animaux. On se demandait, c’est confirmé!

note-calvin11-3note-calvin11-3note-calvin11-3note-calvin11-3

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Darnand, le bourreau français

BD du mercredi
BD de Pat Perna et Fabien Bedouel
Rue de sèvres (2018-2019), série finie en 3 volumes.

couv_319904couv_372464couv_340374

mediathequeLes deux premiers tomes comprennent des unes de journaux d’époque sur Darnand, le troisième comprend un dossier documentaire. Les trois couvertures sont très efficaces, reprenant la même thématique (le personnage de Darnand) en suivant son évolution. J’aime beaucoup les couvertures qui déclinent une idée sur l’ensemble de la série. Comme a son habitude, Rue de sèvres présente la tomaison complète de la série dès le premier volume, ainsi que les illustrations de couvertures. C’est confortable pour le lecteur qui sait où il va. Je note simplement que le sous-tire « le bourreau français » n’apporte pas grand chose et peut être trompeur sur l’objet de la série.

Héros de la première guerre mondiale, décoré des plus hautes distinctions nationales, Joseph Darnand, comme d’autres mais sans doute pas à ce niveau, choisira la Collaboration en prenant la tête de la Milice aux plus sombres heures de la Guerre. Entre les deux c’est une personnalité complexe que nous découvrons au travers du regard de son ami Ange. une histoire qui se coule dans la complexité de l’histoire nationale…

Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"Je réalise avec ce Darnand que je suis sans le vouloir la biblio du scénariste Pat Perna, dans ma recherche de BD documentaires. Un peu à la manière d’un Fabien Nury mais dans un style plus journalistique, plus précis et moins nihiliste, Perna aborde album après album les creux noirs ou gris de notre histoire. Des moments ou des personnages dont le vernis est connu mais dont pas grand monde n’est allé creuser le fonds (en BD tout au moins). Pour cela il s’est associé depuis 2015 (avec un album sur le médecin d’Himmler) la collaboration de l’impressionnant Fabien Bedouel dont l’énergie sèche fait claquer ses dessins aux encrages très précis. Que ce soit sur le très bon Morts par la France (avec Otero) où il exhumait un massacre perpétré par l’armée française sur ses propres soldats… noirs, dans les colonies ou dans l’excellent Forçats où il arborait l’étendard immaculé d’Albert Londres dans sa lute pour la réhabilitation d’un condamné au Bagne, le scénariste se fait une vocation de gratter là où ça fait mal. Si Nury excelle dans la noirceur de son excellent Katanga traitant de la Françafrique en mode cinoche, le duo de Darnand recherche plus la précision que l’explication…

Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"Et c’est l’une des limites du style de Perna, déjà éprouvé sur son précédent album sur le Bagne. Il ne s’encombre pas de continuité narrative et saute sans soucis d’une époque à une autre. Cela ne facilite pas la lecture mais concentre l’intensité sur des dialogues, des séquences juxtaposées. Le dessin millimétré de Bedouel est du coup d’une grande aide puisque l’on reconnaît immédiatement lieux et personnages. Si les dialogues sont très claires et le récit se suit bien, c’est bien la chronologie qui rend la lecture cahoteuse sitôt passé le premier tome. Celui-ci, plutôt facile d’accès, nous présente le héros de la Grande Guerre et l’installation de sa relation d’amitié fraternelle avec Ange, qui structurera toute la suite du récit. Est-ce pour le pas tomber dans les poncifs ou par-ce que ce n’est pas ce qui l’intéresse, le scénariste saute ensuite à la période cagoularde de Darnand (organisation mafieuse qui visait à renverser la troisième République juste avant la seconde guerre mondiale) puis nous envoie directement dans la Milice (tome deux) pour finir sur l’exécution de Darnand (tome trois). Si l’itinéraire du personnage fascine bien sur, il n’est finalement pas le seul héros national a avoir permis Vichy et faute de discours créant le malaise ou le doute, on finit la série en se demandant un peu ce que les auteurs ont voulu montrer.

Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"Je ne voudrais pas laisser croire que Darnand est une mauvaise série, elle en est très loin! D’abord ces dessins donc, à la fois très contrastés et nerveux, des magnifiques décors montagnards et ces personnages que le dessinateur sait habiter, cet Ange avec sa gueule cassée qui parcours tout le récit, comme l’âme damnée de Darnand, sa conscience qui ne veut admettre les choix de son ami. Car finalement il s’agit plus d’une histoire d’amitié impossible, de deux frères d’armes ayant choisi des chemins opposés que de montrer les égouts de la grande Histoire. Je parlais du sous-titre qui laisse penser à une BD historique, documentaire… ce qu’elle n’est pas, raison pour laquelle je n’ai pas proposé cette chronique dans la rubrique Docu. Ce triptyque, en tant que BD se laisse remarquablement lire, avec grande fluidité, intérêt, Résultat de recherche d'images pour "darnand bedouel"avec ses moments de tension où l’on se sent happé. Mais dans cet entre-deux, avec des coupures de presse, ces personnages historiques de la Résistance, ces références documentées, on aurait aimé une mise en perspective plus grise, une présentation plus complexe de Darnand au lieu du simple militaire réactionnaire qu’il fut. On nous parle finalement peu de Résistance, on n’a aucune explication sur une évolution, sur des doutes éventuels du « bourreau ». La seule interrogation qui perdure est celle de l’attitude de la Nation, ses doutes éventuels sur le héros d’avant ou le criminel d’après. Là-dessus les auteurs ne laissent pas la place au moindre malaise, sans doute car il n’y avait pas à en avoir. Comme Pétain Darnand était persuadé d’être un sauveur de la Nation. En simple pion de son époque fasciste. Si le Katanga de Nury m’a mis très mal à l’aise il apportait cet aspect dérangeant que le scénario de Pat Perna ne veut pas donner. Bonne série BD de d’un excellent duo, Darnand reste ainsi en deçà du précédent Forçats en restant trop attaché à la figure historique.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Un putain de salopard #1: Isabel

BD du mercredi
BD de Régis Loisel et Olivier Pont
Rue de sèvres (2019), 88p., série en cours 1 vol. paru sur 3.

couv_360594La couverture est superbe et le titre diablement intrigant et accrocheur. Un pari réussi sur ce coup de poker étonnant qui a fait parler de lui! Une biblio des deux auteurs est proposée en ouverture. Hormis cela rien de particulier. A noter que contrairement à ses habitude, l’éditeur n’indique pas de nombre de tomes prévus, ce qui est bien dommage, surtout sur une série de Loisel qui nous a habitué à des séries relativement longues.

Années 70, frontière du Brésil, Max arrive en terre inconnue pour retrouver son père, dont il ne connaît pas le nom… Il tombe sur un trio de copines délurées qui le prennent sous leur aile. Entre chaleur tropicale, camps d’ouvriers où règne une loi très primitive et amours simples, Max entame une quête improbable au sein d’une hostile Amazonie où les Mythes et croyances semblent ne pas avoir tous disparus…

Je dois dire que le titre a été l’élément accrocheur qui m’a fait m’intéresser à cette série en titillant ma curiosité. Les deux noms d’auteurs m’ont poussé à l’acheter: si je ne suis pas un fanatique de Loisel dont j’ai tendance à apprécier plus les scénarios que les albums qu’il a dessiné, j’avais énormément aimé le style d’Olivier Pont sur Où le regard ne porte pas… série qui a beaucoup de proximités avec Un putain de salopard (j’y reviens).

Ma première surprise après avoir refermé ce premier volume porte sur le ton de l’album, que j’attendais beaucoup plus sombre au vu du titre. Or si le sujet est bien « Max au pays des salopards » avec un univers féroce qui contraste avec la bonhomie des « 3C » (Corinne, Charlotte, Christelle, les trois filles de l’équipée), le traitement rappel l’atmosphère colorée et rigolote du Magasin général ou du diptyque d’Olivier Pont et Grégoire Abolin. Dès les premières planches à la superbe mise en couleur de François Lapierre (que Loisel a amené dans ses valises depuis ses séries précédentes), on savoure le style à la fois cartoon et très graphique d’Olivier Pont, qui se retrouve dans un univers familier fait de cabanes bricolées, de ciels azure et de feuillages verts profonds. Les respirations ésotériques apportent cette touche de mystère que le dessinateur  avait su tisser dans son grand succès… une autre histoire de copains! Cette proximité entre les deux séries n’est pas une redite, elle raconte l’univers personnel d’un grand dessinateur qui rencontre un autre auteur amoureux de la nature. Car du vert il y en a dans ce Putain de salopard! Pages après pages, une bonne partie de l’histoire se déroule en effet dans une fuite de Max et son équipière muette, l’indienne Isabelle, aussi belle que mystérieuse, au sein de la jungle où entre fauves, pluie et maladies la chasse va se rapprocher de la quête initiatique. Malgré ce décors monotone, les planches ne le sont jamais. Avec un art du cadrage et des détails remarquable, le dessinateur (et son scénariste?) parvient à rendre chaque case superbe, inspirée, dessinée. Résultat de recherche d'images pour "un putain de salopard pont"Je note très souvent dans mes critiques la différence entre les bons albums où le dessinateur délaisse ses arrières-plans et les grands albums où chaque détail est travaillé. C’est le cas ici, au-delà d’un simple jeu premier/arrière-plan où la BD vire presque au documentaire animalier, Olivier Pont prends le temps tout au long de ses quatre-vingt pages de peaufiner ce qui fait vivre un univers, ces mille petits détails, mouvements, personnage qui donnent envie d’aller de l’autre côté de la page.

Cette vie est aussi apportée par les personnages, la grande force de Loisel. Ici l’on n’est pas chez les apollons et nymphes que beaucoup de BD nous dépeignent. Si le dessinateur sait dessiner de beaux traits, le duo croque volontairement des filles un peu grasses, un peu maigres, des ouvriers-esclavagistes pas-tibulaires mais presque, ou son héros bien couillon avec ses grandes dents. Les trognes de Corinne, la nympho libre, sont à mourir de rire et les séquences aux dialogues très dynamiques rendent la lecture rapide et joyeuse. On se sent bien avec les « trois C », un peu naïves, amoureuses de la vie, positives en diables et qui apportent une modernité à cet espace loin de la civilisation.

Résultat de recherche d'images pour "un putain de salopard pont"Le dernier élément qui rend cette BD attachante c’est son féminisme béat. Les deux gugus aux manettes de l’album nous dépeignent ce que l’on imagine la Guyane (l’album commence sur un tarmac au Brésil mais tout le monde parle français), où seules les femmes sont intelligentes et rassurantes. Les bonshommes sont soit moches, soit inquiétants, soit violents, soit les trois. Les filles sont amoureuses, optimistes et ont le savoir… J’ai pris beaucoup de plaisir en compagnie des quatre zigoto dans ce début d’odyssée contre l’injustice que l’on imagine virer vers le grand feu d’artifice dans les prochaines tomes. Sur un sujet presque aussi sombre que le Katanga de Nury et Vallée, je préfère cette lumière et cet optimisme où la beauté des feuillages rencontre la beauté des personnes. Et avec deux auteurs aussi talentueux on aurait presque envie que l’aventure se prolonge sur la longueur…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

***·BD·Mercredi BD

The end

BD du mercredi
BD de Zep
Rue de sèvres (2018), 88 p., n&b, one shot.

couv_329238Je ne suis pas fana des couvertures des albums de Zep, trop monochromes et figées. L’image de couverture reste néanmoins intrigante, avec ce titre fort et totalement pertinent. Album grand format, aéré, papier épais agréable. Du travail propre comme toujours chez Rue de sèvres, mais rien d’exceptionnel non plus.

Théo est doctorant en biologie et commence un stage en suède auprès d’un scientifique qui a découvert le codex biologique de la planète dans un fossile de feuille. Son hypothèse est que toute la communication mondiale de la Nature est inscrite dans ce codex. Lorsque des morts inexplicables surviennent à plusieurs milliers de kilomètres de là, des suspicions se portent sur une multinationale du médicament. A moins que cela soit plus grave…

N’ayant jamais lu Titeuf, j’ai découvert Zep sur Un bruit étrange et beau, qui m’avait impressionné graphiquement mais aussi par sa narration douce et fluide. Les dessinateurs bons scénaristes sont rares et je dois dire que le récent Paris 2119 (avec Bertail aux pinceaux) m’a confirmé les qualités d’écriture de cet auteur. The End se lit ainsi d’une lecture souple, assez rapide, permettant d’apprécier les grandes qualités esthétiques et techniques de Zep. Résultat de recherche d'images pour "zep the end"Il est dommage que l’album soit en aplats de couleurs, il aurait gagné à être soit en noir en blanc soit colorisé de manière plus classique. D’autant que les nombreuses cases de nature et paysages sont très visuelles et auraient mérité un travail de lumières et de verts. Si le dessin, très léger, presque pas encré, est par moments un peu rapide (on sent l’envie d’aller vite), c’est sur les visages, les plans serrés que le dessinateur montre tout son talent dans ce style réaliste.

L’intrigue reprends celle du très méconnu et critiqué  film Phénomènes de M. Night Shyamalan qui présentait un « apocalypse Gaïa » lorsque la Nature toute entière se rebellait contre les humains via l’émission de substances mortellement toxiques par les plantes. Comme le film, l’album de Zep montre ainsi les dernières heures de l’humanité alors que l’équipe du scientifique découvre soudainement que les crises survenues de-ci de là sont liées à une décision « consciente » de la Nature. C’est d’ailleurs rigolo de voir des variations différentes du même principe, entre le Guerrier éternel des comics Valiant (version action), l’apocalypse zombie, cette version plus documentaire ou encore la variante Stryges qui reste fondamentalement sur la même idée.

Résultat de recherche d'images pour "zep the end"Le scénario est le gros point fort de l’album, faisant monter progressivement la tension en jouant sur les psychologies et relations des personnages pour nous faire oublier le drame à venir. L’auteur ne fait pas grand mystère de sa chute puisque la première séquence montre la mort brutale de l’ensemble d’un village. Son objet est de rappeler la crise écologique actuelle et de montrer les conséquences pour l’humanité alors que la Terre n’a pas besoin de cette dernière. Résolument politique, l’auteur prends comme héros un activiste prêt à en découdre avec les forces de l’ordre dans des manifestations pour le climat ou de passer à l’action illégale contre un laboratoire soupçonné d’être responsable des empoisonnements. Les ficelles du scénario catastrophe  scientifique sont parfaitement maîtrisées avec les sacrifices, les survivants et l’avancée inexorable du drame et ses visions d’une terre désolée.

Zep nous livre avec The End une vision très sombre de notre avenir, appuyée sur la bande son du The end des Doors que le professeur écoute une bonne partie de l’album, comme un avertissement. Cela justifie un titre et habille le sujet. Une lecture que je recommande vivement.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

****·BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !

Les spectaculaires prennent l’eau

BD du mercredi
BD de Regis Hautière, Arnaud Poitevin (et Christophe Bouchard).
Rue de sèvres (2018), 54 p. série Les spectaculaires #3.

couv_340744

Pour le travail d’édition je renvoie à ma critique du premier album.

Alors que la crue de la seine plonge les policiers du préfet Lépine les pieds dans l’eau, le criminel insaisissable « le Marsoin » se joue des forces de police pour piller banques et musées grâce à des machines fantastiques… Le préfet fait alors appel aux Spectaculaires, dont le succès dans l’affaire de a Divine Amante a fait grand bruit.

Les Spectaculaires est une série qui semble partie pour gagner en maturité et se bonifier à chaque album. Le second tome qui transposait l’action hors de la capitale apportait une fraîcheur qui manquait au premier, et avec ce troisième tome on monte encore d’un cran. Avec des personnages récurrents que les auteurs ont la bonne idée de faire légèrement évoluer (le plus souvent de par les améliorations de leurs costumes), on ne se repose pas sur ses lauriers des running-gags, présents mais sans l’insistance qui tuerait l’humour. On reste dans le registre qui fait le succès de la série: une bande de bras cassés qui surnagent grâce à l’intelligence de la fille du groupe, Pétronille. Hautière en profite pour placer une petite attaque féministe à l’encontre des mœurs bien paternalistes de l’époque incarnées par le Préfet de police de Paris Louis Lépine qui imagine difficilement une fille faire la nique à ses troupes et au grand méchant de l’histoire, le Marsoin.

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"Bien entendu, à côté de l’habillage historique (on retrouve des personnages réels et des lieux entrés dans l’imaginaire collectif dans chaque album), ce sont bien les personnages qui font le sel de la série. Avec un méchant très réussi (en mode Moriarty de Myazaki pour ceux qui connaissent), des héros totalement monolithiques pris individuellement mais proposant des scènes souvent tordantes lorsqu’ils rentrent en action, Les spectaculaires prennent l’eau est une vraie bonne lecture familiale où l’on rit sans se forcer. Signe de la prise de confiance et du plaisir des auteurs dans la réalisation de l’album, on trouve une nouveauté dans une habitude très Astérix: l’introduction de visages familiers donnés à des personnages de l’histoire (Blier ou De Funès par exemple). Dans ce monde rétro et vaguement steampunk tous les personnages semblent plus bêtes et les situations les plus absurdes les unes que les autres et le scénariste parvient néanmoins à proposer une véritable enquête policière qui se tient, à côté de Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"nombreux comiques de situation et de langue (les palabres autour du nom du méchant, les effets imprévus de la radio de Pipolet ou le Batmobile…).

Sur le dessin, les teintes sont plutôt ternes du fait des séquences nocturnes ou pluvieuses mais le design général est toujours aussi drôle, notamment les engins sur lesquels Arnaud Poitevin semble très concentrés. La colorisation de Bouchard apporte beaucoup à ce style crayonné et cartoon qui colle parfaitement à l’ambiance déglingue et débile de ce monde naïf.

On finit par prendre ses petites habitudes avec les Spectaculaires qui mine de rien au bout de trois albums est déjà devenue une série classique dont on imagine mal un album raté. Tant que le plaisir réciproque est là il y a peu de risque.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml