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Lore Olympus

Premier tome de 378 pages de la série écrite et dessinée par Rachel Smythe. Parution initiale sur la plateforme Webtoon, publication en format papier chez Hugo BD le 06/01/22.

Cinquante nuances de mythes

Les mythes grecs, sur l’Étagère, ça nous connaît. Alors autant vous dire que lorsque le phénomène de la plateforme Webtoon, Lore Olympus (les Traditions d’Olympus en VF) est paru en version papier (oui, on est vieux jeu sur l’Étagère), difficile de passer à coté.

Pour ceux qui n’y sont pas familiers, Webtoon est une plateforme de lecture de BD, dont la particularité est de proposer une lecture défilante, de haut en bas (on appelle ça du scrolling, d’après mes sources bien renseignées). La transposition en format classique n’a donc pas du être aisée, ne serait-ce que vis à vis du découpage, puisque en Webtoon, point de pages.

Lore Olympus, de quoi ça parle ? Tout simplement du mythe de Perséphone, la déesse du Printemps qui a été initialement enlevée par le roi des enfers Hadès, et qui l’a épousé sans qu’on lui demande trop son avis. Après un accord passé avec Hadès, Perséphone a gagné le droit de retourner à la surface la moitié de l’année pour y retrouver sa mère Déméter, ce qui explique selon les grecs anciens le cycle des saisons, puisque l’Hiver s’installe dès que la déesse du Printemps retourne en enfer.

Ici, le contexte crée par Rachel Smythe est résolument modernisé, puisque ses olympiens vivent dans un monde moderne, luxueux et glamour. La jeune Perséphone, préservée par sa mère jusqu’à l’étouffement, vit quelque peu éloignée de ses cousins divins. Mais un soir, alors que Déméter a consenti à lui lâcher la bride, elle se rend à une soirée olympienne et fait la rencontre d’un dieu ténébreux, le sulfureux Hadès.

Victime des malversations d’Aphrodite, qui ne supporte pas d’être éclipsée, même aux yeux d’Hadès que tout le monde déteste, Perséphone se retrouve droguée, puis cachée dans la voiture du roi des enfers, et se réveille hagarde dans son domaine, à la grande surprise des deux. Bien heureusement, Hadès se révèle être une personne décente et traite son hôte involontaire avec tous les égards, mais cela n’empêche pas ce quiproquo de créer une étincelle entre eux.

Bien évidemment, les choses ne seront pas aussi simples, puisqu’entre les malentendus, les appréhensions de chacun et le monde des olympiens fait de paraître et de faix semblants, les deux amoureux vont devoir surmonter bien des obstacles.

Love story infernale

A première vue, il semble aisé d’identifier les clefs du succès monumental (dans les 75 millions de vue sur WT) de Lore Olympus. En premier lieu, sa protagoniste, Perséphone, mue en une jeune fille naïve muselée par l’Institution, matérialisée par sa mère, mais également par les autres dieux. De lourdes attentes pèsent sur elles, alors qu’elle ne souhaite que vivre sa vie, comme elle l’entend. Pleine de doute et peu assurée, c’est une base solide à laquelle une grande partie du lectorat peut s’identifier ou en tous cas s’attacher.

En second lieu, la romance en elle-même, qui inclue tous les éléments-clefs de l’histoire d’amour telle qu’elle est fantasmée depuis la nuit des temps: une jeune femme innocente (Belle, Anastasia Steele, Bella Swan, Esmeralda les exemples sont nombreux) fait la rencontre d’un Monstre (La Bête, Christian Grey, Edward Cullen, Quasimodo) qu’elle parvient à dompter, et, élément ô combien important, qui change pour elle.

Immanquablement, l’élément masculin, le Monstre, présente une déviance, voire une difformité: il représente les aspects quintessentiels du mâle, il est souvent violent, agressif, dominant, et, dans la plupart des cas, possède également un statut social élevé et/ou une opulence matérielle: La Bête est un prince maudit pour son arrogance, qui vit dans un château, et en tant que Bête, il est la transcription littérale du monstre et de l’agressivité, que la Belle devra littéralement dompter; Christian Grey est un milliardaire séduisant, mais qui est adepte du sado-masochisme, et y renoncera par amour pour Anastasia; Edward Cullen fait également partie d’une riche famille de médecins, est très populaire (bien qu’introverti) au lycée, et cache une soif de sang (sans doute une métaphore du désir sexuel) qu’il maîtrise pour Bella.

La même recette semble s’appliquer à Lore Olympus: Perséphone rencontre Hadès, roi des Enfers (statut social élevé), qui souffre d’une mauvaise réputation et semble encore marqué par une relation toxique (déviances). Si ces archétypes ont la vie dure, c’est sans doute parce qu’ils matérialisent des atavismes, ancrés depuis les origines de l’Humanité: dans les temps anciens, il était certainement préférable pour une femme de trouver un partenaire puissant physiquement (agressivité, signe d’une place élevée dans l’échelle de domination), capable d’assurer une sécurité physique (opulence matérielle). Mais, paradoxalement, des caractéristiques de puissance et d’agressivité, si elles garantissaient survie, sécurité et descendance optimale, étaient aussi potentiellement insécurisante, puisqu’un mâle puissant avait tout intérêt à ne pas rester fidèle et à disséminer ses gènes à qui mieux-mieux.

D’où ce fantasme de transformation, cette idée récurrente dans la psyché féminine que changer le Monstre, le « réparer » pour en faire un partenaire souhaitable, est possible. A l’inverse, ces archétypes ont certainement engendré, au niveau évolutif, une forte pression sur les mâles, une compétition permanente, qui est à même de créer des insécurités pour ceux qui ne parviennent pas à s’élever sur l’échelle de domination sociale. D’où l’envie récurrente, chez le public masculin, de puissance, de protection (la figure du super-héros), et sans doute également le désir d’être accepté tel que l’on est (ce qui est en lien direct avec l’archétype de la Manic Pixie Dream Girl).

Mais revenons à nos moutons grecs. Là où Rachel Smythe fait mouche, c’est notamment dans la modernisation du mythe. En plaçant un contexte contemporain, l’auteure gagne en légitimité pour aborder des thématiques d’actualité, telles que le harcèlement sexuel, l’émancipation féminine, et la toxicité de certaines relations. Le langage moderne et les codes narratifs adoptés par la jeune génération (Y ? Z? j’ai perdu le fil) permettent une bonne appropriation de ces thèmes.

Graphiquement, la patte numérique est omniprésente, et permet de donner un aspect très cartoon à l’ensemble, surtout si l’on y ajoute les couleurs dynamiques et chatoyantes, qui ressortent plutôt bien sur papier.

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**·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Invisible Kingdom #2: La Bordure

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Second tome de 110 pages de la série écrite par G. Willow Wilson et dessinée par Christian Ward. Parution le 19/05/21 aux éditions HiComics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Le prix de la rébellion

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Vess, une jeune Rooliane qui quittait le confort relatif de son foyer pour s’engager auprès de l’église de la Renonciation, un culte intergalactique aux milliards de fidèles. Ce faisant, Vess savait qu’elle faisait défaut aux attentes placées en elle par son peuple, dont les traditions exigeaient d’elle qu’elle se reproduise pour perpétuer l’engeance Rooliane.

Alors qu’elle découvrait les arcanes secrètes de la Renonciation, qui prône le détachement matériel et la frugalité, Vess fit la rencontre de Grix et de son équipage, qui travaillent pour comme livreurs galactiques pour la méga-corporation Lux.

Lux est une métaphore à peine dissimulée de géants commerciaux bien réels comme Amazon, qui s’oppose depuis toujours aux idéaux prônés par la Renonciation. Toutefois, Vess découvre bien malgré elle un lien secret entre les deux entités, rendant caduc tout ce en quoi elle croyait. Depuis le début, Lux et l’église conspirent ensemble pour manipuler les foules planétaires, et maintenir un équilibre dont eux seuls semblent bénéficiaires. Consommez par-ci, mais renoncez par-là, les habitants de la galaxie semblent piégés dans cette seule alternative.

Témoins gênantes et alliées bien malgré elles, Vess et Grix sont poursuivies par la corporation à travers la Bordure, et échouent dans une région inhospitalière, où le vaisseau de Grix, véritable épave spatiale, tombe en rade. Était-ce là le prix de leur révolte ?

On retrouve donc dans ce tome 2 nos protagonistes en fâcheuse posture, perdues au milieu d’un champ de débris, promise à une lente agonie, et surtout, la proie des pirates qui écument la région. Désormais prisonnières, les deux rebelles vont devoir lutter pour leur survie, en mettant de côté leurs différends, alors même quelque chose de nouveau semble poindre entre elles…

Après un premier tome qui offrait une métaphore acerbe sur notre société de consommation et sur la assujettissement des masses, Invisible Kingdom met la contestation et le débat philosophique en pause pour se consacrer au développement de la relation entre ses deux héroïnes. Tout en augmentant les enjeux de leur survie, la scénariste se consacre à semer les graines de leur romance, une romance quelque peu attendue et qui n’offre pas de grande surprise en soi.

Ce tome 2 donne donc la sensation de n’être qu’un interlude, puisque l’équipage de Grix se retrouve durant un bon moment dans une situation passive, eux qui avaient pris dans le premier tome une décision courageuse. Lux et La Renonciation sont bien évidemment citées, mais de telle façon qu’on ne peut qu’avoir l’impression de s’éloigner de l’intrigue principale.

Si une histoire est traditionnellement découpée en trois actes, le second est classiquement considéré comme celui où l’auteur tient ses promesses, celles faites dans le premier acte. Or, ici, force est de constater que ce n’est pas le cas. Espérons que le troisième tome se recentrera sur l’intrigue principale, celle qui fait tout l’intérêt d’Invisible Kingdom.

*****·BD·La trouvaille du vendredi

Kamarades – intégrale.

BD de Benoit Abtey, JB Dusséaux et Mayalen Goust
Rue de sèvres (2015-2017), série trois tomes., 162p.

bsic journalismMerci à Rue de Sèvres pour leur confiance.

L’édition intégrale a pour seul intérêt l’économie substantielle puisqu’il s’agit d’une version brochée compacte (les trois albums originaux étaient dans un format BD classique avec couverture cartonnée et grand format) qui permet d’avoir dans sa bibliothèque cette très belle série pour 18€seulement au lieu de 40 pour l’édition classique. Rien n’interdit à l’éditeur de proposer ultérieurement une belle édition que le thème et l’art de Mayalen Goust mériteraient et l’on a vu sur la série phare d’Alex Alice combien Rue de sèvres savait soigner ses éditions. Cette édition reprend donc la jolie maquette « soviétique » avec couverture à rabats comportant une courte bio des auteurs et leur biblio chez Rue de sèvres.

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1917, embourbé dans la première Guerre mondiale, l’empire russe vacille. Monarchie parlementaire depuis peu, les troubles instillés par les bolchéviks amènent le tsar Nicolas II devant ses responsabilités. Lorsque sa fille préférée Anastasia tombe amoureuse d’un simple soldat l’engrenage infernal se mets en marche, qui verra la fin de l’Empire et des Romanov. Vous connaissez peut-être l’histoire officielle. Voici la véritable tragédie…

Résultat de recherche d'images pour "kamarades goust"Très belle découverte que cette trilogie qui allie romanesque, Histoire et un graphisme à la fois très artistique et totalement adapté au propos. Pour sa seconde BD, la dessinatrice remarquée sur l’adaptation BD du succès ado Les Colombes du roi soleil se fond dans l’époque et l’atmosphère totalement romantique voulue par les scénaristes, des auteurs de théâtre et de cinéma. Dans un style léger tout en courbes et aplats de couleurs franches qui rappelle Olivier Pont ou Marc-Antoine Boidin, elle offre au regard les paysages de l’hiver de la Russie de 1917. Alliant des textures précises et décors rigoureux avec des personnages esquissés sans encrage, on reconnaît le style des livres jeunesse, très libres graphiquement. Mayalen Goust sait pourtant garder une bonne lisibilité même dans les séquences d’action et alterne une très grande variété de découpages, des pleines pages (voir doubles pages à la coupe), dessins qui sortent de leur cadre et une multitude de cadrages qui rendent la lecture hautement dynamique.

Et cela est nécessaire car les scénaristes nous convient dans la grande aventure des films de David Lean, Docteur Jivago et les romans russes. On entend les violons et la Balalaïka résonner sur fonds de canons. Le sang est rouge et nimbe la neige éclatante dans des tableaux comme peints au couteau. Le récit épique en diable voit intervenir directement des personnages historiques avec l’ambition de raconter la vraie histoire (fictive!) de la fin des Romanov. Résultat de recherche d'images pour "kamarades goust"Se calant dans un cadre historique solide, les auteurs nous racontent comment le jeune Staline, ami du soldat Volodia, va enlever Anastatia et contraindre le Tsar à abdiquer. Ce n’est que le début d’un mélange entre fiction et réalité historique, profitant d’une grand opacité de sources sur l’époque qui rend l’Histoire officielle relativement fragile et sujette à des manipulations scénaristiques passionnantes en mode « et si… ». Ainsi l’intrigue de Kamarades prends vite le large avec la véracité en assumant sa dimension de fiction tout en rappelant les personnages et évènements pour brouiller la ligne entre réalité et fiction, avec grand talent.

Si l’amour passionné entre Anastasia et Volodia reste au cœur de l’histoire, le troisième larron, Staline, méchant particulièrement charismatique, tient les rênes du drame en pourchassant sans relâche le couple et les Romanov. La figure du héros pur dérangeant pour le Régime est incarné par Volodia dont la blancheur des cheveux réponds à ceux, rouges vifs de la princesse. Traitant un grand nombre de sujets, en partant des problématiques classiques des périodes révolutionnaires (la trahison, la Raison d’Etat), les auteurs nous font parcourir une époque troublée, entre deux mondes, avec la permanence du cynisme et de l’idéologie d’Etat supérieure aux hommes. Ce couple dans la guerre ne devrait pas exister et pourtant il passe entre les balles…

Superbe saga au graphisme planant, Kamarades allie comme rarement un art libre et un récit romantique aux personnages passionnants, entre fiction et réalité. Une très belle lecture pour les soirées d’hiver au coin du feu.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique

Les sans-visages

BD du mercredi

BD de Dubois et Kas
Le Lombard-Signé (2019), one-shot de 96 p.

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badge numeriqueL’album étant lu en numérique  je ne parlerais pas de l’édition. Je préciserais seulement deux choses: d’une part si certains albums se lisent très bien en numérique, du fait des dessins très fouillés, colorés je pense que celui-ci gagne particulièrement à être lu en album papier. Par ailleurs, je le précise presque à chacune de mes lectures Signé, je déplore vraiment que cette collection prestigieuse destinée à l’origine à publier des One-Shot exceptionnels comme le Western de Rosinski-Van Hamme, soit devenue une simple collection où des auteurs ont leurs habitudes, tels le très bon Pierre Dubois, mais également des Hermann ou Warnauts et Raives. Cela ne veut pas dire que tous ces albums sont mauvais, mais que le prestige initial de la collection fausse un peu l’a-priori du lecteur en diluant l’aspect exceptionnel.

La guerre de trente-ans fut l’une des plus sanglantes de l’histoire moderne. Sur des terres germaniques ravagées par cette guerre entre catholiques et protestants, une horde de mercenaires va se retrouver piégée dans une vallée qui ressemble à un paradis hors du temps. Là ils se retrouveront confrontés à des choix entre l’accès à l’humanité ou le maintien des pulsions sauvages qui les ont menées pendant des années…

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Je découvre avec cet album un auteur, Kas, dont le style me rappelle rapidement un certain Rosinski. Ce n’est pas un hasard puisque, polonais comme le maître, il a pris sa suite sur la série Hans. L’on sent bien la filiation mais surtout une esthétique faite de grande maîtrise visuelle qui s’échappe de l’académisme du dessin de BD avec un rendu crayonné qui crée une ambiance dynamique et vivante. On pourra juger le traitement des filles un peu manichéen avec ces amazones aux lèvres sur-pulpeuses et aux yeux proches du manga, mais le tout à une grande élégance, notamment dans une mise en couleur très détaillée. Je ne suis d’ailleurs pas du tout certain que les planches aient la même force en noir et blanc du fait d’un encrage très léger et le rôle de la couleur d’habiller une multitudes de traits qui donnent une texture aux formes. Le dessinateur nous propose ainsi un vrai régale pour les yeux tout au long de ces quatre-vingt pages très bien tenues.

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Après une introduction puissante reprenant l’iconographie de la peinture du Moyen-Age avec ces scènes de vie rurale foisonnante ainsi que ces danses macabres qu’utilise avec tant de talent un Olivier Ledroit, j’ai été surpris de tomber dans une sorte de BD glorifiant un paganisme gaulois avec ses paysans joyeux dont la vie est rythmée par les saisons. C’est un peu kitsch, probablement assumé pour créer le décalage avec la brutalité sombre des Sans-visages. Ce ne sont pas les meilleurs passages de l’album mais l’on comprend le sens du message et vers où l’on va. Ainsi l’ambiance Horde sauvage avec cette bande de Ronins européens ne dure guère, ce qui peut troubler au regarde, notamment de la très belle couverture qui s’incarne dans les premières pages rageuses. Personnellement je m’attendais plus à une ambiance sombre à la Après l’enfer. Le travail de design vraiment réussi sur les personnages de la troupe (on en voit les recherches détaillées dans le cahier graphique final) est finalement très peu utilisé puisque dès le premier quart de l’album on se retrouve avec des guerriers à la moustache mousquetaire et à l’habit huguenot, assez classiques dans la BD d’époque, mais surtout les masques si marquants sur les premières ages disparaissent.

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Le thème de l’album devient alors la rencontre de ce capitaine avec un pays de cocagne alors que la guerre fait rage au-delà des montagnes. L’attrait du scénariste Pierre Dubois pour la culture du petit-peuple et de l’harmonie avec la nature se ressent. La tension est alors légère mais constante sur cette communauté où l’on sent que ces Sans-visages peuvent à chaque instant faire basculer l’harmonie. Étonnamment la population locale est très peu vue hormis deux jeunes femmes très belles. L’une propose au capitaine de renoncer à sa vie militaire pour fonder un foyer. Il est âgé, elle dans la fleur de l’age. On se demande alors comment un officier aussi sage a pu diriger une telle bande de gredins… Si le lecteur profite de ces agréables paysages au travers de pages un peu répétitives sur le passage des saisons, il ne peut s’empêcher de se demander comment ces hommes n’ont pas plus de traumatismes.

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Cet album a un cheminement étonnant, dont l’introduction joue sans doute un mauvais tour à un projet qui n’était en rien une Historic-fantasy. On aurait aimé voir quelque chose proche de la Complainte des landes perdues à la Renaissance, rageur et réaliste comme ce qu’a pu produire le scénariste avec Sykes, et l’on a finalement un récit sur un amour impossible et sur la vie simple des paysans. Il manque probablement une tension dans cet album où les auteurs semblent plus intéressés par l’illustration de la Nature, des nymphes et de la vie paysanne. Peut-être plusieurs projets en un, qui manquent de définition. Du coup on a une bonne histoire assez classique, très joliment et subtilement mise en image par Kas, avec quelques morceaux de bravoures et une bataille finale très réussie. Pas suffisant pour nous étourdir et ces premières pages flamboyantes resteront lettre morte, mais Les sans-visages reste un bon album comme l’expérimenté Pierre Dubois sait parfaitement les mener. Un peu plus d’originalité la prochaine fois et ce sera sans nulle doute un carton.

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