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La revue dessinée #16

Le Docu du Week-End
Numéro #16 Eté 2017
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Je poursuis mon exploration de la Revue dessinée dans le désordre à mesure qu’on me passe des numéros. N’étant pas véritablement une revue d’actualité fraîche ce n’est pas gênant. Après bientôt un an pour la rubrique « Docu du week-end » force est de constater que le format de la RD est le plus propice à ce genre de création, tant la limite entre fiction et journalisme est ténue dans des albums BD classiques, comme je l’ai remarqué à plusieurs reprises… Autant j’ai des réserves sur certains articles aux dessins pas toujours top, sur ce numéro le niveau graphique est franchement bon et même très pointu sur certains chapitres.

Le numéro comporte onze articles et des rubriques librairie et courrier des lecteurs. J’ai fait l’impasse sur plusieurs sujets pourtant intéressants (sur le club de foot du Red star, la musique punk et sur l’Homme augmenté, en raisons des dessins pas glop).

  • Résultat de recherche d'images pour "revue dessinée 16"Education – Repris de justesse (35p.):

L’article nous raconte les dispositifs de raccrochage des élèves décrochés du système scolaire, au travers de l’exemple du microlycée de Vitry sur seine. Je remarque juste que comme souvent dans une presse parisienne, l’essentiel des exemples abordés se situent dans la région parisienne, mais bon, on ne refait pas notre pays… La recette: peu d’élèves, tous volontaires pour décrocher le bac après parfois plusieurs années sans scolarisation. On parle de jeunes adultes et ce que nous voyons ressemble (logiquement) presque à un système universitaire, alliant autonomie, bienveillance et responsabilisation. J’ai l’impression que la Revue dessinée fait pas mal de publi sur des expérimentations (d’ailleurs le courrier des lecteurs dénonce par endroit un certain « gauchisme » qui personnellement ne me dérange pas du tout!). C’est très intéressant même si l’article reconnaît que c’est une goutte d’eau pour combler les lacunes d’un système éducatif majoritaire qui laisse les abîmés de la vie sur le bas côté. On est parmi les prof et les élèves, on ressent les hésitations, les difficultés et la motivation d’enseignants donc plusieurs sont d’anciens décrocheurs. Comme souvent dans la RD, les BD permettent de mettre un sens sur des termes utilisés en politiques et souvent abstraits.Visuellement Gaëlle Hersent fait un travail sans faute, très technique sous couvert de belles couleurs douces.

  • Migrants – identités englouties (35 p.):

La RD a entamé un cycle de reportages pour traiter du problème des migrants, crise humanitaire majeure pour l’Europe depuis bientôt dix ans. Le reportage vise à illustrer la difficulté à donner un nom aux milliers de morts repêchés par les gardes-côte italiens ou les ONG de plus en plus nombreuses qui s’activent en méditerranée, contre l’avis de l’agence européenne Frontex, chargée des frontières de l’UE et pour qui cette action privée (donc non contrôlable) encouragé des réseaux de passeurs très difficiles à démanteler et qui glanent des centaines de milliers d’euros. On comprend mieux l’opposition fondamentale entre une démarche humaniste (… et chrétienne) pour redonner une dignité aux corps et aux familles face à une logique administrative gestionnaire. Excellent reportage sur un sujet que personnellement je ne suis pas trop, sans doute par confort. La BD docu ça sert aussi à ça!

  • Histoire – Imaginaire de la Guerre :

Super réflexion historico-symbolique sur les figures de la guerre: le chevalier, le soldat, le volontaire,… Les images sont rigolotes mais c’est bien la mise en perspective (poussée dans les bonus sur la question de l’Etat islamique et du terrorisme) qui fait réfléchir. La construction d’un ennemi virtuel par les politiques a pour principal effet de cristalliser des peurs et des haines sur un corps fictif: contrairement à ce que disait Georges Bush l’ennemi n’existe pas, contrairement aux Etats qui se faisaient autrefois la guerre. L’adversaire ainsi reconstitué par les communicants a ceci de pratique qu’on peut lui donner la forme que l’on veut…

Le numéro se termine par une info que je ne connaissait pas (comme a peu près tout ce qui est issu de ce numéro!): au XIX° siècle une éruption solaire majeur a grillé la totalité du réseau télégraphique de l’hémisphère nord… Si une telle éruption survenait aujourd’hui, elle provoquerait un cataclysme sans précédent! Peut-être pas plus probable que la rencontre avec un astéroïde mais ça fait froid dans le dos.

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La revue dessinée #18

Le Docu du Week-End

Connaissant de réputation et ayant feuilleté plusieurs fois La revue dessinée sans prendre le temps d’en lire un numéro, la rubrique docu du blog était une bonne occasion de sauter le pas et de décortiquer un volume. Izneo me permet de lire en numérique le numéro 18 sorti récemment. Étant donnée la pagination (228 p. de BD pour seulement 15€…) cet article vise à vous donner un aperçu des thèmes abordés et de la qualité générale de cette excellente revue.

https://www.larevuedessinee.fr/wp-content/uploads/2017/11/001-228_lrd18_couv_couv_dos-1.pngLe numéro comporte quatorze articles: cinq sont du reportage au format BD, sur une trentaine de page chacun, le reste est composé de courts articles ou pages illustrées sur des rubriques régulières. La revue dessinée a la même structure que tout magazine mais en format BD. Elle a donné naissance à Topo, sur le même principe mais destinée aux moins de 20 ans. A la fin de chacun des articles-BD une double page de prolongations donne des infos, statistiques, précisions, commentaires des auteurs et courte bibliographie. On ne peut rien demander de plus et en outre un courrier des lecteurs assure le contact entre la revue et les lecteurs. Dernière précision, vue la qualité de la revue et la taille du budget, il semble qu’il n’y a que très peu de stock sur les anciens numéros. Je conseille par conséquent de les acheter sur Iznéo pour vraiment pas cher (5€ le numéro)!Résultat de recherche d'images pour "la revue dessinée 18"

  • La clinique de la Borde: le premier chapitre remarquablement dessiné (l’illustrateur de Pereira pretend, qui a joui d’un excellent écho a sa sortie) aborde la psychiatrie institutionnelle à travers l’histoire de la clinique de la Borde et de Jean Oury, médecin convaincu qu’il fallait commencer par « soigner l’institution pour pouvoir soigner les fous ». Cette histoire rejoint le massage de Désobeisseurs que j’ai chroniqué il y a quelques semaines. Dans ces années 50 où les aliénés sont cantonnés aux électrochocs et a l’abandon, ce précurseur et ses amis/inspirateurs Deleuze, Foucault, Guattari ouvrent les cellules et les esprits des malades. Passionnante, cette histoire nous apprend beaucoup de choses sur un sujet peu vulgarisé.
  • Retour sur la manif pour tous: dialogues-vérité fictifs de personnalités du mouvement, les succès et échecs des combats de ce mouvement traditionaliste  et les liens avec les représentants politiques de la droite classique. Idée originale avec reprise de la bichromie rose bleu du mouvement, mais l’article est plus une pastille amusante qu’un reportage.
  • Les parafoudres radio-actifs: reportage effarant sur un scandale étouffé par France-Telecom/Orange. Des centaines de milliers de parafoudre contenant du gaz radioactif ont été installés sur les poteaux du réseau Telecom national. Des 1978 des alertes sanitaires internes sont lancées. Jusque dans les années 1990 l’entreprise tente d’étouffer, d’enterer les dossiers, d’intimider les lanceurs d’alerte. La radioprotection et la justice finissent par obliger le démontage des éléments radioactifs, tache confiée à des prestataires externes et les éléments toxiques sont stockés dans des fûts plastique sans aucun respect des règles de confinement… Ce problème concernerait également la SNCF et Air France. Histoire absolument sidérante et qui fait froid dans le dos car l’on sait que des affaires similaires sortent régulièrement et que les dirigeants à l’origine des scandales ont décennie après décennie le même cynisme qui n’est pas prêt de s’arrêter. Ecoeurant!
  • Une maternelle Montessori publique: pour qui a des enfants et s’intéresse un tant soi peu à l’Education Nationale, les paradoxes entre les réussites des pédagogies Montessori/Freinet et le coût des écoles privées qui les mettent en place est connu. L’Education Nationale vise à élever par l’éducation tous les enfants et notamment ceux victime de la reproduction des inégalités, via tout un tas de processus coûteux et ciblés mis en avant par les politiques. On sait combien les élèves différents auraient à gagner à des pédagogies « innovantes ». Un groupe de professeurs des écoles d’une cité parisienne décide collectivement d’appliquer la pédagogie Montessori, basée sur l’autonomisation des enfants et l’adaptation de l’enseignement à leurs envies, de façon souple, tout en ouvrant l’école aux parents et à la société. Loin de toute caricature les auteurs de la BD ne montent pas la méchante institution contre les gentils instit’. Très subtile et magnifiquement illustré, l’article montre les différentes problématiques de l’école et d’un système social et scolaire élitiste qui ne corrige que très peu les inégalité. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, le format reportage permet de coller à la réalité des enfants et des adultes qui les côtoient. Un excellent docu qui aurait mérité un album édité!
  • La buvette des députés: double page décalée racontant ce qu’il se passe dans les coulisses du Parlement, en ce lieu autrefois fort aviné, mais qui aujourd’hui encore permet aux adversaires politiques de discuter dans un environnement serein, loin des caméras et de l’institutionnel. Aucun intérêt graphique, mais le sujet est sympa.
  • L’explosion des supermarchés: une présentation très didactique et illustrée de façon rigolote sur la croissance des surfaces d’hyper-marchés en regard de la baisse des achats des clients. Tout cela est lié à la libéralisation et l’idée selon laquelle cette activité crée de l’emploi et que le commerce attire le commerce. La BD se conclut avec les pages habituelles d’infos avec d’étonnantes photos de centres désaffectés aux Etats-Unis, qui permet de voir vers quel avenir on se dirige..
  • Les grammar Nazi: sketch super drôle où un ayatollah de la langue ou « grammar nazi » corrige un jeune parlant le langage sms et nous explique l’étymologie du mot Orthographe qui devrait se dire « orthographie »!

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