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X-O Manowar #1: De soldat à général

esat-westComic de Matt Kindt, Thomas Giordello et Doug Braithwaite
Bliss (2018) – Valiant 2017, Tome 1 (épisodes 1-6), 232 p.

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De soldat à général est une suite/reboot de la saga X-O Manowar de Valiant. A mesure que je découvre les comics Bliss je suis impressionné par la qualité du travail éditorial (hormis l’horrible bandeau jaune de la couverture reprise de l’édition US… qui aurait mérité une infidélité au matériau d’origine, d’autant que l’illustration en elle-même est magnifique!).

Ayant découvert l‘ancienne série je peux comparer et constater le saut du niveau graphique avec cette nouvelle série, avec une subdivision néanmoins: les trois premier épisodes (Soldat) dessinés par Tomas Giorello sont très impressionnants avec notamment une colorisation vraiment agréable. J’aime beaucoup le trait à l’effet crayonné de l’illustrateur argentin (tous les bons dessinateurs de comics seraient-ils non américains?…). Sur la seconde partie (Général) Doug Braithwaite (pourtant assez bon sur les autres séries Valiant) fait un travail un peu rapide qui baisse le niveau graphique de l’album. Néanmoins on reste plutôt dans le très bon au regard de la moyenne des productions US et je dirais que les exigences graphiques de Valiant sont assez élevées (du fait d’une petite équipe d’illustrateurs habitués sans doute), avec notamment – mais ça c’est plus coutumier de l’industrie du comics – des couvertures vraiment attirantes.

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En outre j’ai beaucoup aimé le design général de cette planète en guerre, à la fois tribal et technologique et qui aurait mérité d’être développé (mais j’y reviens sur la partie scénario). Au regard des extra-terrestres insectoïdes de l’ancienne série on a un sacré saut esthétique et c’est tant mieux. L’ambiance générale me rappelle un peu l’univers de Seven to eternity.

Le problème de X-O Manwar est le « syndrome Superman »: l’armure Shanhara dote Aric de pouvoirs a peu près infinis, ce qui rend compliqué d’installer une intrigue dramatique et de nous faire nous intéresser au personnage qui ne craint aucun antagonisme… Le début de l’album est pourtant sur ce point très réussi: avec un corps ravagé, un visage sombre et un refus d’utiliser l’armure, le personnage nous accroche! Impliqué malgré lui dans une guerre étrangère il utilise sa rage et ses capacités pour faire remporter une victoire impossible à son camp. Au-delà des scènes de bataille épiques qui occupent l’essentiel de l’album (un peu trop à mon goût), plusieurs séquences de dialogue entre Aric (le porteur) et l’armure, sorte de Stormbringer, posent la question de savoir si c’est Aric, redoutable combattant, qui va malgré lui dans des combats interminables ou si c’est l’armure qui lui amène la mort…

Résultat de recherche d'images pour L’intrigue très linéaire et progressive relate l’ascension d’un homme du statut de chair a canon à empereur, à la (quasi) seule force de sa hargne. Le premier volume raconte son itinéraire jusqu’au statut de général et sa mise au jour de la dualité perverse de tous les peuples guerriers de cette planète. Pourquoi combat-il? Pour l’armure comme le prédit sa compagne? Comme une fin en soi? Il y a une ambiguïté scénaristique en voulant nous montrer un guerrier qui se dispense de la force ultime de l’armure… alors que sans elle on comprend qu’il ne survivrait pas a cette guerre impitoyable. Le prochain volume a paraître en fin d’année racontera comment il remplacera l’empereur de ce monde.

Résultat de recherche d'images pour "x-o manowar 2017"Partant sur un très bon rythme et niveau graphique, ce volume est un peu décevant. C’est un bon moment de lecture mais qui manque un peu d’originalité et n’atteint pas la richesse de The Valiant. Je lirais la suite de X-O Manowar mais j’attends de lire d’autres saga Valiant pour voir ce que cet éditeur a dans le ventre.

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Un autre avis chez Xapur.

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BD·BD de la semaine·Nouveau !

Le regard de la veuve

BD de Yslaire et Boidin
Glénat (2018), 87 p., série La guerre des Sambre – Maxime et Constance #3 (terminé)

105767Un billet en forme de guide de lecture de la saga a été publié récemment. Si vous n’êtes pas familiers avec la saga Sambre vous pouvez vous y reporter.

J’y indiquais que les trois cycles de la saga de la « Guerre des Sambre » (ou Guerre des yeux comme on peut le lire dans certains volumes de la série) étaient inégaux et notamment ceux du dernier arc, Maxime et Constance. L’enjeu de cet arc est très grand puisqu’il reboucle avec Hugo et Iris (premier arc qui avait extraordinairement prolongé la série mère) et présente les deux personnages des parents d’Hugo que l’on voyait largement dans le premier cycle. Il devait également expliquer enfin le destin des premiers enfants de Maxime et le passé « révolutionnaire » de cet ogre de noirceur. Je dois dire que j’avais trouvé assez laborieux les deux premiers volumes de Maxime et Constance et craignais un syndrome d’épuisement (comme je l’ai ressenti sur le dernier Avant la Quête).

Pour rassurer tout le monde, cet ultime (et épais) volume est probablement l’un des meilleurs de la Guerre des Sambre. Non qu’il soit parfait, les graphismes très inégaux sur l’ensemble des 80 pages (un double album…) n’étant pas toujours à la hauteur de la qualité de Sambre. Il semble que les deux auteurs aient eu du mal à organiser cette histoire entre les trois albums et aient été contraints de grossir le dernier tome après un retard à l’allumage, les deux premiers volumes s’étant un peu trop étendus sur la jeunesse tourmentée de Maxime. Boidin qui avait remarquablement collé à l’esprit général de la saga sur le deuxième Cycle, donne une partition mi figue mi raisin, certains visages étant vraiment grossiers avec des effets de crayonné dont il a coutume mais qu’il avait abandonné sur Werner & Charlotte et qui ne collent pas avec la « ligne » Sambre. D’autres cases sont remarquables de composition, d’expression. Certains décors sont vraiment vides et plats quand d’autres sont très puissants d’évocation de la Terreur révolutionnaire… Personnellement j’ai le sentiment que Boidin a eu du mal à produire la quantité astronomique de cases demandées par un scénario extrêmement verbeux et découpé en petites images…

SambreSi la partition graphique reste donc loin de ce qui a été fait sur les autres cycles, la conclusion dramatique de la série atteinte en revanche une maîtrise à la fois littéraire, thématique et passionnelle de très grande qualité. Ce qui m’avait lassé sur les deux premiers tomes c’était l’insistance un peu lourde sur le traitement fait à Maxime, le sadisme permanent, l’absence totale de lumière et de personnage positif auquel se raccrocher. Au commencement de ce troisième volume la situation est installée et l’on peut entrer dans le cœur du sujet (qui nous intéresse): la période révolutionnaire et comment dans cette tourmente historique un orphelin issu d’une noblesse tardive va épouser la grande vague de l’Histoire et fabriquer la génération bourgeoise que nous connaissons dans la série mère. C’est donc bien le moment qui est passionnant et Yslaire fait le choix un peu perturbant d’utiliser la femme de haute lignée de Maxime comme narratrice, nous laissant tout au long du volume lire une description toute orientée (version noblesse revancharde) de la Révolution. L’auteur adopte t-il ce pointe de vue? Rien ne permet de le savoir mais si les abus de la Terreur peuvent être condamnés par tous, le point de vue pro-noblesse est sommes toutes assez perturbant. Sans titre.jpgIl permet néanmoins de comprendre l’attitude d’anguille de Maxime, dont l’unique raison d’être est son ambition et sa propre survie. Nous l’avions déjà vu dans Hugo & Iris, ce personnage est très certainement le plus détestable de l’ensemble de la série! Yslaire ne permet absolument aucune compassion pour ce personnage, ce qui rend là encore la lecture à la fois complexe et éreintante. Et si Constance est la harpie manipulatrice présente dans chacun des albums Sambre, Etienne, le jeune et innocent fils de Maxime  et Josepha, sa sœur, donnent une lueur de naïveté et d’idéalisme qui corrigent la noirceur du scénario.

L’œuvre de l’auteur belge atteint avec cet ouvrage, (je pense le plus ambigu) une ambition rarement vue en BD, comme pyramidion un peu bancal mais qui structure l’ensemble de la saga. En raccrochant Sambre au basculement révolutionnaire, il brise un peu la structure familiale qui organise ses récits mais s’appuie sur un bouleversement absolu, ressenti par chaque être au quotidien, pour hisser plus haut que jamais la saga des Sambre.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

 

East & West·Manga·Numérique

Innocent

East and westManga de Shin’ichi Sakamoto
Delcourt/Tonkam (2015) – Shueisha (2013-2015). 9 volumes parus.
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Au XVIII° siècle la famille Sanson détient la charge héréditaire de maître des hautes œuvres du royaume de France: ils sont les bourreaux officiels de Paris et des différentes juridictions. Charge à la fois prestigieuse et avilissante, elle engage chacun des enfants à se préparer à la cruauté et la violence. Charles-Henri, l’aîné, est un être sensible qui refuse ce destin. Il n’a pourtant pas le choix. Sa famille le lui fera comprendre. A la fois terrible tortionnaire de par sa charge et premier militant de l’abolition de la peine de mort, il sera le dernier bourreau de l’Ancien régime, celui qui exécuta le régicide Damiens, mais également Louis XVI. Il introduisit la guillotine afin de réduire les souffrances des condamnés.

Innocent et sa suite Innocent-rouge sont les dernières productions de Shin’ichi Sakamoto que j’avais découvert avec l’excellent manga sur l’alpinisme Ascension. Les grandes qualités graphiques de cette dernière se retrouvent ici dans une série courte qui tient son lecteur en haleine tout au long d’un récit qui ne nous épargne pas émotionnellement.

Image associéeLa précision technique et documentaire sont particulièrement impressionnantes chez Sakamoto et son équipe. Le réalisme quasi-photographique de la plupart des décors permet l’immersion dans une histoire réellement éprouvante de par son sujet et la crudité de son traitement. Avec la même maestria que sur les éléments techniques d’escalade sur Ascension, le mangaka a tenu à la plus grande précision dans les costumes, lieux et mœurs de l’époque. Car Innocent est autant un brutal plaidoyer contre la peine de mort (pour rappel le Japon fait partie des dernières démocraties à pratiquer encore régulièrement la peine de mort) qu’une description sociologique des dernières années de l’Ancien Régime français, de sa violence, sa corruption et son inégalité criante. C’est aussi (comme pour beaucoup de manga) l’émancipation d’un être sensible et fragile contraint par la pression familiale et sociale aux pires sévices, vers une utilisation de sa charge pour accompagner à sa façon une Révolution qui gronde. Là encore le miroir trouvé avec une société japonaise très conservatrice est très clair et prouve la maturité et l’ambition de ce grand mangaka.Résultat de recherche d'images pour "innocent sakamoto"La dynastie des Sanson destine chacun de ses enfants à être le Bourreau du roi ou un bourreau de province. Tenue d’une main de fer par une grand-mère totalement abominable de cruauté et d’archaïsmes (elle va jusqu’à torturer sa petite fille pour lui faire comprendre le rôle de génitrices des femmes de l’époque…), la famille enseigne autant la médecine que les arts de la torture: Résultat de recherche d'images pour "innocent sakamoto"dans une vision scientifique, le bourreau doit savoir comment donner la mort (mais aussi soigner pour maintenir en vie!) avec précision. La description des scènes est froide, cynique, clinique et seuls le visage à la pureté virginale du personnage principal et les allégories graphiques intercalées (technique propre à Sakamoto sur tous ses manga) permettent de soulager une tension de lecture parfois insoutenable. L’auteur prolonge les  séquences, sans voyeurisme mais avec la même démarche que la plupart des militants de l’abolition: montrer froidement la réalité de cet acte barbare, de l’humanité des suppliciés, pour faire comprendre dans une démarche des Lumières que la civilisation ne peut plus autoriser cela.

ARésultat de recherche d'images pour "innocent sakamoto"u-delà de ce plaidoyer la description historique est vraiment réussie. Le poids de la figure royale d’essence divine écrase une société apeurée qui doit comprendre au travers du supplice du régicide Damiens que personne ne peut prendre ce risque… Le tome 4 décrivant l’écartèlement est rude, mais cela ne doit pas atténuer l’intérêt du manga sur les dernières années avant la Grande Révolution, via une multitude de détails de la cour comme dans le peuple.

Image associéeGraphiquement Sakamoto reprends ses personnages au visage d’ange, à androgynie appuyée jusque dans une sexualité refrénée aux penchants homosexuels. Chacun des personnages est très différent et reconnaissable et la maîtrise technique, anatomique notamment  (par exemple sur les chevaux) est remarquable. Les planches sont toutes magnifiques, sans défaut, même sur les images de rêverie ou de cauchemars très sombres.

Innocent est un très grand manga qui dépasse très largement le seul loisir culturel par l’ambition politique de son auteur. On pourra suspecter une insistance morbide sur certains détails mais à mon sens cela appuie vraiment le propos de fonds. Jamais l’on n’a vécu le règne de Louis XV avec une telle précision documentaire. Ce n’est bien entendu pas une série à mettre entre toutes les mains, la cruauté étant présentée sans détours. Mais l’effort en vaut la peine.

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Un autre, excellent, billet (format fiche de lecture) sur la série chez les blabla de Tachan.

BD·Nouveau !

Mattéo – 4° époque

BD de Jean-Pierre Gibrat
Futuropolis (2017), 60 p. Série Mattéo, 4 tomes parus.

61myt6ok96lMagnifique album, comme toujours chez Futuropolis (peut-être l’éditeur le plus attaché à ses maquettes avec la collection Metamorphose), les couvertures de la série sont chaque fois à tomber. La couverture est un peu trompeuse puisqu’il n’est (presque) pas question d’aviation… Ce quatrième tome forme un second cycle entamé avec le 3 sur le Front populaire et se poursuivra au moins sur un cinquième tome pour clôturer le cycle. On aurait aimé un cahier graphique…

Je suis (comme beaucoup) Gibrat depuis son grand succès Le Sursis, superbe diptyque sur l’amour, l’attente, la guerre… Chacun de ses albums est très bien accueilli malgré des répétitions que l’on ne peut nier (toutes ses filles ont le même – magnifique! – visage…) et cela pour une simple et bonne raison: il est pour moi l’illustrateur BD qui a probablement la plume la plus virtuose du circuit. Rares sont les grands illustrateurs dont les textes sont presque plus puissants que les images et c’est le cas avec Gibrat. Pourtant on part de très haut et il n’est pas besoin d’appuyer beaucoup sur les qualités des dessins et notamment des couleurs directes.

Les grandes idées ne se claironnent plus, elles se chuchotent. L’idéal dévalué, la peur restait une valeur refuge

Résultat de recherche d'images pour "mattéo quatrième époque"Pour rappel, après la première guerre mondiale dans le tome 1, la révolution russe de 1917 dans le 2 et le front populaire dans le 3, Mattéo se retrouve (comme la fin du précédent le laissait entendre) embarqué dans la révolution espagnole (ou plutôt catalane) contre les phalanges franquistes. Une situation politique qui représente le personnage: idéaliste et désabusé. Ce thème permet à l’auteur de s’étendre sur ces grandes pages sur les magnifiques paysages semi-arides de l’Espagne, les petites ruelles du sud qu’il aime tant dessiner, ces bleus qui irriguent le ciel… C’est beau, très beau, on a l’habitude avec lui. Ce qui est plaisant dans la série Mattéo, plus que dans ses autres, c’est cependant son effort sur les visages ou plutôt les tronches. Mattéo d’abord, vraiment caractérisé, avec son nez cassé  et son regard sombre, mais aussi les camarades vociférants. On est pas loin des gueules de Bourgeon mais en plus délicat.

Je vois que l’activité politique bat son plein… toujours sur la même ligne… celle du petit blanc

Image associéeMattéo est une série flamboyante par-ce qu’elle propose une traversée de la première moitié du siècle et se ses soubresauts politiques. C’est la série la plus engagée de Gibrat et sa longueur semble indiquer qu’il s’y fait plaisir, à la fois graphiquement et intellectuellement. Je n’ai pas relu récemment les précédents tomes (la série a 10 ans) mais je dois dire que ce volume est celui qui m’a le plus marqué au niveau des textes. Il y a une vraie inspiration dans les commentaires du narrateur sur la situation de ces pieds nickelés alcooliques engagés pour l’aventure ou pour la démocratie (on ne sait pas trop…) et sur les réparties à la fois drôles, vives, acerbes.  Une vraie ambition littéraire qui fait relire plusieurs fois certaines bulles pour s’en imprégner, pour les savourer, comme on savoure ces aquarelles superbes.

… nous ne faisions guère mieux que des iceberg, on se fabrique sous un climat, on s’en détache, et on dérive le nez au raz des vagues.

Résultat de recherche d'images pour "mattéo quatrième époque"Niveau scénario il y a bien une petite difficulté quand à la disparition soudaine des personnages entre les albums de la série et au sein d’un même album. C’est perturbant car cela brouille un peu la simplicité du récit. Probablement car Mattéo est l’axe de ses récits, le reste, comme l’histoire, comme la guerre, étant dérisoire à ses yeux. Il y a pourtant de l’aventure dans cette série (je ne dirais pas de l’action, qui n’est peut-être pas le fort de Gibrat) et l’on aime suivre les pérégrinations tant amoureuses que militaires de notre gueule cassée préférée.

Mine de rien Mattéo est en train de devenir une référence dans la BD historique et sans doute la meilleure série de son auteur. Une série qui peut se prolonger sans soucis et pour notre plus grand plaisir encore sur de nombreux albums, tant que le siècle a encore des horreurs à montrer.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

BD·Guide de lecture·Rétro

Sambre et la Guerre des yeux

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A l’occasion de la sortie du dernier volume de la Guerre des Sambre (et troisième du cycle Maxime et Constance), j’inaugure une nouvelle catégorie: le guide de lecture. Ce sont des billets sur une série terminée où je reviens sur la structure de la série, ses bons albums et les clés pour débuter. A priori j’alternerais avec la Trouvaille du vendredi vu qu’on reste dans le rétro.

Alors que la série mère Sambre (7 volumes parus sur 9) raconte l’histoire des deux dernières générations de cette famille, la Guerre des Sambre propose de remonter le temps afin d’éclaircir le mystère de la Guerre des yeux, une mythologie antédiluvienne qui expliquerait la malédiction qui pèse sur les Sambre…

Sur trois cycles en allers-retours temporels, nous saurons presque tout des drames des Résultat de recherche d'images pour "sambre yslaire"gens aux cheveux rouges. Un dernier cycle remontant aux temps immémoriaux  était prévu mais a été abandonné. L’auteur Yslaire, à la baguette sur l’ensemble des ouvrages, a effectué des changements de plan au cours des parutions et si l’arbre général de la série mère et de la Guerre semble actuellement stabilisé, il n’est pas impossible qu’au gré des envies suscitées par les albums il élargisse encore le projet. Il y a des similitudes entre Sambre et les Méta-barons dans cette construction progressive à la fois planifiée et mouvante, deux séries qui fascinent leur auteur, voient des ajouts telles des branches à la structure générale et qui globalement arrivent à transmettre en plaisir de lecteur.

Sambre est une série qui a passé les trente ans. La Guerre des Sambre a elle commencé il y a dix ans. Cette série d’exception illustre le talent d’un auteur à prolonger son œuvre personnelle avec d’autres illustrateurs, dans une démarche totalement artistique. Résultat de recherche d'images pour "sambre yslaire"J’avais fait l’impasse sur la Guerre lors de la sortie du premier Hugo & Iris (pensant que nous avions là un produit commercial d’éditeur sans intérêt). Fasciné par les illustrations de Recht et Bastide j’ai bien été obligé d’admettre que nous avions finalement non seulement une série dépassant graphiquement la série mère mais surtout totalement liée par son auteur Yslaire. Au point que la parution du second cycle Werner & Charlotte, bien en deçà du niveau visuel du premier cycle, est cependant parvenue à maintenir l’intérêt pour une série qui ne subit aucun coup de mou après maintenant 16 albums. Le maintient du dessinateur Marc-Antoine Boidin entre le deuxième et le troisième cycle est dommage. Bien qu’il produise des planches moins flamboyantes que Recht et Bastide, il a su donne un ton particulier à sa vision de Sambre et conserver une homogénéité graphique. Néanmoins dans l’esprit des cycles de la Guerre des yeux il aurait été de bon ton de trouver un autre univers graphique pour le cycle III. Celui-ci, par-ce qu’il clôt la généalogie mystérieuse de la famille (les fameux jumeaux et la période révolutionnaire qui introduit la série d’Yslaire) est fascinant et Boidin n’a rien à envier au créateur de la série sur le plan graphique. Ce cycle est un peu en deçà selon moi mais reste de très bon niveau.

  • Sambre:

La série mère a vu paraître dans les années 80-90 quatre albums qui ont fasciné une génération de lecteurs. Yslaire, pas très précis graphiquement sur le premier tome et accompagné d’un scénariste, a rapidement progressé et réussi à donner une couleur très particulière à son univers… graphique et romantique. L’esprit du romantisme torturé occupe tout entier cette famille au destin éminemment tragique, fait d’amour et de haine, de consanguinité originelle (qui sera développée dans les cycles de la Guerre)… Sambre est longtemps restée l’icône de la BD historique adulte de l’éditeur Glénat. L’auteur a toujours travaillé en work in progress et a commencé par retitrer les albums avant de poursuivre la série. Les parutions des tomes 5-6-7 sont ainsi étalées sur environ sept années chacun et intercalées avec la Guerre à partir du tome 6. La série aurait pu se terminer au quatrième volume mais Yslaire a souhaité, alors que des idées de prolongement germaient dans son esprit, recentrer l’histoire sur Julie, l’amante maudite aux yeux rouge. C’est donc bien son histoire qui est relatée dans le second cycle de la série mère. Il semble qu’Yslaire ait projeté un troisième cycle (centré sur le fils de Bernard et Julie jusqu’en 1871) mais le dernier volume paru semble indiquer que la série se terminera bien au tome 9. A noter un changement total de maquette à partir du tome 5 afin de coller avec celle de la Guerre. L’un des intérêts de cette série, dès l’origine est que cette famille est liée à tous les grands événements de la France depuis la grande révolution et tout au long du XIX° siècle.

  • La guerre des Sambre: Cycle I – Hugo et Iris

Image associéePremier cycle qui mets la barre très haut, tant scénaristiquement que graphiquement. Le trop rare Bastide aidé de Robin Recht produisent trois albums totalement magiques, qui font passer Yslaire pour un dessinateur moyen et atteignant une fusion totale avec les thèmes: la cycle raconter les amours du père Hugo (peu vu mais central dans la série mère), sa soi-disant folie, clarifie les relations avec certains personnages obscures de Sambre et surtout introduit la mythologie des Yeux, découverte archéologique qui donnerait un fondement historique à cette guerre généalogique. Pouvant être lu seul, ce cycle est le meilleur de l’ensemble des albums Sambre. Il a en outre le mérite de répondre directement aux premiers albums de la série mère. Un chef d’œuvre.

  • La guerre des Sambre: Cycle II – Werner et Charlotte

Résultat de recherche d'images pour "sambre hugo et iris bastide"Plus modeste graphiquement que le premier, ce second cycle déroute car il saute une génération pour s’occuper des grand-parents et de l’arrière-grand-mère de Hugo, courtisane à la cour d’Autriche au XVIII° siècle. La maladie sanguine, le viol, la consanguinité sont ici traités, dans une intrigue très sombre, voir brutale. Boidin arrive, notamment grâce à des couleurs très réussies, à rehausser son dessin (qui est a l’origine assez enfant ou proche du style Manga) et le cycle, tout en étant différent, parvient à être aussi intéressant que les autres albums. L’environnement géographique qui n’est ni situé en ville ni dans la maison des Sambre participe à cette aération qui évite la redondance. Les personnages sont très puissants et le tragique maintient une tension qui justifie sa lecture. Il est simplement dommage que les auteurs n’aient pas renversés leur cycle 2 et 3 afin de respecter une remontée du temps entamée sur le premier cycle.

  • La guerre des Sambre: Cycle III – Maxime et Constance

Résultat de recherche d'images pour "maxime et constance boidin"Ce dernier cycle de la Guerre des Sambre se déroule pendant la période révolutionnaire et suit la psychologie violente et hantée du père de Hugo. Surtout, en raccrochant aux évènements et personnages historiques (le jeune Robespierre), il nous propose de dévoiler les derniers mystères sur les membres aux yeux bleus et l’origine des branches cousines des Sambre. Dès le premier album Sambre l’on sait que tout s’est joué pendant la période révolutionnaire… dont on nous dit pourtant très peu. J’ai trouve ce cycle moins essentiel, à la fois par une petite baisse graphique et par des sujets moins passionnels. L’histoire est centrée sur la vie de Maxime, enfant battu devenu violent, survivant… dont le destin nous intéresse moins tant qu’il n’est pas lié à la mythologie de la famille. Le cycle II nous parlait du grand-père et de son œil perdu, d’un ancêtre chevalier, le I nous faisait découvrir une pierre rouge dans les mines du Nord… Le III nous fait patienter jusqu’à la guillotine et à l’implication révolutionnaire attendue de Maxime. Probablement à prendre dans un ensemble de la dynastie Sambre qui reste une formidable aventure éditoriale et artistique d’un auteur pugnace et passionné.

 

BD

Un maillot pour l’Algérie

Javi Rey, Bertrand Galic, Kris
Dupuis – Aire Libre (2016)

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Bel album de 118 pages (+16 pages de documentation sur Rachid Mekhloufi, les autres footballeurs ayant participé à cette aventure et la création de l’album), comme toujours de très belle facture chez Aire Libre. Cette collection a adopté le format idéal pour la BD, solide, aéré, avec papier de qualité et impression précise. Seuls les croquis du cahier final sont issus de scans un peu légers. L’album est par ailleurs disponible sur la plateforme Iznéo. Un tirage de tête encore plus riche a été édité.

En 1958, en pleine guerre d’Algérie que la France ne veut pas reconnaître comme une véritable guerre, le FLN monte une équipe nationale de football composée des meilleurs joueurs algériens de première division française, certains pressentis pour participer à ce qui sera l’épopée au mondial suédois de Just Fontaine. Cette équipe de fortes têtes part en tournée et apprend à jouer pour son pays, entre rivalités de « danseuses » et fierté nationale.

Fort chroniqué par la presse spécialisée et généraliste, « Un maillot pour l’Algérie » a reçu la publicité qu’il méritait, tant il s’agit d’une BD complète, comportant bien peu de défauts. Le dessin, d’une première approche un peu grossière, est au final très élégant, rappelant par bien des côtés le trait et la mise en couleur de Sylvain Vallée sur « Il était une fois en France« . La maîtrise du dynamisme dans les séquences de football apporte une touche d’action qui aère un récit un peu haché (parce qu’il parcourt les années rapidement) et son pendant dialogué sur les discussions souvent drôles entre les membres de l’équipe accroche l’attention du lecteur. L’on s’intéresse autant au contexte qu’à ces personnages attachants et pleins de caractères. Le principal regret est le choix vraisemblablement délibéré de laisser la grande Histoire un peu de côté pour générer un récit finalement assez intimiste, une sorte de « yeux dans les bleus » format BD. On y perd un peu de la dimension historique ce que l’on y gagne probablement en légèreté.

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Fiche BDphile