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Le dernier des dieux #2-3

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p. 3 tomes parus sur 4.

L’édition Urban reprend 3 volumes US par édition reliée. Lire la critique enthousiaste du premier volume.

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Coup de coeur! (1)A peine remis du choc du premier volume de cette saga on replonge dans cette dark fantasy qui allie une trame simple telle le Seigneur des Anneaux (l’itinéraire contraint d’une confrérie mal assortie vers la source du Mal) à une analyse du mythe proche du travail de Bourgier et David sur Servitude. Je parlais dans le précédent billet d’une alternance de deux époques, il faut en fait compter le récit en rythme ternaire, lui incluant la lecture des longues chroniques historiques qui révèlent le passé de ce monde à l’agonie. The Last God (2019-) No.6 - Comics de comiXology: WebCes intermèdes jouent du rythme recherché, brisant la continuité et renforçant la confusion mentale du lecteur (dont je vais parler plus bas). Il y a étrangement une forme de huis-clos dans la Geste de cette pauvre reine déchue qui remonte le cours de sa vie et de ses trahisons passées. A mesure que l’on parcours le fleuve du temps on découvre un par un les héros du mythe révélés dans leur plus simple appareil. Surtout on observe un univers étonnamment familier, un monde où seule la force domine, où la Nature est méprisée et ses protecteurs exterminés, génocidés. Un monde où la magie ne peut être que noire et où bien peu d’espoir survient. Dans le volume deux on apprend dans une séquences de sublimes planches, la cosmogonie de cette terre, en un mélange entre la Genèse et le Silmarillion. Car le matériau de Cain Anun n’est guère original et Philip Kennedy Johnson propose avant tout à ses lecteurs un travail sur le mensonge (savoureux pour un américain du temps de Trump…).

Subtile, le scénariste ne se contente pas de répéter la formule qui pourrait devenir lassante. Si son héros Tyr est à l’image de son apparence, un odieux barbare sans morale et voué entièrement à sa propre gloire, ce n’est pas le cas de tous les personnages. On a bien entendu un peuple elfique montré comme relativement pacifique et victime des hommes dont il n’y a rien à attendre. Les auteurs arrivent bien à proposer des variations sur les thématiques archi-balisées de la fantasy, notamment ces Archenains, affreux cannibales primaires et violents. Mais une des originalités de ce projet repose sur un travail sur la langue. Là encore rien de révolutionnaire pour un lecteur habitué à la littérature fantasy, mais suffisamment pour bâtir, tel Tolkien, une solidité de background qui donne toute sa saveur à la quête initiatique. Là entrent en jeu les récits intercalés qui laissent l’auteur se faire plaisir dans des narrations prenantes et révélatrices.DC's Phillip Kennedy Johnson Talks Building a Deep and Epic Fantasy  Adventure in The Last God

Le miroir entre les deux époques, travaillé avec malice par le dessinateur qui donne des apparences à la fois proches à la fois distinctes à ses deux générations, joue du lecteur en le perdant dans les méandres du temps, ne sachant jamais bien où et quand il est. Il en ressort une concentration qui nous implique plus que le simple récit (finalement attendu) ne le laissait présager. On se laisse alors guider avec grand plaisir, sur des planches au cadrage serré fait de nombreuses interactions entre les personnages avant de fréquentes irruptions graphiques dantesques en pleines pages, qui emportent son lot de morts et blessés.Review: What Lies Beneath The Pinnacle Revealed In 'Last God #5' – COMICON

Récit aussi puissant graphiquement que dans son propos, Le dernier des dieux est jusqu’ici un projet ambitieux et d’un format idéal, sans défauts apparents et montrant un impressionnant travail sous des apparences sommes toutes classiques. Un récit de bruit et de fureur où l’espoir ne brille guère, tant et si bien que l’on se demande bien comment ces fétus de paille pourront corriger ce qui a été fait et quelle est cette faute originelle, si terrible, dont on nous parle depuis les premières pages…

L’édition US comporte douze chapitre et et le format relié Urban se conclura dès le prochain tome en novembre… avant la série spin-off déjà fort alléchante!

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Coda Omnibus (avis 2)

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Devant la masse de nos lectures nous nous efforçons avec Dahaka de ne pas doubler nos avis sur les mêmes albums. Lorsque cela se présente soit nous publions un billet à quatre mains soit un second avis rapide qui complète dans le même billet.

Cet album et cette lecture sont cependant suffisamment marquants et particuliers pour justifier un « reblog » que je vais m’efforcer de faire bref. Mais je tenais à vous faire part des multiples émotions et impressions qui m’ont parcouru lors de cette aventure décidément à nulle autre pareil! Le premier billet (de Dahaka donc) est visible ici.

Au premier abord (graphique) je reconnais que j’ai eu du mal à entrer dans cet univers déglingos dont l’effet foutraque est renforcé par la mode décidément tenace de l’autre côté de l’Atlantique à coloriser en mode rétro les planches de comics. Les grands aplats de couleurs criardes nous remémorent les glorieuses heures des Blueberry ou Asterix. On a fait du chemin depuis et ce type de colo me gâche souvent le plaisir, même avec de très grande dessinateurs. Bergara est-il un grand dessinateur? Je ne saurais le dire très franchement, tant il propose tout autant un gros bordel parfois niveau maternelle que de magistrales pages d’une minutie folle. De la technique il en a quand on voit la cohérence de ce bordel. S’il y a une certaine originalité classique dans le design de cette féerie post-apo, ne j’ai pas été marqué hormis par une certaine démesure assez rare et très puissante.

Mais c’est bien le récit et le ton, tout à fait originaux et d’une immense sensibilité, qui m’ont perturbé. Le héros est un barde et le poids de ses récits est imposant, occupant parfois un peu trop l’attention pour pouvoir déchiffrer les pages que l’on a sous les yeux. Il faut prendre le temps dans la lecture des douze chapitres de CODA pour endurer les moments obscures, ultra-verbeux, car tout est cohérent et construit. La mise en abyme du barde narrant la geste de sa dulcinée et de ce monde mort s’installe lentement et atteint sa force sur la fin. De même sur le propos: non il ne s’agit pas du récit épique d’un chevalier avec sa licorne foutraque (celle-ci est bien moins centrale qu’attendu) mais bien d’une grande histoire d’amour passionnée et impossible. Le cœur de l’intrigue (enrobé par un machiavélique plan manipulatoire) est la passion entre ce héros vaguement dépressif et sa femme… particulière: elle est un guerrier berserk d’une race créée par les seigneurs des ténèbres avant leur victoire préambule! On est au-delà de l’effet « bad-ass » puisque cette héroïne d’une grande tendresse avec son « époux » est une combattante à peu près invincible mais dépendante de pulsions naturelles la poussant vers la destruction. Un chéri dépressif disais-je, une chérie bipolaire, cet attelage m’a fait penser au très réussi Mister Miracle qui mettait en scène un héros central mais impuissant et sa chérie Big Barda indestructible.

Soufflant le chaud et le froid, cette grosse épopée regorge de références, de sous-texte, d’un humour second degré très fin et procure de vraies émotions. Pas si souvent en BD! Il est peu probable que vous vous y sentiez en terrain connu et elle mérite franchement de sortir de sa zone de confort pour apprécier une sacrée œuvre d’un auteur, Simon Spurrier qui m’avait déjà franchement impressionné par son écriture et son iconoclasme dans le récent Alienated, rappelant la richesse d’un autre grand, Rick Remender.

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Le dernier des dieux #1

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour cette découverte.

L’album au format franco-belge s’ouvre sur une superbe carte du monde de Cain Anuun et insère au milieu des trois chapitres de nombreux textes de background, légendes, récits et chants qui approfondissent largement l’expérience de lecture. On aurait aimé un cahier créatif mais en tant que tel l’album est fort joli avec sa couverture épique et son élégante typographie. A noter qu’outre le format BD cette série s’inscrit dans le Black label dont elle confirme une nouvelle fois la qualité très largement supérieure au canon DC.

Cela fait trente ans que les Traquedieux ont vaincu le Dieu du Vide et la Pestefleur. Trente ans que le roi Tyr règle sans partage sur Cain Anuun en sa capitale Tyrgolad. Eyvindr est un enfant de la paix, un enfant des héros. Et le jour où la peste reparaît sur la terre des hommes, son monde, sa légende s’effondre…

Le mois dernier Urban, le label DC comics de Dargaud, publiait simultanément deux albums au format original, très proche du format franco-belge avec une approche artistique également très européenne. Le Decorum de Hickman proposait une SF ésotérique ambitieuse mais complexe, tant par son graphisme que par sa construction. Comme une illustration de la règle du « plus simple est plus fort » Le dernier des dieux prend le contre-pied de son collègue en installant un récit linéaire et extrêmement lisible sur un univers d’une richesse très profonde. Si l’on peut souvent reprocher aux comics de privilégier la forme sur le fonds, on peut dire qu’ici Philip Kennedy Johnson  et Ricardo Federici s’approche du sommet que constitue la saga tout juste achevée Servitude en matière de construction d’univers.

S’ouvrant sur le récit de la saga des Traquedieux on nous prévient immédiatement que tous les mythes comportent leurs mensonges. Toute l’histoire qui s’ensuit part de ce postulat simple mais diablement efficace de déconstruction du mythe: le lecteur prévenu très tôt va devoir trier entre les images qu’il voit, ce qu’on lui raconte et les légendes écrites dans les textes de background. Se construire son propre récit à partir de mensonges. Ainsi la BD va alterner entre deux époques progressant en miroir: celle du jeune gladiateur Eyvindr découvrant peu à peu les mensonges sur lesquels il a bâti ses victoires et ses rêves et celle de la reine et des Traquedieux progressant vers leur destin, un destin sans doute bien différent des récits mythifiés.

Pour raconter cela l’italien Ricardo Federici (qui a pris la suite de Serpieri sur la série Saria) utilise une technique très réaliste rehaussée par de superbes couleurs qui épousent parfaitement les traits d’aspect crayonnés. On sent une sensibilité européenne qui rappelle parfois un Esad Ribic, aussi à l’aise dans les expressions faciales que dans la dynamique des corps. Surtout il crée un design monstrueux particulièrement réussi malgré la nécessité de tentacules et autres aberrations organiques, souvent vulgaires dans les imaginaires graphiques. Ici la texture rocailleuse, écailleuse, permet de superbes planches de combats épiques où lames s’entrecroisent avec fluides divers, magiques ou aqueux, quand ils ne rencontrent pas des animaux fantastiques que les textes de background ont auparavant bien enrichis pour en faire bien plus que des décors de combat.

Il ressort de ce premier tome une richesse rarement vue qui se paie le luxe de correspondre à l’élégance graphique évidente. Ainsi les défauts récurrents du genre comics disparaissent totalement avec une matière qui vous happe dans un récit d’une très grande fluidité au service d’un projet passionnant, aux origines des mythes. Partis sur des bases fabuleuses on ne voit pas ce qui pourrait faire dérailler le duo dans une série partie pour être un classique immédiat.

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Le vagabond des étoiles, seconde partie.

La BD!
 
BD de Riff Reb’s
Soleil (2020), 96 p., série finie en deux volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Ce second volume s’ouvre sur une magnifique illustration au fusain avant un « préambule » (en réalité un résumé du premier tome) et une citation de Nietzsche illustrant les vies multiples, avant de reprendre au chapitre IX. Voir la critique du tome 1 pour le descriptif général.

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Ce projet aurait pu être porté par Alejandro Jodorowski tant l’on retrouve ces thèmes et le traitement rude et poétique dans son œuvre. Comme expliqué sur la première partie, la découpe de l’ouvrage en deux volumes crée une césure artificielle qui fait commencer l’album sur une des incarnations, au Far-west au sein d’une caravane de colons. CaptureOn enchaîne ensuite sur des bribes de vies éparses que le narrateur confesse avoir vécues de façon discontinue avant d’arriver à l’époque romaine dans le corps d’un orphelin viking devenu légionnaire dans la Judée de Ponce Pilate. L’incarnation suivante, la plus intéressante est celle d’une femme naufragée sur une ile déserte (apparemment un des seuls changements de Riff Reb’s par rapport au roman où le personnage est un homme), puis la dernière section nous transporte à l’âge de pierre avec un chasseur en quête d’un Totem, façon de boucler l’idée des visions et lien entre l’esprit et le Temps. Entre ces épisodes historiques l’auteur insère quelques séquences de conscience du prisonnier-supplicié avant une dernière séquence le menant à la potence.

Ce volume est donc très différent du premier en ce qu’il se concentre essentiellement sur des séquences sans lien entre elles ni véritable message hormis le fait que contrairement aux premières les personnages vont au bout de leur existence malgré des aléas tout à fait exceptionnels. Si le tome un dressait un pamphlet saisissant sur la condition carcérale, ce thème est ici plus lointain hormis sur la dernière séquence qui nous rappelle l’aberration du système et de ses « lois ». wp-1604400206798.jpgOn sent dans le déroulement de l’album le détachement de cet homme qui a appris tel un ascète à ne plus subir les tourments du corps jusqu’à se demander malgré les témoignages « paranormaux » qu’il nous livre, si la succession de ces différentes séquences d’existence ne trahit pas l’évolution psychologique de Darrel Standing vers un mysticisme détaché lui permettant d’accepter la mort.

Graphiquement l’album est toujours un régal de variété avec un auteur qui se fait plaisir à dessiner décors, costumes et paysages extrêmement variés comme une anthologie d’histoires courtes. En cela la très probable édition intégrale à venir supprimera cet aspect en liant l’ouvrage en trois tiers: une première partie dans la prison, une seconde dans les voyages, une troisième de conclusion. Si certaines séquences peuvent paraître longuettes faute de liant scénaristique leur donnant une raison d’être, l’ensemble propose un magnifique projet d’auteur en pleine possession de ses moyens, autant textuels que graphiques, d’une grande variété technique et d’une précision remarquable. Objet inclassable, inhabituel, à la fois intello et fantastique, le Vagabond des étoiles est une grande réussite portée par un sujet et un ouvrage source majeurs. En alliant l’adaptation, le documentaire et le plaisir graphique et de genre, Riff Reb’s réussit son pari de proposer un ouvrage grand public intellectuellement exigeant.

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Funerailles #6: Bad moon on the rise

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #6
BD de Florent Maudoux
Ankama (2020), 87 p. 6 volumes parus.

bsic journalismMerci à Ankama pour leur fidélité.

couv_384511Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas aimé l’illustration de couverture de cet album, pourtant bizarre comme l’univers qu’elle couve mais loin du classicisme épique et de la thématique trinitaire qu’utilisaient les autres volumes. La rupture esthétique est nette, c’est dommage tant cette série avait jusqu’ici peut-être les plus belles couvertures de BD jamais réalisées…

Après la grande bataille contre les guerriers d’Isis et le sacrifice de Mammouth, la XIII° Légion vogue vers la victoire finale à Rem à bord d’une flotte de ballons. Alors que les généraux devisent sur la stratégie pour faire tomber le pouvoir de la Mante Religieuse, Funerailles étudie le processus d’immortalité en recueillant les histoires des soldats de la Légion…

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bad moon on the rise"Ce sixième album de la série dérivée de Freak’s Squeele marque la fin du premier arc… mais la série va se prolonger! Depuis le début de la saga Florent Maudoux n’avance qu’au gré de ses envies, de ce dont il a envie de parler, de ce qu’il a envie de dessiner. C’est là toute l’originalité de ses créations (comme de toute la production du label 619) de proposer des albums extrêmement personnels, sans aucun compromis. Cela peut parfois déstabiliser, comme ces récits textuels sur cinq pages qui coupent la narration BD. Les nouvelles sont bien écrites et intéressantes, en nous plongeant dans le passé des personnages comme une sorte de Requiem d’un auteur qui sait que leur histoire va s’arrêter. Si la démarche (qui s’inscrit logiquement dans le scénario de cet album) est louable, son insertion rompt à mon sens la dynamique de la BD qui aurait mérité de voir ces textes compilés en fin d’ouvrage au lieu d’un texte final assez étonnant où l’auteur nous parle des Chevaliers du Zodiaque (Saint Seya en VO) en forme de résumé de la saga…

Hormis cela l’histoire est dans la ligne des précédents, bien construite, centrée sur des personnages et des créations visuelles toujours originales et réussies avec un design général où le plaisir du dessinateur se ressent. Il n’est jamais simple de conclure une histoire et si celle de la XIII° légion l’est très bien, il demeure pas mal de questions sur l’articulation avec la série d’origine. Funerailles aura été plus centrée sur Scipio et Mammouth que sur Pretorius dont on attend toujours de savoir comment il devient le redoutable guerrier de Freak’s Squeele. Gageons que Florent Maudoux sait où il va et a Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bad moon on the rise"prévu dès l’origine la liaison entre les deux séries qui restent à l’heure actuelle assez éloignées (univers contemporain pour FS, plus épique et Fantasy pour Funerailles).

La furie du précédent tome provoquera en comparaison une impression de calme qui atténue la force du combat final pourtant très réussi contre Psamathée de la Mantis. La gestion du rythme a toujours été très étonnante, inhabituelle, chez Maudoux, auteur qui a énormément de choses à dire, choses qu’il insère dans des dialogues toujours fournis et rehaussés de bons mots et de vannes de caserne (et pour cause!). Cette construction novatrice nous donne une petite impression d’être au milieu du gué achevant une révolution sans bien savoir sur quoi elle débouchera. A l’image de ces dernières pages de conclusion toutes en couleur et aux visions apocalyptiques, proches des films Hellboy, aussi belles qu’hermétique. Étonnant.

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Le vagabond des étoiles, première partie.

BD de Riff Reb’s
Soleil (2019), 96 p., un volume paru sur deux.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour cette découverte.

couv_375022L’album propose en deux volumes une adaptation du roman de Jack London paru en en 1915 et qui eut une grande répercutions sur le système carcéral américain, notamment par l’abandon de l’usage de la camisole. Riff Reb’s est un habitué de la collection Noctambule de Soleil, collection dont la maquette me laisse assez dubitatif quand à son côté accrocheur. Ainsi la couverture qui met en avant un auteur reconnu mais ne donne pas forcément envie de pousser la porte de la couverture… Le format est compact avec une citation en quatrième de couverture.

Darrel Standing est dans le couloir de la mort. Il nous raconte depuis sa cellule, plume à la mail, ce qui l’a mené là: le meurtre d’un collègue enseignant, la dureté de la vie carcérale, les tortures psychologiques et mentales des matons… et comment il a appris à s’évader psychiquement de son corps pour vagabonder de vie en vie, dans le passé du monde…

Résultat de recherche d'images pour "le vagabond des étoiles bd"Pour ma première lecture d’un album d’une signature bien connue du monde de la BD avec près de trente-cinq ans de carrière, j’ai été marqué par l’ambition du projet et l’implication d’un auteur en pleine maîtrise de ses moyens. Si la couverture est franchement ratée, ce n’est absolument pas le cas des premières planches qui nous font entrer immédiatement dans l’album par une narration qui nous raconte la fin (et donc un récit a posteriori) et nous projette immédiatement dans une atmosphère onirique au design très réussi. Combien d’albums tardent à préciser leur propos au risque de perdre leurs lecteurs avant l’accroche? Ce n’est absolument pas le cas ici où les cent pages sont enchaînées avec envie tant l’abomination de la vie du pénitencier sidère et nous entraîne à vouloir savoir comment le narrateur va s’en sortir (… ou pas). Le jeu du récit est particulièrement réussi en ce qu’il nous annonce systématiquement que la suite va mal se passer alors que la planche nous montre déjà des horreurs… On est ainsi entraîné, ballotté comme un navire que l’auteur aime habituellement dessiner.

Le Vagabond des étoiles, première partie © 2019 Riff Reb’s (Soleil)Le vagabond des étoiles est un ouvrage complexe et hybride. Il débute comme un pamphlet radical contre l’univers carcéral en nous détaillant, proche de ce que firent Hugo ou Dumas, l’absence de loi (ou de la loi du plus fort), de morale, de justice entre ces murs. Le lecteur est régulièrement interpellé quand à sa participation par ses impôts à ce système d’injustice. L’épreuve de l’isolement et de la camisole sont particulièrement bien rendues, de façon scientifique, naturaliste, nous expliquant les sensations ressenties par le détenu avec des passages très difficiles. On ne parle jamais trop du problème des prisons, que ce soit sur les époques passées (comme le formidable manga abolitionniste Innocent), plus récentes (le Vagabond des étoiles) ou présente. L’album de Riff Reb’s est utile et réussi déjà pour cela. En choisissant cette adaptation, l’auteur assume la difficulté d’un récit fait de ruptures qui cassent complètement le cheminement au risque de perdre le lecteur. Ce n’est heureusement pas le cas car l’on est constamment dans l’action, même sur les passages oniriques, restreignant dans ce premier volume les voyages astraux à d’autres époques à des séquences courtes qui ne semblent pas reliées entre elles. On regretterais presque qu’autant de thèmes se bousculent dans ce tome en ne laissant pas le temps de préparer les transitions. Tous reste fluide et logique mais la brutalité des ruptures (rendues graphiquement par des changements du ton monochrome des séquences) surprend. L’ouvrage aurait ainsi probablement mérité une parution en format one-shot.

Image associéeGraphiquement le travail de l’auteur est très intéressant, jouant donc sur les couleurs dans une ambiance globalement froide et sombre. Le style de Riff Reb’s se prête particulièrement au rendu de ces trognes déformées par la folie ou la douleur, notamment dans ces remarquables portraits de détenus rendus informes ou mort par les mauvais traitements. Les visages y sont particulièrement travaillés, restant dans un rendu semi-réaliste mais très bien caractérisés.

Ouvrage étonnant par sa richesse et sa diversité de thèmes à l’association improbable qui laisse intrigué quand à une seconde partie plus qu’attendue, Le vagabond des étoiles est une vraie réussite artistique et politique d’un auteur qui maîtrise son sujet. Le choix de parution en deux volumes a une réelle incidence assez nuisible selon moi et c’est fort dommage tant le projet justifiait de prendre le temps de réaliser un ensemble. Du coup on se passionne pour la partie carcérale mais on reste dubitatif sur le débouché des voyages historiques et de leur intérêt. Gageons que l’auteur sait où il va et raccrochera ses wagons… Cette moitié d’album reste néanmoins uns des très bonnes lectures de l’année.

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Dracula

BD du mercredi
BD de George Bess
Glénat (2019), 200 p., One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_375261Très monumental album de deux-cent pages illustrées en noir et blanc sur papier glacé, le tout découpé en seize chapitres avec pages de titres illustrées (superbes de finesse!) et quelques illustrations d’ambiance à la fin. C’est ce qu’on appelle un album très généreux où l’auteur semble avoir épuisé jusqu’au dernier centimètre de papier pour y dessiner son univers gothique. Le format est néanmoins assez compact, proche d’un comic… justifiant la sortie d’une édition grand format pour quatorze euros de plus. Ce n’est pas choquant au regard des pratiques des éditeurs mais le format original suffit amplement pour apprécier les superbes planches.

Le roman épistolaire de Bram Stoker sort en 1897 en pleine veine littéraire gothique et va inspirer tout ce qui suit d’inventeurs de l’imaginaire, au travers du cinéma, de la BD et de l’imaginaire collectif. Le réputé film de Francis Coppola va lui aussi poser sa marque comme une tentative d’adaptation très proche du roman visant à s’éloigner de l’iconographie posée par les figures de Bela Lugosi et Christopher Lee. A noter qu’en BD les versions de Pascal Croci et de Mike Mignola (adaptée du film de Coppola) semblent les plus notables.

Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"Jonathan Harker est clerc de notaire et envoyé pour un étrange voyage en Transylvanie pour les affaires d’un mystérieux comte reculé dans son château. Sur place il va découvrir que les forces du Mal occupent la bâtisse et que son hôte n’est autre qu’un mort-vivant se repaissant du sang de ses victimes… un vampyre!

Il est peu évident d’entreprends une adaptation « fidèle » d’un tel roman dont on ne sait plus ce que le texte ou les adaptations suivantes ont provoqué comme images dans la tête de George Bess. Le magnifique auteur du Lama Blanc semble tout à la fois inspiré par l’atmosphère gothique victorienne qui se dégage du roman mais aussi beaucoup par les images de Coppola dans plusieurs scènes ou encore par le Nosferatu de Murnau dont il reprend la forme physique dans certaines séquences. Le fait est que le projet a été de produire une somme graphique, à la lisière de l’art-book et de la bande-dessinée où la générosité de l’auteur est stupéfiante. Hormis l’insertion de textures de fond de page d’intérêt très douteux et de qualité graphique assez moyenne qui mettent un bémol, l’ouvrage fera néanmoins date en matière de qualité de dessin où tout fait honneur aux encrages, noirs et formes fantastiques les plus communes au fantastique et les plus fascinantes. Je ne m’explique pas ce souhait de l’auteur (peut-être pour gagner du temps sur les fonds de page?) alors qu’un tel objet aurait amplement toléré des fonds noirs ou blancs en faisant ressortir encore plus les sublimes dessins. Si les éditeurs sortent des TT noir et blanc pourquoi ajouter des textures numériques sur un album conçu en N&B… mystère?Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"

L’album a une structure variable selon les chapitres, commençant par d’énormes claques visuelles en doubles-pages où l’envie d’entrer en matière rapidement se ressent avec ce décors de cimetière, d’abbaye en ruine et d’oiseaux sombres pour rapidement basculer dans la section la plus proche de l’adaptation littérale lors du voyage de Jonathan sous Résultat de recherche d'images pour "bess dracula"une forme quasi totalement épistolaire. C’est très agréable, juste, mais les lecteurs familiers avec le livre et le films de Coppola pourront ressentir un manque d’intérêt et se focaliseront sur les dessins. Dès le retour à Londres l’album reprends une forme plus typique de la BD avec beaucoup de dialogues et des interactions de personnages qui permettent à l’album de se démarquer du film. La liberté de l’auteur est totale et fascine par la variété de cadrages, de découpages, de techniques utilisées, tantôt par de simples encrages légers sur fonds blancs, tantôt jouant de pages noires, parfois sortant un pinceau pour des lavis allégeant les ombres… On joue ainsi sur des cases rectilignes, sur des doubles pages mangées par une forme maléfique ou sur des portraits proches d’illustrations de recherche poussés. Tout ceci se mets en place en menant fluidement le lecteur au fil des textes malgré ce maelstrom de dessins.

Clipboard01.jpgCertains auteurs ont du mal à transposer leur liberté créatrice et technique de superbes dessins qui donnent parfois de moyens albums, Georges Bess n’a pas ce problème et semble avoir trouvé (grâce au support de l’adaptation cependant…) l’alchimie entre contraintes d’un album et liberté formelle totale. La qualité globale de l’album sidère avec un nombre de cases de qualité moyenne extrêmement faible au regard de la pagination imposante. De fait il est recommandé de lire l’ouvrage en plusieurs fois tant la taille pourrait faire perdre la concentration. Non que l’intrigue soit complexe (elle consiste en une chasse au vampire sur les deux-tiers de l’album) mais car la richesse visuelle demande de pouvoir passer du temps à contempler chaque page, comme en visite sur une exposition.

Si vous vous souvenez le film de Coppola vous retrouverez des scènes très proches, ce qui n’est guère étonnant car le film était lui-même fidèle au livre. Manquent l’introduction du film sur Vlad Teppes et surtout, le plus marquant, l’aspect romantique Résultat de recherche d'images pour "dracula bess"du comte qu’avait apporté le réalisateur et qui redevient ici une bête sauvage immonde prenant divers aspects, pas très originaux mais en phase totale avec l’esprit du mythe: tantôt vieux dandy dans les Carpates, puis chauve-souris affreuse proches du film ou le nosfératu aux longues incisives quand il ne redevient pas poussière ou cadavre ambulant. Le dessinateur dessine ce qu’il sait si bien faire, des personnages typés, burinés, de belles demoiselles blafardes et sexy en diable dans leur corset, des créatures de la nuit, ourses, loups, rats et bien sur, dans la dernière partie, les vastes étendues sauvages, enneigées et montagneuses des Carpates dans la chasse finale, qui sentent bon le western et permettent de superbes panoramas.

Dracula est un superbe cadeau que Georges Bess fait à ses lecteurs (ou qu’il se fait à lui-même, on ne sait pas vraiment…) et qui montre s’il en était besoin qu’il est un auteur majeur de la BD franco-belge. L’absence de couleur sur ce projet confirme que ses précédents albums dotés d’une colorisation un peu datée mériteraient peut-être des versions noir et blanc pour apprécier à sa juste valeur son travail. Malgré une histoire connue de beaucoup cet album se lit avec facilité et arrive par moments à enthousiasmer dans sa narration, ce qui n’était pas évident dans une adaptation littéraire, épistolaire, très classique et aux liaisons parfois brutales. Grace à cela il devient une excellente BD et la le seul ouvrage graphique qu’il aurait pu être.

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