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Hard rescue #1/ Amen #1

La BD!

bsic journalismMerci aux Humanos et à Glénat pour leur confiance.

BD de Harry Bozino et Roberto Melli
Humanoïdes associés (2021), 56., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman d’Antoine Tracqui.

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Les Humanos se sont associés aux éditions Critic pour adapter des romans de SF de l’éditeur littéraire. Après les livres de Julia Verlanger, l’éditeur BD confirme son souhait de s’appuyer sur des créateurs et des matériaux solides plutôt que sur des créations originales. Je ne connais pas le livre Point zero à l’origine de cette BD mais sous la forme d’un blockbuster scientifique musclé aux dessins assez efficaces (et très bien colorisés) on suit une équipe de barbouzes embauchés pour une expédition en Antarctique visant à mettre la main sur une expérience enfouie sous la glace. Les canons sont respectés avec une galerie de fortes têtes qui se jaugent à coups de clés de bras, et de big-boss déterminés aux motivations secrètes. La surprise n’est pas vraiment ce pour quoi on vient et comme dans tout gros film d’action hollywoodien on apprécie une réalisation carrée qui alterne fusillades et révélations choc. Graphiquement c’est donc solide avec de jolis encrages et peu de défauts techniques. On tiquera un peu sur les designs des armures SF aux justifications pas évidentes hormis pour faire plaisir aux auteurs et sur un héros un peu passif (passage obligé pour maintenir le suspens). On dira donc que ce premier tome fait le job sans ennui et on attendra la conclusion pour se prononcer sur la qualité intrinsèque d’un scénario pour l’instant pas vraiment révolutionnaire.

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BD de Georges Bess
Glénat-Comix Buro (2021), 62p., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad.

Tout amateur de BD sait que Georges Bess, compagnon de route de Jodorowsky et amoureux de la culture indienne est un auteur important. Capable de tout dessiner, héritier de la génération Métal Hurlant, il nous avait offert un petit chef d’œuvre graphique et narratif avec son adaptation du Darcula de Bram Stoker. Aussi c’est très alléché que me survient ce diptyque adaptant le célébrissime et multi-adapté Heart of Darkness, roman de la toute fin du XIX° siècle qui a donné les mythiques Apocalypse Now et Aguire la colère de Dieu au cinéma. Qu’allait nous apporter cette variation SF? Tout d’abord Bess est déjà venu à la SF avec le délirant et très réussi Anibal Cinq aussi il n’est pas un débutant dans le genre. Pourtant, hormis quelques beaux design de vaisseaux ou de bâtiments, il se contente tout au long de ce long périple de très grossiers fusils et tronches de barbouzes, caricaturant la violence des mercenaires mais bien peu subtile dans ce qui n’est pas tout à fait une farce…

Ce voyage qui propose de suivre un jeune indien à la tête d’une troupe de l’Inquisition appuyée par des mercenaires issus des pires geôles de la galaxie regroupe les visions les plus éculées du fanatisme religieux, de la sf décadente et de la violence militaire. Très surprenant de la part d’un auteur aussi chevronné qui est tout à fait capable de créer ses propres scénarii malgré l’ombre du maître chilien sur sa carrière, cet album ne brille ni par un dessin un peu rapide (malgré des couleurs et un trait reconnaissable et toujours aussi agréable), ni par une intrigue franchement longuette et totalement linéaire faisant le choix étrange d’un flash-forward en introduction qui ne semble justifié par rien de ce que nous allons découvrir. Les dialogues voulus comme caricaturaux sont très lourdement appuyés et on a compris après une page la folie des soldats comme des religieux, qui nous font sourire quelques pages de plus avant de nous lasser franchement. Guère de surprises dans l’histoire lourdement soulignée et qui ne fait pas vraiment appel à l’intelligence des lecteurs… Laissons le bénéfice du doute à un second tome conclusif qui arrive pour cet été et qui, espérons-le redressera la barre mais pour ce volume introductif, l’auteur passe complètement à côté et finit presque par nous ennuyer sans les belles visions SF qui auraient pu faire patienter. A moins que vous ne soyez des fana de Bess il vaut sans doute mieux passer votre chemin…

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***·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi

La trouvaille du vendredi #3

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


Léna, le long voyage et les trois femmes…

BD de Pierre Christin et André Juillard
Dargaud (2006-2009), 54 p/album, 2 tomes parus.

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couv_57770Albums parus dans la collection « Long courrier« . Les couvertures aux couleurs chaudes, si elles mettent bien en avant le personnage principal et le trait de Juillard, restent assez classiques, assez ancienne école et pas forcément très attirantes. Vraie-fausse série commencée en 2006 par un one-shot « Le long voyage de Léna » suivi de façon inattendue trois ans plus tard par « Léna et les trois femmes« , Léna est plus un concept qu’une intrigue suivie et pourrait donner lieu à des suites.

Dans le premier tome Léna est une mystérieuse jeune femme parcourant l’Europe centrale pour une mission que l’on comprend être liée à de l’espionnage. A mesure qu’elle emprunte divers moyens de transports, découvre des pays silencieux, peu peuplés, l’on apprend ses motivations et ce qu’elle sait de sa mission. Il s’agit surtout d’un voyage initiatique destiné à faire un deuil introspectif.

lena1-planc_57770Plus tard on la retrouve en Australie où elle a tenté de refaire sa vie sans pourtant pouvoir s’extraire de sa mélancolie. Là elle est contactée par son recruteur du Quai d’Orsay qui lui demande d’accomplir une nouvelle mission pour contrer le terrorisme djihadiste.

Lorsque l’auteur des Phalanges de l’ordre noir et celui du Cahier bleu se retrouvent, cela donne une étonnante mixture d’espionnage contemplatif… Il est toujours singulier de voir deux auteurs chevronnés s’associer et parvenir à conserver ainsi leurs sensibilités et spécificités. Pierre Christin est un amateur d’espionnage, d’analyse fine de l’actualité, plus Le Carré que Jason Bourne. Dans ce diptyque il parvient à proposer à son acolyte une trame sérieuse, juillard-le-long-voyage-de-lc3a9na-planche-37-from-albumdocumentée, documentaire (des crédits photos des lieux « visités » sont indiqués en fin d’ouvrage) qui pourrait se rapprocher du traitement en voix off et pédagogue d’un Emmanuel Lepage. Si l’ensemble du récit est fortement teinté des pensées de Léna (peu de bulles donc), le deuxième volume est plus axé sur le principe d’infiltration d’une cellule djihadiste proche du traitement adopté sur la série récente Le Bureau des légendes. Chez Juillard la « Ligne claire » n’est pas que graphique, on est parfois proche du nouveau roman dans l’atmosphère décrite. L’illustrateur s’il est très précis sur ses décors, s’intéresse surtout aux personnages, à leurs regards, sous les commentaires mentaux de la narratrice. Beaucoup de choses passent dans les silences et les paysages observés.

Le Long voyage nous intéresse par les décors fascinants d’une Europe centrale disparue, sorte de voyage initiatique dans le temps dans lequel surgit subrepticement une action, un dialogue, avant le retour sur la route. La finalité du voyage ne nous est donnée que très tard, en sorte de prologue à un second volume plus scénarisé. Là Christin reprends la main en dressant un tableau actuel des pauvres hères, des paysans incultes manipulés par des Cheikh autoproclamés comme cet homme « vivant tantôt dans des hôtels de luxe londoniens tantôt dans une grotte afghanes« . Tout au long du récit (très féministe) ce sont de jeunes femmes qui sont utilisées par des hommes cultivés, possessifs qui utilisent la religion pour leurs fins politiques ou personnelles. juillard3Peu de caricature dans ce volume pourtant, aucun vieux libidineux fréquentant les prostituées comme Van Hamme a pu nous décrire son imam dans le cycle Chassé-croisé/20 secondes. Le scénariste veut coller au réel et y parvient. Si les planches des Trois femmes sont moins attrayantes que sur le Voyage c’est à cause de ces scènes d’intérieur parisien, intéressantes mais moins graphiques. L’ensemble des deux volumes, différents et complémentaires, forme un fascinant voyage, intellectuel, dans les rouages du monde de l’espionnage, fait de psychologie et survolé par ce fantôme qu’est Léna, sorte d’observateur démiurge de ses contemporains. Une sorte de pause dans le brouhaha de la BD blockbuster, emportée par le trait toujours aussi élégant d’André Juillard.

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****·East & West·Manga

Ascension

East and west

Manga de Shin’ichi Sakamoto (dessin) et Yoshio Nabeta (scénario)
Editions Delcourt (2008-2011)17 volumes .

113598_cCe manga de taille raisonnable est édité en France par la collection Manga de Delcourt. La qualité reste celle du manga (pour le prix du manga…) mais la BD est agrémentée dans chaque volumes de cahiers vraiment intéressants puisqu’ils consistent en un lexique de termes d’escalade et d’une interview d’un alpiniste japonais chevronné. L’intérêt de ce manga résidant justement dans sa fidèle description de l’univers de l’alpinisme, pour le coup c’est du bonus qui ne fait pas gadget comme souvent chez les éditeurs de manga. Sinon, le découpage du dessinateur étant assez aéré, l’on a une impression d’espace fort agréable lorsqu’on lit les aventures de Buntaro Mori.

Ascension est un Seinen et prends pour point de départ la découverte de l’escalade par un lycéen solitaire et la révélation qu’elle lui procure. Mori a un don pour l’escalade et l’on va très vite quitter l’univers du lycée pour celui, adulte et professionnel, de l’alpinisme, avec son esprit de compétition et de dépassement de soi. Le récit décrit l’évolution psychologique de ce garçon aux capacités exceptionnelles et ses difficultés à entrer dans le monde des adultes.

kokou_no_hito_2182375Ma connaissance des manga reste basée sur les grands chefs-d’œuvre de Masamune Shirow et Kastuhiro Otomo et je découvre progressivement les bonnes séries qui se rapprochent des habitudes du lecteur  de BD franco-belge. La plupart des Manga sont l’œuvre d’un seul auteur et le fait qu’Ascension soit une adaptation littéraire et créé par un duo scénariste-illustrateur n’est sans doute pas pour rien dans l’attrait de la série. S’il est certain que le trait de Shin’ichi Sakamoto est particulier, à la fois terriblement élégant et parfois très dur dans les élans fantasmagoriques que l’on peut également trouver dans sa série sur la révolution française, l’intérêt principal réside dans la précision chirurgicale de l’univers des grimpeurs. Le trait est extrêmement technique sur les très nombreuses cases présentant du matériel de montagne. Les visages androgynes sont plus coutumiers des manga et donnent un côté exotique à une histoire qui aurait parfaitement pu être racontée depuis l’Europe.

477549kokounohito2228781Cette série est une véritable découverte, à la fois graphique et scénaristique. La France est le second marché du Manga et il faut en profiter vue la richesse et la variété de ce qui est disponible. Ascension est une vraie bonne série (l’un des meilleurs manga que j’ai lu) qui dépasse largement la BD de consommation que l’on trouve dans pas mal de manga.

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Fiche BDphile