BD·Rapidos

Poet anderson

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Comic de Tom De Longe, Ben Kull et Djet
Glénat (2018)  – Lion forge comics (2015), 96 p. format souple.

601 POET ANDERSON[BD].inddLe format comics léger et peu cher est inséré dans une jaquette couleur. La couverture est très attirante avec un dessin type manga. Une interview assez vide conclut le volume, où le principal intérêt (pour qui n’est pas un fanatique de l’auteur Tom De Longe) réside dans les illu de concept très sympa, De Longe ne disant que des platitudes qui ne nous apprennent rien sur la BD et sa réalisation. Étonnant…

Le monde des rêves existe! Deux frères sont des Poets, dotés de la capacité de circuler entre les deux mondes et de « rêver éveillés ». Ils vont se retrouver au cœur d’une terrible machination du maître des cauchemars qui aspire rien de moins que semer le chaos sur le monde réel…

Poet Anderson – the dream walker est un coup marketing réussi comme les américains en ont la science. L’interview de Tom De Longe reflète un projet multi-médias qui semble avoir été montée pour développer et vendre une création pensée comme un clip et non comme une BD. Attention, je ne dis pas qu’il s’agit d’une mauvaise BD, loin de là! Simplement la communication faite autour d’un objet très graphique est à l’échelle d’un gros projet ambitieux… ce que n’est résolument pas Poet Anderson, que je vois plus comme un sympathique one-shot. Image associéeC’est dommage car le travail sur l’univers visuel est vraiment sympa, les design très réussis et l’idée d’un passage entre le monde réel et celui des rêves, si elle n’est pas franchement révolutionnaire, reste toujours sympathique avec beaucoup de possibilités (on se souvient de Matrix pour ne citer qu’un exemple). Le délai entre la première publication du tome 1 et un second volume qui ne pointe toujours pas le bout de son nez me laisse très pessimiste sur une suite à cette histoire. Personnellement je n’aime pas les histoires qui n’ont pas de fin et les auteurs (surtout réputés) qui ne respectent pas leurs lecteurs. Du coup je reconnais que j’ai un sentiment ambigu après la lecture de cet album…

Mais concrètement qu’avons-nous? Comme dit en résumé, Anderson est le sauveur attendu pour équilibrer les deux mondes face à la menace apocalyptique d’une perversion du monde réel par l’entité maléfique issue des cauchemars. Les concepts et personnages lancés par ce tome sont nombreux et relativement riches, les thèmes archétypaux et mythologiques (le Mal, la fée,…) sont également toujours de bons points pour une histoire fantastique. Le drama est à la hauteur (bien que l’histoire avance très vite) avec dès la fin de ce premier volume, un danger bien palpable qui donne du corps à cet univers. Il y a bien quelques facilités de construction avec ces aller-retour des deux frères entre les deux mondes et la temporisation dans l’apparition des pouvoirs du héros, mais globalement on a un comic-manga très sympathique et visuellement assez réussi (très coloré).

Je suis assez gêné car peut-être que dans cinq ans après la clôture de l’histoire en 3-4 volumes je serais dithyrambique sur un monde fantastique puissant et onirique, mais le risque d’un album mort-né me laisse sur mes gardes… L’impression que la BD n’est qu’un gadget autour d’un court ou long métrage d’animation fait craindre le simple objet promotionnel pour le groupe de rock de De Longe… Je vous laisse juges…

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BD·Nouveau !·Service Presse

Red Sun

BD de Louis et Alessandra de Bernardis
Kamiti (2018), 54 p., volume 1/2.

bsic journalism Merci aux éditions Kamiti pour cette découverte.


couv_327358La superbe couverture nous mets sous de bons auspices pour la lecture du premier album d’un nouvel éditeur à qui on pardonnera les quelques coquilles de textes. La maquette est simple, rien d’exceptionnel mais rien à reprocher non plus. L’album est annoncé en deux parties (j’aime ça) et les auteurs expliquent en fin d’album les découvertes des systèmes d’exo-planètes, réalité scientifique qui leur a donné l’idée de ce projet. C’est original et intéressant. Enfin, un making of des étapes conception d’une page par l’illustratrice clôture le volume, ainsi qu’un aperçu d’une page du prochain tome. On sent l’effort éditorial pour développer l’après-lecture et c’est très bien.

En 2627 l’humanité a été asservie par un bloqueur génétique qui interdit toute violence, et donc toute révolte. Dans le système « Red Sun one » Cass et Bord’ sont frères et sœurs, mineurs travaillent dans des champs d’astéroïdes. Couvé par sa frangine, Bord’ ne rêve que de rejoindre la rébellion qui s’est émancipée du bloqueur génétique et combat pour la liberté des humains contre un mystérieux adversaire…

Dans la série « une couverture c’est (très) important », Red Sun se pose là! Reprenant les codes de l’affiche de cinéma, avec des personnages forts et ses teintes chaudes solaires, l’album a l’une des plus belles couvertures de l’année. Tant mieux pour l’éditeur tant il est difficile de faire son trou. Là où ça devient intéressant c’est que la couverture est réalisée par l’illustratrice de l’album (assistée d’Antonio Di Luca mais l’on n’est pas dans la démarche commerciale utilisée par beaucoup d’éditeurs sur le modèle des comics US et que je trouve détestable)… et surtout qu’elle n’est pas trompeuse puisque les dessins intérieurs sont largement du niveau de la peinture de cette couverture. Comme on dit, « on ouvre un album pour ses dessins, on l’aime pour son scénario »…

J’ai pris grand plaisir à la lecture de cette histoire SF qui sait instiller un mystère tenace tout au long du volume en induisant subtilement des informations sur les antagonismes. Les deux frangins sont attachants et crédibles par leurs options de vie opposés et les personnages secondaires (très peu développés, un peu dommage) appuient ce duo. L’intrigue progresse sans longueurs, essentiellement autour de ce frère que Cass va tout faire pour protéger et c’est justement au moment où l’on sent que l’on a besoin d’un événement pour progresser dans l’intrigue que survient la révélation finale. La tension est donc tout le long sur le fil et le côté tardif de l’accélération renforce l’envie de lire la suite. Gros cliffhanger, joli coup scénaristique, c’est très efficace.

Niveau graphique, pour un premier album c’est déjà très fort. Le making-of explique la technique essentiellement numérique d’Alessandra de Bernardis dont la maîtrise anatomique (les postures des personnages dans toutes les situations sont sans faute) et la caractérisation des visages est vraiment intéressante. Le côté très numérique des couleurs et des textures peut paraître un peu lisse mais cela apporte aussi une ambiance typique de la SF spatiale. Peut-être un peu trop d’effets de lumières mais franchement, beaucoup de dessinateurs chevronnés ne s’en tirent pas mieux. Pour peu qu’elle progresse en publiant, on tient là l’une des illustratrices à suivre de ces prochaines années et qui pourra sans doute dessiner dans tous les styles tant sa technique paraît solide.

Je suis vraiment content pour les auteurs et l’éditeur de parvenir à publier un premier album si costaud et qui pourra sans difficulté lancer une carrière à suivre.

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BD·Nouveau !·Service Presse

Klon

BD de Corrado Mastantuono
Mosquito (2018), 126p.

couv_319963Le sympa envoi de l’éditeur Mosquito, grand défricheur des talents graphiques italiens et d’ailleurs, me permet de découvrir l’artiste Corrado Mastantuono, dont la couverture de l’album Klon est particulièrement réussie: énigmatique, dynamique et colorée. Il a publié récemment en France la série fantasy Elias le Maudit qui a plutôt de bonnes critiques et préalablement des albums de genre proches de la BD américaine des années 50.

Son style est assez classique et j’avoue que si les couleurs de l’album sont très sympa, les images que l’on peut voir de ses autres séries, notamment western et polar montrent que c’est probablement en noir et blanc qu’il faut apprécier son talent. Le design général de l’album (qui est de la SF dystopique) est plutôt rétro, rappelant les BD SF des années 70-80, avec un petit côté Gillon/Moebius/Manara: une simplicité du trait, une certaine statique des mouvements en même temps qu’une grande précision anatomique et d’occupation de l’espace. Mastantuono a commencé dans l’animation et a travaillé chez Disney, et cela se voit dans cette maîtrise générale des cases.

Résultat de recherche d'images pour "mastantuono klon"Dans un futur proche, les multinationales imposent leurs vues de gré ou de force aux gouvernements. Le ministre de la santé italien est pourtant un incorruptible. Chargé d’installer un nouveau système de sécurité imparable au ministère, l’anarchiste punk Rocco Basile assiste à une tentative d’assassinat et devient la cible d’une officine qui le pourchasse sans relâche. Mais pour ce nihiliste passablement shooté, la réalité n’est pas ce qu’elle semble être…

L’intrigue de Klon est un peu perturbante par sa linéarité et par les effets de brouille que provoquent les sauts de réalité: le lecteur, comme le personnage, ne sait pas tout au long de l’album à quel saint se vouer, ce qui est réel et ce qui est rêvé, le pourquoi de cette fuite sans fin… L’histoire est très directement issue de l’univers de Philip K. Dick, teintée du pessimisme politique italien d’une société gangrenée par la corruption, l’affairisme et les mafia. C’est donc bien une BD d’une grande originalité que nous propose Mosquito, à la fois par ses thèmes et par son dessinateur, à peu près inconnu de ce côté ci des Alpes. Image associéeIl plane une drôle d’atmosphère dans cet album qui débute par un long monologue du personnage principal commentant la société et ses contemporains tel un sage que les drogues auraient rendu extralucide. L’auteur affuble son héros d’une coiffure digne de Ziggy Stardust, d’un cache poussière sorti d’un Sergio Leone et de cernes qui ne le rendent pas franchement sympathique… Surtout, sa passivité chronique en font plus un témoin d’une machination infernale qu’un crack de l’informatique qu’il est censé être. Comme souvent dans les histoires conspirationnistes le scénario malmène ses marionnettes et son lecteur avec. C’est un peu frustrant car si des coups de théâtre surviennent dans cette course effrénée de 130 pages, ils ne reposent jamais sur des décisions du héros. Finalement cela correspond bien à la psychologie du personnage, extérieur à son environnement et à son existence, c’est cohérent avec l’intrigue, mais je trouve qu’il manque une petite étincelle pour véritablement immerger le lecteur.  La chute de l’histoire est néanmoins bien menée et terriblement cynique.

Graphiquement Mastantuono maîtrise sa partition et le style du dessin respire une certaine classe. J’ai eu un peu de mal néanmoins avec le design général de ce futur qui fait un peu daté. C’est une histoire de goût, là encore on sort des styles hyper-technologiques courants dans la BD de SF pour une apparence Old-school vue chez Moebius par exemple (j’ai retrouvé quelques ambiances de la regrettée série L’histoire de Siloé de Servain et Letendre).

Résultat de recherche d'images pour "mastantuono klon"Au final nous avons une bonne histoire de SF paranoïaque assez classique qui permet de découvrir le travail d’un auteur au grand potentiel. Ce n’est pas la BD de la décennie mais un travail honnête pour des lecteurs curieux de découvrir la BD italienne.

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