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Marvels

Comic de Kurt Busiek et Alex Ross
Panini (1994), 208p. contient les 4 épisodes et l’épilogue de 2019.

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Lorsque la Torche humaine et le Prince des mers surgissent aux yeux du monde Phil Sheldon est un jeune reporter en attente du scoop qui lancera sa carrière. Ces évènements qui précèdent l’entrée en guerre des Etats-Unis seront le début d’une vie comme témoin des actions des marvels, ces êtres dotés de capacités extra-ordinaires dont la relation aux simples humains évoluera au fil des époques. Sheldon sera pour toujours le regard de son monde sur celui de l’étrange et de la différence…

Marvels Vol. 2 (1/2) | Wiki | •Cómics• AminoAlex Ross éblouit les couvertures des publications Marvel depuis maintenant trente ans. Son style directement inspiré du Réalisme américain a ses fans comme ses détracteurs, mais la puissance photoréaliste de sa technique ne peut laisser indifférent. Bien plus habitué de l’univers DC où son amour du Golden-age des comics est plus adapté que chez l’éditeur de Stan Lee, Ross n’a pas moins commencé sa carrière sur ce monument de deux-cent pages où il nous convie en compagnie de son comparse Kurt Busiek à parcourir l’histoire des héros Marvel des premiers coups de poing aux derniers conflits des X-men et autres Spider-man.

Outre l’impressionnante maîtrise graphique que propose Alex Ross pour ses débuts, c’est le pas de côté du scénario qui intéresse le plus. Mis en position de témoin extérieur comme ce personnage de journaliste incarnation de l’American way of life, le lecteur assiste à l’évolution des mentalités d’une population passant de la naïveté simpliste des années quarante à l’égoïsme et à la peur des années soixante-dix. Ainsi on assiste selon les périodes à des visages rayonnants devant la bravoure d’un Captain America à des pogroms sur les pauvres mutants alors que la question de la cohabitation des deux Homo se pose finalement. Les habitués des lectures Marvel sont coutumiers de ces problématiques, de cette complexification qui suit cinquante ans d’histoire américaine mais aussi de publication de comics. Sur un travail encyclopédique le scénariste a en effet intégré des moments majeurs des comics Marvel dans ce cadeau d’anniversaire luxueux.

La frustration reste là pour qui attendait de l’action et de la lecture plaisir. Marvels ressemble plus à un joli livre-photo en hommage à tout un pan de la pop-culture. Mais pas que. Au travers des réactions de la société, les auteurs ne ménagent pas un pays (et sa population) présenté à la fois comme l’image d’Epinal rétro que toute la machinerie idéologique nationaliste promeut depuis un siècle mais également le conservatisme et la peur primale de tout ce qui est autre, différent.

Les habitués d’Alex Ross seront en terrain connu. Si ses traits sont ici encore proche de la BD ils iront ensuite en s’éloignant de la narration graphique pour de l’illustration pure, rendant parfois peu lisibles ces immenses enchevêtrements de héros brillants dans des combinaisons kitchissimes que l’on retrouvera dans le grand œuvre du peintre, le Kingdom come de DC. Véritable moment de l’histoire des comics, Marvels ajoute à ses qualités superheroes and superstars: the works of alex ross"  www.boraborahut.com/2017/02/superheroes-and-superstars-works-of.html |  Spiderman comic, Alex ross, Marvelpropres l’inévitable comparaison avec le travail de Ross sur les personnages DC. Il est en effet peu fréquent de lire un album quasi documentaire sur les personnages iconiques Marvel de la part d’un spécialiste des ouvrages encyclopédiques sur les héros DC. La comparaison entre les deux univers via le même regard est très novateur, même si elle s’adressera plutôt aux bons connaisseurs de ces champs de la BD.

Remarquable par son travail pédagogique, sa structure simple et ses innombrables références qui donnent envie de se plonger dans Wikipedia, cet album majeur est l’occasion unique de voir la version du grand Alex Ross sur le panthéon Marvel. Si vous êtes allergiques à la bande de Superman et avec séché sur la densité exigeante d’un Kingdom come, ce « petit » livre est une excellente occasion de sortir des sentiers battus qui se permet d’offrir une réflexion pas bête du tout sur les démons de l’empire américain.

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La chute #1

La BD!

BD de Jared Muralt
Futuropolis (2020), 56 p., série en cours.

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La sortie en pleine crise de COVID de cet album dystopique décrivant la chute de la civilisation a marqué les esprit et profité d’un excellent buzz médiatique. Avec un peu de recul que faut-il penser de cette série dont le thème n’est pas franchement neuf mais dont j’adore lire et voir les variations de différents auteurs? Ainsi j’ai récemment critiqué la très bonne adaptation de Julia Verlanger L’autoroute sauvage, mais aussi la version Grindhouse Amazing Grace (avec l’aspect famille), Soleil froid et Les Dominants dont le tome deux sort ce mois d’août.

La chute de Jared Muralt : une série prémonitoire ? - ComixtripLe dessin d’abord est assez classique, pas affolant, mais l’auteur propose un détail remarquable sur ses décors et arrières-plans. Son travail de description réaliste d’une hypothétique pandémie aux conséquences majeures s’appuie ainsi sur des éléments de vrai permettant de raccrocher ce que nous lisons à notre quotidien. Le thème de la famille évidemment, assez éculé depuis le choc La Route mais toujours marquant en nous faisant ressentir (pour ceux qui ont des enfants) le drame de voir ses plus proches subir cela avec la tentation de cacher une vérité pourtant patente. La femme est emportée par cette grippe et l’on voit rapidement l’Etat se déliter avec une préoccupation première pour les personnages, celle de trouver à manger alors que rapidement des groupes structurés se mettent en place pour compenser l’absence d’autorité. Sur le pourquoi de l’évolution on ne saura rien, nous laissant dans le même expectative que Liam, le héros.

La chute, le cauchemar luxueux et actuel de Jared Muralt, paru ...

Le rythme est assez lent, avec très peu d’action, presque contemplatif en portant un regard presque journalistique sur ces dernières heures de la civilisation au travers du regard de Jared en père devant tenir le choc. Si le travail de fonds est notable et la réalisation sans faute notamment sur le domaine émotionnel, ce premier album est donc tout à fait classique, sans apport majeur à un genre déjà très fourni. La suite nous le dira mais sa particularité semble être le refus de tout fantastique ou SF, ce qui est louable. Beaucoup d’albums de ce genre évoluent progressivement en Mad Max, ce qui serait dommage. L’aspect Covid peut apporter un plus en montrant la qualité de l’analyse de l’actualité de notre monde par l’auteur, mais personnellement j’essaye de regarder les albums pour ce qu’ils sont et ce qu’ils seront dans dix ans. Sur ce point pour son second album de BD Jared Muralt réussit donc son pari, un peu sage peut-être, quelques scènes choc ou d’action auraient pu renforcer l’accroche du lecteur à ce drame. Mais l’album mérite amplement le détour surtout si vous n’êtes pas familiers avec ce genre.

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