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Luminary #3: The No War Man

image-19BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2022), 120 p., série finie en 3 volumes.
Attention Spoilers!

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bsic journalism

 

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Darby à retrouvé ses pouvoirs. Cible du gouvernement qui l’a désigné responsable de l’assassinat du président il essaye d’aider Billy et Paolita à retrouver une vie digne, loin des turpitudes de cette Amérique gangrenée par le racisme et la violence. Pourtant lorsque son frère reprend contact avec le journal militant anti-guerre No War Man il réalise que la puissance du Cinquième pouvoir pourrait à la fois faire chanceler les mensonges de Washington et éviter une véritable guerre civile entre noirs et blancs…

Luminary tome 3 - The No War Man - Bubble BD, Comics et MangasC’était annoncé en trois tomes et se conclut en trois tomes, équivalents à une série de neuf, avec des volumes où l’on n’a pas senti de longueurs, sauf sur celui du milieu. Avant toute chose je précise que la fin ouverte (mais très correctement menée) devait laisser la place à un ou deux cycles de plus. Les ventes mitigées laissent peu d’espoir pour cela, aussi il vous faudra savourer ce tome.

Heureusement (pour moi en tout cas) les réserves pointées sur le second volume sont toutes balayées pour retrouver les qualités du premier, à savoir un parfait équilibre entre super-héro, politique et social. Luc Brunschwig est un amoureux de la grande histoire américaine, celle des années soixante et soixante-dix qui ont fait la grandeur de la lutte pour les droits civiques, de l’âge d’or du journalisme citoyen et de la remise en cause d’un versant fasciste du pays de l’Oncle Sam. Il est aussi un amoureux de cinéma et  avisé à produire un grand film de super-héros moderne d’aujourd’hui. Avec le risque d’oublier que le son n’existe que peu en BD et que le texte garde ses propres codes. Ainsi le défaut principal, noté depuis les premières pages de la série c’est cette fausse bonne idée de nous noyer sous des contractions visant à exprimer le langage populaire de tous les personnages principaux (Darby, Mila, Billy, Paolita). Le problème c’est que dans un film on finit par oublier ce style qui intègre le personnage. En BD on accroche sur beaucoup de bulles qui empêchent une lecture fluide et même de se concentrer sur le fond du texte. Sans ce problème on atteignait la qualité générale d’un cinq Calvin synonyme de coup de cœur…Luminary (T3) The No War Man en bouquet final - YOZONE

Car pour le reste c’est vraiment grandiose, à commencer par les planches de Stephane Perger comme un poisson dans son bain. Aussi à l’aise dans l’action, la technique historique des décors que dans des personnages (presque) toujours bien reconnaissables, il laisse libre cour à de sublimes compositions qui jouent sur le découpage très libre, les couleurs comme élément de narration et bien sur les pouvoirs de Billy et des êtres de Lumière. Avec son esprit cinématographique le duo envoie bien sur des références qui nous parleront, des Oiseaux d’Hitchcock à La Ligne verte en passant bien sur par les films sur le Vietnam.

20220722_193952Comic de super-héros européen, Luminary apporte donc ce que trop peu de comics osent encore malgré la grande modernisation de ces dernières années: de vraies morts tragiques, le refus total de happy-end et de facilités scénaristiques. Au risque de laisser son héros assez faible au regard de la galerie qui l’accompagne. Ainsi on pourra regretter que le gamin ou Mila (bien plus intéressants) n’aient pas plus de place. Abordant un très grand nombre de sujets la série pourra bien sur être vue comme trop rapide sur certaines trames et le fonctionnement des pouvoirs pourrait être discuté. Mais ce serait chipoter tant le fond égale la forme dans une qualité générale assez rare dans un projet blockbuster de cette envergure. Pour boucler avec l’introduction il est vraiment surprenant que (comme toutes les séries de Brunschwig?) le lectorat ne reconnaisse pas plus rapidement la force de cette série. Malgré son association avec de très grands dessinateurs, l’auteur d’Urban et des Frères Rubinstein ne cherche pas la facilité et ses séries sont reconnues avec le temps. Espérons que la mode super-héroïque et le talent bankable de Stephane Perger permettront aux ventes de permettre une suite. Ils le méritent et cette série le demande.

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****·BD

Bettie Hunter #1

Premier tome du diptyque écrit par Aurélien Ducoudray et dessiné par Marc Lechuga. Parution chez Glénat/Comix Buro le 25/08/2021.

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Aux confins de la galaxie, Bettie Hunter a la vie dure. Il faut dire qu’être une humaine, orpheline de surcroît, au milieu de toutes les autres espèces qui peuplent l’univers, n’est pas chose aisée, surtout quand la plupart d’entre elles a subi de lourds préjudices aux mains des homo sapiens.

Heureusement, Bettie peut compter sur Harvey, un robot archiviste qui veille sur elle depuis son éviction de l’orphelinat. Déjà petite, Bettie était très douée, mais son intelligence s’est toujours déployée dans l’ombre de son appartenance au genre humain, si bien que malgré ses capacités, elle n’a pu valider aucun de ces doctorats en xénobiologie.

Qu’à cela ne tienne, Bettie s’est mise à joindre les deux bouts en devenant chasseuse de primes, utilisant à bon escient ses connaissances encyclopédiques sur toutes les espèces vivantes. On la retrouve d’ailleurs, au début de cette aventure, en pleine mission dans l’estomac d’un ver des sables géants, preuve que quand on sait où on met les pieds, on peut garder la tête froide…

Bien vite, Bettie est accostée devant chez elle par une cliente potentielle, Thalya Skraalgard. Cette dernière confie sa détresse à la chasseuse de prime car elle souhaite retrouver sa soeur Lydia, qui s’est rendue sur Minerva Prime pour une mission humanitaire et qui n’en est pas revenue. Obligée par la promesse d’une forte récompense, Bettie et Harvey se mettent en route vers Minerva. Mais la planète a bien entendu été marquée par l’interventionnisme humain il y a plusieurs siècles, si bien que les autochtones ne voient pas son arrivée d’un très bon oeil. Habituée au rejet, Bettie parvient tout de même à s’intégrer mais son enquête va bien évidemment révéler des secrets que certains préfèrent garder enfouis.

Space Opéra-tion

Après le déjanté mais décevant Amen, Comix Buro refait une incursion dans la SF avec Bettie Hunter. Le personnage bénéficie de l’écriture qualitative d’Aurélien Ducoudray, qui parvient sur ce premier tome à planter son décor sans effort, avec un humour acerbe et une subtilité qui tâche. Sans prendre de gant, l’auteur utilise les poncifs de la SF et du space Opéra pour dresser un parallèle avec l’histoire récente, notamment celle du colonialisme, faisant une fois de plus des humains la plaie du cosmos tout entier.

On a certes déjà vu cette métaphore au service d’une critique directe des travers humains, néanmoins, le scénariste parvient à le faire avec suffisamment d’originalité pour nous embarquer avec lui dans son histoire.

Après un préambule qui donne la part belle au space opéra, Aurélien Ducoudray adopte la structure du film de détective, avec une demoiselle en détresse, désespérée qui vient chercher de l’aide auprès d’un protagoniste désabusé et quelque peu réticent (mais alléché par la prime), qui accepte de mener une recherche de personne qui va révéler une conspiration aux ramifications insoupçonnées. Tout cela fleure bon le classicisme, mais on peut a priori faire confiance au scénariste pour prendre nos attentes à revers sur le second tome.

Le duo Bettie / Harvey est immédiatement attachant, offrant un intérêt supplémentaire à l’album. Le ton satirique est toujours employé à bon escient, la science de l’auteur étant de savoir jongler entre les différents tons au besoin. Côté graphique, la ligne claire de Marc Lechuga ne l’empêche pas de dessiner un bestiaire totalement déjanté mais pas dépourvu en références (on trouve, pelle-mêle, des vers géants issus de Dune, ou des crevettes humanoïdes vue dans District 9, qui était déjà un satire politique sur l’apartheid). Le design de son héroïne est irréprochable et catchy, et l’on ne peut s’empêcher d’imaginer cet artiste faire des merveilles sur un Spirou, par exemple. Il en résulte une petite réussite que l’on a hâte de poursuivre !

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Bitter root #3: héritage

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Comic de David Walker, Chuck Brown, Sanford Green et Rico Renzi
Hi comics (2022) – Image (2021), 160 p.

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Lauréat du Eisner award 2022 pour la meilleure série.

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bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur confiance.

Avec cette conclusion, en trois ans la série Bitter Root aura marqué les esprits et lancé fort logiquement une adaptation ciné qui s’annonce fort alléchante avec le réal de Black Panther comme producteur et le toujours brillant studio Legendary au Bitter Root Tome 3: Legacy - Comics de comiXology: Webtiroir caisse… Si vous avez lu les précédents volumes vous n’avez peut-être pas pris le temps de lire le volumineux dossier composé d’analyses d’auteurs, chercheurs, artistes noirs qui contextualisent le comic dans une culture de l’imaginaire noire assumée comme une fierté spécifique. Car sous son aspect Ghostbusters noir Bitter Root est une saga tout à fait intello qui propose des réflexions très profondes sur l’identité noire, le racisme endémique des Etats-Unis et la culture de cette minorité. Sorte de prolongement de la Blaxploitation, la série s’inscrit dans une réappropriation de genres aussi balisés que l’horreur lovecraftienne et la SF steampunk.

C’est là le plus grand succès de cette proposition qui du reste adopte autant de qualités que de défauts du média comics. A commencer par une narration inutilement hachée qui nous perd à force d’aller-retours dans le temps et dans l’espace. En cela le premier volume, le plus linéaire et inscrit dans les codes de la BD d’action fantastique était le plus accessible. Si le troisième retrouve une cohérence Bitter Root No.14 - Comics de comiXology: Webgraphique mise de côté sur le second tome, il tarde aussi à préciser son propos en nous enivrant dans des design et des séquences d’actions toujours remarquables. Plus centré sur les relations familiales avec plusieurs membres retrouvés cet ultime volume présente une nouvelle menace alors que la venue du démon Adro sur Terre a déclenché une réaction en chaîne qui semble rapprocher la famille Sangerye de la fin du monde. Alors que les humains mutent, que les jeunes rivalisent de rage pour « amputer » les monstres de leur haine, l’ancienne génération devra convaincre le clan de sortir de l’engrenage mortifère.

Alors que l’Epilogue annonce déjà de prochaines suites pour le clan Sangerye, on reste vaguement sur notre faim à cette demi-conclusion qui confirme le talent créatif et intellectuel indéniable des auteurs mais donne le sentiment que la parabole a peut-être pris un peu le dessus sur la simplicité pull d’un Skybourne

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****·Comics·Documentaire

Get up america #1/2

Le Docu BD

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BD de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell
Rue de sèvres (2022), 1/2 volumes parus

bsic journalismMerci aux éditions Rue de Sèvres pour leur confiance.

image-14Meilleure biographie 2022 Eisner awards.

Suite directe de la trilogie Wake up America (March en VO) dont vous trouverez sur le blog les chroniques des trois tomes, ce diptyque a été achevé juste avant le décès de John Lewis en 2020. Comme pour la première série, l’éditeur a modifié le titre Run en Get up America. Chose notable, s’il est plus court, ce premier tome comprend un important cahier documentaire final comportant une impressionnante bibliographie, des sources audiovisuelles et de discours témoignant du monumental travail de documentation et des explications sur le travail d’adaptation des mémoires de Lewis dans le média BD. Cet enrichissement augmente fortement la plus value de ce documentaire dont la première trilogie était déjà un monument d’Histoire.

Get up America 1 (par Nate Powell, Andrew Aydin et John Lewis) Tome 1 de laAprès l’adoption du Voting right act de 1965 (qui est actuellement fortement remis en cause par les Etats du Sud depuis la présidence de Donald Trump) la société ségrégationniste ne baissa pas les armes et s’échina à démontrer qu’il y avait un monde entre le Droit et la pratique du Droit, abusant de l’autonomie constitutionnelle des Etats américains qui se lavent les mains des lois fédérales lorsqu’elles les dérangent trop. Le Nord, embarqué dans l’intervention au Vietnam ne souhaite pas s’impliquer trop avant pour la défense de populations qu’il considère au fond comme étrangère. Face aux exactions du KKK l’harmonie idéologique non-violente qui a prévalue dans le sillage de Martin Luther King se fissure rapidement et voit apparaître un courant séparatiste proclamant le Pouvoir Noir qui s’incarne dans un parti politique radical que l’on nommera bientôt Black Panther party

Cette suite directe a eu un développement artistique un peu compliqué puisque comme je l’annonçais dans le précédent billet c’était la dessinatrice Afua Richardson qui devait produire les planches avant de passer la main à un autre dessinateur… qui jeta également l’éponge. Au final c’est exactement la même équipe qui rempile avec donc Nate Powell aux pinceaux et une harmonie graphique conservée. Lorsque l’album s’ouvre rien ne semble avoir changé, montrant que l’objectif des auteurs n’est pas de créer un récit mais bien de rendre compte d’évènements précis. Cela crée une complexité documentaire déjà vue dans le précédent triptyque lorsque s’entament des débats politiques entre les tenants de différentes lignes de conduite. Dans tout mouvement de lutte il y a des désaccords et celui des droits civiques n’échappa pas à cela avec l’apparition marquante – et traumatisante pour Lewis – des Black Panther qui assumèrent la séparation entre deux peuples américains, le refus de se soumettre à une domination blanche, l’affirmation d’une fierté noire (principe que l’on retrouve aujourd’hui dans la lutte pour les droits des minorités sexuelles) et surtout, le basculement d’un combat éminemment chrétien parti des églises à une lutte des classes où les noirs sont considérés comme l’incarnation du prolétaire. La conscription pour le Vietnam fut un élément déclencheur qui marginalisa les tenants de la non-violence et décida d’entamer la lutte politique séparément du grand Parti Démocrate.Amazon.fr - Run - Aydin, Andrew, Lewis, John, Fury, L., Powell, Nate -  Livres

Il est toujours aussi passionnant de se replonger dans cette histoire pas si lointaine d’une nation Etats-unienne qui dans ces deux décennies sortit d’un conservatisme réactionnaire pour s’ouvrir à un idéal de melting-pot. Comme la présence de vétérans de guerres (39-45 ou Algérie chez nous) permet de réaliser la réalité choquante ce qu’on nous relate, celle de John Lewis (dont il s’agit, rappelons-le, des mémoires) nous rappelle à chaque page que tout ce qu’on nous montre s’est bien passé, même si on a du mal à le croire. A la lecture de cette dense BD on doute toujours d’avoir vu passer huit ans durant un noir dans le Bureau ovale cinquante ans seulement après ces évènements tant ce pays vient de (très) loin. Avec cet héritage, après Trump on se demande comment cette Nation fait pour tenir ensemble. En attendant on attend avec impatience la conclusion de cette série sur l’émergence du mouvement politique noir.

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*****·East & West·Jeunesse·Nouveau !

Wynd #1: L’envol du Prince

Premier tome en 260 pages d’une trilogie écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution le 20/08/2021 aux éditions Urban Comics, collection Kids.

Un vent de changement

Coup de coeur! (1)

Wynd pourrait être un adolescent classique, s’il ne vivait pas à Tubeville, une enclave qui isole le dernier royaume humain d’un monde empli de créatures magiques malfaisantes et difformes. Recueilli très jeune par Madame Molly et sa fille Olyve, Wynd donne un coup de main au Noir de Jet, l’échoppe tenue par Molly, et profite de la moindre accalmie en cuisine pour s’éclipser sur les toits, et observer de loin les jardins royaux, car il n’est pas indifférent au charme de Ronsse, l’apprenti jardinier.

Cependant, Wynd cache un secret qui lui gâche la vie: ses oreilles pointues, signe qu’il appartient aux Sang-Blet, réceptacles d’une magie corruptrice dont les humains doivent s’éloigner à tout prix. Le jeune garçon doit donc dissimuler sa nature véritable à tout moment, sous peine d’être traqué et tué par les soldats du Roi, dont le plus redoutable est celui que l’on nomme l’Écorché, dont l’efficacité notoire a causé la mort de nombreux sang-blet qui tentaient de trouver une vie normale dans l’enceinte de Tubeville.

De son côté, Ronsse, l’apprenti jardinier, rend visite à son ami d’enfance le prince Yorik, qui va devoir très bientôt devoir reprendre les rênes du royaume et perpétuer les Lois du Sang et l’épuration ethnique qui en constituent la base. Mais un complot se trame pour l’accession au trône, et Yorik n’est plus en sécurité. Yorik, Ronsse, Wynd et Olyve vont se retrouver embarqués dans une quête effrénée pour quitter Tubeville devenue inhospitalière, afin de rallier Norport.

Remarqué pour son passage sur Batman et Justice League, James Tynion IV livre une œuvre plus personnelle et nous introduit à un univers original empruntant à la fantasy. Dès les premiers chapitres, l’auteur parvient à mettre en lumière un protagoniste attachant et un casting cohérent qui fonctionne parfaitement sur l’ensemble de l’album, et promet même une épopée enrichissante sur les deux autres tiers de la trilogie.

L’album sait prendre son temps pour nous familiariser avec ses héros, les enjeux et les règles de son univers, et faisant preuve d’une étonnante maturité dans ses dialogues et dans le traitement de la psychologie des personnages.

Avec subtilité et sans forceps, le scénariste imprègne son histoire de la thématique essentielle de l’acceptation de soi, mais aussi de celle de la quête d’identité. Les univers fantasy sont souvent le terrain propice à la parabole sur le racisme, et Wynd en fait ici les frais, ce qui donne une profondeur supplémentaire à cette série qui montre déjà de grandes qualités d’écriture.

Michael Dialynas nous emmène dans des décors parfois intimistes, parfois grandioses, avec des paysages urbains mais aussi une nature sauvage et indomptée, empli de créatures bigarrées, qui peuvent se révéler majestueuses, effrayantes ou attendrissantes.

Wynd est donc une sacré bonne surprise, le seul point négatif, et il n’est toutefois pas des moindres, c’est qu’il va falloir attendre la suite !!

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Infidel

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Histoire complète en 154 pages, écrite par Pornsak Pichetshote et dessinée par Aaron Campbell. Parution en France chez Urban Comics le 08/10/2021 dans la collection Indies.

Le bombe samaritain

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La seule chose de radicale chez Aisha, c’est le changement de vie qu’elle a opéré il y a peu. Quittant le domicile d’une mère intransigeante, elle a laissé le New Jersey pour s’installer avec son compagnon Tom à News York. Tom vit avec sa mère, Leslie, ainsi qu’avec sa fille Kris, qui a retrouvé en Aisha la figure maternelle qu’elle a perdue plus jeune.

La cohabitation n’a pas été aisée entre Aisha et Leslie, mais il semblerait que les deux femmes soient parvenues à se parler, ce qui a permis à la belle-mère de ne pas camper sur ses aprioris culturels et ses biais racistes. Cependant, tout n’est pas rose pour Aisha, qui est hantée par des cauchemars oppressants, sans savoir à qui en parler. Craignant de passer pour une folle aux yeux de la femme qu’elle s’évertue à convaincre, le jeune musulmane garde pour elle son malaise, tandis que les visions et apparitions se font de plus en plus proches, de plus en plus tangibles, de plus en plus poisseuses.

Il faut dire aussi que le passé récent de l’immeuble donne du grain à moudre à tous ceux qui voient les hijabs et les tapis de prières comme d’inquiétants signes d’altérité invasive. En effet, il y a quelques mois seulement, une bombe y a explosé, concoctée par un homme musulman qui s’était radicalisé de manière isolée.

Sept morts représentent bien évidemment autant de raisons d’haïr l’auteur du crime, seulement, voilà, la haine a pour elle une certaine voracité, et ne s’arrête jamais à sa première victime. Les habitants de l’immeuble, chacun retranché chez lui, scrutent Aisha et tous les autres habitants non-blancs avec un mélange de crainte et de mépris, alors que la jeune femme sent l’influence morbide prendre son assise. Jusqu’au drame inévitable.

Les hijabs de la nuit

Récits de genre et critique sociale ne sont pas nécessairement antinomique, loin de là. Et pourtant, aux yeux du grand public, il aura fallu un certain temps pour associer les deux, et admettre qu’une histoire peut incorporer des éléments de genre, en l’occurrence l’horreur, tout en explorant des facettes de notre société qui donnent à réfléchir.

Il y a quelques années de ça, le film Get Out, de Jordan Peele, faisait sensation par son traitement d’un symptôme américain, le racisme, par le prisme de l’horreur. Comble du comble, l’auteur mettait en lumière un héros afro-américain, pris au piège d’une méchante famille WASP qui en avait après ce qu’il était, ce qui le définissait aux yeux de cette société biaisée par des considérations génétiques. Le ton était résolument satirique, la mise en scène choc, pour un résultat subversif qui en a fait un classique instantané. Cette production avait aussi pour intérêt non négligeable, outre sa critique d’une société américaine marquée par le racisme, de mettre au ban les poncifs de l’horreur, voulant que le personnage noir dans un groupe donné (ou par extension, tout autre communauté non blanche) soit souvent le premier à mourir.

Gageons que Jordan Peele aura fait des émules, puisque Infidel puise directement dans cette même veine, afin de renverser les poncifs, dans le but de traiter de la problématique du racisme en Amérique. Fait significatif, les deutéragonistes, Aisha et Médina, sont musulmanes, ce qui est assez rare pour être souligné (le seule autre occurrence qui me vient à l’esprit est Khamala Khan, alias Miss Marvel). Confrontées au jugement, à la bigoterie et à la xénophobie de leurs concitoyens, elles ont du chacune forger leur caractère, pour pouvoir y faire face, de la manière qui leur est propre. L’auteur profite donc de la situation pour glisser, de façon parfois assez évidente, il faut l’avouer, des réflexions pertinentes sur le racisme, et la façon dont il peut s’insinuer dans les valeurs, les discours, et les actes de tout un chacun.

Car ces biais racistes peuvent aller jusqu’à être inconscients, ce qui les rend d’autant plus difficiles à combattre et à éradiquer. Dans Infidel, le racisme devient une allégorie, manifestée sous la forme de spectres vengeurs et monstrueux, prêts à mutiler tous ceux qui se mettent en travers de leur route. Le fond de l’intrigue, m’a rappelé le dogme gnostique comme on pouvait le voir traité dans Wounds , évitant, de peu, les poncifs sataniques du genre.

Malgré les écueils potentiels, la caractérisation fonctionne, de même que les dialogues, fluides et naturels. En cherchant bien, cependant, on peut reprocher le petit déséquilibre qui existe au niveau du focus, accordé initialement à Aisha, mais recentré au forceps sur Médina, raison pour laquelle j’évoquais plus haut des deutéragonistes, et non une seule protagoniste.

Côté graphique, les superbes et dérangeants dessins d’Aaron Campbell rendent parfaitement l’ambiance glauque et poisseuse qui sied à ce type de récit. On regrette cependant un découpage assez peu engageant, et une mise en scène plutôt figée.

Infidel reste malgré tout un récit d’horreur efficace, traitant habilement du racisme sans compromettre l’une ni l’autre.

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Green Lantern Legacy

Histoire complète en 126 pages, écrite par Minh Lê et dessinée par Andie Tong. Parution en France le 10/09/2021 aux éditions Urban Comics, dans la collection Urban Link.

En plein jour ou dans la nuit noire…

Tai Phan est un adolescent américain typique. Passionné de dessin, gentil et attentionné, il a tissé des liens très étroits avec sa grand-mère Kim, qui, après avoir émigré du Viêt-Nam vers les États-Unis, a ouvert une boutique, qui est devenue au fil des décennies la clef de voûte communautaire. La grand-mère de Tai est une femme sage et respectée dans tout le quartier, auquel elle a consacré beaucoup de temps. Mais même les icônes ne sont pas éternelles, et Kim, âgée, finit par quitter ce monde, laissant à Tai un héritage bien singulier: l’anneau de jade qu’elle portait constamment au doigt, et qui semble avoir des propriétés toutes particulières…

Ce que Tai va découvrir avec stupéfaction, c’est que la bague de sa mère-grand n’était pas une simple babiole, mais un des objets les plus puissants de l’univers DC: un anneau de pouvoir, alimenté par la Batterie Verte de la Volonté. Kim était donc, à l’insu de tous, membre du corps des Green Lanterns, milice intergalactique chargée par les Gardiens de l’Univers de faire régner l’ordre et la paix dans chaque galaxie.

Choisi à son tour par l’anneau, Tai est désormais doté d’un pouvoir limité seulement par son imagination. C’est donc une double épreuve qui se profile pour le jeune garçon: faire le deuil de cette grand-mère adorée dont il découvre peu à peu le véritable passé, et maîtriser les pouvoirs de l’anneau afin de se montrer digne de son héritage. Car Kim était un membre éminent des Lanternes Vertes, qui a protégé des années durant la Terre de la convoitise de Sinestro, un Lantern renégat doté de l’anneau jaune, matérialisation de la Peur.

Les ennuis de Tai ne s’arrêtent pas là, puisque la vie à Coast City n’a jamais été de tout repos pour les minorités ethniques. Harcelé par des bigots et des racistes, Tai sent monter en lui la tentation d’user de son pouvoir pour rectifier quelques injustices. Sera-t-il assez courageux pour respecter le serment des Green Lanterns ?

Affaires de famille

L’univers DC, au fil de décennies d’existence, fut marqué par un phénomène finalement assez commun dans les comics, à savoir la question transgénérationnelle et la transmission des identités secrètes. On peut citer en exemples le personnage de Flash, qui a connu pas moins de trois générations de héros, qui se sont transmis sinon les pouvoirs, du moins le titre. Ces noms-héritages se retrouvent aussi, dans une moindre mesure, chez Green Lantern, dont le nom représente pas moins de quatre ou cinq personnages distincts, sans parler du corps lui-même qui compte des milliers de membres.

L’idée du passage de flambeau est donc très présente dans les comics, sans doute motivée par leur longévité exceptionnelle (plus de 80 ans maintenant) et donc par la nécessité d’apporter au lectorat des personnages dans lesquels ils peuvent se projeter. Bien souvent, l’héritier commence l’aventure comme un novice naïf, qui ignore tout de l’univers dans lequel il s’apprête à plonger et le découvre peu à peu, ce qui en fait un substitut idéal pour les jeunes lecteurs.

Proposer une version hors-continuité du personnage en en faisant un adolescent se révèle donc assez logique de ce point de vue. L’auteur y a ensuite implémenté une part importante de son propre vécu, puisqu’il traite des difficultés d’intégration pour les communautés émigrées, et du fléau du racisme et de la xénophobie.

Thématiquement, immigration, identité transgénérationnelle et héritage culturel vont opportunément de pair avec les voyages interstellaires et l’aspect cosmique induit par le lore des Green Lanterns. En effet, comme chacun sait, les lanternes sont toutes alimentées par une émotion en fonction de leur couleur (vert=volonté, bleu=espoir, indigo=compassion, orange=avarice, rouge=colère, rose=amour et jaune=peur).

Il est donc finalement très cohérent que l’armée des Green Lanterns, cosmopolite et composée d’espèces vivantes toutes différentes, soit armée du pouvoir donné par la volonté et le courage, alors que les ennemis, motivés par la peur, créent la division en disant rechercher l’ordre. Il n’est pas étonnant, à ce titre, de voir la couleur jaune savamment reliée aux personnages racistes qui essaiment dans GLL, ou que le nom de l’antagoniste commence par un X. Si l’on cherche bien, on s’aperçoit également que l’auteur y va de sa critique de la gentrification, avec ce même personnage qui tente de racheter un quartier communautaire dans le but de le « réhabiliter ».

Le tout est donc habilement écrit, centré autour des personnages, mais contient tout de même quelques poncifs, pas nocifs, mais qui prêteraient tout de même les lecteurs les plus désabusés à sourire. Green Lantern Legacy remanie donc utilement le personnage en utilisant des thèmes sociétaux cruciaux, dans un habillage estampillé jeunesse qui demeure toutefois agréable à lire.

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Peaux-épaisses

La BD!

Histoire complète en 96 pages, adaptée du roman de Roman Genefort. Au scénario, Serge Le Tendre, Pasquale Frisenda au dessin. La parution est le fruit de la collaboration entre les éditions Critic et les Humanoïdes Associés, le 12/05/2021.

Tanneurs des étoiles

Depuis des décennies, Lark est un redoutable mercenaire, qui écume tous les théâtres de guerre de l’univers connu. Cependant, depuis quelques temps, Lark se ramollit, sa conscience le ronge et il culpabilise d’avoir participé à tous ces massacres. Le mercenaire éhonté repense aux siens, le clan Nomaral, qu’il a quitté il y a bien longtemps pour mener cette vie solitaire et sanguinaire.

Malgré son apparence normale, bien que burinée par la guerre, il se trouve que les origines de Lark sont bien particulières. Il fait partie des Peaux-épaisses, une engeance génétiquement modifiée dont les propriétés physiques, principalement la peau, leur permettent de survivre au vide spatial et aux conditions extrêmes qu’il induit.

Utilisés pour les travaux périlleux durant la conquête spatiale, les Peaux-épaisses ont fini par tomber en désuétude et sont devenus des sortes de trophées de collection pour riches désabusés, qui les ont traqués et massacrés pour se faire ensuite des combinaisons spatiales de leurs peaux.

Lark, quant à lui, s’est fait retirer son épiderme spécial et a quitté son clan, qui a ensuite disparu dans les limbes intergalactiques. Mais un message crypté lui parvient, bien des années plus tard, laissant penser que les Nomaral ont besoin de lui. Lark va donc rompre les rangs et se mettre à la recherche des siens, sans savoir que la mega-corporation Colexo est également sur leurs traces. Le reste de l’aventure sera donc une course-poursuite spatiale entre Lark et l’un des anciens camarades, le cruel Roko Greach, qui souhaite faire d’une pierre deux coups en se vengeant des Nomaral puis en revendant leurs peaux…

Quelle est la mesure d’un transhumain ?

Nous sommes ici en présence d’un space-opéra bâti sur des concepts familiers de la SF. En effet, la science-fiction, grâce aux avancées technologiques qu’elle propose dans ses œuvres, est le terrain idéal pour projeter des notions philosophiques et éthiques d’aujourd’hui. Ici, le transhumanisme et l’édition génétique servent de prétexte pour explorer le racisme et la cupidité humaine.

Ces thèmes font également écho dans des classiques tels que Blade Runner et ses Réplicants, I,Robot et ses androïdes, La Planète des Singes, X-men, Underworld, et bien d’autres exemples encore. Ici, les Peaux-épaisses finissent par s’émanciper du joug des humains qui les exploitaient, mais doivent ensuite se cacher afin de se soustraire à leur cruauté. Ils ont formé une culture singulière, qui n’est qu’effleurée dans l’album, et adopté un mode de vie reclus en adéquation avec leurs particularités.

Au fil de l’album, on trouve en parallèle du racisme le thème de l’acceptation de soi, puisque Lark est allé jusqu’à se mutiler dans le but de passer pour un humain, et en devenant mercenaire, il a troqué une servitude contre une autre, plus avilissante encore. Malheureusement, ces débats sont quelque peu sacrifiés au profit de l’action, l’intrigue étant davantage centrée sur la course-poursuite que sur le besoin interne de Lark de se reconnecter avec ce qu’il est.

En parlant d’intrigue, il est possible qu’elle ait souffert du travail d’adaptation, puisque, sans toutefois spoiler, les motivations véritables de la Colexo, qui sont révélées en fin d’album, entrent quelque peu en contradiction avec ce que l’on sait des Nomaral, notamment le fait qu’ils vivent reclus.

La partie graphique assurée par Pasquale Frisenda reste dans une veine classique de la BD SF, avec un fort gout de métal hurlant. Le tout est un album aux thématiques fascinantes, qui ne sont abordées que de façon superficielle au profit de l’action.

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Omni #2: Éveillée

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Second tome de la série Omni, avec Devin Grayson et Melody Cooper au scénario, Giovanni Valeta, Enid Balam, et Alitha Martinez au dessin. Parution le 03/02/2021 aux éditions des Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Omni-potence

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Cecelia Cobbina, jeune médecin se découvrant des capacités intellectuelles soudainement décuplées. Ce phénomène, nommé « l’ignition« , a touché plusieurs personnes de par le monde, leur octroyant diverses capacités surnaturelles, que l’on découvre dans la série Ignited, se déroulant dans le même univers.

Après avoir appris à maîtriser ses nouvelles facultés, Cecelia a pris la tête d’Omni, une organisation dédiée au recrutement des Ignited, ces êtres extraordinaires, recherchés par certains, craints et détestés par d’autres. Malgré la vitesse fulgurante de sa pensée, Cecelia aura tout de même du mal à mener à bien sa mission, contrariée par les plans antagonistes d’organisations concurrentes et motivations bien sinistres.

A chaque Yin son Yang

Cecelia, aidée de son amie Mae, partant donc en road trip afin de localiser et encadrer les Ignited dont les pouvoirs se révèlent de par le monde. Cependant, leur quête va les mettre en opposition avec Gary Herrick, agent du gouvernement, mais aussi avec le Front Patriotique Européen, dont les idéaux racistes se répandent chaque jour un peu plus. Si l’on ajoute à ça les attaques dirigées contre les Ignited, vous comprendrez que notre jeune prodige à fort à faire.

Comme nous l’évoquions dans la chronique du premier tome, il n’est pas aisé d’écrire un personnage doué d’un intellect hors-nome de façon crédible. Jusque-là, Cecelia remplissait le cahier des charges, faisant preuve de déductions logiques cohérentes représentant adéquatement ses capacités.

Cet aspect est malheureusement atténué dans ce second tome. Les déductions à la Sherlock ont laissé la place à une démonstration plus basique de son intelligence, sans pour autant tomber dans le cliché ni le techno-blabla. Toutefois, comme pour les autres séries de l’univers H1 Comics, Omni ne centre pas son propos sur les seules capacités de sa protagoniste, fussent-elles prodigieuses. La série oriente donc ses thématiques autour de problématiques sociales et environnementales, dont l’urgence se fait ici sentir avec toujours plus d’acuité.

Le scénario, guise de fil-rouge, continue d’explorer le background lié aux Ignited, et met sur la route de Cecelia quelqu’un qui pourrait bien être son égal. Attention, nous ne sommes pas ici sur un affrontement Holmes/Moriarty, mais l’on sent bien que la complémentarité Cece/Herrick sera de mise lorsque le scénario l’exigera.

Ce second tome d’Omni voit donc le concept de base s’affaiblir quelque peu, en faveur d’un discours engagé autour de thématiques fortes.

****·BD·Documentaire·Nouveau !·Service Presse

La Force de l’Ordre

Le Docu du Week-End

One-shot de 100 pages, adapté du livre éponyme de Didier Fassin, qui est ici assisté par Frédéric Debomy au scénario, et Jake Raynal au dessin. Parution le 2/10/20 aux éditions Seuil-Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Monopole de la violence légitime

Il est fascinant (voire parfois fascisant) de réaliser que le crime est en soi un phénomène endogène à toute société. En effet, c’est du concept même de société et de civilisation, propre à l’Homme, que découle celui de Loi, et donc, par voie direct de conséquence, celui de crime.

En effet, le crime n’existe pas dans l’état de Nature, et l’on ne saurait reprocher au lion d’avoir étripé une gazelle. C’est donc tout le paradoxe que l’Homme s’impose à lui-même et qui détermine son comportement avec les autres.

Dans un monde toujours plus complexe, parcouru de nos jungle civilisées, une question devient récurrente: qui est la gazelle, qui est le lion ? Dans un système rejetant et condamnant la violence des individus, qui peut se prévaloir d’une violence légitime ?

Suis-je le gardien de la Paix ?

La sociologie nous apporte des pistes de réflexions intéressantes. L’Etat, cette entité intangible et supérieure à la somme de ses parties, a bel et bien le monopole de la violence légitime sur son territoire. Il est paradoxal de penser que pour maintenir la paix dans une société, il faille parfois recourir à la violence. De ce point de vue, il semblerait que ce soit la raison d’être d’institutions étatiques telles que l’armée ou la police. Violenter pour protéger, protéger en violentant, voilà un sacerdoce oxymorique qui pourrait expliquer les heurts récents et la défiance actuelle envers elles.

Didier Fassin a accompagné une Brigade Anticriminalité (BAC) durant deux ans afin de mieux en appréhender le fonctionnement, les enjeux et les difficultés. En effet, beaucoup de problématiques liées aux forces de l’ordre se cristallisent autour de ces BAC, connues pour leur virulence et pour les frictions avec les habitants de certaines zones urbaines.

Ce que le professeur a découvert s’éloigne radicalement de l’imagerie véhiculée tant par la fiction que par les médias, et tend à dépeindre un quotidien morne, un ordre social maintenu par des agents partagés entre la désillusion et la pression institutionnelle.

Face à ces découvertes édifiantes, les a priori d’un lecteur peu familier du domaine judiciaire/pénal en seront certainement ébranlés. Loin du manichéisme généralement de rigueur sur les chaines de la TNT, les auteurs font la retranscription d’un système conçu pour reproduire les inégalités, favorisant ainsi la perpétuation d’un cycle sans fin de violence.

Servi favorablement par la transition graphique, l’ouvrage choc de Didier Fassin est à diffuser largement. Plus vous pensez savoir ce qu’il se passe entre les jeunes de cité et les policiers, dans la rue et au commissariat, plus il est urgent pour vous de lire cette BD/ce livre.