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Wynd #1: L’envol du Prince

Premier tome en 260 pages d’une trilogie écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution le 20/08/2021 aux éditions Urban Comics, collection Kids.

Un vent de changement

Coup de coeur! (1)

Wynd pourrait être un adolescent classique, s’il ne vivait pas à Tubeville, une enclave qui isole le dernier royaume humain d’un monde empli de créatures magiques malfaisantes et difformes. Recueilli très jeune par Madame Molly et sa fille Olyve, Wynd donne un coup de main au Noir de Jet, l’échoppe tenue par Molly, et profite de la moindre accalmie en cuisine pour s’éclipser sur les toits, et observer de loin les jardins royaux, car il n’est pas indifférent au charme de Ronsse, l’apprenti jardinier.

Cependant, Wynd cache un secret qui lui gâche la vie: ses oreilles pointues, signe qu’il appartient aux Sang-Blet, réceptacles d’une magie corruptrice dont les humains doivent s’éloigner à tout prix. Le jeune garçon doit donc dissimuler sa nature véritable à tout moment, sous peine d’être traqué et tué par les soldats du Roi, dont le plus redoutable est celui que l’on nomme l’Écorché, dont l’efficacité notoire a causé la mort de nombreux sang-blet qui tentaient de trouver une vie normale dans l’enceinte de Tubeville.

De son côté, Ronsse, l’apprenti jardinier, rend visite à son ami d’enfance le prince Yorik, qui va devoir très bientôt devoir reprendre les rênes du royaume et perpétuer les Lois du Sang et l’épuration ethnique qui en constituent la base. Mais un complot se trame pour l’accession au trône, et Yorik n’est plus en sécurité. Yorik, Ronsse, Wynd et Olyve vont se retrouver embarqués dans une quête effrénée pour quitter Tubeville devenue inhospitalière, afin de rallier Norport.

Remarqué pour son passage sur Batman et Justice League, James Tynion IV livre une œuvre plus personnelle et nous introduit à un univers original empruntant à la fantasy. Dès les premiers chapitres, l’auteur parvient à mettre en lumière un protagoniste attachant et un casting cohérent qui fonctionne parfaitement sur l’ensemble de l’album, et promet même une épopée enrichissante sur les deux autres tiers de la trilogie.

L’album sait prendre son temps pour nous familiariser avec ses héros, les enjeux et les règles de son univers, et faisant preuve d’une étonnante maturité dans ses dialogues et dans le traitement de la psychologie des personnages.

Avec subtilité et sans forceps, le scénariste imprègne son histoire de la thématique essentielle de l’acceptation de soi, mais aussi de celle de la quête d’identité. Les univers fantasy sont souvent le terrain propice à la parabole sur le racisme, et Wynd en fait ici les frais, ce qui donne une profondeur supplémentaire à cette série qui montre déjà de grandes qualités d’écriture.

Michael Dialynas nous emmène dans des décors parfois intimistes, parfois grandioses, avec des paysages urbains mais aussi une nature sauvage et indomptée, empli de créatures bigarrées, qui peuvent se révéler majestueuses, effrayantes ou attendrissantes.

Wynd est donc une sacré bonne surprise, le seul point négatif, et il n’est toutefois pas des moindres, c’est qu’il va falloir attendre la suite !!

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Infidel

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Histoire complète en 154 pages, écrite par Pornsak Pichetshote et dessinée par Aaron Campbell. Parution en France chez Urban Comics le 08/10/2021 dans la collection Indies.

Le bombe samaritain

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La seule chose de radicale chez Aisha, c’est le changement de vie qu’elle a opéré il y a peu. Quittant le domicile d’une mère intransigeante, elle a laissé le New Jersey pour s’installer avec son compagnon Tom à News York. Tom vit avec sa mère, Leslie, ainsi qu’avec sa fille Kris, qui a retrouvé en Aisha la figure maternelle qu’elle a perdue plus jeune.

La cohabitation n’a pas été aisée entre Aisha et Leslie, mais il semblerait que les deux femmes soient parvenues à se parler, ce qui a permis à la belle-mère de ne pas camper sur ses aprioris culturels et ses biais racistes. Cependant, tout n’est pas rose pour Aisha, qui est hantée par des cauchemars oppressants, sans savoir à qui en parler. Craignant de passer pour une folle aux yeux de la femme qu’elle s’évertue à convaincre, le jeune musulmane garde pour elle son malaise, tandis que les visions et apparitions se font de plus en plus proches, de plus en plus tangibles, de plus en plus poisseuses.

Il faut dire aussi que le passé récent de l’immeuble donne du grain à moudre à tous ceux qui voient les hijabs et les tapis de prières comme d’inquiétants signes d’altérité invasive. En effet, il y a quelques mois seulement, une bombe y a explosé, concoctée par un homme musulman qui s’était radicalisé de manière isolée.

Sept morts représentent bien évidemment autant de raisons d’haïr l’auteur du crime, seulement, voilà, la haine a pour elle une certaine voracité, et ne s’arrête jamais à sa première victime. Les habitants de l’immeuble, chacun retranché chez lui, scrutent Aisha et tous les autres habitants non-blancs avec un mélange de crainte et de mépris, alors que la jeune femme sent l’influence morbide prendre son assise. Jusqu’au drame inévitable.

Les hijabs de la nuit

Récits de genre et critique sociale ne sont pas nécessairement antinomique, loin de là. Et pourtant, aux yeux du grand public, il aura fallu un certain temps pour associer les deux, et admettre qu’une histoire peut incorporer des éléments de genre, en l’occurrence l’horreur, tout en explorant des facettes de notre société qui donnent à réfléchir.

Il y a quelques années de ça, le film Get Out, de Jordan Peele, faisait sensation par son traitement d’un symptôme américain, le racisme, par le prisme de l’horreur. Comble du comble, l’auteur mettait en lumière un héros afro-américain, pris au piège d’une méchante famille WASP qui en avait après ce qu’il était, ce qui le définissait aux yeux de cette société biaisée par des considérations génétiques. Le ton était résolument satirique, la mise en scène choc, pour un résultat subversif qui en a fait un classique instantané. Cette production avait aussi pour intérêt non négligeable, outre sa critique d’une société américaine marquée par le racisme, de mettre au ban les poncifs de l’horreur, voulant que le personnage noir dans un groupe donné (ou par extension, tout autre communauté non blanche) soit souvent le premier à mourir.

Gageons que Jordan Peele aura fait des émules, puisque Infidel puise directement dans cette même veine, afin de renverser les poncifs, dans le but de traiter de la problématique du racisme en Amérique. Fait significatif, les deutéragonistes, Aisha et Médina, sont musulmanes, ce qui est assez rare pour être souligné (le seule autre occurrence qui me vient à l’esprit est Khamala Khan, alias Miss Marvel). Confrontées au jugement, à la bigoterie et à la xénophobie de leurs concitoyens, elles ont du chacune forger leur caractère, pour pouvoir y faire face, de la manière qui leur est propre. L’auteur profite donc de la situation pour glisser, de façon parfois assez évidente, il faut l’avouer, des réflexions pertinentes sur le racisme, et la façon dont il peut s’insinuer dans les valeurs, les discours, et les actes de tout un chacun.

Car ces biais racistes peuvent aller jusqu’à être inconscients, ce qui les rend d’autant plus difficiles à combattre et à éradiquer. Dans Infidel, le racisme devient une allégorie, manifestée sous la forme de spectres vengeurs et monstrueux, prêts à mutiler tous ceux qui se mettent en travers de leur route. Le fond de l’intrigue, m’a rappelé le dogme gnostique comme on pouvait le voir traité dans Wounds , évitant, de peu, les poncifs sataniques du genre.

Malgré les écueils potentiels, la caractérisation fonctionne, de même que les dialogues, fluides et naturels. En cherchant bien, cependant, on peut reprocher le petit déséquilibre qui existe au niveau du focus, accordé initialement à Aisha, mais recentré au forceps sur Médina, raison pour laquelle j’évoquais plus haut des deutéragonistes, et non une seule protagoniste.

Côté graphique, les superbes et dérangeants dessins d’Aaron Campbell rendent parfaitement l’ambiance glauque et poisseuse qui sied à ce type de récit. On regrette cependant un découpage assez peu engageant, et une mise en scène plutôt figée.

Infidel reste malgré tout un récit d’horreur efficace, traitant habilement du racisme sans compromettre l’une ni l’autre.

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Green Lantern Legacy

Histoire complète en 126 pages, écrite par Minh Lê et dessinée par Andie Tong. Parution en France le 10/09/2021 aux éditions Urban Comics, dans la collection Urban Link.

En plein jour ou dans la nuit noire…

Tai Phan est un adolescent américain typique. Passionné de dessin, gentil et attentionné, il a tissé des liens très étroits avec sa grand-mère Kim, qui, après avoir émigré du Viêt-Nam vers les États-Unis, a ouvert une boutique, qui est devenue au fil des décennies la clef de voûte communautaire. La grand-mère de Tai est une femme sage et respectée dans tout le quartier, auquel elle a consacré beaucoup de temps. Mais même les icônes ne sont pas éternelles, et Kim, âgée, finit par quitter ce monde, laissant à Tai un héritage bien singulier: l’anneau de jade qu’elle portait constamment au doigt, et qui semble avoir des propriétés toutes particulières…

Ce que Tai va découvrir avec stupéfaction, c’est que la bague de sa mère-grand n’était pas une simple babiole, mais un des objets les plus puissants de l’univers DC: un anneau de pouvoir, alimenté par la Batterie Verte de la Volonté. Kim était donc, à l’insu de tous, membre du corps des Green Lanterns, milice intergalactique chargée par les Gardiens de l’Univers de faire régner l’ordre et la paix dans chaque galaxie.

Choisi à son tour par l’anneau, Tai est désormais doté d’un pouvoir limité seulement par son imagination. C’est donc une double épreuve qui se profile pour le jeune garçon: faire le deuil de cette grand-mère adorée dont il découvre peu à peu le véritable passé, et maîtriser les pouvoirs de l’anneau afin de se montrer digne de son héritage. Car Kim était un membre éminent des Lanternes Vertes, qui a protégé des années durant la Terre de la convoitise de Sinestro, un Lantern renégat doté de l’anneau jaune, matérialisation de la Peur.

Les ennuis de Tai ne s’arrêtent pas là, puisque la vie à Coast City n’a jamais été de tout repos pour les minorités ethniques. Harcelé par des bigots et des racistes, Tai sent monter en lui la tentation d’user de son pouvoir pour rectifier quelques injustices. Sera-t-il assez courageux pour respecter le serment des Green Lanterns ?

Affaires de famille

L’univers DC, au fil de décennies d’existence, fut marqué par un phénomène finalement assez commun dans les comics, à savoir la question transgénérationnelle et la transmission des identités secrètes. On peut citer en exemples le personnage de Flash, qui a connu pas moins de trois générations de héros, qui se sont transmis sinon les pouvoirs, du moins le titre. Ces noms-héritages se retrouvent aussi, dans une moindre mesure, chez Green Lantern, dont le nom représente pas moins de quatre ou cinq personnages distincts, sans parler du corps lui-même qui compte des milliers de membres.

L’idée du passage de flambeau est donc très présente dans les comics, sans doute motivée par leur longévité exceptionnelle (plus de 80 ans maintenant) et donc par la nécessité d’apporter au lectorat des personnages dans lesquels ils peuvent se projeter. Bien souvent, l’héritier commence l’aventure comme un novice naïf, qui ignore tout de l’univers dans lequel il s’apprête à plonger et le découvre peu à peu, ce qui en fait un substitut idéal pour les jeunes lecteurs.

Proposer une version hors-continuité du personnage en en faisant un adolescent se révèle donc assez logique de ce point de vue. L’auteur y a ensuite implémenté une part importante de son propre vécu, puisqu’il traite des difficultés d’intégration pour les communautés émigrées, et du fléau du racisme et de la xénophobie.

Thématiquement, immigration, identité transgénérationnelle et héritage culturel vont opportunément de pair avec les voyages interstellaires et l’aspect cosmique induit par le lore des Green Lanterns. En effet, comme chacun sait, les lanternes sont toutes alimentées par une émotion en fonction de leur couleur (vert=volonté, bleu=espoir, indigo=compassion, orange=avarice, rouge=colère, rose=amour et jaune=peur).

Il est donc finalement très cohérent que l’armée des Green Lanterns, cosmopolite et composée d’espèces vivantes toutes différentes, soit armée du pouvoir donné par la volonté et le courage, alors que les ennemis, motivés par la peur, créent la division en disant rechercher l’ordre. Il n’est pas étonnant, à ce titre, de voir la couleur jaune savamment reliée aux personnages racistes qui essaiment dans GLL, ou que le nom de l’antagoniste commence par un X. Si l’on cherche bien, on s’aperçoit également que l’auteur y va de sa critique de la gentrification, avec ce même personnage qui tente de racheter un quartier communautaire dans le but de le « réhabiliter ».

Le tout est donc habilement écrit, centré autour des personnages, mais contient tout de même quelques poncifs, pas nocifs, mais qui prêteraient tout de même les lecteurs les plus désabusés à sourire. Green Lantern Legacy remanie donc utilement le personnage en utilisant des thèmes sociétaux cruciaux, dans un habillage estampillé jeunesse qui demeure toutefois agréable à lire.

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Peaux-épaisses

La BD!

Histoire complète en 96 pages, adaptée du roman de Roman Genefort. Au scénario, Serge Le Tendre, Pasquale Frisenda au dessin. La parution est le fruit de la collaboration entre les éditions Critic et les Humanoïdes Associés, le 12/05/2021.

Tanneurs des étoiles

Depuis des décennies, Lark est un redoutable mercenaire, qui écume tous les théâtres de guerre de l’univers connu. Cependant, depuis quelques temps, Lark se ramollit, sa conscience le ronge et il culpabilise d’avoir participé à tous ces massacres. Le mercenaire éhonté repense aux siens, le clan Nomaral, qu’il a quitté il y a bien longtemps pour mener cette vie solitaire et sanguinaire.

Malgré son apparence normale, bien que burinée par la guerre, il se trouve que les origines de Lark sont bien particulières. Il fait partie des Peaux-épaisses, une engeance génétiquement modifiée dont les propriétés physiques, principalement la peau, leur permettent de survivre au vide spatial et aux conditions extrêmes qu’il induit.

Utilisés pour les travaux périlleux durant la conquête spatiale, les Peaux-épaisses ont fini par tomber en désuétude et sont devenus des sortes de trophées de collection pour riches désabusés, qui les ont traqués et massacrés pour se faire ensuite des combinaisons spatiales de leurs peaux.

Lark, quant à lui, s’est fait retirer son épiderme spécial et a quitté son clan, qui a ensuite disparu dans les limbes intergalactiques. Mais un message crypté lui parvient, bien des années plus tard, laissant penser que les Nomaral ont besoin de lui. Lark va donc rompre les rangs et se mettre à la recherche des siens, sans savoir que la mega-corporation Colexo est également sur leurs traces. Le reste de l’aventure sera donc une course-poursuite spatiale entre Lark et l’un des anciens camarades, le cruel Roko Greach, qui souhaite faire d’une pierre deux coups en se vengeant des Nomaral puis en revendant leurs peaux…

Quelle est la mesure d’un transhumain ?

Nous sommes ici en présence d’un space-opéra bâti sur des concepts familiers de la SF. En effet, la science-fiction, grâce aux avancées technologiques qu’elle propose dans ses œuvres, est le terrain idéal pour projeter des notions philosophiques et éthiques d’aujourd’hui. Ici, le transhumanisme et l’édition génétique servent de prétexte pour explorer le racisme et la cupidité humaine.

Ces thèmes font également écho dans des classiques tels que Blade Runner et ses Réplicants, I,Robot et ses androïdes, La Planète des Singes, X-men, Underworld, et bien d’autres exemples encore. Ici, les Peaux-épaisses finissent par s’émanciper du joug des humains qui les exploitaient, mais doivent ensuite se cacher afin de se soustraire à leur cruauté. Ils ont formé une culture singulière, qui n’est qu’effleurée dans l’album, et adopté un mode de vie reclus en adéquation avec leurs particularités.

Au fil de l’album, on trouve en parallèle du racisme le thème de l’acceptation de soi, puisque Lark est allé jusqu’à se mutiler dans le but de passer pour un humain, et en devenant mercenaire, il a troqué une servitude contre une autre, plus avilissante encore. Malheureusement, ces débats sont quelque peu sacrifiés au profit de l’action, l’intrigue étant davantage centrée sur la course-poursuite que sur le besoin interne de Lark de se reconnecter avec ce qu’il est.

En parlant d’intrigue, il est possible qu’elle ait souffert du travail d’adaptation, puisque, sans toutefois spoiler, les motivations véritables de la Colexo, qui sont révélées en fin d’album, entrent quelque peu en contradiction avec ce que l’on sait des Nomaral, notamment le fait qu’ils vivent reclus.

La partie graphique assurée par Pasquale Frisenda reste dans une veine classique de la BD SF, avec un fort gout de métal hurlant. Le tout est un album aux thématiques fascinantes, qui ne sont abordées que de façon superficielle au profit de l’action.

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Omni #2: Éveillée

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Second tome de la série Omni, avec Devin Grayson et Melody Cooper au scénario, Giovanni Valeta, Enid Balam, et Alitha Martinez au dessin. Parution le 03/02/2021 aux éditions des Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Omni-potence

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Cecelia Cobbina, jeune médecin se découvrant des capacités intellectuelles soudainement décuplées. Ce phénomène, nommé « l’ignition« , a touché plusieurs personnes de par le monde, leur octroyant diverses capacités surnaturelles, que l’on découvre dans la série Ignited, se déroulant dans le même univers.

Après avoir appris à maîtriser ses nouvelles facultés, Cecelia a pris la tête d’Omni, une organisation dédiée au recrutement des Ignited, ces êtres extraordinaires, recherchés par certains, craints et détestés par d’autres. Malgré la vitesse fulgurante de sa pensée, Cecelia aura tout de même du mal à mener à bien sa mission, contrariée par les plans antagonistes d’organisations concurrentes et motivations bien sinistres.

A chaque Yin son Yang

Cecelia, aidée de son amie Mae, partant donc en road trip afin de localiser et encadrer les Ignited dont les pouvoirs se révèlent de par le monde. Cependant, leur quête va les mettre en opposition avec Gary Herrick, agent du gouvernement, mais aussi avec le Front Patriotique Européen, dont les idéaux racistes se répandent chaque jour un peu plus. Si l’on ajoute à ça les attaques dirigées contre les Ignited, vous comprendrez que notre jeune prodige à fort à faire.

Comme nous l’évoquions dans la chronique du premier tome, il n’est pas aisé d’écrire un personnage doué d’un intellect hors-nome de façon crédible. Jusque-là, Cecelia remplissait le cahier des charges, faisant preuve de déductions logiques cohérentes représentant adéquatement ses capacités.

Cet aspect est malheureusement atténué dans ce second tome. Les déductions à la Sherlock ont laissé la place à une démonstration plus basique de son intelligence, sans pour autant tomber dans le cliché ni le techno-blabla. Toutefois, comme pour les autres séries de l’univers H1 Comics, Omni ne centre pas son propos sur les seules capacités de sa protagoniste, fussent-elles prodigieuses. La série oriente donc ses thématiques autour de problématiques sociales et environnementales, dont l’urgence se fait ici sentir avec toujours plus d’acuité.

Le scénario, guise de fil-rouge, continue d’explorer le background lié aux Ignited, et met sur la route de Cecelia quelqu’un qui pourrait bien être son égal. Attention, nous ne sommes pas ici sur un affrontement Holmes/Moriarty, mais l’on sent bien que la complémentarité Cece/Herrick sera de mise lorsque le scénario l’exigera.

Ce second tome d’Omni voit donc le concept de base s’affaiblir quelque peu, en faveur d’un discours engagé autour de thématiques fortes.

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La Force de l’Ordre

Le Docu du Week-End

One-shot de 100 pages, adapté du livre éponyme de Didier Fassin, qui est ici assisté par Frédéric Debomy au scénario, et Jake Raynal au dessin. Parution le 2/10/20 aux éditions Seuil-Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Monopole de la violence légitime

Il est fascinant (voire parfois fascisant) de réaliser que le crime est en soi un phénomène endogène à toute société. En effet, c’est du concept même de société et de civilisation, propre à l’Homme, que découle celui de Loi, et donc, par voie direct de conséquence, celui de crime.

En effet, le crime n’existe pas dans l’état de Nature, et l’on ne saurait reprocher au lion d’avoir étripé une gazelle. C’est donc tout le paradoxe que l’Homme s’impose à lui-même et qui détermine son comportement avec les autres.

Dans un monde toujours plus complexe, parcouru de nos jungle civilisées, une question devient récurrente: qui est la gazelle, qui est le lion ? Dans un système rejetant et condamnant la violence des individus, qui peut se prévaloir d’une violence légitime ?

Suis-je le gardien de la Paix ?

La sociologie nous apporte des pistes de réflexions intéressantes. L’Etat, cette entité intangible et supérieure à la somme de ses parties, a bel et bien le monopole de la violence légitime sur son territoire. Il est paradoxal de penser que pour maintenir la paix dans une société, il faille parfois recourir à la violence. De ce point de vue, il semblerait que ce soit la raison d’être d’institutions étatiques telles que l’armée ou la police. Violenter pour protéger, protéger en violentant, voilà un sacerdoce oxymorique qui pourrait expliquer les heurts récents et la défiance actuelle envers elles.

Didier Fassin a accompagné une Brigade Anticriminalité (BAC) durant deux ans afin de mieux en appréhender le fonctionnement, les enjeux et les difficultés. En effet, beaucoup de problématiques liées aux forces de l’ordre se cristallisent autour de ces BAC, connues pour leur virulence et pour les frictions avec les habitants de certaines zones urbaines.

Ce que le professeur a découvert s’éloigne radicalement de l’imagerie véhiculée tant par la fiction que par les médias, et tend à dépeindre un quotidien morne, un ordre social maintenu par des agents partagés entre la désillusion et la pression institutionnelle.

Face à ces découvertes édifiantes, les a priori d’un lecteur peu familier du domaine judiciaire/pénal en seront certainement ébranlés. Loin du manichéisme généralement de rigueur sur les chaines de la TNT, les auteurs font la retranscription d’un système conçu pour reproduire les inégalités, favorisant ainsi la perpétuation d’un cycle sans fin de violence.

Servi favorablement par la transition graphique, l’ouvrage choc de Didier Fassin est à diffuser largement. Plus vous pensez savoir ce qu’il se passe entre les jeunes de cité et les policiers, dans la rue et au commissariat, plus il est urgent pour vous de lire cette BD/ce livre.

***·BD·Nouveau !·Rapidos

Luminary #2: Black power

La BD!
BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2020), 120 p., série en cours, 2 vol. paru.

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Privé de ses pouvoirs, Darby se retrouve seul et sans ressources dans un monde hostile. Il trouve refuge dans un squat de junkies où il trouve un réconfort inattendu. Côtoyant la misère, il ne réalise pas les évènements graves qui se produisent alors qu’une véritable guerre civile couve entre noirs et blancs depuis la mise en accusation des Black Panther pour l’explosion de la clinique polytraumatique de New-York…

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryLuminary avait été un de mes coups de cœur de l’année passée tant ce premier gros opus transpirait l’inspiration des séries sures de leur réussite. Et bien pour ne pas faire durer le suspens le second tome, malgré une magnifique couverture d’un graphisme et d’une efficacité  folle, déçoit assez fortement… Plus haut on est monté plus dure est la chute comme on dit, tout au long de la lecture de cet album de transition (je crois que la série est prévue en trois tomes de cent-vingt pages tout de même, soit l’équivalent de quatre albums) on a le sentiment que Luc Brunschwig laisse le frein à main en souhaitant ménager ses effets après une conclusion du premier volume tonitruante. L’auteur aime parle du social et de politique, il aime parle des pauvres, des démunis, des parias. En proposant l’histoire d’un infirme bossu, d’une prostituée junkie et d’un jeune noir dans une Amérique uchronique très raciste il sait tenir la face sombre et dense de son histoire de super-héros. Malheureusement si dans l’introduction l’équilibre était parfait entre ces deux faces, on bascule dans « Black power » dans une chronique sociale pure où la plus grande noirceur des films américains des années soixante-dix ressurgit violemment. C’est intéressant bien que très nihiliste (un Fabien Nury aurait pu écrire ce scénario)… mais sur l’équivalent de presque trois albums cela fait beaucoup et hormis la conspiration militaire qui aboutit au gros (et efficace) coup de théâtre de l’album on finit par se lasser. La promesse de Black panther n’arrive jamais vraiment et l’histoire de cette junkie se liant avec le personnage principal a du mal à passionner. Le propos du premier volume était éminemment politique et l’on perd cet aspect en même temps que pratiquement toute la charge fantastique qui revient dans les toutes dernières pages sans plus qu’on l’attende.

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryCôté graphique si le trait et la technique sont toujours aussi forts, avec une variété de tons jouant sur différentes époques pour proposer une belle variété de mise en couleur, niveau découpage c’est également très sage. Finies les cases en étoile et autres explosions qui déstructuraient magnifiquement les doubles pages. Dans ce récit classique on a droit à un cadrage classique jusqu’au retour de Luminary qui désorganise ces cases sur la fin. L’esthétique générale reste tout à fait impressionnante quand on connait la propriété rebelle de l’aquarelle (comparez les planches de Stephane Perger avec celles de Dustin Nguyen sur Descender pour vous en rendre compte) et le dessinateur peut produire des visions magnifiques à tout moment… et notamment lorsque surgit le fantastique! Les pages de chapitre empruntées aux épisodes de comics suffisent à montrer la puissance graphique de l’auteur.

L’équilibre entre le grand spectacle et l’intime et réflexif est toujours compliqué à trouver dans les BD de genre. Alan Moore ou M. Night Shyamalan ont montré depuis longtemps que c’est par le fonds que les œuvres super-héroïques se hissaient au chef d’œuvre. Luc Brunschwig connait ses gammes et s’intéresse aux humains abimés avant tout, c’est tout à son honneur. Il reste que ce second volume souffre d’un manque de souffle, d’un rythme parfait qu’il avait su trouver dans le précédent avec cette narration en décompte. On attend les moments forts que les quelques scènes d’action ne parviennent pas à combler et le pathos très lourd du squat et de la prostituée semblent un peu trop appuyés dans une BD dont ce n’est pas le sujet. Du coup on survole à peine le très réussi personnage de Mila et on finit par se lasser du langage de prolo qui accroche la lecture à force de contractions. Le réveil des dernières pages semble un peu tardif et l’on espère que ce n’est là qu’un petit loupé intermédiaire avant un épilogue grandiose.

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#Blacklivesmatter: la ségrégation aux USA en BD

Actu

Le sujet n’est pas nouveau, les crimes racistes aux Etats-unis parsèment l’histoire du pays sans que l’on ne voit de changement fondamental poindre. La mort de George Floyd a provoqué une vague de fonds sans précédent dans le pays mais également dans le monde. Pour m’associer modestement à ce combat de dénonciation je voulais vous signaler quelques billets du blog traitant d’albums de grande qualité qui abordent frontalement la question raciale aux Etats-unis, du documentaire historique au fantastique…

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Doggybags 15: Mad In America

Quinzième album de la série d’anthologie du Label 619 des éditions Ankama. 120 planches réparties sur trois récits, avec RUN et Peter Klobcar au scénario, Jérémie Gasparutto, Ludovic Chesnot et Klobcar au dessin. Sortie le 29/05/2020.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

 

I had a nightmare

L’Amérique est une nation jeune, mais dont l’histoire recèle suffisamment de strates morbides pour alimenter les histoires les plus acerbes et les plus critiques. RUN et son Label 619 régurgitent ici les lieux communs des pulps et du courant Grindhouse, pour mettre en exergue le pan le plus sombre de l’histoire des États-Unis d’Amérique: le racisme, qui remonte jusqu’aux racines mêmes de cet empire hégémonique.

En effet, les États-Unis se sont bâtis grâce à des vagues successives d’immigration, à commencer par les Pionniers, et ont , comme d’autres nations dont ils ne sont finalement qu’un transfuge, tiré leur prospérité en grande partie grâce à l’esclavage des femmes et des hommes noirs dont les ancêtres avaient été extraits de leurs terres natales africaines.

Bien que l’esclavage fut aboli après la Guerre Civile, il n’en demeure pas moins que de nombreux états américains, les perdants de la guerre, ont conservé en leur sein un esprit revanchard, une défiance systématique envers le pouvoir fédéral, et bien évidemment, un racisme non dissimulé envers les citoyens noirs. Lorsqu’on construit une nation sur des bases aussi gangrénées, il n’est pas étonnant d’assister encore aujourd’hui, à des conflits sociétaux, voire à des violences.

L’autre pan historique amenant la controverse, et sur lequel ce Mad In America repose, est le rapport des États-Unis aux armes. Là encore, l’explication se retrouve dans la genèse de ce pays qui s’est construit sur la conquête et la violence, les nouveaux habitants ayant longtemps conservé le besoin de se défendre dans un vaste pays où le pouvoir bénéfique et régulateur de la Loi a eu bien du mal à s’imposer. Le droit de porter et d’utiliser des armes est inscrit dans le Second Amendement de la sacro-sainte Constitution Américaine, si bien qu’encore aujourd’hui, il est pratiquement impossible à tout dirigeant politique, tout Président qu’il fût, de contrevenir ou même d’espérer abroger cet amendement en s’opposant aux tous-puissants lobbies des armes. C’est notamment ce qui explique le nombre élevé de tueries de masse aux États-Unis. Conjuguez ces deux phénomènes (oppression des afro-américains et disponibilité des armes) et vous obtenez des rivières de sang, qui pour le coup, a toujours la même couleur, quelle que soit la personne qui le verse.

Pulp Frictions

La première histoire de ce numéro 15 de Doggybags Manhunt, nous plonge dans l’enfer marécageux du bayou de Louisiane, un soir où Sidney se retrouve, et c’est un euphémisme, en fâcheuse posture. Pris en chasse et capturé par deux rednecks, il est sur le point d’être pendu, dans ce qui s’apparente vraisemblablement à un lynchage en bonne et due forme. Toutefois, on le sait, dans le bayou, rôdent des créatures à mêmes de transformer les rednecks eux-mêmes en proie, et Sidney va devoir une fois de plus courir pour sauver sa vie.

La seconde partie, Conspi-racism, traite à la fois du racisme et de l’insidieuse thématique du complotisme. Après une nouvelle tuerie de masse dans une église, le médiatique Alex Jones, gourou abreuvant ses millions de followers de théories conspirationnistes, concocte une nouvelle sortie haineuse pour dénoncer ce qu’il pense être une manœuvre du gouvernement américain pour abroger le 2e Amendement. C’est sans compter sur l’inspecteur Witko, qui, las que ces élucubrations influencent néfastement son fils, décide de prendre les choses en main.

La troisième et dernière partie de cette anthologie s’intitule Héritage et met en scène une vengeance, comme héritage mortifère de l’histoire de l’Amérique profonde.

Les trois histoires ont en commun un ton décomplexé, des traits graphiques exagérés, confinant parfois à la caricature. Le but est sans doute de confronter le lecteur à ce qu’il y a de plus vil dans la Bannière Étoilée, et, conformément au cahier des charges de Doggybags, les auteurs n’hésitent pas à appuyer leur propos à grand renfort de gore et de violence déchaînée.

Cette quinzième excursion fantasmée dans l’horreur bien réelle du racisme en Amérique tient ses promesses, un pierre de plus à l’édifice du Label 619.

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Ma fille, mon enfant.

Récit complet en 96 pages, écrit et dessiné par David Ratte, parution le 05/02/2020 aux éditions Grand Angle.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Au milieu des failles temporelles, des orcs et autres apocalypses programmées, il est parfois salutaire de reposer un peu les pieds sur Terre pour se pencher sur les sujets qui agitent nos sociétés au quotidien. C’est ce que nous invite à faire David Ratte au travers de l’élégant album Ma fille, mon enfant.

Pas de ça chez nous

Chloé est une adolescente parmi d’autres à qui la vie semble sourire. Certes, elle a raté son bac, mais elle n’en demeure pas moins une jeune fille espiègle et pleine de vie. On peut dire que ses relations familiales sont épanouissantes, même si elle doit souvent composer avec le caractère atrabilaire de sa mère, Catherine. Cependant, l’unité de la cellule familiale sera mise à mal lorsque Chloé affichera ce que Catherine considère comme une grave offense, une transgression impardonnable: elle sort avec Abdelaziz, jeune homme issu de l’immigration. Mère et fille vont alors s’opposer, puis se déchirer, jusqu’à ce que leur lien périclite.

Racisme pas si ordinaire

Toute la délicatesse de Ma fille, mon enfant réside dans son traitement du sujet omniprésent qu’est le racisme, non pas dans ses coups d’éclats dramatiques, mais plutôt dans son expression la plus sournoise, celle du quotidien, fait de petites remarques assénées au détour d’une pause café ou de préjugés élaborés au sein du foyer. David Ratte dépeint des personnages sincères, utiles, et touchants par leur réalisme, qui se débattent avec tout ce qui divise actuellement notre société.

Catherine, dépeinte comme une femme acariâtre, déballe au fil de l’album tous les travers qu’entraîne l’idéologie raciste dans le discours d’une personne. L’auteur du Voyage des pères n’hésite pas à convoquer tous les items en lien avec l’islamophobie et le racisme en général (le copain arabe « intégré » servant de fausse caution morale, les idées reçues sur la culture et la religion, Charlie Hebdo, les caricatures…) tout cela pour mener à un triste constat: alors que Catherine pense protéger sa fille de ce qu’elle considère comme une menace, elle ne fait que s’aliéner son enfant, jusqu’à détruire complètement leur relation.

Toutefois, au travers des épreuves de la vie que David Ratte impose à ses personnages, Catherine sera amenée à reconsidérer ses priorités, sans forcément, d’ailleurs, recalibrer son système de valeurs ni ses préjugés au passage. Ce faisant, l’auteur montre que l’espoir existe, bien qu’il exige un travail de longue haleine auprès de chaque génération.

Ma fille, mon enfant, de David Ratte, est une chronique édifiante sur le thème du racisme, traité par le prisme d’une relation mère/fille. A lire !