****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Hammerdam #1

BD de Enrique Fernandez
Ankama (2021), 40 p. série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Lorsque le marteau magique vint se planter dans la bourgade d’Hammerdam tout le monde convergea pour tenter sa chance, en vain… Jusqu’au jour où une fillette ressentit l’appel et souleva la masse. La légende veut que le porteur du marteau voit sa vie changée. Bientôt rejointe par une troupe d’être aussi farfelus que puissants, elle partit à l’appel de l’aventure…

Peut être un dessin animéPeu connu du grand public, Enrique Fernandez est pourtant une pointure dans le dessin espagnol, doté d’un univers graphique très particulier prenant à la fois de l’Animation jeunesse et aux manga en mode Super-Deformed. Très impressionné par les aperçus de ses BD publiées depuis une quinzaine d’années j’ai participé au Crowdfunding de sa série solo Brigada et ait été un peu échaudé par une narration très complexe. L’arrivée d’une nouvelle série originale chez Ankama était l’occasion de voir si la double casquette posait un vrai problème à l’auteur ou si la simplification du registre jeunesse lui correspondait plus.

Et bien rassurez-vous car ce premier tome d’une nouvelle série s’inscrit tout à fait dans le cadre du conte en jouissant de la folie de l’univers unique de Fernandez. Si l’ouverture reprend l’habitude cryptique de l’auteur avec bien peu d’explications et des cases sans bulles, rapidement on comprend que les différents personnages et histoires autour de ce marteau vont converger pour constituer une troupe bigarrée totalement destinée à satisfaire le public jeune auquel l’album se destine. Car outre les dessins crayonnés qui rappellent le talent visuel indéniable de l’auteur, c’est l’imaginaire foutraque qui transpire de ce monde qui éblouit: ici un loup au pouvoir multiplicateur incontrôlé, là une héroïne indomptable, une fée prisonnière et une troupe d’archers-clones … tout ce petit monde va aider la jeune Melina dans sa quête alors que se lancent déjà contre eux des adversaires puissants et des effets magiques aux conséquences imprévisibles!

La richesse et la liberté graphique d’Enrique Fernandez plairont absolument aux enfants même si elles peuvent dérouter. Maniant différentes techniques, colorisations, cadrage et découpage, il nous immerge dans un monde foisonnant dont le seul risque est qu’une imagination folle ne noie le récit. Ce n’est pas le cas dans cette ouverture qui fonctionne parfaitement et donne bigrement envie de découvrir comment les amis de Melina vont pouvoir l’aider et où va la mener sa quête.

A partir de 8 ans.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos

UCC Dolores #3: Cristal rouge

La BD!
BD de Didier et Lyse Tarquin
Glénat (2021), 62p., premier cycle achevé en volumes.

bsic journalism

Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Kash gravement blessé et sans pilote pour mener le Dolorès à bon port, Mony va bientôt découvrir l’origine de cette folle quête du cristal rouge, son passé et la véritable nature des Nouveaux pionniers…

Résultat de recherche d'images pour "tarquin cristal rouge"C’est peu de dire que cette première série en solo de Didier Tarquin a fait le yo-yo avec nos envies. Annoncé en grande pompe comme une saga de Space-opera majeure, le premier tome avait démarré un peu lentement et le second avait franchement déçu… Et je suis ravi de vous dire que ce troisième tome conclusif du premier cycle (un second est déjà annoncé avec la couverture du prochain tome) redresse franchement la barre pour donner suffisamment envie de continuer l’aventure.

Les problèmes scénaristiques ne sont pas totalement résolus avec nombre de points toujours très obscures, notamment en ce qui concerne le background (sans parler des libertés avec la physique qu’on excusera dans une œuvre de space-opera à la star-wars). Les auteurs (puisque le couple Tarquin est aux commandes de l’histoire) ont eu la bonne idée de nous proposer un gros flashback introductif tout ce qu’il y a de plus musclé, gore et sexy, en résumé de l’esprit qui prévaut sur cette série depuis le premier volume. Outre le fait de nous révéler enfin l’origine de ce vaisseau et de sa figure de proue, éclairant grandement l’intrigue générale, ce flashback permet l’apparition (enfin) d’un grand méchant et de donner une respiration à une narration jusqu’ici très (trop) linéaire. L’histoire peut ensuite reprendre sur de bonnes bases en proposant donc sans aucun doute le meilleur tome de la trilogie.

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/b2/06/be/12453554/1520-2/tsp20201026070300/UCC-Dolores.jpgA tarder ainsi à dérouler les tenants et aboutissants de leur histoire les auteurs se sont retrouvés dans la situation d’un Georges Lucas contraint de tout balancer dans son Star Wars Episode III pour avoir gaspillé son temps sur les épisodes précédents. On a un peu le même sentiment ici et la bonne nouvelle c’est d’une part que Didier et Lyse Tarquin ont respecté le format en trois tomes avec cerise sur le gâteau une chute à la fois gonflée et très ouverte pour la suite, mais surtout qu’ils semblent être conscients du retard à l’allumage. Comme album solo Cristal rouge est franchement réussi dans son aspect révélations, trahisons et combat final. Ce n’est pas suffisant pour corriger les lacunes précédentes mais l’univers et les personnages installés permettront de bien belles choses pour la suite.

Regorgeant de bonnes idées et d’une classe dans la mise en scène que l’on connaît chez Didier Tarquin, ce volume expédie un peu vite l’affrontement final contre un adversaire visuellement proche d’un monstre de manga et bien cracra. Le plaisir à dessiner des paysages, des costumes et vaisseaux est évident et contagieux avec le lecteur. Depuis le premier tome seul le pilote permettait un ajout salutaire au duo héroïque, ce qui faisait bien peu. Ici on est bien plus généreux et l’interaction entre personnages s’en trouve bien meilleure, préparant l’achèvement de la transformation de sœur Mony en Captain Bad-ass.

On pardonnera donc à ces scénaristes débutants une origin-story un peu longue qui aurait pu se dérouler en deux volumes. Cristal rouge n’est pas exempt de défauts et de facilités mais respire une liberté créatrice qui fait plaisir et un esprit sale gosse exempt de toute censure que l’on ne voit plus depuis pas mal de temps en BD franco-belge. De quoi souhaiter bon-vent à monsieur et madame Tarquin et leur héroïne pour la suite de leurs aventures.

****·BD·Nouveau !

Sa majesté des ours #1: les colonnes de Garuda

La BD!

 

BD de Vatine, Dobbs et Cassegrain
Comixburo (2020). 56 p., série en cours.

Très belle couverture et maquette élégante comme toujours chez Comixburo. Album simple avec vernis sélectif. Une édition canalBD avec couverture originale a été tirée à 1400 exemplaires, avec cahier graphique. Vu le travail graphique de Cassegrain cette édition doit être tout à fait sympathique…

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Lorsqu’un corps humain est repêché sur les rivages du royaume de Valencyre, le roi ours décide d’envoyer une délégation diplomatique auprès du seigneur des Oiseaux: le réveil d’une menace ancienne semble confirmé et il faudra l’alliance bien incertaine des peuples de la mer de sang pour affronter ce danger qui guette…

Sa majesté des ours #1, la critique | une Case en plusDepuis le diptyque Tao Bang, achevé dans la douleur, le duo Vatine/Cassegrain rêvait de se reformer pour repartir sur des aventures fantasy dans des décors et des paysages grandioses. L’expérience de Didier Cassegrain sur un Conan nous a montré une nouvelle fois son attrait et son amour des grands espaces et des armures rouillées. Entre-temps un certain Game of Thrones est passé par là, colorant tout projet de fantasy d’une touche de politique complexe.

Annoncé depuis quelques temps et ne jouissant pas de la vitesse du process industriel de la grande saga Delcourt, Sa majesté des ours risque de pâtir de la concurrence avec Les 5 Terres. A la lecture de ce premier tome introductif on sent pourtant de vraies qualités narratives ne serait-ce que dans la volonté d’aller vite. En quelques pages on apprend beaucoup de choses sur le background, la géopolitique de ce monde et des secrets familiaux qui auront à coup sur des incidences sur la marche de l’histoire. Le jeune prince est envoyé en mission avec son maître d’armes et son amie d’enfance et partenaire d’entraînement suite à une révélation fantastique faite au roi des ours. Dès la première séquence on découvre le frère chef de guerre très méfiant envers une reine versée dans les arts noirs, un amour d’enfance d’un prince confronté à ses devoirs diplomatiques, et maints autres agents de l’Etat partis donc à la grande aventure. Une fois quittés les palais froids des Ours on vogue sur des mers dangereuses et découvre des panorama grandioses dignes de toutes belle aventure de fantasy.

His majesty of the bears - volume 1 - the columns of Garuda - ATTAKUS  CollectionLe seul point négatif de cet album repose sur des planches étrangement sombres et ternes. On avait déjà constaté un effet estompé dû à la technique utilisée par Didier Cassegrain. Cela ne pose pas forcément problème dans les intérieurs des palais et discussions nocturnes mais les scènes de jour ne sont pas plus lumineuses. C’est fort dommage car le dessinateur sait jouer des clairs-obscures comme le montre la superbe couverture aux designs d’entrelacs médiévaux. Le design général est superbe et nous emporte dans un monde fantastique aux créatures animalières anthropomorphes permettant pas mal de possibilités scénaristiques dans les scènes d’actions. Les auteurs ont vu grand et nous emportent dans leur souffle avec des dialogues et galeries de personnages tout à fait intéressants.

On ne sais au final pas grand chose à la conclusion de cet album techniquement irréprochable qui connaît ses codes et oublie de nous ennuyer en soulevant suffisamment de portes pour nous donner envie de continuer sur de nombreux albums. Le risque avec Vatine et Cassegrain est justement de voir trop court. Cette aventure mérite de la place. Espérons qu’ils donneront à Kodiak et son équipée cet espace et la lumière nécessaires pour rendre Sa majesté des Ours incontournable dans les années à venir.

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

300 Grammes

Histoire complète en 144 pages noir et blanc, écrite par Damien Marie et dessinée par Karl T. Parution le 25/09/2020 aux éditions Kamiti. Album préfinancé su la plateforme de crowdfungind Ulule avec un bilan de 439% du financement initial.

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Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

Pirates et Danaïdes

Agnès arpente les rues malfamées d’Amsterdam depuis plus longtemps qu’elle ne saurait se souvenir. Survivant parmi les petites gens et les orphelins, elle va de petites combines en gros trafics, noyant ses turpitudes dans l’Épicine.

L’Épicine est une drogue très puissante, connue de quelques rares initiés à Amsterdam. Hautement addictive, elle fait voyager ses utilisateurs dans des paradis artificiels qu’il n’aspire ensuite qu’à retrouver. Agnès ne fait pas exception et trempe dans toutes sortes de transactions louches afin de pouvoir soutenir sa consommation.

Cependant, la jeune femme intrépide, aux abois, va conclure un marché de dupe pour 300 grammes, et se retrouvera poursuivi par une troupe de bandits prêts à lui faire la peau. Jusqu’où ira Agnès pour sauver sa peau ? Continuera-t-elle à fuir son passé alors que son avenir est des plus sombre ?

Triangle des Bermudes

Tandis qu’Agnès se débat avec ses propres problèmes, se joue autre chose, une quête menée par d’autres initiés et dont la jeune femme pourrait représenter la clé.

Avec 300 Grammes, les auteurs nous offrent un voyage physique, mais aussi temporel et spirituel. En effet, le récit, qui nous emmène aux Caraïbes après nous avoir fait explorer Amsterdam, entremêle les temporalités, comme pour refléter la perdition dans laquelle s’enfonce l’héroïne. Ses errances sont donc aussi celles du lecteur, qui doit maintenir son attention pour reconstituer l’odyssée d’Agnès.

Violence, cruauté, il s’agit bel et bien d’un monde de pirates, toutefois Damien Marie superpose à cet univers de forbans une dimension ésotérique très intéressante, mystérieuse et bien amenée. A cela s’ajoute une intrigue épistolaire parallèle, racontant la quête du descendant d’un des personnages de l’intrigue principale, fort bien écrite et complétant parfaitement le tableau.

Pour sublimer cette épopée mythologique, le dessin de Karl T utilise un trait impeccable taillé pour le noir et blanc. L’artiste nous bluffe par la qualité de ses plans et de ses personnages, surprend par ses décors et met la cerise sur le gâteau grâce son encrage.

300 Grammes est une excellente découverte, qui nous démontre qu’un ouvrage de qualité peut être porté par un éditeur capable de sortir des sentiers battus !

**·Comics·Nouveau !·Rétro

Batman: last knight on earth

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Comic de Scott Snyder et Greg Capullo
Urban (2020) – (DC (2019), one-shot.

L’album est paru dans la collection Black label de DC. Il comprend un texte introductif relatant le contexte éditorial dans lequel paraît cette histoire, étrangement découpée en trois livres de neuf chapitres.

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Bruce Wayne se réveille, ligoté dans une chambre blanche. Un étrange docteur au sourire appuyé lui dit qu’il est enfin soigné et sorti de son délire paranoïaque. Toutes ces années il s’est construit une image mentale de vengeur masqué, terré dans une folie que les psy d’Arkham n’étaient jamais parvenu à réduire…

Batman : Last Knight on Earth - BD, informations, cotesCe pitch est génial, et l’album commence franchement bien, nous plongeant immédiatement dans un doute que la publication de ce one-shot dans le black label avait toutes les raisons de confirmer… Hélas! Très clairement le logo noir apposé sur la couverture est absolument non pertinente tant il n’y a aucune différence d’approche entre ce livre et les précédentes productions de Snyder et Capullo. Comme beaucoup j’imagine, j’espérais que les auteurs profiteraient de la spécificité de la collection pour produire leur grand œuvre, un projet adulte chargé de changer notre regard sur le Dark Knight avec une prise de risque sur un récit innovant. L’idée est folle et aurait dû être poussée. Car depuis des années nombre de récits du Batman nous instillent le doute sur sa santé mentale, nombre d’auteurs travaillent sur cette question, celle de l’identité de Wayne, traumatisé, de son double maléfique aux cheveux verts et sur l’aberration de ce bestiaire impossible à Gotham. Ce sous-texte rend les histoires de Batman les plus intéressantes pour les conteurs et pour les lecteurs et récemment Sean Murphy est parvenu à pousser assez loin cette idée. Les premières pages de Last knight on earth nous poussent dans cette direction (avec une superbe couverture comme toujours!), celle d’une réalité réveillée nous expliquant comment Wayne a transformé tel personnel d’Arkham en méchant et sa propre identité idéalisée en Chevalier noir… Mais cela ne dure que quelques pages, avant de retomber dans les délires Dcesques proches de ce que Snyder a créé sur Metal.

Ten Page Preview of Batman: Last Knight On Earth by Scott Snyder ...Rien ne nous est proposé pour lier les deux parties, malgré un récit coupé sur plusieurs temporalités et complexifié sans raison, comme Snyder aime le faire. Rapidement on découvre une dystopie reprenant l’idée d’Old Man Logan, avec un double maléfique de Batman (on commence à connaître…) suite à l’intervention (encore une) de Darkseid. Le fait de voir des versions alternatives et abîmées de Wonder Woman, Superman et d’autres personnages est toujours sympathique et Greg Capullo sait toujours aussi bien produire des planches à la fois lisibles et dynamiques. Mais rapidement l’histoire devient lourde, trop hachée, répétitive et surtout sans explication intéressante. On en ressort avec une grande impression de gâchis et la certitude que Snyder n’est plus capable que de recycler ses formules sans grande créativité, se reposant sur le talent de son comparse… qui ferait bien de refléchir à la suite de sa carrière s’il ne veut pas s’enterrer dans son couple qui n’a plus rien à dire.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Lone sloane – Babel

La BD!

BD de Xavier Cazaux-Zago et Dimitri Avramoglou
Glénat (2020), 78 p. one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’album s’ouvre sur une préface de Druillet expliquant son envie de laisser « libre de droit » le personnage de Sloane, permettant à de jeunes artistes de réinventer sa création. De fait cet album est né de sa rencontre avec l’artiste Dimitri Avramoglou et la participation au scénario de Serge Lehman. L’ouvrage est paru également en grand format noir et blanc. L’édition classique est estampillée « édition spéciale » dotée de la jaquette assez classique chez Glénat comportant une affiche une fois l’intérieur déplié.

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L’Écume avance inexorablement, dévorant les mondes et annonçant la fin de tout… Un mystérieux émissaire est envoyé réclamer l’aide du plus grand conquérant et voyageur qui ait jamais existé: Sloane. Retiré des soubresauts de l’univers il va partir en quête de la légendaire bibliothèque de Babel, seule à même, dit-on, de contrer la menace ultime…

https://www.ligneclaire.info/wp-content/uploads/2020/01/Lone-Sloane-800x1062.jpg.webpPère fondateur du légendaire magazine Métal Hurlant qui révolutionna la Bande-dessinée en en faisant un média adulte avec la postérité qu’on lui connait, Philippe Druillet a créé l’un des univers visuels les plus innovants et originaux qui soit dans les univers fantastiques du neuvième art. N’ayant jamais lu ses albums, l’initiative d’une réinvention par une jeune génération (la dernière publication de Druillet remonte à 1980!) m’a paru une bonne occasion pour monter sur le vaisseau du voyageur galactique…

La première chose qui saute aux yeux c’est l’univers graphique dantesque posé par le dessinateur, dont c’est la seconde publication BD (de même que son scénariste). Pour des débutants on peut dire que le projet, on ne peut plus casse-gueule, est maîtrisé! Le principal risque était de mécontenter la horde sauvage des fanatiques de Druillet qui ne se contenteront pas de l’adoubement du Maître et décrient, chose prévisible, l’éditeur pour une démarche présentée comme commerciale. Je n’hésite jamais sur ce blog à dénoncer certaines démarches qui me semblent peu respectueuses du lecteur ou des auteurs, y compris quand l’éditeur est partenaire du blog. Pour autant, lorsque un projet artistique permet à une nouvelle génération de découvrir d’autres œuvres, d’autres auteurs, et notamment des créateurs complexes je ne peux qu’applaudir. C’est le cas ici où sans tomber dans une pédagogie qui dénaturerait l’oeuvre inspirant, les auteurs parviennent à initier des nouveaux venus avec un véritable plaisir de lecture imaginaire et intellectuel.

Lone Sloane : Babel (0), bd chez Glénat de Cazaux-Zago, Avramoglou ...Babel est intelligent car outre de s’inspirer d’un grand créateur de mondes graphiques il convoque des références universelles telles que le Babel de Borgès et les grands héros de la littérature mondiale. Débordant d’envie et de générosité, Avramoglou détaille ses planches sans renier sa propre identité et dépasse pour moi la qualité graphique de Druillet en proposant une lisibilité plus grande à ces planches magistrales qui rappellent un des héritiers du créateur de Sloane, Olivier Ledroit. J’aime le space_opera grandiose dont Dune est sans doute l’aboutissement ultime et l’inspiration de tous. Les auteurs de Babel piochent plutôt chez Elric et la Dark Fantasy mise à la sauce spatiale. La démesure tordant l’espace et le temps, l’ambition d’un univers ayant dépassé les limites de la physique pour migrer vers des concepts fondamentaux rappellent l’étonnant projet sur Léonard de Vinci. Le personnage lui-même a inspiré de toute évidence un compère de Druillet, Jodorowsky et son Méta-Baron, guerrier ultime dont les aventures dessinées par Jimenez sont à la même échelle que ce Babel. Le texte narratif ampoulé au possible et confronté à des dialogues très… basiques font partie de l’univers, directement issus d’une volonté de rébellion, de liberté absolue née dans les pages de Métal-Hurlant.

Lone Sloane - Babel - BD, avis, informations, images, albums ...Je parlais d’initiation, cet ouvrage convoque donc la plupart des personnages des aventures passées de Sloane en évitant de perdre le lecteur. Chose hautement périlleuse  et qui donne envie de découvrir les albums originaux. Que peut-on demander de mieux? Babel nous fait ainsi découvrir un impressionnant jeune dessinateur, un univers magistral, une déconstruction graphique d’une élégance barbare folle en même temps qu’une ambition narrative qui fait refermer l’ouvrage avec le sentiment que tout cela est parfaitement cohérent. Projet donc totalement réussi, il ne reste plus qu’à demander aux gardiens du Temple un peu de tempérance et d’ouverture en comprenant que Druillet et ses personnages n’appartiennent pas qu’aux premiers lecteurs de Métal-Hurlant mais que les bébé-Lanfeust ont aussi le droit de découvrir les pères de la BD par ce type d’approche.

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***·East & West·Manga·Nouveau !·Rapidos

Samurai 8 – la légende de Hachimaru #1-2

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Manga de Masashi Kishimoto et Akira Okubo
Kana (2019), 200p./volume, série finie en 5 volumes (3 parus en France).

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Projet très ambitieux scénarisé par l’auteur de Naruto, cette série prévue au long court à dû s’arrêter abruptement après seulement cinq volumes parus. Dotée de gros défauts que l’on constate dès le premier tome, l’univers et les concepts graphiques sont néanmoins assez passionnants et dotés de grande qualités. Le démarrage rappelle par moment un autre auteur un peu barré qui avait proposé il y a pas mal d’années une oeuvre aussi impressionnante qu’incompréhensible: le Orion de Masamune Shirow.

Hachimaru est un jeune handicapé. Relié à une machine qui le maintient en vie, il passe ses journées dans les mondes virtuels des jeux vidéo, couvé par un père inquiet. Jusqu’au jour où survient un étrange chat samouraï qui l’enjoint à se faire seppuku pour montrer sa bravoure et de devenir un samouraï-cyborg…

Index of /uploads/manga/samurai-8-tales-of-hachimaru/chapters/1Dès les premières pages de Samuraï8 on tombe sur des marques du Shonen avec son jeune garçon chétif et un peu otaku, la relation à l’autre sexe qui oblige à sortir de ses habitudes, le sacrifice et la rébellion contre l’autorité traditionnelle… Outre des dessins plutôt dans le haut du panier, ce qui distingue cette série c’est son approche original des histoires de Bushido mêlant tradition et grosse SF lorgnant vers le cyberpunk! En effet, dans ce monde la plupart des personnages semblent être des cyborgs extrêmement sophistiqués et équipés de corps se régénérant dans un matériau malléable et pouvant adopter des formes changeantes, un peu comme la nano-armure d’Iron Man… Accompagnés par une sorte d’animal-totem leur procurant armement et protection, ils doivent utiliser leur âme, une sorte de boule d’énergie gardée dans leur abdomen pour activer un katana de puissance. Mine de rien ces idées permettent beaucoup de possibilités, d’abord en matière de design, très très élégant et de variation sur des thèmes moraux et philosophiques propres au code des Samouraï, parlant de corps et d’esprit, d’âme, de cœur, etc.

Le premier volume est, disons le franchement, très laborieux et nous perd par une accumulation d’événements, de changements de temporalité et de personnages avant que l’on ait le temps de comprendre où on a mis les pieds. L’éditeur ayant eu la bonne idée d’insérer un résumé et rappel des personnages au début du tome deux, je ne saurais que vous conseiller de démarrer directement au second volume qui donne toutes les explications bien plus posément et entame une intrigue de façon moins échevelée. L’irruption d’un méchant terriblement puissant et charismatique renforce l’attrait de cet épisode qui rassure sur le potentiel d’une série partie pour une quête entre les planètes pour éviter la destruction de l’univers, rien que ça!ᴀʏʀs on Twitter: "The first chapter of “Samurai 8: Hachimaruden ...

Sachant que la série s’est arrêtée prématurément j’espère vraiment que les auteurs sont parvenue à construire une intrigue correcte alors que la richesse du monde permettait un développement assez conséquent. Pour ma part après un premier tome qui m’a franchement ennuyé, je me suis bien régalé sur le second et continuerais volontiers jusqu’au bout pour assister à des combats qui s’annoncent titanesques et hautement originaux.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique

L’autoroute sauvage

BD du mercredi
BD de Mathieu Masmondet et Zhang Xiaoyu
Humanos (2019),  intégrale de 176 p.

couv_314577badge numeriqueNouvelle transposition d’un ouvrage de l’auteure SF Julia Verlanger chez les Humanos (après L’ange aux ailes de lumière, chroniqué sur le blog par Dahaka), l’Autoroute sauvage est un projet multimédia puisque écrit par le scénariste chevronné Mathieu Masmondet et en cours de production pour une version cinéma. Excellente nouvelle tant cette histoire faite de paysages naturels et de relations entre personnages peut donner un excellent métrage sans nécessiter un budget faramineux. L’intégrale (lue en numérique, je ne peux donc donner d’informations sur d’éventuels bonus) comprend les trois volumes de l’adaptation dessinée par l’excellent chinois Xiaoyu Zhang (dont on peut trouver des ouvrages chez Mosquito et dont le trait rappel l’un de ses compatriotes Dongzi Liu). Une édition fourreau est parue précédemment. Étrangement l’illustration de couverture, très jolie, tranche pas mal avec le dessin intérieur que reflétait mieux les couvertures originales.

Longtemps après la catastrophe, nous dit l’incipit… Après une attaque sur sa communauté privilégiée de l’ile de Porquerolles, Hélène voit sa sœur enlevée par une horde de sauvage. Lancée sur les routes de France vers Paris où est séquestrée sa frangine, elle affronte la violence sauvage de ce monde dévasté et réalise vite qu’elle doit trouver des alliés pour surmonter l’insurmontable. Lorsqu’elle rencontre le colosse Mo, presque muet, elle voit en lui le protecteur qui pourra l’aider à assouvir sa vengeance. Mais les  kilomètres de l’autoroute sauvage vont aussi les rapprocher…

L'Autoroute sauvage #1 | BoDoï, explorateur de bandes dessinées ...Le premier mérite de l’Autoroute sauvage est de se passer en France… Cette assertion peut paraître chauvine mais dans un monde archi-dominé par la culture anglo-saxonne au point de généraliser des titres d’ouvrages en anglais (stratégie d’exportation?) et où la quasi-totalité des invasions extra-terrestres se déroulent étrangement sur le continent américain, le déplacement d’une histoire type du genre post-apocalyptique en Europe et dans des lieux bien connus sonne presque comme une originalité! Un peu comme pour le très réussi Soleil froid le fait de poser un contexte connu participe au réalisme de cette histoire posée dans un futur mad-maxien où la sauvagerie (et le cannibalisme) ont pris le dessus sur toute idée de civilisation. On ne sait pas grand chose du cataclysme qui a détruit les sociétés mais la vision régulière de la lune détruite laisse imaginer l’ampleur du cataclysme. Autre idée intéressante (que l’on retrouvait également dans Amazing Grace) que de nous placer une génération après la chute, ce qui permet à certains personnages d’expliquer comment était le monde avant en renforçant l’aspect inconcevable de la situation.

L'Autoroute sauvage, T2 : Kilomètre sang - Par Masmondet ...Le scénario de cette série n’a rien d’original et tout l’intérêt repose sur l’interaction entre les personnages. Sur ce plan, aidé par les très jolis dessins de l’illustrateur chinois qui rappelle par moment les dessinateurs Valiant Tomas Giorello ou Trevor Hairsine, le scénariste axe son propos sur le couple formé par Hélène et Mo, sorte de Belle et Bête où tout le long on comprend que l’amour entre les deux est très relatif, l’homme traumatisé par son enfance ayant besoin d’assouvir ses « besoins sexuels » et la jeune femme que l’on comprend avoir été un jouet sexuel a elle besoin de la protection de ce colosse. Avec cet intérêt minime un véritable amour va néanmoins naître. Cela peut paraître naïf mais la dureté du récit, des séquences justifie un recentrement sur des thèmes fondamentaux, mythiques.

L'Autoroute sauvage - BD, avis, informations, images, albums ...L’essentiel des trois albums (à la progression très solide) décrit des séquences d’action lorsque le duo, bientôt rejoint par un troisième larron, se confronte à différents clans « sauvages » mais des éléments nous expliquent néanmoins la constitution de nouvelles communautés… jusqu’au dernier tome où l’arrivée à Paris va permettre de grandes révélations sur le passé. La plupart des récits Post-apo font le choix du minimalisme avec une quasi absence de background (comme Walking Dead). Cela m’a toujours dérangé, persuadé que ce qui fait la force d’un récit c’est son hors champ, son univers, son passé (ce que réussit très bien Runberg sur son récent Dominants). L’autoroute sauvage arrive donc à allier le récit intimiste (les vies dramatiques d’Hélène et Mo), les thèmes primordiaux et un vrai récit SF où l’Apocalypse a une raison expliquée et montrée. Sur un format triptyque cela peut faire un peu court mais on sent la solidité du matériau d’origine et le professionnalisme du scénariste pour proposer une excellente histoire SF à la fois belle, violente, radicale. Si le post-apo fascine, il brille rarement par son originalité. On connaît les constantes, elles sont ici réunies avec un vrai plaisir de lecture.

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****·BD·Nouveau !

Les Sauroctones #1

Premier tome de 230 pages écrit et dessiné par Erwann Surcouf, paru le 31/01/2020 aux éditions Dargaud.

La figure du Sauroctone, littéralement « tueur de lézards« , est très ancienne puisqu’on en retrouve les premières traces au Paléolithique Supérieur. Il s’agit d’un héros venant à bout d’un dragon, ou de toute autre créature malfaisante représentant généralement les forces naturelles destructrices, et le Mal.

Depuis, beaucoup de mythes se sont rattachés à ce type de récit, d’Hercules terrassant l’Hydre de Lerne à Saint-Georges mettant à bas le Dragon. Quoi de plus logique alors, dans un monde post-apocalyptique ravagé par des monstres, que de puiser dans les récits fondateurs des anciennes civilisations pour convoquer de nouveau ces héros d’un autre temps ?

C’est l’exercice auquel s’adonne avec panache Erwann Surcouf dans le premier tome des Sauroctones !

Tératomachie déjantée

Erwann Surcouf, que l’on peut connaître grâce à Mars Horizon ou Pouvoirpoint, crée ici un monde nouveau qui peine à se reconstruire sur les ruines de l’ancien. Les survivants, regroupés en communautés, luttent quotidiennement contre des créatures qui infestent les contrées désolées, décimant bien souvent les rangs de ceux qui osent leur faire face. Au travers de ces carnages, un héros tire son épingle du jeu: Axel Excel, le plus célèbre des sauroctones, tueur émérite de nombreux monstres.

Axel Excel voyage avec sa troupe d’élite, à la recherche du plus redoutable des monstres: le Tamarro, colosse insectoïde invincible, qu’il s’acharne à traquer, tel le Capitaine Achab poursuivant de façon obsessionnelle son ennemi juré Moby Dick. Il est guidé dans la région par Lander, Fadet et Urtsi, trois ados aspirant eux aussi à la chasse aux monstres aux cotés de leur idole.

Au gré des rencontres, va donc se dérouler une quête initiatique, dans ce monde à la fois violent, ironique, et ultra-référencé.

The Walking Tremors

L’auteur prend ici le parti de mettre tous ses personnages de départ sur la sellette, car ceux que l’on considère comme des protagonistes peuvent passer l’arme à gauche à tout moment, généralement pas de façon délicate. C’est ici une force, qui, comme dans le célèbre (et regretté, désormais) comic The Walking Dead , cela vient nous rappeler le monde cruel et impitoyable dans lequel évoluent les personnages.

Les créatures, sans avoir de design particulier, restent menaçantes pour la plupart sans toutefois constituer la seule source d’antagonisme. En effet, et comme le veulent les nouvelles normes narratives instaurées par les piliers du genre post-apo, la plus grande source de danger n’est pas le zombie/scolopendre mutant auquel on s’attendrait, mais plutôt le proverbial Loup que l’Homme est pour son prochain….

Le monde qu’a construit Erwann Surcouf pour son album comprend de nombreuses références à la pop-culture, insérées ingénieusement et de façon diégétique, puisqu’elles en sont partie intégrante. On citait plus haut Moby Dick et The Walking Dead, et l’on pourrait aisément ajouter des séries B comme Tremors et même les comics avec les X-Men, et même le légendaire Kamandi de Jack Kirby.

En effet, comme dans ce classique du King des comics, les héros évoluent dans les vestiges d’un monde qui s’est auto-détruit, et dont le souvenir échappe même aux plus anciens, ce qui mène à des interprétations approximatives de ce qu’était tel objet ou tel bâtiment. Ainsi, certains passages, comme celui au sein de la Tribu de Lelolenn, m’ont clairement fait penser au phénomène du Culte du Cargo, pratiqué par certains peuples d’Océanie.

Les Sauroctones d’Erwann Surcouf nous plonge donc dans un univers original tout en étant construit sur des références solides, une très bonne lecture en ce début d’année !

*****·BD·Mercredi BD

Cinq branches de coton noir

BD du mercredi
BD Yves Sente et Steve Cuzor
Air Libre (2018), 176 p. One shot.

couv_315505Air libre (Dupuis) fait partie des éditeurs aux petits oignons qui outre le fait de publier peu mais bon, fabriquent de très jolis one-shots à grosses paginations et maquette fort élégante (Nymphea noir c’est eux, mais aussi les premiers Lepage, Gibrat ou Qui a tué Wild Bill de Hermann!). Ici la couverture, si elle rend hommage aux magnifiques encrages de Steve Cuzor, ne m’avait pas du tout attrapé à sa sortie il y a un an. Jolie mais peu efficace. A l’intérieur le récit est découpé entre un prologue et plusieurs parties séparées par une page de garde ornée d’un médaillon magnifiquement illustré d’un portrait d’un des personnages. Comme je le reproche souvent dans les romans graphiques classieux en franco-belge (chez Air Libre donc, mais aussi chez Signé-Lombard par exemple), on n’a pas encore pris l’habitude des bonus de création, ce qui est bien dommage… Trois tirages limités ont été édités dont un en n&b.

A la veille du Débarquement trois soldats noirs américains se morfondent à faire le ménage dans une base anglaise. La ségrégation n’a pas encore permis aux afro-américains de participer aux combats… Pourtant il va bientôt leur être proposé une mission suicide: rapporter au pays une relique, le premier drapeau de l’Union que l’histoire a fait atterrir en Allemagne nazie…

Résultat de recherche d'images pour "cinq branches de coton noir"Cet album est assez impressionnant. Montrant deux auteurs inspirés et en pleine possession de leur talent, il nous embarque dans une odyssée comme seul le cinéma sait nous y transporter. Car c’est bien un film qu’a réalisé Yves Sente avec son acolyte Cuzor comme chef opérateur et directeur photo. On dit souvent que les meilleurs scénarios sont les plus simple, c’est le cas ici. Le pitch de départ donne ne ton en alliant Histoire nationale américaine, mythologie de la seconde guerre mondiale et drame de la ségrégation. L’humain, la morale, l’héroïsme et l’Histoire se confrontent dans ce trio de soldats incroyablement caractérisés, si bien qu’après seulement quelques cases ils nous sont déjà familiers et comme rarement dans les BD on craint pour leurs vies.

Le travail graphique de Steve Cuzor est sur ce plan remarquable. Avec une technique hachurée il détaille les visages de ses personnages de façon que l’on ne doute jamais, de près comme de loin de leur identité. On distingue vaguement l’influence morphologique de certains acteurs américains (Denzel Washington? Forrest Whitaker?…). Très lisibles, ses planches virent à mesure que le récit avance vers de plus en plus d’abstraction, comme pour nous montrer la sortie du monde des vivants lorsque ces héros s’enfoncent dans l’hiver ardennais pourchassés par les forces du Mal… C’est juste magnifique, probablement le plus beau travail de Cuzor jusqu’ici. Son dessin en noir et blanc est rehaussé d’aplats par le coloriste Meephe Versaevel avec un réel apport. Les lieux et les époques sont ainsi définie par la couleur monochrome et seule la dernière planche, tragique, revient dans la polychromie comme pour rejoindre le réel de l’Amérique contemporaine.

Résultat de recherche d'images pour "cinq branches de coton noir"L’on ne saurait dire si c’est le dessin ou le scénario qui impressionne le plus dans Cinq branches de coton noir. Avec son passé d’éditeur, Yves Sente parvient mine de rien à construire une bibliographie assez impressionnante par la qualité de ses histoires, du Comte Skarbek (avec Rosinski) aux très bonnes histoires de la reprise Blake et Mortimer. Ici il propose un travail à la fois sérieux, imprégné par des thématiques difficiles en même temps qu’épique, dans une transposition réussie des récits militaires que le cinéma a allègrement documenté. Le cœur de son histoire, du début à la fin, porte sur la situation des noirs américains. Depuis la partie au XVIII° siècle et l’apparition de ce premier drapeau à la place des soldats tout n’est qu’injustice. Image associéeSes héros ne se plaignent pas pour autant. Ils sont des battants, se donnant les moyens de leurs ambitions sans courber l’échine. L’enjeu de cette histoire extraordinaire est alors de savoir si l’héroïsme peut renverser le cours de l’histoire…

Portée par le souffle de l’épopée et de personnages puissants, Cinq branches de coton noir est un album presque parfait tant il allie (pour le trait comme pour le texte) technique et élégance, efficacité et expérimentation. Un magnifique album, une pièce de choix dans la collection déjà très joliment garnie d’Air Libre et assurément un livre que tout amateur de BD se doit de lire.

 

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