***·BD

VilleVermine

La BD!

Diptyque de Julien Lambert, paru en 2018 et 2019 aux éditions Sarbacane

Pas de pitié dans la Cité

VilleVermine est un endroit anonyme, crasseux et tentaculaire, comme seule peuvent l’être les mégapoles modernes. Dans cet étouffant marasme, Jacques Peuplier vivote grâce à un commerce bien particulier qui met à profit un don qui ne l’est pas moins. En effet, Jacques a l’étrange faculté de parler aux objets, qui lui répondent et peuvent ainsi lui livrer de précieuses informations, dont il se sert pour retrouver d’autres objets perdus par leurs propriétaires. 

Solitaire et taciturne, Jacques ne noue de relation qu’avec les objets qu’il a secourus, se tenant bien à l’écart des autres humains qui l’entourent. Un jour, il est recruté pour retrouver la fille Christina Monk, fille innocente d’un clan de mafieux régnant sur les bas fonds de VilleVermine. Durant ses investigations, Jacques va croiser la route d’hommes-mouches, d’une troupe de gamins des rues et d’un scientifique fou nourrissant de terribles desseins, ce qui va mettre à l’épreuve ce qu’il a de plus précieux au monde.

Objets perdus et âme retrouvée

Dans son VilleVermine, Julien Lambert développe un univers sombre et poétique à la fois, en nous entraînant dans les affres de l’urbanisme galopant et de la déshumanisation qui en découle. En effet, dans la ville géante et moribonde de l’auteur, les gens se font rares, les rues sales et oppressantes n’étant occupées que par des détritus avec lesquels le héros converse. Les seules silhouettes humaines que l’on rencontre sont soit marginales (les enfants, façon Sa Majesté des Mouches) soit monstrueusement dévoyées (les hommes volants),  ce qui fait de Jacques Peuplier l’un des derniers bastions d’humanité dans cette cité monstrueuse. Paradoxalement, Jacques s’est retranché et coupé de sa propre humanité, s’isolant avec ses objets pour ne pas avoir à s’exposer à l’authenticité d’une relation humaine. 

La métaphore est filée également au travers de l’antagoniste, dont le but final est de refaçonner l’humanité dans son ensemble. Cependant, cette partie-là du récit est traitée de façon plus mécanique et ne se connecte pas totalement au développement émotionnel du héros. Sur le même point, il aurait été intéressant que l’auteur développe davantage la caractérisation de son héros, afin que l’on comprenne quelle blessure l’a amené à se replier ainsi sur lui-même, ce qui aurait ajouté du poids à son évolution personnelle. Présenté de cette manière, le climax, bien que spectaculaire, ne nous implique pas comme il le devrait.

Quoi qu’il en soit, on constate bien ici la maturation du trait de Julien Lambert depuis Edwin le voyage aux origines. L’artiste impose un style pulp, avec un héros grognon faisant penser à The Goon (le béret en moins) et des décors urbains tout à fait maîtrisés. Un diptyque fort agréable à lire et contenant son lot de poésie et de monstres. 

***·BD·Guide de lecture

Lastman cycle 2 (#7 – #12)

BD de Balak, Vivès, Sanlaville
Casterman (2013-2019), env. 200p./vol., série finie en 12 volumes.
Un album préquelle Lastman Stories est paru en 2018. Une série animée Netflix est également disponible (1 saison)

[Atention Spoilers!]

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Cela fait dix ans que Richard Aldana croupit dans les cachots de la vallée des rois. Dix ans que Marianne a été tuée et qu’Adrian a disparu. Dans ce nouveau monde Paxtown est devenue une ville respectable dirigée d’une main de fer par le maire Tomie Katana et la vallée des rois est devenue une tyrannie où la justice est devenue expéditive après la réactivation de la Garde royale. Aldana a l’art de se trouver au mauvais moment au mauvais endroit. Lorsqu’on le fait évader ce nouvel équilibre va rapidement voir surgir le feu et le sang…

mediathequeCe second cycle est un sacré pari tant il est dissocié du premier par une ellipse temporelle assez vertigineuse de dix ans, qui rebat tout ce que nous avons pu découvrir précédemment. Comme en forme de reboot, on démarre très fort avec un premier volume situé essentiellement dans la Vallée et l’on retrouve le constat fait sur les tomes passés: c’est ce contexte qui développe l’intrigue la plus dramatique, la plus solide, la plus intéressante.

LastMan -9- Tome 9Après un sérieux passage à vide sur le tome huit franchement inintéressant en forme de soap basé sur les retrouvailles des personnages, on repart de plus belle en mode feu d’artifice et surtout avec les réparties terribles d’Aldana! Car ce personnage est décidément une belle réussite d’anti-héros qui parvient à apporter à un genre qui a transformé ces personnages en archétypes assez banals. Résolus à surprendre à chaque instant en prenant le lecteur à contre-pied, les auteurs accentuent le côté looser du héros qui ne cesse de s’attirer les foudres de tout le monde avec sa propension à se trouver au pire endroit au pire moment, victime d’injustices à répétition. Mais le barbu à la couenne solide même si l’on prend pitié pour ce pauvre gars bien sympa et bien moins égoïste qu’il ne veut bien le faire croire…

Le problème de ce cycle c’est qu’à force de ruptures on en vient à casser un rythme pourtant redoutablement efficace. Ainsi tous les deux volumes un changement de narration rompt l’itinéraire inéluctable vers un grand n’importe quoi apocalyptique. Ce que j’avais apprécié sur le débilissime Fléau vert de Sanlaville (tout seul) se confirme ici avec du shoot de zombie, du fight de prisonniers évadés, des dragons, des vaisseaux volants, des hommes en jarretelles ou en slip, des barbus, encore des barbus, un peu de cyborg… et toujours cette dynamique folle dans l’action grâce à une technique de dessin d’une immense maîtrise. Le tome dix se consacre à un gros flashback, pas inintéressant hormis le fait d’être narré d’une seule traite, mais adoptant un effet estompé qui n’est pas moche en soi mais qui sur cent-cinquante pages est un peu lassant visuellement. Le double album final (avec cette sympathique couverture séparée en deux parties) reprend dans une Vallée des rois infernale où tout le monde est mort ou presque et une nouvelle réalité est apparue. En ayant laissé la bande d’Aldana presque deux volumes avant on se retrouve un peu perdu. Le grand méchant caché est apparu et le combat final survient, tenant toutes ses promesses bien que l’on ait par moment l’impression d’une improvisation scénaristique avec des deus-ex machina qui passent parce qu’on est dans une série B-Z et parce que le talent brut est là mais qui donnent un peu un sentiment de facilité.Lastman T12 par LABANDEDU9 - La bande du 9 : la communauté du 9ème art

Loin de moi l’envie de laisser une mauvaise impression sur ce second et dernier cycle d’une série inclassable, iconoclaste, qui si elle est bourrée de défauts a pour elle une sympathie et une entièreté d’artistes qui font joujou en pariant que leur amusement sera communicatif. Lastman a les qualités de ses défauts, à savoir l’aspect foutraque, le grand magasin rempli de tout ce qui plait à ces garçons. La perte de Marianne est un vrai gros point noir dans ce cycle et clairement les meilleurs passages sont autour du héros quand le retour d’Adrian est assez transparent et décevant. Si l’émotion du début de cycle fonctionne, elle s’estompe à mesure qu’on perd de vue Aldana et Adrian.  Non que les histoires de magiciens noirs ne soient pas intéressantes mais disons que cela devient plus banal que ce que nous ont proposé les auteurs jusque là. Si vous avez adoré le premier cycle vous pouvez sans soucis continuer, le plaisir (et les personnages!) reste là. Si l’aspect déstructuré du premier cycle vous a chagriné il n’est pas forcément nécessaire de continuer, l’histoire pouvant absolument se passer de sa prolongation.

****·Comics·Nouveau !·Service Presse

Far South

Histoire complète en 112 pages, écrite par Randolfo Santullo et mise en image par Leandro Fernandez. Parution le 17/06/2020 dans la collection Grindhouse de Glénat.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Le rêve argentin

Invariablement posté derrière son bar, Montoya, dit « l’espagnol« , passe son temps à essuyer compulsivement ses verres tout en regardant la vie défiler dans son troquet malfamé. Ah, ça, il en voit, du beau monde, le Montoya, c’est à croire que tous les gangsters d’Argentine finissent par fouler le plancher décrépit de la Pulperia.

Ainsi, le barman taiseux n’interdit son établissement à personne, toutefois, gare à ceux qui chercheraient à y régler leurs comptes, ils auraient alors affaire à son courroux, silencieux mais rudement efficace. Far South commence justement par une visite impromptue, celle de Servetti, qui cherche des réponses quant à la mort de son frère Nico, la veille, dans ce même bar. Pendant ce temps, dans la région, a lieu la grève des camionneurs, qui bloque tout le transport de marchandises, et dont on dit qu’elle pourrait se régler à grands renforts de biftons, glissés subtilement sous les bonnes tables syndicales. Au sein de cet imbroglio vont se croiser toutes sortes de personnalités louches, véreuses ou opportunistes. Cependant, qu’elles soient motivées par l’appât du gain ou la vengeance, elles craignent toutes celui qu’on nomme Carpincho Lopez.

Usual Fiction, Pulp Suspects

Randolfo Santullo a choisi de construire son récit en chapitres courts, pour mieux tisser son intrigue criminelle autour d’un casting choral, à la façon d’un Guy Ritchie (Arnaques, crimes et botanique, Snatch) ou d’un Quentin Tarantino (Pulp Fiction). Au fil des scénettes qui s’enchainent, certains personnages vont devenir récurrents, jusqu’à former un réseau assez complexe dont on suit l’évolution avec grande délectation.

En guise de fil rouge, Santullo dévoile la figure mystérieuse de Carpincho Lopez, émule à peine plus douce que le Kaiser Sozë de Usual Suspects (Bryan Singer), criminel à la réputation nimbée d’exploits plus ou moins vérifiables mais qui ont achevé de construire sa légende. Tous les gauchos, tous les gangsters d’Argentine parlent de Carpincho, certains affirment même l’avoir vu commettre ses méfaits, sans que personne ne vienne démentir la légende. Le reste de l’intrigue nous donne à voir des complots retors, du racket qui finit mal, et des entourloupes entre hommes de peu de foi, autrement dit, un régal pour les amateurs du genre.

La partie graphique est somptueusement assurée par Leandro Fernandez, qui par un trait semi-réaliste réhaussé par des aplats de couleurs pâles, parvient à saisir parfaitement l’ambiance du récit criminel. Ses personnages sont tous reconnaissables grâce à certains traits caricaturaux, et son encrage lourd finit de poser le décor.

Cela commence à devenir une habitude, la collection Grindhouse tient encore une fois ses promesses !

***·BD

Lastman #4-6

BD de Balak, Vivès, Sanlaville
Casterman (2013-2019), env. 200p./vol., série finie en 12 volumes.
Un album préquelle Lastman Stories est paru en 2018.

Adrian et sa mère débarquent à Paxtown, cité du vice et de la Mafia. Le maître des lieux, Milo Zotis, y organise la Fight Fist Funeral Cup, le plus grand tournoi de combat libre… dont Richard Aldana était le grand champion! Aucunement impressionnée la jeune maman décide de s’inscrire avec Adrian…

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mediathequeCes trois albums marquent la fin du premier cycle des aventures de Mariane, Adrian et Richard… et l’on peut dire que les auteurs nous baladent brutalement d’un environnement à un autre avec le plaisir assumé de la série Z et des nanar de vidéoclubs des années quatre-vingt! Depuis les mésaventures des exilés de la vallée des rois à Nillipoli on sait que Lastman Lastman tome 5 - BDfugue.comva aller vers des aventures urbaines. Si ce monde ressemble au nôtre (ou plutôt à sa version viciée qui rappelle fortement une certaine Sin City…) rapidement les pouvoirs des arts martiaux de la Vallée interviennent et des êtres aux pouvoirs phénoménaux semblent décidés à venir à bout d’Aldana. Fantastique et polar mafieux se côtoient sans que les auteurs ne cherchent à donner une quelconque cohérence à l’ensemble. Ce qui fait le sel de Lastman c’est la liberté créative absolue, l’envie de se faire plaisir (Sanlaville a montré dans toute sa bibliographie combien il était amoureux des nanar). A Paxtown les filles sont des bimbo aux seins ENORMES, les gars des truands vicieux au look vaguement homo ou des golgoth sortis de Ken le survivant. Une nouvelle drogue fait des ravages et Aldana n’en finit plus d’assumer son statut d’anti-héros. Ce personnage présenté comme le cœur de la série s’avère d’ailleurs au final un peu décevant de passivité. A force de se faire défoncer par tous ses adversaires et bien peu doté en stratégie, il surnage surtout par ses répliques pas fines mais hautement sympathique (pour peu que l’on ait accroché avec l’esprit de l’œuvre). Du coup avec la quasi disparition de la mère et de son fils sur les volumes cinq et six on est un peu en manque de focus, les auteurs ne semblant soit pas se préoccuper de cela, soit trop hésiter devant leur galerie de joujoux, entre un super-flic mystérieux, le tout aussi cryptique Cristo Canyon vu au début de la série ou la gonflée Tomie Katana au nom d’actrice porno et destinée à courir partout comme toute bonne bimbo de film d’horreur qui se respecte…Lastman on Twitter: "Cristo Canyon - Lastman, tome 6 https://t.co ...Puisqu’il ne faut pas en demander trop à un scénario assumé comme de série Z, la puissance de cette série réside donc bien dans ses planches qui ne finissent pas de surprendre de simplicité et d’efficacité cinématographique. Le découpage est magistral, le mouvement est dans chaque case et l’on a clairement le sentiment d’avoir affaire à la mise en album d’un long métrage d’animation (tiens donc, les trois auteurs ne viendraient-ils pas de ce secteur créatif?…). Faute d’avoir la BO comprise dans les albums, je ne saurais Lastman : déjà plus de 800 pages d'aventure ! - ActuaBDque vous conseiller de lire Lastman avec une musique pas fine en fonds sonore. Une petite suggestion des auteurs? Bien entendu ce style n’est pas pour tous les goûts et même si vous vous faites à ces dessins à la très grande technique redoutablement camouflée il est impératif de goûter aux films de Schwarzenegger, à MadMax et à Dirty Harry pour bien apprécier la série. Attention, si les auteurs se font un plaisir coupable, dès que les planches reviennent à la Vallée des rois l’intrigue prends une épaisseur soudaine qui nous emmènera vers un second arc/saison introduit par un des Cliffhanger les plus gonflés que j’ai pu lire. Empli d’une générosité foutraque, débordant par moment de n’importe quoi à force d’aimer les films débiles, Lastman est une BD de garçons qui ne s’excusent pas d’aimer les nichons, les muscles et les explosions. Avec une attaque de la base étonnamment feignante et vaguement ennuyeuse, on se dit qu’on s’arrêtera là… avant d’être repris par l’addiction sur la dernière partie du tome six. Et la très grosse envie d’aller regarder l’animé sur Netflix en attendant de lire la suite…

***·BD·Comics·Nouveau !·Service Presse

Doggybags 15: Mad In America

Quinzième album de la série d’anthologie du Label 619 des éditions Ankama. 120 planches réparties sur trois récits, avec RUN et Peter Klobcar au scénario, Jérémie Gasparutto, Ludovic Chesnot et Klobcar au dessin. Sortie le 29/05/2020.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

 

I had a nightmare

L’Amérique est une nation jeune, mais dont l’histoire recèle suffisamment de strates morbides pour alimenter les histoires les plus acerbes et les plus critiques. RUN et son Label 619 régurgitent ici les lieux communs des pulps et du courant Grindhouse, pour mettre en exergue le pan le plus sombre de l’histoire des États-Unis d’Amérique: le racisme, qui remonte jusqu’aux racines mêmes de cet empire hégémonique.

En effet, les États-Unis se sont bâtis grâce à des vagues successives d’immigration, à commencer par les Pionniers, et ont , comme d’autres nations dont ils ne sont finalement qu’un transfuge, tiré leur prospérité en grande partie grâce à l’esclavage des femmes et des hommes noirs dont les ancêtres avaient été extraits de leurs terres natales africaines.

Bien que l’esclavage fut aboli après la Guerre Civile, il n’en demeure pas moins que de nombreux états américains, les perdants de la guerre, ont conservé en leur sein un esprit revanchard, une défiance systématique envers le pouvoir fédéral, et bien évidemment, un racisme non dissimulé envers les citoyens noirs. Lorsqu’on construit une nation sur des bases aussi gangrénées, il n’est pas étonnant d’assister encore aujourd’hui, à des conflits sociétaux, voire à des violences.

L’autre pan historique amenant la controverse, et sur lequel ce Mad In America repose, est le rapport des États-Unis aux armes. Là encore, l’explication se retrouve dans la genèse de ce pays qui s’est construit sur la conquête et la violence, les nouveaux habitants ayant longtemps conservé le besoin de se défendre dans un vaste pays où le pouvoir bénéfique et régulateur de la Loi a eu bien du mal à s’imposer. Le droit de porter et d’utiliser des armes est inscrit dans le Second Amendement de la sacro-sainte Constitution Américaine, si bien qu’encore aujourd’hui, il est pratiquement impossible à tout dirigeant politique, tout Président qu’il fût, de contrevenir ou même d’espérer abroger cet amendement en s’opposant aux tous-puissants lobbies des armes. C’est notamment ce qui explique le nombre élevé de tueries de masse aux États-Unis. Conjuguez ces deux phénomènes (oppression des afro-américains et disponibilité des armes) et vous obtenez des rivières de sang, qui pour le coup, a toujours la même couleur, quelle que soit la personne qui le verse.

Pulp Frictions

La première histoire de ce numéro 15 de Doggybags Manhunt, nous plonge dans l’enfer marécageux du bayou de Louisiane, un soir où Sidney se retrouve, et c’est un euphémisme, en fâcheuse posture. Pris en chasse et capturé par deux rednecks, il est sur le point d’être pendu, dans ce qui s’apparente vraisemblablement à un lynchage en bonne et due forme. Toutefois, on le sait, dans le bayou, rôdent des créatures à mêmes de transformer les rednecks eux-mêmes en proie, et Sidney va devoir une fois de plus courir pour sauver sa vie.

La seconde partie, Conspi-racism, traite à la fois du racisme et de l’insidieuse thématique du complotisme. Après une nouvelle tuerie de masse dans une église, le médiatique Alex Jones, gourou abreuvant ses millions de followers de théories conspirationnistes, concocte une nouvelle sortie haineuse pour dénoncer ce qu’il pense être une manœuvre du gouvernement américain pour abroger le 2e Amendement. C’est sans compter sur l’inspecteur Witko, qui, las que ces élucubrations influencent néfastement son fils, décide de prendre les choses en main.

La troisième et dernière partie de cette anthologie s’intitule Héritage et met en scène une vengeance, comme héritage mortifère de l’histoire de l’Amérique profonde.

Les trois histoires ont en commun un ton décomplexé, des traits graphiques exagérés, confinant parfois à la caricature. Le but est sans doute de confronter le lecteur à ce qu’il y a de plus vil dans la Bannière Étoilée, et, conformément au cahier des charges de Doggybags, les auteurs n’hésitent pas à appuyer leur propos à grand renfort de gore et de violence déchaînée.

Cette quinzième excursion fantasmée dans l’horreur bien réelle du racisme en Amérique tient ses promesses, un pierre de plus à l’édifice du Label 619.

****·BD·Nouveau !·Rapidos

Kong Crew #1 (album)

Comic de Eric Herenguel
Ankama (2019), 54 p. + cahier graphique. 1 vol. paru

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

2805_couvL’ouvrage est paru en format comics (2 vol.) aux éditions Caurette. Vous trouverez sur le lien ma critique des deux premiers épisodes en version noir&blanc comics. La série est prévue en trois albums couleur et il me semble que la pré-publication (destinée au marché anglosaxon avant tout) en format comics est prévue pour la suite, ce qui permet notamment à Eric Herenguel de se faire plaisir avec tous les abords de la BD à base de goodies d’aviateur et de journaux pulp. Sachant que cette ambiance participe grandement au plaisir de la lecture, on ne peut que l’y inciter!

Comme à son habitude l’éditeur Ankama prends soin de son album avec la traditionnelle tranche toilée que je trouve toujours aussi élégante, une très évocatrice couverture (… qui risque de frustrer plus d’un lecteur étant donnée la grande timidité de Kong dans ce premier volume…) avec vernis sélectif sur le titre et un très élégant design d’aviation en quatrième de couverture. L’auteur a en outre inséré (comme son comparse Pétrimaux) en tout début d’ouvrage une jolie page toute prête et habillée pour la dédicace. A l’heure où nombre d’auteurs sont lassés du principe même de la dédicace cela montre qu’Herenguel reste attaché au contacte des lecteurs. En outre un cahier graphique final très chouette nous permet de nous régaler les yeux et de lire quelques explications de l’auteur mais aussi de découvrir qu’une série animée est prévue! L’album  Caurette sort également une édition de luxe N&B en fin d’année. J’ajoute sans sourciller un Calvin pour l’édition aux trois donnés à l’album comics.

Résultat de recherche d'images pour "kong crew herenguel"Je vous laisse lire la critique sur le lien en haut pour l’histoire elle-même, mais j’ajoute que la version couleur apporte beaucoup au déjà très bon dessin (j’aime toujours les dessinateurs encrés), notamment par-ce que Herenguel est l’un des meilleurs coloristes selon moi, avec une technique qui semble tout à fait traditionnelle. Si vous aimez la bonne humeur, le ping-pong verbal, le pulp et les flying-jacket, courez lire cette fausse suite de King Kong qui ni vu ni connu pourrait même finir par être un des cartons de ces prochaines années.

 

 

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #18

La trouvaille+joaquim
BD de Stan et Vince
Delcourt (1993-2003), 9 volumes de 46 p. Série finie. Disponible en trois intégrales.

Série lue pour partie en format papier, pour partie en numérique.

couv_199557Vortex vous emmène dans un retour vers le futur, celui d’une époque où Delcourt et Soleil étaient encore deux éditeurs jeunes et dynamiques qui dénichaient de jeunes auteurs qui allaient former l’armature de ce que la BD franco-belge produira de meilleur dans le genre fantastique (Soleil était alors axé principalement sur la Fantasy et Delcourt sur la SF). L’époque des débuts de Lanfeust, de la première série de Mathieu Lauffray, d’Aquablue (Vatine) et où chez d’autres éditeurs Thorgal commençait juste le cycle de Shaïgan, Largo Winch et Aldebaran naissaient et Bourgeon entamait son cycle de SF…

1937: une expérience militaire s’apprête à bouleverser l’Histoire! Le premier voyage temporel va être lancé… Las, pendant l’opération deux énigmatiques terroristes interviennent et dérobent les plans de la machine avant de s’enfuir à une époque éloignée. L’agent spécial Campbell et la belle Tess Wood vont se jeter à leur poursuite et découvrir le sombre destin de l’humanité à différentes époques…

Vortex fut une série à succès qui lança la carrière du duo Stan et Vince (récemment vu avec Zep sur la BD érotique Esmera). Depuis les deux zozo sont allé faire des albums trash avec Benoit Delepine chez l’Echo des savanes. Leur première série est un peu plus sage mais y pointe déjà (bien qu’il s’agisse d’une série grand public) leur goût pour l’extrême, entre les formes très plantureuses de l’héroïne et de la méchante Ziprinn, les déformations corporelles ou les explosions de cervelles. Si les caractéristiques visuelles des auteurs la démarque du lot, Vortex n’en reste pas moins une BD de SF pulp assez classique dans son scénario et son traitement. A noter que Stan et Vince travaillent réellement à quatre mains, sur l’histoire et les dessins, leur style étant pratiquement interchangeable (ils se partagent d’ailleurs le dessin sur les premiers albums avant de travailler réellement en doublon sur la suite).

Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"Le premier intérêt de cette série est son concept de départ: les quatre premiers albums forment une même histoire croisée vue du point de vue de Tess Wood ou de Campbell. Cela permet des contorsions cérébrales pour le lecteur afin de suivre la ligne temporelle de l’intrigue avec des séquences identiques vues d’autres plans… en outre les modifications du continuum espace-temps arrivent bien entendu très vite, provoquant des paradoxes tels que l’apparition de deux Campbell! Je ne vais pas spoiler plus loin mais perso j’adore ces histoires de voyage dans le temps et toutes les hypothèses qui en découlent. Comme on est dans une série 100% pulp, les incohérences ne posent pas de problème. Je remarque que la série devait vraisemblablement se clôturer à la seconde saison et a été prolongée sur une troisième époque dans le Londres victorien steampunk qui a sa propre unité et pourra se lire séparément, même si l’on n’a pas lu le début de la série.

Les héros sont donc des super-clichés: Campbell est l’archétype du super agent-secret blond, musclé, increvable et vaguement macho. Tess est une femme des années 40 à la fois bombe sexuelle ne se laissant pas faire et faible créature soumise aux aléas des intrigues. Le méchant veut évidemment dominer le monde et tuer à peu près toute la population au passage, les créatures mécaniques sont souvent des arachnoïdes tout droit sorties de la SF des années 50 (genre « guerre des mondes ») et le futur voit une société orwellienne où une élite riche écrase une plèbe œuvrant dans des mines pour le bien de leurs maîtres. Le dessin de Stan et Vince est parfois brouillon dans les plans larges mais les visages sont très réussis et le tout porte globalement la marque des séries de BD d’aventure classiques entre Jacques Martin, Jacobs et les pulp américains. On a par contre une évolution graphique à la troisième époque, dû notamment il me semble à de la colorisation numérique qui adoucit les traits assez hargneux des auteurs. Un saut qualitatif également puisque le dessin, correcte sur l’ensemble et très bon par moment, devient beaucoup plus régulier et de qualité sur le dernier cycle. Encore une fois c’est cliché, daté, rétro, mais terriblement sympathique! En outre, les couvertures sont vraiment superbes et plongent totalement dans cet univers avant d’avoir ouvert les albums.

L’intrigue est un peu tordue et se résume essentiellement à une course poursuite pour sauver Tess puis pour attraper le méchant. Si la première époque se déroule dans une unité de lieu (le futur), la suite promène les héros sur plusieurs époques pour revenir à l’origine du problème et permettant de voir dinosaures, Adolf Hitler ou les Egyptiens… En passant, les auteurs abordent de nombreux thèmes autour du démiurge prométhéen (les religions, la création de l’homme, l’influence de l’Histoire) ce qui, sans être d’une originalité folle, enrichit ce récit d’action et d’aventures. Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"L’on sent à mesure de l’avancée de la lecture que le scénario initial a probablement été modifié en fonction du succès de la série puisque d’une histoire de conspiration politique assez poussée dans les premiers tomes, l’on dévie ensuite vers un apocalypse scientifique beaucoup plus global et du pure cyberpunk victorien sur la troisième époque. Vortex respire la vitesse, que ce soit dans la dynamique du dessin ou dans l’enchevêtrement des intrigues. On aurait sans doute apprécié que les auteurs s’engouffrent encore plus dans les problématiques de paradoxe temporel et prolongent le concept des aventures croisées des deux héros (qui est exploité en début de série et en fin). Mais la série reste un excellent moment d’aventure rétro, honnête dans son ambition et toujours percutante dans ses visuels même s’ils n’ont rien de révolutionnaire. Je gage que cette lecture, si vous vous laissez tenter vous donnera envie de (re)découvrir la bonne SF Delcourt des années 90’s et d’observer les débuts d’auteurs aujourd’hui confirmés. Vortex démontre que lorsque les auteurs français se lancent dans du pulp les comics n’ont plus grand chose à nous apporter…

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